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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 20:40

Lecture du livre d'Ezékiel 18, 25-28

Parole du Seigneur tout-puissant/ Je ne désire pas la mort du méchant, et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur est étrange ». Écoutez donc, fils d'Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N'est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c'est à cause de sa perversité qu'il mourra. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu'il a ouvert les yeux, parce qu'il s'est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 2, 1-11

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets.

Frères, s'il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l'on s'encourage dans l'amour, si l'on est en communion dans l'Esprit, si l'on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres.

Ayez entre vous les dispositions que l'on doit avoir dans le Christ Jésus : [lui qui était dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix.

C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu'au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l'abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.]

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21, 28-32

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : 'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne.' Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas.' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur !' et il n'y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ».

Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole ».

Homélie

Il y a deux leçons principales à retenir de cet Evangile :

  • La première c’est que tous, sans exception, nous avons à nous repentir et à nous convertir. Malheur à nous, si nous pensons n’avoir rien à changer dans notre comportement vis-à-vis de Dieu ou vis-à-vis de nos frères. L’Evangile est très sévère pour ceux qui, par crainte d’avoir à changer leurs manières de penser, de juger, d’agir et de vivre, se refuse à voir clair en eux. Il est très sévère aussi pour ceux qui se font très facilement illusion parce qu’il y a en eux une certaine générosité naturelle qui les autorise – pensent-ils – à se classer du côté du bien, du côté de ceux qui se dévouent pour la bonne cause. Ne serions-nous pas précisément de ceux-là ? Derrière le paravent des mots et des gestes et même derrière le paravent de la fidélité aux observances et aux rites, (fidélité qui peut conduire au sentiment rassurant d’être en règle avec Dieu et le prochain) ne cacherions-nous pas le refus, plus ou moins avoué, de reconnaître nos erreurs, nos péchés, notre médiocrité… Et pourtant, il nous suffirait très simplement de prendre l’Evangile comme on prend un miroir pour s’y regarder et de comparer notre style de vie avec la vie et les enseignements de Jésus, pour nous convaincre que notre conversion est bien peu avancée… à peine commencée peut-être… Soyons donc soucieux, frères et sœurs, de soumettre notre âme, le plus souvent possible, à cet examen radioscopique. Le constat loyal de son état de santé une fois établi, il nous restera à prendre, au plus vite, le remède le plus approprié, nous efforçant de changer ce qui doit être changé en brisant énergiquement les liens de nos mauvaises habitudes, en nous libérant coûte que coûte, de toutes ces formes d’égoïsme et d’orgueil qui paralysent nos élans, qui entravent notre marche ascendante vers la sanctification. Et surtout, n’allons pas dire que de fois j’ai essayé de changer, mais sans aucun résultat ! Jamais je n’y arriverai… ou encore, maintenant il est trop tard, je suis comme je suis… Et ! bien, NON : il n’est jamais trop tard. Pensons au bon larron, ce converti de la dernière heure… et puis : nous ne sommes pas comme nous sommes, nous sommes comme nous nous faisons, en nous laissant façonner par la grâce ; nous sommes responsable de ce que nous devenons, nous sommes responsables de la croissance de notre foi, de notre espérance et de notre amour, autrement dit, responsables de notre croissance dans le Christ.
  • Une deuxième leçon se dégage de l’Evangile entendu tout à l’heure. On peut la résumer ainsi : ce qui importe aux yeux de Dieu ce n’est pas ce que l’on dit, c’est ce que l’on fait. Dans la petite parabole des deux fils, le premier avait répondu à son père : « Je ne veux pas aller travailler à la vigne » et il y était allé. Le second avait répondu : « D’accord j’y vais » et il n’y était pas allé. Il ne suffit pas de dire, en effet, il faut faire.

« Les paroles s’envolent » comme le dit le proverbe. Des belles paroles, de belles déclarations, de beaux discours on en entend tous les jours, mais ce qui compte, ce qui a de la valeur, c’est ce que l’on fait concrètement. Parlant des pharisiens, Jésus déclarait : « ils disent et ne font pas ». Et il précisait une autre fois : « Tout homme qui écoute ce que je dis et que ne le fait pas ressemble à un insensé qui bâtit sa maison sur le sable… Mais tout homme qui écoute ce que je dis et qui le fait ressemble à un homme prévoyant qui construit sa maison sur le roc ». Et il disait aussi, il ne suffit pas de me dire « Seigneur, Seigneur pour entrer dans le royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon père qui est aux cieux ».

Le monde en a vraiment assez des belles paroles et des pieuses intentions. Les plus pauvres en particulier, les marginaux de toute sorte, les méprisés, les mal-aimés attendent de nous, chrétiens, des signes non-équivoques de considération et de respect, des gestes d’entr’aides, de soutien, d’encouragement, de délicate amitié…

N’oublions pas que c’est sur cette charité chrétienne vécue dans toutes ses dimensions que nous serons jugés au dernier jour. Jésus nous dira alors : «  Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait… tout ce que vous n’avez pas fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait… »

Chers frères et sœurs, nous avons tous des efforts à faire pour que nos actes ne démentent pas nos paroles, ni le Credo que nous allons proclamer dans un instant. Méditons souvent cette parole que saint Paul écrivait aux Chrétiens de Corinthe : « Dans le Seigneur Jésus, il n’y a pas eu du oui et du non, mais il n’a jamais été que oui ». En lui, en effet, s’est réalisé l’accord parfait, la cohérence absolue entre le dire et le faire. Sa seule nourriture fut d’accomplir la volonté du Père jusqu’à l’extrémité de l’obéissance par amour, c’est-à-dire jusqu’au don total de lui-même culminant sur la Croix. Et nous savons que sur ce chemin du oui inconditionnel il fut suivi de très près par sa Très Sainte Mère, la Vierge Marie, celle qu’on a appelée à juste titre Notre-Dame du Oui.

Puissions-nous ne jamais oublier, frères et sœurs, que c’est de ce double oui de Jésus et de Marie que nous sommes nés, nous les chrétiens. Imitons le premier fils de la parabole : ayant fait retour sur nous-mêmes acceptons humblement la volonté du Père, puis sans nous laisser illusionner attelons-nous courageusement à la charrue de l’exigence évangélique. Pour commencer nous ferons seulement quelques pas, puis tout un sillon… et peu à peu ce sera tout le champ de notre existence qui sera patiemment labouré par la somme de nos petits engagements concrets. C’est ainsi et ainsi seulement (soyons-en très profondément convaincus) que germera puis lèvera dans nos âmes la moisson de la Sainteté.

 Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 23:05

Lecture du livre d'Isaïe 55, 6-9

Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu'il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l'homme pervers, ses pensées ! Qu'il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 1, 20, 24-27

Frères, soit que je vive, soit que je meure, la grandeur du Christ sera manifestée dans mon corps. En effet, pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j'arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir.

Je me sens pris entre les deux : je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c'est bien cela le meilleur ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. Quant à vous, menez une vie digne de l'Évangile du Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 20, 1-16

Jésus disait cette parabole : « le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d'accord avec eux sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.' Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?' Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'

Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.' Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : 'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !' Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ? Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi : n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?' Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers ».

Homélie

Chers frères et sœurs, nous savons tous par expérience que rien au monde n’est capable d’assouvir notre cœur : ni les acquis de l’intelligence, ni les richesses, ni les plaisirs ou les honneurs. L’être humain aspire à quelque chose qui puisse vraiment le combler : il a soif de perfection, de plénitude, de bonheur infini…

Dieu seul, en vérité, est capable d’étancher cette soif brûlante de notre cœur : « tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet tant qu’il ne trouve pas de repos en Toi » écrivait saint Augustin après sa conversion, et il savait de quoi il parlait, lui qui durant tant d’années n’avait connu que des déceptions parce qu’il ne cherchait son bonheur que dans les biens matériels, les plaisirs ou les honneurs…

Frères et sœurs, puisque Dieu seul peut nous combler (et dès cette terre) de tout ce à quoi nous aspirons au plus profond de nous-mêmes : notre premier devoir consiste donc à le chercher passionnément et inlassablement comme nous y invitait tout à l’heure le prophète Isaïe « cherchez Dieu tant qu’il se laisse trouver ».

Mais vous vous demandez peut-être : Dieu, où est-il ? Où peut-on le trouver ?

Nous qui croyons en la Parole de Dieu nous savons que Dieu est partout, que s’il est d’abord le Tout-Autre, le Transcendant, il est aussi le Tout-Proche et tellement proche que depuis notre Baptême il habite au plus intime de notre cœur en vertu de ce don indépassable qu’est la grâce sanctifiante.

Oui, chacun de nous peut se dire – si toutefois il est en état de grâce – que son âme est un petit ciel, puisque la Bienheureuse Trinité a daigné y établir sa demeure selon la promesse de Jésus « si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera et nous  viendrons vers Lui et nous ferons en Lui notre demeure ».

Mais si Dieu est ainsi en nous pourquoi avons-nous tant de mal à le trouver, à reconnaître sa présence ?

Saint Jean de la Croix, le grand mystique espagnol, répond clairement à cette question, il nous dit que Dieu est en nous, mais qu’il y est caché… Un peu comme un diamant enfoui dans la terre et les cailloux… L’âme qui veut le trouver doit donc se dégager, se désencombrer de tant et tant de choses créées qui l’empêchent de voir son Dieu par la Foi et donc de le contempler, de goûter sa présence et de réaliser une communion très intime avec Lui.

Comme cette leçon du grand Docteur mystique nous est précieuse, frères et sœurs, car, il nous faut bien le reconnaître nous vivons trop à l’extérieur, nous vivons dans un monde superficiel qui nous occupe au point de nous faire oublier la vie profonde : « cette vie cachée en Dieu avec le Christ » dont parle saint Paul…

Et le même saint Paul nous explique qu’il y a en nous comme deux hommes qui sont constamment en conflit : « le vieil homme » et « l’homme nouveau ».

 « Le vieil homme » c’est la pente vers l’erreur et vers ce mal suprême qu’est le péché, c’est tout ce monde de tendances, d’impressions, de passions très vives qui nous poussent vers les créatures, nous portent à leur donner notre cœur et à mettre notre espérance en elles.

 « L’homme nouveau » c’est l’orientation vers le beau, le vrai et le bien, c’est la vie de la grâce qui s’épanouit en amour de Dieu et du prochain.

Dès lors, pour que Dieu puisse prendre pleinement possession de notre cœur, pour que son Amour domine toujours en nous, un choix radical s’impose.

Jésus, sur ce point est catégorique : il nous dit qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois et il ajoute « celui qui veut venir à ma suite, qu’il se renonce, qu’il prenne sa croix, qu’il la prenne chaque jour et qu’il me suive ».

Comprenons bien toutefois que ce renoncement exigé par Jésus, n’est pas une contrainte : nous devons le considérer au contraire comme une libération de tout ce qui entrave notre marche vers Dieu.

Nous retrouvons ici la pensée de saint Jean de la Croix affirmant que la recherche aimante de Dieu va de pair avec le détachement, l’oubli, l’éloignement de toutes les choses qui ne sont pas Dieu ou ordonnées à Dieu.

C’est la loi fondamentale du Christianisme : il faut mourir pour vivre.

La quête de Dieu, la poursuite de sa volonté, et de son amour est une œuvre qui réclame de notre part une générosité à toute épreuve.

Il n’est jamais trop tard pour s’engager sur ce rude chemin.

L’Evangile des ouvriers de la dernière heure entendu il y a un instant vient de nous le rappeler.

Que rien donc, ne nous arrête chers frères et sœurs, dans notre recherche continuelle de Dieu, dans notre désir de nous unir à Lui, dans notre volonté de Communion de plus en plus par la Foi, l’Espérance et l’Amour à sa propre vie divine…

Car c’est cela l’essentiel de notre religion : c’est le commencement dès ici-bas de la vie éternelle : c’est une vie vécue dans la grâce (une grâce sans cesse développée, sans cesse enrichie), qui nous prépare à vivre éternellement dans la Béatitude et la Gloire du Paradis.

Surtout, ne nous laissons jamais décourager par la perspective des difficultés, et du combat intérieur qu’il faudra mener jusqu’à la fin de notre existence terrestre. Car le Seigneur ne manquera pas de nous donner les secours surnaturels dont nous avons besoin, si toutefois nous savons les demander dans une prière humble, fréquente et persévérante et aussi dans la réception assidue des sacrements.

Prières et sacrements (surtout l’Eucharistie) sont des moyens indispensables. Celui qui les néglige ne peut que sombrer dans cette maladie de l’âme qui s’appelle la tiédeur. Il n’ira pas loin dans sa quête de Dieu. Il en viendra même à ne plus le chercher du tout.

Rappelons-nous enfin, que si nous voulons avancer rapidement et en toute sûreté dans notre marche ascendante vers Dieu, nous avons tout intérêt à mettre notre main dans la main de Marie, notre Mère spirituelle qui non seulement nous accompagne, mais aussi nous stimule, nous entraîne et nous encourage Elle qui le plus parfait modèle de l’intériorité, la Mère de la divine grâce, Notre-Dame du Perpétuel Secours.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 07:44

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage 27, 30 – 28, 1-7

Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur s'obstine.

L'homme qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu'il t'a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S'il n'a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses propres fautes ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l'Alliance du Très-Haut et oublie l'erreur de ton prochain.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 14, 7-9

Frères, aucun d'entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c'est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 18, 21-35

Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. En effet, le Royaume des cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents (c'est-à-dire soixante millions de pièces d'argent). Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : 'Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.' Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, le serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d'argent. Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant : 'Rembourse ta dette !' Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : 'Prends patience envers moi, et je te rembourserai.' Mais l'autre refusa et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il ait remboursé. Ses compagnons, en voyant cela, furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : 'Serviteur mauvais ! je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ?' Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il ait tout remboursé. C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur ».

Homélie

L’Evangile que nous venons d’entendre est un incontournable appel au Pardon. Sur ce point bien précis le message de Jésus est d’une clarté absolue et d’une exigence sans concession.

