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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 10:18

Lecture du livre de Daniel 12, 1-3

Moi, Daniel, j’ai entendu cette parole de la part du Seigneur : « En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui veille sur ton peuple. Car ce sera un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent. Mais en ce temps-là viendra le salut de ton peuple, de tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu. Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles. Les sages brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude resplendiront comme les étoiles dans les siècles des siècles.

Lecture de la lettre aux Hébreux 10, 11-14 - 18.

Dans l’ancienne Alliance, les prêtres étaient debout dans le Temple pour célébrer une liturgie quotidienne, et pour offrir à plusieurs reprises les mêmes sacrifices, qui n’ont jamais pu enlever les péchés. Jésus Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu. Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds. Par son sacrifice unique, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté. Quand le pardon est accordé, on n’offre plus le sacrifice pour les péchés.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 13, 24-32

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « En ces jours-là, après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel. Que la comparaison du figuier vous instruise : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père ».

Homélie

Il nous arrive très souvent dans nos conversations d’évoquer le temps avec des expressions comme celles-ci : « Je n’ai pas temps, comme le temps passe, ah ! C’était le bon temps, le temps c’est de l’argent etc... »

Mais nous arrive-t-il quelquefois de réfléchir sérieusement sur le temps, de nous demander ce qu’il représente pour nous, à la lumière de la révélation chrétienne ?

L’Evangile de ce dimanche (l’avent dernier de l’année chrétienne) nous en fournit l’occasion, lui qui nous annonce la fin des temps et nous livre une des paroles les plus solennelles de Jésus : « Le ciel et la terre ne passeront pas ».

  • Il se peut, frères et sœurs, qu’en certaines circonstances (un anniversaire par exemple) nous soyons gagnés par la mélancolie à la pensée du temps qui passe et qui ne revient pas.
  • Nous pouvons aussi, ressentir une grande tristesse devant le vide et la médiocre qualité de l’existence que nous menons : sans grand intérêt, sans grande portée, sans grands résultats.
  • Nous pouvons encore éprouver une lassitude à la pensée d’avoir à recommencer indéfiniment les mêmes tâches dans la monotonie quotidienne. Et paradoxalement, malgré ce lourd ennui il se peut que nous redoutions plus encore le changement et l’imprévu dans la crainte que cet imprévu ne soit le malheur. La pensée de l’avenir nous travaille d’une sourde inquiétude. Mais prenons garde ! Car si nous avons de telles idées ou de tels sentiments à propos du temps, c’est que nous nous conformons, en fait, à la manière de voir entièrement négative et radicalement stérile du paganisme d’hier et d’aujourd’hui. Il ne faudrait pas oublier que nous avons, nous chrétiens une tout autre conception du temps qui est éminemment positive et féconde parce qu’elle est fondée sur des paroles qui ne passent pas : celles de Jésus qui « est le même hier, aujourd’hui et toujours ».

Parce que, en vertu de notre foi, nous avons la certitude que Dieu est présent à toute notre vie et qu’il nous fait le don de chaque instant (afin que nous l’ordonnions cet instant à l’accomplissement de notre destinée) nous savons toute la valeur du temps. Et c’est Jésus lui-même qui dans son enseignement a pris soin de nous préciser en quoi elle consiste : l’existence humaine ne prend sa valeur que dans la mesure où elle est la mise en pratique du double commandement de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain.

Le temps bien employé est celui qui est rempli par ce double amour : c’est un temps où la personne atteint, en effet, la plénitude de son épanouissement spirituel par le don total d’elle-même. Par contre, le temps qui est consacré à des activités égoïstes doit être considéré comme du temps perdu, du temps gaspillé. Le grand mystique espagnol saint Jean de la Croix disait que « seul est perdu le temps qu’on ne passe pas à aimer ».

Il est donc faux de comparer le rapide écoulement de nos jours au sillage d’une barque qui ne laisse sur l’eau aucune trace. L’instant fugitif qui, redisons-le, est un don du Père éternel peut être si nous le voulons, rempli d’éternité : il suffit pour cela de le vivre dans l’amour sans oublier de l’offrir très souvent en esprit d’adoration et d’action de grâces.

Ainsi, frères et sœurs, nous ne sommes pas des malheureux auxquels on arrache des lambeaux de leur fortune en attendant la grande faillite de la mort, nous sommes des riches amassant pour toujours des trésors d’amour qui sont gardés en lieu sûr dans le Paradis, car « l’Amour, c’est saint Paul qui l’affirme, ne passera jamais ». Et voilà qui permet aussi de dissiper le lourd ennui que pourrait faire peser sur nous la monotonie de nos occupations, le recommencement des mêmes tâches obscures, le même travail sans horizon.

Efforçons-nous, frères et sœurs de dépasser courageusement les regrets et les nostalgies romantiques. Quelles que soient les apparences, aujourd’hui n’est pas la réédition d’hier, car Dieu qui remplit cet aujourd’hui de sa présence est la nouveauté même. Soyons-en profondément convaincus : lorsque nous vivons chaque minute avec un intérêt passionné et un élan toujours nouveau nous ne marchons pas sur un chemin harassant et absurde qui ramènerait indéfiniment au point de départ, mais nous suivons un itinéraire qui est une progression vers Dieu, une montée dans l’amour vers la plénitude du Bonheur avec Dieu et en Dieu.

Souvenons-nous aussi de ceci, frères et sœurs ; c’est parce que Dieu est et sera toujours présent à chaque instant de notre vie (avec sa fidélité indéfectible et sa providence) que nous ne devons pas nous laisser troubler par les aléas des lendemains. Il est sûr que les mois ou les années à venir nous apporteront leur charge de souffrances physiques ou morales. De graves bouleversements se produiront peut-être, qui pour l’heure sont imprévisibles... Mais ici encore toute angoisse serait déplacée : ce serait oublier que dans chaque instant qui viendra, si éprouvant soit-il, il y aura Dieu avec sa protection et sa tendresse paternelles.

Le poète a raison de proclamer « non, l’avenir n’est à personne, l’avenir n’est qu’à Dieu ». Laissons-le donc à Dieu en nous abandonnant entre ses mains avec une confiance absolue.

Chers frères et sœurs, puisqu’à la lumière des vérités évangéliques, il nous est donné de reconnaître l’inestimable valeur que le temps confère à notre vie, efforçons-nous d’en exploiter à fond toutes les possibilités.

Avec l’aide du Seigneur Jésus qui est le Maître du temps et de l’histoire, avec l’aide de Marie qui est l’éducatrice de notre vie chrétienne, faisons fructifier le temps.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année B
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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 10:24

Lecture du premier livre des Rois 17, 10-16

Le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain ». Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons ». Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi un petit pain et apporte-le moi, ensuite tu feras du pain pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre ». La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par la bouche d’Élie.

Lecture de la lettre aux Hébreux 9, 24-28.

Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, qui ne peut être qu’une copie du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. Il n’a pas à recommencer plusieurs fois son sacrifice, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la passion depuis le commencement du monde. Mais c’est une fois pour toutes, au temps de l’accomplissement, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis de comparaître pour le jugement, ainsi le Christ, après s’être offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 12, 38-44.

Dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d’autant plus sévèrement condamnés ». Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l’argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et déposa deux piécettes. Jésus s’adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre ».

Homélie

L’Evangéliste saint Marc excelle dans la technique du reportage. Témoin : ce fait divers, apparemment sans importance qui se situe au Temple de Jérusalem au moment où la Pâque Juive rassemble des milliers de pèlerins. Jésus est là : assis en face de la salle du trésor il regarde la foule, foule de pèlerins, foule de donateurs également, puisqu’il est d’usage de verser une offrande pour l’entretien du Temple. Et voici que Jésus s’intéresse aux faits et gestes des donateurs.

Il y a une 1ère indication, ce que nous donnons, la manière dont nous donnons ne lui sont pas indifférents, non point tant à cause du résultat (l’argent n’est qu’un moyen) mais l’offrande ne part-elle du cœur (l’or pur de l’amour : voilà ce qui à ses yeux a vraiment du prix).

Au temps de Jésus, c’était comme aujourd’hui chez nous : il y avait des classes sociales avec des revenus fort inégaux. D’un côté, les propriétaires, les commerçants, les hommes de loi, les grands chefs religieux constituaient la classe des riches. De l’autre, les pauvres aux métiers plus ou moins bien définis, qui vivaient au jour le jour

Chez les riches, « beaucoup », note saint Marc, s’acquittent de leur devoir envers le Temple et « versent de grosses sommes ». Vous avez noté l’expression « beaucoup » : ce n’est pas « tous » les riches : certains déjà oubliaient de participer à la vie de leur communauté ou bien le faisaient avec des offrandes vraiment dérisoires. Or, voici qu’au milieu des pèlerins une veuve se profile : qui pourrait bien faire attention à elle : elle n’a rien pour attirer les regards. Elle est discrète, effacée. Elle ne souhaite qu’une chose, passer inaperçue ! Quant à son offrande ? 2 piécettes qui n’augmenteront guère la recette du jour. Nous sommes tenté de penser qu’elle aurait tout aussi bien fait de ne rien donner. Mais comme nous sommes loin ici de penser comme Dieu, car c’est à cette pauvre veuve que Jésus porte attention. C’est elle qu’il veut nous citer en exemple. C’est son cœur, sa générosité, sa foi qu’il veut louer sans réserve.

Cette femme qui vit dans la pauvreté n’a que 2 piécettes : c’est peu pour le trésor du Temple, mais pour elle c’est beaucoup. Pour nous qui sommes peut-être dans nos relations avec Dieu déformés « par un esprit comptable » nous dirions facilement qu’elle avait de bonnes raisons de garder son argent, qu’elle était dispensée de donner.

Ce serait oublier, frères et sœurs, que cette femme juive a foi en Dieu. Elle a en lui une telle confiance qu’elle s’en remet à lui du soin de son avenir... Elle donne ce qu’elle a, tout ce qu’elle a dans un geste que certains jugeront fou, mais que Jésus admire« vraiment je vous le dis, cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde ».

Quelle va être notre réaction devant cet Evangile ?

Jésus, semble-t-il, nous pose 2 questions d’importance qu’on ne peut pas éluder ?

1ère question : une fois de plus Jésus bouscule la hiérarchie de notre société, il se moque de nos classes sociales si savamment articulées en forme d’escabeau, avec les marches d’en bas, du milieu, du haut et ce désir intense, que nous portons tous – de nous hisser – au plus vite, sur la marche d’En Haut, quitte à écraser les autres. Pour lui, « les robes solennelles » qui attirent les regards et les salutations, cela fait bien pour le décor, mais cela ne l’intéresse pas. Seul compte la générosité du cœur ! Et nous, aujourd’hui, savons-nous regarder et aimer les pauvres, les laissés pour compte de notre société (société qui n’est pas d’abondance pour tous, loin s’en faut). Il n’y a-t-il pas des gens que nous méprisons à cause de leur âge, de leur race, de leur milieu social de leur profession ?

2ème question : le Christ a fait l’éloge de la générosité de la pauvre veuve. Mais au fait, ce matin, que pense le Seigneur de ma générosité à moi ? Est-ce que je donne vraiment et comment ? Bien sûr, dans chaque don, il y a deux risques : risque de souffrir du manque de ce qu’on a donné. Risque de voir mal employé ce qu’on a donné.

Il y a des chrétiens qui sont obnubilés par ces 2 risques : résultat : ils ne donnent rien (ou font semblant de donner) que ce soit pour des causes philanthropiques comme la faim dans le monde ou religieuse : le Denier de l’Eglise par exemple.

Le Christ a loué la veuve parce qu’elle a dépassé ces deux risques. « Elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre » et il nous met en garde contre le refus du partage ou des gestes de partage ridicules, des offrandes dévaluées qui ne signifient rien, puisque nous les faisons sans privation et sans risque de notre part.

Je voudrais ajouter une remarque : « tout ce qu’elle avait pour vivre » nous dit le texte lu tout à l’heure. Les spécialistes de la Bible font remarquer que dans le texte original saint Marc a écrit « Elle a tout donné, toute sa vie ». Et voilà qui nous interpelle d’une façon encore plus décisive : qu’est-ce que nous donnons à Dieu ? Ne faut-il pas avoir la loyauté de reconnaître que nous ne lui concédons généralement que le superflu : le superflu de notre temps, de nos actions, de nos pensées, le superflu de notre cœur... Qui osera dire que sa substance même se trouve livrée, totalement remise entre les mains de Dieu ?

Dans « le journal d’un Curé de Campagne » de Bernanos on peut lire ces lignes inquiétantes : « Je crois, je suis sûr que beaucoup d’hommes n’engagent jamais leur être, leur sincérité profonde. Ils vivent à la surface d’eux-mêmes ».

Frères et sœurs, ne serait-ce pas « en surface » seulement que nous nous engageons quand nous prétendons aimer Dieu ? Or, le premier commandement de Dieu qui nous est rappelé plusieurs fois dans l’Evangile ne laisse aucune échappatoire : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toutes tes forces ».

Cet idéal du Don de Soi, la Vierge Marie l’a réalisé à la perfection. Les saints eux aussi l’ont réalisé... Marchons donc sur leurs traces.

« Ils y sont bien arrivés, disait saint Augustin, ou début de sa conversion, pourquoi pas moi ? »

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année B
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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 12:36

Lecture du livre de Jérémie 31, 7-9.

Ainsi parle le Seigneur : Poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! »

Voici que je les fais revenir du pays du nord, et que je les rassemble des extrémités du monde. Il y a même parmi eux l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée : c’est une grande assemblée qui revient. Ils étaient partis dans les larmes, dans les consolations je les ramène ; je les conduire aux eaux courantes par un bon chemin où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël. Éphraïm est mon fils aîné. – Parole du Seigneur.

Lecture de la lettre aux Hébreux 5,1-6.

Le grand prêtre est toujours pris parmi les hommes ; et chargé d’intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ; il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse ; et, à cause de cette faiblesse, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple. On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on le reçoit par appel de Dieu, comme Aaron.

Il en est bien ainsi pour le Christ : il est devenu grand prêtre, ce n’est pas lui-même qui s’est donné cette gloire ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré, et qui déclare dans un autre psaume : Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédek.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 10,46-52.

Tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route. Apprenant que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! » Beaucoup de gens l’interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le ». On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi, il t’appelle ». L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? - Rabbouni, que je voie. » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé ». Aussitôt l’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route.

Homélie

Cet homme, Bartimée, « le fils de Timée » dont saint Marc vient de nous conter l’étonnante rencontre avec le Christ n’avait pas l’usage de ses yeux. Pourtant, au-dedans de lui, il voyait clair. Lui, dont les yeux étaient vides de lumière, avait perçu mieux que les autres la présence de celui qui est la Lumière du monde. Il a vu, en effet, l’identité véritable de Jésus de Nazareth « Jésus Fils de David aie pitié de moi ».

