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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 23:05

Lecture du livre des Actes des Apôtres 8, 5-8. 14-17

Philippe, l'un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là il proclamait le Christ. Les foules, d'un seul cœur, s'attachaient à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler des signes qu'il accomplissait, ou même ils les voyaient. Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits mauvais, qui les quittaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et d'infirmes furent guéris. Et il y eut dans cette ville une grande joie.

Les Apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu. Alors ils leur envoyèrent Pierre et Jean. À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour les Samaritains afin qu'ils reçoivent le Saint-Esprit ; en effet, l'Esprit n'était encore venu sur aucun d'entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 3, 15-18

Frère, c'est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ. Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c'était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal. C'est ainsi que le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l'esprit, il a été rendu à la vie.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 15-21

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous, et qu'il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D'ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui ».

Homélie

Chers Frères et Sœurs, dans un des messages qu’il adressait au monde entier le Pape Paul VI disait ceci, qui est toujours d’actualité : « la foule des hommes s’écrie : nous n’avons pas besoin du salut du Christ : nous ne connaissons pas ce Sauveur et nous ne voulons pas le reconnaître. N’est-ce pas ainsi que se manifeste le matérialisme contemporain ? » Alors, les croyants qui vivent vraiment leur foi, qui vivent selon l’Evangile, sont en contradiction avec ce monde incroyant, en butte à ses moqueries et à sa haine. Le Seigneur l’avait prédit : « Si vous étiez de ce monde (incroyant) il vous aimerait. Mais vous n’êtes pas de ce monde (incroyant) alors il vous hait. » Devant cette incrédulité, ces vexations, cette haine, les chrétiens sont appelés à rendre compte de leur foi. Saint Pierre nous le dit dans la 2ème lecture : « vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’Espérance qui est en vous. »

Si les incroyants nous combattent c’est souvent parce qu’ils ne comprennent pas notre foi, qu’ils ne connaissent pas et trouvent absurde, quelquefois c’est parce qu’ils sont inquiets et en recherche. Il nous appartient chaque fois que c’est possible, de les éclairer, de leur expliquer notre foi, son contenu, ses motivations. Mais en sommes-nous capables ? La grande faiblesse de la plupart des chrétiens, c’est l’ignorance de leur religion. Cette faiblesse nous avons le devoir de la combler par tous les moyens qui s’offrent à nous, ne serait ce que par la lecture de livres religieux. Ils ne manquent pas ceux qui sont accessibles à tous. Mais quelles que soient nos connaissances nous pouvons toujours témoigner de notre foi par notre vie quotidienne, vécue selon l’Evangile, à l’exemple de Jésus notre parfait modèle. « Ayez une bonne conscience nous dit encore Saint Pierre, afin que sur le point même où l’on vous attaque, vous confondiez ceux qui calomnient votre bonne conduite dans le Christ. »

Il faudrait, frères et sœurs, que les incroyants ne puissent jamais nous prendre en défaut. Faisons en sorte de ne jamais mériter le reproche que Jésus adressait aux pharisiens hypocrites : « vous êtes des sépulcres blanchis : extérieurement vous avez belle apparence, mais intérieurement vous n’êtes que pourriture. » Mais tout cela, me direz-vous est très exigeant : mettre le possible notre vie en harmonie avec notre foi, témoigner non seulement par la parole, mais aussi et surtout par l’exemple, avons-nous quelques chances d’y parvenir ? Oui, si nous comptons avant tout sur l’aide particulièrement efficace de l’Esprit-Saint que Jésus nous a donné pour cela, comme l’Evangile vient de nous le rappeler.

N’est-il pas, Lui, qui procède du Père et du Fils, l’Esprit de Vérité, de Force et d’Amour.

- ESPRIT de VERITE : Il est Celui qui éclaire, car il révèle le Christ et permet d’entrer dans son Mystère. Il ouvre l’intelligence, même celle des plus humbles à ses enseignements comme il l’a fait pour les Apôtres le jour de la Pentecôte : nous savons, en effet, qu’en dépit des explications que Jésus ne cessait de leur donner, les Apôtres restaient fermés à sa Parole : il a fallu l’irruption de l’Esprit-Saint en eux pour qu’enfin ils comprennent.

- L’ESPRIT de FORCE : les difficultés ne manquent pas sur le chemin de la vie chrétienne… comment en triompher ? Il arrive même que les épreuves (grandes souffrances ou persécutions) en font une marche au Calvaire. Comment dès lors porter notre Croix en union avec le Christ ? C’est l’Esprit-Saint qui en donne la force, car il ranime les courages abattus, réconforte les cœurs brisés. Consolateur des âmes, il permet d’espérer contre toute espérance. C’est dans ce sens que doit être comprise la promesse de Jésus. « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. »

- L’ESPRIT-SAINT est enfin celui qui communique l’Amour, c’est amour qu’aucun échec ne rebute, qu’aucune ingratitude ne paralyse, qu’aucune difficulté n’abat et qui, s’il le faut, ira jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’au martyre qui est la preuve suprême de sa vérité. C’est l’amour seul, ne l’oublions jamais frères et sœurs, qui rend compte de toute la vie du Christ, de sa venue parmi nous (mystère de l’Incarnation) et surtout de sa Passion et de sa mort sur la Croix (mystère de la Rédemption). Cet amour auquel l’Esprit-Saint nous fait communier est seul capable de nous rendre semblables au Christ, de nous transformer peu à peu jusqu’à ce que nous devenions des Copies Vivante de Jésus. Non, vraiment, le Seigneur Jésus ne pouvait pas nous faire un don plus précieux que Celui de SON ESPRIT. Car ce « doux hôte de nos âmes » est un Esprit de Vie c’est-à-dire de nouveauté jaillissante, celui qui EN NOUS crée ou recrée la jeunesse et triomphe de cette usure impitoyable que la vie apporte avec elle. Pour nous aider à comprendre cette vérité, la Bible se sert de comparaisons qui sont toutes très évocatrices et riches de promesses :

- Elle nous dit que l’Esprit-Saint c’est d’abord le souffle : le vent impétueux qui balaye les impuretés et secoue les indolences.

- Il est aussi l’eau vive : l’eau jaillissante dont le ruissellement fertilise la terre et l’empêche de devenir un désert crevassé.

- Il est encore le feu : ce feu qui n’est jamais stabilisé, qui progresse, dévore et ne s’entretient lui-même qu’un incendiant autour de lui : vive flamme qui combat le froid ou la tiédeur.

Autrement dit, l’Esprit-Saint c’est vraiment LE TOUT de notre vie d’enfants de Dieu, Celui qui en nous est l’auteur de tout bien, celui qui selon la belle expression de la 4ème Prière Eucharistique « achève en nous toute sanctification », ce qui lui a valu d’être appelé dans la prière du Veni Creator « le doigt de la droite du Père », car le doigt c’est ce qui sert à fignoler, à parachever la qualité d’un ouvrage. En ces jours où l’Eglise se prépare à fêter la Pentecôte nous demanderons très souvent à Marie qui est la fidèle Collaboratrice de l’Esprit-Saint dans la distribution de toutes les grâces de nous rendre de plus en plus dociles à son action.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 23:05

Lecture du livre des Actes des Apôtres 6, 1-7

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque : ils trouvaient que, dans les secours distribués quotidiennement, les veuves de leur groupe étaient désavantagées. Les Douze convoquèrent alors l'assemblée des disciples et ils leur dirent : « Il n'est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas. Cherchez plutôt, frères, sept d'entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d'Esprit Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche. Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole ». La proposition plut à tout le monde, et l'on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d'Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un païen originaire d'Antioche converti au judaïsme. On les présenta aux Apôtres, et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

La parole du Seigneur était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs accueillaient la foi.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 2, 4-9

Frères, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu'il en connaît la valeur. Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus. On lit en effet dans l'Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur ; celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi donc, honneur à vous qui avez la foi, mais, pour ceux qui refusent de croire, l'Écriture dit : La pierre éliminée par les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle, une pierre sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber. Ces gens-là butent en refusant d'obéir à la Parole, et c'est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 1-12

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin ». Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu ». Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit ». Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : 'Montre-nous le Père ?' Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c'est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres œuvres. Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des œuvres. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père ».

C’est l’exquise sensibilité du Cœur de Jésus qui transparait dans les paroles si denses que nous venons d’entendre. La délicatesse et la hâte que Jésus met à dissiper la tristesse de ses amis, angoissés par l’imminence de son départ font deviner à quel point il les aime. Il ne voudrait pas qu’ils cèdent à la peur : « ne soyez pas bouleversés leur dit-il, vous croyez en Dieu, croyez en moi ».

Comme nous avons besoin nous aussi, chers frères et sœurs, de nous laisser pénétrer par la douce lumière et la profonde sérénité qui émanent de ces paroles... Car nous sommes plongés dans un monde qui est largement affecté par l’angoisse.

Homélie

- La vie présente est faite de changements qui bousculent à tout instant nos idées et nos habitudes : un fort sentiment d’insécurité nous oppresse.

- L’avenir, lui aussi, nous inquiète : le terrorisme, la guerre, la violence sous toutes ses formes, le chômage est-ce que tout ne contribue pas à augmenter la déprime ?

Pour exorciser toutes ces peurs qui sont trop souvent paralysante Jésus nous assure qu’il n’y a qu’un moyen : la mise en exercice d’une foi confiante, cette foi que soulève l’amour : « il n’y a pas de peur dans l’amour, l’amour parfait bannit la peur » nous dit saint Jean.

Dieu nous connaît bien avec nos anxiétés, nos hésitations ou nos timidités ! Que de fois dans la Bible nous l’entendons dire, à ceux qu’il appelle pour leur confier une mission, « ne crains pas » et Jésus nous redit très souvent cette parole si encourageante et sécurisante. Si nous mettons toute notre foi en lui qui est notre guide et notre entraîneur, nous n’avons pas à avoir peur car il est là devant nous pour nous tracer la piste du courage, mais il est en même temps avec nous et en nous. A travers lui, comme l’affirme saint Paul, « c’est le Père de toute consolation qui nous console dans toutes nos détresses ».

Ce qu’il importe de bien comprendre également c’est que cette foi intrépide que Jésus réclame de nous et qui nous fait aller au-delà de l’angoisse, c’est une foi qui espère, car elle oriente notre regard dans une direction unique, vers ce qui est notre fin dernière, notre but ultime : cette maison paternelle où Dieu nous attend pour nous faire communier éternellement à sa vie bienheureuse. Oui, qui que nous soyons, nous avons déjà au ciel une demeure préparée par la délicatesse de l’Amour infini. Pour un chrétien donc, l’horizon ne peut jamais être bouché ou désespérant. Le dernier mot appartient d’ores et déjà à la joie victorieuse, puisque notre place est réservée dans les cieux auprès du Seigneur ressuscité « je reviendrai vous prendre avec moi et là où je suis vous y serez aussi ».

Mais Jésus ne nous donne pas seulement le rendez-vous lointain du Royaume de Dieu pour le jour de notre naissance au ciel. Car Dieu n’est pas un être paternaliste qui inviterait du sommet de sa majesté. Dieu ne nous aime pas de loin, d’une manière qui serait purement théorique, Dieu nous aime au point de vouloir nous faire communier dès maintenant à ce qui est sa vie intime (sa prodigieuse vie de connaissance et d’amour) en faisant de nos âmes par le moyen de la grâce sanctifiante des petits ciels où il se plaît à résider. C’est le sens profond de la parole de Jésus « Je suis la Vie ». Oui, Jésus est véritablement « la Vie de notre vie » selon l’expression de saint Augustin et ce qui est merveilleux c’est qu’en nous la communiquant il nous envahit de cette paix et de cette joie qui chassent toute peur et toute angoisse et qui sont un prélude à la paix et à la joie parfaite de l’éternité.

N’est-elle pas réconfortante et même enthousiasmante cette certitude : à savoir que notre vie éternelle est déjà commencée, que notre vie chrétienne est un processus de divinisation et que ce que nous vivons ici-bas dans l’état de grâce connaîtra un jour son plein épanouissement au ciel dans l’état de gloire.

Mais entre les deux quel est le Chemin ? Ce chemin n’est pas une méthode ascétique, ni une performance morale. Ce chemin qui relie le ciel et la terre c’est quelqu’un :

  • le même qui déjà nous habite (si toutefois nous ne sommes pas séparés de Lui par le péché grave),
  • le même qui nous donne le bras durant toute la traversée de l’existence et qui nous accueillera au terme du voyage, c’est-à-dire Jésus, notre Rédempteur, notre Médiateur, notre Dieu, Lui qui s’offre à nous comme « le Chemin, la Vérité et la Vie ».

En nous rassemblant chaque dimanche pour nous faire participer à la Messe (qui est le sacrement de sa Présence et de son Amour), l’Eglise nous rappelle de manière très concrète que la divine Parole et l’Eucharistie sont pour ainsi dire les deux mains de Lumière de Notre-Seigneur qui nous gardent sur la voie étroite et escarpée. Rappelons-nous toujours que sans elles nous ne pouvons que trébucher et tomber dans les ravins du mal au risque de nous perdre.

Cessons donc d’avoir peur, chers frères et sœurs, puisqu’avec Jésus rien ne saurait nous manquer. « En nous le donnant, déclare saint Paul, Dieu nous a tout donné ».

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 23:05

Lecture du livre des Actes des Apôtres 2, 14a, 36-41

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, avait pris la parole ; il disait d'une voix forte : « Que tout le peuple d'Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ ». Ceux qui l'entendaient furent remués jusqu'au fond d'eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.

C'est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera ». Pierre trouva encore beaucoup d'autres paroles pour les adjurer, et il les exhortait ainsi : « Détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés ». Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre se firent baptiser. La communauté s'augmenta ce jour-là d'environ trois mille personnes.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 2, 20b-25

Frères, si on supporte la souffrance en ayant fait le bien, c'est une grâce aux yeux de Dieu. C'est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces, lui qui n'a jamais commis de péché ni proféré de mensonge : couvert d'insultes, il n'insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice. Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c'est par ses blessures que vous avez été guéris. Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 1-10

Jésus parlait ainsi aux pharisiens : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c'est lui le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus ».

Jésus employa cette parabole en s'adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire. C'est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis. Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance ».

Homélie

C’est une magnifique parabole que celle du Bon Pasteur. Elle nous révèle en Jésus un personnage fascinant qui aime passionnément ses brebis.

- Ce que Jésus nous dit tout d'abord c’est que le Bon Pasteur entre par la porte. In ne va pas dans la bergerie en escaladant la clôture et en fracturant les entrées. Il a la clef qui lui permet d’entrer sans épouvanter les brebis, puisqu’il ne veut que leur bien. En ce jour où l’Eglise supplie notre Père des cieux de donner des prêtres à son peuple, nous penserons à lui demander des prêtres à l’image du Bon Pasteur, des prêtres infiniment respectueux des consciences et du lent travail de la grâce dans les cœurs...

- Le Bon Pasteur connaît ses brebis. Il appelle chacune par son nom. Jésus connaît chacun et chacune d’entre nous. Il nous appelle par notre prénom. Il a pour chaque personne un cadeau personnalisé, une grâce spéciale. Nous ne sommes pas à ses yeux un numéro, ou un objet de série, mais un être irremplaçable. Demandons à Dieu de donner au monde suffisamment de prêtres pour qu’ils aient le temps matériel d’être attentifs à tous et à chacun en particulier. Combien de nos contemporains n’ont jamais parlé d’homme à homme avec un prêtre ?

- Ce Bon Pasteur emmène ses brebis dehors. Il ne les laisse pas enfermées dans la bergerie en se contentant de leur lancer du fourrage. Il leur emmène vers les verts pâturages, comme le dit le psaume 23. Il connaît les bons endroits où l’humidité permet une herbe toujours renouvelée. Jésus ne nous laisse pas enfermés dans des groupes où l’on se sent bien entre soi, il ne craint pas de nous ouvrir au monde extérieur. Que Dieu nous donne des prêtres qui conduisent leurs ouailles vers les différents milieux de vie pour y repérer l’action mystérieuse de l’Esprit-Saint et y faire entendre l’appel de l’Evangile.

- Le Bon Pasteur marche à la tête de ses brebis, à tout le moins quand il y a du danger... Il les protège du loup et de tous les prédateurs... Jésus n’a-t-il pas pris la tête de l’Eglise, peuple de Dieu, pour donner la direction et l’exemple. Il n’avance pas au premier rang dans un char ou une voiture blindée ; il avance sans protection avec la Croix comme seul bâton que

Dieu donne à l’Eglise des prêtres qui ne marchent à la traîne des idées nouvelles, qui suivent le troupeau ou bien le guide, qui baptisent toutes les erreurs ambiantes dans un souci de popularité ou dans celui « de ne pas faire de vagues »... « Il ne s’agit pas d’adopter le christianisme aux hommes mais d’adopter les hommes au Christ » disait le Père de Lubac.

- Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. C’était vrai surtout des bergers d’autrefois qui devaient affronter les brigands mais les bergers modernes ne donnent-ils pas leur vie d’une autre façon en partageant nuit et jour la vie des brebis ?

Jésus, nous le savons, a mis totalement à exécution (et quelle exécution) cette phrase merveilleuse qu’il nous a laissée « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».

Des prêtres qui donnent leur vie ? Il y en a. chaque année l’Eglise a son lot de prêtres ou d’évêques assassinés. Dans une trentaine de pays 127 millions de chrétiens sont persécutés... et au premier rang bien sûr leurs prêtres. C’est tellement facile d’abattre des gêneurs aux mains nues. Ce dont l’Eglise a besoin, aujourd’hui plus que jamais, c’est que des jeunes n’hésitent pas à consacrer toute leur vie à Dieu... Donner sa vie aujourd’hui ce n’est pas tout verser son sang pour le Christ que lui donner chaque minute d’une existence qui peut être longue, et lui donner chaque atome de son cœur.

Vous l’aurez remarqué frères et sœurs, dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus ne se dit pas seulement le Bon Pasteur qui aime ses brebis, mais aussi la Porte de la bergerie, l’accès nécessaire pour entrer dans la maison de Dieu, et dans la communion à la vie intime de Dieu.

