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14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 09:06

Franck Lazeaux, qui a monté, dans son village natal, une petite entreprise de peinture et de décoration, s’est vu confier, par le Conseil Paroissial, la peinture des absidioles (petites chapelles) de l’église. Un jour, de bon matin - c’est le 19 décembre -, muni de son outillage habituel, il arrive sur son nouveau chantier. Il y est accueilli par le curé qui lui donne une poignée de main amicale :

« Sois le bienvenu dans la Maison de Dieu ! Je ne doute pas que tu emploies tout ton zèle à rénover ses murs ! Mais, il ne s’agit pas de traîner en longueur ! Il faut impérativement qu’une des deux chapelles soit fin prête d’ici trois jours, pour qu’on puisse y installer la crèche - l’autre devant être terminée avant la messe de minuit... »

« Vous pouvez compter sur moi ! » se contente-t-il de répondre. Et il se met promptement au travail...

Trois jours plus tard, alors qu’il termine son dernier pan de mur, le portail d’entrée du sanctuaire s’ouvre avec grand fracas : quatre dames apparaissent, les bras encombrés de feuillages et de brins de houx, de rouleaux de papier, de seaux débordants de mousse, de branches mortes et de cailloux, de sacs remplis de guirlandes multicolores, de punaises, épingles, bombes à neige, ciseaux et autres marteaux... bref : l’attirail complet du parfait constructeur de crèches ! Après l’avoir salué, ces dames envahissent les lieux, qu’il s’apprête à quitter pour se remettre à l’œuvre dans la deuxième chapelle. Il transporte son matériel pendant qu’elles s’affairent à rechercher, dans les nefs latérales ou dans la sacristie, tous les éléments susceptibles de constituer l’armature de l’ouvrage : petites tables, vieux prie-Dieu, chaises, bancs... Et il enduit ses murs, des heures durant, avec pour fond sonore un vacarme discordant de meubles trainés, de papier froissé, de pas alertes, de conseils échangés, de seaux déplacés, de coups de balai... Vers la fin de l’après-midi, le bâti est terminé : c’est le moment tant attendu de disposer santons et accessoires aux emplacements respectifs qui leur sont impartis, pour attendre la venue de l’Enfant-Jésus dans son berceau de paille fraîche...

Soudain, un cri strident s’élève jusqu’aux voûtes : la plus âgée de ces dames, handicapée par une vue défectueuse, a laissé tomber un personnage. Et pas n’importe quel personnage : la Vierge Marie. La fautive s’empresse de ramasser l’objet à grand renfort de soupirs et de lamentations. Une de ses amies minimise l’incident et la console affectueusement : « Ne vous tourmentez pas ! J’ai le sentiment que nous allons pouvoir peut-être arranger ça ! » Et lui désignant Franck du regard : nous avons un peintre ici : nul doute qu’il ne soit en mesure de nous tirer d’affaire... Notre amie, rassérénée par ces propos, s’élance à petits pas vers cet inconnu providentiel, susceptible de remédier aux effets de sa maladresse, et dont elle attire l’attention par de légers toussotements répétés ; puis elle l’interpelle d’une voix mal assurée qui traduit sa confusion : « Monsieur, je viens de casser le socle de la Sainte Vierge ; auriez-vous la bonté de le réparer ?

« Je ne puis vous refuser ce service » lui répond-il spontanément, visiblement touché de la voir si affligée. Et, recevant dans ses mains tendues, la petite statue en plâtre qu’elle lui présente, il l’examine attentivement pour évaluer les dégâts ; puis il la place en lieu sûr, près de ses affaires personnelles : « Ce n’est pas catastrophique : quelques fêlures et quelques ébréchures ! Je vais pouvoir les colmater... Quelques coups de pinceau et rien n’y paraîtra ! »

« Vous êtes bien aimable, Monsieur ; grâce à vous, Marie va avoir belle allure, agenouillée sur son socle tout neuf, pour accueillir son Fils ! »

