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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 17:23

Première légende

La légende du Rouge-gorge est liée à la mort de Jésus. Il y a fort longtemps, ce n'était qu'un modeste oiseau au plumage brunâtre. Alors qu'il voletait, il s’approcha du Christ crucifié sur sa croix. Il se posa sur son épaule, de ses ailes, il essuya ses larmes, et de son bec, il arracha les épines qui lui blessaient la tête. Une goutte de sang tomba sur sa gorge, colorant à jamais son humble plumage.

Deuxième légende

De Jésus qui priait au jardin des Pardons, un petit oiseau s'approcha. Haut sur pattes fines comme aiguilles, la plume brunette un peu olive, l'œil rond comme un cassis, il s'en venait frisant le sol, sautillant et parfois s'arrêtant pour faire une révérence. Une brise lui avait dit que cet Homme-là était le cœur fait homme. Que voulait-il bien, ce petit passereau du monde ? Il désirait visiter le cœur du Fils. Alors souriant, Jésus lui ouvrit son cœur, et le petit oiseau entra dans la cage des côtes : il y fut pris d'amour, et battit des ailes au rythme des pulsations divines. En souvenir de cette visite, Jésus lui empreignit la lumière de son sang sur la poitrine. Désormais, l'oiseau était baptisé rouge-gorge. Chaque jour, un rouge-gorge témoigne discrètement de cette sorte de légende sur la branche du temps. Qu'il en tire profit, celui qui a des oreilles pour entendre.

Troisième légende

C’était la deuxième nuit après Noël. Il faisait froid et le feu allumé à l'entrée de l'étable s'éteignait doucement. A l'intérieur, couchés sur la paille, chacun dormait en frissonnant. Le Bon Dieu, attentif du haut du ciel, interpella un petit oiseau gris et brun qui picorait à ses pieds : « Descend, et va ranimer le feu ; je ne veux pas que mon Fils ait froid ». L'oiseau s'envola et descendit vers Bethléem. Arrivé à l'étable, il s'approcha de ce qui restait du feu : un tas de cendre sous lequel couvaient quelques braises, et sur lequel restaient quelques branchages qui n'avaient pas encore brûlé. L'oiseau se percha sur une grosse bûche préparée devant le foyer et agita ses ailes. Peu à peu, sous la force du courant d'air, les cendres s'écartèrent, puis les braises se mirent à rougeoyer. Leur chaleur devint si forte que les plumes de la petite bête roussirent. Mais décidée à achever sa tâche, elle supporta la douleur jusqu'au moment où les flammes jaillirent, embrasant les branchages au dessus. La flamme réveilla Joseph, qui se leva pour nourrir le feu. Il se mit à faire bon dans l'étable. Alors, se tournant vers l'oiseau, saint Joseph lui dit : « Pour rappeler ton dévouement à l'enfant Jésus, ta poitrine gardera la couleur rouge du feu, et tu t’appellera désormais le rouge-gorge ».

 Source : http://feliphoto.canalblog.com/

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2 février 2021 2 02 /02 /février /2021 17:23

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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 21:38

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Qui ne connaît l’histoire des rois mages qui, guidés par une étoile, se rendirent à Bethléem rendre hommage à l’enfant Jésus ?

Le premier s’appelait Gaspard. Il avait le teint clair des Européens, et apportait de l’or.

Le second, Melchior, avait la peau brune des gens de Palestine et d’Arabie. Celui-là était porteur d’encens.

Le troisième, Balthazar, était couleur de nuit sans lune et ses dents brillaient comme brillent les dents des Africains. Ce dernier offrit à l’enfant Jésus de la myrrhe.

On sait moins ce qui leur advint sur le chemin du retour. Ils étaient savants en beaucoup de choses, certes, mais cela n’empêcha point qu’ils se perdirent bel et bien, n’ayant plus le secours de l’étoile pour les aider. Après avoir erré plusieurs jours dans le désert, à bout de nourriture et sans eau, ils aperçurent enfin une misérable cahute devant laquelle se tenaient un couple et deux enfants. Les joues décharnées, les yeux brillants de faim, ils firent pourtant bon accueil aux mages, les invitèrent à entrer, et leur offrirent un peu du peu qu’ils avaient : de l’eau pour se rafraîchir.

- C’est que nous avons faim aussi, dit Melchior. Un peu de pain, même rassis, ferait l’affaire.

- Hélas, soupira la femme, nous n’avons plus qu’un peu de farine, de lait, d’huile d’olive, une noisette de beurre ; juste de quoi faire une galette que nous partagerons entre les enfants.

Ensuite, il ne nous restera plus qu’à nous jeter dans le puits ou à mourir de faim. Les mages se regardèrent.

- Faites la galette ma brave femme, dit Gaspard.

La femme obéit. La galette était tout juste suffisante pour une personne.

Gaspard, qui avait le teint clair des Européens, plia la pâte en deux, et la galette doubla en volume. Melchior, le mage à la peau brune des gens de Palestine et d’Arabie, plia de nouveau la pâte en deux, et il y en eu pour quatre. Balthazar, le roi Nègre couleur de nuit sans lune, plia encore la pâte en deux, et il y en eut pour huit. Le couple remercia chaleureusement les mages. La femme étala la pâte et mit la galette à cuire. Elle était dorée à point. L’homme se gratta la tête, le couteau à la main.

- C’est que cette galette est une galette pour huit, et nous sommes sept. Le partage sera difficile.

- La huitième part est celle du mendiant, dit Balthazar.

- Quel mendiant, dit homme ?

- Celui qui vient et que vous ne voyez pas encore.

rois-1.gifÀ ce moment-là le plus jeune des enfants, un garçon, recracha quelque chose. C’était une bague que Melchior avait glissée – volontairement ou non, l’histoire ne le dit pas - dans la pâte. L’enfant voulut rendre le bijou. Le mage sourit, ôta la couronne de sa tête et en coiffa l’enfant. Tout enfant est roi, dit-il. Tel est le message que délivrera un autre enfant, né il y a peu non loin d’ici. Pour commémorer ce jour, je veux que chaque année on fasse une galette, qu’on n’oublie pas la part du pauvre, qu’on y glisse une fève pour désigner un roi ou une reine, ne serait-ce que pour une journée. Les pauvres gens promirent de respecter la volonté des mages. C’est ainsi que naquit la tradition de la galette des rois, qu’elle se répandit, et qu’on se la transmit jusqu’à nos jours.

 

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13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 15:54

On sait que Jésus est né dans une étable. Mais dans l’étable, il n’y avait pas que lui et ses parents, Joseph et Marie. Même le lendemain matin, après le départ des mages et des bergers. Il y avait aussi des animaux. Le bœuf et l’âne, bien sûr, c’est connu, mais pas ceux-là seulement. Si l’on ne parle que d’eux, c’est parce qu’ils se sont bien débrouillés. Où que ce soit, il y a toujours des malins qui s’arrangent pour être sur la photo.

Le bœuf, par exemple, s’était installé là, il trônait. Il avait failli se faire sortir, Joseph trouvait qu’il était de trop. Il estimait que ce n’était pas la place d’un balourd comme lui. Il avait commencé à lui donner des tapes sur l’arrière-train pour le mener dehors. Mais Marie avait dit : « Non, laisse-le ! Au contraire, fais-le approcher, il va réchauffer le petit, il fait froid. » Et le bœuf se gonflait d’orgueil. Presque autant que la grenouille de Jean de la Fontaine. Bon, on dira ce qu’on voudra, ce bœuf était utile.

Mais Joseph n’avait pas remarqué qu’au fond de l’étable, il y avait aussi un âne. Celui-ci, voyant le succès du bœuf, a voulu se faire remarquer. Il s’est mis à chanter : « Hi-han, hi-han ! » Marie a dit : « Ah non, fais-le taire, c’est horrible ! Mets-le dehors, il va faire peur au petit ! » Mais Joseph a répondu : « Je pense qu’il vaut mieux le garder. On ne sait jamais, on aura peut-être besoin de lui. » C’était bien vu, parce que quelques jours plus tard, ils en ont eu besoin, de cet âne. Ils se sont enfuis avec lui, qui portait Marie et le bébé. Les soldats du méchant roi Hérode voulaient le tuer, cet enfant-là ! Joseph a donc fait avancer l’âne près du bébé. Une bête en sus, ça fait de la chaleur en plus. Et du coup, l’âne devenait utile, lui aussi.

Donc : le bœuf et l’âne. Mais en réalité il y avait bien d’autres bêtes dans cette étable ! D’abord il y avait des chiens. Il y a toujours des chiens dans les environs d’une étable. Ils montent la garde. Essayez d’entrer dans la cour d’une ferme et de vous approcher de l’étable ! Vous verrez si les chiens n’arrivent pas à toute allure ! Ils aboient, et ils montrent les crocs en grognant ! Mais là, on les avait fait entrer à cause du froid. À condition qu’ils restent près de l’entrée, ils avertiraient en cas de danger. Ils étaient utiles.

Mais il y avait aussi des animaux qui n’étaient pas utiles, dans cette histoire. Simplement, on n’avait pas pensé à les chasser. Tenez, les chauves-souris, la tête en bas, accrochées aux poutres tout là-haut. On n’allait pas les déranger, les réveiller, elles auraient effrayé Marie. Ça aurait réveillé aussi le bébé. Et il y avait les petites souris, et même quelques gentils gros rats. Pas rassurés, ni les unes ni les autres, bien cachés dans leur trou. Mais quand même curieux, le nez frémissant juste sorti, pour savoir : « Qu’est-ce qui se passe ?  Pourquoi tout ce tintouin, au petit matin, en plein hiver ? » Vous voyez, il y avait beaucoup d’animaux, dans cette étable. Et même, il y en avait un qui se réveillait juste à l’instant. Il dormait tout l’hiver, d’habitude, bien mussé dans la paille. Sous un tas de brindilles et de copeaux. Bien au chaud, bien tranquille. Un petit hérisson qui avait drôlement sommeil et qu’on avait réveillé. « On ne peut plus être tranquille, de nos jours, dans une étable, se disait-il. Serait-ce seulement pendant trois malheureux mois ! Je vois bien ce que c’est, ce sont encore ces humains ! Une espèce qui n’arrête pas d’embêter tout le monde ! Et ça fait du bruit, et ça se dispute, et ça crie, et ça se bat, et ça pleure, et ça chante ! Une sale engeance. Pas vraiment utile. »

Ça y est, il était réveillé, il ne pourrait plus se rendormir… Tant qu’à y être, autant aller voir ce qui se passe. Et ce hérisson, qui s’appelait Chpictou, a sorti tout doucement le nez de son nid, lui aussi. Prudemment, lentement, silencieusement. Il y avait de la lumière, dans un coin de l’étable. On avait fait du feu, apparemment, loin du tas de paille et du foin. Il y avait des gens auprès du feu, semblait-il. On entendait même un drôle de bruit, comme celui que ferait un petit être nouveau-né. Le problème de Chpictou, c’était qu’il était miraud. Les hérissons n’ont pas de bons yeux. Pas aussi pire que ceux de la taupe, bien sûr, mais quand même. D’ailleurs, je le précise, dans l’étable il n’y avait pas de taupe. Les taupes étaient dehors, bien enfouies dans la terre, le long des murs. Notre hérisson s’avance donc un peu pour mieux voir. Et puis encore un peu. Et puis encore un peu. Et puis encore un peu. Si bien que Marie l’a vu.

Elle l’a regardé en souriant. Quand on voit un joli petit hérisson, en général on sourit. Mais quand Marie souriait à quelqu’un il se passait quelque chose. Celui ou celle qui avait reçu ce sourire perdait les pédales. En quelque sorte il devenait amoureux. Je me demande d’ailleurs si, quelques mois auparavant, l’archange Gabriel lui-même… Car certaines des paroles qu’il avait adressées à Marie… Mais pour revenir à notre hérisson, il ne peut plus se tenir. Il s’approche tout près.

Marie était en train de commencer à laver le bébé. Elle l’avait démailloté, et elle cherchait quelque chose qui aurait pu lui servir d’éponge. Pour nettoyer le derrière du bébé. Alors Chpictou s’est avancé, il s’est proposé. Marie a éclaté de rire : « Ah oui, vraiment ! Je me vois bien en train de caresser le derrière de mon bébé avec les piques d’un hérisson ! » Et Joseph a donné un coup de pied à Chpictou pour le chasser. Pas un grand coup de pied mais quand même. Un petit coup du côté du pied, juste pour se débarrasser de la petite bête.

Ça l’a fait rouler plus loin. Et là, pendant un bon moment, il est resté en boule, toutes piques dressées. Que voulez-vous, on ne se refait pas, un hérisson, ça se hérisse. Mais au bout d’un certain temps, il s’est remis à regarder. Ah comme il aurait aimé être à la place de ce bébé, bien calé dans les bras de Marie ! Tout contre sa poitrine ! Bon, il était clair pour lui que le barbu qui l’avait chassé était jaloux de lui. Il voulait rester seul avec la femme et le bébé. Mais Marie, elle le regardait à nouveau, lui, et elle lui souriait. « C’est vrai, pensa-t-il, elle m’aime ! » Et en fait, il avait raison. Marie n’était pas amoureuse de lui comme il le croyait, bien sûr, mais elle le trouvait chou. Mignon.

Le voilà donc qui s’approche à nouveau. Il avait remarqué que le méchant barbu s’était assoupi. Donc il s’approche, il s’approche, il s’approche tout près. Tout près, si près d’elle qu’il touche son vêtement. Elle ne s’en aperçoit pas, elle pense à autre chose, bien sûr. Elle est en train de mettre dans son cœur toutes ces choses qui arrivent. C’est ce qu’on peut lire dans l’évangile. Mais le bébé le voit. Le bébé est content, il voit le hérisson et ça le fait rire.

On dira, bien sûr, qu’un bébé nouveau-né ne voit rien et ne sait pas encore rire. Il y a toujours des gens qui gâchent tout, même une histoire de Noël. Moi ce que je dis, c’est que ce bébé-là, il voyait et il riait – là ! Mais Marie n’a pas compris pourquoi le bébé riait. Elle a cru qu’il était tout simplement content. Elle l’a regardé, elle lui a souri, elle a même ri, elle aussi. De plaisir, de bonheur. Et pendant qu’elle riait, le hérisson a grimpé le long de son vêtement. Et tout à coup, Marie a senti quelque chose de piquant, mais alors de très piquant. Ça lui "caressait" la poitrine. C’était Chpictou.

Elle a crié, le bébé a pleuré. Joseph s’est réveillé, il a juré. Ben oui, Joseph, c’était un charpentier, et quand un charpentier est en colère, il jure. Y a pas de mal à ça. Et il a voulu attraper le hérisson et le jeter au loin, très violemment, ça se voyait. Mais Marie l’a arrêté. Elle a dit : « Regarde comme il est mignon ! » Et ses paroles ont calmé le bébé qui s’est rendormi, et Joseph aussi c’est calmé. Joseph, quand Marie le regardait d’une certaine manière, même furieux il se calmait.

Mais il a dit quand même : « Il est peut-être mignon, mais ici il sert à quoi ?  Il ne sert qu’à piquer les gens et à leur faire du mal. » Le pauvre Chpictou, il est devenu très triste. Il se disait ; « C’est vrai, à quoi je sers, à quoi ça sert un hérisson ? » Un charpentier est forcément porté à se demander à quoi servent les choses. Et là, il pensait qu’il ne servait à rien, ce hérisson. Surtout dans cette histoire où vraiment, il était en trop. C’était l’histoire de ce bébé, en fait. Pas une histoire de hérisson !

À quoi peut bien servir un hérisson dans une histoire de Noël ? Une histoire avec des anges qui chantent très bien pour l’arrivée du bébé. Ou avec des mages, qui sont de grands savants qui viennent féliciter le bébé. Ou alors, si vous préférez, des rois qui apportent des cadeaux au bébé. Ou des bergers qui arrêtent de garder les troupeaux pendant la nuit pour venir voir le bébé. Ou même une histoire avec un bœuf et un âne. Qui ne sont pas dans les évangiles, c’est vrai, mais qui tiennent quand même chaud au bébé.

« Bon d’accord, a dit Marie, il ne sert à rien, et alors ? » Elle voulait dire qu’il ne servait à rien dans cette histoire de Noël. Parce qu’en dehors de cette histoire les hérissons sont très utiles. En été ils nettoient les jardins. Mais en hiver, dans une étable d’il y a deux mille ans, un hérisson ne sert à rien. Surtout pour s’occuper d’un bébé ou d’une jeune accouchée. Bref, Marie avait pris le petit hérisson dans ses mains, elle le regardait amicalement. « On n’a pas besoin de servir à quelque chose ! Même si l’on ne sert pas à grand’ chose, on peut être un personnage important. Surtout dans cette histoire ! »

Et elle avait raison. C’était une histoire, celle du bébé, qui disait à quel point tout le monde est important. Chaque personne : grand ou petit, roi ou mage, ange ou berger. Grand gaillard charpentier ou jeune maman. Grand barbu ou petit piquant. C’est une histoire pour dire ça. Le hérisson était donc là, et tant mieux s’il était inutile.

Eh bien depuis lors, on a peint très souvent les personnages de cette histoire. L’histoire de la naissance du bébé-messie. On en a fait des tableaux. Et chaque fois qu’on l’a peinte, le petit hérisson s’y trouve. Si, si, si. Mais bien sûr, on ne le voit pas. Comme c’est l’hiver, il dort, bien à l’abri, bien caché aux pieds de Marie. Si vous regardez bien, vous verrez peut-être un de ses piquants apparaître. Tenez, juste derrière une sandale.

Elle a de jolis pieds, Marie, vous ne trouvez pas ?

Décembre 2009

Source : https://alexandre2.pagesperso-orange.fr/

 

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 14:57

Tandis que les bourreaux du roi Hérode, féroces et tout couverts de sang, fouillaient la région de Bethléem pour égorger les petits enfants, Marie se sauvait à travers les montagnes de Judée, serrant le nouveau-né sur son cœur tremblant. Joseph courait à l'avant lorsqu'ils apercevaient un village, pour y demander l'hospitalité ou même un peu d'eau pour baigner le petit. Hélas, les gens étaient ainsi faits, dans ce pays si triste, que personne ne voulait rien donner, ni eau, ni abri, pas même une bonne parole.

Or, tandis que la pauvre mère se trouvait ainsi seule, assise au bord du chemin pour allaiter le petit, tandis que son époux menait l'âne à boire à un puits communal, ne voilà-t-il pas que des cris se firent entendre à peu de distance. En même temps, le sol trembla sous le galop des chevaux approchant.

- Les soldats d'Hérode !

Où se réfugier ? Pas la moindre grotte, ni le plus petit palmier. Il n'y avait près de Marie qu'un buisson où une rose s'ouvrait.

- Rose, belle rose, supplia la pauvre mère, épanouis-toi bien et cache de tes pétales cet enfant que l'on veut faire mourir, et sa pauvre mère à demi morte. La rose, en fronçant le bouton pointu qui lui servait de nez, répondit :

- Passe vite ton chemin, jeune femme, car les bourreaux en m'effleurant pourraient me ternir. Vois la giroflée, tout près d'ici. Dis-lui de t'abriter. Elle a assez de fleurs pour te dissimuler.

- Giroflée, giroflée gentille, supplia la fugitive, épanouis-toi bien pour cacher de ton massif cet enfant condamné à mort et sa maman épuisée.

La giroflée, tout en secouant les petites têtes de son bouquet, refusa sans même s'expliquer :

- Va, passe ton chemin, pauvresse. Je n'ai pas le temps de t'écouter. Je suis trop occupée à partout me fleurir. Va voir la sauge, tout près d'ici. Elle n'a rien d'autre à faire que la charité.

- Ah ! Sauge, bonne sauge, supplia la malheureuse femme, épanouis-toi pour cacher de tes feuilles cet innocent dont on veut la vie, et sa mère, à demi morte de faim, de fatigue et de peur.

Alors tant et si bien s'épanouit la bonne sauge qu'elle couvrit tout le terrain, et de ses feuilles de velours fit un dais, où s'abritèrent l'Enfant Dieu et sa mère.

Sur le chemin, les bourreaux passèrent sans rien voir. Au bruit de leurs pas, Marie frissonnait d'épouvante, mais le petit, caressé par les feuilles, souriait. Puis, comme ils étaient venus, les soldats s'en allèrent.

Quand ils furent partis, Marie et Jésus sortirent de leur refuge vert et fleuri.

- Sauge, sauge sainte, à toi grand merci. Je te bénis pour ton bon geste dont tous désormais se souviendront.

Lorsque Joseph les retrouva, il avait de la peine à soutenir le train de l'âne tout ragaillardi par une vaste platée d'orge qu'un brave homme lui avait donnée.

Marie remonta sur la bête en serrant contre elle son enfant sauvé.

Et Michel, l'archange de Dieu, descendit des hauteurs du ciel pour leur tenir compagnie et leur indiquer le plus court chemin par lequel se rendre en Égypte, tout doucement, à petites journées.

C'est depuis ce temps-là que la rose a des épines, la giroflée des fleurs malodorantes, tandis que la sauge possède tant de vertus guérissantes :

Comme l'on dit en Provence :

« Celui qui n'a pas recours à la sauge ne se souvient pas de la Vierge ».