Le titre de « Fils de David » était entendu à cette époque comme équivalent de Messie. Beaucoup de gens, y compris les disciples attachaient à ce nom une connotation de royauté politique : c’est pour cette raison (et pas seulement à cause du tapage) que le groupe qui accompagne Jésus veut faire taire l’aveugle : acclamer un messie face aux romains omniprésents était dangereux.... Mais Bartimée n’en a cure. Il crie sa foi et prie avec une folle confiance : « Rabbouni, que je retrouve la vue... » Dans ce regard de foi, il est sauvé.

Mais qu’est-ce que croire ? Est-ce adhérer à des vérités ? Est-ce adopter une manière de vivre conforme à la loi de Dieu ? Certes, mais ce sont là plutôt les conséquences de la foi.

Croire c’est « voir Dieu ».

Croire c’est percevoir la présence de Dieu.

Le vrai croyant ne considère pas Dieu comme une idée, mais comme quelqu’un d’extrêmement proche. Invisible aux yeux de chair sa présence remplit le monde, les êtres et la vie.

Frères et sœurs, nous avons tous besoin d’être guéris d’un aveuglement spirituel. Notre regard intérieur est parfois si opaque que nous ne discernons pas la présence du Seigneur à nos côtés. Trop souvent nous vivons dans l’absence de Dieu. Il y a plus grave encore : nous portons en nous des images qui défigurent le visage de Dieu. Notre enfance, l’éducation reçue et nos expériences de vie ont pu modeler des caricatures : par exemple un Dieu absent ou interventionniste, un Dieu indifférent ou tatillon, un Dieu permissif ou justicier... Ces images plus ou moins diffuses nous empêchent d’accéder à une foi joyeuse, confiante et épanouie. Un Dieu qui est Amour, tendresse et miséricorde et qui « nous a tout donné en nous donnant son Fils ». Nous avons besoin d’une guérison du regard pour« voir » le Seigneur et lui donner toute notre confiance.

Nous comprenons aussi, frères et sœurs, en méditant cet évangile que la foi nous fait prier. La prière de Bartimée est un cri vers Jésus qui passe dans sa vie. Sa supplication s’élève malgré les consignes de silence qu’on voudrait lui imposer. Il criait de plus belle« Fils de David, aie pitié de moi ». Cette expression a été conservée dans l’Eglise d’Orient : elle est devenue la « prière du cœur ». Répétée sans cesse comme une respiration, elle devient communion avec Dieu.

« Dis-moi comment tu pries, je te dirai comment tu crois ». Aujourd’hui plus que jamais nous avons à apprendre à prier. Le manque de temps, les soucis, les loisirs, mais par-dessus tout la faiblesse de notre foi tarissent en nous les sources de la vraie prière. Même silencieuse la prière est un cri : cri de joie ou de peine, cri de détresse ou de confiance, cri de louange ou d’action de grâces... Redisons souvent comme les apôtres : « Seigneur apprends-nous à prier ». Notre passage d’Evangile nous rappelle enfin que la foi nous fait agir et nous engage. « Confiance lève-toi, il t’appelle ». Se lever dans les textes du Nouveau Testament est synonyme de ressusciter. Les gestes de Bartimée sont symboliques d’un changement : ils sont indicatifs d’une conversion. Il « jette » son manteau qui protégeait son immobilité de mendiant. Il n’en aura plus besoin, car il change de vie... Bien qu’encore aveugle, il bondit et court vers Jésus, habité par l’espérance en celui dont l’appel est une promesse... Puis retrouvant la vue, il suit Jésus sur la route, cette route est celle de la montée vers Jérusalem, celle de la Pâque, du passage de la mort à la vie. Bartimée est plus que guéri, il est sauvé, car il est entré avec Jésus dans une vie nouvelle : celle qui n’aura pas de fin...

On découvre ici que la foi est une dynamique qui fait se lever, courir à la rencontre du Christ et des autres. Cet engagement à la suite du Christ nous conduit à vivre autrement dans toutes nos relations familiales professionnelles et sociales... En réalité il conduit à faire comme le Christ ferait s’il était à notre place

Frères et sœurs, à quelques jours de la Toussaint où nos pensées et nos prières vont rejoindre ceux et celles que nous avons aimés et qui nous ont précédés auprès de Dieu parce qu’ils avaient vécu dans la foi, demandons au Seigneur, par l’intercession de Marie, la Grande Croyante de fortifier notre foi pour que nous soyons témoins et porteurs de la Véritable Espérance dans ce monde qui en a tant besoin.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année B
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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 23:05

Lecture du livre d'Isaïe 53,10-11.

Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. Mais s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s’accomplira la volonté du Seigneur. A cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés.

Lecture de la lettre aux Hébreux 4,14-16.

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux ; tenons donc ferme dans l’affirmation de notre foi. En effet, le grand prêtre que nous avons, n’est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses, en toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous, il n’a pas péché. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le Dieu Tout-Puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 10,35-45.

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande ». Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire ». Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui disaient : « Nous le pouvons ». Il répond : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder ; il y a ceux pour qui ces places sont préparées ». Les dix autres avaient entendu, et ils s’indignaient contre Jacques et Jean. Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes les commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Homélie :

C’est pour raviver en nous l’esprit missionnaire que l’Eglise nous fait célébrer chaque année, au moins d’octobre, la Journée des Missions.

Elle nous rappelle par ce moyen le devoir qui nous incombe (en vertu de notre baptême et de notre confirmation) d’annoncer l’Evangile du Salut à tous, ceux de nos frères, proches ou lointains, qui ne le connaissent pas ou n’en vivent pas.

C’est la volonté expresse de Jésus, notre Seigneur qui au moment de quitter cette terre le jour de l’Ascension a ordonné à tous ses disciples « d’aller dans le monde entier et de prêcher l’Evangile à toute créature. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie...»

Jésus n’est-il pas le premier et le plus grand de tous les missionnaires ?

Nous voyons tout au long des récits évangéliques à quel point il est passionné par cette mission. C’est sa préoccupation essentielle. Il en a comme la hantise « Je suis venu allumer un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il fut déjà allumé ».

Il se définit d’ailleurs comme le Bon Pasteur qui étend sa sollicitude à toutes les brebis qui ne sont pas de son bercail et qui donne sa vie pour tout le troupeau.

Disons-nous bien, frères et sœurs, que nous n’avons pas un véritable esprit chrétien si nous ne cherchons pas à prolonger, à continuer l’œuvre missionnaire entreprise par le Christ et à laquelle depuis 20 siècles, l’Eglise ne cesse de s’appliquer. Il ne faut jamais oublier, en effet que pour annoncer le message évangélique, favoriser les conversions, guider et entraîner les âmes sur le chemin de la sainteté, Jésus a besoin de nous... Il veut avoir besoin de nous et que par conséquent il doit pouvoir compter sur nous. De cette confiance nous devons être humblement fiers, mais quelle redoutable responsabilité car le salut de nombreux frères humains de par le monde dépend en partie de la générosité avec laquelle nous répondons à tout ce que le Seigneur attend de nous pour l’aider dans son immense tâche... Cette coopération peut et doit se concrétiser de bien des manières... Cela dépend en fait des grâces que chacun a reçues, de ses capacités, des moyens dont il dispose. Il est bien évident qu’il ne nous est pas possible, pour une grande majorité d’entre nous de nous rendre, ne serait-ce que pour un temps, dans les pays dits de mission pour y apporter la Bonne Nouvelle.

Ici, chez nous dans nos pays jadis évangélisés, nous ne pouvons pas tous faire le catéchisme, participer à tel ou tel mouvement d’action catholique ou à tel mouvement caritatif, mais tous, qui que nous soyons : adultes, jeunes ou enfants nous pouvons agir en profondeur par ce moyen qui est à la portée de tous et qu’on appelle l’Apostolat de la Prière ou la Prière Missionnaire. Le Seigneur veut tellement notre collaboration à ce niveau qu’il a décidé de faire dépendre de notre prière (prière personnelle et communautaire) la concession de certaines grâces nécessaires à la conversion et à la sanctification de nos frères.

Oh ! Comme il faudrait, chers frères et sœurs, que cette conviction s’enracine solidement en nous : tout comme le labour est l’une des causes de la moisson des blés, ainsi la prière dans la moisson des âmes. Le Seigneur est toujours prêt à répandre sur les hommes les bienfaits spirituels de la Rédemption, à condition toutefois que des mains suppliantes s’élèvent vers le ciel pour les obtenir.

La prière, parce qu’elle puise la grâce à sa source qui est Dieu lui-même est d’une importance capitale : rien ne saurait lui être substitué. Certes nos paroles, nos activités, notre influence peuvent jouer un rôle pour disposer le terrain à la grâce, mais celle-ci ne pourra jamais descendre dans les âmes pour les toucher, les convertir, les transformer si notre prière (une prière humble, fervente et persévérante) vient à manquer. C’est ce qu’avait parfaitement bien compris sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus que le pape Pie XII n’a pas hésité à proclamer Patronne secondaire des Missions, parce que sans jamais quitter son monastère du Carmel, elle a exercé un véritable apostolat missionnaire en offrant héroïquement sa vie de prière et de sacrifice pour que le règne du Christ s’établisse partout dans le monde.

« Je suis entrée au Carmel, déclare-t-elle pour travailler au salut des âmes... Ne pouvant être missionnaire d’action, j’ai voulu l’être par l’amour et la pénitence ».

Nous savons par ailleurs qu’elle écrivait régulièrement à des prêtres missionnaires pour les soutenir et les encourager. Ainsi Thérèse de Lisieux nous montre qu’on peut être missionnaire au fond d’un cloître, au sein d’une famille, dans le cadre d’une paroisse tout en étant relié aux chrétiens, prêtres, religieuses, laïcs qui par toute la terre travaillent, prient et souffrent pour que la Bonne Nouvelle du Salut soit annoncée et reçue par les hommes de bonne volonté. Puisqu’elle est la Patronne secondaire des Missions, mettons-nous à son école : elle nous formera à la prière missionnaire.

Tournons-nous aussi avec une immense confiance vers celle qui est la Patronne principale des missions, Marie la Reine des Apôtres. N’oublions pas nous dit Benoit XVI que par sa présence au pied de la Croix et sa prière au Cénacle, elle a collaboré activement au commencement de la mission ecclésiale.

Demandons-lui d’aider et de soutenir les chrétiens pour qu’ils soient toujours plus capables d’amour véritable afin que dans un monde qui spirituellement meurt de soif, ils deviennent source d’eau vive.

Amen.

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 10:25

1ère lecture : Lecture du livre de la Sagesse 7, 7-11

J’ai prié, et l’intelligence m’a été donnée. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas mise en comparaison avec les pierres précieuses ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. Je l’ai aimée plus que la santé et que la beauté ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable. 

2ème lecture : Lecture de la lettre aux Hébreux 4, 12-13

Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, dominé par son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 10, 17-30.

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à ses genoux et lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère ». L’homme répondit : « Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse ». Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi ». Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

Alors Jésus regarde autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend la parole leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et répond : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu ».

Pierre se mit à dire à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre ». Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions et, dans le monde à venir, la vie éternelle ».

Homélie

L’Evangile de ce dimanche est une mise en garde solennelle contre le pouvoir d’asservissement de toutes les richesses quelles qu’elles soient, car elles stoppent ou tout au moins elles freinent considérablement les plus beaux élans vers cette perfection évangélique, cette sainteté à laquelle nous sommes tous appelés et qui est le seul bien désirable. Ce qui ne peut pas manquer de frapper tout lecteur attentif de l’Evangile, c’est le fait que Jésus, lui, a choisi la pauvreté ; il est né pauvre, il a grandi en travaillant de ses mains dans un métier de pauvre. Durant sa vie publique il n’a pas eu une pierre ou reposer sa tête. Mais il n’a pas vécu pour autant dans la misère ni l’indignité. Le groupe qu’il formait avec les douze avait bourse commune, des personnes aisées les assistaient de leurs biens. Les miracles furent généreux tant pour la soif que pour la faim, il honorait volontiers les repas avec une liberté qui contrastait avec la rude ascèse de Jean-Baptiste.

Liberté : tel est bien le mot-clé de l’attitude de Jésus. Jésus était parfaitement libre, en effet, de toute convoitise et de toute anxiété au sujet de la possession ou de l’entretien des biens terrestres, libre aussi de tout ressentiment, même secret, contre les biens dont il ne jouissait pas. Sans doute les biens de la terre étaient-ils, pour lui aussi, des biens. Mais toute son énergie spirituelle d’esprit et de cœur était orientée vers Dieu, résolument centrée sur Dieu. Cette attitude du Christ doit être aussi la nôtre, frères et sœurs, car l’argent n’est pas seulement un mauvais maître, il est aussi, quoiqu’on en dise, un serviteur dangereux.

- Dangereux parce qu’en raison de la fausse sécurité qu’il procure, il tend à remplacer Dieu dans le cœur de l’homme.

- Dangereux parce que la richesse encombre la vie, préoccupe l’esprit, colle aux mains et au cœur. La richesse séduit celui qui ne devrait être séduit que par Dieu « là où est votre trésor, là est votre cœur » affirme Jésus.

C’est tout le drame de ce jeune riche de l’Evangile : il est placé dans l’alternative de suivre Jésus ou de s’en aller vers ses grands biens. La richesse, nous le savons bien, c’est tout à la fois l’orgueil qui éclabousse les voisins, la servitude d’un rang à tenir, le vertige de la domination, l’escalade du à qui mieux mieux, la possibilité de pouvoir tout se payer, l’affrontement des jalousies et bien sûr, l’égoïsme du tout pour soi... Et la charité en meurt avec la justice... Le pauvre aussi en meurt puisque le riche refuse de partager avec lui en donnant son superflu...

Voilà pourquoi Jésus affirme qu’au plan du salut les riches sont en situation périlleuse : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ».

Il faut avoir le courage de dire avec l’Evangile que la richesse met vraiment l’homme en état de perdition sans quoi la parole de Jésus n’a plus de sens... Pourtant le même Evangile nous montre des riches entrant dans le Royaume : pensons par exemple aux Mages, à Nicodème, à Matthieu, à Zachée... Le riche a donc des chances de se sauver... Oui, à condition de passer par le trou de l’aiguille, c’est-à-dire à condition de ne pas résister à la grâce du Christ qui rend pauvre de cœur. Car Dieu, bien sûr, peut toujours toucher et changer le cœur du riche... Les Mages alors deviennent capables de quitter leur confort et d’offrir leurs trésors, Matthieu devient capable d’abandonner son bureau de percepteur pour suivre Jésus, Zachée devient capable de restituer au quadruple l’argent mal acquis et de donner la moitié de ce qui reste aux pauvres. Le riche peut donc se sauver à condition de se sentir foncièrement et constamment pauvre, à condition d’être assez détaché de ses biens pour pouvoir partager généreusement... Un chrétien ne peut donc garder des richesses que par devoir et dans les limites du devoir. Retenir plus d’argent qu’il ne faut, compte tenu bien sûr de sa situation, c’est aimer l’argent et par conséquent c’est mépriser Dieu. « Vous ne pouvez pas aimer Dieu et l’argent... »

La question qui se pose au possédant chrétien n’est donc pas : que suis-je obligé de garder ? Sous-entendu : je désire donner le plus possible. Vous allez me dire que pareille attitude tient du miracle. Jésus répond que rien n’est impossible à Dieu.