Mais où trouver la force de pardonner ? Comment réussir à pardonner ? Telles sont les questions qui se posent à nous tous constamment et parfois d’une façon dramatique.

Ce qu’il importe de bien comprendre tout d’abord, c’est que Jésus dessine le visage de Dieu sans les traits de ce roi de la parabole qui remet une dette énorme à l’un de ses serviteurs venu l’en supplier. La somme due défie l’imagination : 10000 talents soit l’équivalent de 60 millions de pièces d’argent : le chiffre est si élevé qu’on se demande comment cet homme a pu accumuler un tel passif… Le roi n’accorde pas de nouveaux délais : comme le serviteur le lui demande. Il ne lui consent pas une restitution échelonnée de sa dette. Ce qu’il lui offre c’est la remise totale, l’annulation pure et simple de tout son dû. La raison en est donnée : le roi est « pris de pitié », (littéralement saisi aux entrailles).

La démesure de la dette annulée et la « folle » générosité du maître de la parabole ne sont pourtant qu’une image de ce que Dieu notre Père nous « remet » dans sa tendresse. Il ressort, en effet, de cette histoire qui dépasse le raisonnable que nous sommes tous débiteurs insolvables envers le Seigneur qui cependant nous fait grâce. Nous avons tout reçu de Lui : la vie, ce que nous sommes, ceux que nous aimons, le monde et les personnes qui nous entourent et par-dessus tout la lumière de la foi et la vie surnaturelle de la Grâce.

En plus de cela nous sommes chargés du lourd passif de nos péchés. Que pourrions-nous faire pour être quittes ? Or, nous savons bien (et c’est merveilleux) que lorsque nous l’en supplions et avons recours au sacrement de Réconciliation (sacrement du pardon) le Seigneur nous libère de ce poids au nom de l’indicible amour qu’il nous porte. Débordant de miséricorde, il nous pardonne dans un don sans limite, au-delà de nos offenses.

Mais si Dieu n’exige rien pour lui-même, il reste que notre dette à son égard ne peut être remise que si nous avons de l’indulgence enfers nos frères… Nous sommes choqués à juste titre par le comportement impitoyable de l’homme de la parabole. Libéré par l’extrême largesse de son maître il prend à la gorge un de ses collègues qui lui doit une somme dérisoire en comparaison, et il le fait jeter en prison. Le contraste est révoltant outre la générosité dont il a été l’objet et l’intransigeance inflexible dont il fait preuve.

La conscience de nos propres faiblesses et du pardon de Dieu ne devrait-elle pas, frères et sœurs nous inciter à faire preuve de pitié envers autrui au lieu de nous ériger en procureurs insensibles ?

Ben Sirac le Sage l’écrivait 2 siècles avant la prédication de l’Evangile « pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait : alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il alors demander à Dieu la guérison ? »

Est-ce que nous prions le Notre Père avec assez de vérité ?

Percevons-nous toute l’exigence de pardon qu’implique la demande : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ?

Seul celui qui a accueilli en soi le pardon de Dieu avec humilité peut devenir fils de miséricorde et pardonner à son tour du « fond du cœur ».

Nous l’avons certainement remarqué, frères et sœurs, la fin de la parabole semble contredire le pardon sans limites du Seigneur. Le serviteur impitoyable subit la rigueur de l’indignation de son Maître.

Mais est-ce le Seigneur qui refuse de pardonner dans ce cas ?

N’est-ce pas plutôt l’homme dont le cœur est dur envers son semblable qui devient imperméable au pardon de Dieu, de même qu’une terre aride et sèche ne peut accueillir la pluie bienfaisante ?

La rancune, la vengeance, la haine, la colère sont « des choses abominables où le pécheur s’obstine » nous dit Ben Sirac le Sage. Elles ferment le cœur à double tour, elles détruisent de l’intérieur celui qui s’y laisse aller. Nous avons autant besoin de pardonner que d’être pardonner. Le pardon donné est une libération. Il ouvre à la paix, à la vie, à l’avenir et à l’Amour. Le pardon donné fraye en nous un passage à la tendresse de Dieu.

Combien de fois devons-nous pardonner frères et sœurs ? L’apôtre Pierre pensait être très généreux en proposant de pardonner jusqu’à 7 fois mais Jésus bouscule cette arithmétique : « Je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois… » Ce nombre qui multiplie le 7 (chiffre parfait de la Bible) n’indique pas une limite, il indique une attitude sans limite, une attitude permanente. Le vrai pardon ne se compte pas. On n’a jamais fini de pardonner et d’être pardonné.

Mais ne l’oublions jamais : ce qui paraît impossible aux forces humaines ne peut être que le fruit d’un long effort alimenté aux sources de la Prière.

« Merci Seigneur de m’avoir pardonné. Aide-moi à pardonner là où est l’offense que je mette le pardon ».

La prière pour l’autre, pour l’offensé est la 1ère étape sur la route du pardon. Souvenons-nous des paroles du Pape Jean-Paul II au moment où il rendait visite à Ali Agça qui l’avait grièvement blessé lors de l’attentat Place St Pierre le 13 mai 1981 : « Je prie pour le frère qui m’a blessé et auquel j’ai sincèrement pardonné ».

Soyons bien convaincus que si nous comptons vraiment sur la grâce de Dieu (qui jamais ne nous manque lorsque nous la demandons humblement et avec insistance) nous parviendrons à nous comporter vis-à-vis du pardon de telle sorte que l’impossible devienne possible.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 20:41

Lecture du livre d'Ézékiel 33, 7-9

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : 'Tu vas mourir', et que tu ne l'avertisses pas, si tu ne lui dis pas d'abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d'abandonner sa conduite, et qu'il ne s'en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie ».

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 13, 8-10

Frères, ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l'amour mutuel, car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la Loi. Ce que dit la Loi : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras rien ; ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L'amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, l'accomplissement parfait de la Loi, c'est l'amour.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 18, 15-20

Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l'Église ; s'il refuse encore d'écouter l'Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.

Encore une fois, je vous le dis : si deux d'entre vous sur la terre se mettent d'accord pour demander quelque chose, ils l'obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux ».

Homélie

L’Evangile d’aujourd’hui est tiré d’un ensemble de consignes de Jésus qu’on appelle « discours sur la vie en communauté ». Il s’agit bien sûr, d’abord, de la Communauté Eglise telle que Dieu l’aime et la désire.

Comme tout groupe humain l’Eglise comprend des hommes et des femmes fragiles, « pas meilleurs que les autres » comme on dit souvent. Et dans l’Eglise comme dans la famille et toutes les sociétés humaines l’amour n’est pas le refoulement des problèmes ni l’anesthésie artificielle des conflits entre les personnes. Voyons donc ce qu’en pense Jésus. Dans le texte évangélique que nous venons d’entendre c’est bien la description d’une communauté fraternelle que Jésus nous donne, non pas à la manière d’un maître qui vit quotidiennement avec son équipe de disciples et qui suggère des comportements très concrets.

« Si ton frère a commis un péché va lui parler seul à seul et montre lui sa faute. S’il t’écoute tu auras gagné ton frère ». L’Eglise que Jésus décrit c’est un groupe où l’on parle, où l’on s’exprime : les mots-clés ici sont « parler » et « écouter ». Et nous remarquons le climat d’amour et de délicatesse envers le frère qu’il s’agit de sauver. Il ne s’agit donc pas d’être un redresseur de torts, toujours prêt à faire la leçon aux autres. Ce serait défigurer la pensée de Jésus. D’ailleurs, tout le contexte de ce discours communautaire ne baigne que dans la miséricorde. Juste avant le passage que nous lisons aujourd’hui Jésus a raconté la parabole de la brebis perdue : « Gardez-vous de mépriser quiconque… votre Père veut qu’aucun de ces petits ne se perde… Et juste après notre texte, Jésus va demander à Pierre « de pardonner soixante-dix fois sept fois, c’est-à-dire toujours.

Ainsi la responsabilité des autres selon Jésus ne peut pas être d’accabler durement les pécheurs, mais de favoriser leur conversion. Il faut à tout prix éviter les sectarismes, les excommunications, les condamnations hâtives. C’est dans l’amour, dans la miséricorde qu’il nous faut essayer d’éclairer les pécheurs. On n’a pas le droit de faire une remarque à un frère que si on l’aime.

Telle est donc, frères et sœurs, la première loi de toute Communauté (Eglise, famille ou groupe). Ce que Jésus désire en second lieu, c’est une Eglise où l’on veut l’unité. Bien loin de rompre dès le premier refus de dialogue on doit selon Jésus entreprendre encore deux autres tentatives pour renouer avec le frère récalcitrant. Et nous remarquons avec quelle finesse psychologique Jésus nous invite à agir. D’abord en tête à tête, seul à seul dans la discrétion pour que le coupable puisse garder sa réputation et son honneur, puis en faisant appel à une ou deux personnes pour éviter les jugements trop subjectifs et trouver peut-être des arguments qui convainquent davantage. C’est seulement après avoir épuisé toutes ces formes de conciliation que le frère va se trouver exclus de la communauté, par ses refus répétés. Après lui avoir donné toutes ses chances avec patience la communauté se reconnait impuissante vis-à-vis de ce frère. Mais même dans ce cas nous ne sommes pas déchargés du devoir de l’aimer, puisqu’il nous faut aimer même nos ennemis et que (comme le dit saint Paul) « Nous ne devons garder aucune dette envers personne sauf la dette de l’amour mutuel ». Une dette qui ne s’éteint jamais…

L’unité fraternelle est un tel lien qu’il faut tout essayer pour la rétablir. Telle est la deuxième loi de toute communauté.

Ce que Jésus désire enfin c’est une Eglise où il est Lui-même toujours présent. Jésus n’est pas seulement un moraliste ou un sage ou un bon psychologue. Il « révèle » les mystères cachés en Dieu. Or, ici, il ajoute une caractéristique essentielle : à savoir que Dieu est présent à cette tentative de sauvetage des pécheurs inspirée par l’amour…

« Ce que vous liez sur la terre est lié aussi au ciel : ce que vous déliez sur la terre est aussi délié au ciel ». La volonté de Dieu étant qu’aucune brebis du troupeau ne se perde, la correction fraternelle devient un chemin de la miséricorde même de Dieu… Beaucoup d’hommes, en effet, ne découvriront les pardons de Dieu que s’ils découvrent près d’eux des frères qui mettent en œuvre dans leur comportement une attitude de miséricorde et de pardon. L’Eglise est le lien de l’amour sauveur. Mais il y a un autre point de révélation que Jésus ajoute… Il promet sa présence invisible mais réelle à tout groupe de chrétiens qui s’aiment et qui collaborent ensemble « quand deux ou trois sont réunis en mon nom je suis là au milieu d’eux… » Et il fait cette promesse suprême « si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père ». Ainsi Jésus ose promettre le retour du frère qui s’est égaré, à toute prière faite dans l’union des cœurs à toute prière faite en commun. Ici, c’est clair nous ne sommes plus seulement dans le registre moral ou sociologique ou humaniste : nous sommes dans le domaine de la Foi : c’est-à-dire de l’impossible aux hommes qui devient possible avec Dieu.

Quand un chrétien gagne son frère le ciel surgit sur la terre. Quand deux ou trois s’entendent pour implorer le Père, sa grâce les environne et se déploie sur leur demande.

Serait-ce là un rêve ? Une illusion ou irréelle ?

Non, frères et sœurs, c’est un merveilleux secret de folle confiance qui va jusqu’à croire qu’aucun homme n’est définitivement irrécupérable. L’Eglise ne doit pas être une société comme les autres : ce devrait être le lien où l’être le plus déchu se sente aimé puisque Jésus « a versé son sang » pour lui. Puissent ces quelques réflexions nous faire comprendre à quel point nous sommes tous responsables les uns des autres.

 Amen.

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 16:22

Lecture du livre de Jérémie 20, 7-9

Seigneur, tu as voulu me séduire, et je me suis laissé séduire ; tu m'as fait subir ta puissance, et tu l'as emporté. À longueur de journée je suis en butte à la raillerie, tout le monde se moque de moi. Chaque fois que j'ai à dire la parole, je dois crier, je dois proclamer : « Violence et pillage ! » À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l'injure et la moquerie. Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom ». Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m'épuisais à le maîtriser, sans y réussir.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 12, 1-2

Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16, 21-27

Pierre avait dit à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t'en garde, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas ». Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ? Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite ».

Homélie

Dans l’Evangile de dimanche dernier nous avons vu Jésus féliciter vivement l’apôtre Pierre qui éclairé intérieurement par Dieu le Père, venait de reconnaître en Lui le Messie, le Fils du Dieu vivant.

Aujourd’hui nous le voyons par contre adresser, frères et sœurs, à ce même Pierre – qui lui fait des reproches inspirés cette fois par des sentiments humains – une cinglante réponse. Si Jésus agit de la sorte c’est parce que la pierre sur laquelle reposera un jour son Eglise est devenue pour l’heure un scandale, une pierre d’achoppement.

L’apôtre Pierre, parce qu’il est dominé cette fois-ci par des pensées toutes humaines et non pas les pensées de Dieu, devient en fait pour Jésus un instrument de Satan, le Tentateur.

Il ne faut pas oublier, en effet, que depuis la première tentation au désert, Satan cherche par tous les moyens à détourner Jésus de la voie qu’il a choisie pour sauver le monde du péché et de la mort : la voie douloureuse qui conduit à la Croix, témoignage suprême de l’Amour.

Cette réaction de Pierre traduit bien d’ailleurs la mentalité des apôtres, telle qu’elle transparaît dans l’Evangile. Quand Jésus leur parle du Royaume et de sa Gloire, aussitôt ils affirment leur volonté de suivre le Maître jusqu’au bout. Mais lorsque le Seigneur leur indique le chemin qui doit les conduire à de tels sommets ils se fâchent, protestent et reculent.