« Moi je suis la Porte, si quelqu’un entre en passant par moi il sera sauvé ».

A un autre endroit il déclare :

« Entrez par la porte étroite. Elle est la grande la porte, il est large le chemin qui conduit à la perdition (et ils sont nombreux ceux qui s’y engagent). Mais elle est étroite, la porte il est resserré le chemin qui conduit à la vie : et ils sont peu nombreux qui le trouvent ».

La vie, frères et sœurs, n’est pas un aéroport où s’alignent, nombreuses, les portes d’embarquement. Jésus est le passage obligé, le sas où tout homme doit passer obligatoirement pour son envol vers Dieu... sans lui nous ne pouvons strictement rien faire... Mais comment pouvons-nous oublier une vérité aussi essentielle ? Nous sommes si superficiels, si médiocres...

Quand serons-nous pleinement convaincus que la pierre de touche du christianisme authentique c’est notre rapport au Christ, c’est la place exacte qu’il tient dans notre vie.

La vie chrétienne n’est pas un faisceau de bonne habitudes religieuses, elle est d’abord et essentiellement l’attachement passionnée à quelqu’un, à la personne adorable du Bon Pasteur. Il n’y a pas de vie chrétienne qui ne commence par un choc : je veux dire la rencontre avec Lui : Jésus. Nous avons pu être attirés par la religion, la beauté de ses cérémonies, la qualité de sa morale, l’amitié de chrétiens solides, mais tant que nous n’avons pas buté sur la personne de Jésus, nous sommes encore à côté de l’essentiel.

Poussons donc plus souvent la porte de l’Evangile et essayons de nous trouver face à face avec le Bon Pasteur. Prenons la peine de le suivre pour mieux le connaître et pour pouvoir un jour, fascinés et éblouis nous jeter dans ses bras...

Oui, Indispensable Pasteur que ce Jésus dont l’action a besoin d’être étendue à tous les hommes de bonne volonté par ces indispensables prolongements du vrai berger : que sont les PRÊTRES. Humbles et pauvres serviteurs, ils ne sont pas le Christ, car il n’y a qu’un unique berger, un unique prêtre, un unique médiateur, mais ils en sont instruments chaque fois qu’ils prêtent leurs voix, leurs mains et leurs cœurs pour communiquer la Vie divine que le Christ veut donner en abondance.

Nous ne manquerons pas chers frères et sœurs, de prier souvent pour eux, de prier pour tous les prêtres. Confions-les plus particulièrement à la Vierge Marie qui les entoure d’un amour de prédilection parce qu’elle voit en eux l’Image vivante de son divin Fils, le Grand Prêtre éternel.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 07:14

Lecture du livre des Actes des Apôtres 2, 14-22b-33

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, prit la parole ; il dit d'une voix forte : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, comprenez ce qui se passe aujourd'hui, écoutez bien ce que je vais vous dire. Il s'agit de Jésus le Nazaréen, cet homme dont Dieu avait fait connaître la mission en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez bien. Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu, vous l'avez fait mourir en le faisant clouer à la croix par la main des païens. Or, Dieu l'a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n'était pas possible qu'elle le retienne en son pouvoir. En effet, c'est de lui que parle le psaume de David : Je regardais le Seigneur sans relâche, s'il est à mon côté, je ne tombe pas. Oui, mon cœur est dans l'allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l'espérance : tu ne peux pas m'abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption. Tu m'as montré le chemin de la vie, tu me rempliras d'allégresse par ta présence. Frères, au sujet de David notre père, on peut vous dire avec assurance qu'il est mort, qu'il a été enterré, et que son tombeau est encore aujourd'hui chez nous. Mais il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un de ses descendants. Il a vu d'avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n'a pas été abandonné à la mort, et sa chair n'a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l'Esprit Saint qui était promis, et il l'a répandu sur nous : c'est cela que vous voyez et que vous entendez ».

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 1, 17-21

Frères, vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d'après ses actes ; vivez donc, pendant votre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu. Vous le savez : ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n'est pas l'or et l'argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ, l'Agneau sans défaut et sans tache. Dieu l'avait choisi dès avant la création du monde, et il l'a manifesté à cause de vous, en ces temps qui sont les derniers. C'est par lui que vous croyez en Dieu, qui l'a ressuscité d'entre les morts et lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 24, 13-35

Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé.

Or, tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas. Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes. L'un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci ». Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié. Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé. À vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu'elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu'il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ». Il leur dit alors : « Vous n'avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin. Mais ils s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse ». Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l'un à l'autre : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ? » À l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « C'est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre ». À leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment ils l'avaient reconnu quand il avait rompu le pain.

Homélie

Chers frères et sœurs, c’est une des pages les plus célèbres de l’Evangile que nous venons d’entendre, aussi fine dans l’expression que profonde de contenu. Saint Luc y évoque la bouleversante rencontre qui eut lieu, le soir de Pâques, sur la route d’Emmaüs, entre le Christ Ressuscité et deux de ses disciples en qui toute espérance de salut était bel et bien morte. Un récit remarquablement construit qui s’articule autour de deux signes majeurs, signes qu’on retrouve dans la célébration de chaque messe : la Parole et le Repas. C’est à partir de ces signes que les deux disciples passent du doute à la Foi, du découragement à l’espérance, et de la fuite à la mission.

Nous avons là un modèle d’enseignement en 3 temps :

  • Le temps de la Parole sur la route
  • Le temps du Sacrement à l’auberge d’Emmaüs, et enfin
  • Le temps de la conversion et du témoignage, celui du retour parmi les apôtres à Jérusalem.

Ceci se passait à Emmaüs, nous dit Luc, à deux heures de marche de Jérusalem, une dizaine de kilomètres environ. Mais où donc se trouve Emmaüs ? La localisation en est incertaine, et aujourd’hui encore, trois localités se disputent cette gloire... Et si Emmaüs n’était pas seulement un lieu mais surtout un cheminement, un itinéraire spirituel ?

On peut dire, je pense, qu’Emmaüs se trouve en tout lieu où le Seigneur Jésus révèle sa présence : pour Paul, ce fut à Damas, pour Claudel, derrière un pilier de Notre-Dame à Paris, pour André Frossard dans une chapelle de la rue d’Ulm à Paris, et pour nous ?

Emmaüs est là, chaque fois que Dieu nous fait signe sur la route de la vie, tandis que nous avançons, croyants incertains, chercheurs de Dieu dans le doute et quelquefois la nuit. Alors puisqu’il s’agit de nous, prenons le chemin d’Emmaüs, celui de nos questions et de nos doutes, et apprenons comment Jésus nous y rejoint, nous éclaire, réchauffe notre cœur et nous convertit à une Foi vigoureuse et ardente, une Foi inébranlable en sa Présence de Ressuscité.

Le premier temps est celui de la Parole sur la route, une route qui tourne le dos à Jérusalem. Alors que toute la vie de Jésus est présentée par Luc comme une marche, une « montée » vers Jérusalem la ville sainte, voici que les deux disciples désespérés lui tournent le dos. Toute l’aventure vécue avec Jésus et l’immense espoir soulevé dans leur cœur, se termine dans l’échec de la croix. Jésus est mort. C’est fini. Sur cette route du désespoir, Jésus s’approche et marche avec eux. Jésus fait redire aux deux hommes ce qu’ils ont sur le cœur, ce qu’ils viennent de vivre ; Il leur pose des questions et, à partir de leurs réponses, Il leur propose une autre lecture des évènements, leur fait remarquer d’autres signes. Il les invite à tout relire « selon les Ecritures » et non plus selon leur attente d’un libérateur politique et triomphant. Tandis qu’il cite Moïse et les prophètes, ils comprennent que le Messie annoncé devait souffrir avec d’entrer dans la gloire de Dieu. Alors la Passion et la Croix n’apparaissent plus comme un échec mais comme une victoire suprême de l’Amour. A la lumière de la Parole de Dieu qui est pour ainsi dire le miroir dans lequel se reflète le vrai visage de Jésus, tout prend un autre sens ; un avenir merveilleux s’ouvre devant eux. Ils se reprennent à espérer d’une espérance qui cette fois n’est plus humaine mais surnaturelle.

C’est ainsi, frères et sœurs, que la Parole de Dieu éclaire tout ce que nous avons à vivre d’une lumière nouvelle... Mais quelle importance accordons-nous, en fait, à cette Parole qui est écrite dans la Bible et interprétée par l’Eglise et dont une méditation assidue peut seule nous porter à penser à vouloir et à agir selon le cœur de Dieu. En avons-nous faim et soif ? Ah ! Si, du moins, nous pouvions comprendre à quel point nous avons besoin de cette Parole de Vie dont l’Eglise nous donne chaque dimanche quelques bonnes tranches au début de la Messe : alimentation qui constitue un minimum vital !

Marchant avec leur mystérieux compagnon sur la route d’Emmaüs, nos deux disciples sont déjà intérieurement « retournés » : ils ne voient plus les choses de la même manière ; le signe de la Parole les a éclairés. C’est alors qu’intervient le signe du repas. C’est là que se fait la reconnaissance. En rompant le pain avec eux, Jésus pose le signe de l’Eucharistie, le signe de l’Alliance nouvelle et éternelle par le moyen duquel il rejoint ses amis et se donne à eux afin que leur communion à « son Corps livré » et à « son Sang versé » nourrisse quotidiennement leur vie tout au long de leur pèlerinage terrestre. C’est à ce geste de « la fraction du pain » (expression qui servait chez les premiers chrétiens à désigner ce que nous appelons la Messe), c’est à ce signe, à ce sacrement de sa présence invisible mais réelle qu’ils le reconnaissent.

Et nous, frères et sœurs, savons-nous reconnaître sa présence dans le sacrement de l’Eucharistie qui est la source et le sommet de toute la vie chrétienne ? Et savons-nous en tirer toutes les conséquences, c’est-à-dire participer le plus souvent possible à la Messe en joignant notre offrande personnelle, (l’offrande de toute notre vie) au sacrifice de Jésus...

Et en communiant à son Corps et à son Sang pour alimenter la vie de la grâce (la vie divine, que nous avons reçue au Baptême et devenir ainsi peu à peu d’autres christ.

Après le Repas vient alors un 3ème temps pour les pèlerins d’Emmaüs : celui de la joie retrouvée, de la joie à annoncer... Après avoir eu le cœur retourné par la Parole de Jésus et la manifestation de sa Présence, ils retournent à Jérusalem tout joyeux pour proclamer « c’est vrai le Seigneur est ressuscité ».

Nous aussi, frères et sœurs, après avoir été fortifiés par la double nourriture que Jésus nous donne dans l’Eucharistie : celle de sa Parole et cette de son Corps, nous sommes invités à retourner vers nos frères avec nos visages transfigurés par la joie afin de leur annoncer que le Christ est ressuscité, qu’il est vivant et que par Lui et en Lui nous avons le salut.

Puissions-nous êtres de plus en plus stimulés par cette conviction : à savoir que notre témoignage de chrétiens est étonnamment percutant chaque fois que nous exprimons simplement mais avec du feu dans le cœur, comment nous avons découvert le Christ et ce que nous vivons de Lui et de son message.

Amen.

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:10

Lecture du livre des Apôtres 2, 42-47

Dans les premiers jours de l’Église, les frères étaient fidèles à écouter l'enseignement des Apôtres et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs ; beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les Apôtres.

Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun.

Chaque jour, d'un seul cœur, ils allaient fidèlement au Temple, ils rompaient le pain dans leurs maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité. Ils louaient Dieu et trouvaient un bon accueil auprès de tout le peuple. Tous les jours, le Seigneur faisait entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 1, 3-9

Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour l'héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, en vue du salut qui est prêt à se manifester à la fin des temps. Vous en tressaillez de joie, même s'il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la qualité de votre foi qui est bien plus précieuse que l'or (cet or voué pourtant à disparaître, qu'on vérifie par le feu). Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ, lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; et vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l'aboutissement de votre foi.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 19-31

C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie ». Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ».

Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant ». Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Homélie

Chers Frères et sœurs, l’Evangile est un Livre qui ne ressemble à aucun autre. Il ne faut pas le regarder comme une histoire de Jésus, au sens moderne du mot, encore moins comme un recueil de belles pensées ou un manuel de morale.

L’Evangile est essentiellement un livre choc écrit tout entier pour que nous recevions en plein cœur la révélation la plus bouleversante et la plus stupéfiante qui soit. C’est comme si l’Evangéliste nous déclarait : « Je vais vous parler d’un homme qui s’appelle Jésus, qui a vécu il y a plus de 2000 ans en Galilée ». Cet homme c’était le Fils de Dieu, un être extraordinairement séduisant qui était pleinement homme et pleinement Dieu. Et pour que nous ne perdions jamais de vue cette vérité fondamentale, Saint Jean l’a placée en finale de son Evangile comme une sorte de cachet d’authentification : « Vous qui venez de me lire, retenez bien pourquoi ce livre a été écrit. C’est pour que vous croyiez que Jésus est le Fils de Dieu ».

Et c’est bien ce mystère, en effet, qui constitue tout l’originalité de la Foi chrétienne (qui distingue notre religion de toutes les autres). Si nous sommes d’authentiques disciples du Christ nous ne pouvons pas nous contenter d’affirmer : je crois en Dieu.

Certes, nous y croyons fermement, mais les juifs qui ont rejeté Jésus y croient eux aussi et il en est de même pour les musulmans, sur ce point-là nous sommes tous d’accord, mais notre foi chrétienne va beaucoup plus loin.

Nous croyons que ce Dieu Unique est à la fois PÈRE – FILS et SAINT ESPRIT et que le Fils (celui que saint Jean appelle le Verbe) a voulu se faire homme en prenant dans le sein de Marie une nature semblable à la nôtre, et cela en vue de notre salut : pour nous libérer du péché et restaurer en nous la vie divine que ce péché nous avait fait perdre.

Ceux qui ont fréquenté durant 3 ans Jésus de Nazareth avaient, certes, pressenti son mystère, mais il a fallut l’événement prodigieux de la Résurrection pour qu’au nom de tous, l’Apôtre Thomas lance ce cri de Foi, d’adoration et d’amour « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Cette foi en Jésus-Ressuscité, Médiateur suprême entre Dieu et les hommes est absolument nécessaire pour que, selon les termes employés par Saint Jean, nous ayons la Vie en son nom.

Mais de quelle vie s’agit-il ? Certainement pas de la vie naturelle, car ceux qui ne croient pas en la divinité du Christ sont tout aussi bien des vivants du point de vue physique que leurs frères croyants. Il s’agit, nous le savons, d’une autre Vie, que saint Jean à plusieurs reprises appelle la VIE ETERNELLE et qui ne désigne pas chez lui (comme nous le croyons trop souvent) la vie immortelle mais CE QUE DIEU EST EN LUI-MÊME : son essence, son être, sa vie intime. Il faut savoir que dans la Bible, l’ETERNEL c’est un des noms attribués à Dieu et alors on comprend l’expression de saint Jean : la vie qui nous est offerte, la vie éternelle, mais ce n’est pas autre chose que la Vie de l’Eternel, rien moins que la vie même de Dieu, cette vie mystérieuse qui est un océan infini de Lumière, d’Amour et de Joie.

Oui, Frères et sœurs, notre foi va jusque là et cet aspect, qui est lui aussi fondamental, la distingue et la place bien au-dessus de toutes les religions. Ne craignons pas de l’affirmer sans complexe : car c’est la Vérité : la religion catholique est la religion la plus vraie et la plus parfaite parce qu’elle est la seule que donne à l’homme (à tout homme qui n’y fait pas obstacle) la possibilité de partager la vie intime de Dieu, de communier à la vie prodigieuse du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et cela dès cette terre, bien que ce soit caché à nos yeux parce que vécu sous le régime de la Foi. C’est là, voyez-vous, tout le mystère de ce que la théologie appelle la grâce sanctifiante et qu’on pourrait bien appeler la grâce divinisante parce qu’elle a pour but de nous conduire progressivement vers l’accomplissement de notre véritable et incomparable destinée : qui est de devenir dieu par participation. Quand nous proclamons que nous sommes enfants de Dieu (et nous le faisons chaque fois que nous récitons le « Notre Père ») c’est cette réalité bouleversante que nous résumons en ces mots si expressifs.

Or, cette grâce sanctifiante, cette vie surnaturelle – est-il besoin de le rappeler ? – nous l’avons reçue sans aucun mérite de notre part à l’heure bénie de notre Baptême.

Ah ! Si nous pouvions comprendre au moins un peu, l’inestimable cadeau que Dieu nous a fait à ce moment là, comme nous vivrions notre christianisme avec générosité, ardeur, enthousiasme ! Comme nous aurions un véritable culte de l’état de grâce, cet état d’amitié, de communion avec le Seigneur qui est encore un autre nom donné à la Présence divine en notre cœur. Comme nous ferions tout pour ne pas perdre ce trésor, et comme nous aurions soin de l’enrichir sans cesse ! L’état de grâce, en effet, ce n’est pas quelque chose de statique, puisque c’est une vie, une vie appelée à grandir et à s’épanouir tout comme la petite graine semée en terre est appelée à devenir un grand arbre capable de produire des fruits en abondance. Et parce que Dieu respecte notre liberté nous sommes responsable de cette croissance de la vie divine en nous : de son développement harmonieux. Nous devons donc y travailler et cela devrait même constituer pour nous la priorité des priorités, y travailler avec le secours des grâces actuelles qui ne nous manquent jamais si nous les demandons humblement dans la prière qui est la respiration de l’âme et si nous recevons les sacrements : la Pénitence qui guérit est fortifie, l’Eucharistie qui nourrit et transforme peu à peu dans le Christ.

Quand Dieu décidera de mettre un terme à cette vie physique, biologique qui est la nôtre ici-bas, nous ferons alors notre dernière Pâque ; nous passerons de l’état de grâce à l’état de gloire. Nous entrerons dans notre Maison d’éternité où dans une vision de Dieu face à face nous goûterons un bonheur sans limite et sans fin qui nous comblera surabondamment au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer.