Avec sa grâce nous pouvons devenir de véritables pauvres selon l’Evangile, car, faut-il encore le redire, personne s’il veut être sauvé, ne sera dispensé de la pauvreté volontaire.

L’illusion du riche, voyez-vous, c’est de croire qu’il a le cœur pauvre alors que, concrètement, il ne se dépouille de rien et pareillement l’illusion du nécessiteux c’est de croire qu’il est en état de salut parce qu’il a les poches vides... Le pauvre qui envie, qui jalouse, qui cherche – non pas simplement à vivre décemment – mais à s’enrichir, celui-là est en tout semblable au riche qui garde égoïstement son avoir. Tous les deux sont hors du Royaume parce que tous les deux sont riches en esprit : ils ont une mentalité de riche. En fait ils ont l’un et l’autre de l’argent plein le cœur.

Or, nous le savons bien, ce que Dieu regarde c’est le cœur. Voilà pourquoi Jésus a dit (c’est la première béatitude) : « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre », un cœur réellement détaché.

Pierre et les apôtres ont tout quitté... A nous, certes, le Seigneur ne demande pas de tout quitter, car les vocations sont diverses. L’Exigence de pauvreté évangélique varie selon les situations familiales, sociales et économiques... C’est à chacun qu’il appartient de juger en conscience devant Dieu ce qu’il a le devoir de garder et le devoir de donner... Mais le conseil de détachement des richesses est pour tous, sans exception.

L’important, en définitive, c’est de savoir si, oui ou non Dieu est tout pour nous, si, oui ou non, notre cœur veut être tout entier au Seigneur... En somme, nous avons à choisir entre l’Amour et la richesse, entre le clinquant qui brille un moment et la clarté qui ne s’éteint pas, entre la sagesse de Dieu et celle des hommes, cette sagesse de Dieu qui s’est incarnée en Jésus « lui qui de riche qu’il était s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté » selon la belle expression de saint Paul.

Prions intérieurement, par l’intercession de Marie, la Vierge des Pauvres, pour que le Seigneur nous donne la force de faire le bon choix : Notre Mère Spirituelle.

Amen.

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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 10:32

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc 19. 2-16

Des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Jésus dit : « Que vous a prescrit Moïse ? » Ils lui répondirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. » Jésus répliqua : « C’est en raison de votre endurcissement qu’il a formulé cette règle. Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur répond : « Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d’adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d’adultère ».

On présentait à Jésus des enfants pour lui faire toucher ; mais les disciples les écartaient vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.

 

 

Homélie

En ce dimanche consacré à la Famille, les textes bibliques que nous venons d’entendre surtout le premier dressent un tableau idyllique du foyer selon le rêve de Dieu et selon le désir profond de tout être humain.

L’homme est appelé à s’attacher à sa femme non pas avec la corde de la domination ou de la soumission, mais avec les liens si doux de l’amour. Ainsi la fidélité ne sera pas une corvée, mais une cordée : on s’attache, certes, mais pour être plus libres d’escalader les difficultés de la vie. Cette unité indissociable s’exprime tout naturellement dans l’union des corps «ils ne feront plus qu’une seule chair ». Tel est le couple-modèle même si la réalité semble différente !

Au temps de Jésus, la belle unité voulue par Dieu pour le couple s’effilochait par des répudiations que Moïse lui-même avait été contraint à admettre.

Aujourd’hui encore, la famille semble profondément ébranlée et remise en question, alors que l’Eglise, dans sa fidélité au Christ continue inlassablement de parler de stabilité et de fidélité : « que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ».

Tout le monde peut constater que la famille moderne est bousculée par l’augmentation des divorces, le nombre croissant de couples concubins, la faiblesse de la natalité, le nombre des familles monoparentales ou la multiplication des familles dites « recomposées ». Et malgré cela la famille est plébiscitée : 63% des nos contemporains la placent en tête des institutions les plus sûres : 85% des jeunes la regardent comme une valeur positive au même titre que l’amitié. Si certains la déclarent périmée et démodée, la majorité des gens a conscience de son absolue nécessité et rejoint la position des évêques qui la considèrent comme une joie pour le monde, une confiance en la personne humaine, un chemin d’avenir.

Ceci étant dit, rappelons-nous les grandes valeurs de la famille.

- Première grande valeur : la famille est un lieu de construction pour chacun des membres qui la composent. C’est dans son sein que l’on peut être soi-même, laisser apparaître ce que l’on est en vérité sans craindre d’être rejeté, que l’on apprend aussi à avoir confiance en soi, grâce au regard admiratif et en même temps lucide que les parents portent sur nous. Elle est le lieu où l’on vit l’amour au quotidien, où l’on échappe à la solitude, où l’on apprend à partager, où l’on peut s’épanouir pleinement et faire fructifier ses dons. La famille est un refuge, un havre de paix dans un monde où chacun n’est qu’un numéro ou une fonction et non une personne. Jean-Paul II a dit que c’est « l’institution qui correspond de la manière la plus immédiate à la nature de l’être humain ».

- Deuxième grande valeur : la famille est le vrai fondement de la société, sa cellule première et vitale. Elle est le lieu où la vie sociale s’apprend en douceur et où l’on fait l’apprentissage de la différence.

Plus que jamais la société a besoin de familles solides et fécondes :

- elle en a besoin pour sa survie démographique : les nations sans enfants disparaissent inexorablement.

- elle en a besoin pour que les citoyens acquièrent ces valeurs sans lesquelles il n’y a pas de vie communautaire possible : notamment le respect de l’autre, la gratuité, la solidarité, la non-violence, le partage.

- elle en a besoin enfin pour sa paix intérieure : la délinquance ne fleurit-elle pas là où manque une vie familiale épanouie ?

Tout ceci est possible, frères et sœurs, mais à certaines conditions :

- la famille doit favoriser la communication entre ses membres. L’amour doit se dire et la tendresse se manifester concrètement à l’intérieur d’un foyer qui s’efforce de développer une saine intimité.

- la famille doit aussi s’ouvrir sur l’extérieur en se consacrant à des œuvres de service social spécialement en faveur des pauvres et en participant bien sûr le plus possible à la vie et à la mission de l’Eglise.

- la famille doit par-dessus tout s’ouvrir à Dieu dans une vie de foi qui s’exprime principalement dans la prière, prière individuelle et aussi, prière en famille qu’il faudrait remettre à l’honneur tous les soirs, car la prière renforce la solidarité et la cohésion spirituelle de la famille, nous dit Jean-Paul II. C’est d’elle que nait la force intérieure des familles, comme aussi la puissance capable de les unifier dans l’amour et dans la vérité.

Où Bernadette Soubirous a-t-elle puisé sa foi profonde, sinon dans cette prière qui chaque soir rassemblait sa famille et lui faisait pressentir (à travers des mots qu’elle comprenait pourtant bien mal) la présence mystérieuse de Dieu ?

La famille a besoin de Dieu, car, certains jours, la fidélité est dure à vivre. Le sacrement de mariage est là, justement, pour donner aux époux cette capacité de l’impossible, cette capacité d’aimer comme Dieu et d’aimer de l’amour même de Dieu. Leur petit oui d’époux fragiles est emporté dans le oui fidèle et indéfectible du Christ sur la croix qui épouse l’humanité.

Puissent nos familles garder le cap sur le modèle familial que l’Eglise contemple dans la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, fêtée après Noël, qu’elles soient rayonnantes, qu’on puisse deviner à travers elles la puissance du don qui vient de Dieu parce qu’elles sont ces hauts-lieux de l’amour durable fidèle et fécond, plus fort que les épreuves, les échecs et la mort.

Chers frères et sœurs, selon un proverbe indien « nul ne s’est jamais perdu sur une route droite ». Cette route est déjà ici-bas la seule voie du bonheur assuré... et elle a en plus le mérite de conduire du même coup vers la joie sans limites des noces éternelles.

Amen.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 11:44

S’il est une vertu qui est objet de contestation, c’est bien la tolérance :

- pour les uns, elle passe pour une vertu de choix ; l’une des formes les plus hautes du respect d’autrui et de sa différence. Elle permet la vie en société et dans une société comme la nôtre, elle s’impose absolument. Sans elle il y a réel danger de tomber dans un régime intolérable... Comme on en connaît encore de nos jours dans un certain nombre de pays ou de sociétés...

- pour d’autres, au contraire la tolérance est une forme de lâcheté car elle accepte l’inacceptable et finit par justifier les comportements les plus énervants, à leurs yeux la tolérance met sur le même pied, le bien et le discutable.

Et Jésus, qu’en pense-t-il ? Ce qu’il en dit aujourd’hui dans l’Evangile pourrait se résumer ainsi : « Soyez tolérants avec les autres, mais soyez exigeants avec vous-mêmes et tout ira bien ».

Un de ses apôtres vient de lui dire : « Seigneur es-ce que tu te rends compte de ce qui nous arrive ? Tu nous envoies prêcher, guérir des malades, chasser des démons... Et nous avons bien du mal à y parvenir... car on vient d’apprendre qu’un homme qui n’est pas « des nôtres », qui n’a aucun mandat de ta part à l’audace de chasser les démons en ton Nom et le comble, c’est qu’il y arrive... On aimerait bien que n’importe qui ne fasse pas n’importe quoi». Calmement Jésus invite son apôtre à une plus grande ouverture d’esprit... « Tu as raison, cet homme n’est pas de chez nous, mais il est de bonne foi. Certes, il chasse les démons mais il le fait il le fait en mon Nom, c’est donc qu’il croit en moi. Alors où est le mal ? Vous êtes mes disciples bien-aimés, mais vous n’avez pas le monopole de la grâce ».

La question est de savoir qui fait vraiment partie de l’Eglise ? On peut être inscrit sur les registres de baptême, engagé dans les services d’Eglise et pourtant, par le péché, être coupé du Christ, comme le sarment de vigne qui n’est pas irrigué par la sève venant du cep. A l’inverse on peut ne pas connaître l’Eglise, être le croyant sincère d’une autre religion et faire à son insu partie de l’Eglise de Christ, parce qu’on est travaillé intérieurement par l’Esprit-Saint. Or, l’Esprit-Saint, on ne peut pas l’enfermer dans une cage. « Le vent souffle où il veut, déclare Jésus, tu entends le bruit qu’il fait, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni ou il va ». L’Esprit-Saint ne travaille pas que dans l’Eglise, il travaille l’humanité toute entière pour qu’elle s’oriente vers son chef et qu’elle s’unifie derrière lui. En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont enfants de Dieu, nous assure saint Paul.

Il y a des hommes de bonne volonté dans toutes les religions. Le Concile Vatican II nous demande de rester ouverts à nos frères qui ne vivent pas en totale communion avec nous, à tous ceux dont les traditions recèlent de précieux éléments religieux et humains.

Frères et sœurs, dans le passage évangélique qui est proposé à notre méditation, la douceur et la tolérance de Jésus pour les hommes éloignés de la foi sont particulièrement frappantes...  Mais sa rigueur soudaine et radicale vis-à-vis du péché nous laisse dans la stupéfaction... Car Jésus n’y va pas de main morte... « Si ton pied t’entraine au péché coupe-le, il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec les deux pieds dans la Géhenne, c'est-à-dire le lieu de la perdition éternelle... »

Nous sommes là en face de la radicalité de l’Evangile qui a été comprise et vécue par tant et tant de saints tout au long de l’histoire de l’Eglise. Evidemment il ne faut pas prendre à la lettre les expressions employées par Jésus. S’il parle fort, c’est bien parce qu’il veut nous secouer et nous faire réalisés la gravité du péché dont le monde aujourd’hui a perdu le sens et dont hélas, nous savons nous accommoder. Car reconnaissons-le, nous saisissons plutôt mal l’effet destructeur que nos péchés ont sur nos âmes, et bien plus encore, l’impact qu’ils ont sur le cœur de Dieu : car Dieu qui nous aime follement est profondément blessé par nos refus d’amour. C’est Pascal qui faisait dire à Dieu « Si tu connaissait tes péchés, tu perdrais cœur ».

Frères et sœurs, c’est donc un avertissement grave que Jésus nous adresse aujourd’hui. Il devrait nous faire penser à la question qui nous a été posée solennellement par l’Eglise avant le baptême et à la confirmation, qui est à nouveau posée à nous tous, chaque année au cours de la Vigile Pascale. « Pour suivre Jésus et vivre selon l’Evangile, voulez-vous lutter contre le mal et contre tout ce qui conduit au péché, voulez-vous lutter ? » Nous ne devrions jamais oublier que la vie chrétienne est un combat quotidien, que ce combat-là est nécessaire qu’il peut faire mal, car il y a des moments où il faut impitoyablement trancher dans le vif. Il y va de notre salut éternel. Cependant, que l’obligation de ce combat ne nous décourage jamais car Dieu notre Père est riche en miséricorde.

N’est-il pas affirmé dans la prière d’ouverture de ce dimanche : « Qu’il patiente et prend pitié sans se lasser ? » A ce sujet saint Augustin a exprimé une pensée qui est la règle d’or de la morale chrétienne et qui devrait nous remplir d’Espérance. Je vous la cite en guise de conclusion :

« Dieu ne te commande pas l’impossible. Il te commande de faire ce que tu peux, de Lui demander ce que tu ne peux pas... et Il t’aide afin que tu puisses ».

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année B
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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 11:48

Le passage de l’Evangile de saint Marc nous fait entrer dans l’intimité des 12 apôtres qui, sous la direction incomparable de leur Maître et Seigneur, le Christ-Jésus sont en train de faire leur noviciat : le noviciat de cette vie religieuse authentique qui consiste à l’imiter lui le Parfait religieux de Dieu, en communiant le plus possible à sa pensée, à sa volonté et à sa manière d’agir.

Jésus qui, en pédagogue particulièrement avisé, ne laisse passer aucune occasion d’instruire et de former ses apôtres, s’efforce durant cette halte qu’ils font à Capharnaüm, de les faire progresser en partant d’une discussion fort animée qu’ils ont eue tout à l’heure, chemin faisant. Hélas, on se trouve en pleine inintelligence. Les apôtres, en effet, ne comprennent pas ce que Jésus leur explique... Sans doute parce que c’est difficile, mais aussi parce qu’ils sont préoccupés par autre chose : des questions de prestige et de supériorité. Il s’agit de savoir qui, parmi eux est le plus grand ? L’espoir d’être, un jour, les ministres du futur Roi-Messie leur est monté à la tête.

Ne dédaignons pas, frères et sœurs, de méditer quelques instants sur ces histoires d’ambition et de préséance, si lamentables, quand on songe qu’il s’agit de gens choisis avec amour par Jésus, un Jésus qui s’efforce de leur montrer par quel chemin coûteux on sauve sa vie et on sauve les hommes... Cela prouve que personne n’est à l’abri de l’ambition, même en fréquentant Jésus. Combien de gens, très simple au début, ont été grisés par le plus petit galon de « responsable » ! Pourtant, l’Evangile devrait être un contrepoison efficace. En nous révélant les goûts de Jésus, il nous révèle les goûts de Dieu. Impossible de ne pas voir que Jésus déteste trois choses : l’hypocrisie, l’argent et l’ambition. Venu pour servir, il le répète assez, il sent très vivement que l’ambition est le cancer du service. On ne peut pas être plein de soi et se soucier des autres, c’est mathématique. Mais l’orgueil surtout pervertit inexorablement ce que l’on voudrait appeler encore dévouement. Le mélange des deux désirs : servir et dominer est si perfide que Jésus réagit avec la plus grande vigueur. Il s’assied, convoque les douze et d’une façon solennelle il énonce le principe évangélique qui met une distance absolue entre la volonté de puissance et le dévouement.