La maladroite, après s’être confondue en excuses et en remerciements, va rejoindre ses compagnes qui l’attendent pour partir... C’est aussi pour Franck l’heure d’arrêter le travail. Il range machinalement seaux et pinceaux et, avant de sortir, jette un dernier regard sur la statue endommagée. En rentrant chez lui, il est absorbé par d’étranges pensées. La voix de la vieille dame résonne encore dans ses oreilles : Oui ! C’est bien grâce à lui si Marie sera toute belle pour accueillir l’Enfant-Jésus la nuit de la Nativité... Lui, un Lazeaux ! Se mettre à rafistoler des Sainte Vierge ! Il n’aurait jamais cru ça ! La religion et son cortège de dévotions, c’est pour lui une affaire de bonnes femmes ! D’ailleurs, dans sa famille, c’est pour leur être agréables que les hommes, de génération en génération, acceptent de se marier à l’Église, de faire baptiser leurs enfants et de leur laisser faire la Première Communion, la Profession de Foi, voire la Confirmation si elles y tiennent : autant d’occasions de réjouissances ! Et puis, il faut bien avoir ses papiers en règle ! Ça évite les complications ultérieures !...

Le lendemain, il arrive au travail plus tôt que de coutume, avec tout le nécessaire pour effectuer la restauration. Il prend la statue et, en quelques gestes habiles, il lui refaçonne un socle où l’œil le plus exercé ne saurait déceler la moindre éraflure. Il met le tout à sécher et commence à enduire ses murs d’une première couche. Chaque fois qu’il déplace sa grande échelle double, il ne peut s’empêcher de porter ses regards sur la Vierge en prière.

Se laisserait-il attendrir ? Certainement pas ! On ne cultive pas les états d’âme, chez les Lazeaux ! Et les problèmes métaphysiques ne les concernent pas !...

Voilà qu’arrive le 24 décembre. Il a achevé son travail en fin d’après-midi : reste à repeindre le socle. Après un ponçage minutieux, il l’enduit de son pinceau le plus fin, d’une peinture satinée apportée à cet usage. Enfin, il se donne un peu de recul pour vérifier si aucune retouche ne s’impose : tout est parfait !

À cet instant, quelle n’est pas sa stupéfaction de voir le visage de Marie se tourner vers lui pour lui sourire ! Il se frotte les yeux pour s’assurer qu’il n’est pas victime d’une hallucination. Non, il ne rêve pas : la Sainte Vierge lui adresse vraiment un sourire ineffable qui imprègne son âme de cette joie sereine qu’aucun bonheur terrestre ne saurait susciter. Il la prend délicatement dans ses mains et la porte à ses lèvres pour la couvrir de baisers, avec un profond respect mêlé de tendresse. Laissant librement épancher son cœur, il lui demande pardon pour tant d’années d’indifférence. Et des larmes perlent lentement sur ses joues ! Puis, il la place avec maintes précautions dans la crèche, sur un coussin de mousse verte, tout près de saint Joseph... Ce soir-là, quand il rentre chez lui, rien, dans son attitude, ne laisse deviner à sa femme que la Mère de Dieu fait homme lui a transpercé le cœur de son amour...

Comme chaque année, après une longue veillée autour de la cheminée,

Christine fait préparer ses enfants pour la messe de minuit.

Comme chaque année, elle ressent une profonde amertume à la pensée que son époux ne l’accompagnera pas.

Comme chaque année, elle pense en elle-même : « Si je parvenais à le persuader de nous suivre, il ne résisterait pas à l’appel du Rédempteur, en cette nuit de grâces où il revêtit la nature humaine... »

Comme chaque année, elle quitte la maison, seule avec ses enfants et gagne l’église noire de monde, en nourrissant dans le tréfonds de son âme, le secret espoir que sa conversion se réalisera à la Noël prochaine...

Comme chaque année, elle écoute avec un plaisir sans cesse renouvelé, ces chants débordants d’allégresse qui redonnent l’espérance aux malheureux les plus éplorés...

Soudain, elle sent une légère pression sur son épaule ; elle tourne discrètement la tête : c’est Franck qui, se faufilant dans sa rangée comble, s’installe à la place de son plus jeune fils et l’assied sur ses genoux.

Elle ne peut s’empêcher de lui murmurer, les yeux humides d’émotion : « Serait-ce un miracle qui l’amène ici ? »

« Un miracle, tu l’as dit ! »

Et, remettant à plus tard les explications, il lui désigne la crèche du regard : « C’est le sourire de Marie ! »

 

Françoise BOUCHARD

 

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