Joseph Roumanille (repris par M. Toussaint-Samat)

Le Livre de Noël.

gifs pere noel - Le blog de lemondedesgifs.over-blog.com

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28 novembre 2020 6 28 /11 /novembre /2020 17:33

adventskranz100 v-contentgrossVoici la légende des 4 bougies de l’Avent

Quatre bougies brûlaient dans leur bougeoir de l'Avent. Le silence régnait, et on entendait les bougies se parler.

La première bougie soupira et dit : "Mon nom est Paix, je brille d'une lumière claire, mais les humains ne souhaitent pas la paix, ils ne me veulent pas". La flamme se réduisit et finit par s'éteindre.

La deuxième bougie dit : "Mon nom est la Foi, mais je suis devenue inutile. Les humains ne souhaitent plus connaître Dieu. Ma flamme n'a plus de sens". Elle s'éteint.

Triste et avec une douce voix, la troisième bougie dit : "Mon nom est Amour, je n'ai plus la force de brûler, les humains m'ignorent, ils ne voient qu'eux-mêmes et pas ceux qu'ils devraient aimer". Et la troisième bougie s'éteint également.

Un enfant arriva dans la pièce avec les larmes aux yeux : "Votre rôle est de brûler et non pas de vous éteindre". Soudain on entendit la voix de la quatrième bougie : "Ne t'inquiètes pas, aussi longtemps que je brûle, je peux rallumer les autres. Mon nom est Espoir."

L'enfant pris la flamme de l'Espoir et ralluma celle de la Paix, la Foi et l'Amour.

Pour les chrétiens, cette couronne est aussi le symbole du Christ Roi, le houx rappelant la couronne d'épines posée sur la tête du Christ avant sa mise en croix.

Elles marquent les quatre dimanches qui précédent Noël.

Que symbolisent ces 4 bougies ?

Les grandes étapes du salut avant la venue du messie.

  • La première est le symbole du pardon accordé à Adam et Ève
  • La deuxième est le symbole de la foi d'Abraham et des patriarches qui croient au don de la terre promise
  • La troisième est le symbole de la joie de David dont la lignée ne s'arrêtera pas. Elle témoigne de l'alliance avec Dieu
  • La quatrième est le symbole de l'enseignement des prophètes qui annoncent un règne de justice et de paix 

Il sera là lorsque la dernière bougie sera allumée.

 Le plus souvent les bougies sont rouges pour évoquer le feu et la lumière. Sur les couronnes d'inspiration suédoise, les bougies sont blanches, couleur de fête et de pureté. En Autriche on les choisit violettes car cette couleur est symbole de pénitence.

 

Vier Kerzen brannten am Adventskranz. So still, dass man hörte, wie die Kerzen zu reden begannen.

Die erste Kerze seufzte und sagte: “Ich heiße Frieden. Mein Licht leuchtet, aber die Menschen halten keinen Frieden. “

Ihr Licht wurde immer kleiner und verlosch schließlich ganz.

Die zweite Kerze flackerte und sagte: “Ich heiße Glauben. Aber ich bin überflüssig. Die Menschen wollen von Gott nichts wissen. Es hat keinen Sinn mehr, dass ich brenne.”

Ein Luftzug wehte durch den Raum, und die zweite Kerze war aus.

Leise und traurig meldete sich nun die dritte Kerze zu Wort. “Ich heiße Liebe. Ich habe keine Kraft mehr zu brennen. Die Menschen stellen mich an die Seite. Sie sehen nur sich selbst und nicht die anderen, die sie lieb haben sollen. “

Und mit einem letzten Aufflackern war auch dieses Licht ausgelöscht.

Da kam ein Kind in das Zimmer. Es schaute die Kerzen an und sagte: “Aber, aber, Ihr sollt doch brennen und nicht aus sein!” Und fast fing es an zu weinen.

Da meldete sich auch die vierte Kerze zu Wort. Sie sagte: “Hab keine Angst! Solange ich brenne, können wir auch die anderen Kerzen wieder anzünden. Ich heiße Hoffnung.”

 Mit einem Streichholz nahm das Kind Licht von dieser Kerze und zündete die anderen Lichter wieder an.

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19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 22:15

L'histoire des anges de l'Avent

 

Les anges de l'Avent sont quatre, comme les quatre semaines qui nous préparent à Noël. Ils viennent en visite sur terre, portant des vêtements d'une couleur différente, chacun d'entre eux représente une qualité particulière.

 

L'Ange Bleu. Au cours de la première semaine, un grand ange descend du ciel pour inviter les hommes à se préparer pour Noël. Il est habillé avec une grande cape bleue, tissé de silence et de paix. Le bleu de sa cape représente justement le silence et le recueillement.

 

 

 

L'Ange Rouge. Au cours de la deuxième semaine, un ange avec une cape rouge descend du ciel, portant de sa main gauche un panier vide. Le panier est tissé de rayons de soleil et ne peut contenir que ce qui est léger et délicat. L'Ange rouge passe sur toutes les maisons et cherche, regarde dans le cœur de tous les hommes, pour voir s'il trouve un peu d'amour... S'il le trouve, le prend et le met dans le panier et le porte haut, dans le ciel - quoi ? Et là-Haut, les âmes de tous ceux qui sont enterrés sur terre et tous les anges prennent cet amour et en font la lumière pour les étoiles. Le rouge de sa cape représente l'amour.

L'Ange Blanc. Dans la troisième semaine, un ange blanc et lumineux descend sur terre. Il tient un rayon de soleil dans sa main droite. Il va vers les hommes qui gardent au cœur l'amour et les touche avec son rayon de lumière. Ils se sentent heureux parce que dans l'hiver froid et sombre, ils sont illuminés et éclairés. Le soleil brille dans leurs yeux, enveloppe leurs mains, leurs pieds et tout le corps. Même les plus pauvres et les humbles sont ainsi transformés et ressemblent aux anges, parce qu'ils ont l'amour dans le cœur. Seuls ceux qui ont l'amour dans le cœur peuvent voir l'ange blanc... le blanc est le symbole de la lumière et brille dans le cœur de ceux qui croient.

L'Ange Violet. Dans la quatrième et dernière semaine de l'Avent, un ange avec une cape violette apparaît dans le ciel. L'Ange violet passe sur toute la terre en tenant avec son bras gauche une cithare d'or. C'est bientôt l'arrivée du Seigneur. La couleur violette est formée par l'union du bleu et du rouge, donc sa cape représente l'amour véritable et profond, qui naît quand on est silencieux et que l'on écoute la voix du Seigneur en nous.

Source : https://www.facebook.com/frateindovino

 

En cliquant sur le logo Nouveau vous trouverez l'histoire des 4 anges en PDF

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 16:31

À travers cet album dépaysant et d'une grande fraîcheur, le lecteur découvrira la vie exceptionnelle d'une jeune bergère du XVIIème siècle. Pendant plus de 50 ans, Benoîte a dialogué avec la Vierge Marie, a suivi ses conseils et s'est dévoué à l'accueil de ceux qui avaient besoin d'être écoutés.

Bonne lecture à tous !

Pour commander cet album, cliquez sur l'image.

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27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 20:47

Voilà l’histoire vraie de la bête à Bon-Dieu... Au temps jadis, au Moyen Age, sans doute, un homme fût accusé d’un crime qu’il n’avait pas commis. Ses juges ne l’en condamnèrent pas moins à être décapité. Comment prouver son innocence, quand tout et tous l’accusent ? Au moment où le malheureux allait poser la tête sur le billot, il aperçu une coccinelle et, craignant de l’écraser, il la saisit délicatement pour l’éloigner de l’instrument de supplice. Les juges qui étaient présents virent ce geste. Ils se regardèrent avec étonnement et, d’un commun accord, décidèrent qu’un homme qui faisait preuve d’un cœur aussi sensible ne pouvait être un criminel. L’innocent fût gracié séance tenante, et les spectateurs convaincus que le Très-Haut avait envoyé la bestiole pour sauver le condamné, donnèrent spontanément à l’insecte sauveur le nom de Bête à Bon Dieu. Et depuis ce jour, la coccinelle s’appelle la «Bête à Bon Dieu».

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18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 15:04

- Tschäggäta ! Tschäggata !

Ils surgissent avec leur masque de bois. Et leur peau de bouc ou de chèvre, ou de mouton, qu'ils ceinturent d'un collier de vache avec la cloche. Ils courent, ils sautent, ils dansent et la cloche sonne. Ils ont des yeux qui louchent, des nez tordus, pointus, crochus, des bouches qui grimacent, qui rient, avec des dents de taureaux. On dirait des bêtes-hommes, des hommes-démons. Ils se promènent dans les ruelles, tout seuls, ou bien à deux ou trois, ou bien en troupes. – Tschäggätä ! crient les enfants.

Les enfants les regardent, les suivent, les aiment. Les enfants ont peur des masques. Les enfants aiment avoir peur. Un jour, un masque est sorti de la forêt. Les enfants ont levé la tête. Ils ont dû beaucoup lever la tête : le masque était encore plus grand que les plus grands sapins.

- Ho ! ...

Le Masque descendait vers eux. Sur son énorme face de bois violet, une chevelure de queues de renard flottait. Pour recouvrir son corps, il avait fallu coudre ensemble au moins quatre peaux de moutons bruns et quatre peaux de chèvres noires, et sa cloche était aussi grosse que celle du clocher. Comme elle sonnait ! Sonnait ! Tout le monde se rassembla sur la place.

- Ho ! Ho ! ...répétèrent les parents.

Et ils ne dirent plus rien parce qu'ils tremblaient. A longues enjambées, le Masque s'approcha. Il entra dans le village. Les hommes, les femmes, les enfants, vite, se cachèrent dans la maison. Ils fermèrent à clé les portes. Ils guignèrent à travers les carreaux. On entendit un horrible craquement. Le géant s'était assis sur le toit d'un chalet. La vieille Apolline et sa fille sortirent comme deux souris. Le géant eut un gros rire. Il tendit la main vers la fontaine, il l'arracha remplie d'eau, il souleva un peu son menton de bois violet et se mit à boire. Glouc, glouc, glouc. Il enfonça le bras dans la cave d'Apolline, en retira un fromage rond comme la lune et le mangea. Il enfonça le bras dans la cheminée, en décrocha trois cuissots de bœuf séché qu'il suspendit à sa ceinture. Puis il remonta vers la forêt. Longtemps sa chevelure rousse flamboya au-dessus des arbres. Enfin il disparut dans la haute montagne.

- C'est un géant ! C'est un revenant ! C'est le diable !

Tout le monde était très excité.

- Aujourd'hui, les revenants ne reviennent plus, heureusement ! dit le président.

- Aujourd'hui, le diable n'apparaît plus ... hélas ! Soupira le curé.

- Et mon fromage ? Et mes jambons ? protesta la vieille Apolline d'une voix aiguë. Ils existaient ou pas ?

- Alors ? firent les femmes. On a rêvé.

Et les hommes rallumèrent leurs pipes. Mais les enfants ne furent pas d'accord. Ils étaient sûrs, eux, de la réalité du Masque géant. Et même ils commençaient à l'aimer. Jaloux, les masques du village se consultèrent. Ils repeignirent les visages de bois. Ils renouvelèrent les fourrures mitées et paradèrent en cortège. Mais aucun enfant n'accourut à leur rencontre, pas un seul ne cria : "Tschäggätä !" Ils furent très dépités. Le Masque géant revint. Les parents terrifiés rentrèrent dans leurs demeures. Et de nouveau, ils guignèrent à travers les carreaux. Il se tenait debout au milieu de la place. Les enfants restèrent autour de lui. A le regardes. A l'admirer.

- Comme tu es grand !

- Comme tu es fort !

- Comme tu es beau !

Ils avaient pourtant un peu peur, mais ce n'était pas désagréable. Le Masque géant s'assit dans la neige et répondit en hochant la tête. Mais quand il vit Maria, la fille de la vieille Apolline, il lui passa son gant plein de suie sur la figure. Il était reparti. Il avait fait un grand trou dans la neige, là où il s'était assis, et l'on aperçut la terre.

- Il n'est pas très méchant, reconnurent les gens.

- Il est rigolo ! dirent les enfants.

- Il est même gentil ... chuchota la petite Suzanne.

- Nous allons le suivre ! ordonna son frère Croquin.

Et ils se mirent tous en marche. Les parents les appelèrent mais ils n'obéirent pas. Les enfants montaient toujours mettant les pieds dans les traces du géant. Il dépassa la forêt. Sur les alpages recouverts de neige, ses pas déclenchèrent une avalanche. L'avalanche ensevelit les enfants. D'en bas, les parents avaient tout vu. Les sauveteurs vinrent en hélicoptères, avec des sondes et de gros chiens saint-bernard qui portaient un tonnelet à leur collier. Les chiens, d'une bonne langue chaude, léchaient la figure froide des enfants et tous ressuscitaient. Ils riaient, buvaient les grogs des tonnelets. Puis les chiens les emportaient sur leur dos. Le Masque géant choisit une nuit bien noire pour redescendre au village. Il avait mis de la paille autour du battant de sa cloche et une hotte à son épaule. Il ouvrit en silence les caves et remplit le fond de sa hotte de fromages, de jambons, de petits pots de miel des sapins. En passant devant l'écurie du président, il enleva la plus belle des vaches ; dans l'étable d'Apolline, il prit un veau tout rouge et frisé ; dans le parc aux moutons, encore une brebis. Le coq du curé faisait le malin sur une barrière, il le saisit par les pattes. La vache, le veau, la brebis et le coq s'arrangèrent tant bien que mal ensemble dans la hotte. Les villageois avaient entendu ! Furieux, ils sortirent avec leurs fusils et tirèrent sur le géant. Mais les balles ne lui faisaient rien du tout. Une nappe épaisse de brouillard recouvrit la montagne. Et les hommes se perdirent et tournèrent en rond jusqu'au matin. Il revint une quatrième fois. Les enfants dansèrent une ronde autour de lui.

- Bon géant des monts, Beau masque-démon ! Fais sonner ta cloche ... Claquer tes galoches. En riant, ils grimpèrent le long de ses jambes, se pendirent à sa ceinture, s'assirent à califourchon sur ses épaules. Le géant les laissaient faire. Mais quand ils demandèrent de les emmener au sommet de la montagne, il dit non ! de la tête. Mais Croquin réussit à se cacher dans la grosse cloche de sa ceinture, et comme elle était bellement renflée il s'y sentit bien. Il s'accrochait très fort au battant et le faisait sonner de temps à autre pour que le géant ne s'aperçut de rien. Du haut de la montagne, Croquin vit son village, pas plus grand qu'une fourmi noire dans une saucière de faïence blanche. Il eut un regret en songeant à Suzanne, à son père, à sa mère et à son petit lit, mais son cœur était plein de curiosité. Le géant pénétra dans une caverne, Croquin fut ébloui. Elle était tapissée de cristaux. Et là se trouvait une grande paillasse. Le Masque géant s'y laissa tomber et tout de suite ronfla très fort. Croquin ne tarda pas à s'endormir. Il s'éveilla le lendemain à l'aube. Le petit garçon était resté cramponné au battant de la cloche, couché dans le renflement de bronze comme dans un berceau. Et maintenant, il était balancé par les pas du Masque géant qui redescendait dans la vallée. Croquin reconnut son village. Il eut juste le temps de dégringoler le long d'une jambe et de courir vers son chalet. Sauf la petite Suzanne, personne ne s'était aperçu de son absence. Il lui raconta son voyage clandestin à l'intérieur de la cloche et tout ce qu'il avait vu dans la montagne.

- Je voudrais y aller aussi, dit-elle.

- C'est trop dangereux pour les filles ! répondait Croquin.

Mais les villageois étaient très fâchés contre le Masque géant qui se moquait d'eux, les volait à tour de bras, et ne souffrait nullement de leurs coups de fusils. Quand il revint pour la cinquième fois, les hommes roulèrent des tonneaux de vin à ses pieds. Et ce vin, fait avec un raisin mûri sous les roches ensoleillées, était tellement bon que le géant ne put s'arrêter d'en boire. Il vida les tonneaux. Et il ne put plus se relever. Il restait étendu de tout son long dans la rue du village. Alors les paysans attachèrent les bras et les jambes de géant avec de solides cordes.

- Il ne pourra plus repartir et nous lui ferons son procès ! dirent-ils.

Et ils lui passèrent encore une corde autour du ventre et la fixèrent au clocher. La neige tomba. Les flocons épais comme des pelotes de laine recouvrirent le corps de Masque géant. Mais Croquin et Suzanne allèrent pendant la nuit, avec leurs canifs, couper les cordes du prisonnier. Puis ils se cachèrent dans sa cloche, où ils purent se loger tous les deux en se serrant. Ils avaient oublié de trancher la corde qui reliait le géant au clocher. Quand il se releva, le clocher s'écroula et ses cloches roulèrent dans le torrent avec un carillon épouvantable. Croquin et sa sœur pénétrèrent ainsi dans le domaine du Masque géant et purent tout à loisir en admirer les merveilles. Le géant fut bien heureux de faire leur connaissance. Il les remercia de l'avoir délivré. Il leur donna une très jolie chambre tapissée de cristaux roses, verts et bleus, et leur ouvrit une armoire taillée dans le roc, ornée de stalactites aux formes de fleurs. Elle était pleine de jouets. Mais Croquin fut très étonné d'y voir le ballon qu'il avait perdu un jour, et Suzanne d'y reconnaître sa poupée qu'elle avait tant pleurée ! Ils retrouvèrent encore le petit tracteur de leur ami Damien, la boîte à ouvrage de leur cousine et le fichu brodé de la fille d'Apolline. Et quand le géant se mit à faire cuire la soupe sur un feu de bois, ils constatèrent que le chaudron de cuivre était celui de leur grand-mère.

- Il est un peu voleur tout de même ... chuchota Suzanne à l'oreille de Croquin. Au village, on devina ce qui s'était passé. Et quand le Masque géant revint pour la sixième fois, les parents le supplièrent à genoux de leur rendre leurs chers petits-enfants.

- Les chers petits-enfants me tiennent compagnie, répondit-il. J'aime leur babil. Ils sont polis, serviables. J'aime beaucoup ces chers petits-enfants.

- Rendez-les nous ! Et nous vous donnerons tout ce que vous voudrez !

- Je n'ai besoin de rien. J'ai tout ce qu'il me faut. Et pendant l'été, les chers petits enfants iront garder dans ma prairie, ma vache, mon veau, mon coq et ma brebis. Alors les parents lui apportèrent des tonnelets d'une liqueur faite avec l'armoise des rochers. Et cette liqueur était si délicieuse que le géant ne sut y résister. Il finit par tomber raide au milieu de la rue, et il l'obstrua si complètement que les villageois durent faire un détour pour rentrer chez eux. Cette fois, ils l'attachèrent avec des chaînes et cette fois ils mirent quatre hommes pour le garder. Mais ces quatre hommes avaient aussi bu quelques gouttes de la liqueur et ils s'endormirent. Quand ils se réveillèrent, le géant était toujours étendu et il continuait à barrer la rue. L'un des gardiens dit :

- Il dort encore !

- Enlevons - lui le masque, je voudrais voir sa vraie figure... dit le second.

- Nous aussi, firent les deux autres, on voudrait bien la voir.

Le masque de bois était si lourd qu'ils avaient beaucoup de peine à le soulever.

- Hi-hu ! Hi-hu ! soufflaient-ils.

- Tu as sûrement abattu le roi des sapins pour te tailler un masque pareil !

- Hi-hu ! Enfin... Mais derrière le masque, il n'y avait rien. Rien. Personne. Rien non plus dans la tunique en peaux de boucs et de chèvres. Il n'y avait qu'une petite place vide au milieu de toutes ces fourrures, ces rembourrages, ces rouages, ces poulies et ces ficelles, rien qu'un vide où pouvait tout juste se glisser un corps d'homme. Les quatre gardiens s'y glissèrent à tour de rôle.

- Alors, s'étonnèrent-ils, c'était un homme pas plus grand que nous ? Un homme comme nous ! A cette nouvelle, la stupeur emplit le village. Qui était cet homme ?

- C'est peut-être Zéphyrin ... dit un vieux.

- C'est Zéphyrin !

- On le croyait parti aux Amériques. Un pauvre orphelin ! Et les villageois n'avaient pas toujours été bons pour lui. Ils avaient même été méchants. On se souvint aussi qu'il avait demandé la fille d'Apolline en mariage et qu'elle lui avait ri au nez. Et chacun commençait à regretter ses torts... lorsqu'on entendit un joyeux bruit de cloches. De la montagne descendait Zéphyrin, redevenu un homme comme tout le monde, pas plus grand que tout le monde. Mais avec un petit sourire pas comme tout le monde. D'une main, il tenait la jolie Suzanne et, de l'autre, le courageux Croquin. Et venait derrière eux : la vache du président, le veau d'Apolline, la brebis du conseiller, le coq du curé.

- Bonjour, bonjour ! dit Zéphyrin. Je vous ramène les chers petits-enfants. 

Et le coq poussa un sonore cocorico, car le soleil se levait.

Conte de Corinna Bille, trouvé dans "la maison musique et autres histoires".