« Si quelqu’un veut être le premier qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».

Vouloir être le premier n’est pas condamné, loin de là ! Car il faut des chefs et ces chefs sont une chance pour toutes les communautés, dans l’Eglise, comme ailleurs. Certains ont manifestement des dons pour cela. Quand leur entourage les désigne ou une autorité supérieure, se dérober serait de l’égoïsme et aussi de la lâcheté devant le don de soi que cette promotion va exiger. Et justement, Jésus demande à celui qui est premier un travail de service qui doit s’effectuer d’abord dans son cœur. Pas question de céder à l’instinct et à la griserie : il faut qu’il se considère comme le dernier, qu’il cultive sans cesse l’humilité, cette vertu qui selon la définition de saint Thomas d’Aquin : « freine le désir désordonné de notre propre grandeur et pousse l’homme à l’amour de ce qu’il est en vérité ». Ce renversement qu’il devra réaliser est si invraisemblable que seul Jésus pouvait ériger en principe cette folie : « se faire le dernier ». Et pour être sûr qu’on ne cherchera pas une échappatoire, il précise bien : le dernier de tous, le serviteur de tous.

Ensuite pour bien montrer que son enseignement n’est pas seulement une théorie, une belle leçon de morale, Jésus l’illustre par une leçon de choses. En Orient, les enfants ne manquent pas dans les rues ou sur les places. Ils ne sont pas timides, ils se faufilent partout... Prenant un de ces enfants, Jésus le place au milieu du groupe, le serre dans ses bras et l’embrasse. Pour nous ce geste n’a rien d’étonnant, mais il l’était pour les apôtres, car à cette époque-là l’enfant ne tenait pas dans la société la place qu’il tient aujourd’hui : il ne jouissait d’aucune considération, on ne s’intéressait pas à lui et on le repoussait même sans le moindre ménagement.

Pourquoi Jésus l’a-t-il choisi ? Ce n’est pas pour sa grâce, son sourire, son innocence, mais pour sa fragilité, sa faiblesse, sa dépendance totale aux autres. Il ne pouvait en fait rien trouver de plus significatif pour souligner qu’à ses yeux, la plus grande valeur ne dépend pas du rang, des honneurs ou de la considération mais de la pauvreté, du dénuement et de l’insignifiance. Et comme il ne donne aucun enseignement qui ne soit accompagné, de son propre exemple, Jésus aurait pu ajouter à son geste et aux paroles que nous rapporte saint Marc que cet enfant-là, il l’a été lui-même, n’ayant pas jugé déshonorant, lui le Verbe de Dieu de paraître, au milieu de nous, comme un petit enfant et donc d’occuper la dernière place, et que cette dernière place qui a été la sienne à Bethléem et à Nazareth, il l’occupera encore lorsqu’il souffrira sa Passion.

Là encore, frères et sœurs, ne sera-t-il pas le dernier de tous : rejeté, humilié, méprisé, traité non plus même comme un enfant qu’on écarte, mais comme un objet sur lequel on crache avant de le clouer sur une croix : ce sort qu’on réserve aux esclaves et aux grands criminels. Mais, s’il l’a choisie cette place la plus abjecte n’est-ce pas pour nous convaincre que la seule priorité, c’est celle de l’amour ? Un amour qui ne se paye pas de mots, mais qui se met au service de tous, sans exception, (avec une préférence cependant pour les plus petits, les plus pauvres) ; un amour qui inlassablement donne, se donne et pardonne.

Puissions-nous, chers frères et sœurs, devant la crèche de Bethléem, devant la croix du Calvaire où meurt d’amour Jésus « le Serviteur souffrant », devant l’exemple si admirable de Marie la petite servante du Seigneur, et devant l’exemple de tous les saints reprendre nos vraies mesures. L’humilité à laquelle nous somme invités n’est ni un reniement des dons que nous avons reçus, ni une fuite des responsabilités qui sont les nôtres, mais l’acceptation objective de ce que nous sommes avec nos limites, nos faiblesses et surtout la conscience de notre dépendance essentielle à l’égard de celui auquel nous devons tout.

Disons-nous bien, frères et sœurs, que si nous aspirons aux premières places, nous nous coupons de cette dépendance. Par contre, si nous recherchons, publiquement ou secrètement, la dernière place, alors, nous laissons à Dieu le soin de nous placer lui-même. Et c’est beaucoup plus sûr !

Amen.

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 11:53

« Tout l'monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir » (Pétula Clark https://www.youtube.com/watch?v=PNVBU7JrW6c). Ce refrain d’une chanson qui eut, paraît-il, son heure de succès, résume assez bien une mentalité courante dans laquelle les apôtres eux-mêmes se sont laissés prendre ainsi que nous venons de le voir dans l’Evangile de ce jour.

Quand Jésus leur parle du Royaume de Dieu et de sa Gloire, ils affirment avec enthousiasme leur volonté de le suivre jusqu’au bout ; mais lorsqu’il leur montre le chemin qui doit les conduire à de tels sommets (et qui n’est rien d’autres que le chemin de la Croix) alors, ils se fâchent, protestent et reculent, l’apôtre Pierre en tête.

La Pâque sans la Croix, c'est-à-dire la joie sans l’effort, le bonheur sans le sacrifice... Nous en sommes tous là, frères et sœurs, reconnaissons-le... Nous voudrions bien gravir le chemin montant de la sainteté qui conduit jusqu’au sommet de l’amour et de l’éternelle Béatitude et nous entreprenons l’escalade, l’esprit et le cœur pleins de bonnes résolutions. Seulement voilà ! Lorsqu’il s’agit de payer le prix de la montée, de peiner durement sur le sentier escarpé du don et du renoncement, de supporter les contradictions ou les persécutions à cause du Christ, d’accepter toutes sortes d’épreuves physiques ou morales, alors nous nous arrêtons découragés, avant de redescendre dans la plaine tellement nous préférons l’autoroute de notre petit confort aux exigences qui sont pourtant la rançon de toute joie profonde et durable.

Jésus, très solennellement, nous met en garde. Il voudrait tant nous faire comprendre à quel point cette attitude, si souvent lâche et paresseuse qui est la nôtre est insensée, vraiment suicidaire au point de vue spirituel : « Celui qui veut sauver sa vie, nous dit-il, la perdra » confirmant par là une de ses déclarations précédentes : « Il est large et spacieux le chemin qui mène à la perdition ».

Il faut mourir pour vivre : telle est la loi fondamentale du Royaume et la signification du mystère pascal. Jésus n’a jamais promis les énergies de son Esprit à ceux qui se contentent de belles paroles ou de beaux sentiments. Il ne veut pas que nous attendions le Paradis final depuis le fauteuil de notre paresse spirituelle et il nous fait savoir par son apôtre Jean ce qu’il pense des tièdes. Au chapitre 3 de l’Apocalypse, il met sur les lèvres de Jésus cet avertissement très grave : « Je connais ta conduite, tu n’es ni froid, ni chaud, que n’es-tu l’un ou l’autre ! Parce que tu es tiède et non pas froid ou chaud, je vais te vomir de ma bouche ». C’est son exemple d’engagement extrêmement couteux allant jusqu’à l’immolation totale au service du salut de nos âmes qui autorise Notre-Seigneur à nous demander notre petite part. Nous sommes appelés comme l’a si bien compris l’apôtre Paul« à compléter par nos souffrances ce qui manque à la Passion du Christ pour son Corps qui est l’Eglise ».

Alors frères et sœurs, si nous voulons comprendre au moins un peu, le sens de la Croix, le sens de la souffrance dans nos vies (cette souffrance qui nous semble absurde tant qu’elle n’est pas regardée avec les yeux de la foi) nous devons contempler longuement Marie, la Vierge Immaculée au pied de la Croix, le Vendredi-Saint, sur le calvaire. Personne n’a été associé comme Elle à la Passion du Sauveur.

Qui pourra avoir la moindre idée de son martyre intérieur ? De la douleur du glaive qui a transpercé son cœur...

Et les saints qu’ont-ils faits à son exemple ? Trouvez-en un seul qui n’ait pas accepté d’offrir par amour toutes sortes de souffrances, en union avec Jésus-Crucifié ?

Eh bien, nous aussi, si nous voulons être des vrais disciples de Jésus, nous devons librement et volontairement communier à son sacrifice en offrant tout ce qui nous coute dans notre vie, tout ce qui nous fait souffrir physiquement ou moralement.

Jésus cherche des âmes qui l’aiment assez pour l’aider à porter sa Croix et contribuer ainsi au salut de tous, (le nôtre pour commencer). Quand nous aurons compris que notre communion au mystère de la Croix est le seul secret de la joie, il y aura déjà sur cette terre et dans nos cœurs un gros morceau de Paradis.

Amen.

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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 23:01

Ce miracle de la guérison d’un sourd-muet que l’Evangile de Marc nous rapporte aujourd’hui projette sur notre vie un vif rayon de lumière. Par ce signe, Jésus nous montre ce qu’il veut faire pour nos âmes : leur rendre la faculté de parler et d’entendre.

Les braves gens qui avec tant de charité présentaient cet infirme à Jésus ne songeaient pas un seul instant à demander pour eux-mêmes un miracle dont ils n’avaient pas conscience d’avoir besoin. Et pas plus que ces hommes nous ne pensons avoir besoin, nous-mêmes de guérison... Dieu merci ! Nous ne sommes pas sourds, vivant dans un monde qui semble avoir horreur du silence... et d’ailleurs, il faut bien le reconnaître, nous nous complaisons assez dans ce tintamarre qu’il nous offre si généreusement et qui empêche toute réflexion sérieuse.

Et nous ne sommes pas muets non plus, dans ce monde de bavardages, chacun de nous est capable, n’est-il pas vrai de tenir allègrement sa place ?

Seulement voilà : lorsqu’il s’agit de nos relations avec Dieu nous devenons très vite sourds et muets. Or qu’est-ce que la religion chrétienne, sinon un dialogue, un va et vient d’appels et de réponses ? Dieu nous parle et nous devons lui parler.

Dans toute la Bible, l’Ancien et plus encore le Nouveau Testament n’est-ce pas Dieu qui parle à l’homme : Dieu qui l’appelle ? A travers toutes ces pages inspirées c’est la voix même de Dieu qu’on peut percevoir, cette voix qui se servait de la bouche des prophètes tantôt pour alerter ou menacer, tantôt pour éclairer ou consoler jusqu’à cette venue du Christ qui est, lui, réellement la Parole Vivante de Dieu.

Et si le Christ est envoyé sur la terre, n’est-ce pas tout d’abord, pour parler aux hommes et les appeler ? Car (et là c’est saint Augustin qui nous fait cette remarque) : en celui qui est la Parole tout es parole, non seulement les enseignements, mais aussi les gestes, les attitudes muettes, les exemples sans commentaires.

Et voici, chers frères et sœurs, que toutes ces paroles, tous ces appels de la Bible et de l’Evangile retentissent encore aujourd’hui dans nos cœurs. C’est à chacune et à chacun d’entre nous que Dieu dit : « Ainsi parle l’Eternel, voici ma volonté... C’est à chacune et à chacun d’entre nous qu’il dit : viens et suis-moi ». Car nous avons tous une vocation, vocation commune à la Sainteté et vocation particulière dans tel ou tel état de vie, pour telle ou telle mission qui nous est confiée.

En fait, c’est chaque jour, c’est à chaque instant que le Seigneur nous appelle : toutes les fois qu’une option, qu’un choix se présente à nous, toutes les fois que nous avons un acte libre à poser. Et selon les circonstances, c’est un appel soit à la prière, soit à l’amour fraternel, soit à l’épreuve qu’il faut accepter et offrir très généreusement par amour. Il arrive, hélas ! Que trop de chrétiens n’entendent pour ainsi dire jamais cette voix de Dieu, car c’est une voix généralement très douce et très discrète tant elle veut respecter notre liberté. Rien n’est plus facile que de ne pas l’entendre... Il faudrait prêter une très grande attention ; or volontairement (ou involontairement) nous sommes distraits, nous laissant emporter par notre imagination dans un tourbillon. Mais si nous entendons Dieu assez mal, il faut bien avouer aussi que nous lui parlons bien peu. D’ailleurs les deux choses sont liées : les spécialistes nous expliquent en effet, que le sourd-muet ne parle pas parce qu’il est sourd ; faute d’entendre il est incapable de s’habituer à former des sons. Eh bien ! C’est un peu la même chose sur le plan spirituel. C’est parce que nous manquons de Foi et d’esprit de foi, parce que nous n’avons pas assez d’attention et d’amour pour entendre la voix de Dieu que nous avons de la difficulté pour parler à Dieu, autrement dit pour le prier. Mais ici l’inverse est également vrai : c’est parce que nous ne parlons pas assez à Dieu que nous sommes de plus en plus sourds : c’est parce que nous n’avons pas la volonté de prier, c’est parce que nous ne sommes pas assez persévérants dans l’effort pour faire silence et nous tenir attentifs et réceptifs devant le Seigneur que nous ne sommes pas à même d’entendre la voix divine.

Mais que peut-il rester, dites-moi, d’une religion où il n’y a plus de dialogue entre le croyant et son Dieu ? Partant de la nécessité absolue de ce dialogue et donc de la nécessité absolue de la prière, un auteur spirituel contemporain a écrit ces paroles qui devraient nous faire réfléchir : « Quand il n’y a pas de prière dans notre vie, il n’y a pas Dieu. Dieu a dans votre estime la place qu’il a dans votre temps. Si vous n’avez pas de temps pour prier malgré toutes vos excuses, c’est que vous n’avez pas d’estime pour Dieu. Vous avez bien du temps pour tout ce qui vous paraît important. Si vous n’avez pas de temps pour Dieu, c’est qu’il est sans importance. Si vous ne priez pas, vous êtes pratiquement un athée ».

Comprenons enfin, que si nous sommes sourds et muets dans nos rapports avec Dieu, nous ne pouvons pas être très ouverts dans nos rapports avec le prochain. Repliés sur nous-mêmes par égoïsme, préoccupés uniquement de nous-mêmes, de notre confort, de notre image de marque, que sais-je, nous n’entendons pas les clameurs de tant de détresses matérielles ou spirituelles qui nous arrivent de partout. Et si nous sommes muets devant Dieu, vivant pour ainsi dire comme des sans-Dieu nous ne sommes pas en mesure de remplir nos devoirs apostoliques en étant auprès de nos frères les porte-parole du Seigneur, en étant ceux qui éclairent et consolent, ceux qui s’efforcent de promouvoir la Paix et la Justice dans un véritable esprit de charité surnaturelle. Que de fois nous gardons le silence alors que nous avons bien conscience qu’il faudrait parler !...