Mais, n’est-ce pas aussi, frères et sœurs notre mentalité à nous ? Mentalité qui est très largement répandue en ces temps de laisser-aller et de permissivité. N’y a-t-il pas des vérités, des exigences évangéliques que nous avons du mal à admettre et plus encore à faire passer dans notre comportement, dans notre vie concrète ?

Croire en Jésus-Christ, cet homme-Dieu crucifié ! Admettre que pour le suivre et lui ressembler il nous faille, comme Lui, être en butte à la persécution ou tout au moins à la contradiction, au dénigrement, à la dérision et accepter, de surcroît, qu’épreuves physiques ou morales nous assaillent, avouons que cela est dur, que cela a beaucoup de mal à passer.

Seulement attention ! Si dans la religion chrétienne, ce que nous cherchons c’est la Pâque sans la Croix, c’est-à-dire la joie sans l’effort, le bonheur sans le sacrifice, eh ! bien nous nous sommes trompés d’adresse…

Il y a des gens, qui lorsqu’ils se trouvent au pied d’une belle et haute montagne, sentent sourdre en eux le désir de la gravir le plus tôt possible. Mais lorsqu’il s’agit de payer le prix de la montée, de suer sur le chemin du don et du renoncement, de surmonter laborieusement bien des difficultés, alors ils s’assoient sur le bord du chemin et pris par le découragement ils redescendent vers la plaine, tellement ils préfèrent l’autoroute de leur petit confort aux exigences qui sont pourtant la rançon de toute joie profonde et durable.

Jésus dans l’Evangile de ce jour nous met en garde. Beaucoup de gens – des jeunes, surtout – sont facilement séduits par son visage hors du commun et projettent en Lui tous leurs rêves de justice, de fraternité et d’amour. Seulement voilà : Jésus n’a jamais promis les énergies de son Esprit aux partisans d’un progrès sans peine, à ceux qui se contentent de réclamer un petit paradis de la terre et d’attendre le paradis final en faisant une sieste bien-pensante dans le fauteuil confortable de leur paresse spirituelle.

Certes Jésus veut notre bonheur, mais notre vrai bonheur : un bonheur bien différent de celui que nous imaginons ou que nous cherchons fébrilement sur des fausses pistes (l’argent par exemple…). D’ailleurs, s’il a accepté, dans son fol amour de souffrir et de mourir sur une croix, n’est-ce pas pour nous obtenir la grâce incomparable de la Vie divine qui fait de nous les enfants bien-aimés du Père et donc les héritiers de son Paradis où nous partagerons éternellement sa Béatitude ?

Frères et sœurs, si nous voulons comprendre au moins un peu, le sens de la souffrance dans nos vies, contemplons Marie au pied de la Croix. Personne n’a été « associé » autant qu’elle à la Passion du Sauveur. Qui pourra avoir la moindre idée de son martyre intérieur ?

Et les saints, qu’ont-ils faits à son exemple ? Trouvez-en un seul qui n’ait pas accepté d’offrir par amour toutes sortes de souffrances en union avec le Crucifié ?

Eh bien, nous aussi, qui voulons être des disciples du Christ, nous devons librement et volontairement communier au Sacrifice de Jésus en offrant tout ce qui nous coûte dans notre vie, tout ce qui nous fait souffrir, physiquement ou moralement. C’est tout le sens de l’invitation que saint Paul nous adressait dans la 2ème lecture « Je vous exhorte par la tendresse de Dieu à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint capable de lui plaire ».

Puissions-nous donc, frères et sœurs, en communion d’amour avec Marie qui est la Corédemptrice par excellence, en communion avec tous les saints qui sont nos modèles et nos entraineurs, accepter d’être à notre petite taille et pour notre modeste part des corédempteurs. Aidons Jésus à porter sa croix. Aidons-le à réaliser notre salut et celui de nos frères.

Quand nous aurons compris que notre communion au mystère de la Croix est l’unique secret de la Joie, il y aura déjà sur cette terre et dans nos cœurs, un gros morceau de Paradis.

Amen.

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 14:02

Lecture du livre d'Isaïe 22, 19-23

Parole du Seigneur adressée à Shebna le gouverneur : « Je vais te chasser de ton poste, t'expulser de ta place. Et, ce jour-là, j'appellerai mon serviteur, Éliakim, fils de Hilkias. Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs : il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s'il ouvre, personne ne fermera ; s'il ferme, personne n'ouvrira. Je le rendrai stable comme un piquet qu'on enfonce dans un sol ferme ; il sera comme un trône de gloire pour la maison de son père ».

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 11, 33-36

Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? Qui lui a donné en premier, et mériterait de recevoir en retour ? Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour l'éternité ! Amen.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16, 13-20

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? » Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes ». Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux ». Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Messie.

Homélie

Deux paroles émergent de cet évangile :

- « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant »,

- « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ».

Deux affirmations qui sont bien autre chose qu’un échange de compliments entre Jésus, le Fils de Marie et Simon, fils de Yonas.

Deux affirmations qui énoncent deux vérités fondamentales de notre foi chrétienne :

- « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». La question essentielle que Jésus pose est celle de la foi, de la reconnaissance de ce qu’il est, lui, réellement aux yeux de Dieu. « Pour vous, qui suis-je ? »

Ce jour-là, Pierre éclairé par Dieu, dépasse les apparences et les doutes et professe au nom de tous la foi authentique.

Avant les autres, mieux que les autres il touche le Seigneur au cœur de son mystère, même s’il ne peut encore saisir le contenu d’un tel trésor. Pour lui, Jésus n’est pas un simple prophète comme Elie ou Jean-Baptiste. Pour lui, Jésus est bien le Messie envoyé par Dieu ; il est le Fils du Dieu vivant, pas seulement un fils de Dieu comme tous les hommes le sont, mais « le Fils » en un sens qui n’appartient qu’à Lui : c'est-à-dire celui qui est l’Image vivante du Père, né de lui avant tous les siècles et de même nature que lui.

- A l’admirable Profession de Foi de son apôtre, Jésus répond par une mission confiée et c’est la 2ème grande affirmation de cet Evangile : « Tu es Pierre ». En réalité il s’appelait Simon, fils de Yonas selon la chair et le sang, mais Jésus change ce nom en celui de Pierre et le charge d’une signification nouvelle : désormais, par la foi il sera « Pierre », c’est-à-dire le roc, le rocher, la pierre de fondation de la communauté des croyants de Jésus-Christ ; « Et sur cette pierre, je bâtirai mon église ».

Ainsi Jésus bâtit son œuvre : lui qui a en mains la clé de l’énigme de la condition humaine parce qu’il est le Fils de Dieu, voici qu’il confie à Pierre les clés de son Royaume : « Tu es Pierre, et je te donnerai les clés du Royaume des Cieux » à la manière dont à l’époque le gouverneur possédait les clés de la ville. Remettre les clés, c’est transmettre les pouvoirs, permettre d’entrer et de sorti : c’est surtout donner sa confiance. En recevant les clés du Royaume, Pierre devient l’intendant stable dont parlait la 1ère lecture : il est investi de la confiance de Jésus, il reçoit autorité pour maintenir dans l’unité de la Foi de la communauté des croyants qu’il est venu fonder.

Etre la pierre sur laquelle repose l’Eglise, tenir les clefs du Royaume des cieux, lier et délier sur la terre comme au ciel, quel programme en forme d’avalanche sur les épaules d’un homme généreux, certes, mais aussi frêle que les autres. Mais qu’importe ! Puisque Jésus ajoute une merveilleuse Promesse pour son Eglise : « la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle ». Même si la présence chrétienne n’est pas assurée en telle ou telle région de la terre, l’Eglise du Christ est assurée de ne pas périr : voici 2000 ans qu’elle tient debout en dépit de bien des vicissitudes : c’est un fait unique dans toute l’histoire humaine.. Si elle n’était pas d’origine divine il y a longtemps aurait disparu…

Aujourd’hui comme au temps de Jésus les réponses des hommes à la question : « Pour vous qui suis-je ? » risquent d’être encore plus mélangées que celles des disciples. Ce qui est sûr, frères et sœurs, c’est qu’aujourd’hui comme hier Jésus n’a pas son histoire derrière lui, mais devant ; à travers son Corps qui est l’Eglise, son mystère s’étend à toutes les générations comme à l’univers entier. Bossuet ne disait-il pas : l’Eglise c’est le Christ répandu et communiqué. Quant à Pierre son chef visible, il est toujours, à travers ses successeur (aujourd’hui le Pape François), celui qui professe la foi authentique en union avec les Evêques successeur des apôtres. Il en est le garant. Il est aussi celui qui confirme ses frères dans la foi selon une autre parole de Jésus « Et toi quand tu seras revenu affermis tes frères ». Cette mission c’est par son enseignement que le pape l’accomplit :

- un enseignement dans lequel il ne peut pas se tromper chaque fois qu’il proclame par un acte définitif un point de doctrine touchant la foi ou la morale (par exemple le respect de la vie depuis sa conception jusqu’à la mort),

- un enseignement que nous devons accueillir dans « l’obéissance de la foi » comme étant les Paroles même de Jésus.

Telle est, frères et sœurs, la grandeur incomparable de notre Eglise. Alors, comment ne pas l’aimer de toute notre âme ? Puisque c’est d’Elle que nous avons reçu la foi et toutes ces vérités qui donnent un sens à notre existence, puisque c’est par Elle que nous avons reçu et continuer à recevoir tant et tant de bienfaits spirituels, en particulier ces grands cadeaux que sont les sacrements au centre desquels il y a le Trésor inestimable de l’Eucharistie.

Oui, aimons l’Eglise plus que jamais en ces temps difficiles qui sont les nôtres : soyons toujours en communion avec Elle : heureux de ce qui fait sa joie, souffrant de ce qui la meurtrit et travaillant à son progrès dans notre vie de croyants et dans sa mission auprès des incroyants.

Surtout ne manquons pas de prier pour Elle en la confiant Elle et le Saint-Père à la sollicitude de Marie, proclamée Mère de l’Eglise par le Pape Paul VI à la fin du Concile Vatican II.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 18:12

Lecture du livre d'Isaïe 56, 1. 6-7

Parole du Seigneur : Observez le droit, pratiquez la justice. Car mon salut est approche, il vient, et ma justice va se révéler.

Les étrangers qui se sont attachés au service du Seigneur pour l'amour de son nom et sont devenus ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et s'attachent fermement à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte. Je les rendrai heureux dans ma maison de prière, je ferai bon accueil, sur mon autel, à leurs holocaustes et à leurs sacrifices, car ma maison s'appellera « Maison de prière pour tous les peuples ».

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 11, 13-15.29-32

Frères, je vous le dis à vous, qui étiez païens : dans la mesure même où je suis apôtre des païens, ce serait la gloire de mon ministère de rendre un jour jaloux mes frères de race, et d'en sauver quelques-uns. Si en effet le monde a été réconcilié avec Dieu quand ils ont été mis à l'écart, qu'arrivera-t-il quand ils seront réintégrés ? Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts !

Les dons de Dieu et son appel sont irrévocables. Jadis, en effet, vous avez désobéi à Dieu, et maintenant, à cause de la désobéissance des fils d'Israël, vous avez obtenu miséricorde ; de même eux aussi, maintenant ils ont désobéi à cause de la miséricorde que vous avez obtenue, mais c'est pour que maintenant, eux aussi, ils obtiennent miséricorde. Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous les hommes.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 15, 21-28

Jésus s'était retiré vers la région de Tyr et de Sidon. Voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon ». Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s'approchèrent pour lui demander : « Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël ». Mais elle vint se prosterner devant lui : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. — C'est vrai, Seigneur, reprit-elle ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Jésus répondit : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! » Et, à l'heure même, sa fille fut guérie.

Homélie

Nous avons tous fait, un jour ou l’autre, l’expérience de ne pas voir nos prières exaucées – du moins en apparence.

Pour bien comprendre ce qui se passe en pareil cas il nous faut méditer profondément la scène merveilleuse que saint Matthieu vient de nous décrire. Qui sait si elle ne contient pas une réponse, à condition de ne pas lire superficiellement.

Pour peu que nous soyons attentifs nous comprenons que dans ce domaine de nos relations avec Dieu par la prière il ne faut pas se fier aux apparences.

Dans son attitude vis-à-vis de la Cananéenne, Jésus donne l’impression d’être sans cœur, insensible, dur, cinglant même.

Il commence en effet, par ne rien répondre du tout. Puis il semble opposer un refus catégorique « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ».

Il semble enfin, se moquer de la pauvre femme qui le supplie : « Il n’est pas bon de prendre le pain des petits enfants pour le donner aux petits chiens ».

En réalité, sous ces apparences négatives, il se passe quelque chose entre Jésus et cette femme si pleine de confiance et si tenace : mais c’est à l’intérieur que cela se passe. Car le Christ, Lui, voit dans l’âme de la Cananéenne le souffle de l’Esprit qui gonfle sa foi et la fait même déborder en prière. Alors la dureté avec laquelle il semble la traiter ne serait-elle pas comme ces barrages de montagne qui arrêtent les eaux, mais provoquent leur montée jusqu’à produire des prodiges de puissance (dans le domaine de l’électricité en particulier). Et c’est bien ce qui se passe chez cette païenne dont la persévérance force l’admiration.

Tandis qu’il la repousse en paroles, Jésus l’attire du dedans par la grâce, au point que sa Foi soumise à trois épreuves successives s’élève à un très haut niveau et devient un modèle pour les disciples eux-mêmes. Jésus qui à le cœur bouleversé par tant de confiance et d’humble persévérance ne peut retenir son admiration « Ô Femme qu’elle est grande ta foi » et l’exauce alors selon son désir. »

« Que tout se fasse pour toi comme tu veux ». Et à l’heure même sa fille fut guérie. Illustration parfaite de cette autre parole prononcée par Jésus : « Tout est possible à celui qui croit ».