Dites-moi, chers Frères et sœurs, le christianisme ainsi compris, comme étant la vie la plus épanouissante, la plus comblante qui soit, ne vaut-il pas la peine d’être vécu, fusse au prix de bien des renoncements dont on ne peut faire d’ailleurs l’économie puisqu’il faut nécessairement passer par la croix pour aboutir à la Résurrection, comme la liturgie du Mystère Pascal nous l’a rappelé, il y a une semaine.

Renouvelons donc notre foi en ce mystère et si nous voulons mener à bien la fantastique aventure de notre divinisation comportons-nous toujours vis à vis de Dieu, notre Père, comme des enfants vivants.

Marie qui est la Mère des vivants, la Mère de la divine grâce, ne manquera pas, si nous la supplions avec une confiance toute filiale, de nous entraîner sur cette route montante, de stimuler et de soutenir notre générosité, notre ferveur et notre courage.

Amen.

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 00:05

Lecture du livre d'Isaïe 49, 14-15

Jérusalem disait : « Le Seigneur m'a abandonnée, le Seigneur m'a oubliée ». Est-ce qu'une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l'oublier, moi, je ne t'oublierai pas. — Parole du Seigneur tout-puissant.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 4, 1-5

Frères, il faut que l'on nous regarde seulement comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu. Et ce que l'on demande aux intendants, c'est en somme de mériter confiance. Pour ma part, je me soucie fort peu de votre jugement sur moi, ou de celui que prononceraient les hommes ; d'ailleurs, je ne me juge même pas moi-même. Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n'est pas pour cela que je suis juste : celui qui me juge, c'est le Seigneur. Alors, ne portez pas de jugement prématuré, mais attendez la venue du Seigneur, car il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et il fera paraître les intentions secrètes. Alors, la louange qui revient à chacun lui sera donnée par Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 6, 24-34

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. C'est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? D'ailleurs, qui d'entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ? Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'était pas habillé comme l'un d'eux. Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs, qui est là aujourd'hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : 'Qu'allons-nous manger ?' ou bien : 'Qu'allons-nous boire ?' ou encore : 'Avec quoi nous habiller ?' Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché. Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine ».

Homélie

Cette page d’Evangile est une de celles que nous avons le plus de mal à entendre. Nous l’écoutons avec le sentiment qu’elle colle plutôt mal à la réalité... alors que la vie chère, les fins de mois, la modeste retraite nous empêchent souvent de dormir – et que au même moment Jésus nous invite à vivre à la manière des oiseaux du ciel qui ne sèment ni ne moissonnent... Et pourtant, les premiers versets, si nous les regardons d’un peu plus près nous disent clairement la pensée de Jésus : « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent ».

Il y a 2 mots à retenir : le verbe servir qui au temps de Jésus s’appliquait surtout aux esclaves et le mot argent (avec un grand A) qui désigne le Dieu argent auquel on s’asservit... Jésus parle aussi de Maître, c’est-à-dire de quelqu’un ou quelque chose qui nous domine : « Vous ne pouvez servir 2 maîtres... »

Nous voudrions bien, nous, n’est-ce pas vrai servir les deux, mais c’est un désir illusoire : si je m’attache à l’argent, je méprise Dieu car alors l’argent devient mon Dieu... Il nous faut donc absolument choisir : Dieu Amour ou Dieu Argent. A partir de là tout le reste s’éclaire. Si nous ne voulons pas que l’argent nous possède il nous faut prendre nos distances. Que nous possédions de l’argent ainsi que les biens qui nous sont nécessaires pour vivre, rien de plus normal : même le groupe des apôtres avait une caisse, mais ce qu’il faut éviter à tout prix c’est d’être possédé par cet argent et par les biens qu’il procure.

Il faut, sans doute, se faire des soucis pour notre vie, la nourriture, le vêtement mais pas tant au point que ces soucis deviennent l’essentiel de nos préoccupations. Justement tant de soucis faits de nous des matérialistes à l’image de païens.

Dès lors, nous voici invités à choisir la qualité de la vie, invitation à laquelle souscrirait volontiers un courant actuel : « La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ».

L’être doit passer avoir l’avoir.

Mais que veut nous dire le Seigneur par ces 2 jolies comparaisons : « des oiseaux du ciel qui sèment, ni ne moissonnent et des lys des champs qui ne travaillent ni ne filent ? » Il ne faut y voir en aucune façon une justification de la paresse. Jésus dénoncera au contraire dans l’une de ses paraboles, le paresseux qui n’a pas fait fructifier son talent.

Ces petites comparaisons sont une manière d’attirer notre attention sur la merveilleuse sollicitude de notre Père des Cieux envers toutes ses créatures.

Si Dieu est ainsi plein de sollicitude envers les oiseaux et les lys, combien plus le sera-t-il pour nous ? « Ne valez-vous pas plus que des oiseaux ? Dieu ne fera-t-il pas pour vous davantage ? »

C’est alors que tombe le mot qui fustige notre inquiétude maladive : « Hommes de peu de foi ! » Et c’est bien vrai : c’est la foi qui nous manque. Nous ne connaissons pas vraiment notre Dieu, nous ne savons pas combien il nous aime. Nous faisons plus confiance à nos prévisions qu’a sa divine providence. Si nous misions d’abord sur Lui, s’il était vraiment notre premier souci, les autres soucis perdraient de leur importance si accaparante.

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu ».

C’est bien la seule chose à ne pas manquer, le Royaume : c’est-à-dire Dieu lui-même. Cherchez sa justice : vivez en vous ajustant à sa volonté de telle sorte qu’il puisse vous compter parmi les siens. Car si vous avez Dieu vous aurez aussi le reste qui vous sera donné par-dessus le marché (pour autant qu’il nous sera nécessaire selon ses vues) même si vos propres plans ne se réalisent pas... Pourvu que ceux de Dieu sur vous se réalisent ! Voilà le plus important !

Faisons donc confiance, une confiance absolue en ce Père des Cieux qui sait ce dont nous avons besoin. Jésus termine ses exhortations par une maxime très répandue dans le monde juif : « Ne vous faites pas tant de soucis pour demain, demain se souciera de lui-même, à chaque jour suffit sa peine ».

Voilà de quoi nous décontracter, nous qui sommes si inquiets de demain, cette maxime a trouvé son expression chrétienne dans la prière de Jésus : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » autrement dit :

- ni trop de richesse pour ne pas m’éloigner de Dieu,

- ni trop de pauvreté de peur que je ne me décourage ou que je désespère ».

Seigneur, Toi que nous appelons Père, laisse-nous abandonner entre tes mains nos peurs et nos soucis. Fais-nous chercher en priorité ton Royaume et sa Justice.

Amen.

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 00:05

Lecture du livre des Lévites 19, 1-2. 17-18

Le Seigneur adressa la parole à Moïse : « Parle à toute l'assemblée des fils d'Israël ; tu leur diras : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint.

Tu n'auras aucune pensée de haine contre ton frère. Mais tu n'hésiteras pas à réprimander ton compagnon, et ainsi tu ne partageras pas son péché. Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur ! »

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens3, 16-33

Frères, n'oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous. Que personne ne s'y trompe : si quelqu'un parmi vous pense être un sage à la manière d'ici-bas, qu'il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. L'Écriture le dit : C'est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté. Elle dit encore : Le Seigneur connaît les raisonnements des sages : ce n'est que du vent ! Ainsi, il ne faut pas mettre son orgueil en des hommes dont on se réclame. Car tout vous appartient, Paul et Apollos et Pierre, le monde et la vie et la mort, le présent et l'avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 38-48

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Vous avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre.

Et si quelqu'un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter. Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Homélie

Ce texte évangélique que nous venons d’entendre fait suite à celui de dimanche dernier où Jésus nous montrait comment la Loi Nouvelle apportait à celle de l’Ancien Testament tout son épanouissement.

Nous arrivons ici au sommet du Message de Jésus. Et ce qu’il importe de bien noter tout de suite c’est que le Seigneur établit un lien très étroit entre l’amour du prochain et la perfection à laquelle il vient nous appeler : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Pourquoi devons-nous aimer notre prochain, pourquoi devons-nous aimer même nos ennemis ? Pourquoi devons-nous prier pour ceux qui nous font du mal ?

Mais pour être de vrais fils ou de vraies filles de Dieu, car Lui Notre Père, fait briller son soleil et tomber la pluie aussi bien sur les méchants que sur les bons. Le Dieu infiniment bon envoie à tous la lumière et la chaleur de son amour : il n’y a pas de limites, il n’y a pas de frontières dans son cœur de Père. Alors, puisque nous sommes ses enfants, nous devons Lui ressembler, nous devons nous inspirer sans cesse de son esprit. Jésus nous demande rien moins que de viser à la perfection de Dieu Lui-même, c’est-à-dire à la perfection de l’amour. Etre parfait, c’est aimer comme Dieu aime. Toutefois il s’agit de bien s’entendre sur le sens de cet amour. Car le mot amour qui est le plus beau de tous est malheureusement celui qu’on a le plus dévalué. Sous ce mot, on place en effet le meilleur et le pire.

Aimer comme Dieu, frères et sœurs, ce n’est pas annexer ou accaparer celui qu’on prétend aimer ; ce n’est pas en profiter, ce n’est pas l’aimer comme on aime une friandise...

Aimer comme Dieu ce n’est pas simplement éprouver une pitié passagère devant une détresse ; ce n’est pas simplement faire la charité dans le sens de faire l’aumône.

Aimer comme Dieu ce n’est pas non plus affaire d’attirance spontanée, ni affaire de désir à satisfaire. Si nous voulons comprendre ce que cela signifie : « Aimer comme Dieu » il nous faut contempler Jésus (Lui, la vivante Image du Père) dans sa manière d’aimer.

  • On voit qu’en Lui, en effet, l’amour est effectif. Il n’a rien d’une tendresse trop sentimentale qui ne s’engage pas. Il se met constamment au service des autres, en particulier ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur cœur.
  • On voit aussi qu’en Jésus l’amour est absolument gratuit, totalement désintéressé : il donne sans calculer et sans attendre de reconnaissance : il est comme un rayon qui part et qui ne revient pas. Et c’est parce qu’il a ce caractère de gratuité qu’il est capable d’aimer même les ennemis et de pardonner inlassablement.
  • L’amour de Jésus est un amour universel qui n’exclut absolument personne, qui ne laisse subsister aucune barrière social ou radicale.
  • C’est un amour qui entoure le prochain d’attentions délicates, toujours accueillant, plein de compréhension, de douceur, et de bonté.
  • On voit enfin, qu’en Jésus, l’amour ne connaît pas de limites dans le don de soi-même, puisqu’il va jusqu’à l’extrême, jusqu’au don de sa propre vie : « Il n’y a de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Jésus, nous le voyons ne s’est pas contenté de nous rappeler les principes d’une morale sublime. Lui, l’Innocent, il a subi les gifles, les coups de fouet, la couronne d’épines, un procès inique, le portement de croix et les affres de la crucifixion, l’hostilité jusqu’en ses conséquences ultimes c’est-à-dire la mort. Ce qu’Il nous demande d’accomplir, il l’a réalisé parfaitement le premier. Par sa Passion et par sa Croix il a acquis le droit de nous dire ce qu’il voulait nous enseigner. Et pour que nous puissions refaire au moins un peu ce qu’il a manifesté avec tant d’éclat en imitant l’amour de son Père, il nous envoie les secours de sa grâce. Certes, nous avons connu et nous connaîtrons encore bien des échecs sur ce chemin montant et escarpé de la Sainteté (c'est-à-dire de la perfection de l’amour), mais disons-nous bien que Jésus nous comprend. Il sait combien il est difficile, parfais surhumain d’être non-violent, doux, miséricordieux, aimant quoiqu’il arrive. Mais quelle excuse pourrions-nous avoir devant Lui et devant son Père si nous n’avions même pas essayé, recommencé, persévéré quoiqu’il en coûte ? Là est la pierre de touche du christianisme, tant il est vrai que tout le reste relativement facile puisque les publicains et les païens en font autant. Rendre le bien pour le mal, pardonner à ses ennemis, c’est vraiment la perfection de la charité. Nous sommes appelés à être chrétiens jusque là...

Fortifiés par l’Eucharistie qui est la nourriture privilégiée de la charité et soutenus par Marie qui est la Mère du « Bel Amour » puissions-nous, frères et sœurs, vivre la Loi d’amour dans toutes ses exigences. Images de Dieu, ressemblons donc à notre Père des Cieux. Soyons saints comme Lui est Saint.

Amen.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 15:13

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage 15, 15-20

Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l'eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l'une ou l'autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, il est tout-puissant et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n'a commandé à personne d'être impie, il n'a permis à personne de pécher.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 2, 6-10

Frères, c'est bien une sagesse que nous proclamons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n'est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dominent le monde et qui déjà se détruisent. Au contraire, nous proclamons la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dominent ce monde ne l'a connue, car, s'ils l'avaient connue, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c'est, comme dit l'Écriture : ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l'homme n'avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu. Et c'est à nous que Dieu, par l'Esprit, a révélé cette sagesse. Car l'Esprit voit le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 17-37

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : [« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.

Je vous le dis en effet :] Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. [Si quelqu'un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu'un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l'autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier sou.]

Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. [Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne.

Il a été dit encore : Si quelqu'un renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, la pousse à l'adultère ; et si quelqu'un épouse une femme renvoyée, il est adultère.]

Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Quand vous dites 'oui', que ce soit un 'oui', quand vous dites 'non', que ce soit un 'non'. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »

Homélie

Après nous avoir dit dimanche dernier « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde », Jésus nous déclare aujourd’hui « Si votre justice (c’est-à-dire votre fidélité à la volonté de Dieu) ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu ».

On à souvent traduit cette parole du Christ en disant : « si vous n’êtes pas meilleurs que les non-pratiquants et les incroyants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu ».

Mais est-ce bien cela que Jésus a voulu dire ? Car les scribes et les pharisiens n’étaient pas des incroyants ou des non-pratiquants : c’étaient au contraire des hommes profondément religieux des hommes fidèles jusqu’au scrupule à toutes les pratiques religieuses de leur temps.

Alors, comment faut-il interpréter la pensée de Jésus ?

Regardons un peu ces scribes et ces pharisiens comme Jésus les voyait de son temps. Comment se comportaient-ils ? Le Seigneur leur déclara un jour « vous, vous pratiquez la justice (la fidélité à Dieu) pour attirer les regards et l’admiration des gens, mais Dieu regarde vos cœurs ». Autrement dit : ces gens-là sont fidèles aux actes extérieurs prescrits par la loi religieuse ; ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre d’adultère... Maris pour Jésus la fidélité va beaucoup plus loin : ce n’est pas simplement dans les observances extérieures et visibles qu’elle se vérifie, mais au plus intime du cœur, de la conscience, des désirs et des intentions.

- Ne pas tuer : bien sûr, mais encore repousser tout sentiment de rancœur, de colère, de vengeance et même faire tout ce qu’on peut pour mieux s’entendre, se remettre d’accord, pardonner et se réconcilier. Ici, vous le voyez, on retrouve les Béatitudes « Heureux les doux, heureux les miséricordieux, heureux les artisans de paix ».

- Ne pas commettre d’adultère ? Bien sûr, mais encore repousser tout désir purement charnel, tout regard possessif qui tend à considérer la femme comme un objet à utiliser, alors qu’elle est fille de Dieu à respecter et à aimer pour elle-même. Ici encore nous retrouverons une des Béatitudes « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Un cœur pur, limpide, transparent est capable de voir toutes choses et tout être avec le regard même de Dieu.

- Ne pas faire de faux serments ? Bien sûr, mais encore être d’une parfaite franchise dans nos rapports avec les autres. Avec Jésus, la fidélité n’est donc plus simplement affaire d’observances extérieures, mais elle doit aller jusqu’à la conversion du cœur. Remarquez que, là encore, Jésus n’invente rien de nouveau. Quantité de textes de l’Ancien Testament déclaraient déjà que les observances religieuses purement extérieures n’avaient aucun sens lorsque le cœur n’y était pas. Souvenez-vous par exemple du très beau texte d’Isaïe sur le jeûne : « A quoi bon tous vos jeûnes... ! Le jeûne que je préfère, dit Dieu, n’est-ce pas de défaire les chaines injustes et de renvoyez libres les opprimées ? N’est-ce pas de partager ton pain avec celui qui a faim, d’accueillir chez toi les pauvres sans abri, et de vêtir le vagabond qui passe ? Que m’importent vos innombrables sacrifices, dit encore Isaïe... En revanche, cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, faites doit au pauvre et au malheureux ».

Mais nous-mêmes, frères et sœurs, n’avons-nous pas tendance à tomber dans le même travers ? Par exemple, nous sommes fidèles à nos messes du dimanche, mais n’en faisons-nous pas trop souvent une simple observance extérieure, sans y mettre notre cœur ? Y venons-nous avec le souci de nous convertir jusqu’au plus profond de nos cœurs, à l’esprit et à la parole du Christ ; avec le désir de nous offrir en union avec Lui, et de nous unir toujours plus intimement à Lui ? Et puis venir à la Messe par devoir, par obéissance à l’Eglise c’est bien, mais y venir par amour pour le Seigneur, n’est-ce pas tellement mieux ? C’est encore en ce sens que notre fidélité doit surpasser celle des scribes et de pharisiens : ils étaient fidèles à leur loi, à leurs traditions. Ils les observaient comme on observe une consigne, un règlement. Mais ce que le Christ nous demande ce n’est pas simplement d’être fidèles à une morale, c’est d’être fidèles à Dieu qui voit au fond des cœurs. Fils et filles de Dieu, c’est par toute notre vie non seulement par nos actions mais par nos sentiments, nos désirs et nos plus secrètes pensées que nous devons nous attacher à notre Père des cieux et lui témoigner notre amour filial. Alors, nous n’aurons jamais fini de progresser dans notre fidélité.

Quand on a observé une loi, on s’est mis en règle avec la loi, on a la conscience tranquille, le sentiment de devoir accompli : point final, c’est terminé.

Quand il s’agit au contraire de répondre à l’appel de celui qui nous aime, notre Père du Ciel, on ne cherche plus simplement à se mettre en règle avec une loi, mais on cherche à l’aimer, à se mettre en route vers lui, à le rejoindre et à s’attacher à lui, pour travailler et vivre en communion avec Lui.