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 18:56

Je t’aime beaucoup

Dans une famille, il y avait une maman avec trois petites filles : la plus grande s'est approché de sa maman, lui a mis un bras autour du cou et lui dit : "Écoute maman, je t'aime beaucoup ; quand je serai grande, je t'achèterai une belle voiture, pour que tu ne te fatigues plus en allant faire les courses". La deuxième petite fille a suivi l'exemple de la première et lui dit : "et moi quand je serai grande, je t'achèterai une maison magnifique, avec beaucoup de serviteurs, pour que tu n'aies plus à travailler". Maman sourit à toutes les deux, puis elle a regardé la plus petite de sept ou huit ans et lui demanda : "Et toi, qu'est-ce que tu dis à maman ?". La petite a répondu : "Tu sais, maman, que je t'aime et je finis de t'aider à faire la vaisselle ".

Les deux premières filles ont une affection apparente, elles pensent à l'avenir sans rien donner de soi dans le présent ; la plus petite fille, faisant les affaires domestiques aime la mère d'un amour plus concret.

Source : Frate Indovino

 

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 22:09

Le Vieillard Siméon

Le Haut-Pays dormait à genoux dans la neige. A travers la fenêtre, le vieillard Siméon le contemplait au repos sous la lumière bleutée de l'hiver. Demain, la terre reprendra floraison. Elle lèvera ses moissons vers le soleil. C'est dans le cycle ininterrompu des saisons que Siméon avait tenu tête à la douleur. Depuis longtemps, il avait perdu sa jeune femme. Mais maintenant, son fils continuait la lignée de sa race montagnarde. Tous les secrets paysans, il les lui avait appris avec son parler terrien. Il pouvait s'en aller. Il ne mourrait pas. Des mains pareilles aux siennes avaient repris les mancherons de la charrue. Son cœur fatigué battait déjà dans la jeunesse d'un autre sang, celle de Jérôme, son unique enfant. Ce soir, il redescendra de la vallée. Il sera devant lui debout, comme un autre Siméon de vingt ans. Face à sa vieille chair, songe égaré en plein jour, Jérôme se dressera de toute sa vie ardente. Il lui dira que l'avalanche des Montis est coupée et que les habitants du haut village de Fionnay sont enfin débloqués. Le poids du silence emplissait la maison. Pour tromper son attente, Siméon s'est retourné vers le fourneau de pierre ollaire et il commence un soliloque avec les ombres des êtres marquées sur la serpentine grise. Que de fois n'avait-il pas raconté ses exploits de berger ! A cette heure, il recommençait. Tout là-haut, c'est le pâturage de Nichlyri. L'alpage de Sery monte à près de trois mille mètres. La montagne hurle à travers les tempêtes de neige. Un vrai temps d'hiver, en plein mois d'août. Pas d'abri. Impossible de descendre vers les étables, à cause du danger des précipices. Tenaillé par la faim, battu par le froid, le troupeau se révolte. Trois cents cornes de la race belliqueuse des vaches d'Hérens vous cernent menaçantes. Il faut ruser pour sauver la situation. D'un moment à l'autre, les bêtes risquent de forcer le passage de descente et ce sera la course à la catastrophe. Alors, Siméon a pris la tête du troupeau, comme lorsqu'il le conduisait à la pâture, et il le fait tourner en rond sur les prairies escarpées. En piétinant assez, les vaches ont mis à nu un peu d'herbe et elles se sont calmées un instant. Il était temps, car les bergers n'en pouvaient plus, et Siméon allait choir devant la horde animale qui l'aurait écrasé. Le soleil chassa enfin la tourmente et vint attiser les ardeurs taurines de la race des vaches guerrières. Partout des luttes à mort, comme au jour de l'inalpe. Des yeux de braise flamboient et la neige se tache de sang. La nuit est tombée sur la maison du vieillard Siméon et le maître berger d'antan continue de dialoguer avec les ténèbres, parce que son fils Jérôme n'est pas encore revenu. Pierres éclatées, troncs de mélèzes saignants, sapins brisés, racines en l'air encombrent l'avalanche des Montis, lave géante qui s'étire le long du ravin jusqu'à la Dranse. Pelles, pioches, tintent dans la tranchée de neige à travers laquelle s'enfoncent les hommes comme des tarières. Bientôt, la masse de glace sera sectionnée et les vivres pourront parvenir par la route aux reclus de Fionnay. Les ouvriers travaillent avec fièvre, car la montagne gronde par-dessus leurs têtes. Sur l'autre rive de la vallée, un guetteur veille à la tempête qui balaye les sommets. Nulle crainte d'une avalanche de fond, mais la poudreuse, plus terrible encore, reste toujours possible. Là-haut, une tornade de neige monte en vrille vers l'horizon qui fume. Un bruit de tonnerre emplit les espaces. Alarme ! Le fusil du guetteur claque pour donner le signal du danger aux camarades. Trop tard. La poudreuse fond déjà sur la pente. Sauve qui peut ! A peine ont-ils pris la fuite, que le cyclone s'abat sur les montagnards et les emporte, fétus de paille précipités dans l'abîme.

La tornade passée, les hommes se recherchent, se regroupent. Il faut poursuivre la tâche. Hélas, trois compagnons manqueront à l'appel : Camille Maret, Joseph Michaud et Jérôme de Siméon. Pas de temps à perdre. Rien à céder à la peur. Les rescapés se remettent rageusement au travail. Ils ont jeté un défi aux colères de l'alpe en rumeur. Une seule volonté les tient : arracher les trois jeunes gens à la mort blanche. On dépêche une estafette au prochain village pour chercher du secours. Une colonne de volontaires est bientôt-là qui fouille la neige. Des falots errent dans la nuit, rapace qui étend ses ailes d'ombre sur une frêle espérance. L'angoisse étreint les dernières heures de cette vigile de Chandeleur. Enfin, les sauveteurs ont pu dégager les corps de Camille Maret et de Joseph Michaud. Hélas, ils n'étaient plus que des cadavres. « Fiat voluntas tua », ont dit amèrement les hommes avant d'incliner leur front têtu devant le mystère de Dieu, qui venait de les frapper dans leurs amis. Jérôme de Siméon restait toujours à trouver. On ne s'en irait pas avant de le ramener au jour. Le matin blanchissait déjà et l'espoir semblait avoir fui avec la nuit. Un nouveau cercueil s'ajouterait-il aux autres ? Les montagnards n'osaient s'interroger du regard, tout en cherchant sans relâche la dernière victime. Le guetteur affirmait avoir vu disparaître Jérôme du côté du rocher, à l'endroit marqué d'une croix dans la pierre. Les hommes s'y portèrent. Fallait-il encore croire à quelque chance ? L'abri rocheux était rempli de neige. Jérôme aurait-il été soufflé dans ce trou, où il serait emmuré vivant ? Le malheur les accroche au plus fol des espoirs. Pendant que les sauveteurs s'acharnent à lutter de vitesse contre la mort, Maurice d'Antoine descend tristement la vallée. Il doit porter la tragique nouvelle au vieillard Siméon. Sans rien dire, tête baissée, il traverse les hameaux en deuil, car on sait déjà le malheur qui est tombé du haut de la montagne. Là-bas, le village de Châblières joint la prière de ses toits autour de l'église. A l'ombre du clocher, Siméon attend dans l'anxiété son fils qui n'est toujours pas rentré. En passant près du sanctuaire, Maurice s'est arrêté. La lampe du Saint Sacrement allume un coin de vitrail du chœur. On célèbre les offices de la Chandeleur. Le chant sacré parvient jusqu'à lui. Maurice écoute un instant l'antienne de la procession des lumières qui monte comme une invincible espérance le long de la flèche gothique. « Orne, ô Sion, ta demeure nuptiale pour accueillir le Christ Roi ; ouvre ton cœur à Marie, porte du ciel ; car elle tient entre ses bras le Roi de gloire à qui nous devons une lumière nouvelle. Voici que la Vierge offre de ses mains un Fils que le Père engendra bien avant la création de tous les luminaires. Siméon le reçut sur son cœur, en annonçant aux peuples qu'il est le Maître de la vie et de la mort, le Sauveur du monde ».

— Qu'est devenu mon fils ? demanda Siméon suppliant à Maurice qui entrait dans le désert de la chambre.

— L'avalanche poudreuse est descendue et l'a emporté.

— L'a-t-on retrouvé ?

— Hélas, on a cherché toute la nuit et on le cherche encore. Il y a bien peu de chance...

Un instant de silence écrasa la tête à tête des deux hommes avec le malheur.

— Alors, s'écria le vieillard dans un sanglot, je serai donc seul désormais. Perdu à jamais mon unique espoir.

Maurice ! Maurice ! dit-il en tendant ses mains tremblantes, Dieu ne peut pas permettre que cette goutte de sang qui me vient de lui soit irrémédiablement anéantie, le jour même où mon saint patron a porté son Fils dans ses bras. Détruite ma race terrienne ? Quelqu'un d'autre que les miens s'installera dans cette maison ? Prendra possession de mes champs ? De mes bêtes ? Mon fils mort sans les prières de l'agonie ? Cela, Dieu ne peut pas le permettre non plus. Moi, son fidèle serviteur, qu'ai-je donc fait au ciel pour mériter tant de malheurs à la fois ?

Le vieillard Siméon secoua son cœur usé et se dressa de toute sa vigueur paysanne contre la cruauté du destin. Ses restes de chair humaine se levèrent le long du fourneau de pierre ollaire. Siméon voulait partir là-haut aux Montis. Son fils, il le retrouverait vivant. A peine eut-il essayé un pas, qu'il retomba, masse impotente sur le plancher de mélèze. Maurice ramassa ce grand corps vaincu et le déposa dans le fauteuil. Siméon sanglotait comme un enfant. Au milieu de ses pleurs, il appelait Jérôme par tous les noms de tendresse qu'un père peut donner à son petit en le berçant pour l'endormir. Tout à coup, Siméon releva la tête. Maurice vit une nouvelle espérance qui mangeait les yeux du vieil homme.

— Ecoute, Maurice, dit-il. Toi, tu es encore fort. La montagne n'a pas de secret pour toi. Tu sais comment il faut sonder méthodiquement une avalanche. Tu le trouveras mon Jérôme. Tu me le ramèneras vivant, vivant... Remonte jusqu'au couloir des Montis. Va, pendant qu'il en est encore temps. Va ! Va ! Nul n'aurait pu résister à cette suprême prière du vieillard et Maurice d'Antoine reprit le chemin de la haute vallée. La sonde d'avalanche vient de rencontrer la résistance d'un corps à travers la neige engouffrée sous l'abri rocheux des Montis.

— Il est là, crie le sondeur.

Tous les sauveteurs se précipitent au lieu indiqué. Ils n'ont plus assez de leurs bras armés de pelles et de pioches pour creuser, ils y vont de leurs gros souliers ferrés. Il faut faire vite. Toutes les minutes valent une vie. Bientôt, une forme humaine se dessine dans la neige. Ça y est. Le corps de Jérôme est complètement dégagé. On le retourne face au ciel. Un camarade lui déplie les bras qui emprisonnent la tête. Les montagnards revoient un de leurs visages amis. Les dents mordent encore le rebord des manches du veston. L'infirmier Luisier s'est mis à l'écoute de la vie. Il a collé son oreille sur le cœur de Jérôme.

— Il bat ! Il bat faiblement, mais il bat ! A-t-il annoncé aussitôt, en saisissant les bras du gisant pour pratiquer la respiration artificielle. Un peu de sang commença à roser les joues du sinistré. Les forces revenaient à travers les membres engourdis et, lorsque Jérôme leva les paupières, ses yeux rencontrèrent tout un ciel de visages radieux penchés sur lui. La mort était vaincue. Soufflé miraculeusement par l'avalanche poudreuse dans le creux de la roche, Jérôme se trouvait prisonnier derrière un mur de glace. Un peu d'espace lui avait permis de ne pas mourir d'étouffement. Au fond de la grotte des Montis, la neige incrustait de sa blancheur l'intaille de la croix du salut, tracée dans la pierre de serpentine.

C'est coutume de Chandeleur dans le Haut-Pays ; au soir de la fête, une fillette du village va de maison en maison apportant le feu de l'église avec le cierge bénit. Pour être leur porte-lumière, cette année-là les enfants avaient choisi la petite Marie-Madeleine, car ses yeux toujours gardaient la clarté de la joie. Jamais encore elle ne fut grondée, ni par sa mère, ni par sa maîtresse. Personne n'aurait pu lui reprocher la moindre faute et partout, elle laissait sur son passage comme un rayonnement céleste. A son approche, les garçons cessaient leurs disputes et les larmes du vieillard, elle les irradiait d'un sourire. Dans la flamme de sa bougie qu'elle enveloppait des mains, Marie-Madeleine allait de porte en porte avec la grâce d'un ange et la sérénité d'une vierge. Elle pénétra chez Siméon, comme un éclat de soleil qui traverse un cristal.

— Grand-père Siméon, dit-elle au vieillard écrasé dans son fauteuil, je vous apporte la flamme bénie de Chandeleur. Ce cierge chassera le démon, éclairera votre cœur, tracera le signe de protection sur votre maison, sur vos champs, vos moissons, et sur vos troupeaux avant la montée à l'alpage. Vers l'enfant de lumière, Siméon leva ses yeux enfouis dans des mains brûlées de travail et de douleur.

— Que ferai-je de ce cierge si mon fils n'est plus ?

— Votre fils ? Dieu vous l'a rendu, grand-père Siméon.

Maurice d'Antoine vient de l'annoncer au village. On l'a retrouvé vivant sous la croix du rocher des Montis.

— Tu dis bien vrai, mon enfant ? Tu dis bien vrai ?

— Jamais je n'ai menti.

— Oh ! Alors Marie-Madeleine, puisque tu m'as apporté la joie, donne-moi ta pure flamme et ce cierge de Dieu. Donne-moi aussi ton front à baiser. Tu es mon espérance et je vois dans ton regard la plus sainte lumière du monde. Siméon étreignit l'enfant, puis s'allongeant sur son fauteuil, ses lèvres murmurèrent une prière de reconnaissance. Ses cheveux, d'une blancheur immatérielle, brillaient d'un halo de Chandeleur autour de son vieux front apaisé.

— Il vit... Il vit... répétait-il doucement. « Seigneur, vous laisserez maintenant votre serviteur s'en aller en paix, puisque mes yeux ont retrouvé leur salut »... Vivante, vivante, cette goutte de sang de ma génération terrienne... Demain, il faudra repartir, avec les saisons, dans les champs, vers les sommets, vers vous, mon Dieu... Grand-père Siméon se tut. La tête retomba lourdement sur la poitrine. Un rayon de clarté, plus éclatant que tous les flamboiements de la terre sembla jaillir de ce corps usé jusqu'à la mort par la douleur et la joie. Marie-Madeleine se pencha vers des yeux désormais éteints. Elle ferma pieusement les paupières du vieillard et lui joignit les mains. Puis elle posa son cierge dont la cire pleurait, au pied du crucifix d'arolle enfumé qui ouvrait ses bras cloués par-dessus toutes les larmes du monde. Jérôme pouvait revenir. Dans la dernière demeure de Siméon, une flamme d'espérance illuminait la nuit.

Marcel MICHELLOD

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 21:53

Pierre vivait pauvrement dans une vieille maison avec son père, sa mère, ses cinq frères et ses cinq sœurs. Dans cette maison, il y avait une petite cuisine avec un vieux fourneau qui fumait et des vieilles casseroles cabossées. C’est là que Pierre était le plus souvent, car il adorait cuisiner. Il savait préparer des plats délicieux avec des choses simples : il pouvait transformer des pommes de terre en gâteaux, des poires en sirop, des carottes en purée rose… Avec Pierre, chaque repas devenait une fête. Pourtant, une année, l’hiver fut très long. Pierre ne trouvait que des vieux croûtons de pain à mettre dans ses casseroles et toute sa famille avait faim. Un matin, Pierre dit à son père :

- Je vais aller en ville pour chercher du travail. Avec l’argent que je gagnerai, je pourrai acheter de quoi manger.

Justement, ce jour-là, un messager du roi arrive dans le village de Pierre. Il tape sur un tambour et il déclare :

- Avis à la population ! Le roi de ce pays, Sa Très Gourmande Majesté, a décidé de changer de cuisinier. Celui qui fera le plus délicieux des plats sera nommé Grand Chef des Cuisines du Roi.

En entendant cela le père de Pierre s’écrie :

- Pierre, voilà une chance pour toi ! Enlève ton tablier, laisse tes vilaines casseroles et va faire goûter au roi une recette dont tu as le secret.

Pierre répond en souriant :

- Hélas, on ne devient pas cuisinier du roi en lui faisant manger du pain dur !

Mais la mère de Pierre insiste :

- Allons, va, mon petit cuisinier. Tu sais faire un dessert avec un courant d’air. Je suis sûre que tu peux gagner ce concours !

Alors, Pierre se met en route. Il se demande bien quelle recette il pourra préparer pour le roi, car il n’a rien dans les mains ni dans les poches. Mais comme il sent le printemps qui arrive, il se met à chanter :

- Je n’ai rien pour mon roi, pas de sucre ou de chocolat, même pas la moitié d’un petit pois !

Bientôt, Pierre arrive devant une ferme. Un vieil homme vient à sa rencontre en criant : - à l’aide ! Au secours ! Ma vache est tombée dans l’étang !

La pauvre vache essaie bien de sortir de l’eau mais à chaque fois qu’elle approche du bord de l’étang, elle glisse dans la boue et plouf ! Elle retombe lourdement. Pierre prend une corde solide. Il l’attache aux cornes de la vache et tire sur la corde de toutes ses forces. On hisse ! On hisse ! La vache sort les deux pattes avant. Encore un effort ! On hisse ! On hisse ! Enfin la vache regagne la terre ferme. Elle est sauvée ! Le vieil homme est tout heureux et, pour remercier Pierre, il lui donne un pot de lait tout frais. Pierre reprend le chemin du palais du roi en chantant : - voilà du lait pour le roi, c’est tout ce qu’il aura pour tremper son petit doigt ! Tout à coup, il aperçoit des poules qui courent dans un pré en battant des ailes. Derrière les poules, il y a une fermière qui crie :

- Vilaines poules ! Revenez, revenez, ou le renard va vous manger !

Mais les poules partent dans tous les sens et la fermière ne peut pas les rattraper. Pierre ramasse un bâton, il le fait tourner au-dessus de sa tête puis il file à toute vitesse derrière les poules. Il les rassemble et, en un clin d’œil, il les fait rentrer dans le poulailler. La fermière saute de joie. Elle dit à Pierre :

- Sans toi, mes poules allaient se perdre dans la forêt !

Pour le remercier, elle lui donne six œufs dans un panier. Pierre continue sa marche. Il chante :

- Avec du lait et des œufs que fait-on de délicieux ? Avec des œufs et du lait que pourrait-on préparer ?

Un peu plus loin, alors que la nuit commence à tomber, Pierre rejoint une charrette chargée de sacs de farine et traînée par un âne. C’est la charrette du meunier. Le meunier appelle Pierre :

- S’il te plaît, veux-tu me donner un coup de main ? Ma roue a glissé dans le fossé. Je ne peux plus avancer.

Pierre pose son lait et ses œufs et il pousse avec le meunier. Un, deux, trois, hue ! La charrette est dégagée, le meunier peut rentrer au moulin. Mais avant de partir, il offre à Pierre un petit sac de farine. Pierre s’en va en chantant :

- J’ai des œufs, de la farine et du lait, mon roi tu vas te régaler ! J’ai du lait, des œufs et de la farine, roi, tu vas te lécher les babines !

Lorsque Pierre arrive au palais du roi, le concours de cuisine a déjà commencé. Des cuisiniers sont venus des quatre coins du pays. Ils ont apporté avec eux des épices et des fruits, des lapins, des dindes, des moutons, des légumes, des poissons, des champignons et des herbes parfumées ; tout ce qu’il faut pour réussir des desserts rares, des salades exquises et des rôtis savoureux. Dans la grande cuisine royale, le roi est assis sur le trône. Des serviteurs lui apportent ce que les cuisiniers lui ont préparé. Le roi respire l’odeur de chaque plat, puis il goûte des bouts des lèvres. Il mâchouille, il ferme les yeux, il renifle encore une fois. Mais, pour chaque recette, il grogne : -trop grillé. Trop cru. Trop salé. Trop sucré. Trop chaud. Trop froid. Trop sec. Trop gras. Rien ne lui plaît. Enfin, c’est le tour de Pierre.

Le roi lui demande :

- Alors, jeune homme, que vas-tu nous préparer ?

Pierre se gratte la tête avant de répondre :

- Euh… Sire… Majesté… C’est-à-dire… voilà… c’est une surprise.

Le roi sourit :

- Ah, enfin une surprise !

Euh…euh…

Pierre réfléchit, il se dit :

Qu’est-ce que je pourrais bien faire avec de la farine, du lait et des œufs ? Il regarde par la fenêtre par la fenêtre et il aperçoit la lune qui brille dans le ciel. Cela lui donne une idée. Il s’écrie :

- Je vais faire des lunes, des lunes à croquer !

Le roi fronce les sourcils, il dit :

- Tiens, tiens, des lunes à croquer ? Je suis curieux de voir ça. Alors, mon garçon, mets-toi au travail. Aussitôt, Pierre vide sa farine dans un grand saladier. Il ajoute ses œufs et il verse son lait en mélangeant avec une grande cuillère en bois. Puis il dépose un peu de la pâte qu’il a ainsi préparée dans une poêle bien graissée. Et il la met à cuire sur le fourneau. Au bout de deux minutes, Pierre saisit le manche de la poêle, il donne un coup de poignet et hop!...un gâteau plat et rond s’envole dans la cuisine royale. Pierre dit au roi : - regardez, voilà la lune ! Le roi lève la tête, il n’en croit pas ses yeux : le gâteau rond monte jusqu’au plafond et il retombe juste dans la poêle.