Chers frères et sœurs, cet épisode évangélique si riche en enseignements devrait susciter en nous au moins trois interrogations :

  • 1èreinterrogation : comment interprétons-nous les épreuves que subit notre vie et qu’endure notre foi ? Il nous arrive à tous, une fois ou l’autre de traverser des zones de souffrances ou de ténèbres. Nous sommes bouleversés par le cours des évènements et décontenancés par l’attitude de Dieu à notre égard et nous disons : « Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Dieu m’aurait-il abandonné ? Et si précisément, dans ces moments là, Dieu nous faisait le coup du barrage ?!! Pour donner à notre foi l’occasion de se fortifier et de grandir ? Et pour faire monter ainsi le niveau de notre amour envers lui, de notre communion avec lui, autrement dit : de notre sanctification ?
  • 2èmeinterrogation : constatant que la Cananéenne, a été exaucée « selon son désir » demandons-nous quelle est la mesure de nos désirs ? Disons-nous bien que si nos désirs sont petits, Dieu ne nous donnera que de petites satisfactions, mais si nos désirs sont grands, élevés par delà l’humain et l’immédiat, divins et éternels il se fera une joie de nous combler « Fais-toi capacité disait le Christ à sainte Catherine et je me ferai torrent ».
  • 3èmeinterrogation : même si Jésus s’est humblement limité aux brebis perdues d’Israël, il laisse entrevoir dans cette page d’Evangile que son salut est destiné à tous les hommes. Nous devons donc nous demander « Pourquoi ai-je la chance d’avoir la foi ? » Pourquoi suis-je un privilégié, admis à manger le pain des enfants de Dieu ? Est-ce que je n’oublie pas trop souvent l’immense foule qui attend les miettes de cette table divine ? Toute élection par Dieu est aussi une mission universelle. Si Dieu choisit certains, c’est pour les envoyer à tous les autres. Que faisons-nous concrètement pour la propagation de la foi autour de nous ? Pour que l’évangile du bonheur soit annoncé dans les milieux où nous vivons et jusqu’aux extrémités de la terre et de telle manière que le monde entier devienne selon l’expression du prophète Isaïe : « Une maison de prière pour tous les peuples ».

Que chacun, donc, dans le secret de son cœur fasse l’effort de se remettre en cause à partir de cet évangile, et qu’il sache en tirer les conséquences pour la conduite de sa vie chrétienne.

Amen.

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 07:44

Lecture du premier livre des Rois 19, 9a.11-13a

Lorsque le prophète Élie fut arrivé à l'Horeb, la montagne de Dieu, il entra dans une caverne et y passa la nuit. La parole du Seigneur lui fut adressée : « Sors dans la montagne et tiens-toi devant le Seigneur, car il va passer ». À l'approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu'il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n'était pas dans l’ouragan ; et après l'ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n'était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d'une brise légère. Aussitôt qu'il l'entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la caverne.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 9, 1-5

Frères, j'affirme ceci dans le Christ, car c'est la vérité, je ne mens pas, et ma conscience m'en rend témoignage dans l'Esprit Saint. J'ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais même être maudit, séparé du Christ : ils sont en effet les fils d'Israël, ayant pour eux l'adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c'est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement. Amen.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 14, 22-33

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il se rendit dans la montagne, à l'écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils disaient : « C'est un fantôme », et la peur leur fit pousser des cris. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c'est moi ; n’ayez pas peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l'eau ». Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant qu'il y avait du vent, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

Homélie

L’Evangile de ce dimanche ainsi que la première lecture attirent notre attention sur les »Temps forts » qui nous sont nécessaires pour rencontrer Dieu,

  • des temps forts pour la Paix et le recueillement,
  • des temps forts pour l’homme en détresse qui lance des appels au secours à celui qui seul peut le sauver : le Seigneur-Jésus.

L’Evangile nous montre Jésus qui après le miracle de la multiplication des pains a besoin de Paix. Il craint surtout de devenir une « star », un « superman » et d’être choisi par les foules comme roi et libérateur d’Israël. Ce qui n’est pas le but de sa mission. Il oblige donc ses apôtres à se retirer et gravit la montagne... La montagne, dans la Bible, c’est le lieu où l’on rencontre Dieu. Là dans le silence, dans la paix de la nuit, loin du monde Jésus vit « un temps fort » de communion profonde avec son Père, dans le cœur à cœur de la prière.

Personne n’est capable d’imaginer ce dialogue d’amour où le Christ, en tant qu’homme, vit avec son Père cette relation indicible qu’il vit éternellement dans les splendeurs et la joie infiniment comblante de la Sainte Trinité.

Comme on aimerait, n’est-il pas vrai, écouter cet échange merveilleux et sublime ?

Et pour nous, frères et sœurs, qu’en est-il ?

Avons-nous conscience de notre besoin de paix, de silence et de recueillement ?

A l’exemple de Jésus il faut à tout prix nous obliger à trouver « ces temps forts » qui conditionnent, qui favorisent notre mise en présence de Dieu et notre intimité avec Lui. Et pour cela, il faut nous mettre à l’écart de temps en temps : dans notre chambre comme nous y invite l’évangile : dans le calme d’une église ou d’une petite chapelle déserte, ou tout simplement dans une belle nature qui fait deviner la grandeur et la beauté de Dieu à travers sa création et invite à la prière contemplative. N’a-t-on pas dit que la nature c’est le premier livre de prière ?

Disons-nous bien frères et sœurs que le silence est un moyen privilégié de rencontre avec Dieu. Alors ! Que notre parole ne tue pas ce silence !  Nous avons vu dans la 1ère lecture que Dieu n’est pas dans l’orage, il n’est pas dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Il est dans la brise légère.

Lorsque nous saurons nous taire pour écouter le murmure de cette brise légère qui est l’Esprit-Saint nous ferons de grands progrès dans notre vie de foi, d’espérance et d’amour, car dans notre prière des lumières nous seront données pour discerner où est la volonté de Dieu sur nous et nous recevrons la force qui nous aidera à l’accomplir. « Dans la prière, disait un évêque, le chrétien prend une certaine distance par rapport à ce qu’il vit chaque jour afin d’y découvrir les appels de Dieu et de mieux voir les engagements qu’il doit prendre ».

Après avoir prié une grande partie de la nuit sur la montagne, Jésus décide d’aller à la rencontre de ses apôtres qui naviguent péniblement sur le lac dans une barque battue par les vagues. Il s’avance vers eux par le chemin le plus court, c’est-à-dire en marchant sur l’eau. Ne croyons surtout pas qu’il veut par là jouer au magicien : il veut tout simplement montrer qu’il est le Maître des puissances du mal. Dans la Bible en effet la mer évoque le monde. Des tempêtes, des monstres marins et des puissances maléfiques...

Stupéfaits de le voir marcher ainsi sur la mer, « croyant voir un fantôme », saisis par une grande frayeur les apôtres se mettent à crier... Jésus aussitôt les rassure : « confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ». Et voici que Pierre se pique au jeu. Présomptueux il s’offre pour faire comme son Maître : marcher sur la mer, marcher sur les puissances du mal...

Connaissant peu sa faiblesse, ne pensant plus à Jésus, mais à la situation bien peu normale dans laquelle il se trouve, il est pris de doute et la mer, c'est-à-dire le mal, reprend son pouvoir sur lui. Il s’enfonce jusqu’au moment où la peur lui arrache une prière sous forme de S.O.S. : « Seigneur sauve-moi ».

Cet épisode est riche en enseignements mais il nous rappelle tout d’abord que dans nos vies il n’y a pas que des passages paisibles, nous y rencontrons parfois des turbulences... Et lorsque tout va mal, lorsque tout est noir, nous ne voyons plus la présence de Dieu dans notre vie et au cœur de nos épreuves. C’est dans ces moments-là surtout que nous avons besoin de soutien indispensable de la prière.

Une prière suppliante et persévérante qui n’est pas portée par le sentiment mais seulement par la volonté.

Une prière pleine de confiance qui ne doute jamais de la Toute-puissance de Jésus, de la Toute-puissance de son Amour.

La prière c’est en quelque sorte notre planche à voile, qui nous permet de « surfer » sur toutes les épreuves de la vie :

  • dans nos maladies, elle nous ouvre à la patience,
  • dans nos deuils, elle nous ouvre à l’espérance,
  • dans nos souffrances quelques qu’elles soient, elle nous fait découvrir une juste perception du réel : « pour l’homme qui prie, disait Léon Bloy, il n’y a ni désespoir, ni tristesse amère ».

Enfin souvenons-nous que la misère nous fait découvrir notre faiblesse et ainsi la nécessité d’un Sauveur. C’est dans l’expérience toujours désolante de sa faiblesse que l’âme prend conscience qu’elle n’a pas de force à elle, mais que la force du Christ l’habite et la soutient.

Cette vérité, frères et sœurs, je voudrais l’illustrer en vous citant une petite parabole qui me servira de conclusion :

« Une nuit, je rêvais que je marchais sur la plage de Dieu. Dans le firmament apparaissaient les tableaux de ma vie. A chacun d’eux je relevais 2 traces de pas dans le sable : la mienne et celle de Dieu. Après avoir vu le dernier tableau je revins en arrière et remarquai qu’à plusieurs reprises, durant les périodes les plus tristes et les plus difficiles de ma vie, je n’observais qu’une seule trace. Je questionnai Dieu à ce sujet : Seigneur tu m’as dit que si je te suivais, tu marcherais avec moi, mais je vois qu’au cours des périodes les plus tristes de ma vie, il n’y a qu’une seule trace de pas sur le sable ! Pourquoi dans ces moments où j’avais le plus besoin de toi, tu m’as laissé seul ? Dieu répondit : pourquoi doutes-tu ? Jamais je ne t’aurais quitté durant les périodes d’épreuves et de souffrances : lorsque tu ne vois qu’une trace, c’est que je te portais sur mon dos ».

Amen.

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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 23:05

Lecture du premier livre des Rois 3, 5.7-12

À Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Il lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai ». Salomon répondit : « Seigneur mon Dieu, c'est toi qui m'as fait roi à la place de David mon père ; or, je suis un tout jeune homme, incapable de se diriger, et me voilà au centre du peuple que tu as élu ; c'est un peuple nombreux, si nombreux qu'on ne peut ni l'évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu'il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; comment sans cela gouverner ton peuple, qui est si important ? »

Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : « Puisque c'est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis ; mais puisque tu as demandé le discernement, l'art d'être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n'en a eu avant toi et que personne n'en aura après toi ».

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 28-30

Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour. Ceux qu'il connaissait par avance, il les a aussi destinés à être l'image de son Fils, pour faire de ce Fils l'aîné d'une multitude de frères. Ceux qu'il destinait à cette ressemblance, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu'il a justifiés, il leur a donné sa gloire.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 44-52

Pour la lecture brève on omet le texte qui est entre crochets.

Jésus disait à la foule cette parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète ce champ.

Ou encore : Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète la perle.

[Le Royaume des cieux est encore comparable à un filet qu'on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s'assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges viendront séparer les méchants des justes et les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Avez-vous compris tout cela ? » — « Oui », lui répondent-ils. Jésus ajouta : « C'est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien ».]

Homélie

Si nous regardons attentivement autour de nous – et en nous-mêmes – si nous cherchons à comprendre ce qui motive les efforts, les choix, les réactions des hommes et des femmes de tout pays, de tout milieu social, de toute génération, comment ne pas voir que partout et toujours, depuis l’origine de l’humanité, ce que recherche chaque personne c’est un bonheur durable et profond. Ce bonheur, l’être humain s’efforce de le trouver dans des directions diverses : la réussite professionnelle, le travail ou les loisirs, l’art, le sport, l’action politique ou l’engagement social. Mais ce qui est certain c’est qu’on peut vérifier aujourd’hui comme hier, que s’ils sont appréciables et utiles le progrès matériel, le bien-être et le confort ne suffisent absolument pas à rendre l’homme pleinement heureux. C’est parce que ces biens ne sont que des valeurs accessoires et non la valeur essentielle.

La valeur essentielle, il faut la chercher ailleurs au plus profond de nous-mêmes, du côté du cœur. Nous constatons très souvent, n’est-il pas vrai (ou du moins nous pressentons) que ce qui peut nous rendre vraiment et durablement heureux c’est d’aimer et d’être aimé.... Si cet amour manque alors survient l’épreuve la plus dure : celle de la solitude. Sans doute de cette solitude l’homme peut-être libéré par toutes les formes de communion interpersonnelle : l’amitié, l’amour conjugal et familial, la solidarité dans une œuvre commune, la vie en communauté. Mais, si merveilleuses qu’elles soient, ces expériences, de ce qu’il y a de plus grand et de plus beau dans la vie humaine demeurent toujours fragiles, menacées, vulnérables. Et nous savons très bien, qu’inéluctablement, elles seront un jour, brisées par la mort.

Telle est chers frères et sœurs, la mystérieuse condition de l’homme : si mystérieuse qu’elle nous incite à chercher au-delà de l’amour lui-même, la source cachée d’où il provient. Et c’est seulement, lorsque nous laissant guider par la foi qui seule nous met dans la vérité, nous comprenons que tout amour humain véritable est un don, un cadeau de Dieu, c’est seulement à ce moment-là que nous débouchons sur le chemin de lumière qui conduit d’une manière sûre et directe au pays du bonheur.

Nous nous demandons quelquefois : d’où venons-nous, qui sommes-nous où allons-nous ? La réponse : la seule qui soit pleinement satisfaisante c’est la Parole de Dieu qui nous la donne.

- Elle nous dit que nous sommes « nés de Dieu », que nous venons de ce Dieu qui s’est révélé comme étant l’amour infini, comme étant une parfaite communion d’amour entre trois personnes divines égales et distinctes.

- Elle nous dit que nous sommes des êtres semblables à Dieu, mais dépendants de Lui... et ces êtres Dieu les aime tellement qu’il les appelle à une incroyable intimité avec Lui par le mystère de la grâce sanctifiante, c’est-à-dire le mystère de sa présence, de son habitation en chacun de nos âmes.