Interrogeons-nous donc sur toutes nos attitudes :

- vis-à-vis de Dieu,

- vis-à-vis de nos frères.

Disons-nous bien que notre vie chrétienne, chers frères et sœurs, ne pourra progresser réellement que si nous avançons à la cadence d’un rythme à 2 temps : c’est le rythme même de la respiration, qui consiste à inspirer et à expirer, à accueillir et à donner.

C’est dans la mesure où nous vivrons les uns et les autres en respectant ce rythme d’accueil et de don que nous parviendrons à établir entre nous cette harmonie profonde qui est la véritable Paix selon le Christ, et que nous construirons cette unité, cette communion de tous les hommes dans la communion de Dieu, à laquelle nous sommes tous appelés.

Le vœu le plus cher de Jésus est exprimé dans sa dernière prière : la grande prière sacerdotale : « Père, qu’ils soient un, comme Toi et Moi nous somme un, qu’ils soient un en nous ».

Amen.

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 23:05

La liturgie de ce 22ème dimanche abandonnant le chapitre 6ème de saint Jean, revient à saint Marc. Et pourtant aujourd’hui encore nous retrouvons la discussion entre Jésus et ses farouches opposants : les scribes et les pharisiens. Cette fois le sujet doit être épineux, l’enjeu d’une réelle importance car le ton monte et le Christ attaque ses interlocuteurs de front : « Hypocrites, ce peuple m’honore en paroles, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile le culte qu’ils me rendent ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes ! » (Marc 7, 6).

Frères et sœurs, quelques secondes de réflexions devraient suffire pour nous faire reconnaître l’étonnante actualité de ces paroles du Christ. En vérité, n’est-ce pas à nous aussi qu’elles s’adressent ce matin ? Elles nous conduisent tout d’abord à nous poser cette question : pour nous les commandements de Dieu, la Loi du Seigneur, sont-ils un bienfait ?

La vie moderne nous fait souvent affronter des évènements, des situations, des théories, des remises en cause qui nous désorientent. Et l’on entend des réflexions de ce genre :« Oh, vous savez, maintenant, nous ne savons plus qui croire, qui suivre... on entend de tout... » Il est vrai que sur bien des problèmes touchant la vie personnelle, la famille, la société, nous sommes submergés par un flot de doctrines toutes faites – ou de slogans – que l’on nous assène journellement, par internet, la télévision, la presse, la radio. Souvent, nous ne savons plus où est la vérité.

La liturgie de ce dimanche, nous rappelle, que, nous, chrétiens, nous ne sommes pas des girouettes, condamnées à tourner à tous les vents. Pour nous guider, nous l’oublions trop souvent, nous avons la Loi du Seigneur, les commandements de Dieu. Cette Loi nous vient du peuple d’Israël, mais elle a été reprise et précisée par le Christ Jésus. Elle est authentifiée par l’Eglise. Cette Loi est bien au-dessus de toutes les lois humaines – car comme le dit saint Jacques – elle vient d’en haut. C’est le plus merveilleux des présents, c’est un don de Dieu notre Père, un règle de vie, une sagesse.

Chers frères et sœurs, est-ce bien ainsi que nous considérons les commandements de Dieu ? Moïse disait aux hébreux qu’ils étaient des signes de la proximité et de l’amour de Dieu pour les hommes. Or, bien souvent nous les prenons pour des carcans, des entraves à notre liberté... et lorsque nous avons des décisions à prendre, des choix à opérer, il nous est dur de nous référer à la Loi du Seigneur, à sa Parole. Ne nous arrive-t-il pas de dire comme certains : « Oh, moi vous savez dans la religion j’en prends et j’en laisse – je me fais ma petite religion à moi ».

Ce matin, à travers le conseil de Moïse, Dieu s’adresse à chacun de nous « Vous n’ajouterez rien à ce que vous ordonne et vous ne retrancherez rien, mais vous garderez les ordres du Seigneur votre Dieu tels que je vous les ai prescrits ».

Que chacun donc, en conscience s’examine sérieusement, afin de voir sur quel point précis il doit se réformer intérieurement pour être en accord avec la volonté de Dieu.

Il y a une deuxième question qui nous est posée par cet évangile : comment pratiquer la Loi du Seigneur ?

Il est possible que nous sachions par cœur les commandements de Dieu ainsi que de nombreuses sentences et conseils évangéliques. C’est bien, mais c’est nettement insuffisant. Nous pouvons écouter la Loi du Seigneur, chaque dimanche et même chaque jour de la semaine. Nous pouvons lire ou entendre la Parole de Dieu. Nous pouvons même la méditer personnellement ou la commenter dans une réunion ; c’est bien, mais c’est encore insuffisant. Et c’est Dieu lui-même qui nous le redit ce matin et avec vigueur par l’intermédiaire de saint Jacques : « Mettez la Parole en application, ne vous contentez pas de l’écouter, ce serait illusion ». Trop souvent en effet nous nous contentons de parlottes ou d’attitudes superficielles, il y a trop souvent un décalage entre notre comportement habituel et l’esprit de l’Evangile. On ne voit pas assez transparaitre dans notre vie la lumière de la Foi et le feu de l’Amour.

Ce qu’il emporte de bien comprendre, voyez-vous frères et sœurs, c’est que la Loi du Seigneur est aux antipodes du légalisme et du conformisme. Ce que Jésus reproche précisément aux pharisiens c’est d’avoir abandonné la Loi de Dieu et de l’avoir remplacée par une multitude de préceptes humains, des prescriptions de détail, voire des mesquineries. Ils ont sclérosé la Loi divine : la lettre a tué l’esprit, la petitesse des hommes l’a emporté sur le dynamisme de Dieu.

Chers frères et sœurs, aujourd’hui, comme hier dans le monde comme dans l’Eglise le conformisme aux cents visages nous guette toujours.

- Dans la vie courante combien de décisions prenons-nous uniquement parce que « dans notre milieu cela se fait... ou ne se fait pas ».

- Dans la société, je pense à conformisme de la mode par exemple, qui nous atteint tous plus ou moins : mode pour la tenue vestimentaire, les voitures, les vacances etc...

- Et la vie de l’Eglise n’y échappe pas non plus ! Hier, dans bien des villages, des gens allaient à la messe, uniquement pour ne pas se faire remarquer par leur abstention. A l’inverse, aujourd’hui des gens n’osent plus pratiquer par peur de se faire montrer du doigt.

Oui, reconnaissons-le loyalement, notre péché consiste souvent à nous laisser porter par la mentalité générale, cette opinion du plus grand nombre qui nous pousse à faire comme tout le monde, à vivre comme tout le monde au lieu de nous laisser imprégner par l’esprit de Jésus pour vivre toujours davantage dans l’amour de Dieu et dans l’amour des autres. Celui qui veut être aujourd’hui un chrétien fidèle doit avoir le courage de ne pas penser et de ne pas agir comme tout le monde. Il ne doit pas avoir peur de ramer à contre-courant.

Au cours de cette Eucharistie nous allons demander au Seigneur, par l’intermédiaire de Marie, la Vierge fidèle, la grâce de donner coûte que coûte la priorité à l’essentiel, c'est-à-dire à notre vie d’intimité avec ce Dieu d’amour Père, Fils et Saint-Esprit qui par le mystère de la grâce sanctifiante habite le sanctuaire intérieur de notre âme.

Disons-nous bien, en effet que si cette vie d’union à Dieu est assez intense, elle ne manquera pas de transparaitre dans notre comportement extérieur. Ainsi, nous serons de plus en plus semblables à Jésus et comme lui, nous rendrons témoignage à la Vérité.

Amen.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 23:05

C’est la dernière partie du discours sur le Pain de Vie que nous venons d’entendre. Dans ce fragment d’Evangile nous voyons d’abord comment Jésus se situe vis-à-vis de ses auditeurs, alors qu’il livre un message de la plus haute importance, absolument incontournable.

Nous voyons ensuite l’accueil qui est réservé à ce message :

  • par la majorité des auditeurs, d’une part,
  • par le petit groupe des apôtres, d’autre part.

Regardons pour commencer l’attitude de Jésus : elle est claire, sans la moindre ambigüité. Jésus ne fait pas de démagogie : il ne cherche jamais à plaire. Il entend, certes, toutes les réactions négatives qui viennent ponctuer ses propos mais dans ces récriminations Jésus au lieu d’atténuer ce qu’il vient de dire le réaffirme avec encore plus de vigueur, même si cela doit heurter. Il proclame la vérité, que cela plaise ou non. Il ne cherche pas le succès. Ce qui importe par-dessus tout à ses yeux c’est d’être fidèle quoiqu’il en coûte, à la mission qu’il a reçue du Père. Et la seule attitude qu’il réclame de ses auditeurs c’est la confiance. Mais en même temps, il respecte pleinement leur liberté. Il ne force personne à croire en lui, et il laisse partir ceux qui veulent le quitter sans les menacer ni leur faire le moindre reproche...

Regardons maintenant l’attitude de ceux qui jusqu’à présent ont suivi Jésus. Jusqu’à présent tout ce qui attirait ces gens vers le Seigneur, c’était surtout ses miracles, sa bonté, la sympathie qui émanait de sa personne. Mais Jésus attend beaucoup plus de la part de ses disciples : c’est un véritable retournement qu’il leur demande : ils doivent accepter, en effet, de remettre en questions certaines idées religieuses dans lesquelles ils ont été élevés, auxquelles ils sont fortement attachés. Le malheur c’est qu’ils ont davantage confiance en leurs petites idées qu’en Jésus. Par exemple : pour eux le pain du ciel, c’est la manne donnée par Dieu durant la traversée du désert. Que Jésus leur ait donné un signe en multipliant les pains n’y change rien. Pour eux le porte-parole de Dieu ce sera toujours Moïse et non pas Jésus. Ils se renferment donc dans la sécurité d’une religion toute centré sur le passé. Ils se refusent à toute ouverture, à une foi personnelle et totale en celui qui se présente à eux comme le Messie, le Sauveur d’Israël, le seul qui puisse leur apporter la vraie vie et le vrai bonheur. Scandalisés par ses propos sur le Pain de Vie, ils choisissent de s’en aller, « à partir de ce moment-là, note saint Jean, nombre de ses disciples se retirèrent et cessèrent de faire route avec lui ». Mystère de la liberté humaine qui peut dire non à l’amour dont elle avait besoin vivre.

Il ne reste plus autour de Jésus que le petit carré des apôtres. Jusqu’à présent ils l’ont suivi et se sont laissés enseigner par lui. Mais pour eux, maintenant c’est l’heure du choix, car tous les autres s’en vont et ils ne sont pas sans questions et sans hésitations. Sentant monter en eux la vague de tous les soupçons, Jésus prend les devants par une interrogation« voulez-vous partir vous aussi ? »

C’est Pierre qui au nom de tous choisit la voie de la fidélité en allant chercher au fond de sa foi la seule réponse capable de fortifier le petit groupe en proie à la peur : « à qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, nous, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu ».

Et c’est exactement cela que Jésus réclamait et attendait de ceux qu’il avait choisis : une adhésion de foi à sa personne de Fils de Dieu, une confiance absolue, inconditionnelle en sa Parole. A la charnière cruciale de sa mission, le Christ pouvait repartir avec les douze jusqu’à la croix, jusqu’à Pâques, et jusqu’à l’Eglise...

Chers frères et sœurs, en ces temps difficiles qui sont les nôtres, notre foi est souvent mise à l’épreuve. Il nous arrive d’avoir envie de tout lâcher et de ne plus répondre aux exigences du Christ. L’Evangile de ce dimanche nous rappelle que la foi c’est un choix : celui de Dieu et de sa volonté sur nous... Elle ressemble un peu au choix qu’on fait de son conjoint. De même que le Oui du mariage ne se dit pas qu’une seule fois (au moment de la célébration) mais qu’il faut le redire chaque jour, tout au long de la vie, de même pour ce qui concerne la foi au Christ : elle est un Oui qu’il faut sans cesse redire et approfondir...

Ils furent nombreux ceux qui pendant quelques temps suivirent Jésus à cause de sa personnalité séduisante ou de ses miracles. Enthousiasme éphémère : ils n’ont pas tenu. Les apôtres, quant à eux, suivaient Jésus parce qu’ils lui étaient attachés pour des raisons plus profondes. Cela ne veut pas dire que c’était tous les jours faciles : ils se posaient des questions, ils avaient leurs moments de faiblesse... il leur est même arrivé de se laisser emporter par la peur et par la lâcheté... mais en définitive c’est leur confiance en la Parole de Jésus et leur fidélité qui ont été les plus fortes.

Et nous, frères et sœurs, pourquoi croyons-nous ? Nous avons besoin de nous interroger parfois sur les vrais motifs de notre foi :

  • est-ce que nous croyons parce que nous avons toujours vécu dans un milieu profondément chrétien, une famille très pratiquante ?
  • croyons-nous parce que nous sommes sensibles aux bienfaits d’ordre social ou familial qu’apporte le christianisme ?
  • croyons-nous à cause des consolations spirituelles que nous trouvons dans la religion ?
  • ou encore pour des raisons d’ordre moral par exemple : je veux être en règle avec la religion.

Attention ! Nous n’avons là que des motifs secondaires et pas très purs... ils ne sont pas solides. L’unique et véritable fondement de la foi, c’est la Parole de Dieu, telle que l’Eglise maîtresse de vérité, l’interprète et l’enseigne...

Nous croyons tout ce que le Seigneur nous a révélé, tout ce qu’il nous a dit et nous sommes sûrs que c’est vrai, car il est la Vérité même, et il ne peut ni se tromper, ni nous tromper : « Toi, seul Seigneur as les paroles de la vie éternelle ». Si notre foi repose sur ce motif principal, si elle s’y arcboute, rien, alors, ne peut la faire chanceler, tout peut la fortifier même les contradictions.

Soyons bien convaincus, frères et sœurs que, seule, une telle foi et capable d’illuminer et de transfigurer toute notre vie. Elle seule possède assez de dynamisme pour faire progresser l’œuvre du Christ qui consiste en l’accroissement et la sanctification de tous les membres de son Corps mystique.

Cette foi authentique, plus solide que le roc qui ne s’attarde pas à examiner la conduite de Dieu, mais qui, tout en ne comprenant pas suit aveuglément la volonté divine.

Cette foi éclairée et vigoureuse, courageuse et contagieuse, demandons-là instamment au Seigneur au cours de cette Eucharistie, par l’intermédiaire de Celle qui en est la modèle insurpassable : la Très Sainte Vierge Marie.

Amen.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 23:10

Dans ce passage si dense du « Discours sur le Pain de Vie » que nous venons d’entendre, il y a quelques phrases-clés sur lesquelles je voudrais attirer tout particulièrement votre attention car elles nous révèlent l’essentiel de ce mystère fondamental de la Foi qu’est l’Eucharistie.

- « Je suis le Pain Vivant descendu du ciel ».