Pierre le laisse cuire encore un peu, puis il dit :

- Voilà, Sire, vous pouvez croquez cette lune.

Le roi renifle, il goûte, il mâchouille et il déclare :

- Ce n’est pas mauvais… C’est même plutôt bon… J’aimerais bien moi aussi faire une lune à croquer car cette recette m’amuse beaucoup. Il se lève de son trône, il verse un peu de pâte dans la poêle, la laisse cuire deux minutes, il donne un petit coup de poignet … et hop ! Il fait sauter la lune à croquer. Et plaf ! Elle retombe sur la tête de la reine. Le roi éclate de rire : - ha ! ha ! ha ! Décidément, cette recette me plaît ! Le roi s’amuse comme un fou : - encore, encore, encore ! Il fait des dizaines des lunes à croquer et il les mange avec du sucre, de la confiture, du chocolat.

À la fin, quand le roi a bien ri et bien mangé, il dit à Pierre :

- C’est toi qui a inventé la recette la plus drôle, du jamais vu, du jamais goûté ! Je te nomme Grand Cuisinier du Roi !

Depuis ce jour, Pierre vit avec toute la famille dans le palais du roi et, chaque année, à la fin de l’hiver, il fait des lunes à croquer.

Source : Jean-Jacques Vacher

 

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3 janvier 2020 5 03 /01 /janvier /2020 09:02

L’enchantement était terminé ; comme s’il eût voulu faire comprendre à ses adorateurs lointains que le moment était venu de retourner dans leur pays, le divin Enfant ferma les yeux, le nimbe de lumière qui auréolait sa tête s’adoucit et, avec un sourire, la Vierge mère posa un doigt sur ses lèvres. À ce signal, les anges qui chantaient encore le cantique triomphal, se turent subitement ; il se fit un grand silence et les trois Mages, se levant, quittèrent l’étable, graves et recueillis.

 

Retour des rois mages 01

À la porte, ils retrouvèrent les bergers qui se racontaient de l’un à l’autre, les merveilles accomplies. Ils arrivèrent au campement où leurs chameaux accroupis pêle-mêle, parmi les serviteurs, se livraient à l’insouciance du repos. Instinctivement, ils levèrent leurs yeux vers le ciel : l’étoile était là, plus brillante que jamais. Cependant un changement s’était opéré : tandis qu’au premier jour, ses rayons descendaient droits sur l’étable, ils s’inclinaient maintenant vers l’Orient. Les Mages comprirent sa muette invitation et bientôt la longue file des chameaux caparaçonnés d’étoffes aux voyantes couleurs, fut prête à prendre le chemin du retour.

Au pas cadencé des montures, elle défila par les rues étroites de Bethléem. Les Mages revirent le caravansérail où ils s’étaient arrêtés, le premier jour, en quête de renseignements ; ils passèrent la synagogue devant laquelle, indifférents aux choses qui venaient de changer la face du monde, des rabbins discutaient gravement ; ils franchirent la porte que gardait une cohorte de soldats romains et bientôt ils retrouvèrent la campagne sillonnée de troupeaux.

* * *

Et voilà qu’au moment de s’engager sur la route qui mène à Jérusalem, l’étoile, par ses rayons obliques, indiqua nettement la direction du désert, invitant les Mages à retourner par un autre chemin.

Sans doute avaient-ils promirent au roi Hérode de venir lui apprendre où se trouvait ce roi des Juifs qu’il voulait adorer à son tour : mais puisque l’étoile les guidait vers une autre route, c’est que Dieu le voulait ainsi. Ils suivirent l’étoile.

Pendant les trois jours qu’ils avaient passés au pied de la crèche, ils avaient tout oublié. Perdus dans l’adoration de l’Enfant divin qui leur souriait, ils avaient laissé, pour un instant, les pensées qui d’habitude hantaient leur esprit : le nombre de palmiers qui formaient leurs domaines, l’emplacement des puits où s’abreuvaient leurs troupeaux, le recensement des tribus qui leur obéissaient, les limites de leurs royaumes, les querelles qui les séparaient de leurs voisins, tout avait disparu dans le divin enchantement.

Et voilà que soudain, ils se ressouvenaient de toutes ces choses ; ils entendaient de nouveau retentir, à leurs oreilles, les paroles cauteleuses du vieil Hérode :

– Allez, informez-vous de cet Enfant, et quand vous l’aurez trouvé, faites-le-moi savoir afin que j’aille, moi aussi, l’adorer.

Et ils se rendaient compte, maintenant, du regard à demi voilé qui accompagnait ces paroles. Les yeux du vieux renard annonçaient une âme ténébreuse et prête à tous les crimes. Du fond de son palais, sans doute guettait-il leur retour ; et quand il apprendrait leur fuite, peut-être enverrait-il, contre eux, ses armées. Mais que leur importait ? À ce moment, ils seraient loin ; devant eux s’ouvrait le désert, vaste plaine où le vent de la nuit efface la trace laissée durant le jour par le pied des chameaux.

* * *

Retour-des-rois-mages-02-copie-1.jpgEt la caravane, en longue file, continua son voyage jusqu’au coucher du soleil.

À la halte du soir, le chef de la caravane fit enlever les riches tentures qui ornaient les chameaux et les remplaça par des housses dont le gris pâle se confondait avec la teinte du sable. Les serviteurs revêtirent eux aussi des tuniques sombres.

La transformation terminée, il s’avança vers le roi Gaspar et, s’inclinant, il lui présenta une tunique de toile grossière.

– Le désert s’ouvre devant nous, dit-il ; il est infesté de brigands et de pillards ; s’ils aperçoivent des gens magnifiquement vêtus, ils s’imagineront que la caravane transporte une riche cargaison et ne manqueront pas de l’attaquer.

Melchior et Balthasar les rejoignaient en ce moment. Ils entendirent la remarque du chef caravanier.

– Est-il donc nécessaire de nous cacher ? Demanda Balthasar. Certes nous portons un immense trésor, mais il n’est pas de ceux qui attirent les voleurs.

– La paix est venue sur le monde, proclama Melchior, les anges l’ont chantée là-bas : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! Nous sommes les messagers de la bonne nouvelle et c’est notre devoir de l’annoncer même aux pillards du désert.

– Avançons sans crainte et sans subterfuges, conclut Gaspar ; Dieu avait-il caché aux yeux des méchants l’étoile qui nous a conduits ?

Et les rois Mages gardèrent les insignes de leur rang. Au matin, ils dirent adieu aux dernières collines et le pied des chameaux foula le sable brûlant. Ils marchèrent tout le jour.

Mais quand, le soir, ils s’arrêtèrent pour camper, le chef de la caravane revint vers eux. Son front était soucieux.

– Le chemin que nous suivons, dit-il, est loin des grandes pistes ; cependant j’ai relevé des traces nombreuses. Nous sommes sûrs de rencontrer des tribus pillardes qui ne respectent ni les biens des voyageurs ni même leur vie.

– Avançons quand même puisque l’étoile nous a indiqué ce chemin, dit Gaspar.

– Les traces que j’ai remarquées ne sont pas seulement celles des hommes, poursuivit le chef caravanier, j’ai démêlé parmi elles, les pistes des chacals affamés et celles, plus redoutables encore, du lion solitaire.

– Qu’importe, dit Melchior, n’avons-nous pas adoré Celui qui commande à toute la nature ? Il saura fermer la gueule du lion et de l’hyène, ou leur faire découvrir une autre proie.

Mais le chef de caravane insista.

– Je crains que nous ne puissions trouver des puits pour abreuver nos chameaux ; cette partie du désert me semble plus stérile que toutes les autres.

– Mais Lui, n’est-il pas la fontaine d’eau vive qui jaillit dans le désert ? Prononça Balthasar.

Et la caravane, après le repos de la nuit, reprit sa marche monotone.

* * *

Mais voilà que vers la fin du troisième jour, le chef de caravane courut de nouveau vers ses maîtres.

– Je l’avais dit, prononça-t-il, et maintenant nous voici en face des pillards. Ils sont là-bas qui nous guettent au passage du défilé, entre la double ligne de rochers qui resserre le chemin. Ils sont cinquante au moins ! Et armés !

La caravane s’arrêta. Les Mages déroulèrent leur turban et la couronne d’or, incrustée de pierreries qu’ils portaient sur leur tête, étincela aux rayons du soleil couchant. Ayant pris bravement la tête, ils s’avancèrent seuls au-devant des pillards.

Leur bande arrivait comme une trombe. Parvenue à une certaine distance, elle s’immobilisa soudain, se développant, comme un mur de défi.

– Halte ! Cria le Chef, maîtrisant avec peine sa monture, un superbe cheval arabe, au poil luisant, aux naseaux de feu.

Mais le cortège des Mages continua d’avancer au-devant des agresseurs.

– Halte ! Cria une seconde fois le chef, tirant du fourreau une dague étincelante.

Les Mages avançaient toujours.

Et voilà que soudain un cri d’effroi s’éleva de la troupe ; au-dessus des trois couronnes, plus brillantes que jamais, l’étoile lançait des rayons étincelants dont le reflet dépassait celui du soleil couchant.

Les pillards, saisis d’effroi, sautèrent à bas de leurs montures et, se prosternant dans le sable, ils redirent la salutation du désert :

– Salaam aleyk ! 1

– Nous vous retournerions le souhait, proclama Gaspar, si vous étiez des hommes de bonne volonté.

Et la bande des pillards, toujours saisis de crainte, se rangea pour laisser passer la caravane de la paix.

* * *

Trois jours encore, on avança dans le désert sans eau, mais chaque soir, un puits se trouvait là pour abreuver les chameaux.

Au quatrième, des formes indécises parurent à l’horizon ; pourtant le chef caravanier continua de cheminer tranquillement au pas de son chameau ; ayant vu le miracle, il ne craignait plus. Les formes se précisent bientôt : il s’agit d’une caravane nombreuse et bien ordonnée. Des cavaliers se détachent et s’avancent au-devant des voyageurs pour connaître leurs intentions. À la vue des Mages, ils s’inclinent profondément et tandis que l’un d’eux court informer ses maîtres, les autres se forment en escorte pour guider les nobles voyageurs.

En approchant, les Mages reconnurent la grande caravane qui, chaque année, traverse le désert, pour porter vers la mer, les trésors des pays de l’intérieur : tapis chatoyants de la Perse, perles précieuses de l’Inde, armes étincelantes ciselées à Bagdad, encens de la Chaldée ou parfums de Saba, poudre d’or du pays d’Ophir, épices, aussi précieuses que l’or, des îles lointaines.

* * *

À l’approche des nobles visiteurs, un long tapis fut déroulé sur le sol : des serviteurs aidèrent les trois princes à descendre de leur monture, tandis que le chef des marchands, ayant revêtu une tunique de soie précieuse, s’avança au-devant d’eux.

– Salaam aleyk ! Dit-il en s’inclinant et tout en guidant ses hôtes vers la tente principale.

– Aleykom es Salaam ! Répondirent ensemble les trois rois.

– Nous avons cheminé par vos royaumes, continua le chef, et nous y avons trouvé la paix et la prospérité. Vos peuples heureux vous bénissent. Nulle part avons-nous été mieux reçus et cheminé avec plus de sécurité. Et maintenant, nous allons vers la grande mer de l’Occident. Mais ce nous est une joie de vous rencontrer et de vous offrir quelques présents qui vous remercieront pour la gracieuse permission de traverser vos royaumes.

– Nos peuples vivent dans la paix, répondit Balthasar ; aussi longtemps que vous serez des hommes de paix, vous pourrez traverser nos royaumes sans avoir à payer d’autre tribut que le péage des chemins.

– Cette gracieuse permission augmente notre gratitude et nous aimerions la traduire dans un présent qui vous rappellera notre rencontre au milieu du désert. Voici la tente où nous avons rassemblé les meilleures de nos marchandises. Vous pourrez choisir celle qui vous plaira et l’emporter comme gage de notre mutuelle amitié.

– Vous avez acquitté le péage ? Vous ne nous devez rien de plus.

– Mais notre gratitude demeure et nous serons heureux de vous voir choisir un présent comme marque réciproque de bon vouloir.

Pour être agréables à leur hôte, les trois Mages entrèrent dans la tente. Ils y virent accumulées, les marchandises les plus rares ; ils défilèrent le long de la riche rangée de tapis que les meilleurs ouvriers de la Perse avaient tissés.

Image-de-Noel-Rois-mage-Gloria-in-excelsis-Deo– Voici maintenant, dit le chef, en les guidant vers une autre partie de la tente, des bijoux et des armes ciselés à Bagdad.

Et les Mages défilèrent parmi les dagues aux lames d’acier, aux poignées d’or enrichies de pierreries ; ils virent les plats d’or et d’argent incrustés d’émaux rutilants.

– Admirez ici les perles que nous avons été cherché jusqu’au pays de Ceylan ; nulle part en trouverez-vous de plus limpides, avec un orient plus beau.

Chacune de ces perles, en effet, semblait solliciter le regard par son éclat et la perfection de ses formes : chacune d’elles était digne de la couronne d’un roi.

– Voici les soieries les plus fines du pays de Cathay, nulle part en trouverez-vous d’aussi douces au toucher, d’aussi chatoyantes pour la vue.

Et le marchand développa les plis vaporeux d’étoffes si légères qu’on les eût dites tissées par la main d’une fée.

– Ces coffres, ajouta le marchand, n’ont pas été ouverts car ils contiennent les épices les plus odorantes, les parfums les plus subtils. Mais toutes ces choses attendent votre choix. Quel que soit l’objet qui arrêtera vos regards, il est à vous et ce nous serait une peine que de vous voir repartir sans emporter un présent qui sera le signe matériel de notre amitié.

* * *

Et c’est ainsi qu’au milieu du désert aride et nu, les Mages se promenaient parmi des richesses qui auraient fait la fortune de plusieurs royaumes.

À la fin, ils se consultèrent à voix basse ; puis Gaspar, se tournant vers le marchand, lui dit :

 

– Simon Ben Alem, tu as là des richesses merveilleuses ; jamais les caravanes n’en avaient porté autant et de si belles. Nous n’aurions qu’à tendre la main, pour tenir, de ton amitié, des bijoux, des armes ou des étoffes qu’un prince paierait d’un haut prix. Et pourtant, nous n’en ferons rien, car notre cœur est détaché des choses de la terre, maintenant que notre œil a contemplé le plus grand trésor du monde.

– Le plus grand trésor du monde ?

– Oui, Simon Ben Alem, un trésor auquel nul autre n’est comparable.

– Dans le palais d’Hérode, sans doute. Le vieux roi se connaît en bijoux, en étoffes fines, en perles rares ; ne l’a-t-on pas surnommé Hérode le Magnifique ! Mais je dois passer par Jérusalem, je verrai ce trésor.

– Ce trésor ne se trouve pas dans le palais d’Hérode et c’est pourquoi il en est jaloux et voudrait s’en emparer.

– Je comprends, dit Simon Ben Alem, c’est dans le temple de Jérusalem que vous avez contemplé cet objet merveilleux. Certes, le nouveau temple est loin d’égaler la magnificence de celui que construisit le roi Salomon, pourtant, je connais les tapis précieux qui entourent le Saint des saints et je donnerais beaucoup pour avoir les pareils ; les lampes d’or finement ciselées qui brillent devant l’arche sont de pures merveilles, et c’est en vain que j’ai chargé les ouvriers les plus habiles d’en ciseler de semblables pour Hérode qui voudrait en orner son palais ; celles du temple, il ne les aura pas car elles appartiennent à Jéhovah.

– Tu te trompes, Simon Ben Alem, ce n’est ni dans le palais d’Hérode, ni dans le temple, ni à Jérusalem que nous avons contemplé la merveille dont nos yeux gardent encore la vision.

Ce n’est pas à Jérusalem ?

– C’est à Bethléem, dans une étable…

– À Bethléem ?… Dans une étable ?…

– C’est un enfant nouveau-né, couché dans une crèche.

– Un enfant ?… Couché dans une crèche ?… Simon Ben Alem demeurait interdit. Un moment, il fixa le regard de ses hôtes, mais il y vit une telle irradiation, qu’il sentit passer quelque chose de divin ; il lui sembla que l’ombre de Jéhovah planait dans la tente et éclipsait d’un coup toutes ses richesses. Après un moment de silence, il s’inclina de nouveau et annonça :

– Dans la tente voisine, nous avons préparé des rafraîchissements : peut-être voudrez-vous nous faire l’honneur d’y goûter.

Les Mages entrèrent dans la tente et, pour être agréables à leur hôte, ils acceptèrent les rafraîchissements gracieusement offerts.

S’étant ainsi reposés, ils se préparèrent au départ.

– Acceptez au moins ces tapis pour couvrir le dos de vos chameaux, insista Simon Ben Alem ; ainsi comprendrai-je que vous ne méprisez pas votre serviteur et qu’il sera le bienvenu sur vos terres.

– Nous prendrons chacun l’un de ces tapis, consentit Gaspar, et tu seras toujours le bienvenu dans nos royaumes. Mais tu le sais, le désert n’a pas de maître, seul le vent y commande au sable ; avertis tes guides d’avancer avec prudence, car plusieurs bandes de pillards rôdent sur cette piste.

Simon Ben Alem sourit :

– Nous sommes accoutumés à ce genre de rencontres et nous sommes armés en conséquence. Nous étions préparés à toutes les éventualités, sauf à la nouvelle qu’il existe un trésor plus précieux que la multitude de ceux que nous avons rassemblés ici.

– Oui, Simon, il existe.

– Et mes yeux pourront le contempler ?

– Oui, à Bethléem, dans une étable, tu trouveras un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche.

L’étonnement reparut dans les grands yeux de Simon Ben Alem ; il allait encore interroger, mais avec un sourire mystérieux, Melchior se contenta de lui dire :

– Tu iras et tu verras.

Et les Mages rejoignirent leur tente.

* * *

Au matin du jour qui suivit, les deux caravanes s’ébranlèrent en même temps ; chacune dans la direction opposée : bientôt elles disparurent aux regards l’une de l’autre.

Tandis que Simon Ben Alem conduisait ses riches marchandises vers la mer, Les Mages cheminaient vers leur pays, parmi les dunes de sable à peine recouvertes de plantes maigres et rares.

Enfin ils atteignirent les plaines fertiles que baignent le Tigre et l’Euphrate ; le cri de joie des chameaux annonça la fin du désert. C’était le lieu d’où ils étaient partis, deux mois auparavant.

Alors l’étoile qui les avait conduits disparut à leurs yeux.

* * *

Mais qu’importait aux trois augustes pèlerins ; ils étaient près de celui qui leur avait appris le sens même de l’étoile et les avait envoyés vers l’Enfant-Dieu. Ne pourrait-il pas les guider encore et leur apprendre ce qu’il leur restait à faire ?

Au pied du mont Ararat, dans un bosquet de palmiers et de dattiers, près d’une source, demeurait l’ermite vénéré de tous, Rahoun al Sherradhin, le Mage des Mages, dont le regard profond lisait dans les astres aussi sûrement que dans un livre ouvert. Rahoun al Sherradhin, le pieux, qui aurait pu être riche et roi, mais qui donnant aux pauvres les cadeaux qu’on lui offrait, tissait lui-même ses habits et vivait des fruits que ses arbres lui fournissaient.

Les trois rois avaient été salués par des princes, d’innombrables courtisans étaient inclinés devant eux : à leur tour, ils s’inclinèrent devant Rahoun al Sherradhin.

– Salaam aleik !

– Aley­kom es salaam ! Répondit l’ermite.

– Rahoun al Sherradhin, nous avons suivi l’étoile, commença Gaspar : elle nous a conduits vers l’enfant que tu nous avais annoncé ! Nous l’avons adoré et je lui ai offert de l’or, car il est Roi.

– Je lui ai offert de l’encens, car il est Dieu, ajouta Balthasar.

– J’ai déposé de la myrrhe auprès de son berceau, dit Melchior, car c’est un Dieu descendu parmi nous, il vivra au milieu des hommes.

– J’ai suivi l’étoile, dit alors Rahoun al Sherradhin, j’ai vu sa courbe immense vous conduire jusqu’à l’étable ; j’ai adoré en esprit, pendant que vous adoriez en vérité.

– Un jour pourtant, l’étoile nous a manqué, remarqua Melchior. Nous étions près de Jérusalem et nous sommes entrés dans la ville pour nous informer. Le roi Hérode a réuni ses docteurs et c’est de leur bouche que nous avons appris le nom de la ville où devait naître le nouveau Roi des Juifs.

– Hérode nous a demandé de l’avertir aussitôt que nous aurions trouvé l’enfant, car il voulait, lui aussi, l’adorer, ajouta Balthasar.

– Mais au moment du départ, expliqua Melchior, l’étoile nous a guidés vers le désert, loin de Jérusalem, et nous sommes venus par un autre chemin.

L’ermite releva la tête, son regard profond semblait lire des choses lointaines.