- La Parole de Dieu nous affirme encore que cette alliance d’amour, commence ici-bas sous le régime de la foi trouvera son épanouissement définitif au-delà de la mort, en pleine lumière dans une merveilleuse participation à la vie, à la gloire et à l’infinie Béatitude de Dieu.

Et c’est cela, frères et sœurs, le Royaume, le Bien Absolu que Jésus promet à ceux qui croient. C’est vraiment un Cadeau Royal, inespéré et pleinement conforme aux meilleures aspirations de l’homme, bien qu’il les déborde infiniment. Il importe toutefois de bien comprendre que Dieu n’impose pas ses largesses. Nous ne sommes pas des jouets pour le distraire, parce qu’il s’ennuierait dans son éternité... Dieu fait de nous les partenaires d’une libre alliance. Voilà pourquoi il respecte scrupuleusement notre liberté. Il ne nous aimerait pas s’il nous forçait à répondre à son amour, s’il nous forçait à dire OUI.

Son Royaume est une proposition, une invitation, un appel toujours relancé. Dès lors Jésus nous demande de nous mettre humblement et courageusement à sa suite pour avancer, en dépit de tous les obstacles, sur le chemin qui mène à ce Bien Suprême qu’est l’Union avec Dieu.

Aujourd’hui, dans le passage que nous venons de lire, Jésus nous fait bien comprendre que l’inestimable trésor mis à notre disposition doit être payé au prix fort. Non pas avec la monnaie de nos mérites, mais par l’engagement de notre liberté qui accepte de tous sacrifier à la perle unique offerte pour notre bonheur... Devant un tel don, rien, en effet, ne saurait prévaloir. Il est temps que nous choisissions enfin – car nous ne pouvons servir plusieurs maîtres à la fois. A nous laisser dominer par ce qui n’est pas Dieu, nous risquons de ne jamais connaître la joie immense d’être habités par Lui, la joie comblante d’être possédés par son Amour.

Que chacun d’entre nous ait donc le courage de regarder ce qui le tient encore enfermé dans les pièges, ce qui le retient en esclavage loin de Dieu. Nous qui sommes si habiles pour tout faire concourir en notre faveur. Pourquoi sommes-nous si réticents quand il s’agit de nous laisser aimer par Dieu le seul être capable de combler notre désir, notre soif de bonheur par sa propre béatitude ? Ah ! Si nous pouvions dire comme saint Paul : « Je considère comme une perte tous les avantages que j’avais auparavant à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ-Jésus mon Seigneur ». Alors nous serions profondément heureux. Oui, heureux dès cette terre, et quoiqu’il arrive, en attendant de l’être pleinement et pour toujours dans ce qui sera notre maison d’éternité, le splendide Paradis de Dieu où Jésus nous a précédés pour nous préparer une place.

Amen.

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 23:05

Lecture du livre de la Sagesse 12, 13. 16-19

Il n'y a pas de Dieu en dehors de toi, Seigneur, toi qui prends soin de toute chose, et montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. Ta force est à l'origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose. Il montre sa force, l'homme dont la puissance est discutée, et ceux qui la bravent sciemment, il les réprime. Tandis que toi, Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n'as qu'à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain, et tu as pénétré tes fils d'une belle espérance : à ceux qui ont péché tu accordes la conversion.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 26-27

Frères, l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L'Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables. Et Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l'Esprit : il sait qu'en intervenant pour les fidèles, l'Esprit veut ce que Dieu veut.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 24-43

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets

Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla. Quand la tige poussa et produisit l'épi, alors l'ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : « Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? » Il leur dit : « C'est un ennemi qui a fait cela ». Les serviteurs lui disent : « Alors, veux-tu que nous allions l'enlever ? » Il répond : « Non, de peur qu'en enlevant l'ivraie, vous n'arrachiez le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier. »

[Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu'un homme a semée dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches ». Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu'une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte ait levé ». Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète : C'est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines.

Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s'approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l'ivraie dans le champ ». Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme : le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l'ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L'ennemi qui l'a semée, c'est le démon ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l'on enlève l'ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l'homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »]

Homélie

Ainsi il y a de l’ivraie dans le champ du Seigneur !

Ce n’est pas lui qui l’y a semée, car Jésus n’est venu semer que la Parole du Règne de Dieu. « C’est un ennemi qui a fait cela », explique Jésus. Mais comment a-t-il pu réussir ? - parce que « les gens dormaient ». Peut-être avaient-ils des raisons de se reposer ; mais ils auraient dû s’arranger ensemble pour qu’une surveillance, une vigilance, soit possible.

II fallait rester vigilant, car le mal est vite fait quand il s’agit de semer. Jésus le souligne également : l’ennemi a semé de l’ivraie en plein milieu du blé, et il s’en est allé, sachant bien que désormais sa mauvaise graine allait pousser sans lui, en profitant de la bonne terre, préparée pour la bonne graine.

L’inconvénient, avec la mauvaise herbe, c’est qu’au début, et longtemps, elle ressemble au bon blé. Tant que l’herbe est verte, tant que les graines ne sont pas formées, impossible de reconnaître l’ivraie avec certitude. De même dans la terre de notre cœur, lorsque nous laissons l’ennemi semer ses graines de malheur : la désunion, l’égoïsme, ou la tristesse. C’est au bout d’un certain temps que l’on constate le désastre : « mon champ est plein d’ivraie ; mon cœur de croyante est partagé, et il porte à la fois des fruits pour la vie et des germes de mort ».

Alors, quel est le remède ? Les serviteurs, dans la parabole, viennent trouver le maître du champ, avec toute leur bonne volonté, et avec beaucoup d’illusions : « Veux-tu que nous allions ramasser cette ivraie ? » L’ivraie a déjà produit ses épis, et déjà on peut la reconnaître. Mais le maître est formel : « Non ! de peur qu’en arrachant l’ivraie vous ne déraciniez le blé avec elle ».

Il est bien dommage qu’il se trouve de l’ivraie dans notre cœur, dans nos groupes chrétiens, dans nos communautés ; mais ce qu’il faut sauvegarder avant tout, c’est la moisson qui lève et qui va nourrir les hommes, c’est la croissance de l’Évangile dans notre vie, c’est l’expansion missionnaire de l’Église où tous les peuples trouveront le salut.

Si pour éliminer l’ivraie il faut arracher le bon grain, mieux vaut patienter jusqu’à la moisson ; si pour extirper le mal il faut compromettre les fruits du bien, mieux vaut laisser Dieu faire le tri à Son heure.

« Laissez l’une et l’autre croître jusqu’à la moisson », dit Jésus ; et l’on pourrait trouver sa réponse décevante, tellement le désir est puissant au fond des cœurs de vivre dans un monde pur, dans une Église unie, dans une communauté ardente et unanime. Et pourtant, c’est Jésus qui a raison.

D’abord parce que Dieu, en patientant jusqu’au jugement, patiente avec chacun de nous, sans détruire en nous les forces de vie pour arracher tout de suite le mal de notre cœur. Dieu nous donne le temps de la conversion.

Et puis Dieu se réserve le jugement, que Jésus décrit souvent dans l’Évangile comme un moment de vérité où seront révélés le fond des cœurs et le poids réel de chaque existence. Laissons à Dieu le dernier mot sur toute chose, et gardons la paix. Le mal ne gagnera pas, ni dans notre cœur ni dans le monde, si nous laissons faire la patience de Dieu : « Ayez confiance ; disait Jésus, j’ai vaincu le monde », le monde du refus.

Certes, l’ivraie pousse, grandit, et c’est souvent un scandale ; mais nous n’avons pour la combattre, en nous et autour de nous, que les seules armes de l’Évangile, les outils du grand Moissonneur. Jésus s’est livré pour nos péchés. Pour stopper la montée de l’ivraie dans le champ du monde, il a offert à Dieu sa vie donnée aux hommes et son obéissance ; il a vécu pleinement Fils et totalement frère.

Et depuis vingt siècles il moissonne, pour son grenier éternel.

Source : http://www.carmel.asso.fr Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.

 

***********

 

La parabole de l’ivraie et du bon grain aborde la question des situations délicates où nous constatons que, malgré tous les efforts que nous avons fait et les dispositions que nous avons prises pour réaliser quelque chose de bien, du mal est apparu et gâche toute l’opération. La réaction bien humaine est d’extirper le mal pour ne laisser apparaître et se développer que le bien. Cette solution pourrait à la rigueur s’appliquer pour des choses, par exemple, un fruit qui se gâte, ou une tumeur qui risque de se développer. Mais lorsqu’il s’agit de sujets humains, la solution n’est pas aussi simple. Qui peut déterminer de façon certaine ce qui est mauvaise ou bonne graine ? N’est-elle pas en chacun de nous ?

Jésus fait savoir qu’il n’appartient pas aux hommes de le faire. Mieux vaut supporter la présence du mal que d’arracher le bien lorsqu’on n’a pas les moyens d’un véritable discernement et laisser ce travail à ceux qui en sont capables (“les moissonneurs”). Cette parabole est une leçon de patience ; Jésus l’applique au Royaume. Les disciples doivent cultiver une patiente confiance et accepter que le Royaume soit une communauté, une Eglise même, où se mêlent le bien et le mal. La moisson, dans la Bible désigne le jugement dernier : il n’est ni du ressort des disciples ni de leur compétence.

Dans les persécutions que subirent les premiers chrétiens, St Pierre dans une lettre écrit ceci : “ Mais voici un point, très chers, que vous ne devez pas ignorer : c'est que devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne retarde pas l'accomplissement de ce qu'il a promis, comme certains l'accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur ; en ce jour, les cieux se dissiperont avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, la terre avec les œuvres qu'elle renferme sera consumée” (2P 3, 8-10).

Cette parabole a laissé perplexes les disciples et ils demandèrent à Jésus de la leur expliquer, ce que Jésus a fait dans le même chapitre, quelques versets plus loin.

Certes le bien et le mal se côtoient dans la phase terrestre de croissance du Royaume. Mais le disciple qui comprend le message de Jésus sait qu’il y aura un jugement sans échappatoire. Pour le moment, le Royaume est proposé à tous et Jésus nous invite dès à présent à faire le bon choix.

Source : Père Guy Lecourt

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 14:54

Lecture du livre d'Isaïe 55, 10-11

Ainsi parle le Seigneur : La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 18-23

Frères, j'estime donc qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu. Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore. Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 1-23

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets.

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac.

Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque où il s'assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur est sorti pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D'autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde. Le soleil s'étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D'autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D'autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »

[Les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n'est pas donné. Celui qui a recevra encore, et il sera dans l'abondance ; mais celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a. Si je leur parle en paraboles, c'est parce qu'ils regardent sans regarder, qu'ils écoutent sans écouter et sans comprendre. Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s'est alourdi : ils sont devenus durs d'oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n'entendent pas, que leur cœur ne comprenne pas, et qu'ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris !

Mais vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu.

Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand l'homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s'empare de ce qui est semé dans son cœur : cet homme, c'est le terrain ensemencé au bord du chemin.

Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c'est l'homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n'a pas de racines en lui, il est l'homme d'un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt.

Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c'est l'homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit.

Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est l'homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un ».]

Homélie

Chers frères et soeurs, Jésus nous fait comprendre aujourd’hui que la Parole de Dieu est comparable à une semence qui paraît sans cesse se perdre dans la terre et qui cependant y germe puis grandit et se multiplie au centuple.

Mais d’où vient qu’elle soit si peu fructueuse en nous. Ce n’est pas faute d’avoir été semée ! Que de sermons entendus, que d’exhortations, que de réunions, que de réflexion, que de revues ou livres religieux publiés !

Jamais peut-être la Parole de Dieu n’a été plus diffusée, plus ensemencée que de nos jours. Alors, comment se fait-il qu’elle soit si peu efficace ?

Comment se fait-il qu’elle transforme si peu nos habitudes, nos manières de pensées, de vouloir et d’agir ?

La réponse ? Jésus nous dit qu’il faut la chercher en nous-mêmes. Il faut examiner quel genre de terrain nous sommes, autrement dit quelles sont les véritables dispositions de notre cœur. Il est indispensable en effet, que la Parole de Dieu trouve en nous une préparation, une aspiration, un besoin, si nous voulons qu’elle nourrisse efficacement nos âmes.

Dans cette étonnante Parabole du Semeur, Jésus nous apprend à distinguer plusieurs sortes de dispositions :

Il y a d’abord ceux qui ressemblent à un chemin durci, on dirait maintenant à une route goudronnée. La semence de La Parole tombe sur eux sans même les effleurer. Ils ont entendu quantité de sermons, mais aucun ne les a jamais changés. C’est parce qu’en fait, n’ayant pas faim et soif de la Parole de Dieu, ils n’en attendent rien et déplorent comme perdu le temps passé à l’écouter.

Jésus, Lui, tandis qu’il parlait, voyant les âmes de ses auditeurs transparentes devant Lui et il voyait aussi le démon, toujours à l’affût, prêt à foncer comme un oiseau sinistre, pour enlever la semence et faire en sorte qu’elle n’ait aucune prise sur la terre des âmes, aucune action dans les cœurs. Il y a tout de même un fait remarquable (et que Jésus donne comme une preuve évidente de l’existence du démon) c’est la rapidité avec laquelle on oublie la Parole de Dieu.

Combien de fidèles en sortant de l’Eglise ont déjà tout perdu de ce qui leur a été lu ou commenté… Mais que ces mêmes personnes regardent un film à la télévision, et les voilà capables de vous raconter ce film en entier ou d’en repasser en esprit les épisodes les plus marquants…

Nous avons tant de mal, n’est-ce pas à retenir par cœur quelques versets d’Evangile, mais les refrains entendus à la radio, eux, nous poursuivent du matin au soir…

Alors que tout nous impressionne, que tout se marque en nous, n’est-il pas navrant de constater que seule la Parole de Dieu ne nous impressionne, pour ainsi dire pas, et disparaît au plus vite sans laisser de traces ?