L’Eucharistie ce n’est pas quelque chose, c’est quelqu’un. C’est la personne même de Jésus-Christ Ressuscité, présent au milieu de son peuple. « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Oui, il est là, lui, notre Seigneur, dans le silence et la discrétion d’un pauvre, mais avec toute sa richesse de Dieu, disponible en son humanité.

- « C’est ma chair pour la vie du monde ».

L’Eucharistie – on a parfois tendance à l’oublier – c’est le sacrifice de Jésus offert par amour pour l’humanité, car, il est là avec sa « chair livrée » avec son « sang versé » dans le grand écartèlement de la Croix qui rappellent le pain et le vin séparés. Disons-nous bien que lorsque nous communions nous nous unissons à Jésus crucifié qui vient dans nos âmes pour les inclure dans son sacrifice et prolonger en elles son état d’hostie. Il vient en nous, dit saint Léon le Grand, comme victime offertes au Père. Le chrétien ne doit jamais oublier, en effet, qu’il est un disciple de Jésus crucifié et que la Croix c’est le livre où il apprend la seule vraie science : celle qui sauve ; et la seule vraie philosophie de la vie : celle qui donne à la souffrance sa valeur rédemptrice et à la mort son sens divin et éternel.

- « Celui qui mange ma chair demeure en moi et moi en lui ».

Oui, la communion eucharistique est le lieu privilégié où se réalise ici-bas entre l’âme et la Très Sainte Trinité, l’intimité la plus grande et la plus merveilleuse qui soit. En celui qui communie avec toutes les dispositions requises il se produit ceci : le feu de l’amour divin pénètre dans son cœur et l’envahit de telle sorte que le cœur de Jésus et son cœur ne font plus qu’un. Ils sont fondus l’un dans l’autre : c’est la fusion à laquelle voudraient tant parvenir les êtres qui s’aiment, seul Jésus peut accomplir un tel prodige entre lui et nous. Le chrétien qui vient de communier peut donc s’appliquer la parole de l’Apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». Ainsi, par la communion eucharistique nous sommes peu à peu, transformés à l’image de Jésus, nous lui devenons semblables, capables, chaque jour davantage, de penser comme lui, de vouloir et d’agir comme lui. La communion nous fait entrer dans cet immense élan d’amour qui porte Jésus vers son Père. Avec lui, nous entrons dans la vie du Père et par lui nous recevons l’Esprit-Saint qui est le lien d’amour entre le Père et le Fils... Et en même temps la communion nous entraîne dans le grand courant d’amour de Jésus qui rassemble tous les hommes dans l’unité d’une même famille, cette famille des enfants de Dieu qu’est l’Eglise. Sous cet aspect la communion agit à la manière d’un ciment qui unit, qui soude les unes aux autres ces pierres vivantes que nous sommes. En mangeant le Pain de Vie, nous devenons un seul corps avec le Christ, de même que les grains de blé fondus ensemble ne font qu’un seul pain.

- « Ma chair est vraiment une nourriture ».

L’Eucharistie est un repas. Elle est faire pour fortifier nos énergies, pour abreuver nos déserts, pour faire grandir toute sainteté. Sur la route de cette existence difficile, Jésus vient à notre rencontre avec le pain et la coupe du salut, car c’est maintenant que nous avons besoin de la force divine pour tenir debout, pour nous relever, pour aller de l’avant et parvenir au Royaume. L’Eucharistie, c’est le sacrement par excellence de la vitalité chrétienne. Nous retiendrons enfin cet autre fruit, cet autre effet de l’Eucharistie sur nous, sur lequel Jésus insiste très fort.

- « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour ».

En communiant au Corps ressuscité de Jésus nous préparons mystérieusement notre propre résurrection. Jésus n’entends pas seulement nous communiquer sa vie d’amour pour qu’ici-bas nous soyons unis à lui et entre nous ; il veut se donner à nous pour nous faire passer de la mort à la vie, pour nous faire partager sa gloire de Ressuscité, il veut qu’un jour nous soyons comme lui, et comme Marie pleinement vivants, corps et âme, définitivement libérés des misères de ce monde et de la mort. « Là où je suis-je veux que vous soyez vous aussi ». Autrement dit : la terre aride que nous sommes est visitée par un germe pascal lorsque le pain de Dieu vient féconder notre sol. Dès lors, l’éternité est en gestation dans notre chair et nous sommes assurés de ressusciter avec Celui qui nous remplit de lui.

Que Jésus soit donc à jamais béni, loué, remercié pour avoir mis à notre disposition l’inépuisable richesse de grâce que constitue l’Eucharistie : ce sublime mystère où se récapitule toute notre foi et qui est selon les termes de Vatican II « la source et le sommet de toute la vie chrétienne ».

Amen.

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 23:05

Les prophètes de l’Ancien Testament avaient annoncé qu’un jour les hommes seraient instruits par Dieu lui-même. Dans l’Evangile que nous venons d'entendre, saint Jean nous montre que ces prophéties sont désormais réalisées en la personne de Jésus : Jésus qui laisse clairement entendre à ses auditeurs que son vrai père, n’est pas comme ces derniers le croient, Joseph de Nazareth, mais le Dieu Très-Haut, le Dieu invisible que lui seul a le privilège de voir. Et puisqu’il vient de Dieu et qu’en sa qualité de Fils Bien-aimé, il voit Dieu, il le connaît parfaitement. Il peut donc nous dire en toute vérité qui il est et quel est son dessein d’amour sur les hommes. Ses paroles constituent, dès lors, pour nos âmes une nourriture substantielle que nous mangeons par la Foi. « Moi, je suis le Pain de la Vie : celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif... »

Mais Jésus – et cela il importe de bien le comprendre – ne s’exprime pas seulement par des paroles sorties de sa bouche, mais encore par toutes ses actions et toute sa vie, car il est lui-même en personne la Parole Vivante de Dieu. Il est – c’est la grande vérité de l’Incarnation que saint Jean souligne très fort – Il est le Verbe devenu chair.

Tous ses faits et gestes, par conséquent nous disent quelque chose de Dieu, sont autant de signes révélateurs du vrai visage de Dieu, de ce Dieu de tendresse et d’amour qui veut nous sauver : c’est-à-dire nous libérer du péché et de la mort pour nous donner la vie éternelle en nous rendant participants de sa propre nature divine.

Or, nous le savons, c’est surtout par l’Evangile que les paroles de Jésus ainsi que ces actions sont parvenues jusqu’à nous. C’est donc d’abord dans l’Evangile qu’il nous faut puiser la nourriture dont notre foi a besoin pour grandir et s’épanouir en charité (en amour de Dieu et de nos frères). En sommes-nous suffisamment convaincus ? Si une simple parole humaine est capable de nourrir notre intelligence et de nouer avec autrui des liens fraternels à combien plus forte raison la Parole de Dieu peut-elle jouer ce rôle au plan surnaturel ? Oui, les mots que Dieu nous dit en la personne de Jésus son Fils sont un extraordinaire moyen de communication entre lui et nous, entre nous et lui.

Toutes ses paroles sont une lumière pour nos pensées, nos jugements et nos décisions ; elles sont aussi un aliment, pour notre action dans tous les domaines de notre vie quotidienne. Il nous arrive de dire quand nous parlons d’un livre qui nous a passionnés « je l’ai dévoré ». Pouvons-nous en dire autant de l’Evangile, ce livre qui est au-dessus de tous les livres ? Oh ! Certains ne manqueront pas d’objectés : « quand j’essaye de lire l’Evangile ou quand je l’écoute à la Messe, ça ne me dit rien car j’ai l’impression d’avoir déjà entendu cela 100 fois, et je ne me sens pas concerné ».

Mais que ceux-là veuillent bien réfléchir à ce que Jésus affirme aujourd’hui : « Celui qui croit en moi a la Vie Eternelle ». Celui qui croit en moi : ce qui importe, voyez-vous, pour Jésus, avant toutes choses, c’est de croire en Lui... Est-ce que nous abordons la lecture de l’Evangile dans une attitude de Foi ? Tout est là ! Si nous lisons simplement un récit du passé, une biographie de Jésus, il est normal que nous en soyons vite lassés... Bien des gens, là-bas, en Palestine, au temps de Jésus, l’ont entendu directement et ça ne leur a rien fait, parce que leurs cœurs étaient mal disposés... Ils refusaient de se laisser interpeller. Saint Jean nous a donné dans le récit de tout à l’heure un exemple typique de cette attitude, comme Jésus avait dit : « Moi je suis le Pain qui est descendu du ciel », les juifs récriminaient contre lui disant : « Cette homme-là n’est-il pas le fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère, alors comment peut-il dire, je suis descendu du ciel ». Ils les ont bien entendues les paroles de Jésus, mais pour eux, elles n’ont pas de sens, parce que leurs cœurs ne sont pas disposés à croire. Spirituellement ce sont des sourds et des aveugles. 

Comprenons bien, frères et sœurs, que l’Evangile, Parole de Dieu, demande d’être lu avec les yeux de la Foi, ce qui veut dire qu’il faut s’intéresser non comme à une histoire du passé, mais comme à une histoire toujours actuelle à laquelle chacun de nous se trouve mêlé. Oui, l’Evangile, en me mettant face à Jésus, me révèle ma propre vie : il est comme un miroir dans lequel je peux reconnaître ma propre histoire : il me dit ce que Jésus à l’intention de me dire actuellement. Chacun de ses récits est une parabole ou une allégorie qui me met en cause personnellement, car les personnages de l’Evangile sont en réalité de tous les temps : ils revivent en nous et les scènes qui nous sont relatées tout au long de ses pages se reproduisent et se reproduiront dans la vie des hommes jusqu’à la fin des temps.

C’est ainsi que par sa Parole accueillie dans la Foi, Jésus poursuit son œuvre de salut :

  • par elle, il donne la lumière qui permet de voir de Dieu, les hommes, le monde, les évènements comme lui-même les voit, qui fait de ses disciples des voyants du surnaturel et des témoins de la vérité.
  • par elle, Jésus continue à libérer, à purifier et à transformer les cœurs.
  • par elle, il sculpte, façonne et édifier dans les âmes ce chef-d’œuvre de sainteté qu’elles sont appelés à devenir.
  • par elle, il suscite la communion avec Dieu et avec tous, cimentant ainsi l’unité de son Corps qui est l’Eglise.
  • par elle enfin, il sème la joie dans les cœurs et donne l’espérance de la vie éternelle.

Rappelons-nous toujours qu’être chrétien, c’est vivre la Parole de Dieu, c’est l’incarner de telle manière que nous puissions apparaître aux yeux de tous, comme des copies vivantes de Jésus-Christ. Ainsi et ainsi seulement, à l’exemple de Jésus, notre parfait modèle, nous rendrons témoignage à la vérité ; à la vérité de Dieu et à la vérité de son merveilleux plan d’amour sur le monde.

Amen.

 

 

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 22:27

Les hommes demandent à Dieu des signes. Ils veulent des miracles, des preuves visibles et incontestables de son action. En cela ils ressemblent bien à son foule de l’Evangile qui suit Jésus parce qu’elle est à l’affût des prodiges qu’il opère. Elle est intéressée plus par le guérisseur que par le prédicateur, elle aime mieux les guérisons que les beaux sermons. Ce jour-là justement elle accourt avec une curiosité non dissimulée : « quelle œuvre vas-tu faire ? » Autrement dit quel est le programme aujourd’hui... On n’a pas fait tout ce chemin pour rien... On veut de l’extraordinaire.

Jésus n’est pas dupe. Il sait très bien pourquoi la foule le suit. La nouvelle du miracle opéré la veille s’est vite répandue... N’a-t-il pas, bien, nourri plus de 5000 personnes avec 5 petits pains et 2 poissons offerts par un enfant ? Dans un pays où la plupart des gens ne mangent pas à leur faim, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe. La curiosité et la faim ont donc attiré des auditeurs encor plus nombreux. Jésus les interpelle : « Je vois que vous me cherchez et je sais bien pourquoi : vous êtes venus parce que vous avez faim ». Et partant de ce constant, il essaye d’élever leurs esprits : « Oui, vous avez faim de nourritures terrestres. Et bien, vous dis que votre faim est encore plus grande que ce que vous pensez... Vous avez en vous une autre faim plus profonde et insatiable que seul le Fils de Dieu peut combler. Votre cœur aussi à faim, vous êtes des affamés de l’infini ».

On reconnaît bien là, la façon d’agir de Jésus : il part des besoins humains les plus élémentaires et révèle aux hommes que ces besoins ne sont en fait que le signe de désirs plus profonds qui les habitent. Aujourd’hui, si Jésus revenait parmi nous il montrerait aux jeunes combien leur insatisfaction permanente : cette course effrénée et jamais comblée par les plaisirs de la société de consommation (leur fuite dans la drogue ou l’alcool) ne sont que des signes de leur faim d’absolu. Il montrerait également aux plus anciens que le confort et l’argent (avec tout ce qu’il peut procurer) ne comble pas les désirs de leur cœur car l’homme dépasse l’homme et ne saurait se contenter de la satisfaction des cinq sens.

Il nous révèlerait, comme il l’a fait pour la foule de Palestine que nous portons en nous une véritable faim et qu’il existe à notre disposition une véritable nourriture.

Certes, Jésus n’ignore pas que les hommes sont des êtres de chair et que la faim du corps existe. Ne les a-t-il pas nourris la veille en multipliant pains et poissons ? Mais, il veut faire comprendre que cette faim matérielle n’est pas la principale : pensons à la devise si suggestive des Petits Frères des Pauvres : « des fleurs, avant le pain ». Derrière nos besoins matériels élémentaires, il nous faut repérer nos besoins les plus fondamentaux :

  • Les hommes ont d’abord faim de dignité « le plus grand bien que nous puissions faire aux autres n’est pas de leur communiquer notre richesse, mais de leur révéler la leur »disait un philosophe.
  • Les hommes ont faim d’amitié réciproque. La grande douleur des pauvres c’est que personne n’a besoin de leur amitié...
  • Les hommes ont faim de dévouement, un besoin profond de donner.
  • Les hommes ont par-dessus tout faim de Dieu : ils sont des tourmentés de l’infini.

Il est possible que pour un temps cette faim de Dieu soit occultée par un rassasiement terrestre qui n’est qu’un « trompe la faim » provisoire, mais un jour ou l’autre la vanité des biens matériels apparaît et alors un besoin irrésistible de l’essentiel peut alors jaillir.

Frères et sœurs, l’Evangile nous rappelle aujourd’hui que pour répondre à cette vraie faim de l’homme, Jésus vient proposer le véritable pain, le coupe faim parfait et définitif... qui exorcisera toute faim. La foule (comme nous d’ailleurs) ne comprend qu’à moitié :« Seigneur donne-nous de ce pain-là, que nous n’ayons plus jamais faim, que nous n’ayons plus à acheter du pain... »

Jésus doit alors préciser : ce Pain venu du ciel est le grand cadeau du Père céleste sans aucune comparaison avec la manne du désert. C’est ma propre personne : « C’est moi qui suis le Pain de la Vie, celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif ».