– Hérode a su que Bethléem était le lieu de naissance du nouveau roi, dit-il ; il a envoyé ses soldats qui ont massacré tous les enfants de ce lieu et des environs.

– Mais alors, s’écria Balthasar avec des larmes dans la voix, mais alors, il est mort… lui qui était Dieu !

– Non, répondit lentement l’oracle, les yeux toujours tournés vers l’infini, non, il avait déjà quitté Bethléem ; pendant que vous traversiez le désert, il a passé tout près de vous, fuyant vers l’Égypte.

– Tout près de nous, soupira Gaspar, et nous n’avons pas connu sa présence.

– Elle vous a protégés pourtant ; rappelez-vous l’étoile qui a brillé sur vos têtes et éloigné les pillards.

– C’était Lui, s’écrièrent à la fois les trois Mages, et c’est pourquoi nous avons senti nos cœurs s’embraser.

– Ah ! Comme j’aurais voulu jeter à ses pieds, le chef de ces brigands dont l’âme, malgré tout, gardait une certaine noblesse, dit Gaspar avec un soupir de regret.

– Son cœur était trop dur encore pour être converti, proclama Sherradhin, il a rencontré les proscrits, il s’est incliné devant eux et les a conduits jusqu’aux portes de l’Égypte ; un jour viendra où il reconnaîtra son Sauveur 2.

– L’Enfant est parti en Égypte, remarqua Melchior ; notre ami, le marchand Simon Ben Alem, le cherchera vainement lorsqu’il se rendra à Bethléem.

– Simon Ben Alem est trop occupé des choses de ce monde, prononça Rahoun al Sherradhin, il est arrivé à Joppé 3 et ne songe qu’à écouler ses marchandises pour aller en acheter d’autres et augmenter ses richesses. Il faudra que la main de Dieu s’appesantisse sur lui pour qu’il ouvre enfin les yeux et reconnaisse Celui qu’aujourd’hui il a dédaigné. Un jour, devenu disciple fervent, il viendra vous enseigner le mystère d’un Dieu crucifié 4.

– Crucifié ! S’écria Balthasar ; doit-Il donc mourir ?

– Crucifié et mort pour les péchés du monde : mais ressuscité pour régner jusqu’à la fin des temps.

– Ces choses étonnantes, quand s’accompliront-elles ? demanda Melchior.

Rahoun al Sherradhin se recueillit un instant, ses yeux de nouveau plongèrent dans l’avenir et d’une voix inspirée, il annonça :

– Vous avez contemplé l’étoile de sa naissance, elle vous a conduits jusqu’à son berceau. Mais quand il vous semblera que la terre sera prise de convulsions, quand le soleil se voilera la face et que les rochers se fendront, alors sachez que votre salut est proche, car le Christ sera mort et Il sera ressuscité.

À ces paroles, les Mages jetèrent leurs couronnes à leurs pieds, et le front incliné dans la poussière, ils adorèrent le Dieu qui s’était manifesté à eux petit Enfant.

* * *

Et il leur sembla entendre comme un écho lointain du cantique de Bethléem :

Gloire à Dieu dans le ciel, et paix sur la terre, aux hommes de bonne volonté !

Alors, reprenant la route de leurs royaumes, ils gagnèrent les pays de Saba, de Tarsis et des îles lointaines où ils attendraient la venue de celui qui leur apporterait la grande nouvelle d’un Dieu mort pour racheter le monde et ressuscité pour régner à jamais.

Eugène Achard.

Notes :

1 - La paix soit avec vous.

2 - Dismas, le bon larron, était chef d’une bande de pillards du désert. D’après la légende, il aurait rencontré la sainte Famille alors qu’elle fuyait en Égypte. Subjugué par le reflet divin qui émanait de la personne du Sauveur, non seulement il ne fit aucun mal aux fugitifs, mais avec sa bande, il les escorta jusqu’aux confins du désert. Il n’en continua pas moins, par la suite, à se livrer au meurtre et au pillage. Pris et condamné à mort, il fut crucifié en même temps que Jésus. C’est sur la croix, qu’éclairé d’un rayon intérieur de la grâce, il tourna la tête vers le Rédempteur et prononça la parole qui lui valut le pardon : « Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume »À cause de sa conversion, plusieurs le regardent comme un saint et son nom est inscrit au martyrologe.

3 - Joppé (aujourd’hui Jaffa, sur la Méditerranée), était le grand port de mer de la Palestine.

4 - Simon Ben Alem est plus connu, dans l’Évangile, sous le nom de Simon le Lépreux. Il habitait Béthanie et avait été guéri de la lèpre par le Sauveur. Depuis il lui portait une fervente amitié et aimait à le recevoir à sa table. C’est lors du dernier festin qu’il donna en l’honneur de Jésus, que Marie-Madeleine, également invitée au festin, avec Lazare son frère et Marthe sa sœur, vint répandre un parfum précieux sur les pieds du divin Maître, prodigalité qui provoqua les commentaires indignés de Judas, trésorier du Sacré-Collège. Après la Pentecôte, Simon le Lépreux suivit l’apôtre saint Jude en Mésopotamie. Selon la tradition, il y rencontra les Mages et les baptisa.

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3 janvier 2020 5 03 /01 /janvier /2020 08:57

La fève 01La fève 02

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3 janvier 2020 5 03 /01 /janvier /2020 08:56

rois-mages-jeunes.jpg

Peu à peu, la rumeur d'un enfant avec une auréole se répandit et pénétra les coins les plus isolés. Là-bas, vivaient trois rois qui étaient voisins et qui s'appelaient GASPARD, MELCHIOR et BALTHAZAR. Ils ressemblaient à des mendiants et pourtant ils étaient des vrais rois et – plus bizarre encore - des sages. Selon l'Ecriture, ils savaient s'orienter d'après la constellation des étoiles et c'est un art difficile comme le savent tous ceux qui ont déjà essayé de suivre une étoile.

Ces trois rois donc se réunirent, équipèrent un merveilleux cortège et partirent le soir en hâte avec leurs chameaux et les éléphants. Dans la journée, les hommes et les animaux se reposaient sous les rochers du désert de pierres et l'étoile qui leur indiquait la direction, les attendait patiemment au ciel en transpirant beaucoup dans la chaleur du soleil jusqu'à ce qu'il fît nuit. La nuit, elle guidait à nouveau le cortège. Ainsi, ils avancèrent mais arrivés à Jérusalem, l'étoile prit la direction de Bethléem. Les rois ne voulurent plus la suivre. En effet, ils cherchaient l'enfant d'un roi dans un château fort plutôt que dans un village. L'étoile se mit en colère. De désespoir, elle sauta à droite, à gauche, et remua la queue mais sans effet. Les trois sages étaient tellement sages qu'ils ne comprenaient même plus les choses les plus simples.

Entre temps, le petit matin arriva et l'étoile pâlit. Elle s'assit dans la couronne d'un arbre à côté de l'étable et tous ceux qui passaient la prenait pour un citron oublié. Elle ne sortit pas avant la nuit et s'éleva au-dessus du toit. Les rois furent heureux et se précipitèrent vers elle. Toute la journée, ils avaient cherché l'enfant, sans le trouver, car dans le château fort de Jérusalem résidait un gros type dégoûtant qui s'appelait Hérode. L'un des trois rois du nom de Melchior était long comme un arbre et noir comme de l'encre, si bien que même dans la lumière de l'étoile, on ne voyait de lui qu'une paire d'yeux et une denture horrible.

Chez lui, on l'avait nommé roi par qu'il était un peu plus noir que les autres. Mais maintenant, il se rendait compte, avec chagrin, qu'on le regardait comme s'il était le diable. Chaque fois qu'il se penchait de son chameau pour donner des friandises, les enfants s'enfuyaient et les femmes chrétiennes se signaient comme pour se protéger d'une attaque païenne.

a-genoux.jpgMelchior s'avança timidement et s'agenouilla devant l'enfant. Hélas, il aurait aimé montrer une toute petite tache blanche et comme il aurait voulu faire voir son âme. Il cacha son visage dans ses mains, anxieux de savoir si l'enfant Dieu s'inquiétait de lui. En se rendant compte que l'enfant ne criait pas, il osa regarder un tout petit peu à travers ses doigts. Et il vit l'enfant charmant qui lui souriait et qui essayait d'attraper ses cheveux crépus. Le roi noir en fût tout heureux ! Jamais il n'avait roulé ses yeux si merveilleusement et rit d'une oreille à l'autre.

Ce fut plus fort que lui, Melchior saisit les pieds de l'enfant pour embrasser tous ses doigts comme c'était l'usage dans son pays. Et lorsqu'il lâcha les pieds, il vit le miracle : l'intérieur de ses mains était devenu blanc !

Et depuis, tous les noirs ont l'intérieur des mains blanc. Allez les voir, découvrez-les et saluez-les fraternellement.

D'après Karl Heinrich Waggerl

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 22:13

Conte écrit par une classe de CM2.

Aujourd’hui, c’est la veille de Noël… Tous les enfants du monde attendent leurs cadeaux avec une grande impatience. Mais chez le Père Noël, c’est la panique ! Depuis plusieurs jours, il est malade, cloué au lit ! Alors, il décide que la Mère Noël fera la tournée. Malheureusement, elle n'a pas trouvé le traîneau.

Les lutins doivent en construire un, mais ils n'ont pas le matériel nécessaire et la nuit va tomber. Il est presque 18 heures, ce 24 décembre. L'heure de la tournée approche. Quand la Mère Noël va au magasin acheter le matériel, elle se tord la cheville. Elle appelle un employé, mais personne ne vient. Soudain, une femme aux yeux noirs apparaît et lui dit :

« Avez-vous besoin de moi ? – Euh ! Non, merci ». L'inconnue insiste : « - Venez chez moi ! C'est juste à côté.

- Bon, d'accord, répond la Mère Noël ». Pendant que l'inconnue l'aide à se rendre chez elle, la Mère Noël se demande pourquoi elle tient tant à ce qu'elles aillent dans sa maison. Arrivée chez l'inconnue, la Mère Noël n'en croit pas ses yeux : le traîneau qu'elle a cherché partout, est là, devant ses yeux...

Image associée L'inconnue voyant la Mère Noël très surprise lui explique qu'elle est une ancienne fée et que les lutins l'ont prévenue de la maladie du Père Noël. Elle voulait donc aider en préparant le traîneau. La fée laisse un instant la mère Noël, le temps de monter dans son grenier. On entend un raffut incroyable.

Elle redescend avec une paire de béquilles. « Avec ces béquilles et mes pouvoirs magiques, vous n’aurez aucun mal à descendre les cheminées ». La mère Noël est si contente de retrouver son traîneau qu’elle lui dit : « Demandez ce que vous désirez et vous l’aurez. - Je voudrais redevenir la fée du Père Noël. Autrefois, j’étais sa meilleure fée. Je l’aidais tous les ans à préparer le traîneau, à fabriquer les cadeaux, puis à les distribuer. Mais un beau jour, le Père Noël n’a plus voulu de moi. Donc, je suis partie en pleurant et en me demandant pourquoi il m'avait virée. - D'accord, d'accord, j'ai compris. Vite ! C'est l'heure de partir faire la distribution des cadeaux. Je vais aller mettre tous les cadeaux dans le traîneau. Venez avec moi ! » Arrivées à la première maison, elles descendent le long de la cheminée. Mais les gens ont oublié leur chien dans la maison ! La mère Noël, qui ne le voit pas, atterrit en lui donnant un grand coup de pied. Le chien se met à aboyer. La Mère-Noël ne sait plus quoi faire.

Alors, elle remonte dans la cheminée. Mais elle tombe une 2ème fois. Elle se fait mal à une jambe. Le chien continue à aboyer. Les gens se réveillent, ils voient la Mère Noël mais croyant rêver vont se recoucher. Le chien aboie toujours. La fée qui a entendu les aboiements apparaît avec une muselière pour endormir le chien. La Mère Noël demande à la fée de livrer les cadeaux et de faire la tournée à sa place. En échange elle redeviendra la fée du Père Noël.

La fée accepte et dit à la Mère Noël : « Venez dans le traîneau, je vais vous raccompagner ». Elle dépose la Mère Noël et part faire la tournée. En quelques heures, toutes les maisons sont remplies de cadeaux. Pendant ce temps, la Mère Noël parle avec le Père Noël et lui dit : « Votre ancienne fée veut redevenir votre fée ». Le Père Noël accepte. Lorsque la fée revient, après avoir distribué les cadeaux, elle soigne le Père Noël en un clin d'œil ! Tous sont contents et le Père Noël s'exclame : « J'espère que je ne serai plus jamais malade pour Noël ! »

FIN

Source : http://www.contes.biz/

 

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 18:53

ninopesebre-227x300.jpgC’était le soir de Noël. L’horloge du clocher venait de sonner 23 heures. Peu après, les cloches appelaient les fidèles. Le vent froid de la nuit renvoyait la joyeuse invitation à la messe, minuit à travers les ruelles du village de Moncada, par-delà les rizières et les orangeraies au loin jusqu’à la ville de Valences. Quittant, les riches, leurs châteaux et les pauvres, leurs chaumières, ces Espagnols habitués au soleil sous la bise glacée se mirent en route. Rien au monde n’aurait pu les chasser de leurs logis douillets ; mais par amour de l’Enfant-Jésus, ils marchaient sans hésitation, frissonnants dans le noir. Même de petits enfants, force de volonté, bien emmitouflés dans leurs lainages, marchaient un peu somnolents, mais avec d’autant plus de mérite côté des parents, vers l’église.

Voici déjà que dans le premier banc s’agenouillait une jolie petite paysanne de cinq ans, avec sa maman. Toute animée du désir d’admirer l’Enfant-Jésus avec Marie, Joseph, les anges, crèche, les bergers, et toutes les petites lumières, elle avait pressé la famille à partir vers l’église. Brillants de bonheur, ses yeux noirs et vifs allaient d’un berger à l’autre, admiraient Marie et Joseph dans la pauvre étable installée sur l’autel latéral de gauche. Tout à coup la petite poussa sa maman et demanda :

« La crèche est vide, où est donc l’Enfant-Jésus ?

– Après la messe, monsieur le Curé l’y mettra. Alors tu le verras. Attends un peu et sois bien sage. »

Le pasteur, lui, n’avait pas tellement le cœur à la fête. C’était un noble prêtre, très consciencieux, mais parfois trop craintif. Il était tourmenté par des incertitudes sur la validité de son ordination, du fait qu’elle avait eu lieu dans cette période particulièrement difficile de l’Église qui était alors sous le pontificat d’un antipape. Et il priait Dieu de le délivrer de ses doutes. Il se confia à son évêque et alla jusqu’à le prier de l’ordonner une seconde fois s’il le fallait, pour en finir avec ses scrupules.

Alors la messe commença. Arrivé à la consécration, le prêtre prononça les paroles consécratoires avec une grande crainte respectueuse, et présenta la blanche hostie à l’adoration des fidèles.

Un grand silence régnait dans le lieu saint où tous étaient à genoux et adoraient dans la foi le Christ présent. Soudain on entendit une voix enfantine :

« Regarde, maman quel bel Enfant. Regarde donc ! »

Mais la brave paysanne ne vit rien d’autre que la sainte hostie. Effrayée de la perturbation, elle s’efforça de faire taire sa petite Inès : obéissante, la petite de cinq ans se retint d’exprimer sa joie, mais son regard émerveillé resta fixé sur l’Enfant qu’elle vit distinctement dans la main du prêtre et sur l’autel jusqu’à la communion. Quand le prêtre consomma l’hostie, l’Enfant disparut.

Les yeux noirs si vifs de l’enfant le cherchèrent en vain sur l’autel. Inès voulait toujours communiquer à sa mère ce qu’elle avait vu, mais celle-ci lui ordonna de se taire :

« Sois tranquille maintenant, car bientôt, après la messe, le prêtre déposera l’Enfant-Jésus dans la crèche, alors tu le verras ! »

En effet, le prêtre vint déposer une statue de l’Enfant-Jésus dans la crèche, pendant que les fidèles chantaient. Alors que petits et grands considéraient le bel Enfant-Jésus, Inès se tourna vers sa mère, toute bouleversée :

« Maman, mais ce n’est pas du tout l’Enfant-Jésus vivant que j’ai vu avant sur l’autel ! »

La paysanne secoua la tête : quelle surprenante imagination a donc cette nuit sa petite fille ? Auparavant elle était toujours sage à l’église.

« Prie, mon enfant, et sois enfin tranquille. »

Inès alors joignit à nouveau ses petites mains, car aussitôt commença la deuxième messe de Noël. Mais après les paroles de la consécration, le petit index droit d’Inès se pointa à nouveau en l’air :

« Maman, regarde ! Là-bas, le petit Enfant-Jésus est de nouveau sur l’autel dans les mains du prêtre.Jésus-kind Oh ! Comme il est beau ! Il remue et me sourit. Maman, ne le vois-tu donc pas ? »

De fait, la petite Inès vivait pour la deuxième fois le même miracle, jusqu’à ce que l’Enfant-Jésus disparût à nouveau à la communion du prêtre. À la troisième messe également, elle eut la même grâce. Quelques fidèles avaient eu l’attention attirée par les paroles d’Inès, et ils vinrent l’interroger après la messe. Remplie de joie, Inès leur détailla l’aspect de l’Enfant-Jésus et comment il avait regardé et béni les gens.

La nouvelle de ce merveilleux événement se répandit bientôt dans le village et dans tous les environs. Le prêtre lui-même l’apprit et fit appeler Inès. Elle répondit à toutes les questions avec une simplicité candide sans se laisser démonter ni embarrasser par les objections. À travers ses grands yeux innocents et ses simples réponses brillait la vérité irrécusable. Avec bonheur, le prêtre reconnut dans cette merveilleuse apparition pendant ses messes un signe plein de tendresse de la part de Dieu lui montrant ainsi la légitimité de son ordination et la validité de la consécration eucharistique. Pourtant il ne voulut pas être trop imprudent et crédule.

Dans sa grande perplexité, il médita en silence une épreuve pour Inès. Après quelques jours, alors que la petite, à son habitude, vint à nouveau pour assister à la messe, le prêtre prit trois grandes hosties et vint à l’autel. Il ne consacra cependant que deux hosties, ayant laissé dès le début la troisième de côté sans la consacrer. À la communion il consomma l’une des deux hosties consacrées, et plaça l’autre hostie devant lui, à côté de celle qui n’avait pas été consacrée. Puis il fit venir Inès sur les marches de l’autel et, lui montrant les deux hosties, il lui demanda :

« Vois-tu encore maintenant l’Enfant-Jésus ? »

Aussitôt l’enfant pointa son doigt sur l’Hostie consacrée et s’écria, rayonnante :

« Oh, oui ! Dans cette Hostie, je vois l’Enfant-Jésus, mais pas dans l’autre. Oh ! Comme c’est beau ! Comme c’est beau ! » Alors le prêtre ne put ni ne voulut douter encore. Ému, il remercia le Seigneur Jésus de l’avoir libéré de ses scrupules par un miracle évident. Inès entra plus tard dans un couvent pauvre, et vécut pieusement et saintement dans une stricte pénitence.

Coloriage-de-Noel.jpg

https://www.maintenantunehistoire.fr/un-soir-de-noel-moncada-en-espagne-1392/

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 18:35

ramoneur-01.jpg

As-tu jamais vu une très vieille armoire de bois noircie par le temps et sculptée de fioritures et de feuillages ? Dans un salon, il y en avait une de cette espèce, héritée d'une aïeule, ornée de haut en bas de roses, de tulipes et des plus étranges volutes entremêlées de têtes de cerfs aux grands bois. Au beau milieu de l'armoire se découpait un homme entier, tout à fait grotesque ; on ne pouvait vraiment pas dire qu'il riait, il grimaçait ; il avait des pattes de bouc, des cornes sur le front et une longue barbe. Les enfants de la maison l'appelaient le « sergent-major-général-commandant-en-chef-aux-pieds-de-bouc ».

Evidemment, peu de gens portent un tel titre et il est assez long à prononcer, mais il est rare aussi d'être sculpté sur une armoire.

Quoi qu'il en soit, il était là ! Il regardait constamment la table placée sous la glace car sur cette table se tenait une ravissante petite bergère en porcelaine, portant des souliers d'or, une robe coquettement retroussée par une rose rouge, un chapeau doré et sa houlette de bergère. Elle était délicieuse ! Tout près d'elle, se tenait un petit ramoneur, noir comme du charbon, lui aussi en porcelaine. Il était aussi propre et soigné que quiconque ; il représentait un ramoneur, voilà tout, mais le fabricant de porcelaine aurait aussi bien pu faire de lui un prince, c'était tout comme.

Il portait tout gentiment son échelle, son visage était rose et blanc comme celui d'une petite fille, ce qui était une erreur, car pour la vraisemblance il aurait pu être un peu noir aussi de visage. On l'avait posé à côté de la bergère, et puisqu'il en était ainsi, ils s'étaient fiancés, ils se convenaient, jeunes tous les deux, de même porcelaine et également fragiles.

Tout près d'eux et bien plus grand, était assis un vieux Chinois en porcelaine qui pouvait hocher de la tête. Il disait qu'il était le grand-père de la petite bergère ; il prétendait même avoir autorité sur elle, c'est pourquoi il inclinait la tête vers le « sergent-major-général-commandant-en-chef-aux-pieds-de-bouc » qui avait demandé la main de la bergère.