C’est dans cet esprit-là que Jésus se comportait vis-à-vis de son Père : « Ma nourriture, c’est de faire sa volonté... Je fais toujours ce que lui plaît ! » Plaire à Dieu son Père, c’était pour lui un besoin, une nourriture, une joie : ça n’était jamais fini !

Tout cela, frères et sœurs nous aide à mieux comprendre ce qu’est la morale chrétienne. La morale de l’Ancien Testament, c’était un ensemble de règles fort bien faites pour faciliter la vie en commun, la vie en société. Cette morale de l’Ancien Testament, les « docteurs de la loi » y avaient ajouté mille commentaires qui compliquaient tout. Mais les prophètes, de leur côté, l’avaient de plus en plus approfondie et intériorisée au cours des siècles.

Jésus prend la suite de l’enseignement des prophètes et y apporte tout son épanouissement. Il nous appelle ainsi à dépasser cet art « de vivre ensemble » de l’Ancien Testament pour adopter l’art de vivre des fils et filles de Dieu.

Avec le Christ-Jésus, nous le voyons, c’est un monde nouveau qui commence, le monde dont Dieu rêve depuis les origines ; un monde où l’on ne se contentera plus d’une fidélité extérieure, mais un monde où l’on vivra dans l’amour filial pour Dieu et dans l’amour fraternel. Un monde où l’on vivra sous le règne de l’Esprit de Dieu qui est Amour.

Merci Jésus d’aller plus loin que le défendu et le permis, qui « le fait » ou le « pas fait ». Tu nous fais comprendre que la vie morale du chrétien c’est le don d’un cœur accordé à tous cœur et rien d’autre. Cela n’abolit pas les règles ; cela prend le problème à sa source, au centre mystérieux de la personne, là où tu veux venir habiter, avec ton Père et l’Esprit d’Amour qui fait Votre Unité.

Amen.

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 09:10

Lecture du livre d'Isaïe 58, 7-10

Partager ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable.

Alors ta lumière jaillira comme l'aurore, et tes forces reviendront rapidement. Ta justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t'accompagnera.

Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici ». Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 2, 1-5

Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage humain ou de la sagesse. Parmi vous, je n'ai rien voulu connaître d'autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c'est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je suis arrivé chez vous. Mon langage, ma proclamation de l'Évangile, n'avaient rien à voir avec le langage d'une sagesse qui veut convaincre ; mais c'est l'Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 13-16

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ».

Homélie

Dimanche dernier l’Evangile proclamait les Béatitudes qui sont la Charte de la vie nouvelle selon le Christ. Aujourd’hui en se servant de deux images très suggestives, Jésus nous rappelle notre mission de chrétiens : nous devons être dans tous les milieux où nous vivons le Sel de la Terre et la Lumière du Monde.

Disciples du Christ, choisis et appelés par Lui, devenus par le baptême membres de son Corps qui est l’Eglise, comment pourrions-nous oublier que nous sommes des dépositaires d’une richesse d’intérêt vital pour le monde ? Et que cela implique une lourde responsabilité : celle de redonner le goût de Dieu à ce monde blasé qui est le nôtre. C’est aussi de faire resplendir la vérité de Dieu, la vérité de l’Evangile sur tous ces frères humains qui s’égarent, au risque de se perdre, dans la nuit de l’incroyance, de l’indifférence ou de l’erreur.

Avons-nous, frères et sœurs, suffisamment conscience que c’est l’œuvre même du Christ, œuvre de sanctification et de salut qui se trouve ainsi remise entre nos pauvres mains. Oui, c’est bien cette entreprise gigantesque, toujours en chantier qu’à la suite de tant d’autres générations chrétiennes nous avons la charge de continuer sous la direction de cet incomparable Maître d’œuvre qu’est le Seigneur-Jésus lui-même, invisible certes, mais toujours présent et agissant dans son Eglise, toujours présent et agissant au cœur de nos vies. Prenons-nous assez au sérieux, frères et sœurs, ce rôle d’apôtres, de témoins du Christ qui nous a été confié ?

« Vous êtes le sel de la terre ». Le sel, nous le savons, c’est le résidu d’une évaporation qui élimine l’eau pour permettre la cristallisation. Pour devenir sel de la terre, les disciples du Christ ont le devoir « d’éliminer » ce qui dilue et rend inefficace leur témoignage : en particulier le manque de solidité des convictions et l’absence de cohérence entre la foi et la vie. Si un chrétien perd le goût de Dieu, s’il s’affadit en ne se ressourçant plus dans la Prière, la Parole de Dieu et les Sacrements, il n’a plus de différence à faire entendre. Pour jouer leur rôle de sel, les chrétiens ne peuvent pas se contenter d’être comme tout le monde. En adoptant sans discernement les mentalités ambiantes et les conformismes culturels et sociaux, ils perdent leur saveur d’Evangile. Il est tentant, en effet, de se laisser absorber, de se dissoudre : « Tout le monde le fait, dit-on, c’est comme ça aujourd’hui, il faut bien être de son temps ». Insensiblement, inconsciemment on peut dériver et n’avoir plus de chrétien que le nom et quelques habitudes...

Le monde d’aujourd’hui nous interroge sur notre foi et il nous attend sur le terrain de la pratique concrète. Qu’avons-nous d’original, de tonique, de chaleureux à transmettre ?

Le sel donne du goût aux aliments, mais trop nombreux hélas sont les chrétiens qui ne font partager le goût du message évangélique, le goût pour la vérité, le goût de vivre, le goût d’aimer.

Le Christ a dit « vous êtes le sel de la terre et non pas vous devez être le sel de la terre ». Oui, vous l’êtes, vous n’avez pas le droit de ne pas l’être : vous l’êtes du seul fait que vous avez été choisis, vous l’êtes parce que depuis votre baptême vous êtes riches de la puissance de l’Esprit-Saint. Alors, cet Esprit ne l’étouffez pas : « si le sel s’affadit, il n’est plus bon à rien et ou le jette dehors... »

Le Seigneur ne veut pas des chrétiens fades, de chrétiens qui édulcorent la radicalité et la force de l’Evangile.

« L’évangile c’est du sel et vous en avez fait du sucre » disait Paul Claudel. Le Seigneur ne veut pas des chrétiens : inodore, incolore et sans saveur. Rappelons-nous ici les paroles si fortes de l’apocalypse : « je connais ta conduite, tu n’es ni froid ni chaud, que n’es-tu l’un ou l’autre. Ainsi puisque tu es tiède, je vais te vomir de ma bouche ».

« Vous êtes la Lumière du monde » sans la lumière nous ne pouvons pas vivre. Lorsqu’elle vous fait défaut nous prenons mieux conscience de son rôle indispensable. La lumière est belle, elle réjouit, elle fait chanter les couleurs. Elle est une des conditions de la vie.

C’est encore Paul Claudel qui reprochait à certains chrétiens « de mettre le soleil dans leur poche ». Sommes-nous de ceux-là ? Ne gardons-nous pas dans l’ombre l’éclatant message descendu du ciel ?

Jésus compte sur nous pour propager son enseignement, pour faire briller bien haut la vérité de l’Evangile, frères et sœurs, dans un monde qui est de plus en plus enténébré par des erreurs de toutes sortes ?

Jésus s’est défini la lumière du monde et il a ainsi précisé sa pensée : « Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la Lumière qui conduit à la Vie ». Les disciples partent et transmettent la même Lumière que le Christ, ils appartiennent tellement au Christ, ils sont tellement imprégnés de sa Vérité, qu’ils deviennent eux-mêmes Lumière.

Vivre dans la Lumière et être lumière voilà donc à quoi doit tendre un vrai disciple du Christ. Il ne s’agit pas de mise en scène, ni de s’exposer aux feux de la rampe, mais de vivre en cohérence avec sa propre foi : être celui que je dois être, en vertu de mon baptême devant Dieu et devant les hommes. Nous n’avons pas à nous valoir, nous avons à laisser transparaître Dieu dans toute notre vie.

D’ailleurs Jésus lui-même le souligne : « c’est dans la mesure où ils verront nos bonnes œuvres » (et saint Augustin précise que ces bonnes œuvres sont en premier lieu les actes de l’amour fraternel) que ceux qui nous fréquentent et nous observent seront amenés à rendre gloire à notre Père des Cieux.

Prions Marie, la Vierge de Lumière pour qu’elle nous obtienne la grâce de demeurer greffés sur Jésus, attachés à lui, saveur du monde, car c’est à cette condition seulement que notre témoignage sera pleinement efficace.

« Celui qui demeure en moi portera beaucoup de fruits ».

Amen. 

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 09:17

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Lecture du livre de Sophonie 2, 3. 3, 12-13

Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays qui faites sa volonté. Cherchez la justice, cherchez l'humilité : peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère du Seigneur. Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu'un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur. Ce Reste d'Israël ne commettra plus l'iniquité. Il renoncera au mensonge, on ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche. Il pourra paître et se reposer sans que personne puisse l'effrayer.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1, 26-31

Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n'y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n'est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s'enorgueillir devant Dieu. C'est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes, dans le Christ Jésus, qui a été envoyé par lui pour être notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption. Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut s'enorgueillir, qu'il mette son orgueil dans le Seigneur.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 1-12

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent.

Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :

« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !

Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !

Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !

Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice: le Royaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! » C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Homélie

Les Béatitudes dont nous venons d’entendre en saint Matthieu la solennelle proclamation sont le cœur de l’Evangile. Personne d’autre que Jésus ne pouvait les inventer parce qu’elles expriment toute sa vie cachée et publique, tous ses faits et gestes depuis sa naissance dans l’étable de Bethléem jusqu’à son retour glorieux auprès du Père le jour de l’Ascension.

On peut affirmer qu’elles constituent pour l’humanité l’équivalent de ce que l’Annonciation a été pour la Vierge Marie. A chacun et à chacune d’entre nous il est demandé, en effet, de répondre oui au message des Béatitudes, comme Marie a répondu oui au message de l’ange.

Par son oui, la Vierge donnait le Christ au monde ; c’est par notre oui aux Béatitudes que nous porterons l’Esprit du Christ au monde d’aujourd’hui.

On a écrit des tonnes de commentaires sur les Béatitudes, mais ce qui est important, ce n’est pas de faire sur elles de belles dissertations, c’est de les vivre. Et pour cela il faut un apprentissage, un apprentissage qui, en réalité, durera tant que nous vivrons et que personne ne pourra faire à notre place. Nous savons bien que celui qui veut apprendre à nager ne peut se borner à regarder depuis le rivage ceux qui s’ébattent au fil de l’eau. Il doit nécessairement plonger à son tour.

Pour nous stimuler, pour nous inciter à agir, réfléchissons quelques instants sur ce qui est exigé par le Seigneur en chacune de ces Béatitudes.

- Jésus commence par béatifier les pauvres de cœur. Or les pauvres dont il s’agit ici ce sont ceux qui sont pauvres en avoir, en pouvoir et en savoir. Etre pauvre en esprit ne consiste pas à s’abêtir, mais à pratiquer cette vertu d’humilité sans laquelle aucun progrès spirituel n’est possible. Dieu ne peut trouver place, en effet, que dans des êtres désencombrés, qui se sont volontairement vidés de tout ce qui n’est pas Lui ou ne conduit pas à Lui. La pauvreté du cœur ne saurait se limiter aux biens matériels, elle embrasse aussi le détachement des biens moraux et même spirituels. Celui qui, par exemple, tient à la considération des autres, conserve de l’attachement à sa propre volonté, est trop jaloux de son indépendance, n’a pas un cœur de pauvre : il est riche de lui-même, d’amour propre et d’orgueil.

- Heureux les doux. On est doux lorsqu’on ne se colère pas contre Dieu, lorsqu’on est docile à ses commandements, lorsqu’on se rend malléables entre ses mains... Vis-à-vis des autres pratiquer la douceur c’est être maître de soi, réprimer les mouvements d’animosité de colère, d’indignation, bannir de ses mœurs la dureté.

- Heureux ceux qui pleurent. Ce sont tous ceux qui souffrent de quelque manière, soit dans leur cœur mais qui à cette souffrance savent donner tout son sens et toute sa valeur en y reconnaissant une grâce et une visite de Dieu et en l’unissant à la Passion de Jésus (à l’exemple de Marie). Ceux qui sèment ainsi dans les larmes, comme dit le psaume, sont assurés de moissonner dans la joie.

- Heureux ceux qui ont faim et soit de justice. Dans la Bible le mot justice est synonyme de perfection, de sainteté. Un homme juste, c’est un homme dont la conscience obéit à la Loi de Dieu, un homme dont les vouloirs s’ajustent véritablement sur ceux de Dieu. Il faudrait à l’exemple de la Vierge Marie et de tous les saints nous ayons de plus en plus faim et soif de sainteté, faim et soif de lumière et d’amour, que nous n’aspirions qu’à une chose, que Dieu prenne totalement possession de notre cœur et se serve de nous, à son gré, pour l’extension de son règne.

- Heureux les miséricordieux. La miséricorde ne se confond pas avec la pitié condescendante ou même avec l’émotion passagère devant la misère. Parce qu’elle résulte de la divine charité, elle est une vertu attentive et forte qui vit intérieurement la misère humaine et qui est capable d’en comprendre le fond. Or le fond de la misère humaine, n’est-ce pas le péché qui prive l’âme de la vie surnaturelle ? Le miséricordieux qui s’efforce d’aimer avec le cœur même de Jésus, fabrique de l’amour pour réparer les dégâts du péché.

- Heureux les cœurs purs. Le cœur pur c’est celui qui est habité par Dieu, éclairé de ses lumières, ouvert au surnaturel ainsi qu’à tout ce qui est beau, vrai, grand et noble. Il est décanté de tout égoïsme et de tout orgueil et il est libre par conséquent pour aimer Dieu par-dessus tout et aimer les autres comme Jésus les aime. La pureté de cœur, c’est ce qui permet la contemplation : ce qui permet de voir Dieu dans la Foi, en attendant de le voir un jour face à face dans les splendeurs de la gloire.

- Heureux les artisans de paix. Le chrétien qui se laisse guider par le Saint-Esprit juge de tout par rapport à Dieu et, dès lors, tout dans sa vie (ses affections, ses désirs, ses pensées et ses actes) se trouve ordonné selon Dieu. De cet ordre (le seul vrai) résulte en son âme une grande paix intérieure, l’inaltérable paix de Dieu dont parle saint Paul qui surpasse tout sentiment. C’est la paix des profondeurs qui rien ne saurait troubler, même si en surface règne une grande agitation produite par toutes sortes de difficultés ou épreuves. Or, une âme qui est ainsi pacifiée devient pacificatrice : elle sème la paix, la cultive et lui fait porter partout autour d’elle des fruits de justice, de réconciliation et de communion dans l’amour.

- Heureux les persécutés pour la justice, les persécutés à cause du Christ. Cette dernière Béatitude reprend en fait toutes les autres et les couronne. Les disciples du Christ remplis d’amour surnaturel envers Dieu et envers les autres ne doivent pas s’attendre à être mieux traités que leur Maître. Etant dans ce monde comme « des corps étrangers » ils ne manqueront pas de susciter des réactions de jalousie, de haine et de mensonge. Ils connaîtront la persécution sous toutes ses formes. Cette persécution, il ne faut pas l’oublier, est une des notes caractéristiques de l’Eglise, Corps mystique du Christ, et un élément de toute vie chrétienne. Elle est la même Croix promise au Maître et au disciple. Mais cette croix du disciple devient expression de son amour héroïque et se change en joie profonde à cause du Christ : c’est une Croix Glorieuse.

Telle est donc, chers frères et sœurs, avec ses huit jalons en forme de bonheur la route du Paradis que Jésus nous a tracée.

Tel est l’Idéal de Sainteté que le Sauveur met à la portée de chacun et de chacune d’entre nous. Oh ! Certes ! Il peut nous sembler utopique, irréalisable si nous ne regardons que notre faiblesse, mais si nous faisons nôtre la conviction de saint Paul « Je peux tout en Celui qui me fortifie », si nous avons une confiance absolue dans le secours de sa grâce cela ne peut faire aucun doute : nous parviendrons un jour, en dépit de notre misère et de tous les obstacles à cette perfection de l’amour qui fera de nous des êtres divinisés.

Qu’il nous soit donc donné de comprendre, frères et sœurs, que vivre les Béatitudes, c’est tout simplement reproduire « le mystère du Christ » qui va de la Croix à la Gloire, du Calvaire au Ciel. C’est ne rechercher le bonheur que là où Jésus l’a placé en acceptant de mourir avec Lui dans la pauvreté, la douceur, la pureté, l’absolue fidélité de l’amour, de manière à ressusciter avec Lui dans la Béatitude infiniment comblante de la Vie Eternelle.

 Amen.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 00:19
3ème Dimanche T.O.

Lecture du livre d'Isaïe 8, 23 - 9,1-3

Dans les temps anciens, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée, carrefour des païens. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué l'allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus. Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1, 10-13.17

Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous vraiment d'accord ; qu'il n'y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments. J'ai entendu parler de vous, mes frères, par les gens de chez Cloé : on dit qu'il y a des disputes entre vous. Je m'explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j'appartiens à Paul », ou bien : « J'appartiens à Apollos », ou bien : « J'appartiens à Pierre », ou bien : « J'appartiens au Christ ». Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce donc Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? D'ailleurs, le Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l'Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4, 12-23

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets.

Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée. À partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »

[Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.

Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.]

Homélie

D’un pas ferme et décidé, Jésus marche sur la rive du Lac de Galilée.

- Il s’avance avec la liberté de Celui qui vient de tout quitter : sa Très Sainte Mère, sa maison, son métier.

- Il marche avec la force de Celui qui porte en lui la plénitude de l’Esprit-Saint reçu à l’heure de son Baptême par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain.

- Il chemine éclairé de la lumière intérieure de Celui qui vient de jeûner 40 jours au désert et d’y vaincre Satan, le Tentateur.