Nous comprenons mieux dès lors tout le sens de l’Eucharistie... Jésus s’est fait pain de vie pour satisfaire notre faim de Dieu.

Communier, c’est se laisser assimiler par le Christ. Si nous laissons l’Eucharistie nous transformer, nous serons incorporés au Christ, vivant comme lui, aimant comme lui et donc heureux comme lui.

Amen.

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 10:16

Pendant 5 dimanches consécutifs nous allons interrompre la lecture continue de saint Marc pour lire le merveilleux chapitre sixième de saint Jean : chapitre très long et très dense qui commence par le miracle de la multiplication des pains et se poursuit par ce qu’on appelle « le discours sur le Pain de Vie ».

La multiplication des pains, vous l’avez peut-être remarqué, est le seul miracle à être raconté par les 4 évangélistes, c’est dire son importance !

Mais dans l’Evangile de saint Jean, ce signe occupe, de plus une place charnière. Il se situe en effet au moment où Jésus déplace son ministère de Galilée à Jérusalem, moment où l’enthousiasme de la foule tourne à l’aigre et où les paroles de Jésus qui exposent clairement la signification du miracle (nous les entendrons au cours des prochains dimanches), provoquent une crise, mettant les disciples eux-mêmes au pied du mur. Car un choix décisif s’impose alors : ou bien donner sa foi, faire confiance aux paroles du Christ comme Pierre, ou bien refuser de croire comme Judas (qui est devenu « fils du diable ») et abandonner le Christ, ce qui sera le cas du plus grand nombre.

Avant d’accomplir la multiplication des pains, Jésus, qui sait très bien ce qu’il va faire, commencer par éprouver rudement ses apôtres. Il consulte tout d’abord Philippe « où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient de quoi manger ? » Ce dernier a tôt fait de calculer mentalement l’impossibilité de s’en sortir « 200 deniers c'est-à-dire 200 journées de salaire ne suffiraient pas à donner une bouchée à chacun ». André à sans doute entendu la question que Jésus a posée à Philippe. Inventif, débrouillard, il se met en quête d’une autre solution : mais le bilan de ses trouvailles s’avère, lui-aussi déficitaire :« Il y a là un garçon qui possède 5 pains d’orge et 2 poissons », dit-il à Jésus, mais qu’est ce que cela pour tant de monde ? Quelle énorme disproportion, en effet entre les moyens et les besoin ?

Humainement la difficulté est insurmontable. Et c’est alors que Jésus intervient, manifestant une fois de plus la souveraine maîtrise qu’il exerce sur l’impossible et cela par pur amour, pour le service de l’homme. Mais ici, la puissance de l’Homme-Dieu se manifeste avec d’autant plus d’éclat qu’elle utilise des moyens pauvres... Car Jésus (qui aurait fort bien pu accomplir le miracle à partir de rien), ne méprise pas la base de départ que constitue l’offre très modeste d’un enfant, un de ces petits que, d’ordinaire les adultes regardent du haut de leur grandeur, de leur force physique, de leur savoir ou de leur pouvoir... Les petits, c’est bien connu, ont besoin des grandes personnes et les pauvres des riches.

Jésus, qui n’hésite pas à bouleverser nos conceptions, nous apprend ici que les grands, les adultes, ont aussi besoin des petits. Nous sommes trop souvent tentés de l’oublier : sans les petits, sans les pauvres, quel appauvrissement ce serait dans le monde : appauvrissement de générosité, de dévouement, d’espérance ; appauvrissement d’amour.

Jésus, qui est si grand, si puissant, ne veut pas agir seul : il veut avoir besoin des êtres faibles et limités que nous sommes. Il veut pouvoir compter sur notre collaboration si minime soit-elle. A la plus petite de nos offrandes il confère une valeur immense, une portée illimitée. Ne nous en donne-t-il pas ce miracle une preuve éclatante ? Un petit garçon lui offre généreusement 5 pains et 2 poissons et ça lui suffit pour rassasier toute une foule et avec surabondance puisqu’on recueille 12 corbeilles de restes.

Frères et sœurs, aujourd’hui comme hier, dans l’ordre spirituel Jésus n’agit pas autrement. Quel moyen emploie-t-il par exemple, pour perpétrer sa présence au milieu de nous ; pour entretenir, augmenter et fortifier la vie divine que nous avons reçue en notre âme à l’heure de notre baptême ? Eh bien ! Tout simplement un peu de matière : du pain et du vin. Et par sa puissance créatrice, transfiguratrice, il les change en son corps et en son sang.

Ressuscité, toujours vivant, il est présent, bien qu’invisible à nos yeux, sous les espèces du pain et du vin consacrés. Par le moyen de ce sacrement d’amour qu’est l’Eucharistie, Jésus peut renouveler à tout instant dans le monde l’offrande de son sacrifice rédempteur et nourrir la foule de ses amis pour qu’ils vivent de lui, de sa pensée, de son amour, de sa force et deviennent de plus en plus participants de sa divinité.

Pour Jésus, donc, nous le voyons, les problèmes insolubles ça n’existe pas (il est vraiment selon la belle formule du Père de Foucault « Le Maître de l’Impossible ». Et voilà qui doit fonder et affermir notre espérance, notre confiance en la Toute-puissance de son Amour pour nous.

Bien des fois, avouons-le, nous vous laissons aller au découragement, et nous frôlons peut-être le désespoir face aux difficultés de toute sorte qui se dressent sur la route de notre vie chrétienne : qu’il s’agisse de la virulence des tentations, de la tyrannie des passions, de souffrances physiques ou morales particulièrement éprouvantes...

Mais qu’attendons-nous à ces moments-là, pour nous tourner vers le Seigneur qui ne cesse de nous tendre une main secourable ?

Qu’attendons-nous pour le supplier de nous donner ces grâces de lumière et de force qui vont finalement rendre l’impossible possible ? Nous faire expérimenter à quel point elle est vraie la parole de saint Paul « je puis tout en celui qui me rend fort ».

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui nous a si bien rappelé la voie de l’enfance spirituelle avait une conscience très vive de sa petitesse : de sa faiblesse face aux obstacles qu’il lui fallait surmonter pour devenir une vraie chrétienne et atteindre les cimes de la sainteté. Pour y parvenir elle ne comptant que sur Dieu, sur sa force et sur son appui : « le Bon Dieu écrit-elle m’a toujours secourue ; il m’a conduite par la main. Je compte sur ... Il ne regarde pas tant à la grandeur de nos actions qu’à l’amour avec lequel nous les accomplissons ».

Alors, chers frères et sœurs, même si nous nous sentons très pauvres, très limités, même si jusqu’à présent nous avons accumulés les échecs, ne nous laissons pas abattre, rappelons-nous que si nous savons nous offrir à Jésus, nous en remettre totalement à lui, il est vraiment capable de transformer notre pauvre vie, en nous donnant d’aimer Dieu et nos frères comme lui-même les aime.

Oui, soyons tout à Jésus (et le secret pour être tout à Jésus, c’est de se consacrer à Marie), soyons donc tout à Jésus par Marie. Il nous comblera alors de sa grâce et il fera même de nous des multiplicateurs de cette grâce pour le plus grand bien de nos frères et la Gloire du Père.

Amen.

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 23:05

Chers frères et sœurs, une phrase de l’Evangile que je viens de lire retiendra plus particulièrement notre attention ce matin : « Il fut saisi de pitié envers eux parce qu’ils étaient des brebis sans berger ».

Pour exprimer ce sentiment de pitié qui fait vibrer le Cœur de Jésus, saint Marc utilise un mot grec qui signifie avoir une émotion forte, un ébranlement intérieur, une souffrance presque physique devant la misère d’autrui. Et comment Jésus en voyant cette foule haletante qui le cherche (sans lui laisser le temps de manger ou de se reposer un peu) pourrait-il demeurer insensible ? Car c’est tout l’éventail de la détresse humaine qui se déploie en cet instant devant lui.

- Il y a bien sûr toutes ces misère visible qui sont celles des corps : tous ces malades ou handicapés qui n’attendent qu’un mot ou un geste (de la part de Jésus) pour retrouver la santé et avec la santé la joie de vivre.

- Il y a combien plus nombreuses toutes ces misères cachées que sont les maladies morales : tous ces gens mal aimés qu’on écrase, qu’on exploite, qu’on méprise ou qu’on laisse dans une insupportable solitude, tous ceux qui sont déçus, trahis, révoltés ou amers, toutes ces personnes qui doutent de tout : du présent ou de l’avenir, des autres ou d’eux-mêmes. Tous ces êtres désorientés qui se demandent si la vie a un sens, si elle vaut la peine d’être vécue.

- Il y a enfin toutes ces âmes qui aspirent plus ou moins consciemment à être libérées de l’oppression la plus tyrannique qui soit : celle du péché, misère sans nom celle-là que seul le regard pénétrant du Fils de Dieu peut discerner derrière ces visages fermés ou angoissés...

Oui, vraiment, des brebis égarées, dispersées, divisées, mais qui devinent en Jésus le seul vrai Berger, capable de les rassembler, de s’occuper de chacune d’elles et de les guider par un chemin sûr, vers le vrai bonheur...

De toute cette peine, de tout ce désarroi Jésus souffre au plus intime de son cœur ; et s’il est aussi affecté c’est parce qu’il aime, c’est parce qu’il considère cette foule comme sa famille. Son amour de Bon Pasteur est assez ardent, assez prévenant, assez accueillant pour étendre sa sollicitude et manifester sa tendresse à chacune de ces personnes comme si elle était un frère, une sœur, une mère. Tous ces mal-aimés ont enfin trouvé quelqu’un qui les aime vraiment, car la pitié, la miséricorde qui emplit le cœur de Jésus s’exprime à travers des gestes. Et tout d’abord par des gestes de guérison en faveur de ces malheureux qui sont si douloureusement éprouvés en leur chair... Ayant  guéri les malades Jésus se met très probablement à la disposition de ceux qui veulent s’entretenir avec lui, les écoutant avec beaucoup d’attention, manifestant à chacun beaucoup d’intérêt, comme s’il était le seul à avoir des soucis, le seul à avoir besoin de ses conseils et de son aide. S’étant ainsi occupé de chacun, Jésus peut dans un second temps s’adresser à tous. Saint Marc note« qu’il se met à les instruire longuement », donnant par là une nouvelle preuve de son immense amour pour son peuple ; car cette foule a besoin d’être enseignée, éclairée, nourrie et transformée par la Parole Vivante et Vivifiante de Dieu, elle a besoin de trouver un sens à sa vie dans cette Bonne Nouvelle qui est révélation du mystère de Dieu et de son plan d’amour sur les hommes. Cette Bonne Nouvelle qui est porteuse d’une immense espérance, car elle est promesse de salut éternel pour tous les hommes.

Chers frères et sœurs, parce que nous sommes les disciples du Seigneur, parce que nous devons être des copies vivantes de Jésus, nous sommes chargés d’une mission semblable à la sienne : nous devons aimer comme Jésus a aimé, nous devons continuer, prolonger dans le milieu de vie qui est le nôtre l’action bienfaisante du Sauveur. Il faut donc, qu’à son exemple, nous ayons un cœur brûlant d’amour, un cœur qui se laisse émouvoir qui se laisse toucher par toutes les formes de misère que nous côtoyons aujourd’hui. Comme le Christ, il nous faut sympathiser, au sens le plus fort du terme : c'est-à-dire souffrir avec, sentir avec, être avec, pleurer avec ceux qui pleurent... selon la formule de saint Paul. Une telle pitié n’a rien de sentimental. Certes elle peut être ressentie plus ou moins selon les tempéraments, mais elle consiste surtout en une ouverture d’esprit, une attention volontaire à l’autre, pour lui-même ; elle suppose donc l’oubli de soi, une grande disponibilité et une inlassable générosité. Pour voir la misère, il faut les yeux de la charité, et pour découvrir cette autre misère qu’est le vide spirituel de l’homme et son besoin de Dieu, il faut en outre les yeux de la foi.

Frères et sœurs, est-ce que nous ouvrons bien grands ces yeux de la foi et de la charité ? Avons-nous assez conscience qu’à travers chacun de nous Jésus veut continuer à exercer sa miséricorde à l’égard de tous :

  • qu’il veut, à travers nous, répondre à ce besoin d’amour que tout être humain porte en lui, visible ou caché,
  • qu’il veut manifester par ce témoignage de notre charité que tous les mal-aimés des hommes sont quand même les bien-aimés de Dieu.

Des interrogations aussi importantes ne doivent pas restés sans réponse. A l’exemple du Christ, il nous faut agir en nous mettant généreusement au service de tous.

« Nous devons aimer nous dit saint Jean, non pas avec des paroles et des discours, mais en actes et en vérité ».

Certes, le chrétien ne dispose pas comme le Christ du pouvoir de faire les miracles, mais il a en lui l’Esprit du Christ et cet Esprit est particulièrement inventif. Que ce soit par des gestes individuels ou par une participation active à des œuvres collectives ou à des mouvements d’apostolat, le chrétien docile à l’Esprit-Saint trouve toujours le moyen de porter secours à ses frères quels qu’ils soient : proches ou lointains. Il lui suffit d’aimer, de vouloir aimer.

Chers frères et sœurs, dans une prière suppliante, humble et confiante (que nous ferons passer par Marie) nous demanderons fréquemment à Jésus, notre Bon Pasteur, la grâce d’aimer de plus en plus comme lui à aimé, avec son propre cœur battant dans le nôtre. Nous le lui demanderons avec insistance, car nous avons bien conscience que sans lui nous ne pouvons rien faire.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année B
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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 23:05

Les lectures de ce dimanche nous rappellent le sens et les exigences de notre vocation chrétienne. Pour tout être humain il y a, au départ, la vocation à la vie, à l’intelligence, à la liberté, à l’amour. Tout commence pour chaque homme par cette pensée paternelle de Dieu qui l’appelle au monde. « Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance »nous dit la Bible. Et ceci ne concerne pas seulement les premiers hommes. Ceci concerne chacun de nous. Un enfant, vous le savez bien, ne peut pas être un numéro dans une série. Dieu intervient avec tout son amour pour créer chaque personne et l’appeler par son nom, afin qu’elle soit capable de répondre, capable d’amour. Oui, déjà en ce sens toute vie humaine est une vocation. Mais il y a tellement plus et tellement mieux. La foi nous révèle en effet que toute vie est appelée par Dieu à un incroyable destin. « Il nous a destinés d’avance affirme saint Pierre, à devenir pour lui des fils par Jésus-Christ ». Voilà ce qu’il a voulu dans sa bienveillance pour tout homme : rien moins qu’une merveilleuse participation à sa vie divine. Oui, Dieu nous aime à ce point, parce qu’il est le Parfait Amour, il ne veut rien se réserver, il veut tout partager : tout ce qu’il a, tout ce qu’il Est... Ce ne peut être, évidemment qu’n don totalement gratuit, immérité, et même démérité à cause de nos péchés. Mais, il nous a accordé par le Sang du Christ, la rédemption, le pardon de nos fautes. A tout homme qui ne s’obstinera pas à la refuser, il obtiendra d’être, en fin de compte « saint et irréprochable sous le regard du Père »c'est-à-dire d’entrer en communion intime avec lui par le Christ dans l’Esprit-Saint.