- Tu auras là, dit le vieux Chinois, un mari qu'on croirait presque fait de bois d'acajou, qui peut te donner un titre ronflant, qui possède toute l'argenterie de l'armoire, sans compter ce qu'il garde dans des cachettes mystérieuses.

- Je ne veux pas du tout aller dans la sombre armoire, protesta la petite bergère, je me suis laissé dire qu'il y avait là-dedans onze femmes en porcelaine !

- Eh bien ! Tu seras la douzième. Cette nuit, quand la vieille armoire se mettra à craquer, vous vous marierez, aussi vrai que je suis Chinois. Et il s'endormit. La petite bergère pleurait, elle regardait le ramoneur de porcelaine, le chéri de son cœur.

- Je crois, dit-elle, que je vais te demander de partir avec moi dans le vaste monde. Nous ne pouvons plus rester ici.

- Je veux tout ce que tu veux, répondit-il ; partons immédiatement, je pense que mon métier me permettra de te nourrir.

- Je voudrais déjà que nous soyons sains et saufs au bas de la table, dit-elle, je ne serai heureuse que quand nous serons partis.

Il la consola de son mieux et lui montra où elle devait poser son petit pied sur les feuillages sculptés longeant les pieds de la table ; son échelle les aida du reste beaucoup.

Mais quand ils furent sur le parquet et qu'ils levèrent les yeux vers l'armoire, ils y virent une terrible agitation. Les cerfs avançaient la tête, dressaient leurs bois et tournaient le cou, le « sergent-major-général-commandant-en-chef-aux-pieds-de-bouc » bondit et cria :

- Ils se sauvent ! Ils se sauvent !

Effrayés, les jeunes gens sautèrent rapidement dans le tiroir du bas de l'armoire. Il y avait là quatre jeux de cartes incomplets et un petit théâtre de poupées, monté tant bien que mal. On y jouait la comédie, les dames de carreau et de cœur, de trèfle et de pique, assises au premier rang, s'éventaient avec leurs tulipes, les valets se tenaient debout derrière elles et montraient qu'ils avaient une tête en haut et une en bas, comme il sied quand on est une carte à jouer. La comédie racontait l'histoire de deux amoureux qui ne pouvaient pas être l'un à l'autre. La bergère en pleurait, c'était un peu sa propre histoire.

- Je ne peux pas le supporter, dit-elle, sortons de ce tiroir.

Mais dès qu'ils furent à nouveau sur le parquet, levant les yeux vers la table, ils aperçurent le vieux Chinois réveillé qui vacillait de tout son corps. Il s'effondra comme une masse sur le parquet.

- Voilà le vieux Chinois qui arrive, cria la petite bergère, et elle était si contrariée qu'elle tomba sur ses jolis genoux de porcelaine.

- Une idée me vient, dit le ramoneur. Si nous grimpions dans cette grande potiche qui est là dans le coin nous serions couchés sur les roses et la lavande y et pourrions lui jeter du sel dans les yeux quand il approcherait.

- Cela ne va pas, dit la petite. Je sais que le vieux Chinois et la potiche ont été fiancés, il en reste toujours un peu de sympathie. Non, il n'y a rien d'autre à faire pour nous que de nous sauver dans le vaste monde.

- As-tu vraiment le courage de partir avec moi, as-tu réfléchi combien le monde est grand, et que nous ne pourrons jamais revenir ?

- J'y ai pensé, répondit-elle.

Alors, le ramoneur la regarda droit dans les yeux et dit :

- Mon chemin passe par la cheminée, as-tu le courage de grimper avec moi à travers le poêle, d'abord, le foyer, puis le tuyau où il fait nuit noire ? Après le poêle, nous devons passer dans la cheminée elle-même ; à partir de là, je m'y entends, nous monterons si haut qu'ils ne pourront pas nous atteindre, et tout en haut, il y a un trou qui ouvre sur le monde.

Il la conduisit à la porte du poêle.

- Oh ! Que c'est noir, dit-elle.

Mais elle le suivit à travers le foyer et le tuyau noirs comme la nuit.

- Nous voici dans la cheminée, cria le garçon. Vois, vois, là-haut brille la plus belle étoile. Et c'était vrai, cette étoile semblait leur indiquer le chemin. Ils grimpaient et rampaient. Quelle affreuse route ! Mais il la soutenait et l'aidait, il lui montrait les bons endroits où appuyer ses fins petits pieds, et ils arrivèrent tout en haut de la cheminée, où ils s'assirent épuisés. Il y avait de quoi. Au-dessus d'eux, le ciel et toutes ses étoiles, en dessous, les toits de la ville ; ils regardaient au loin, apercevant le monde. Jamais la bergère ne l'aurait imaginé ainsi. Elle appuya sa petite tête sur la poitrine du ramoneur et se mit à sangloter si fort que l'or qui garnissait sa ceinture craquait et tombait en morceaux.

- C'est trop, gémit-elle, je ne peux pas le supporter. Le monde est trop grand. Que ne suis-je encore sur la petite table devant la glace, je ne serai heureuse que lorsque j'y serai retournée. Tu peux bien me ramener à la maison, si tu m'aimes un peu.

ramoneur-13.jpgLe ramoneur lui parla raison, lui fit souvenir du vieux Chinois, du « sergent-major-général-commandant-en-chef-aux-pieds-de-bouc », mais elle pleurait de plus en plus fort, elle embrassait son petit ramoneur chéri, de sorte qu'il n'y avait rien d'autre à faire que de lui obéir, bien qu'elle eût grand tort. Alors ils rampèrent de nouveau avec beaucoup de peine pour descendre à travers la cheminée, le tuyau et le foyer ; ce n'était pas du tout agréable. Arrivés dans le poêle sombre, ils prêtèrent l'oreille à ce qui se passait dans le salon. Tout y était silencieux ; alors ils passèrent la tête et... horreur ! Au milieu du parquet gisait le vieux Chinois, tombé en voulant les poursuivre et cassé en trois morceaux ; il n'avait plus de dos et sa tête avait roulé dans un coin. Le sergent-major général se tenait là où il avait toujours été, méditatif.

- C'est affreux, murmura la petite bergère, le vieux grand-père est cassé et c'est de notre faute ; je n'y survivrai pas. Et, de désespoir, elle tordait ses jolies petites mains.

- On peut très bien le requinquer, affirma le ramoneur. Il n'y a qu'à le recoller, ne sois pas si désolée. Si on lui colle le dos et si on lui met une patte de soutien dans la nuque, il sera comme neuf et tout prêt à nous dire de nouveau des choses désagréables.

- Tu crois vraiment ?

Ils regrimpèrent sur la table où ils étaient primitivement.

- Nous voilà bien avancés, dit le ramoneur, nous aurions pu nous éviter le dérangement.

- Pourvu qu'on puisse recoller le grand-père. Crois-tu que cela coûterait très cher ? dit-elle.

La famille fit mettre de la colle sur le dos du Chinois et un lien à son cou, et il fut comme neuf, mais il ne pouvait plus hocher la tête.

- Que vous êtes devenu hautain depuis que vous avez été cassé, dit le « sergent-major-général-commandant-en-chef-aux-pieds-de-bouc ». Il n'y a pas là de quoi être fier. Aurai-je ou n'aurai-pas ma bergère ?

Le ramoneur et la petite bergère jetaient un regard si émouvant vers le vieux Chinois, ils avaient si peur qu'il dise oui de la tête ; mais il ne pouvait plus la remuer. Et comme il lui était très désagréable de raconter à un étranger qu'il était obligé de porter un lien à son cou, les amoureux de porcelaine restèrent l'un près de l'autre, bénissant le pansement du grand-père et cela jusqu'au jour où eux-mêmes furent cassés.

Conte de Hans Christian Andersen

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 08:59

Le crépuscule tombait sur Bethléem… Était-ce la froidure particulière qui incitait les habitants à garder leur porte close ou bien le cœur de ces gens était-il particulièrement froid et fermé ?

De fait, nul ne répondait aux appels timides et angoissés de l’homme aux pauvres habits, au visage noble et maigre, qui conduisait un petit âne, lequel semblait porter avec peine une petite femme à l’adorable visage fait de douceur et de lumière. L’homme demandait un gîte… même pas un abri pour la nuit… Nul ne répondait, si ce n’est avec des paroles dures et menaçantes… Et le petit groupe, triste et exténué, voyait les dernières maisons de Bethléem se présenter à ses yeux…

Sur le seuil d’une porte se tenait une petite forme blanche, assise immobile sur une jatte renversée. Aucune vie ne semblait l’agiter, mais les lèvres frémissaient sous l’ardente prière qui chaque soir montait du cœur d’Ismaïla, la fille du potier ; et ce petit cœur disait :

« Quand viendra-t-il ? Seigneur tout-puissant, quand viendra-t-il ? Celui que Vous nous avez promis, le Messie, quand viendra-t-il ? Si peu de chose que je sois, mon Dieu, je serai la première à L’adorer… et à le servir. »

Depuis quelques minutes, l’homme et la femme étaient arrêtés devant Ismaïla qui n’avait pas levé la tête. Ils avaient entendu le murmure de l’enfant, et des yeux de la jeune femme deux perles brillantes glissaient, tandis qu’un doux sourire éclairait ses traits fatigués. L’homme, ému lui aussi, posa sa main sur la tête de l’enfant en lui disant tout bas :

« Espère, enfant. Celui que tu attends ne saurait tarder… »

Saisie, la fillette s’était dressée et, dans l’obscurité, ouvrait désespérément des yeux sans vie et sans couleur… Quelle était cette fugitive présence où il avait semblé à Ismaïla respirer un parfum de miracle ?

« Hélas murmura-t-elle en retombant sur son siège, hélas ! Mon Dieu, comment pourrai-je le servir avec des yeux sans vie ? »

Car la petite fille du potier était aveugle.

« Minuit : le miracle est sur terre. Levez-vous, bergers, levez-vous, hommes au cœur pur, réjouissez-vous : le Seigneur vient de naître ! Venez L’adorer… Suivez la scintillante étoile qui vous conduira à une lieue de Bethléem…

L’étable qui s’y trouve a misérable apparence, mais c’est là, bergers, c’est là, rois, que le Berger des âmes, que le Roi du monde est né ! Réjouissez-vous ! »

La nuit orientale résonne de mille chants doux et mystérieux ; le parfum du miracle se répand : tout à l’entour sur les collines les bergers se lèvent, prennent de tendres agneaux dans leurs bras, et, les yeux fixés sur l’étoile sainte, ils s’acheminent vers le lieu qu’elle indique.

Dans la maison du potier, sur sa couche de paille, une petite fille qui ne dormait pas a perçu les chants ! Son cœur a tressailli en devinant que le miracle s’était réalisé ; et tout doucement, Ismaïla, petite forme blanche, se glisse hors de la maison dans l’obscurité doublement noire pour elle.

Elle va, la petite fille, vers Celui qu’elle attendait, auquel elle s’est déjà donnée de tout son cœur. Elle n’a pour se guider que le tintement des clochettes des troupeaux. Elle marche, butant contre les pierres du chemin, se griffant aux épines des cactus et des ronces… Vaillante, elle va toujours, ne voulant rien sentir que la joie de son âme…

Mais voilà une heure que les petits pieds nus foulent un sol pierreux… ils sont ensanglantés, et soudain Ismaïla sent une cruelle fatigue l’envahir. Où est-elle ? Où sont les tintements des troupeaux ? Où sont les chants de la nuit ? Plus rien que le silence profond, le silence noir qui enveloppe la petite fille. Exténuée, sentant qu’elle s’est perdue pour n’avoir pu comme les bergers suivre l’étoile sûre, elle tombe sur le chemin et pleure…

Elle ne pourra aller adorer le Sauveur… Elle ne pourra aller Lui faire offrande de son cœur. Et les larmes coulent, désespérées, de ses pauvres yeux morts… C’est alors qu’en cette nuit divine un second miracle s’accomplit. De la nuit, deux étoiles se détachèrent et lentement descendirent vers la petite forme blanche… Elles disparurent entre les doigts qui pressaient les pauvres paupières meurtries et… quand, tout à coup redressée et reposée, Ismaïla retira ses doigts, ce fut pour « voir » le ciel criblé de diamants, la nuit magnifiquement sereine et tout près d’elle une petite étable autour de laquelle, silencieux et prosternés, se tenaient les bergers.

Et dans la paille se trouvait un adorable petit Enfant que Marie, au lumineux sourire, veillait avec amour… À un certain moment, l’Enfant se tourna vers la petite forme blanche glissée tout près de Lui entre deux agneaux.

Et Jésus sourit à Ismaïla dont les yeux, en le contemplant, brillaient comme des étoiles…

Nette Jean.

Source : https://buzzly.fr/les-plus-beaux-sourires-d-enfants-autour-du-monde-la-vie-est-belle.html

 

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 22:03

maison-sous-la-neige.gifIl était une fois, – il y a si longtemps que tout le monde a oublié la date, – dans une ville du nord de l’Europe, – dont le nom est si difficile à prononcer que personne ne s’en souvient, – il était une fois un petit garçon de sept ans, nommé Wolff, orphelin de père et de mère, et resté à la charge d’une vieille tante, personne dure et avaricieuse, qui n’embrassait son neveu qu’au Jour de l’An et qui poussait un grand soupir de regret chaque fois qu’elle lui servait une écuellée de soupe.

Mais le pauvre petit était d’un si bon naturel, qu’il aimait tout de même la vieille femme, bien qu’elle lui fit grand peur et qu’il ne pût regarder sans trembler la grosse verrue, ornée de quatre poils gris, qu’elle avait au bout du nez.

Comme la tante de Wolff était connue de toute la ville pour avoir pignon sur rue et de l’or plein un vieux bas de laine, elle n’avait pas osé envoyer son neveu à l’école des pauvres ; mais elle avait tellement chicané, pour obtenir un rabais, avec le magister chez qui le petit Wolff allait en classe, que ce mauvais pédant, vexé d’avoir un élève si mal vêtu et payant si mal, lui infligeait très souvent, et sans justice aucune, l’écriteau dans le dos et le bonnet d’âne, et excitait même contre lui ses camarades, tous fils de bourgeois cossus, qui faisaient de l’orphelin leur souffre-douleur.

Le pauvre mignon était donc malheureux comme les pierres du chemin et se cachait dans tous les coins pour pleurer, quand arrivèrent les fêtes de Noël.

La veille du grand jour, le maître d’école devait conduire tous ses élèves à la messe de minuit et les ramener chez leurs parents.

Or, comme l’hiver était très rigoureux, cette année-là, et comme, depuis plusieurs jours, il était tombé une grande quantité de neige, les écoliers vinrent tous au rendez-vous chaudement empaquetés et emmitouflés, avec bonnets de fourrure enfoncés sur les oreilles, doubles et triples vestes, gants et mitaines de tricot et bonnes grosses bottines à clous et à fortes semelles.

Seul, le petit Wolff se présenta grelottant sous ses habits de tous les jours et des dimanches, et n’ayant aux pieds que des chaussons de Strasbourg dans de lourds sabots.

Ses méchants camarades, devant sa triste mine et sa dégaine de paysan, firent sur son compte mille risées ; mais l’orphelin était tellement occupé à souffler sur ses doigts et souffrait tant de ses engelures, qu’il n’y prit pas garde. – Et la bande de gamins, marchant deux par deux, magister en tête, se mit en route pour la paroisse.

Il faisait bon dans l’église, qui était toute resplendissante de cierges allumés ; et les écoliers, excités par la douce chaleur, profitèrent du tapage de l’orgue et des chants pour bavarder à demi-voix. Ils vantaient les réveillons qui les attendaient dans leurs familles. Le fils du bourgmestre avait vu, avant de partir, une oie monstrueuse, que des truffes tachetaient de points noirs comme un léopard. Chez le premier échevin, il y avait un petit sapin dans une caisse, aux branches duquel pendaient des oranges, des sucreries et des polichinelles. Et la cuisinière du tabellion avait attaché derrière son dos, avec une épingle, les deux brides de son bonnet, ce qu’elle ne faisait que dans ses jours d’inspiration, quand elle était sûre de réussir son fameux plat sucré.

Et puis, les écoliers parlaient aussi de ce que leur apporterait le petit Noël, de ce qu’il déposerait dans leurs souliers, que tous auraient soin, bien entendu, de laisser dans la cheminée avant d’aller se mettre au lit ; – et dans les yeux de ces galopins, éveillés comme une poignée de souris, étincelait par avance la joie d’apercevoir, à leur réveil, le papier rose des sacs de pralines, les soldats de plomb rangés en bataillon dans leur boîte, les ménageries sentant le bois verni et les magnifiques pantins habillés de pourpre et de clinquant.

Le petit Wolff, lui, savait bien, par expérience, que sa vieille avare de tante l’enverrait se coucher sans souper ; mais, naïvement, et certain d’avoir été, toute l’année, aussi sage et aussi laborieux que possible, il espérait que le petit Noël ne l’oublierait pas, et il comptait bien, tout à l’heure, placer sa paire de sabots dans les cendres du foyer.

La messe de minuit terminée, les fidèles s’en allèrent, impatients du réveillon, et la bande des écoliers, toujours deux par deux et suivant le pédagogue, sortit de l’église.

Or, sous le porche, assis sur un banc de pierre surmonté d’une niche ogivale, un enfant était endormi, un enfant couvert d’une robe de laine blanche, et pieds nus, malgré la froidure. Ce n’était point un mendiant, car sa robe était propre et neuve, et, près de lui, sur le sol, on voyait, liés dans une serge, une équerre, une hache, une bisaiguë, et les autres outils de l’apprenti charpentier. Éclairé par la lueur des étoiles, son visage aux yeux clos avait une expression de douceur divine, et ses longs cheveux bouclés, d’un blond roux, semblaient allumer une auréole autour de son front. Mais ses pieds d’enfant, bleuis par le froid de cette nuit cruelle de décembre, faisaient mal à voir.

Les écoliers, si bien vêtus et chaussés pour l’hiver, passèrent indifférents devant l’enfant inconnu ; quelques-uns même, fils des plus gros notables de la ville, jetèrent sur ce vagabond un regard où se lisait tout le mépris des riches pour les pauvres, des gras pour les maigres.

Mais le petit Wolff, sortant de l’église le dernier, s’arrêta tout ému devant le bel enfant qui dormait.les sabots

– « Hélas ! se dit l’orphelin, c’est affreux ! Ce pauvre petit va sans chaussures par un temps si rude... Mais, ce qui est encore pis, il n’a même pas, ce soir, un soulier ou un sabot à laisser devant lui, pendant son sommeil, afin que le petit Noël y dépose de quoi soulager sa misère ! »

Et, emporté par son bon cœur, Wolff retira le sabot de son pied droit, le posa devant l’enfant endormi, et, comme il put, tantôt à cloche-pied, tantôt boitillant et mouillant son chausson dans la neige, il retourna chez sa tante.

– « Voyez le vaurien ! s’écria la vieille, pleine de fureur au retour du déchaussé. Qu’as-tu fait de ton sabot, petit misérable ? »

Le petit Wolff ne savait pas mentir, et bien qu’il grelottât de terreur en voyant se hérisser les poils gris sur le nez de la mégère, il essaya, tout en balbutiant, de conter son aventure.

Mais la vieille avare partit d’un effrayant éclat de rire.

– « Ah ! Monsieur se déchausse pour les mendiants ! Ah ! Monsieur dépareille sa paire de sabots pour un va-nu-pieds !... Voilà du nouveau, par exemple !... Eh bien, puisqu’il en est ainsi, je vais laisser dans la cheminée le sabot qui te reste, et le petit Noël y mettra cette nuit, je t’en réponds, de quoi te fouetter à ton réveil... Et tu passeras la journée de demain à l’eau et au pain sec... Et nous verrons bien si, la prochaine fois, tu donnes encore tes chaussures au premier vagabond venu ! »

Et la méchante femme, après avoir donné au pauvre petit une paire de soufflets, le fit grimper dans la soupente où se trouvait son galetas. Désespéré, l’enfant se coucha dans l’obscurité et s’endormit bientôt sur son oreiller trempé de larmes.

Mais, le lendemain matin, quand la vieille, réveillée par le froid et secouée par son catarrhe, descendit dans sa salle basse, – ô merveille ! – elle vit la grande cheminée pleine de jouets étincelants, de sacs de bonbons magnifiques, de richesses de toutes sortes ; et, devant ce trésor, le sabot droit, que son neveu avait donné au petit vagabond, se trouvait à côté du sabot gauche, qu’elle avait mis là, cette nuit même, et où elle se disposait à planter une poignée de verges.

Et, comme le petit Wolff, accouru aux cris de sa tante, s’extasiait ingénument devant les splendides présents de Noël, voilà que de grands rires éclatèrent au dehors. La femme et l’enfant sortirent pour savoir ce que cela signifiait, et virent toutes les commères réunies autour de la fontaine publique. Que se passait-il donc ? Oh ! Une chose bien plaisante et bien extraordinaire ! Les enfants de tous les richards de la ville, ceux que leurs parents voulaient surprendre par les plus beaux cadeaux, n’avaient trouvé que des verges dans leurs souliers.