Pourquoi a-t-il décidé de s’établir à Capharnaüm pour inaugurer son ministère ? L’Evangile nous le dit explicitement : Jésus cherche le contact. Cette ville au bord du lac est le « carrefour des païens » un lieu de brassage de toutes sortes de peuples. Là il va pouvoir annoncer la Bonne Nouvelle à des auditoires très divers. Prophète de la Lumière, il vient spontanément au pays de l’ombre. Porteur de la vie de Dieu, il vient dans « le pays des âmes mortes ». Sauveur qui enlève le péché du monde il vient là où des pécheurs sont à sauver...

Près de la rive des marins-pécheurs s’affairent et parmi eux Pierre et André, Jacques et Jean. Jésus les interpelle. Il les appelle... Un jour il leur dira qu’il l’a fait dans une suprême liberté : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués... »

La vocation n’est pas l’écoute d’un désir ; elle est réponse à un appel. Une réponse vécue à un appel entendu. Par ailleurs, ces quatre hommes ne sont pas des désœuvrés, mais des gens occupés : ils ont maison, famille et profession.

On ne suit pas le Christ faute de mieux ou pour combler un vide, car la marche à sa suite n’est ni un refuge, ni une sinécure. Pierre et André nous sont montrés jetant le filet, Jacques et Jean réparant le filet... Au plein feu de ce que l’on fait ou en préparation de ce que l’on fera, (peu importe) le Seigneur passe et il parle : il faut se lever et le suivre. « Aussitôt laissant là leurs filets, leur barque et leur père, ils le suivirent ».

De plus, l’Evangile signale que Pierre et André « sont des frères » ainsi que Jacques et Jean. Ce n’est pas sans signification : Jésus fera comprendre par la suite que le plus fort témoignage apostolique c’est celui de l’amitié, de l’amour fraternel : ceux qu’il appelle aujourd’hui « deux par deux » pour l’accompagner dans sa vie apostolique seront pareillement envoyés demain « deux par deux » pour témoigner de Lui. C’est à ce signe de fraternité et d’amour qu’on les reconnaitra pour ses disciples, car seuls des hommes qui s’aiment savent dire par leur vie que Dieu existe puisqu’il est amour.

Il faut enfin noter que dans la réponse des quatre frères il n’y a pas la moindre hésitation et pas de demi-mesure : ce Jésus de Nazareth qui les appelle, qu’ils ont sans doute déjà vu, parler, prier, agir, les a séduits. Oui, ils sont fascinés comme on peut l’être quand on rencontre son visage. Et puisque c’est l’amour qu’il demande, par pur amour ils vont donc tout quitter. Avec lui, ils graviront la route qui les conduira vers sa Passion et sa Résurrection... et jusqu’à la Pentecôte où ils recevront la plénitude de son Esprit qui fera d’eux des messagers irrésistibles de son Evangile.

Et pour nous, frères et sœurs, qu’en est-il ? Qu’allons-nous faire ?

Est-ce que nous ne ressemblons pas à ces habitants du pays de l’ombre dont parle Isaïe... Notre vie dans la grisaille de nos occupations journalières nous paraît si souvent monotone...

Et si, d’aventure à la banalité s’ajoute l’inimitié, si à la morosité du quotidien s’ajoute la discorde dans les relations (comme saint Paul le déplore auprès des communautés de Corinthe), il n’est pas étonnant que la vie nous apparaisse encore plus dépourvue d’intérêt et de sens...

Quelle lumière, quelle parole, quel visage viendront éclairer et réjouir notre attente ? Nous savons bien, qu’aucune organisation sociale, aucun être, aucun projet humain ne sauraient satisfaire le besoin d’amour et d’infini qui nous habite...

Allons-nous pour autant nous lever pour suivre le Christ ? A vrai dire... nous hésitons ! Et, ce faisant, nous nous trompons nous-mêmes. Nous croyons sauvegarder notre liberté en refusant de partir, préserver notre acquis en évitant de le donner. Mais, en fait, nous perdons notre vie en voulant la garder comme Jésus lui-même nous le dit.

Il nous faut être vrai, frères et sœurs. De toute façon nous suivons tous quelque chose ou quelqu’un :

- nous suivons un idéal ou une idéologie,

- nous suivons nos convictions, nos principes, notre milieu,

- nous suivons des lois, des habitudes, des goûts, nous conformant aux modes ou à la mode, ayant nos maîtres à penser : ceux et celles que nous aimons regarder, écouter, lire et côtoyer... Ainsi, qui que nous soyons, quoique nous fassions, que ce soit dans la révolte et la soumission, que ce soit passionnément ou passivement nous marchons derrière quelque chose ou quelqu’un...

Et si nous nous décidions une bonne fois à marcher résolument à la suite du Christ !

- Lui seul, nous le savons, a les paroles de la vie éternelle...

- Lui seul, nous le croyons, a le dernier mot sur la mort qu’il a vaincue et la vraie réponse à nos souffrances qu’il a remplies de sa présence.

Nous ne pouvons pas vivre comme si ce n’était pas vrai. Nul comme Lui n’a jamais pu dire « Je suis le chemin qui conduit à la vérité et à la vie ». Et nous hésiterions encore à marcher à sa suite ? Oh ! Si l’on pouvait démontrer qu’il existe quelqu’un de plus vrai, de plus saint, de plus riche, de plus aimant, de plus vivant que Lui, un être plus capable de satisfaire le besoin d’amour et d’infini qui est en nous, nous quitterions tout, nous nous lèverions tous pour marcher à sa suite. Mais si c’est Lui qui est la Lumière du Monde, qu’attendons-nous pour sortir de l’ombre ?

Chers frères et sœurs, ce matin, Jésus est là qui s’avance vers chacun et chacune d’entre nous pour nous dire ou nous redire « Toi aussi viens à ma suite ». Levons donc les yeux, regardons-le bien en face et du fond du cœur, disons-lui à l’exemple de Marie qui fut la principale et la plus généreuse collaboratrice du projet divin de salut : « Me voici Seigneur », je mets à ta disposition le pauvre instrument que je suis. Utilise-le comme il te plaira.

Amen.

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 09:38

Lecture du livre d’Isaïe 49, 3. 5-6

Parole du Serviteur de Dieu. Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai ». Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Il parle ainsi : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ».

Commencement de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1, 1-3

Moi, Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être Apôtre du Christ Jésus : avec Sosthène notre frère, je m'adresse à vous qui êtes, à Corinthe, l'Église de Dieu, vous qui avez été sanctifiés dans le Christ Jésus, vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. Que la grâce et la paix soient avec vous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1, 29-34

Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël ».

Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint.” Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ».

Homélie

Je vous demande d’imaginer un instant le récit d’un témoin qui n’aurait rien vu et rien entendu... Personne ne pourrait croire les divagations d’un tel fantaisiste. Encore moins les allégations d’un menteur. On se moquera du premier et on condamnera le second. Rien de plus normal... Pour attester il faut avoir expérimenté.

Aujourd’hui plus que jamais nombreux sont les gens qui se méfient des beaux parleurs, surtout lorsqu’ils ont des prétentions religieuses – et ils ont raison.

Jean-Baptiste et les Apôtres, eux, furent de vrais témoins. Ils ne sont venus à la parole que sur le tard après avoir patiemment cherché le salut, après avoir longuement fréquenté le Sauveur, après avoir traversé le désert et le feu des purifications intérieures. C’est un cœur bouleversé qui s’exprimait alors sur leurs lèvres. Leurs propos jaillissaient d’une vie transformée... Ils savaient de qui ils parlaient, car la rencontre prolongée, la longue intimité avec Jésus avait d’abord transfiguré leur être avant de délier leur langue. Une fois saisis jusqu’au tréfonds de leur personnalité par la puissance du Ressuscité, les annonciateurs de l’Evangile ne reculèrent devant rien ; la mort elle-même leur devint préférable aux silences de la honte, car leur vie était enracinée ailleurs, dans la communion avec Celui qu’ils avaient vu, entendu et touché... C’est pourquoi ils ne pouvaient se taire. Le trop plein de l’expérience débordait nécessairement sur leurs lèvres. Les puissants de la politique ou de la religion, les orateurs ou philosophes les plus cultivés ne purent empêcher l’inondation évangélique d’emporter même les digues les plus solides de la société de ce temps là.

Rendre témoignage dans le monde d’aujourd’hui, n’est-ce pas, frères et sœurs, notre vocation à tous ? Il faudrait que nous en soyons de plus en plus convaincus. Il ne saurait y avoir, en effet, des témoins de service qui dispenseraient les autres de s’engager à fond. Un chrétien témoigne pour le Christ ou il n’est qu’une ombre sans impact.

Mais comment remplir cette mission essentielle ? Eh bien, comme Jean-Baptiste, comme les apôtres, comme tous les saints : en partant, bien sûr, du donné révélé (c’est-à-dire de la Parole de Dieu) mais aussi de notre expérience personnelle et intérieure.  A moins de jouer sur le clavier de l’hypocrisie – vite démasquée d’ailleurs – nous ne pouvons diffuser le message évangélique qu’à partir d’une pratique sérieuse de la vie chrétienne, cette vie chrétienne qui est essentiellement une vie de foi dans l’espérance et l’amour envers Dieu et envers le prochain. Nous avons à dire en écho la Parole de Vérité d’abord entendue et méditée assidûment dans la Bible ou les textes de la Messe que l’Eglise nous présente et nous commente chaque dimanche et jour de fête.

Frères et sœurs, nous avons à partager le Pain vivant, c’est-à-dire Jésus Ressuscité, réellement présent dans l’Eucharistie, dont nous devons avoir faim constamment, Pain Vivant avec lequel nous devons alimenter en nous la vie divine.

Nous avons à révéler le visage du Seigneur, longuement, silencieusement, amoureusement contemplé dans le face à face et le cœur à cœur de la prière.

Quelle place donnons-nous dans notre vie à la prière ? Question capitale.

Nous avons à faire deviner à travers notre comportement la Présence du Seigneur qui nous habite, qui inspire toutes nos pensées, toutes nos paroles, toutes nos actions qui donne un sens et un but à notre existence, parce qu’il est véritablement comme dit saint Augustin « La Vie de notre vie ».

Oui, frères et sœurs dans le monde si indifférent et dans la société si matérialiste qui sont les nôtres, nous sommes acculés, nous les disciples du Christ à l’authenticité, nous sommes condamnés à un accord profond, à une cohérence toujours plus grande entre ce que nous vivons et ce que nous disons. [Elle est valable pour tous cette consigne si pertinente qu’un grand missionnaire, le Père Peyriguère donnait un jour à des futurs prêtres : « Faites attention, leur disait-il, qu’avec vous ce ne soit pas, au service de l’Eglise, un apôtre de plus qui parle simplement le Christ. Combien donnent le Christ sans le parler ? Combien, à le parler sans le vivre, ne le donnent pas ? Le Christ est encombré d’apôtres qui parlent. Oh ! Qu’il a faim et soif d’apôtres qui le vivent ! »]

Nous nous trouvons donc, frères et sœurs en face d’un choix décisif : ou bien nous retrouverons l’aventure des profondeurs, l’aventure de l’intériorité, avant d’allumer autour de nous le désir de la rencontre et de la communion avec le Christ, ou bien notre voix deviendra la triste résonnance de notre vide, un bruit qui ne touchera plus personne.

Que chacun et chacune d’entre nous s’interroge donc au cours de cette Messe : combien de temps vais-je consacrer aujourd’hui et dans tous les jours à venir à mes relations conscientes avec Jésus (et aussi avec Marie qui est le chemin le plus direct et le plus sûr pour aller à Jésus).

Que vais-je changer en moi pour vivre le Christ, de telle sorte que mon témoignage de chrétien ou de chrétienne, soit une parole pleine d’Evangile vécu et soit donc convaincant ?

Jean-Baptiste (l’Evangile vient de nous le rappeler) rendait témoignage à Celui sur qui il avait vu descendre l’Esprit de Dieu.

Les apôtres après la Résurrection annonçaient l’Evangile de Celui que leurs mains avaient touché...

Aujourd’hui dans les différents milieux de vie qui sont les nôtres : Jean-Baptiste, les apôtres c’est NOUS.

Amen. 

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 00:05

Lecture du livre d'Isaïe 7, 10-16

Le Seigneur envoya le prophète Isaïe dire au roi Acaz : « Demande pour toi un signe venant du Seigneur ton Dieu, demande-le au fond des vallées ou bien en haut sur les sommets ». Acaz répondit : « Non, je n'en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l'épreuve ». Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! Eh bien ! Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel, (c'est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, et il saura rejeter le mal et choisir le bien. Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois te font trembler ».

Commencement de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 1, 1-7

Moi Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé par Dieu pour être Apôtre, mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle que Dieu avait déjà promise par ses prophètes dans les saintes Écritures, je m'adresse à vous, bien-aimés de Dieu qui êtes à Rome. Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils : selon la chair, il est né de la race de David ; selon l'Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur. Pour que son nom soit honoré, nous avons reçu par lui grâce et mission d'Apôtre afin d'amener à l'obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. Vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 1, 18-24

Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l'action de l'Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l'ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». Tout cela arriva pour que s'accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

Homélie

Joseph, l’époux de Marie que saint Matthieu met aujourd’hui en scène apparaît souvent comme le grand oublié de l’histoire du salut. Et pourtant il a joué un rôle fondamental dans la venue du Fils de Dieu sur la terre. En outre, avec cette discrétion (qui est le plus souvent la marque des gens qui ont une grande profondeur humaine et spirituelle), Joseph a porté un magnifique témoignage de vie. Saint Joseph, le silencieux, l’effacé, éclaire singulièrement le « Mystère de Noël ». Il éclaire aussi nos relations humaines et familiales.

Saint Joseph nous est tout d’abord montré comme un homme juste.

On imagine volontiers sa souffrance et le cas de conscience qui se pose à lui lorsqu’il constate que Marie porte un enfant qui n’est pas de lui. Pourtant, parce qu’il est « juste » (au sens où il s’ajuste à la volonté du Seigneur) Joseph ne veut pas dénoncer Marie, ce qui aurait pour elle de graves conséquences. Il prend la décision de la « renvoyer en secret » comme s’il renonçait à ce mariage pour laisser Marie libre. Il ne condamne pas ce qu’il ne comprend pas. Il aime Marie et lui accorde encore un apriori favorable malgré les apparences qui sont contre elle. Ce faisant il voit et agit en juste, Lui, l’humble artisan de Nazareth, il sauve le sauveur et sa mère.

Ce fut sa manière à lui de donner la vie à Jésus.

Saint Joseph nous donne là une grande leçon : trop souvent en effet nous jugeons selon les apparences, nous dénonçons par médisance ou par calomnie sans souci du mal que nous pouvons faire ainsi.

Saint Joseph nous apprend le respect, la bienveillance, l’amour qui sauve et fait vivre. Il nous enseigne la « justesse » du regard qui cherche à comprendre et fait confiance.

Saint Joseph nous est aussi montré comme un homme de Foi. Comme tant être humain il faisait de beaux rêves, de beaux projets... Et puis soudain il comprend que rien ne sera comme prévu... Dieu s’adresse à lui dans un songe, lui offrant un destin inattendu, une place de choix dans l’histoire du salut. S’il refuse de croire à cette parole, il s’éloigne de Marie, refuse cet enfant avec un douloureux sentiment d’échec, il restera un inconnu. Par contre, s’il croit ce qui lui parait invraisemblable et s’il admet, lui aussi, que « rien n’est impossible à Dieu » il entre dans une aventure exceptionnelle. Il insère le Sauveur dans la lignée de David et lui donne le nom de Jésus.

Par lui, Jésus n’est pas aux yeux du monde le fils de l’infidélité, mais le Fils de Dieu, l’Emmanuel « Dieu avec nous » comme l’annonçait le prophète Isaïe. Dans un grand acte de foi, il choisit de prendre avec lui, Jésus et Marie. Il devient ainsi le père adoptif du Messie de Dieu.

En cela aussi, chers frères et sœurs, saint Joseph nous donne une grande leçon. Nos vies sont faites de choix difficiles. Il arrive que Dieu, à travers les évènements nous appelle à l’inattendu. Pas facile alors de choisir dans l’obscurité de la Foi. Pourtant nous découvrons par la suite que nous avons eu raison de faire confiance à la tendresse imaginative du Seigneur qui nous pousse plus loin que nos projets.

Chers frères et sœurs, l’Evangile de ce 4ème Dimanche de l’Avent nous aura donc fait comprendre qu’auprès de Jésus, Marie et Joseph ont eu chacun un rôle spécifique. Marie a mis au monde le Fils de Dieu, rôle inouï pour un évènement unique dans notre histoire humaine « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » dira Saint Paul.

Joseph, lui fut le père adoptif. Il faut savoir qu’à cette époque l’adoption était considérée comme une authentique paternité créant des liens aussi forts que la filiation charnelle. C’est pour cette mission qu’il a eu droit à « une annonciation » en bonne et due forme. « Joseph ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse ; l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit-Saint ». Joseph exercera sa responsabilité de père en donnant à l’enfant le nom de Jésus.

Jésus a donc été élevé par un homme et une femme, c’est entre eux deux qu’il a grandi, fait son apprentissage d’homme et s’est préparé à sa mission de Sauveur du monde. Auprès de Joseph, Jésus a fait l’expérience humaine du père. Dans l’Evangile il appelle Dieu son Père « Abba » équivalent de « papa », c’est aussi par ce nom qu’il appelait Joseph son père adoptif. Et lorsqu’il dira « qui d’entre vous si son fils lui demande du pain lui donnera une pierre » n’exprime-t-il pas indirectement son souvenir de la sollicitude affectueuse dont Joseph l’a entouré ? Qui pourra faire l’inventaire de tout ce que le Christ a reçu, a voulu recevoir de Joseph ?

A nous aussi, il peut apporter beaucoup. Confions-nous donc à sa puissante intercession.

Amen.

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 00:05

Lecture du livre d'Isaïe 35, 1-6a.10

Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent ! Le pays aride, qu'il exulte et fleurisse, qu'il se couvre de fleurs des champs, qu'il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et de Sarône. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s'affolent : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c'est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver ». Alors s'ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s'enfuiront.