Il y a une seconde catégorie d’auditeurs : ce sont les superficiels : âmes sensibles et enthousiastes, sans doute ; mais qui n’ont pas de profondeur… Elles se passionnent volontiers et se croient converties parce qu’elles ont été émues… Tout ce qu’on dit les touches, mais, hélas, rien ne les change. La Parole de Dieu, en elles, ne s’enfonce pas et ne peu donc pas prendre racine dans leur vie quotidienne. L’expérience qu’elles ont de Dieu ne se prolonge pas par cette conversion permanente que doit toujours susciter l’assimilation de sa Parole.

Pour ces âmes-là, il existe un remède, très efficace : c’est la prière. Il faudrait que dans un dialogue personnel et très fréquent avec le Seigneur, elles sachent reprendre le message reçu… Il faudrait qu’à l’exemple de la Vierge Marie elles aient la volonté de méditer inlassablement dans leur cœur tout ce que Dieu leur a dit. Quant à Marie
nous dit Saint Luc, « elle conservait tous ces souvenirs les méditant dans son cœur ».

La troisième catégorie est sûrement une terre profonde, car elle concerne des esprits réfléchis, des caractères bien formés. En eux, la Parole de Dieu pourrait germer, mais ils se hâtent, hélas de l’étouffer. S’étourdissant de travaux et d’agitation, ils trouvent que leur vie présente est assez remplie pour avoir le droit de négliger leur vie intérieure. Ils s’intéressent à trop de choses pour s’occuper aussi (et en priorité de Dieu).

Ce sont des gens qui se trouvent trop intelligents pour s’incliner devant la simplicité du message évangélique. Ils trouvent toujours :

  • une objection à lui faire,
  • une raison pour le contredire,
  • un défaut pour en plaisanter,
  • une excuse pour ne plus y penser.

Ces auditeurs-là sont les pires de tous : volontairement insensibles, ils laissent croître les épines de leur orgueil, de leur égoïsme ou de leur hypocrisie pour étouffer la semence dont ils redoutent les effets…

Mais quelle est donc cette bonne terre qui absorbe le grain avec avidité, le fait germer et fructifier ?

Eh bien ce sont ceux qui accueillent la Parole de Dieu comme une révélation, comme une interpellation personnelle, ceux qui se laissent désinstaller de leurs sécurités et de leur bonne conscience, qui prennent vraiment pour eux tout ce qu’on enseigne, qui s’y reconnaissent volontiers en disant : « oui, ça c’est pour moi, voilà ce que je dois faire, voilà ce que je dois changer »

Ce sont des âmes toujours disponibles qui accueillent la Parole non comme venant d’un homme (lequel d’ailleurs n’est qu’un porte-parole) mais comme venant de Dieu.

Toujours prêtes à se laisser travailler, à se laisser façonner par elle, elles coopèrent généreusement à la grâce… Et le résultat c’est une merveilleuse fructification. C’est un progrès incessant dans la Foi, dans l’Espérance, dans l’Amour de Dieu et du prochain : c’est-à-dire vers cette sainteté qui est la vocation de tout baptisé.

Quand Jésus parlait de cette dernière catégorie d’auditeurs, il évoquait certainement l’image de sa très Sainte Mère : car, la Bonne Terre par excellence, n’est-ce pas Marie, modèle parfait, modèle insurpassable de la vie chrétienne ?

Puissions-nous, à son exemple, nous laisser féconder par la Parole de Vie.

Et que cette parole fructifie au maximum d’abord en nous-mêmes, mais aussi autour de nous, grâce à notre apostolat, pour la plus grande gloire du Divin Semeur.

Amen.

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 14:00

Lecture du livre de Zacharie 9, 9-10

Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune.

Ce roi fera disparaître d'Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l'arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s'étendra d'une mer à l'autre, et de l'Euphrate à l'autre bout du pays.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 9. 11-13

Frères, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n'est pas envers la chair : nous n'avons pas à vivre sous l'emprise de la chair. Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 25-30

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté. Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ».

Homélie

Jésus aime les propos qui vont à l’encontre des opinions communément admises. Est-ce que, dites-moi, les termes de sage et de savant, sagesse et sciences, ne représentent pas pour nous, deux des plus hautes valeurs humaines ? Valeurs respectables, valeurs enviables, valeurs recherchées ?

Or, ce sont ces sages et ces savants qui se voient – pourrait-on dire - délaissés par Dieu au profit des tout-petits qui, on le comprend bien ne sont ni sages, ni savants. La logique voudrait que ce soit aux sages et aux savants que Dieu se manifeste, puisqu’ils seraient mieux à même de comprendre. Eh bien non ! Dieu, notre Père veut que les choses divines soient révélées aux petits, et pas aux sages ni aux savants.

Il y a là, frères et sœurs, un renversement des valeurs qui confond la raison et met notre logique en échec. Si cela nous dérange, si nous ne comprenons pas c’est la preuve, précisément que Dieu ne s’est pas révélé à nous, parce que nous sommes trop « sages et trop savants », trop malins et trop sûrs de nous. Si nous étions des tout petits au sens où Jésus l’entend, nous aurions déjà compris et nous ne serions pas vexés.

Mais pourquoi Dieu ne se révèle-t-il pas aux sages et aux savants ? C’est tout simple : à cause de leur prétention, de leur orgueil. Trop souvent les savants sont imbus de leur savoir ; ils en savent trop. Ils n’ont plus rien à apprendre. Ils n’ont plus besoin de maître. Alors à quoi bon prendre la peine de leur enseigneur encore quelque chose ? Les sages sont forts, ils sont habiles : ils sont prétentieux, ils n’ont plus besoin de rien. Pourquoi Dieu prendrait-il la peine de leur venir en aide ? Il y a quelques semaines, dans l’Evangile du dimanche, Jésus déclarait à des contradicteurs pleins d’eux-mêmes : « Je ne suis pas venu sauver des justes, mais des pécheurs. Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades ».

Jésus, nous le voyons a de la suite dans les idées, il met à l’écart les justes, les bien-portants pour s’occuper des petits, des ignorants, des malades, des pécheurs. Parce que ceux-ci ont besoin de lui et lui ouvrent tout simplement la porte de leur cœur pour l’accueillir.

Chez les autres, tout remplis d’eux-mêmes, il n’y a pas de place pour lui à moins qu’ils ne sachent se vider de leur orgueil, de leur suffisance, se dépouiller d’eux-mêmes et qu’ils comprennent que, eux aussi, sont malades, pécheurs et que somme toute – en dépit de leur science – faibles, petits, très peu de chose...

Il faut se rappeler, frères et sœurs, que lorsque Jésus, s’adressant à son Père lui disait « Je te rends grâces d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout petits », il s’était heurté – et cela depuis le début de son ministère – à l’incompréhension des scribes, des pharisiens et des prêtres de l’époque. Et comme ces bien pensants et ces gens en place l’avaient rejeté, il s’était tourné, avec succès cette fois, vers les petites gens, les simples, les modestes. C’est donc dans ce contexte d’échec et d’incompréhension que Jésus fait monter vers son Père une hymne de jubilation. Au lieu de se laisser aller à des réflexions désabusées, il se met à prier, à louer, à remercier, ayant su reconnaître dans les évènements l’action du « Seigneur du ciel et de la terre ». C’est comme s’il disait à son Père : « Au fond tout cela était prévu par toi ». C’était la volonté que, ta révélation fût faite par moi, ton Fils, en termes modestes, sous forme de simplicité et de pauvreté... Père, je te rends grâces.

Mais aussitôt, quittant sa joyeuse contemplation, s’arrachant au ciel pour revenir sur la terre où son Père l’envoie comme Sauveur, Jésus parcourt du regard le cercle de ses disciples et de tous ces petits qui l’écoutent, or, derrière eux, n’est-ce pas toute l’humanité qu’il perçoit, n’est-ce pas chacun de nous qu’il invite « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids et moi je vous procurerai le repas... »

Comme c’est encourageant, frères et sœurs ! Jésus nous voit avec toutes nos pesanteurs, tous nos fardeaux. Ceux des corps malades ou infirmes, ceux des cœurs désolés ou abandonnés, ceux des esprits troublés et désemparés, ceux des consciences lourds ou sans espérance. Oui, Jésus est là devant nous, non comme un juge ni comme un lointain Seigneur, mais comme un frère doux et humble de cœur, avec la seule présence de son amour. Alors c’est la grande invitation, pressante, certes, mais combien respectueuse de notre liberté : prendre le joug du Christ, devenir ses disciples pour trouver le repas. Mais surtout n’allons pas croire que ce repas va nous être octroyé comme cela pour rien, sans efforts de notre part. Jésus ne nous promet pas un bonheur facile. Il réclame l’attachement total à sa volonté, ce qui suppose le détachement vis-à-vis de tout ce qui n’est pas conforme à cette volonté. Etre son disciple, ce n’est pas seulement recevoir de lui un message ou une doctrine, c’est le recevoir lui-même en personne de sorte que rien ne nous manque du moment que nous l’avons avec nous et en nous. Et c’est cette présence du Seigneur au plus intime de nous-mêmes et au cœur de nos vies qui rend tous les jougs commodes et tous les fardeaux légers : puissions-nous en être de plus en plus convaincus.

Demandons instamment à Marie qui est l’éducatrice de nos âmes de nous conduire jusqu’à son Divin Fils, afin qu’à son école nous apprenions à êtres de plus en plus doux et humbles de cœur.

Amen.

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 20:13

Lecture du deuxième livre des Rois 4, 8-11. 14-16a

Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer ».

Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé ». Élisée lui dit : « Appelle-la ». Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras ».

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains 6, 3-4. 8-11

Frère, nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts.

Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir. Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10, 37-42

Jésus disait au douze Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité d’homme juste recevra une récompense d’homme juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : il ne perdra pas sa récompense ».

Commentaire

À première vue, ce texte est une succession de maximes dont on peut même se demander si Jésus les a toutes prononcées à la suite et on ne voit pas bien le lien entre elles. Mais à force de les lire et relire, on découvre au contraire qu’il s’agit d’un même appel, celui des choix nécessaires, des renoncements exigés par la fidélité à l’évangile. On savait déjà que l’évangile exigeait d’aimer : tout le discours sur la montagne l’a dit. Ici Jésus parle d’autres exigences. Je prends le texte en suivant : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». Il ne faut pas entendre le mot « aimer » au sens habituel des affections familiales ; Jésus ne nous dit pas de ne pas aimer notre prochain ; ce serait nouveau ! Mais on est dans un contexte de persécution : aussi bien quand Jésus parle, puisqu’il en mourra, que quand Matthieu écrit son évangile ; un peu plus haut, il a prévenu ses apôtres : « Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront condamner à mort ». (Mt 10, 21) ; et encore « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa maison ». (Mt 10, 34 -35 ; Michée 7, 6). Tous les temps de persécution provoquent des drames cornéliens : le choix se pose entre la fidélité ou la mort ; même en dehors d’un contexte de persécutions violentes, on sait bien que c’est en famille et avec les amis les plus proches qu’il est souvent le plus difficile de témoigner de ses convictions. Et parfois de véritables déchirures peuvent se produire dans le tissu familial. « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera ». « Prendre sa croix » : que pouvait signifier cette expression dans la bouche de Jésus à ce moment-là ? La crucifixion était un supplice courant qui sanctionnait tout manquement à l’ordre public. Le long des routes de l’Empire romain, il arrivait qu’on voie des crucifixions par centaines et même par milliers. Ce supplice infâmant inspirait l’horreur et exposait à l’opprobre des foules et à la risée des passants celui qui méritait d’être retranché du peuple. D’ailleurs, on le voit au moment de la condamnation du Christ, il n’était pas question de crucifier quelqu’un dans l’enceinte de la ville. Tout le monde connaissait la phrase du Deutéronome d’après laquelle tout condamné à mort au nom de la Loi était maudit de Dieu (Dt 21, 22-23). Rappelez-vous encore le psaume 21/22 : « Je suis un ver et non plus un homme, injurié par les gens, rejeté par le peuple. Tous ceux qui me voient me raillent ; ils ricanent et hochent la tête ». Jésus exprime ici la conscience qu’il a de la persécution qui l’attend, lui et tous ceux qui prendront sa suite. Car, si les disciples vont au bout du témoignage, ils courront inévitablement le risque de se heurter aux autorités. Il leur faudra accepter d’être méconnus, humiliés. Il leur a bien dit : « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » (Jn 15, 20). « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ». Il me semble que cette phrase vise à fortifier les apôtres, comme s’il leur disait : « Tenez bon ». Tous ces risques courus pour l’Évangile vous rapprochent de moi et de mon Père ». « Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité d’homme juste recevra une récompense d’homme juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : il ne perdra pas sa récompense ». À première vue, nous voilà en plein dans une optique de récompense, de donnant-donnant ; mais non, car nous ne sommes pas dans le domaine de l’avoir ; puisqu’en amour on ne compte pas. Ce que Dieu nous donne n’est pas quantifiable ; c’est du domaine de l’être. C’est la vie éternelle, c’est-à-dire la vie dans son intimité. Tous les saints témoignent d’une qualité de bonheur, pas d’une quantité de biens. Et même, humainement, ceux qui vivent une véritable relation d’amour, quelle qu’elle soit, savent que l’avoir compte peu en regard de la profondeur des sentiments, la communication entre les êtres. Jésus le dit lui-même un peu plus loin : « Quiconque aura laissé maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs, à cause de mon nom, recevra beaucoup plus et, en partage, la vie éternelle ». Saint Paul exprime cette expérience : « Toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme des pertes à cause du Christ. Mais oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus-Christ le Seigneur... Il s’agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir, s’il est possible, à la résurrection d’entre les morts. Non que j’aie déjà obtenu tout cela ou que je sois devenu parfait ; mais je m’élance pour tâcher de le saisir parce que j’ai été saisi moi-même par Jésus-Christ ». (Phi 3, 7...12). « Être saisi par le Christ » comme dit Saint Paul, voilà l’enjeu, un enjeu vital. Et c’est cela, peut-être, le lien entre toutes ces phrases de Jésus : « Être saisi par le Christ » comme un feu intérieur qui inspire tous les renoncements exigés par la fidélité à l’évangile : le renoncement aux affections, à la considération, à l’avoir... On entend ici résonner les Béatitudes : « Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse car votre récompense est grande dans les cieux ».