Alors, l’orphelin et la vieille femme, songeant à toutes les richesses qui étaient dans leur cheminée, se sentirent pleins d’épouvante. Mais, tout à coup, on vit arriver M. le curé, la figure bouleversée. Au-dessus du banc placé près de la porte de l’église, à l’endroit même où, la veille, un enfant, vêtu d’une robe blanche et pieds nus, malgré le grand froid, avait posé sa tête ensommeillée, le prêtre venait de voir un cercle d’or, incrusté dans les vieilles pierres.

Et tous se signèrent dévotement, comprenant que ce bel enfant endormi, qui avait auprès de lui des outils de charpentier, était Jésus de Nazareth en personne, redevenu pour une heure tel qu’il était quand il travaillait dans la maison de ses parents, et ils s’inclinèrent devant ce miracle que le bon Dieu avait voulu faire pour récompenser la confiance et la charité d’un enfant.

François Coppée

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 21:38

ou comment Jésus s'est fait poulet !

Pour fêter la Nativité, L'Observateur Paalga, quotidien burkinabé, publie un conte de l'abbé François-Xavier Damiba. Une assemblée des animaux se réunit pour désigner lequel d'entre eux peut incarner Dieu. 

jungle.jpgDessin de Kazanevsky, Ukraine.

Le Lion, le premier s’avança et dit : "Moi, le roi de la forêt, vous me donnerez sûrement raison lorsque j’aurai fini de parler. C’est simple, le grand message de Noël tourne autour de trois mots : 'Joseph ; lui ; aussi'. Lisez ce que dit l’évangéliste : 'Joseph lui aussi quitta .... [la ville de Nazareth, en Galilée, pour monter en Judée]. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte' (Lc 2 : 4-5). Ce que l’Ecriture veut nous enseigner, c’est que Joseph était un homme ordinaire qui menait des activités ordinaires mais dans la grande conscience qu’il était l’époux de Marie. 'Joseph lui aussi...' Qu’est-ce à dire sinon que la sainteté, pour le chrétien, consiste à faire comme tout le monde en se souvenant qu’il est quelqu’un d’autre ? C’est cela le message de Noël ! Jésus peut naître. Je serai son père et on m'appellera : 'Père Tout-Puissant !'

"L’assemblée garda le silence et la Girafe dit : "Je n’ai rien contre un Dieu carnivore, mais j’ai peur que le jour des Rameaux il ne trouve point de monture pour son entrée messianique à Jérusalem. Un lion sur un âne ! Chacun croira à une scène de prédation, tous s’en iront en débandade et il n’y aura ni hosanna, ni alléluia. Non, laissez le petit naître chez moi, laissez-le être Girafon et on l’appellera : 'Fils du Très-Haut !'

"Le Poisson, qui n’était pas de son avis, contesta : "Noël nous rappelle que Dieu est petit. Le peuple attendait un roi puissant, il naît un bébé sans défense. Dieu est petit et il s’apparente aux pauvres, aux faibles, aux étrangers, ses frères. Il n’a pas voulu prendre le visage d’un roi ravageur ou celui d’une arme de destruction massive, car il sait que la véritable victoire ne s’obtient pas par les armes, mais par la douceur."

"L’Escargot dit : "Ecoutez-moi bien, bonnes gens ! Le vrai message de Noël, le voici : Dieu seul sait ce qu’il faut à chacun. Ne le voyez-vous pas ? Le Seigneur seul sait ce qui est bon pour l’homme. Quand je parle des hommes, j’embrasse les animaux, bien sûr ! Il faut donc apprendre à accueillir le don de Dieu comme il vient. Tu espérais beaucoup d’enfants dans ton foyer et tu n’en as même pas un seul, accueille le don de Dieu et dis merci. C’est ce qu’il te faut, selon le dessein mystérieux de Dieu. Tu rêvais d’un mari doux et te voilà embarquée à jamais avec un buveur de 'lait de panthère' [qui désigne le pastis dans le langage codé des buveurs], accueille le don de Dieu et dis merci. C’est ce qu’il te faut, selon les voies insondables de Dieu. Ainsi, moi, l’Escargot, Dieu m’a doté en tout et pour tout d’une coquille et je m’en contente.

"Tu as raison, renchérit la Souris : "Dieu seul sait ce qu’il faut à chacun. A Adam et Eve, il savait qu’il fallait tout, sauf des pommes. Et ces malheureux ont eu tort de tenir coûte que coûte à manger ces fruits. Au lieu de manger les pommes, ils auraient dû manger le serpent qui, lui, n’était pas interdit. Ils l’ont compris, mais un peu tard.

"On se dépêcha de couper la parole à la Souris, car le Serpent, qui manque souvent d’humour, commençait à se sentir morveux. L’assemblée faillit néanmoins se laisser convaincre par le discours de L’Escargot et de son ami rongeur, mais quelques-uns pensèrent : "Si nous laissons Jésus être un escargot, il ne pourra jamais dire à ses disciples : 'Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père', puisqu’il vit dans une cellule monocoque !

"L’inconvénient parut majeur au grand nombre, et l’on passa au candidat suivant, qui n’était autre que le Charognard. Il déclara d’un air solennel : "Mon frère l’Escargot a dit quelque chose d’important. Il a parlé d’un Dieu qui donnait un enfant à son peuple au lieu de lui donner des guerriers. C’est dire qu’il a donné une partie de lui-même, qu’il s’est donné lui-même. Voilà donc le message de Noël : le don de Dieu, c’est Dieu lui-même. Cette compréhension originale de Noël ne mérite-t-elle pas que Jésus soit bien mon rejeton ?

"Le Ver de terre prit alors la parole et dit : "Il n’y avait pas de place pour lui dans la salle commune quand Dieu vint sur Terre. Alors, il alla loger dans une mangeoire. Noël nous rappelle que Dieu n’habite pas partout, Dieu habite là où on le laisse entrer. C’est dire qu’il faut prévoir une petite place pour Dieu en toute chose. L’homme du premier Noël avait le temps d’accueillir Dieu, mais il n’avait point de place.

L’homme d’aujourd’hui a de la place pour accueillir Dieu : des moquées, des églises, des temples, mais il n’a point de temps. Cette finale plutôt prétentieuse énerva beaucoup de majestés, qui se contentèrent de lui faire observer que sa proposition ne respectait ni l’esprit ni la lettre de l’Ecriture, puisque le Fils de l’homme doit porter des vêtements pour ne pas effrayer les femmes et les enfants. Bien plus, s’il est nu comme un ver, que vont se partager les soldats après sa mort ?

Le Ver voulait de nouveau argumenter quand sire Hyène leva la main et gronda : "Vous êtes tous des rêveurs ! Jusque-là, personne n’a parlé de nourriture. C’est important, la nourriture, dans la théologie de Noël ! C’est une grave erreur de votre part, mes frères, car Dieu est pain de vie et c’est cela le grand message de Noël. Ignorez-vous que Bethléem signifie 'maison de pain' ? Ah oui, manger ! C’est cela Noël : 'Je mange, je remange, je bismange, je trimange.' Du présent ! Le présent de l’indicatif, c’est mon temps préféré, du reste ! Je ne suis pas comme le Charognard qui aime le passé décomposé !

"A ces mots, la Tortue voulut lâcher un pétard pour approuver son associé, mais on la pria de se retenir pour ne pas indisposer les Anciens. Alors, la Chèvre, le Canard et la Pintade – les ennemis jurés de la Hyène – se dressèrent comme un seul homme et protestèrent : "Il ne convient pas que le fils de cet individu devienne Dieu, car il sera incapable de jeûner quarante jours et quarante nuits.

"Chacun trouva que l’objection était d’un poids christologique incontournable et l’on donna la parole à Sa Majesté le Cochon, qui commençait à trépigner d’impatience. Il lança sans hésiter : "Quelque chose d’important manque à votre théologie de Noël, vous ne soulignez pas que Dieu nous apparaît toujours déguisé ! Ne le voyez-vous pas ? Dieu nous arrive toujours par des voies inattendues, il nous apparaît toujours sous le visage du même et de l’autre : voilà la signification profonde de Noël ! Vous voyez bien que je mérite d’être le père du divin enfant ! L’assemblée ne répondit rien, mais, visiblement, personne ne voulait d’un Dieu Cochon.

L’Ecureuil, qui n’a pas froid aux yeux, osa le dire, après s’être assuré qu’il se trouvait à bonne distance de l’omnivore : "Je n’ai rien contre personne, mais je pense qu’il serait sage que nous évitions d’avoir un Dieu Cochon. Il ne pensera qu’à son ventre et ne multipliera le pain que pour sa famille.

"Beaucoup de candidats passèrent, mais l’on trouva toujours à redire : l’Hirondelle ? Elle ne fait pas le printemps. Or le Christ doit faire le printemps. Le Chien ? Ce sera un Dieu bagarreur. Il ne pourra jamais dire : "Heureux les artisans de paix... !" Sans oublier que sa famille prône l’union libre ! Le Crapaud ? C’est un type sans histoires, mais il n’a pas de langue : il ne pourra pas parler aux foules ! Le Grillon ? Il fait beaucoup de bruit. Dieu ne fait pas de bruit.

La nuit était bien avancée et l’on ne parvenait toujours pas à désigner l’animal dont le fils serait le Messie. On se mit alors d’accord : Jésus serait Agneau, fils du Mouton. Mais voilà, l’agneau était absent. Il était au marigot en train de laver les vêtements du Loup. Vous savez, chez les animaux, quand les types de 200 kilos manifestent leur désir, les types de 40 kilos les écoutent. C’est alors qu’on se rappela ces grandes paroles de l’Ecriture : "Jérusalem, Jérusalem, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes !" Quand le Porc-épic est en voyage, n’est-ce pas le Hérisson qui le remplace, comme le dit le proverbe ? On se saisit alors de la Poule, on l’emmaillota comme il faut, puis on la coucha dans la crèche et la fête commença. Chacun venait s’incliner devant la mangeoire et disait : "Bonjour Petit Jésus, bonjour notre nourriture !" Le Dindon faisait la roue pour amuser le petit, tandis que le Singe était aux barres parallèles. Les Crapauds entonnèrent un gloria à sept voix. La Tortue, elle, était enfin libre de lancer ses pétards. C’était vraiment Noël ! C’est depuis ce temps que les hommes mangent du poulet à Noël. [C'est la tradition au Burkina Faso.] C’est pour se rappeler le Noël des animaux ; c’est pour se souvenir que Dieu s’est fait bonne nourriture pour tous.

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 20:45

Il était une fois, bien avant le Petit Chaperon Rouge, Blanche Neige et Cendrillon, alors que toute chose sur Terre n’était encore que l’ébauche de ce que nous connaissons... il était la Forêt Enchantée.

Elle s’était hissée au plus haut des cimes des montagnes nouvelles nées, d’où on ne pouvait presque plus voir la vallée et sa rivière autour de laquelle, bien des respirations de montagnes plus tard, se blottiraient les maisons des hommes. Petit à petit, sous les coups du Vent, les couronnes des arbres des cimes s’aiguisèrent, de même que leurs feuilles, jusqu’à devenir des épines.

Ces choses tellement étranges, les hommes les nommèrent, leur temps venu, sapins. Comme un beau jour ils touchèrent presque le ciel, Dieu le Père put entendre leur plainte :

- Sans parure, car nous n’avons même pas de feuilles, comme les autres arbres, il ne faut pas s’étonner que les gens ne nous aiment pas et ne nous adoptent pas, comme ils le font avec ces arbres qu’ils abritent dans leurs jardins et leurs vergers. « On juge un arbre d’après ses fruits et un homme d’après ses actions ». C’est grâce à des fruits donc que nous pourrions nous aussi avoir une âme, or, nous n’avons que des épines pour piquer. Hérissons des hauteurs, voilà ce que nous sommes !

- Malgré votre verdure et votre beauté, dit la voix divine, car vous ne perdez pas vos épines à l’automne, comme les autres arbres qui s’effeuillent pendant l’hiver, c’est néanmoins l’éphémère que vous recherchez. Si cependant seuls les fruits et la compagnie des hommes vous rendent heureux, alors ainsi soit-il ! Désormais vous servirez vous aussi les humains. Les uns par l’utilité de leurs bois, les autres, bien choisis, ornés de boules, de décorations et de guirlandes, par l’espoir et le bonheur qu’ils feront régner dans chaque foyer où ils seront reçus, la Nuit de Noël. Frères de sang, les enfants et les sapins de Noël se rassureront réciproquement devant le mystère inquiétant du monde...

Des milliers de saisons baignèrent les sapins, les hêtres, les châtaigniers et les autres arbres des contrées de la Forêt Enchantée, et enfin commence notre Histoire. Une nuit, le Vent souffla sur toutes les montagnes :

- Savez-vous, jeunes arbres, que contiennent vos troncs ? leur demanda-t-il.

- Rien, se fit entendre timidement une toute petite voix.

- Rien pour l’instant, parce que, voyez-vous, mes enfants, dans chacun d’entre vous il y a un vide qu’il faut remplir petit à petit, jour après jour...

- Et de quoi faut-il le remplir ? Demandèrent effrayés les jeunes arbres.

- D’amour et de sagesse. Mais, dites-moi, que rêvez-vous d’offrir aux humains ?

- Moi, je voudrais être un voilier, imagina un petit châtaignier tout fier. Sur les crêtes des vagues, affronter les mers et les océans, connaître l’aventure et porter les marins sur les chemins impériaux des conquistadores, vers des continents lointains, pleins de richesses, d’épices et de mystères...

- Depuis que j’existe, pensa à haute voix le petit hêtre d’à-côté, l’incurable romantique de la Forêt Enchantée, je rêve de devenir un violon, dans les mains magiques d’un luthier de Crémone. Je voudrais qu’il transforme mon silence en un chant miraculeux et caressant, guérisseur des âmes, telle la sève qui s’écoule sur mon tronc quand me blesse l’archer impitoyable du Vent...

Bien évidemment les autres ne voulaient pas sembler inférieurs :

- Moi, je pense à un fauteuil à bascule. Pendant les soirées glaciales d’hiver, devant la cheminée, un grand-père pourrait dans mes bras raconter d’innombrables histoires à ses petits- enfants. ..

- Moi, je voudrais être du papier pour un merveilleux Conte de Noël...

- Quant à moi, j’aimerais être le berceau d’un nouveau-né...

- Moi, c’est un feu vif, joyeux et agréable que j’offrirais aux humains, pour leur chauffer et les corps et les âmes...

- Être une poutre dans l’échafaudage d’une maison d’où les gens scrutent avec audace l’horizon soucieux du lendemain me paraît aussi une bonne idée...

- Moi, je rêve d’être Sapin de Noël...

Cette petite voix qu’on venait d’entendre était celle du plus brave et du plus gentil des bébés- sapins, qu’on avait nommé, à juste titre, Petit Veinard.

- Très bien, acquiesça le Vent. Vos rêves seront accomplis, mais en attendant chacun d’entre vous doit encore grandir et cultiver ses talents...

- Mais notre départ ne sera-t-il pas une trop grosse perte pour la Forêt, s’inquiéta soudainement le petit hêtre à vocation de violon.

- Non, mon enfant, le rassura un bruissement, aucunement. Vous partirez, c’est vrai, mais d’autres arbres prendront votre place. Il vous faut juste sentir désormais déjà la sève et la magie de la terre qui vous a engendrés, vous en nourrir et, le moment venu, les mettre en œuvre là où le destin le voudra...

Des jours et des nuits sans nombre traversèrent la solitude des montagnes et les sapins des hautes montagnes poussaient à chaque instant. Ä l’arrivée du froid ils revêtirent leurs capuches de neige. Les aigles et les vautours les visitaient de moins en moins souvent. Suspendus entre les neiges et le brouillard, loin du monde, les chemins de la Forêt Enchantée n’étaient désormais que très rarement fréquentés par des petits lapins égarés ou des chèvres, effrayées par les cris des loups affamés. De temps à autre, le son triste du cor de chasse ou le bruit des haches, retentissant de la vallée, faisaient tressaillir les sapins. Leurs regards, fixés jusque-là sur la Cime des Chèvres, se retournèrent alors vers leurs propres pensées :

- Pourquoi chacun d’entre nous se sent-il si seul ? demanda tout d’un coup Petit Veinard.

- Pour que tous seuls et de bon gré vous deveniez meilleurs, répondit le Vent. Sans cesse cependant, lorsque le Soleil ou la Lune approchent vos cimes, avec l’inquiétude et l’amour des parents embrassant leurs enfants dans leur sommeil, le Ciel vous caresse dans votre solitude. De même vous, les sapins, vous le ferez pour les enfants de la Contrée des Hommes à Noël.

Cependant la neige trouva la petite ville de Stéphane. Une immense araignée semblait avoir tissé un hiver de lumière au-dessus de la Contrée des Hommes. Les gens parcouraient les rues de plus en plus pressés. Ce n’était pas tant le froid de l’hiver qui les rendait si impatients, mais surtout l’agitation de la veille de Noël.

Pendant ce temps, Père Noël regardait à travers les fenêtres des maisons où il y avait des enfants. Naturellement, il jeta aussi un coup d’œil dans la maison de Stéphane. Mais son étonnement fut immense de voir et d’entendre ce qui s’y passait alors même que Noël approchait à grands pas... Stéphane n’était plus du tout l’enfant obéissant et gentil de l’année passée. Père Noël n’en revenait pas. Au bout d’un certain temps, il tourna à nouveau ses regards vers le petit garçon, mais il n’aperçut pas le moindre changement. Le visage du Père Noël {obscurcit et avec lui la lumière du jour même, à cause de son chagrin...

Devant ce comportement si inattendu, Père Noël se demanda où était le petit Stéphane, « le plus sage des enfants » du Conte de Noël. Y avait-il de l’espoir pour que ce garçon puisse encore recevoir des cadeaux ?

- Je ferai un dernier essai, dit-il d’un air pensif. J’enverrai Petit Veinard dans la maison de Stéphane, en espérant qu’il se débrouillera avec cet enfant...

Père Noël refusait, en effet, d’admettre que Petit Veinard puisse échouer...

- Si Stéphane ne redevient pas sage, reprit-il, ils lui trouveront toutes sortes de punitions, jusqu’à ce qu’il comprenne que dans la vie il y a des lois infranchissables et que les responsabilités doivent être assumées dès l’enfance...

C’est pourquoi Petit Veinard se réveilla d’un coup, un beau matin, dans la maison de Stéphane... Étourdi et accablé par la nouveauté et l’étrangeté de l’endroit, le petit sapin ne s’aperçut pas de la présence des humains dans la pièce...

  •  

- Regarde, Stéphane, ton sapin, dit un jeune homme, vraisemblablement le père de l’enfant. Orne-le pour Noël et désormais ce sera toujours à toi de l’arroser et de lui tenir compagnie, pour qu’il ne soit pas triste et qu’il ne sèche pas. Si tu veux, nous pouvons t’aider. Je pense qu’il est inutile de te rappeler que tu as intérêt à être très sage, parce que Père Noël doit être accueilli avec des manières irréprochables...

La petite lumière des yeux de l’enfant s’alluma, le signe qu’il avait compris.

- Viens chercher les guirlandes, les décorations et les boules !

À l’approche du soir le petit sapin était méconnaissable. Paré de la plus belle façon, il prit une voix humaine :

- Je viens de la Forêt Enchantée. Je m’appelle Petit Veinard.

- Moi, je m’appelle Stéphane.

- Voudrais-tu être mon ami ?

- Bien entendu.

- Tu sais, Petit Veinard, je suis un peu triste. Je vais te raconter... Et les deux ne cessèrent plus d’ouvrir leurs âmes l’un à l’autre.

Peu après, dans la maison de Stéphane entra Petit Chanceux, le Ramoneur, celui qui tous les ans nettoie les cheminées pour la visite du Père Noël. Petit Veinard murmura à Stéphane qu’il fallait l’accueillir gentiment et lui serrer la main, lui souhaitant la bienvenue. Le Ramoneur avait le pouvoir magique de rendre les gens heureux si, bien évidemment, ils avaient l’âme pure. Ainsi le Ramoneur allait apporter à Stéphane aussi le bonheur. Le petit sapin conseilla au garçon de dire au Ramoneur tout son chagrin, car, en tant qu’homme de confiance du Père Noël, il était dans son pouvoir de l’aider. Le Ramoneur nettoya la cheminée avec sa brosse et son balai jusqu’à ce que la fumée ne sorte plus en petits ronds, mais tout droit, signe que le monde miraculeux de la cheminée, point de départ de la visite du Père Noël, était satisfait. Ainsi, à la descente du Père Noël, ses vêtements resteraient propres. Stéphane suivit ensuite le conseil de Petit Veinard :

- Je suis un petit garçon très malheureux, éclata-t-il en larmes, s’adressant au Ramoneur. Mes parents ne me comprennent et ne m’aiment pas. Quand je serai grand et que j’aurai des enfants, je ne les punirai jamais. Je leur expliquerai ce qui ne convient pas lorsqu’ils feront des erreurs et je leur montrerai beaucoup d’amour. Mon grand-père m’a dit que c’est surtout l’amour qui fait grandir un enfant et en dernier seulement la nourriture et le sommeil, parce que les rêves aussi font grandir... Et mon grand-père dit aussi que les sentiments modèlent l’âme autant que la raison. . .

- Mais toi, Stéphane ! As-tu été sage ? Ne l’as-tu pas cherché ? Tes parents sans le moindre doute t’aiment beaucoup, le rassura le Ramoneur Petit Chanceux. Le visage et les vêtements pleins de suie, en disant ces mots ses lèvres noircies révélèrent des dents d’un blanc éclatant, pareilles aux neiges des cimes où était né Petit Veinard. La complicité de Stéphane et de Petit Chanceux fit frémir de joie le petit sapin.