Lecture de la lettre de saint Jacques 5, 7-10

Frères, en attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience. Voyez le cultivateur : il attend les produits précieux de la terre avec patience, jusqu'à ce qu'il ait fait la première et la dernière récoltes. Ayez de la patience vous aussi, et soyez fermes, car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d'endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 2-11

Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par ses disciples : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre, » Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! » Tandis que les envoyés de Jean se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu'êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ?... Alors, qu'êtes-vous donc allés voir ? Un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Qu'êtes-vous donc allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu'un prophète. C'est de lui qu'il est écrit : Voici que j'envoie mon messager en avant de toi, pour qu'il prépare le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi les hommes, il n'en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. »

Homélie

Il est des moments dans la vie où tout se trouve brutalement remis en question. Combien de gens ne voit-on pas au soir de leur existence, (quelque fois beaucoup plus tôt) qui s’interrogent avec amertume : « Quel a été le sens de ma vie, qu’en restera-t-il ? N’ai-je pas fait fausse route, ne me suis-je pas illusionné ? »

Ces heures de doute lancinant Jean-Baptiste, le Précurseur du Christ, les a vécues derrière les barreaux de cette prison de Macheroute où le Roi Hérode l’avait fait incarcérer. Aurait-il tant prêché et tant risqué pour rien ?

Pendant des mois, sur les bords du Jourdain, il a proclamé la venue imminente du Messie, un jour il l’a montré à la foule « Voici l’agneau de Dieu » ; et il l’a même baptisé. A d’anciens disciples qu’on laisse accéder jusqu'à lui, Jean-Baptiste fait part de ses interrogations et de ses inquiétudes. Pas question, bien sûr, de remettre en cause la parole de Dieu transmise par les prophètes. Jean est sûr qu’un Messie va venir, puisque les prophètes l’ont annoncé !

Mais, lui, Jean, ne s’est-il pas trompé quand au bord du Jourdain il a désigné Jésus comme ce Messie qu’on attendait depuis des siècles ? N’a-t-il pas été présomptueux en prenant comme une inspiration divine ce qui, après tout n’était peut-être qu’un enthousiasme personnel et passager ? Ce Jésus de Nazareth, s’il est le Messie qu’attend-il donc pour se manifester avec éclat et répondre à l’espérance de tout son peuple ?

Jean espérait un justicier impitoyable et on lui dit que Jésus est un guérisseur des corps et un médecin des âmes. La vengeance de Dieu s’annonçait et c’est la miséricorde qui est offerte avec douceur et humilité. Il y a même du scandale dans l’air. N’a-t-on pas vu ce défenseur des pauvres et ce fils du peuple élu fréquenter les riches, partager la table des pharisiens rigides et des publicains méprisés ? Il a été jusqu’à louer la foi d’un officier païen de l’armée d’occupation ? Etrange libérateur et tellement différent du portrait prophétisé... Héritier de toute la Bible, mais peut-être rempli avant tout par les images bibliques du jugement final, Jean ne comprend plus. Et comme il veut en avoir le cœur net, il envoie des messagers à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Et Jésus répond non par des mots, mais par des actes : « Allez répondre à Jean ce que vous entendez dire de moi et ce que vous me voyez faire ».

Mais il ne s’agit pas d’éclat de victoire, ni de vengeance assouvie. Pas même une réponse aux espérances politiques, religieuses ou nationalistes d’un bon nombre. Le Messie est bien là, la libération a commencé. Le Royaume de Dieu est inauguré, mais autrement. Les signes de la présence du Royaume et de son Messie n’ont rien de spectaculaire. Ils sont tellement discrets et dissimulés dans la pâte de la vie quotidienne qu’ils passent aisément inaperçus. Jésus refuse donc de répondre à Jean-Baptiste en présentant ses titres et ses lettres de créance. Il ne cherche pas à justifier sa présence ni ses attitudes qui étonnent, choquent et divisent. Les preuves qu’il est bien le Messie promis et attendu, Jean est invité à les voir dans les gestes d’amour et de pardon, le témoignage d’un esprit largement ouvert et toujours accueillant, un cœur sans frontières, un total respect de tout être, une passion de la vérité et de la justice, une incessante fidélité à défendre les droits de Dieu et ceux de la personne humaine. L’envoyé de Dieu n’est-il pas celui qui doit passer en faisant le bien, en annonçant le Bonne Nouvelle aux pauvres, à tous ceux dont les genoux fléchissent tellement ils sont accablés.

Les voies de Dieu sont souvent déroutantes. A Jean-Baptiste qui avait dans sa prison tant de raisons pour s’impatienter et se décourager, Jésus rappelles les promesses d’Isaïe ; il lui fait savoir comment elles sont en voie d’accomplissement. Cela ne changera rien à la situation pénible du précurseur : prisonnier, il le restera jusqu’au soir de son exécution. Et pourtant à partir de là pour Jean-Baptiste la vie aura retrouvé son sens. Parce qu’il aura reconnu la fidélité de Dieu à la parole donnée, il pourra accepter de « diminuer pour que le Messie grandisse ». Il pourra accepter d’être la semence que l’on enfouit en terre pour que germe la moisson...

Chers frères et sœurs, la situation de doute dans laquelle Jean-Baptiste s’est trouvé, certains peut-être parmi nous sont en train de la vivre. Mais sachons que nous sommes tous appelés à la vivre un jour ou l’autre, sur un autre mode sans doute et à un moindre degré. A une certaine époque, peut-être avons-nous cru à un grand idéal ? Peut-être avons-nous cru à la possibilité d’un grand amour ou d’un grand appel ? Et voilà que la vie nous a déçus et meurtris : blessures qu’infligent les échecs ou ankylose que provoque la monotonie, la banalité du quotidien. Et Dieu semble se taire. Il ne répond pas à nos attentes, ni à nos désirs. Comme ses voies nous paraissent déroutantes ! Mais c’est parce que nous voulons sans cesse les réduire à des dimensions humaine, c’est parce que nous n’acceptons pas le cheminement qui fut celui de Jean-Baptiste, (et qui est une préfiguration de celui de Jésus lui-même), cheminement qui passe par la mort pour aboutir à la Résurrection. C’est au Jardin de l’Agonie et c’est sur le Calvaire que Jésus a pu signifier au maximum l’amour qu’il porte à son Père et aux hommes.

C’est peut-être au creux de l’épreuve quand tout devient obscur, quand tout semble muré que nous pouvons le mieux apprendre à aimer.

Demandons à Marie, notre Educatrice spirituelle de nous le faire comprendre.

Amen.

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 00:05

 

Lecture du livre d'Isaïe 11, 1-10

Parole du Seigneur Dieu : Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d'après les apparences, il ne tranchera pas d'après ce qu'il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. Justice est la ceinture de ses hanches : fidélité, le baudrier de ses reins. Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 15, 4-9

Frères, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l'espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l'Écriture. Que le Dieu de la persévérance et du courage vous donne d'être d'accord entre vous selon l'esprit du Christ Jésus. Ainsi, d'un même cœur, d'une même voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu, vous qui étiez païens. Si le Christ s'est fait le serviteur des Juifs, c'est en raison de la fidélité de Dieu, pour garantir les promesses faites à nos pères : mais, je vous le déclare, c'est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire : comme le dit l'Écriture : Je te louerai parmi les nations, je chanterai ton nom.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 3, 1-12

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche ». Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe : À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons Abraham pour père' : car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l'eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu : il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas ».

Homélie

Tout au long de la trajectoire que forme l’histoire du salut, les prophètes ne cessent de répercuter les appels de Dieu. Ces porte-paroles du Seigneur sont des « durs » qui se dressent dans le désert de l’indifférence religieuse. Rien ne leur fait peur...

Jean-Baptiste qui est le dernier anneau de la lignée des prophètes est le plus illustre de ces crieurs publics. Il fut dur avec lui-même et ce qu’il exigea des autres il commence par le vivre énergiquement. Saint Matthieu nous le montre aujourd’hui aux prises avec des auditeurs au cœur de pierre et à l’esprit tordu. Beaucoup parmi les Juifs qui venaient à lui se disaient en effet, « fils d’Abraham » dans un grand élan de prétention et de satisfactions religieuses. Mais combien avaient le courage de passer aux actes : ces actes qui engagent et transforment une vie ?

Impitoyable, le Précurseur du Christ devine la comédie des pénitents qui avouent leurs péchés du bout des lèvres et s’arrangent ensuite pour éviter de produire des fruits qui mettraient en péril leur confort, leurs habitudes, leur routine de pratiquants assoupis dans leur bonne conscience. Sur ce peuple de conformistes, Jean-Baptiste tonne avec des expressions cinglantes qui réveillent comme un orage et secouent comme un tremblement de terre. Sur ces hypocrites il ne craint pas d’appeler la hache et le balai, le feu et l’Esprit de Dieu. C’est sa manière à lui d’attendre le Messie et de préparer sa venue. Sainte colère qui doit redresser chemins et personnes pour permettre de bien accueillir Celui qui arrive en Sauveur du Monde par la croix.

Chers frères et sœurs, l’Avent dans lequel nous sommes entrés, il y a une semaine, n’est pas une berceuse pour enfants sages. On ne peut vivre sérieusement ce temps de grâce que si on redouble d’efforts pour se convertir. Par trois fois, d’ailleurs, l’Evangile aujourd’hui nous rappelle cette nécessaire et très urgente conversion. Mais de quoi s’agit-il en fait ?

- La conversion est d’abord un jugement, non pas sur les autres, mais sur soi-même. Se convertir consiste en premier lieu à se regarder devant Dieu et à prendre sa propre mesure face à Dieu. Il faut bien comprendre, en effet, qu’à partir du moment où nous acceptons de nous voir lucidement devant Dieu nous ne nous considérons plus comme seuls maîtres de notre personne et de notre vie. Il se produit un retournement de notre mentalité. Au lieu de ramener toutes choses à nos manières de voir, nous tournons les yeux vers le Seigneur pour l’interroger et suivre son regard à Lui : la grande Loi de la vie chrétienne consiste à éclairer par l’Evangile nos pensées et nos actes. En retour, une loyale réponse à la lumière reçue aide à mieux comprendre l’Evangile.

- La conversion est, en second lieu, une décision. Ayant accepté l’éclairage de l’Evangile on se décide à agir en conséquence. C’est ce que l’Eglise a désigné dans la 1ère oraison de cette messe sous le nom « d’intelligence du cœur ». L’intelligence du cœur c’est l’accueil pratique et réaliste de la Parole de Dieu, sa mise en application. C’est sur le terrain, en effet, c’est dans la réalité de la vie que se vérifie l’adhésion à l’Evangile.

Jean-Baptiste nous dit cela de façon particulièrement suggestive : « Produisez donc, nous dit-il, un fruit qui exprime notre conversion », car vous savez bien ce qui arrive à l’arbre qui ne porte pas de fruits : on le coupe et on le jette au feu...

Alors, frères et sœurs, ne restons pas dans le domaine du rêve, de l’illusion, des bonnes intentions : nous nous y complaisons si facilement. Soyons bien convaincus que ce sont nos actes qui révèlent ce que nous sommes...

Jésus sur ce point, nous a avertis solennellement : « Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père qui est aux cieux ». Et c’est dans le même sens que l’Apôtre Jean déclare dans sa 1ère lettre : « N’aimons pas par des paroles et des discours, mais en actes et en vérité ». Or, les actes que la conversion produit immanquablement si elle est profonde, ce sont des actes de foi, d’espérance et d’amour, des actes de justice, de pardon et de paix. Il s’agit de faire passer dans toute notre vie, des enseignements que le Christ nous transmet par son Eglise (sans faire un tri entre ceux qui nous conviennent et ceux qui nous déplaisent). Il s’agit d’abandonner nos erreurs, nos péchés, nos mauvaises habitudes, notre indifférence à l’égard de Dieu et du prochain. Il faut que nous soyons justes et charitables à l’égard de tous ceux qui nous entourent, qu’ils soient sympathiques ou non ; qu’ils partagent ou non nos idées, nos aspirations et même nos croyances et que nous le soyons d’autant plus qu’ils sont plus malheureux. Autrement dit, il faut que nous soyons les imitateurs de Dieu qui s’est donné à nous à Noël... en nous donnant à notre tour, très généreusement à nos frères. Il est sûr que cela exige beaucoup de notre part. Mais Jésus ne nous a jamais dit que l’Evangile serait facile à pratiquer. Il ne nous l’a jamais présenté comme un chemin de velours mais comme un rude chemin de croix.

Heureusement que dans sa suprême sagesse et son immense miséricorde, il nous a promis le Secours d’En-Haut : cette grâce actuelle que l’on obtient toujours si on la demande dans une prière humble, confiante et persévérante. C’est elle qui nous donne la force de conformer notre volonté à celle de Dieu, en dépit de notre faiblesse et de toutes les difficultés.

Frères et sœurs, si nous voulons vivre d’une manière fructueuse le temps de l’Avent, prenons la ferme résolution de nous convertir en profondeur et comportons nous de telle manière que le témoignage de notre vie exemplaire, toute rayonnante de foi, d’amour, fasse naître dans le cœur de nos frères incroyants ou indifférents le désir de nous rejoindre.

Guidés, encouragés et soutenus par Marie, notre éducatrice spirituelle, préparons en nous et autour de nous les chemins du Seigneur.

Amen.

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 08:49

 

Lecture du livre d'Isaïe 2, 1-5

Le prophète Isaïe a reçu cette révélation au sujet de Juda et de Jérusalem : Il arrivera dans l'avenir que la montagne du temple du Seigneur sera placée à la tête des montagnes et dominera les collines. Toutes les nations afflueront vers elle, des peuples nombreux se mettront en marche, et ils diront : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, au temple du Dieu de Jacob. Il nous enseignera ses chemins et nous suivrons ses sentiers. Car c'est de Sion que vient la Loi, de Jérusalem la parole du Seigneur ». Il sera le juge des nations, l'arbitre de la multitude des peuples. De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre. Venez, famille de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 13, 11-14a

Frère, vous le savez : c'est le moment, l'heure est venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu'à l'époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans ripailles ni beuveries, sans orgies ni débauches, sans dispute ni jalousie, mais revêtez le Seigneur Jésus Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « L'avènement du Fils de l'homme ressemblera à ce qui s'est passé à l'époque de Noé. À cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche. Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu'au déluge qui les a tous engloutis : tel sera aussi l'avènement du Fils de l'homme. Deux hommes seront aux champs : l'un est pris, l'autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l'une est prise, l'autre laissée. Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra ».

Homélie

Chaque année durant les quatre semaines qui précèdent Noël, l’Eglise nous fait célébrer le mystère de l’Avent. Ce mot qui signifie venue évoque tout d’abord une merveilleuse réalité du passé : la naissance à Bethléem du Fils Unique de Dieu qui a pris chair dans le sein de la Vierge Marie. « Quand les temps furent accomplis, nous dit saint Paul, Dieu envoya son Fils, né d’une femme ». Cet évènement de l’Incarnation - le plus considérable de toute l’histoire humaine - Dieu l’avait longuement et patiemment préparé dans le peuple Juif, suscitant en lui par ses prophètes l’espérance du salut, faisant de lui « comme un berceau dans lequel il viendrait au jour de Noël déposer son Fils unique, le Sauveur Jésus ». (Cardinal Journet) Cette longue attente qui atteignit sa plus haute tension dans le cœur de Marie, « la fille de Sion » est offerte à notre contemplation, tout au long de ce temps de grâce qu’est l’Avent, pour stimuler notre espérance en cette sublime réalité à venir qui est le retour glorieux du Christ-Roi et pour creuser notre désir de sa venue actuelle dans nos vies.

Car le Seigneur reviendra, comme il l’a promis, au « dernier jour », dans une apothéose de gloire. Il achèvera alors et couronnera son œuvre en transfigurant le monde et en introduisant l’humanité ressuscitée dans le Royaume d’éternel bonheur que le Père des Cieux a préparé pour ses enfants depuis la fondation du monde.

Disons-nous bien que nous ne serons pleinement chrétiens que si nous sommes constamment orientés et comme tendus vers cet ultime avènement de Notre-Seigneur, objet de notre Foi et de notre Espérance. Sans oublier cependant que la meilleure manière de l’attendre et de nous y préparer c’est de l’accueillir, lui le Christ, qui vient à tout instant et de bien des manières dans notre vie de tous les jours : venue très réelle, mais habituellement si discrète que seul le regard pénétrant de la Foi est capable de la discerner au delà des apparences, au delà des signes.

C’est ainsi que le Seigneur vient au devant de nous par sa Parole qui éclaire notre route, répond aux grandes questions que nous nous posons, donne un sens à notre vie et nous façonne peu à peu à sa ressemblance, si toutefois nous sommes assidus à l’écouter et la méditer. Il vient à nous à travers les Sacrements, plus particulièrement l’Eucharistie qui est une rencontre unique avec sa personne réellement présente sous les apparences du pain et du vin consacrés par le prêtre ; rencontre privilégiée dans laquelle nous nous unissons à son sacrifice rédempteur et recevons en abondance la vie divine qui en est le fruit.

Il vient dans toutes nos prières, grâce auxquelles nous pouvons approfondir notre intimité avec lui et obtenir toutes les grâces dont nous avons besoin tant pour le corps que pour l’âme. Il vient encore à nous très concrètement à travers le prochain. C’est lui-même qui l’affirme : « celui qui reçoit un de ces petits, c’est moi qu’il reçoit. Tu as vu ton frère, dit un Père de l’Eglise, tu as vu ton Dieu ». Jésus vient enfin à nous à travers tous les évènements, petits ou grands, heureux ou malheureux qui tissent la trame de notre existence. Dans tout ce qui nous arrive, en effet, n’y-a-t-il pas un signe de Dieu, la marque toute particulière de sa Providence ? Si, moyennant les secours de la grâce, nous aspirons à vivre intensément ces diverses rencontres avec l’ami divin, si nous nous montrons de plus en plus fidèles aux rendez-vous qu’il nous donne dans chaque instant présent, nous ne serons ni surpris, ni désemparés lorsque sonnera pour nous l’heure du suprême rendez-vous celui de notre mort. Quelle merveilleuse surprise ce sera alors pour nous ! Et quelle indicible joie ! Lorsqu’étant enfin nés à la vie du ciel – car la mort ne sera rien d’autre que notre deuxième et définitive naissance - nous pourrons communier pleinement, dans la très pure clarté de la Gloire, à Celui que nous aurons si ardemment désiré et si souvent accueilli ici-bas dans l’obscurité de la Foi. Rappelons nous ici la parole de saint Jean : « Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est ».