Madame Marie-Noëlle Thabut

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Publié par Marie-Noëlle Thabut - dans Homélies Année A
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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 14:58

Lecture du livre de Jérémie 20, 10-13

Moi Jérémie, j'ai entendu les menaces de la foule : « Dénoncez-le ! Allons le dénoncer, l'homme qui voit partout la terreur ! » Mes amis eux-mêmes guettent mes faux pas et ils disent : « Peut-être se laissera-t-il séduire... nous réussirons, et nous prendrons notre revanche ! » Mais le Seigneur est avec moi, comme un guerrier redoutable : mes persécuteurs s'écrouleront, impuissants. Leur défaite les couvrira de honte, d'une confusion éternelle, inoubliable.

Seigneur de l'univers, toi qui scrutes l'homme juste, toi qui vois les reins et les cœurs, montre-moi la revanche que tu prendras sur ces gens-là, car c'est à toi que j'ai confié ma cause.

Chantez le Seigneur, alléluia ! Il a délivré le pauvre du pouvoir des méchants.

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains 5, 12-15

Frères, par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort, et ainsi, la mort a atteint tous les hommes, du fait que tous ont péché. Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde. Certes, on dit que le péché ne peut être sanctionné quand il n'y a pas de loi ; mais pourtant, depuis Adam jusqu'à Moïse, la mort a régné, même sur ceux qui n'avaient pas péché par désobéissance à la manière d'Adam. Or, Adam préfigurait celui qui devait venir.

Mais le don gratuit de Dieu et la faute n'ont pas la même mesure. En effet, si la mort a frappé la multitude des hommes par la faute d'un seul, combien plus la grâce de Dieu a-t-elle comblé la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus-Christ.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10, 26-33

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux ».

Homélie

Frères et sœurs, l’Évangile du jour nous oblige à une vigilance ragaillardie, avive en nous une espérance lucide. Lumière sera faite, proclame le Christ, soyez sans crainte : « Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu ». Une lumière qui fait le tri, crève les baudruches, nous émonde pour nous réduire à l’essentiel de ce que nous sommes : les fils adoptifs du Père. Poussons un ouf de soulagement !

Le siècle dont nous sortons a caracolé en tête du peloton des horreurs. Les millions et millions de morts qu’a charriés l’histoire, et notamment la plus récente, nous laisse sur une impression de néant si grande que nous nous sommes mis à douter de tout, et de notre bien fondé. La lumière incisive du Christ vient à point. Nous le savons : l’être humain est aujourd’hui en grand danger de décomposition. La frontière de l’homme et de l’animal tend à s’estomper, l’inviolabilité de l’âme personnelle fait hausser les épaules, de scabreuses manipulations génétiques reposent en stratégie de labo, la perte de spiritualité nous tire vers le bas, et son chloroforme, la santé légitimement recherchée a fait oublier trop souvent le salut.

Dans le magma des cruautés de siècles qui se chevauchent, dans l’avachissement des valeurs qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes, l’argent, la vaine gloire et les plaisirs immédiats pour ce qu’ils ne sont pas : la porte du paradis, le Christ tranche par sa lumière sans sunlight, par sa lucidité qui nous met au large de tout autre chose. La merveilleuse nouvelle du Christ, dure en sa qualité de diamant, la voici : nous serons tous, un par un, mis à nu, réajustés à sa charité, car « même nos cheveux sont tous comptés », c’est dire le prix inestimable de notre personne pour Celui en qui nous sommes sans cesse pétris. L’histoire entière si inextricable sera dénouée, car l’Esprit ne la laisse pas à l’abandon. Elle ne part pas aux égouts. Comme la Création «elle est dans les douleurs de l’enfantement».

Non, je ne suis pas qu’un fétu emporté dans les remous d’époque, une marionnette de foule, aussi tiré à hue et à dia que je sois, et versatile. Plus profond que tout, notre âme est inexorablement liée à son Auteur, qui l’appelle, l’invite par voix de conscience, et voie de conversion. Ne vends donc pas ton âme pour une bouchée d’arrogance, de pouvoir et de séduction aveugle, ou la frénésie de l’instant qui passe et va au trou. Vendre son âme à l’air du temps, à la vie superficielle, c’est donc avoir été acheté, comme on le dit de quelqu’un qui a perdu son honorabilité. La nôtre, frères, est d’être « à l’image de Dieu », dont Jésus en son humanité a dressé le portrait. Le culte du corps et de l’épanouissement personnel, qui imprègne nos sociétés, s’accompagne hélas trop souvent d’une âme inculte de son Dieu. Alors, réveillons-nous ! « Craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps », nous avertit Jésus. Quel combat ! Une conversion de tous les instants. Dissous donc ta misère dans la lumière du Christ au lieu de t’y résoudre.

Il y a des premiers en ce monde qui seront les derniers en l’autre, et des derniers en ce monde qui seront les premiers dans l’amour éternel. Car la loi de l’Évangile prend tout le monde à rebrousse-poil. Elle est justice à rechercher, soutien du pauvre, compassion, impatience devant le mal, patience devant ses propres faiblesses, douceur brûlante de cet amour indéfinissable prêt à tous les pardons. Frères, cet Évangile ressort comme une pépite d’or. Il nous ramène à l’essentiel, il recadre les choses, comme on dit. On en a bien besoin ! Amen

Frère Guy Touton

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 21:54

Lecture du livre des Actes des Apôtres 1, 12-14

Les Apôtres, après avoir vu Jésus s'en aller vers le ciel, retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem, qui n'est pas loin. (La distance ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.) Arrivés dans la ville, ils montèrent à l'étage de la maison ; c'est là qu'ils se tenaient tous : Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d'Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 4, 13-16

Mes bien-aimés, puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d'être dans la joie et l'allégresse quand sa gloire se révélera. Si l'on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous, puisque l'Esprit de gloire, l'Esprit de Dieu, repose sur vous. Si l'on fait souffrir l'un de vous, que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur. Mais si c'est comme chrétien, qu'il n'ait pas de honte, et qu'il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 17, 1-11a

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il leva les yeux au ciel et pria ainsi : « Père, l'heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Moi, je t'ai glorifié sur la terre en accomplissant l'œuvre que tu m'avais confiée. Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi : donne-moi la gloire que j'avais auprès de toi avant le commencement du monde. J'ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m'as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m'avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d'auprès de toi, et ils ont cru que c'était toi qui m'avais envoyé. Je prie pour eux ; ce n'est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi ».

Homélie

En lisant l’Evangile de ce dimanche entre Ascension et Pentecôte, nous sommes témoins de la Prière de Jésus à l’heure où il va « passer de ce monde à son Père ».

Cette prière de Jésus « à cœur ouvert » devant Dieu son Père et devant ses disciples nous fait contempler l’âme de notre Seigneur. Chacune de ses paroles extrêmement riches de sens mériterait un commentaire approfondi.

Que nous apprend Jésus en s’adressant ainsi à son Père ? Il nous fait comprendre que la prière chrétienne est essentiellement une communion.

« Tout ce qui est à Toi est à moi, comme tout ce qui est à moi est à Toi ». Jésus est en communion totale avec le Père. L’ensemble de cette prière mémorable (dont nous ne lisons aujourd’hui qu’une partie) laisse apparaître ce partage d’être, d’amour et de vie, de volonté et de projet entre le Fils et le Père... Non seulement ils sont présents l’un à l’autre, mais une union éternelle les lie l’un à l’autre : « Tu es en moi et moi en Toi ».

Les évangélistes, surtout saint Luc, ont retenu le souvenir de ces solitudes nocturnes prolongées où Jésus priait. Là réside le secret de sa mission sur la terre. Sa prière permanente était une adhésion aimante à la volonté du Père qu’il venait accomplir. Au Jardin des Oliviers, durant son agonie, sa supplication était rythmée par cette demande : « Que ta volonté soit faite et non la mienne ».

« Le Père et moi nous sommes UN » : cette union qui surpasse tout ce que nous pouvons imaginer et vivre à notre niveau nous dit tout de l’intensité de la prière de Jésus. Elle s’identifie complètement à ce que veut et fait le Père.

Nous sommes éblouis et notre prière en regard de celle de Jésus nous semble bien pauvre, faible et limitée. Trop souvent elle n’est faite que de mots enchainés rapidement et distraitement sans communication réelle avec le Seigneur.

La vraie prière est communion avec Dieu, souvent dans le silence, sans paroles exprimées. Pensons ici à ce que disait un brave paysan d’Ars à son saint Curé : « Je l’avise et il m’avise ». Elle est aussi communion fraternelle avec tous les priants et avec celles et ceux qu’elle veut porter. Elle tisse des liens mystérieux entre les personnes, même au-delà de la mort : avec la très Sainte Vierge et les Saints et aussi avec nos chers défunts. Elle transcende le temps et l’espace... Celui qui à découvert ce contact intérieur avec Dieu et ses frères connaît le bonheur de prier, un bonheur qu’il lui est difficile d’exprimer et de partager comme toute expérience profonde.

Il y a un autre aspect qui caractérise cette grande prière du Christ : on l’appelle, en effet, la PRIERE SACERDOTALE parce que c’est celle du Souverain Prêtre qui intercède pour son Eglise. Cette prière exprime l’action de grâces, elle est don Eucharistique.

Sur le point de quitter ce monde pour retourner vers le Père, Jésus présente en quelque sorte un bilan de sa mission, il lui rappelle ce qu’il a réalisé : « Je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’as confiée... J’ai fait connaître ton Nom aux hommes ». Le nom dans la tradition biblique n’est pas autre chose que Dieu lui-même.

Jésus a révélé le Père par le témoignage de sa parole et de son action auprès des humains, pécheurs, malades et pauvres. En cette heure qui est pourtant dramatique, il laisse éclater sa joie, la joie d’avoir accompli l’amour du Père pour le monde, la joie de la mission achevée. De mon cœur jaillit une immense et ardente reconnaissance.

Qu’en est-il pour nous frères et sœurs ? Notre prière est si souvent plainte, cri et requête... Elle en vient à oublier que sa plus belle expression c’est l’action de grâces... II n’y a rien qui touche autant le cœur de Dieu disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus que ce merci, cette reconnaissance qui s’enracine dans une conscience émerveillé des dons de Dieu. Le cantique de Marie en est le plus bel exemple : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles, saint est son nom ».

Il y a un troisième point particulièrement frappant dans cette extraordinaire prière : Jésus y manifeste le souci de ceux que le Père lui à donnés, les apôtres d’abord qui les premiers ont répondu à son appel, mais aussi tous ses disciples de tous les temps. Il prie pour eux avec une infinie tendresse. Dans cette intercession qui occupe la plus grande partie de sa prière, il supplie le Père de les garder du « mauvais », car il sait combien leur tâche sera risquée dans le monde. Leur fidélité sera sans cesse mise à l’épreuve. Ce qui le préoccupe surtout c’est leur unité « Père qu’ils soient un ». Prière bouleversante si en la méditant nous réalisons que le Christ a pensé à nous, à chacun de nous ce soir là.

Comme elle devrait, frères et sœurs, nous ancrer dans une confiance indéfectible cette certitude : à savoir que nous sommes aimés passionnément par le Christ-Jésus qui ne nous enlèvera pas du monde, mais qui à chaque instant intercède pour nous auprès du Père en lui disant : « Père, tu me les as confiés, ne permets pas qu’ils se perdent ».

Prions, comme lui, pour tous ceux qui nous sont confiés. Rappelons-nous que la prière pour les autres est une des plus belles expressions de l’amour fraternel.

Chers frères et sœurs, la 1ère lecture de cette messe nous a fait contempler la Vierge Marie en prière au milieu des Apôtres qui attendaient la venue de l’Esprit-Saint promise par Jésus.

En cette semaine préparatoire à la Pentecôte, supplions-la de nous obtenir de l’Esprit-Saint la grâce d’entrer de plus en plus dans la prière sacerdotale, la sublime prière de Jésus. Plus nous la ferons nôtre et plus nous saisirons la profondeur de l’Amour de Dieu pour nous.

Amen.

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 23:05

Lecture du livre des Actes des Apôtres 8, 5-8. 14-17

Philippe, l'un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là il proclamait le Christ. Les foules, d'un seul cœur, s'attachaient à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler des signes qu'il accomplissait, ou même ils les voyaient. Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits mauvais, qui les quittaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et d'infirmes furent guéris. Et il y eut dans cette ville une grande joie.

Les Apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu. Alors ils leur envoyèrent Pierre et Jean. À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour les Samaritains afin qu'ils reçoivent le Saint-Esprit ; en effet, l'Esprit n'était encore venu sur aucun d'entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 3, 15-18

Frère, c'est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ. Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c'était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal. C'est ainsi que le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l'esprit, il a été rendu à la vie.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 15-21

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous, et qu'il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D'ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui ».