Cet inestimable bienfait, Dieu veut l’accorder à tous les hommes qui le cherchent avec droiture. Mais nous, qui sommes le peuple de Dieu, le peuple des baptisés, nous connaissons par la foi cette grâce inestimable que Dieu voudrait tant déverser dans le cœur de chaque homme.

Cela veut dire : que nous avons une vocation particulière, vis-à-vis de Dieu et au service de tous les hommes. Saint Paul nous rappelle que dieu a commencé à manifester son salut par le moyen d’un peuple envoyé en avant-garde. Mais ce qui fut d’abord la vocation des Juifs est maintenant la nôtre.

« Vous aussi, nous dit saint Paul, vous avez écouté la Parole de Vérité, la Bonne Nouvelle du salut et pourquoi ? Sinon pour que vous en soyez aujourd’hui les témoins... »

Pourquoi avons-nous reçu, chers frères et sœurs, la grâce de la foi, pourquoi avons-nous été comblés de tant de richesses spirituelles, sinon pour être des flambeaux qui éclairent et des réservoirs qui débordent ?

Pourquoi avons-nous reçu la marque de l’Esprit-Saint au baptême et à la confirmation sinon pour que cette marque éclate sur nos visages et par notre joie, dans nos paroles et dans toute notre vie ? Et pour que soit chantée la Gloire de Dieu par nous et à cause de nous ?

Mais comme le peuple juif, nous avons tendance à nous endormir devant la plus éblouissante des révélations, à nous refroidir devant l’amour le plus bouleversant.

Alors, le Seigneur se sert, frères et sœurs, d’humbles hommes comme ce simple berger Amos qui ne demandait qu’à garder ses bêtes et à tailler ses figuiers...

Ces humbles hommes que Dieu envoie vers les autres en leur disant : « Va, tu seras prophète pour mon peuple », ce sont les prêtres bien-sûr, les diacres, les religieux et les religieuses, mais ce sont aussi les laïcs...

Tous, quelle que soit notre situation ou notre âge, nous avons pour mission de révéler à ces nouveaux païens qui nous entourent qu’ils sont, tout comme nous, appelés à un formidable destin et le grand commandement de l’amour fraternel nous fait un devoir de les aider à vivre selon les exigences de cette vocation.

Dans cette immense entreprise qu’est l’Evangélisation, le Seigneur veut avoir besoin de nous. C’est absolument sûr, mais il prend bien soin de nous avertir que nous ne pouvons être des témoins valables, des témoins crédibles, d’authentiques porteur de la Parole de Dieu que si nous savons nous recommander par la simplicité de notre vie et la pauvreté de nos moyens. Il importe au plus haut point que dans notre apostolat (quelle qu’en soit la forme) nous soyons profondément désintéressés, ne recherchant en rien notre propre gloire ou nos intérêts personnels.

N’oublions jamais, frères et sœurs, que c’est par là surtout que la pauvreté évangélique prend toute sa signification. Tout ce qui est « avoir » ou « désir d’avoir » alourdit et paralyse. Plus nous serons désencombrés et plus nous laisserons passer la lumière et l’amour de Dieu. Le visage du Seigneur ne peut transparaitre, en effet, qu’à partir de l’effacement de notre moi, du dépouillement de nos ressources, de l’humilité de notre vie. Puissions-nous en avoir de plus en plus conscience.

Au cours d’une de ses grandes visitations à la terre – c’était sur la montagne de la Salette en 1848 – la Vierge Marie, pleurant sur notre monde coupable, après avoir rappelé aux petits bergers le message évangélique leur laisse cette consigne « vous le ferez passer à tout mon peuple ». Cette consigne est plus urgente que jamais. Que notre hantise soit donc de faire passer l’Evangile pour qu’il atteigne tous les hommes de tous les pays et les achemine vers la Vraie Lumière, la Vraie Vie et le Vrai Bonheur.

Amen.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 23:05

Pourquoi Jésus, au cours de son ministère rencontre-t-il de si fortes résistances, non seulement de la part des pharisiens ou des autorités religieuses de son peuple mais aussi de la part des Apôtres, de certains membres de sa famille ou de ses compatriotes de Nazareth ?

C’est parce qu’étant venu pour rendre « témoignage à la vérité » il apparaît comme souverainement libre vis-à-vis des préjugés ou des opinions reçues. Il ne cherche jamais à plaire à qui que ce soit, mais uniquement à Dieu son Père : « Ce qui lui plait, affirme-t-il, je le fais toujours ».

Jésus n’a pas d’autre ambition, en effet, que de transmettre fidèlement et quoiqu’il en coûte le message divin, message inouï qui invite tous les hommes à entrer dans l’intimité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, afin de communier à leur prodigieuse vie d’amour source du seul vrai bonheur et cela dès cette heure. Ce qui implique évidemment un certain nombre d’exigences qui ne sont du goût de tout le monde, parce qu’elles obligent à un retournement de mentalité, un renversement de valeurs, un détachement de tout ce qui n’est pas Dieu ou ne conduit pas à Dieu, bref à une conversion. De tout cela dès le départ, Jésus est pleinement conscient. Il sait très bien qu’il lui faut prendre des risques s’il veut être fidèle absolument à cette mission de salut que le Père lui a confiée :

- risque de se faire des ennemis acharnés chez les puissants et les riches,

- risque d’être incompris par beaucoup dans le peuple,

- risque de décevoir sa famille et bon nombre de ses amis,

- risque d’être trahi par un de ses apôtres...

Tous ces risques Notre Seigneur les accepte lucidement et sereinement. Il n’aura pas peur d’être selon la prophétie du vieillard Siméon « un signe en butte à la contradiction » et il supportera héroïquement toutes les persécutions pourvu que la vérité divine soit annoncée et l’amour divin manifesté conformément au plan rédempteur tracé par son Père.

Chers frères et sœurs, Jésus nous a bien prévenus : « le disciple n’est pas au-dessus du Maître... Comme ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi ». Si nous voulons être des vrais chrétiens, c'est-à-dire d’autres copies vivantes de Jésus, nous devons accepter de la suivre jusqu’au bout ; nous ne devons pas craindre d’être à notre tour, des signes en buttes à la contradiction. Le chrétien qui s’efforce de vivre pleinement selon l’Evangile doit nécessairement étonner, provoquer des questions, faire réagir par son attitude et par ses paroles. Son existence, sa présence même ne peuvent laisser indifférents ; dans la mesure où il s’efforce de vivre le Christ, c’est lui qu’il fait transparaître et c’est vers lui qu’il oriente les regards, il ne doit pas par conséquent être surpris, si très souvent, comme le Christ, il attire l’opposition et la haine. Jésus nous envoie vers nos frères pour continuer sa mission. Nous avons à diffuser la lumière de l’Evangile et pour cela nous ne devons pas hésiter même si c’est dur à prendre le contre-pied des idées du monde qui, pour la plupart, sont contraires à l’enseignement du Christ. Nous ne devons pas avoir peur de ramer à contre-courant en affirmant par exemple que l’enfant est une personne vivante dès sa conception et que le faire avorter constitue un crime, en défendant par exemple une saine conception de la famille, de la sexualité ou de l’éducation face à tant d’idées fausses qui circulent sur ces problèmes si importants.

Qu’importe, si on se moque de nous, si on se mal voir de certains, même proches !

Qu’importe, si on dit qu’on est vieux-jeu, qu’on n’est pas dans le vent...

Ce qui importe au plus haut point c’est d’être en parfait accord avec la pensée de l’Eglise et donc avec la pensée du Christ... « Celui qui vous écoute, m’écoute disait Jésus à ses apôtres. Celui qui vous méprise me méprise ».

Ce n’est pas le jugement des hommes que nous avons à redouter mais le jugement de Dieu. On peut – et c’est normal – se sentir très faible, dépassé par l’ampleur de la tâche et être tenté de découragement. Il faut à ses moments-là méditer la Parole de saint Paul : « J’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes les persécutions et les situations angoissantes, car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». Fort de la grâce, fort de cette puissance du Christ qui donne toute sa mesure dans la faiblesse.

Frères et sœurs, nous n’avons pas à imposer le Christ, mais par notre manière de vivre, par notre témoignage nous devons le proposer à la liberté des hommes. Son message annoncé dans toute sa vérité, dans toute sa pureté, sera toujours source de joie pour les uns, scandale et folie pour les autres. Si nous voulons entrer de plus en plus dans la voie du salut et y entraîner le plus grand nombre de nos frères, nous devons être des témoins authentiques ; nous devons avancer avec courage sur le rude chemin de la fidélité, en sachant accueillir la contradiction ou la haine sans révolte ni amertume, avec une inlassable patience et une charité parfois héroïque...

Puissions-nous toujours mieux comprendre que nous sommes là en présence du mystère de la croix, de la Rédemption par la Croix. On peut y échapper certes, mais alors trahit le Christ et on manque sa vie.

Amen.

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 10:39

Il y avait beaucoup de monde dans cette petite bourgade : on était venu de partout pour voir Jésus. Il fallait au Christ une heure pour parcourir 100 m.

Jaïre – c’est le nom du chef religieux de l’endroit – a réussi cependant à parler à Jésus et à lui demander de venir sauver sa fille. Mais le Christ n’en finit pas, il n’avance pas : il prend chaque enfant dans ses bras, bénit les foules, répond aux questions des uns et des autres, impose les mains aux malades pour les guérir. Et comment pourrait-il se dérober puisqu’il est venu pour cela : pour sauver, c'est-à-dire mener les êtres à leur achèvement, à leur suprême destinée... Et puis, les gens éprouvent le désir de rencontrer personnellement Jésus.

Pauvre Jaïre qui espérait avoir Jésus uniquement pour lui et tout de suite. Comme il doit trépigner d’impatience... (soit dit en passant, il est comme nous : il n’a pas encore compris l’importance des délais de Dieu, et puis, soit dit encore en passant, tout comme nous il n’a pas encore compris qu’aux yeux de Jésus chacun a une valeur inestimable, irremplaçable). C’est pourquoi le Christ sur son passage serre chaque main qui se tend : écoute ce que chaque personne lui dit ; il panse chaque blessure, verse du baume dans chaque cœur....

Mais voilà qu’un homme a réussi à se frayer un passage. Il aborde Jaïre et lui dit : « Inutile d’importuner le Maître car chez toi... c’est fini... » Jésus, qui est attentif à tout, a surpris ces paroles : alors il adresse au chef de la synagogue ces deux mots : « Crois seulement », puis il continue sa route sans se presser.

Profondément bouleversé Jaïre éprouve en son cœur tous les sentiments qu’un être humain peut éprouver lorsqu’il se trouve confronté au mystère de la mort. Il a l’impression qu’il n’est plus qu’une moitié de lui-même. Dans les rues où il passe avec le cortège formé de Jésus et de ses disciples, ses yeux réclament partout sa fille. On arrive enfin. En entrant dans la maison de Jaïre, Jésus tente vainement de calmer tous les gens qui s’y agitent et pleurent bruyamment comme c’est la coutume chaque fois qu’il y a un deuil. Puis prenant avec lui le père et la mère de l’enfant ainsi que ses apôtres, il entre dans la chambre, saisit la main de l’enfant et lui dit simplement : « Petite fille je te l’ordonne lève-toi ». Et voilà que ces mots réalisent ce qu’ils signifient.

Quel est le sens de tout cela, chers frères et sœurs ? Quel est le sens de ce miracle ? Ce qui saute aux yeux tout d’abord c’est que nous sommes là en face d’une ré-animation. Mais des réanimations certains vont nous dire qu’on en pratique de plus en plus à l’heure actuelle... Or dans le cas de la fille de Jaïre, il y a beaucoup plus : à une époque où elle était inconnue la réanimation opérée par Jésus avait pour but de préparer les esprits pour qu’ils puissent entendre cette parole inouïe « Je suis la Résurrection et la Vie », et pour qu’ils puissent admettre en définitive la glorieuse Résurrection du Christ et celle promise de chaque être humain. Il est très important, en effet, de bien distinguer entre réanimation et résurrection.

- La réanimation, c’est une « rallonge » de quelques années qui est accordée, c’est un sursis. La fille de Jaïre aura à mourir une deuxième fois. La mort pour elle, (comme pour le fils de la veuve de Naïm et pour Lazare) n’est que partie remise.

- Tandis que la Résurrection, c’est l’entrée dans une vie toute nouvelle, c’est l’entrée dans la gloire de Dieu et la gloire de Dieu c’est la manifestation de ce qu’Il est. C’est jouir (non seulement dans son âme mais aussi dans son corps) de ce qui fait le bonheur de Dieu, par une merveilleuse participation à la vie des Trois Personnes Divines.

La Résurrection n’est pas un retour à la vie terrestre antérieure ; elle n’est pas non plus une survie.

La Résurrection c’est l’entrée dans la sphère divine, c’est un progrès triomphal dans le milieu divin.

Le Christ ressuscité ne peut plus mourir, parce qu’il a brisé la condition terrestre, élevé l’homme – corps et âme – à la vie divine. La carapace qui enfermait dans la mort le destin de l’être humain, il la fait voler en éclats, et l’homme peut enfin s’épanouir en Dieu dans tout son être. Autrement dit : l’homme dans sa condition de ressuscité est libre et infiniment heureux parce que qu’Il vit de Dieu et en Dieu.

Mais alors, frères et sœurs, la mort (qui est si absurde pour le non-croyant) lorsqu’elle est envisagée dans cette lumière prend vraiment tout son sens : elle devient une promotion à l’éternité et on a raison de la comparer à cette mutation à cette métamorphose par laquelle une chenille devient un beau papillon. Car, toute comme celle de Jésus, notre mort sera une Pâque, c'est-à-dire un passage, le passage de notre vie d’ici-bas à la vraie vie, une vie parfaite et définitive que Jésus désigne sous le nom de Vie Eternelle, une vie éternelle qui ne l’oublions pas a commencé en nos âmes à la manière d’un germe à l’heure décisive de notre baptême et que nous avons le devoir de faire grandir, de faire mûrir au long des jours, le temps de notre vie terrestre ne nous étant donné que pour cela. Or, ce qui la fait mûrir cette vie éternelle en chacun de nous, ce qui peu à peu la divinise ce n’est pas autre chose que l’amour dont nos actes : ceux qui concernent nos relations avec le prochain, comme ceux qui concernent nos relations avec Dieu... Un amour qu’il nous faut alimenter aux sources vives de la prière et des sacrements en particulier l’Eucharistie« Celui qui mange ma chair et boit mon sang, dit Jésus, a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour ».

Quand Jésus, le Maître de la vie et de la mort estimera que l’heure, notre heure sera venue, il viendra nous cueillir pour nous transplanter dans le royaume de la vie qui ne meurt plus...

Qu’il nous soit permis d’espérer que Celle à qui nous disons si souvent « Priez pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort », Marie la Mère de Miséricorde, sera là avec son divin Fils pour nous accueillir et nous introduire, auprès du Père, dans les splendeurs et la béatitude éternelle.

Amen.

 

 

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