Pour cette perspective-là aussi : celle du terme ultime de notre aventure humaine personnelle, l’Eglise, par sa liturgie de l’Avent, nous éduque excellemment à l’Espérance surnaturelle.

Frères et sœurs, pour que le temps de l’Avent qui nous familiarise si bien avec le mystère« du Dieu qui vient » nous soit spirituellement profitable demandons à Marie qui est la« Mère de la Sainte Espérance » de mettre en nos cœurs les sentiments qui animaient le sien lorsqu’elle attendait la première venue du Sauveur.

Puisse-t-elle nous apprendre à accueillir le Seigneur avec le plus grand amour possible en toutes ses venues « maintenant et à l’heure de notre mort ».

Amen.

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 19:45
2ème dimanche de Carême

Lecture du livre de la Genèse 12, 1-4a

Abraham vivait alors en Chaldée. Le Seigneur lui dit : « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te méprisera. En toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Abraham partit, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth partit avec lui.

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 1, 8b-10

Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l'annonce de l'Évangile. Car Dieu nous a sauvés, et il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible à nos yeux, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s'est manifesté en détruisant la mort, et en faisant resplendir la vie et l'immortalité par l'annonce de l'Évangile.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17, 1-9

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie ». Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! » Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d'une grande frayeur. Jésus s'approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n'ayez pas peur ! » Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.

En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts ».

Homélie

Jésus s’est donc rendu au sommet d’une montagne avec 3 de ses apôtres : Pierre, Jacques et Jean. Soudain, au cours de sa prière, son visage change d’aspect et flamboie comme un éclair. Lui dont la divinité n’était signalée par aucune auréole est soudain illuminé d’une lumière mystérieuse ; lui qui portait l’humble costume des paysans galiléens apparaît maintenant revêtu de vêtements d’une blancheur éclatante ; lui qui avait tant d’ennemis parmi les chefs du peuple et dont l’action était contrecarrée âprement reçoit maintenant l’hommage de Moïse et d’Elie, les grands héros de l’histoire d’Israël, tandis qu’une voix du ciel, la voix de Dieu le Père proclame solennellement : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ».

Nous comprenons la surprise joyeuse des apôtres et leur enthousiasme à la vue de ce Jésus qui dans l’existence journalière était si simple, si familier, si pareil aux autres hommes et qui brusquement leur laisse entrevoir l’éblouissante splendeur de sa divinité. Certes auparavant, Certes, auparavant, ils devinaient bien que leur Maître était plus qu’un homme. Pierre avait même fait au nom des Douze cette magnifique profession de Foi : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant… » Mais de cette vérité, dans le cours de la vie ordinaire ils n’étaient que trop portés à l’oublier.

Or, maintenant qu’ils voient se révéler, dans un éclair de gloire, le Christ qui est « le Fils bien-aimé du Père », le Sauveur annoncé par les prophètes (représentés ici par Moïse et Elie) ils prennent conscience tout à coup de l’extraordinaire faveur qui leur est faite et ils voudraient éterniser cette minute exceptionnelle : « Seigneur il fait si bon ici, restons-y ».

Rêve chimérique que Jésus va dissiper, car l’homme ici-bas ne doit pas vivre habituellement sur le Thabor et dans les ravissements de l’extase… La plaine le réclame pour le combat et le travail. Mais dorénavant toute leur existence (qui restera dans le détail des heures, monotone et pénible) apparaîtra merveilleusement transfigurée par cette minute de lumière inoubliable.

Chers frères et sœurs, nous qui n’avons pas eu comme les Apôtres la ferveur de voir le Christ Glorifié, nous avons cependant une lumière capable de transfigurer, toute notre vie : c’est la lumière intérieure, la lumière surnaturelle de la Foi… Il est clair que si nous projetons sur notre vie un regard simplement humain, elle nous apparaît plutôt maussade, presque toujours en grisaille et même à certaines heures absurde et cruelle. Nous sommes aux prises, en effet, avec tant et tant de difficultés. Trop souvent nous avons l’impression d’être emportés par la vague déferlante des évènements qui nous dépassent. Notre travail quotidien peut nous paraître fastidieux et, à la longue, exaspérant. Et ceux qui nous entourent, y compris ceux que nous aimons peuvent alourdir encore notre épreuve. Dieu lui-même peut nous sembler lointain, absent des prières par lesquelles nous cherchons à le rejoindre, étrangement neutre et indifférent au drame de notre existence. Mais si nous projetons sur cette vie humaine les clartés de la Foi, alors tout est changé, tout peut se transfigurer, comme un paysage morose qui s’anime, se colore et se met à sourire à la lumière du soleil.

Car la Foi, voyez-vous, nous donne une autre vision du monde et de l’aventure humaine : elle nous permet de faire cette découverte enthousiasmante à savoir que Dieu, s’il reste invisible n’est pas lointain, mais tout proche, présent partout et surtout en nous-mêmes par le mystère de la Grâce sanctifiante, et qu’il nous enveloppe constamment de sa Tendresse. Nous découvrons que Dieu, apparemment silencieux et détaché nous aime, chacune et chacun, d’un amour éperdu et s’occupe par sa Providence du détail de nos vies… Jésus réellement présent nuit et jour dans le Tabernacle de nos églises. Jésus qui par la Communion Eucharistique dépose en nous le germe de notre future glorification, nous plonge davantage dans l’intimité divine et resserre nos liens d’amour avec tous nos frères.

Et dans cette lumière qui vient d’En-Haut nous découvrons également que nos démarches quotidiennes, si insignifiantes à première vue, que notre travail le plus banal, qu’en un mot tout ce qui occupe nos journées, tout cela peut être divinisé, tout cela peut avoir un retentissement éternel si toutefois, bien sûr, nous nous efforçons de la vivre en union avec le Christ, si toutefois nous nous efforçons de l’accomplir comme le Christ lui-même l’accomplirait s’il était à notre place.

Enfin grâce à cette lumière surnaturelle de la Foi nous découvrons que nos souffrances, qu’elles soient physiques, morales ou spirituelles, (ces souffrances qui nous révoltent aussi longtemps qu’elles nous semblent absurdes) que nos souffrances ont un sens : qu’elles peuvent devenir utilisables et porter beaucoup de fruits si nous savons les unir aux souffrances du Sauveur : Mystère de Compassion, de Co rédemption dont la Vierge Marie est le plus bel exemple. Malheureusement ces vérités si réconfortantes, nous les oublions trop facilement et cela parce que nous ne savons pas (ou ne cherchons) pas assez à nous élever jusqu’au niveau d’une foi vraiment surnaturelle. Notre comportement, nos réactions ressemblent trop souvent au comportement et aux réactions de ceux qui ne partagent pas cette Foi. Trop souvent c’est l’humain qui prédomine en nous. Et il faut bien reconnaître que la démarche du croyant n’est pas facile, car les réalités invisibles ne sont ni tangibles, ni mesurables, elles n’atteignent pas nos sens. Nous ne pouvons pas voir de nos yeux, ni toucher de nos mains le monde surnaturel dans lequel, pourtant, nous sommes plongés, comme dans l’air que nous respirons. Et il faut ajouter que les instants où Dieu par une lumière spéciale devient « sensible au cœur », ne sont jamais dans notre vie que des minutes brèves. La joie comblante de la Transfiguration fut, pour les Apôtres, de courte durée. Et s’imaginer que les Saints vivaient toujours en extase avec le ciel ouvert devant les yeux est une grosse erreur.

Pour les Saints, comme pour nous la vie terrestre a été une épreuve et un combat spirituel dans l’obscurité. Il reste que pour nous, comme pour eux, la Foi doit être ce phare dans la nuit, ce rayon de lumière qui permet d’avancer sans s’égarer sur le chemin montant, étroit et escarpé, qui mène à Dieu. Et puisque la Foi dépend de la Grâce et de notre bonne volonté, puisque la Grâce nous est toujours offerte, il dépend finalement de nous que notre Foi chrétienne devienne plus forte, plus surnaturelle, plus rayonnante. Faisons donc des efforts dans ce sens. Il serait vraiment dommage de rester dans les ténèbres alors que nous pouvons marcher sous le grand soleil de Dieu. Et puisque nous connaissons bien notre faiblesse, redisons souvent cette profonde prière qui fut inspirée à un paysan du temps de Jésus : « Seigneur, je crois, mais viens en aide à mon incrédulité ». Oui, Seigneur, c’est bien vrai, trop souvent nous sommes des croyants incroyants ou peu croyants…

Accorde-nous, par Marie ta Très Sainte Mère qui est le Modèle incomparable de la Foi, de dépasser le stade d’une foi imparfaite, réveille notre Foi, trop souvent somnolente pour que notre existence monotone et éprouvée soit toute entière illuminée par Ta Présence, par Ta Vie en nous, en attendant le jour éternel où nous te serons semblables parce que nous te verrons tel que tu es dans les splendeurs de la Bienheureuse Trinité.

Amen.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 07:42

Lecture du livre d'Ézékiel 37, 12-14

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d'Israël. Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j'ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai sortir, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous installerai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur : je l'ai dit, et je le ferai. – Parole du Seigneur.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 8-11

Frères, sous l'emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes. Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 11, 1-45

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets

[Un homme était tombé malade. C’était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. (Marie est celle qui versa du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. Lazare, le malade, était son frère.)] Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade ». En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié ». Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l'endroit où il se trouvait ; alors seulement il dit aux disciples : « Revenons en Judée ». [Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ? » Jésus répondit : « Ne fait-il pas jour pendant douze heures ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui ». Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s'est endormi ; mais je m'en vais le tirer de ce sommeil ». Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé ». Car ils pensaient que Jésus voulait parler du sommeil, tandis qu'il parlait de la mort. Alors il leur dit clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n'avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! »]

Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. [Comme Béthanie était tout près de Jérusalem — à une demi-heure de marche environ — beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil.] Lorsque Marthe apprit l'arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas ». Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera ». Marthe reprit : « Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection ». Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde ». [Ayant dit cela, elle s'en alla appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t'appelle ». Marie, dès qu'elle l'entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus. Il n'était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe l'avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie, et lui manifestaient leur sympathie, quand ils la virent se lever et sortir si vite, la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau pour y pleurer. Elle arriva à l'endroit où se trouvait Jésus ; dès qu'elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». Quand il vit qu'elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d'une émotion profonde.] Il demanda : « Où l'avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Viens voir, Seigneur ». Alors Jésus pleura. Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l'aimait ! » Mais certains d'entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

Jésus, repris par l'émotion, arriva au tombeau. C'était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre ». Marthe, la sœur du mort, lui dit : « Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu'il est là ». Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l'ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ». On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m'exauces toujours ; mais si j'ai parlé, c'est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé ». Après cela, il cria d'une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller ».

Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui.

Homélie

La scène que saint Jean vient de nous dépeindre est admirable en tous points et riche en enseignements de la plus haute importance. Jésus s’y montre, tout d’abord profondément humain, ne cachant pas son émotion et pleurant la mort de son ami Lazare, comme il nous arrive de le faire chaque fois que nous perdons un être cher.

Il y apparaît aussi dans sa Toute-Puissance de Fils de Dieu, puisqu’il commande en maître à la mort et fait resurgir la vie dans un corps qui commençait à se décomposer.

Ce sont deux vérités que nous trouverons fort bien exprimées dans la préface de cette Messe : « Il est cet homme plein d’humanité qui a pleuré sur son ami Lazare ; il est aussi Dieu, le Dieu éternel qui fit sortir la mort du tombeau ».

Nous remarquons toutefois que cette même préface ajoute « Dans sa tendresse pour tous les hommes il nous conduit par les mystères de sa Pâque jusqu’à la vie nouvelle ».

Et c’est bien là, chers frères et sœurs, l’enseignement majeur de cet évangile, enseignement qui est fortement mis en lumière par le sublime dialogue entre Jésus et Marthe, la sœur du défunt. Malgré son immense peine et sa grande déception de l’absence de Jésus, Marthe garde en son cœur un espoir très ferme bien qu’elle n’en précise pas l’objet : « Je sais que maintenant encore Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas... » Jésus répond catégoriquement, mais sans rien promettre pour l’immédiat : « Ton frère ressuscitera ».

Marthe lui dit alors sa conviction (qui est celle de tous les Juifs profondément religieux de l’époque) « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection de tous les hommes ». C’est une profession de foi que Jésus approuve, mais qui ne le satisfait pas encore pleinement, car il s’agit là, à ses yeux d’une foi encore trop générale et trop lointaine. Ce que Marthe doit bien saisir, c’est que cette résurrection de tous les hommes au dernier jour sera l’œuvre ultime de ce Jésus qui lui parle en ce moment et en qui elle a une si grande confiance. Professer une idée générale de la résurrection c’est nettement insuffisant parce que c’est croire à une réalité abstraite, or ce que Jésus désire par-dessus-tout c’est qu’on ait foi, et une foi absolue, en cette personne bien concrète et bien vivante qu’il est lui-même.

La conviction qu’il cherche à enraciner dans le cœur de Marthe et dans le cœur de tous ceux qui l’écoutent, c’est qu’il n’est pas seulement celui qui a le pouvoir de donner la résurrection et la vie, mais qu’il est lui-même en personnes, en sa Personne du Dieu fait homme « La Résurrection et la Vie ».

Jésus nous avertit par là que le mot Résurrection recouvre deux significations bien différentes : jadis, certains prophètes, ont obtenu par leur prière des résurrections. Jésus lui-même a ressuscité le fils de la veuve de Naïm et la fille de Jaïre, et il s’apprête à ressusciter pareillement son ami Lazare. Mais ces résurrections-là, (il importe de le souligner) ne sont en réalité que des annonces, des préfigurations de la véritable Résurrection telle qu’elle se réalisera bientôt en Jésus et plus tard dans tous les hommes. Ceux qui ont été ressuscités soit par les prophètes, soit par Jésus lui-même n’ont bénéficié en réalité que d’une réanimation et ils ont eu le privilège, si on peut dire, de mourir une deuxième fois, et de cette deuxième mort ils ne sont pas revenus.

Tandis que la Résurrection que Jésus va connaître au matin de Pâques c’est bien autre chose... C’est un mystère de Transfiguration du corps humain qui entre dans un état tout à fait nouveau dont nous n’avons absolument pas l’expérience et que nous sommes incapables d’exprimer en langage humain : par le mystère de la Résurrection, le corps de Jésus, entièrement spiritualisé, entre dans la vie éternelle non seulement au sens de vie illimitée... mais de vie toute autre. En vérité seule la Résurrection de Jésus est la vraie, la parfaite Résurrection dont toutes les autres découlent. Il est, Lui, la Résurrection par excellence : tous les hommes participeront au dernier jour à cette résurrection corporelle et glorieuse de leur Maître et Seigneur, tout comme Marie, qui, Elle, à cause de son Immaculée Conception, a eu l’insigne privilège d’y participer la première (aussitôt après sa mort) le jour de son assomption. Oui, un jour, nous aussi, nous serons élevés corps et âme, tout comme Marie, dans la gloire du ciel... Voilà ce que Jésus veut nous dire à travers les paroles si denses de cet Evangile, lui qui est « la Vie », il ne veut pas que l’homme demeure pour toujours prisonnier de la mort.

S’il vient vers l’homme, c’est pour le sortir de son péril et de son malheur ; c’est pour le sauver de la mort éternelle qui à ses yeux est la seule mort redoutable... Ce qu’il veut par-dessus tout c’est que l’homme vive de la vie qui pour lui est la seule véritable : la vie éternelle, la vie de celui qui est l’Eternel, la vie même de Dieu dans laquelle on entre par le baptême.

Telle est notre Foi : nous la proclamons chaque dimanche « Je crois en la Résurrection de la chair et en la vie éternelle ». Dans son dialogue avec Marthe (nous l’aurons remarqué) Jésus fait ressortir toute l’importance qu’il attache à cette foi inconditionnelle de la part de l’homme : « Celui qui croit en moi, même s’il est mort vivra et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra pas pour toujours ».

La foi, une foi lumineuse et vigoureuse, tel est donc le bien vital, le cordon ombilical qui nous rattache à Jésus et nous fait communier à tout ce qu’il est et à tout ce qu’il dit, c’est une foi qui nous fait « vivre dans le Christ-Jésus, comme dit saint Paul, aussi bien de ce côté-ci que de l’autre côté de la mort ». Autrement dit la Foi en ce Jésus qui est « La Résurrection et la Vie » nous permet de faire de toute notre existence une Pâque, c'est-à-dire un passage de la mort à la vie, un passage pas seulement au dernier moment (ce sera alors le grand, l’ultime passage de ce monde à Dieu) mais un passage de tous les jours, et même de tous les instants.

  • Il s’agit en effet de passer d’un état de mort à un état de vie spirituelle toujours plus riche, jamais achevé...
  • de passer des ténèbres de l’erreur à une connaissance toujours plus profonde de la vérité divine...
  • de passer d’un amour tiède à un amour plus ardent...
  • et, si par malheur le péché grave (le péché mortel) nous a séparés de Dieu, de passer de ce tombeau dans lequel il nous enferme à la Résurrection de la grâce qui se réalise grâce à l’absolution que nous donne le prêtre dans le sacrement de la confession et du pardon des péchés.

Est-ce que durant ces 15 jours qui nous séparent de Pâques nous allons faire cette démarche de la confession sacramentelle, même si nous n’avons pas commis de péché mortel. C’est l’Eglise qui nous le demande ? Il faut être bien orgueilleux pour dire : « moi, je n’en ai pas besoin... »

Frères et sœurs, notre vocation de baptisés est une vocation à la sainteté mais si nous voulons progresser vers cette sainteté nous devons à tout prix mettre en pratique dans notre vie ce qu’on a appelé la loi fondamentale de la mort à soi-même (mort à son égoïsme, à son orgueil, à toutes les formes de péché). Il faut que nous puissions affirmer comme saint Paul « C’est chaque jour que je meurs » que je fais mourir en moi tout ce qui ne vient pas de Dieu ou ne va pas à Dieu...