- Mais si mes parents m’aiment, pourquoi me punissent-ils ? Ils sont plus grands que moi et ils devraient me comprendre et pardonner mes bêtises.

- Sais-tu qu’un enfant a des pouvoirs magiques ? Il est le seul à détenir une baguette enchantée et invisible capable de rendre heureuse sa famille. Et maintenant je te pose une question : as-tu rendu ta famille heureuse ?

- Je ne pense pas.

- Tu exagères.

- Mais qu’est-ce que j’en sais moi ? De toutes façons ma famille n’a pas vraiment l’air content.

- Il ne faut pas se laisser tromper par les apparences. Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles ont l’air d’être, et à ceux qui attachent un trop grand prix aux apparences l’essentiel peut échapper.

- Et quel serait l’essentiel ?

- L’essentiel est que tes parents t’aiment le plus au monde et s’ils désirent que tu sois sage c’est pour ton bien. Et s’ils n’ont pas l’air d’être contents de toi c’est que tu ne t’es pas servi de ta baguette magique.

- Ma baguette, où est-elle ?

- Je te l’ai déjà dit et je te le répète, elle est invisible...

- Je n’y comprends rien...

- Réfléchis un peu ! Que manque-t-il à tes parents pour être contents de toi ?

- De me voir sage et obéissant comme je j’étais auparavant...

- Tu vois ? La clé de tes problèmes est simple comme bonjour. Sois sage et obéissant et ta baquette magique deviendra ainsi visible...

- Donc c’est toujours à moi de travailler car cette baguette, comme « les vêtements neufs de l’empereur », n’existe même pas...

- Elle n’existe pas ? Mais bien sûr elle existe. Les maisons, les villes, les voitures, tout ce qui nous entoure a été engendré par une baguette magique, mais celle des adultes, cette fois. Rien n’aurait pu être crée sans ce petit quelque chose invisible, mais d’une force inégalable. Tu ne le vois pas et cependant tu sais qu’il existe, de même que je ne vois pas ton cœur, mais je sais qu’il existe, car sans lui tu ne pourrais pas vivre. Regarde-moi ! Bien que je sois noir de suie je ne suis jamais triste, bien au contraire, nettoyant les cheminées et sifflant allègrement j’offre aux gens en même temps que mon sourire la chance dont ils ont tous besoin. Voilà ma baguette magique ! Sers-toi, comme moi, de ta baguette et tu verras que les choses tourneront mieux en ce qui te concerne ! Le Ramoneur Petit Chanceux ramassa ensuite ses outils et reprit son chemin. Pensif, Stéphane pesa les conseils reçus :

- Mais si tout ne marchait pas comme sur des roulettes ? Je serais devenu obéissant pour rien ?

- Personne n’a jamais été sage pour rien, riposta Petit Veinard.

Depuis que le monde existe on reçoit toujours à la mesure de ce que l’on donne.

- Je suivrai donc le conseil du Ramoneur. Petit Veinard, je désirerais très fort que nous soyons des Frères de sang tous les deux. Qu’en penses-tu ? Tu le désires aussi ?

- Bien entendu. C’est là précisément ma baguette magique !

Stéphane caressa les branches du sapin et leur doux mouvement le fit glisser dans le sommeil. Dans son rêve il se retrouva dans un merveilleux paysage : de hautes montagnes, des lacs limpides, de beaux et fiers sapins, un paysage pareil à celui de la Contrée d’où venait Petit Veinard et qu’il lui avait si souvent décrite.

- Les contes et les rêves, murmura le petit sapin à son oreille, nous aident non seulement à devenir meilleurs mais aussi à trouver réconfort lorsque nous sommes malheureux. Dehors, les maisons avaient l’air de s’endormir elles aussi. Ce n’était qu’autour de Petit Veinard qu’à travers la fenêtre ouverte pénétrait le murmure mystérieux des flocons qui dansaient dans l’air. Les jours suivants, Petit Veinard sut que Stéphane avait compris ce qu’il devait faire et se mit à l’aider. Ils étaient inséparables toute la sainte journée. Les maladresses et les bêtises de Stéphane furent complètement oubliées dès qu’il retrouva son bon sens.

- Je voudrais que tu sois le plus brillant de tous les sapins de Noël, lui dit Stéphane un beau matin.

- Oh, que c’est joli de ta part, chuchota ému Petit Veinard. Le grand-père se mêla de la discussion :

- Si tu veux qu’il brille, tu n’as que le regarder à travers la lumière de ton âme. De même que tu devrais nous regarder, nous, ta famille. C’est la magie de Noël.

Un soir Petit Veinard se vit entouré par des boîtes décorées de rubans de couleurs vives.

- Que m’arrive-t-il ?, se demanda Petit Veinard.

Devant lui se trouvait Père Noël en personne. Remarquant l’étonnement du petit sapin, il le rassura :

- Ce sont les cadeaux pour Stéphane. Il les mérite parce qu’il est redevenu sage, grâce à ton aide. À côté se trouvent les cadeaux pour les autres, car Noël est aussi la fête de la famille. Parents et grands-parents se rassemblent autour du sapin avec leurs enfants et célèbrent ainsi la naissance du petit Jésus. Et maintenant à toi de jouer, Petit Veinard, dit Père Noël qui se rendit invisible.

Petit Veinard ramassa toutes les forces dont il avait été investi par la Forêt Enchantée et entonna « Il est né le divin enfant ». La famille fit un cercle autour de Petit Veinard et de Stéphane et chanta « Mon beau sapin ». Ensuite, partageant les cadeaux, ils s’embrassèrent tous avec joie et amour. La nuit de Noël les enveloppa de son mystère et les étoiles mêmes en ressentirent le frisson. Les parents et les grands-parents passèrent dans l’autre pièce. Ils s’assirent devant une table remplie de mets succulents, préparés la veille par la maman et par la grand-mère, soigneusement aidées par Stéphane. L’enfant resta encore quelques instants dans la pièce près de Petit Veinard :

- As-tu vu comme elle est heureuse ta famille, Stéphane ?, murmura Petit Veinard. Voilà une véritable baguette magique ! Ainsi tu m’as donné une âme...

- Toi aussi tu m’en as donné une, répondit l’enfant, les yeux remplis de larmes de reconnaissance. Je t’en remercie... Les jours passèrent. Après Noël, le Jour de l’An apporta d’autres joies et surprises. Vint ensuite l’Épiphanie. Approchant Petit Veinard, Stéphane pâlit soudainement. La verdure du sapin avait perdu son éclat et maintes épines gisaient sur le tapis. Que lui était-il arrivé ? Il l’avait pourtant arrosé chaque jour et lui avait tenu compagnie comme le lui avait conseillé son père. Il courut à perdre souffle chercher son grand-père et, le tenant par la main, le conduisit dans la pièce où se trouvait Petit Veinard.

- Stéphane, se mit à parler d’une voix rassurante le vieillard, la vie est un mystère devant lequel nous, les humains, sommes impuissants. Pour être à. côté de toi à Noël, Petit Veinard fut arraché à sa terre natale et conduit ici pour accomplir, dans ta compagnie, son destin. Il ne pouvait pas rester ici indéfiniment, car il ne pouvait pas survivre sans racines. Et, quand on ne peut pas prendre racines, on est obligé de prendre son vol. Petit Veinard n’avait pas le choix. Les sapins de Noël doivent quitter la Contrée des Humains le 6 janvier, quand leurs âmes s’envolent.

- Et où vont-elles ?

- Dans la Contrée Magique où ils vivront éternellement, en récompense de l’espoir et du bonheur qu’ils ont offerts aux humains.

- Mais Petit Veinard et moi sommes frères de sang, se plaignit l’enfant, pleurant à chaudes larmes. Je dois y aller moi aussi, pour que nous soyons à nouveau ensemble. Les frères de sang ne se séparent jamais, quoi qu’il arrive, et doivent toujours s’entraider...

- Mon cher petit, tenta de le rassurer le vieillard, il est vrai, les frères de sang s’entraident, mais vous deux vous vous êtes aidés l’un l’autre comme on ne peut pas mieux. « On juge un arbre d’après ses fruits et un homme d’après ses actions ». Avant l’arrivée de Petit Veinard dans notre maison tu étais agité et désobéissant outre mesure. Votre amitié t’a aidé à redevenir sage. Ce sont les fruits de Petit Veinard et toi, à ton tout, redevenant sage, tu l’as aidé à accomplir son destin. Ce que tu pourrais encore faire désormais, pour qu’une nouvelle rencontre soit possible un jour pour vous, est de rester sage et d’obéir à tes parents, de préserver la pureté de ton âme et de rester sur le droit chemin.

- Et nous allons nous rencontrer dans la Contrée Magique, dis-tu ? Mais moi je grandirai et n’aurai plus le même aspect et puis les petits sapins se ressemblent tellement que je ne pourrai reconnaître Petit Veinard... Alors comment allons-nous nous reconnaître ?

- D’après tes actions, le rassura son grand-père, le regardant droit dans les yeux, pour que le petit garçon s’en souvienne. Petit Veinard te reconnaîtra...

- Et jusqu’à la Contrée Magique on ne se reverra jamais ?

- Mais bien sûr que si. Vous pourrez vous rencontrer la nuit chaque fois que vous le désirerez. C’est pour ça qu’existent les rêves....

- Aurai-je jamais d’autres amis aussi proches que Petit Veinard ?, soupira Stéphane. Je voudrais avoir la chance de me lier en amitié avec un sapin de Noël tous les ans...

- Il en sera ainsi, tu peux en être sûr. Chaque décembre t’enverra un petit sapin de la Forêt Enchantée... Mais ce ne sont que tes belles pensées, paroles et manières d’une année entière qui lui ouvriront la porte. Le vieillard se retira ensuite discrètement pour laisser les deux frères de sang se dire les mots des adieux. Petit Veinard et Stéphane, restés seuls dans la pièce, fixèrent leurs regards à travers la fenêtre ouverte sur la voûte céleste. Les étoiles mystérieuses et frissonnantes s’allumaient une à une. « Il y a plus de deux mille ans une étoile avait guidé les Mages de l’Orient, Melchior, Gaspard et Balthasar, vers Bethléem, pour porter myrrhe, or et encens au Petit Jésus. Que les étoiles guident aussi l’âme de mon petit sapin jusqu’à la Contrée Magique », pensa Stéphane. Finalement le petit garçon brisa le silence :

- Petit Veinard, qui fait briller les étoiles ?

- Nos rêves...

Mircea Goga

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 08:26

Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix : « Un souvenir de Noël ?... Un souvenir de Noël ?...

Et tout à coup, il s'écria :

- Mais si, j'en ai un, et un bien étrange encore ; c'est une histoire fantastique. J'ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël.

Cela vous étonne de m'entendre parler ainsi, moi qui ne crois guère à rien. Et pourtant j'ai vu un miracle ! Je l'ai vu, fis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s'appelle vu.

En ai-je été fort surpris ? non pas ; car si je ne crois point à vos croyances, je crois à la foi, et je sais qu'elle transporte les montagnes. Je pourrais citer bien des exemples ; mais je vous indignerais et je m'exposerais aussi à amoindrir l'effet de mon histoire.

Je vous avouerai d'abord que si je n'ai pas été fort convaincu et converti par ce que j'ai vu, j'ai été du moins fort ému, et je vais tâcher de vous dire la chose naïvement, comme si j'avais une crédulité d'Auvergnat.

J'étais alors médecin de campagne, habitant le bourg de Rolleville, en pleine Normandie. L'hiver, cette année-là, fut terrible. Dès la fin de novembre, les neiges arrivèrent après une semaine de gelées. On voyait de loin les gros nuages venir du nord ; et la blanche descente des flocons commença. En une nuit, toute la plaine fut ensevelie.

Les fermes, isolées dans leurs cours carrées, derrière leurs rideaux de grands arbres poudrés de frimas, semblaient s'endormir sous l'accumulation de cette mousse épaisse et légère.

Aucun bruit ne traversait plus la campagne immobile. Seuls les corbeaux, par bandes, décrivaient de longs festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement, s'abattant tous ensemble sur les champs livides et piquant la neige de leurs grands becs.

On n'entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussière tombant toujours.

Cela dura huit jours pleins, puis l'avalanche s'arrêta. La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq pieds. Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel clair, comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout semé d'étoiles qu'on aurait crues de givre, tant le vaste espace était rigoureux, s'étendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges.

La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus : seules les cheminées des chaumières en chemise blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l'air glacial.

De temps en temps on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent brisés sous l'écorce ; et, parfois, une grosse branche se détachait et tombait, l'invincible gelée pétrifiant la sève et cassant les fibres.

Les habitations semées çà et là par les champs semblaient éloignées de cent lieues les unes des autres. On vivait comme on pouvait. Seul, j'essayais d'aller voir mes clients les plus proches, m'exposant sans cesse à rester enseveli dans quelque creux.

Je m'aperçus bientôt qu'une terreur mystérieuse planait sur le pays. Un tel fléau, pensait-on, n'était point naturel. On prétendit qu'on entendait des voix la nuit, des sifflements aigus, des cris qui passaient.

Ces cris et ces sifflements venaient sans aucun doute des oiseaux émigrants qui voyagent au crépuscule, et qui fuyaient en masse vers le sud. Mais allez donc faire entendre raison à des gens affolés. Une épouvante envahissait les esprits et on s'attendait à un événement extraordinaire.

Image associée La forge du père Vatinel était située au bout du hameau d'Épivent, sur la grande route, maintenant invisible et déserte. Or, comme les gens manquaient de pain, le forgeron résolut d'aller jusqu'au village. Il resta quelques heures à causer dans les six maisons qui forment le centre du pays, prit son pain et des nouvelles, et un peu de cette peur épandue sur la campagne. Et il se mit en route avant la nuit. Tout à coup, en longeant une haie, il crut voir un œuf dans la neige ; oui, un œuf déposé là, tout blanc comme le reste du monde. Il se pencha, c'était un œuf en effet. D'où venait-il ? Quelle poule avait pu sortir du poulailler et venir pondre en cet endroit ? Le forgeron s'étonna, ne comprit pas ; mais il ramassa l’œuf et le porta à sa femme.

« Tiens, la maîtresse, v'là un œuf que j'ai trouvé sur la route ! »

La femme hocha la tête :

« Un œuf sur la route ? Par ce temps-ci, t'es soûl, bien sûr ?

- Mais non, la maîtresse, même qu'il était au pied d'une haie, et encore chaud, pas gelé. Le v'là, j'me l'ai mis sur l'estomac pour qui n'refroidisse pas. Tu le mangeras pour ton dîner ».

L’œuf fut glissé dans la marmite où mijotait la soupe, et le forgeron se mit à raconter ce qu'on disait par la contrée.

La femme écoutait toute pâle. « Pour sûr que j'ai entendu des sifflets l'autre nuit, même qu'ils semblaient v'nir de la cheminée ».

On se mit à table, on mangea la soupe d'abord, puis, pendant que le mari étendait du beurre sur son pain, la femme prit l’œuf et l'examina d'un œil méfiant.

« Si y avait quelque chose dans c't'œuf ?

- Qué que tu veux qu'y ait ?

- J'sais ti, mé ?

- Allons, mange-le, et fais pas la bête ».

Elle ouvrit l’œuf. Il était comme tous les œufs, et bien frais. Image associée

Elle se mit à le manger en hésitant, le goûtant, le laissant, le reprenant. Le mari disait : « Eh bien ! qué goût qu'il a, c't'œuf ? »

Elle ne répondit pas et elle acheva de l'avaler ; puis, soudain, elle planta sur son homme des yeux fixes, hagards, alliolés, leva les bras, les tordit et, convulsée de la tête aux pieds, roula par terre, en poussant des cris horribles.

Toute la nuit elle se débattit en des spasmes épouvantables, secouée de tremblements effrayants, déformée par de hideuses convulsions. Le forgeron, impuissant à la tenir, fut obligé de la lier. Et elle hurlait sans repos, d'une voix infatigable :

« J'l'ai dans l'corps ! J'l'ai dans l'corps ! »

Je fus appelé le lendemain. J'ordonnai tous les calmants connus sans obtenir le moindre résultat. Elle était folle.

Alors, avec une incroyable rapidité, malgré l'obstacle des hautes neiges, la nouvelle, une nouvelle étrange, courut de ferme en ferme : « La femme du forgeron qu'est possédée ! » Et on venait de partout, sans oser pénétrer dans la maison ; on écoutait de loin ses cris affreux poussés d'une voix si forte qu'on ne les aurait pas crus d'une créature humaine.

Le curé du village fut prévenu. C'était un vieux prêtre naïf. Il accourut en surplis comme pour administrer un mourant et il prononça, en étendant les mains, les formules d'exorcisme, pendant que quatre hommes maintenaient sur un lit la femme écumante et tordue. Mais l'esprit ne fut point chassé. Et la Noël arriva sans que le temps eût changé.

La veille au matin, le prêtre vint me trouver :

« J'ai envie, dit-il, de faire assister à l'office de cette nuit cette malheureuse. Peut-être Dieu fera-t-il un miracle en sa faveur, à l'heure même où il naquit d'une femme ».

Je répondis au curé :

« Je vous approuve absolument, monsieur l'abbé. Si elle a l'esprit frappé par la cérémonie (et rien n'est plus propice à l'émouvoir), elle peut être sauvée sans autre remède ».

Le vieux prêtre murmura :

« Vous n'êtes pas croyant, docteur, mais aidez-moi, n'est-ce pas ? Vous vous chargez de l'amener ? »

Image associée Et je lui promis mon aide. Le soir vint, puis la nuit ; et la cloche de l'église se mit à sonner, jetant sa voix plaintive à travers l'espace morne, sur l'étendue blanche et glacée des neiges. Des êtres noirs s'en venaient lentement, par groupes, dociles au cri d'airain du clocher. La pleine lune éclairait d'une lueur vive et blafarde tout l'horizon, rendait plus visible la pâle désolation des champs. J'avais pris quatre hommes robustes et je me rendis à la forge. La possédée hurlait toujours, attachée à sa couche. On la vêtit proprement malgré sa résistance éperdue, et on l'emporta. L’église était maintenant pleine de monde, illuminée et froide ; les chantres poussaient leurs notes monotones ; le serpent ronflait ; la petite sonnette de l'enfant de chœur tintait, réglant les mouvements des fidèles. J'enfermai la femme et ses gardiens dans la cuisine du presbytère, et j'attendis le moment que je croyais favorable.

Je choisis l'instant qui suit la communion. Tous les paysans, hommes et femmes, avaient reçu leur Dieu pour fléchir sa rigueur. Un grand silence planait pendant que le prêtre achevait le mystère divin. Sur mon ordre, la porte fut ouverte et les quatre aides apportèrent la folle. Dès qu'elle aperçut les lumières, la foule à genoux, le chœur en feu et le tabernacle doré, elle se débattit d'une telle vigueur, qu'elle faillit nous échapper, et elle poussa des clameurs si aiguës qu'un frisson d'épouvante passa dans l'église ; toutes les têtes se relevèrent ; des gens s'enfuirent. Elle n'avait plus la forme d'une femme, crispée et tordue en nos mains, le visage contourné, les yeux fous. Image associée On la traîna jusqu'aux marches du chœur et puis on la tint fortement accroupie à terre. Le prêtre s'était levé ; il attendait. Dès qu'il la vit arrêtée, il prit en ses mains l'ostensoir ceint de rayons d'or, avec l'hostie blanche au milieu, et, s'avançant de quelques pas, il l'éleva de ses deux bras tendus au-dessus de sa tête, le présentant aux regards effarés de la démoniaque. Elle hurlait toujours, l’œil fixé, tendu sur cet objet rayonnant.

Et le prêtre demeurait tellement immobile qu'on l'aurait pris pour une statue. Et cela dura longtemps, longtemps. La femme semblait saisie de peur, fascinée ; elle contemplait fixement l'ostensoir, secouée encore de tremblements terribles, mais passagers, et criant toujours, mais d'une voix moins déchirante. Et cela dura encore longtemps.

On eût dit qu'elle ne pouvait plus baisser les yeux, qu'ils étaient rivés sur l'hostie ; elle ne faisait plus que gémir ; et son corps raidi s'amollissait, s'affaissait. Toute la foule était prosternée, le front par terre. La possédée maintenant baissait rapidement les paupières, puis les relevait aussitôt, comme impuissante à supporter la vue de son Dieu. Elle s'était tue. Et puis soudain, je m'aperçus que ses yeux demeuraient clos. Elle dormait du sommeil des somnambules, hypnotisée, pardon ! Vaincue par la contemplation persistante de l'ostensoir aux rayons d'or, terrassée par le Christ victorieux. On l'emporta, inerte, pendant que le prêtre remontait vers l'autel. L'assistance, bouleversée, entonna le Te Deum d'action de grâces. Et la femme du forgeron dormit quarante heures de suite, puis se réveilla sans aucun souvenir de la possession ni de la délivrance. Voilà, mesdames, le miracle que j'ai vu.

Le docteur Bonenfant se tut, puis ajouta d'une voix contrariée : « Je n'ai pu refuser de l'attester par écrit ».

Source : Guy de Maupassant

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