Jésus lui-même a pris soin de nous rappeler cette exigence à l’aide de cette comparaison bien connue : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas il reste seul, mais s’il meurt il porte beaucoup de fruits ».

Ainsi donc, pour nous chrétiens qui essayons de tout comprendre dans la lumière de Dieu il n’y a de souffrance que pour la gloire, il n’y a de mort que pour la vie.

Avançons donc, jour après jours dans le rayonnement de cette Foi, dans le réconfort et la joie de cette espérance.

Amen.

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 21:50

Lecture du premier livre de Samuel 16, 1b.6-7.10-13a

Le Seigneur dit à Samuel : « J'ai rejeté Saül. Il ne règnera plus sur Israël. Je t'envoie chez Jessé de Bethléem, car j'ai découvert un roi parmi ses fils. Prends une corne que tu rempliras d'huile, et pars ! » En arrivant, Samuel aperçut Éliab, un des fils de Jessé, et il se dit : « Sûrement, c'est celui que le Seigneur a en vue pour lui donner l'onction ! » Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l'ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l'apparence, mais le Seigneur regarde le cœur». Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n'a choisi aucun de ceux-là. N'as-tu pas d'autres garçons ? » Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau ». Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu'il ne sera pas arrivé ». Jessé l'envoya chercher : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau. Le Seigneur dit alors : « C'est lui ! Donne-lui l'onction ». Samuel prit la corne pleine d'huile, et lui donna l'onction au milieu de ses frères. L'esprit du Seigneur s'empara de David à partir de ce jour-là.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtres aux Éphésiens 5, 8-14

Frères, autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière — or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité — et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt. Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte d'en parler. Mais quand ces choses-là sont démasquées, leur réalité apparaît grâce à la lumière, et tout ce qui apparaît ainsi devient lumière. C'est pourquoi l'on chante : Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 9, 1-41

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets.

En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance. [Ses disciples l'interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l'action de Dieu devait se manifester en lui. Il nous faut réaliser l'action de celui qui m'a envoyé, pendant qu'il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ». Cela dit,] il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu'il appliqua sur les yeux de l'aveugle, et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé). L'aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer — car il était mendiant — dirent alors : « N'est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient: « C'est lui ». Les autres disaient : « Pas du tout, c'est quelqu'un qui lui ressemble ». Mais lui affirmait : « C'est bien moi ». [Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Il répondit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il m'en a frotté les yeux et il m'a dit : 'Va te laver à la piscine de Siloé.' J'y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j'ai vu ». Ils lui dirent: « Et lui, où est-il ?3 Il répondit : « Je ne sais pas ».]

On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle. Or, c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois ». Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu'il n'observe pas le repos du sabbat ». D'autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s'adressent de nouveau à l'aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu'il t'a ouvert les yeux ? » Il dit : « C'est un prophète ». [Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C'est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu'il est né aveugle ? Comment se fait-il qu'il voie maintenant ? » Les parents répondirent : « Nous savons que c'est bien notre fils, et qu'il est né aveugle. Mais comment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s'expliquer ». Ses parents parlaient ainsi parce qu'ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s'étaient déjà mis d'accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l'homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur ». Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n'en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j'étais aveugle, et maintenant je vois ». Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t'ouvrir les yeux ? » Il leur répondit : « Je vous l'ai déjà dit, et vous n'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m'entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? » Ils se mirent à l'injurier : « C'est toi qui es son disciple ; nous, c'est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d'où il est ». L'homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d'où il est, et pourtant il m'a ouvert les yeux. Comme chacun sait, Dieu n'exauce pas les pécheurs, mais si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, il l'exauce. Jamais encore on n'avait entendu dire qu'un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ».] Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu'ils l'avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l'homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ?» Jésus lui dit : « Tu le vois, et c'est lui qui te parle ». Il dit : «Je crois, Seigneur !», et il se prosterna devant lui. [Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles ». Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : 'Nous voyons !' votre péché demeure ».]

Homélie

Ce mendiant de Jérusalem, dont saint Jean vient de nous conter, avec un art consommé, la bouleversante aventure faisait partie de ces gens qui semblent faits pour le malheur. Etant déjà aveugle de naissance (ce qui constitue un énorme handicap) il n’était guère aidé par son entourage. Certains l’accusaient d’avoir gravement péché, car son infirmité, à leurs yeux, ne pouvait être qu’une malédiction méritée !

Guéri par Jésus, le voilà maintenant en proie avec une méchante polémique. Les voisins ne veulent pas reconnaître sa guérison. Les pharisiens qui se prennent pour les meilleurs représentants de la religion juive se servent de lui pour chercher querelle à Jésus au sujet du sabbat. Ils le soumettent à une inquisition très pénible qui aboutit à un jugement sans appel « Tu n’es que péché depuis ta naissance ». Ses parents eux-mêmes l’ont laissé tomber pour ne pas avoir d’histoires avec les autorités. Le cœur rempli de tristesse, il est finalement chassé du Temple comme un malfaiteur se demandant sans doute si ça valait vraiment la peine de retrouver la vue pour devenir un paria méprisé et rejeté de tous.

Mais la revanche du Seigneur qui est si compatissant pour ceux qui souffrent n’a pas tardé. Un seul grand bonheur allait faire oublier à ce pauvre homme tous ses malheurs. Car c’était encore trop peu, en effet d’avoir retrouvé la lumière naturelle. Jésus voulait ouvrir ses yeux intérieurs, les yeux de son âme, à un autre soleil « celui qui éclaire tout homme venant en ce monde » c'est-à-dire, Lui-même, le Fils de Dieu fait homme qui est la parfaite transparence du Père des Lumières.

- « Crois-tu au Fils de l’Homme ? » lui demande Jésus.

- « Et qui est-il, Seigneur pour que je croie en Lui ? »

On devine dans cette question, tout le désir brûlant d’un homme qui guéri, une heure plus tôt, de son aveuglement physique, cherchait déjà une clarté plus essentielle, celle qui fait passer quelqu’un de la sombre nuit de l’absurde à la joyeuse et exaltante illumination de la foi.

- « Eh bien ! dit Jésus, tu l’as vu c’est Lui qui te parle ».

Alors, tombant à genoux l’ancien aveugle déclara sans la moindre hésitation : « Je crois Seigneur ». Il venait de trouver le véritable bonheur, celui en comparaison duquel tous les autres ne sont que pacotille et illusion : la Foi en Jésus-Christ, cette FOI qui est la Vraie Lumière pour la vraie vie.

Chers frères et sœurs, nous tous qui sommes ici, nous avons la Foi... c’est un don incomparable que le Seigneur nous a fait au moment de notre baptême : un don de double vue, car à ce moment là, il a greffé, en quelque sorte, sur notre intelligence des yeux intérieurs qui nous permettent de discerner et de contempler des réalités, qui de par leur nature échappent à nos yeux de chair et même à notre simple raisonnement intellectuel :

- ces réalités surnaturelles que nous ne pourrions pas connaître si Dieu, lui-même ne nous les avait révélées,

- ces réalités que nous appelons des « mystères », mais qui diffusent une intense lumière et donnent les seules réponses satisfaisantes aux questions fondamentales que les hommes se posent : « D’où venons-nous, qui sommes-nous, où allons-nous ? »

Or, ce don gratuit de la Foi qui nous lie très intimement à Dieu, qui nous fait participer à la connaissance qu’il a de Lui-même et de toutes choses qu’en faisons-nous ?

Est-ce que nous n’oublions pas trop facilement que nous sommes responsables de la croissance de notre Foi ?

Que nous avons l’impérieux devoir de la faire grandi... Et comment cela ? En la cultivant ; en la nourrissant chaque jour avec cet aliment indispensable qui est la Parole de Dieu, une Parole de Dieu de plus en plus écoutée, méditée savourée grâce aux moyens si nombreux et si divers qui nous permettent de l’accueillir, de découvrir son inépuisable richesse et de l’approfondir toujours davantage.

Si nous voulons êtres des chrétiens dignes de ce nom, nous ne pouvons absolument pas nous contenter des quelques notions reçues au catéchisme, et qui sont plus ou moins entretenues par les sermons du dimanche...

Si nous tenons à faire des progrès constants sur la route qui mène à Dieu, dans la voie étroite et sublime de la sanctification et si de plus nous voulons êtres capables de témoigner et d’éclairer, un tant soit peu, ceux qui doutent et qui cherchent, il importe que nous soyons solidement formés à l’Ecole de la Foi qui est l’Enseignement du Christ transmis par l’Eglise.

Alors que ce soit notre résolution de ce matin : être toujours assoiffés de vérité, ne ménager aucun effort pour sortir des ténèbres de l’ignorance et de l’erreur, en nous laissant envahir par toute la clarté de Dieu : devenir ainsi des Fils de Lumière.

Allant de découverte en découverte, d’émerveillement en émerveillement nous ne pourrons alors que rendre grâces au Seigneur à chaque instant, et comme ce fut le cas pour l’Aveugle né, toute notre vie se trouvera transformée. En dépit de tous les malheurs qui pourront survenir, nous saurons ce que cela signifie : avoir la Joie dans la Foi.

Oui, nous serons de plus en plus heureux de croire... Et puis ça se verra et ça se répandra comme la Lumière et comme le Feu.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 17:27

 

Lecture du livre de l'Exode 17, 3-7

Les fils d'Israël campaient dans le désert à Rephidim, et le peuple avait soif. Ils récriminèrent contre Moïse : « Pourquoi nous as-tu fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu et ils me lapideront ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant eux, emmène avec toi plusieurs des anciens d'Israël, prends le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l'eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d'Israël.

Il donna à ce lieu le nom de Massa (c'est-à-dire : Défi) et Mériba (c'est-à-dire : Accusation), parce que les fils d'Israël avaient accusé le Seigneur, et parce qu'ils l'avaient mis au défi, en disant : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n'y est-il pas ? »

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5, 1-2. 5-8

Frères, Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l'accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c'est d'espérer avoir part à la gloire de Dieu. Et l'espérance ne trompe pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné.

Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions. — Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 4, 5-12

Pour la lecture brève, on omet te texte qui est entre crochets

Jésus arrivait à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s'était assis là, au bord du puits. Il était environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l'eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire ». (En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger). La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains). Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive ». Elle lui dit : « Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l'eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit: « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle ». La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n'aie plus soif, et que je n'aie plus à venir ici pour puiser ». [Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens ». La femme répliqua : « Je n'ai pas de mari ». Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari : là, tu dis vrai ». La femme lui dit : « Seigneur,] je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l'adorer est à Jérusalem ». Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l'heure vient où vous n'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l'heure vient — et c'est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et vérité qu'ils doivent l'adorer ». La femme lui dit : « Je sais qu'il vient, le Messie, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, c'est lui qui nous fera connaître toutes choses ». Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis ».

[Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.

Pendant ce temps, les disciples l'appelaient : « Rabbi, viens manger ». Mais il répondit : « Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est une nourriture que vous ne connaissez pas ». Les disciples se demandaient : « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : 'Encore quatre mois et ce sera la moisson' ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur. Il est bien vrai, le proverbe : 'L'un sème, l'autre moissonne.' Je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas pris de peine, d'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux ».] Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m'a dit tout ce que j'ai fait. »

Lorsqu'ils arrivèrent auprès de lui, ils l'invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles, et ils disaient à la femme : « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde ».

Homélie

Dans l’Evangile de ce jour, Jésus propose à ses amis un menu très particulier : Il nous demande instamment de nous mettre au pain et à l’eau. Mais ce n’est pas pour nous imposer une pénitence rigoureuse. Il ne vise pas non plus la santé de notre corps, qu’on pourrait retrouver, effectivement ou améliorer par un jeûne bien conduit...

Jésus est avant tout soucieux de la santé de notre âme... et il veut nous faire partager ce souci qui devrait être, pour nous, la priorité des priorités.

L’eau et le pain dont il nous parle souvent dans l’Evangile de Saint Jean, symbolisent les nourritures spirituelles qui sont absolument indispensables pour l’entretien et le développement de la vie de nos âmes, cette vie divine que nous avons reçue en germe au baptême et que nous avons l’impérieux devoir de faire grandir jusqu’à son épanouissement suprême dans la vie éternelle.

« Ah ! Si nous savions le don de Dieu ». Ce don de Dieu, c’est tout d’abord l’eau vive que Jésus révèle à la Samaritaine. Le Seigneur vient, au cours d’une longue marche de traverser une région presque désertique ou l’eau fait terriblement défaut : pour Lui, c’est un peu, là l’image du monde : il voit l’humanité pécheresse, l’humanité sans Dieu comme un désert aride et triste.

Mais de quoi les hommes ont-ils soif ? Quelle source est indispensable pour les faire vivre ? La femme de Sychar (qui a bien de la peine à dépasser ses préoccupations ménagèrent) pense que c’est l’eau du puits, celle qui a désaltéré les bêtes et les gens depuis des siècles, celle qui abreuve et qui lave, tout simplement. Jésus, lui-aussi, bien sûr, a soif de cette eau, car il est un homme en tout comme les autres (hormis le péché). Mais son regard va bien au-delà des conditionnements humains : il voit que le cœur de cette femme est un immense désert secret, desséché par une existence superficielle, où tout est livré à l’égoïsme et à ses caprices, à l’image de ce que trop souvent nous sommes : n’est-il pas vrai ? Il veut lui ouvrir les sources de la grâce (de la vie divine) afin de transformer sa terre aride en un jardin de fleurs et de fruits, au point qu’elle devienne en dépit de son lourd passé de péché une invitation pour les autres : une invitation à la foi, à l’espérance et à l’amour. Or l’eau qui féconde et qui vivifie pour l’éternité c’est du Christ, le « Verbe fait chair », qu’elle jaillit.

Jésus est la vraie source d’eau vive : et cette eau vive c’est sa parole, son enseignement, c’est surtout son Esprit, c’est-à-dire l’Esprit d’amour, l’Esprit-Saint qu’il désire répandre dans tous les cœurs afin de les régénérer et les rendre pleinement vivants d’une vie toute divine. Seulement, comprenons bien que ce don précieux entre tous, ce cadeau merveilleux, Jésus ne peut la faire qu’aux âmes dont le désir répond (au moins un peu) à son ardent désir.

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive », s’écrie-t-il un jour dans le temple de Jérusalem.

Avons-nous vraiment soif du Christ-Jésus ? Avons-nous vraiment soif de ses paroles, de sa présence, de son Esprit d’Amour ? Or, c’est essentiellement par la prière que nous pouvons creuser, aviver en nos âmes cette soif du divin, de l’union avec Dieu. Est-ce que nous prions assez, est-ce que nous avons la volonté de prendre un peu de temps pour cela chaque jour... afin de l’adorer en esprit et en vérité, afin de l’aimer, gratuitement, pour lui-même, parce qu’il est l’Amour en personne. Soyons bien convaincus que sans une prière fréquente, ardente, confiante et persévérante, il ne peut y avoir de vie véritable pour l’âme et par conséquent pas de croissance possible et pas de fructification... autrement dit pas de sainteté.

Dans la dernière partie de cet Evangile, Jésus nous rappelle également l’importance du pain, qui est, lui aussi, donné par Dieu. Pendant que Jésus s’entretient avec la Samaritaine, les apôtres sont partis au village en quête de pain et de provisions. Mais quelle surprise au retour ! Jésus refuse de manger. Il leur parle d’un autre aliment peu compréhensible à l’heure de midi, quand l’estomac crie au creux de leur corps.

Mais pour Jésus, la seule nourriture c’est de faire la volonté du Père et d’accomplir son œuvre. On devine les apôtres déconcertés devant des vivres beaucoup trop spirituels pour eux. En réalité, Jésus veut les rendre attentifs à l’essentiel qui fait vivre. Non pas la satisfaction des « nourritures terrestres » qui nous rendent esclaves lorsqu’elles deviennent obsédantes (et elles deviennent obsédantes lorsqu’on leur donne la 1ère place) mais le regard et le cœur tournés vers Dieu de qui nous tenons la vie, le mouvement et l’être, Dieu, qui est notre chemin, notre avenir, notre bonheur absolu.

Jésus explicitera un peu plus tard quelle est cette volonté du Père sur Lui : c’est qu’il devienne Lui-même nourriture des âmes comme pain vivant descendu du ciel. Par l’Eucharistie le Seigneur nourrit son peuple. Elle est le pain qu’il veut partager chaque jour sur la Table de l’Eglise, un aliment qui contient toutes les saveurs et toutes les vitamines spirituelles dont nous avons besoin. Un aliment qui nous assimile à Lui, nous transforme peu à peu en Lui... Mais sommes-nous vraiment affamés de ce Pain de Vie ? Parce que trop souvent nous le recevons sans une préparation suffisante, d’une manière trop routinière, sans ferveur. Ne sommes-nous pas, en fait des anémiés spirituels ? Pour ce qui concerne cette préparation de nos communions, l’Eglise nous rappelle que la confession régulière des péchés à un prêtre est un moyen dont on ne saurait se passer sans grand dommage spirituel.

Se confesser 1 fois par an au temps de Pâques (qui est le minimum exigé par l’Eglise) est manifestement insuffisant : il faut recourir à ce sacrement de la guérison et de la conversion beaucoup plus souvent (1 fois par mois serait l’Idéal). « La confession régulière disait Paul VI est une source privilégiée de sainteté, de paix et de joie. C’est le meilleur remède contre la tiédeur ».

Alors, demandons-nous, chers frères et sœurs, si sur ce point également, nous n’avons pas de sérieuses résolutions à prendre, de gros efforts à faire, pour mieux correspondre à ce que le Seigneur attend de nous. Le temps de Carême, temps fort de l’entraînement spirituel est fait pour nous y aider. Nous prierons intensément la Vierge Marie qui est notre éducatrice dans l’ordre spirituel de nous communiquer son ardente soif de Dieu. Chers frères et sœurs, dans la mesure où notre désir ressemblera à ce que fut le sien ici-bas, Dieu pourra venir en nous et y faire sa demeure.

Amen.

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