Homélie

Chers Frères et Sœurs, dans un des messages qu’il adressait au monde entier le Pape Paul VI disait ceci, qui est toujours d’actualité : « la foule des hommes s’écrie : nous n’avons pas besoin du salut du Christ : nous ne connaissons pas ce Sauveur et nous ne voulons pas le reconnaître. N’est-ce pas ainsi que se manifeste le matérialisme contemporain ? » Alors, les croyants qui vivent vraiment leur foi, qui vivent selon l’Evangile, sont en contradiction avec ce monde incroyant, en butte à ses moqueries et à sa haine. Le Seigneur l’avait prédit : « Si vous étiez de ce monde (incroyant) il vous aimerait. Mais vous n’êtes pas de ce monde (incroyant) alors il vous hait. » Devant cette incrédulité, ces vexations, cette haine, les chrétiens sont appelés à rendre compte de leur foi. Saint Pierre nous le dit dans la 2ème lecture : « vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’Espérance qui est en vous. »

Si les incroyants nous combattent c’est souvent parce qu’ils ne comprennent pas notre foi, qu’ils ne connaissent pas et trouvent absurde, quelquefois c’est parce qu’ils sont inquiets et en recherche. Il nous appartient chaque fois que c’est possible, de les éclairer, de leur expliquer notre foi, son contenu, ses motivations. Mais en sommes-nous capables ? La grande faiblesse de la plupart des chrétiens, c’est l’ignorance de leur religion. Cette faiblesse nous avons le devoir de la combler par tous les moyens qui s’offrent à nous, ne serait ce que par la lecture de livres religieux. Ils ne manquent pas ceux qui sont accessibles à tous. Mais quelles que soient nos connaissances nous pouvons toujours témoigner de notre foi par notre vie quotidienne, vécue selon l’Evangile, à l’exemple de Jésus notre parfait modèle. « Ayez une bonne conscience nous dit encore Saint Pierre, afin que sur le point même où l’on vous attaque, vous confondiez ceux qui calomnient votre bonne conduite dans le Christ. »

Il faudrait, frères et sœurs, que les incroyants ne puissent jamais nous prendre en défaut. Faisons en sorte de ne jamais mériter le reproche que Jésus adressait aux pharisiens hypocrites : « vous êtes des sépulcres blanchis : extérieurement vous avez belle apparence, mais intérieurement vous n’êtes que pourriture. » Mais tout cela, me direz-vous est très exigeant : mettre le possible notre vie en harmonie avec notre foi, témoigner non seulement par la parole, mais aussi et surtout par l’exemple, avons-nous quelques chances d’y parvenir ? Oui, si nous comptons avant tout sur l’aide particulièrement efficace de l’Esprit-Saint que Jésus nous a donné pour cela, comme l’Evangile vient de nous le rappeler.

N’est-il pas, Lui, qui procède du Père et du Fils, l’Esprit de Vérité, de Force et d’Amour.

- ESPRIT de VERITE : Il est Celui qui éclaire, car il révèle le Christ et permet d’entrer dans son Mystère. Il ouvre l’intelligence, même celle des plus humbles à ses enseignements comme il l’a fait pour les Apôtres le jour de la Pentecôte : nous savons, en effet, qu’en dépit des explications que Jésus ne cessait de leur donner, les Apôtres restaient fermés à sa Parole : il a fallu l’irruption de l’Esprit-Saint en eux pour qu’enfin ils comprennent.

- L’ESPRIT de FORCE : les difficultés ne manquent pas sur le chemin de la vie chrétienne… comment en triompher ? Il arrive même que les épreuves (grandes souffrances ou persécutions) en font une marche au Calvaire. Comment dès lors porter notre Croix en union avec le Christ ? C’est l’Esprit-Saint qui en donne la force, car il ranime les courages abattus, réconforte les cœurs brisés. Consolateur des âmes, il permet d’espérer contre toute espérance. C’est dans ce sens que doit être comprise la promesse de Jésus. « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. »

- L’ESPRIT-SAINT est enfin celui qui communique l’Amour, c’est amour qu’aucun échec ne rebute, qu’aucune ingratitude ne paralyse, qu’aucune difficulté n’abat et qui, s’il le faut, ira jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’au martyre qui est la preuve suprême de sa vérité. C’est l’amour seul, ne l’oublions jamais frères et sœurs, qui rend compte de toute la vie du Christ, de sa venue parmi nous (mystère de l’Incarnation) et surtout de sa Passion et de sa mort sur la Croix (mystère de la Rédemption). Cet amour auquel l’Esprit-Saint nous fait communier est seul capable de nous rendre semblables au Christ, de nous transformer peu à peu jusqu’à ce que nous devenions des Copies Vivante de Jésus. Non, vraiment, le Seigneur Jésus ne pouvait pas nous faire un don plus précieux que Celui de SON ESPRIT. Car ce « doux hôte de nos âmes » est un Esprit de Vie c’est-à-dire de nouveauté jaillissante, celui qui EN NOUS crée ou recrée la jeunesse et triomphe de cette usure impitoyable que la vie apporte avec elle. Pour nous aider à comprendre cette vérité, la Bible se sert de comparaisons qui sont toutes très évocatrices et riches de promesses :

- Elle nous dit que l’Esprit-Saint c’est d’abord le souffle : le vent impétueux qui balaye les impuretés et secoue les indolences.

- Il est aussi l’eau vive : l’eau jaillissante dont le ruissellement fertilise la terre et l’empêche de devenir un désert crevassé.

- Il est encore le feu : ce feu qui n’est jamais stabilisé, qui progresse, dévore et ne s’entretient lui-même qu’un incendiant autour de lui : vive flamme qui combat le froid ou la tiédeur.

Autrement dit, l’Esprit-Saint c’est vraiment LE TOUT de notre vie d’enfants de Dieu, Celui qui en nous est l’auteur de tout bien, celui qui selon la belle expression de la 4ème Prière Eucharistique « achève en nous toute sanctification », ce qui lui a valu d’être appelé dans la prière du Veni Creator « le doigt de la droite du Père », car le doigt c’est ce qui sert à fignoler, à parachever la qualité d’un ouvrage. En ces jours où l’Eglise se prépare à fêter la Pentecôte nous demanderons très souvent à Marie qui est la fidèle Collaboratrice de l’Esprit-Saint dans la distribution de toutes les grâces de nous rendre de plus en plus dociles à son action.

Amen.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 23:05

Lecture du livre des Actes des Apôtres 6, 1-7

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque : ils trouvaient que, dans les secours distribués quotidiennement, les veuves de leur groupe étaient désavantagées. Les Douze convoquèrent alors l'assemblée des disciples et ils leur dirent : « Il n'est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas. Cherchez plutôt, frères, sept d'entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d'Esprit Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche. Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole ». La proposition plut à tout le monde, et l'on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d'Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un païen originaire d'Antioche converti au judaïsme. On les présenta aux Apôtres, et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

La parole du Seigneur était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs accueillaient la foi.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 2, 4-9

Frères, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu'il en connaît la valeur. Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus. On lit en effet dans l'Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur ; celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi donc, honneur à vous qui avez la foi, mais, pour ceux qui refusent de croire, l'Écriture dit : La pierre éliminée par les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle, une pierre sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber. Ces gens-là butent en refusant d'obéir à la Parole, et c'est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 1-12

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin ». Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu ». Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit ». Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : 'Montre-nous le Père ?' Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c'est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres œuvres. Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des œuvres. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père ».

C’est l’exquise sensibilité du Cœur de Jésus qui transparait dans les paroles si denses que nous venons d’entendre. La délicatesse et la hâte que Jésus met à dissiper la tristesse de ses amis, angoissés par l’imminence de son départ font deviner à quel point il les aime. Il ne voudrait pas qu’ils cèdent à la peur : « ne soyez pas bouleversés leur dit-il, vous croyez en Dieu, croyez en moi ».

Comme nous avons besoin nous aussi, chers frères et sœurs, de nous laisser pénétrer par la douce lumière et la profonde sérénité qui émanent de ces paroles... Car nous sommes plongés dans un monde qui est largement affecté par l’angoisse.

Homélie

- La vie présente est faite de changements qui bousculent à tout instant nos idées et nos habitudes : un fort sentiment d’insécurité nous oppresse.

- L’avenir, lui aussi, nous inquiète : le terrorisme, la guerre, la violence sous toutes ses formes, le chômage est-ce que tout ne contribue pas à augmenter la déprime ?

Pour exorciser toutes ces peurs qui sont trop souvent paralysante Jésus nous assure qu’il n’y a qu’un moyen : la mise en exercice d’une foi confiante, cette foi que soulève l’amour : « il n’y a pas de peur dans l’amour, l’amour parfait bannit la peur » nous dit saint Jean.

Dieu nous connaît bien avec nos anxiétés, nos hésitations ou nos timidités ! Que de fois dans la Bible nous l’entendons dire, à ceux qu’il appelle pour leur confier une mission, « ne crains pas » et Jésus nous redit très souvent cette parole si encourageante et sécurisante. Si nous mettons toute notre foi en lui qui est notre guide et notre entraîneur, nous n’avons pas à avoir peur car il est là devant nous pour nous tracer la piste du courage, mais il est en même temps avec nous et en nous. A travers lui, comme l’affirme saint Paul, « c’est le Père de toute consolation qui nous console dans toutes nos détresses ».

Ce qu’il importe de bien comprendre également c’est que cette foi intrépide que Jésus réclame de nous et qui nous fait aller au-delà de l’angoisse, c’est une foi qui espère, car elle oriente notre regard dans une direction unique, vers ce qui est notre fin dernière, notre but ultime : cette maison paternelle où Dieu nous attend pour nous faire communier éternellement à sa vie bienheureuse. Oui, qui que nous soyons, nous avons déjà au ciel une demeure préparée par la délicatesse de l’Amour infini. Pour un chrétien donc, l’horizon ne peut jamais être bouché ou désespérant. Le dernier mot appartient d’ores et déjà à la joie victorieuse, puisque notre place est réservée dans les cieux auprès du Seigneur ressuscité « je reviendrai vous prendre avec moi et là où je suis vous y serez aussi ».

Mais Jésus ne nous donne pas seulement le rendez-vous lointain du Royaume de Dieu pour le jour de notre naissance au ciel. Car Dieu n’est pas un être paternaliste qui inviterait du sommet de sa majesté. Dieu ne nous aime pas de loin, d’une manière qui serait purement théorique, Dieu nous aime au point de vouloir nous faire communier dès maintenant à ce qui est sa vie intime (sa prodigieuse vie de connaissance et d’amour) en faisant de nos âmes par le moyen de la grâce sanctifiante des petits ciels où il se plaît à résider. C’est le sens profond de la parole de Jésus « Je suis la Vie ». Oui, Jésus est véritablement « la Vie de notre vie » selon l’expression de saint Augustin et ce qui est merveilleux c’est qu’en nous la communiquant il nous envahit de cette paix et de cette joie qui chassent toute peur et toute angoisse et qui sont un prélude à la paix et à la joie parfaite de l’éternité.

N’est-elle pas réconfortante et même enthousiasmante cette certitude : à savoir que notre vie éternelle est déjà commencée, que notre vie chrétienne est un processus de divinisation et que ce que nous vivons ici-bas dans l’état de grâce connaîtra un jour son plein épanouissement au ciel dans l’état de gloire.

Mais entre les deux quel est le Chemin ? Ce chemin n’est pas une méthode ascétique, ni une performance morale. Ce chemin qui relie le ciel et la terre c’est quelqu’un :

  • le même qui déjà nous habite (si toutefois nous ne sommes pas séparés de Lui par le péché grave),
  • le même qui nous donne le bras durant toute la traversée de l’existence et qui nous accueillera au terme du voyage, c’est-à-dire Jésus, notre Rédempteur, notre Médiateur, notre Dieu, Lui qui s’offre à nous comme « le Chemin, la Vérité et la Vie ».

En nous rassemblant chaque dimanche pour nous faire participer à la Messe (qui est le sacrement de sa Présence et de son Amour), l’Eglise nous rappelle de manière très concrète que la divine Parole et l’Eucharistie sont pour ainsi dire les deux mains de Lumière de Notre-Seigneur qui nous gardent sur la voie étroite et escarpée. Rappelons-nous toujours que sans elles nous ne pouvons que trébucher et tomber dans les ravins du mal au risque de nous perdre.

Cessons donc d’avoir peur, chers frères et sœurs, puisqu’avec Jésus rien ne saurait nous manquer. « En nous le donnant, déclare saint Paul, Dieu nous a tout donné ».

Amen.

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 23:05

Lecture du livre des Actes des Apôtres 2, 14a, 36-41

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, avait pris la parole ; il disait d'une voix forte : « Que tout le peuple d'Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ ». Ceux qui l'entendaient furent remués jusqu'au fond d'eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.

C'est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera ». Pierre trouva encore beaucoup d'autres paroles pour les adjurer, et il les exhortait ainsi : « Détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés ». Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre se firent baptiser. La communauté s'augmenta ce jour-là d'environ trois mille personnes.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 2, 20b-25

Frères, si on supporte la souffrance en ayant fait le bien, c'est une grâce aux yeux de Dieu. C'est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces, lui qui n'a jamais commis de péché ni proféré de mensonge : couvert d'insultes, il n'insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice. Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c'est par ses blessures que vous avez été guéris. Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 1-10

Jésus parlait ainsi aux pharisiens : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c'est lui le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus ».

Jésus employa cette parabole en s'adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire. C'est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis. Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance ».

Homélie

C’est une magnifique parabole que celle du Bon Pasteur. Elle nous révèle en Jésus un personnage fascinant qui aime passionnément ses brebis.

- Ce que Jésus nous dit tout d'abord c’est que le Bon Pasteur entre par la porte. In ne va pas dans la bergerie en escaladant la clôture et en fracturant les entrées. Il a la clef qui lui permet d’entrer sans épouvanter les brebis, puisqu’il ne veut que leur bien. En ce jour où l’Eglise supplie notre Père des cieux de donner des prêtres à son peuple, nous penserons à lui demander des prêtres à l’image du Bon Pasteur, des prêtres infiniment respectueux des consciences et du lent travail de la grâce dans les cœurs...

- Le Bon Pasteur connaît ses brebis. Il appelle chacune par son nom. Jésus connaît chacun et chacune d’entre nous. Il nous appelle par notre prénom. Il a pour chaque personne un cadeau personnalisé, une grâce spéciale. Nous ne sommes pas à ses yeux un numéro, ou un objet de série, mais un être irremplaçable. Demandons à Dieu de donner au monde suffisamment de prêtres pour qu’ils aient le temps matériel d’être attentifs à tous et à chacun en particulier. Combien de nos contemporains n’ont jamais parlé d’homme à homme avec un prêtre ?

- Ce Bon Pasteur emmène ses brebis dehors. Il ne les laisse pas enfermées dans la bergerie en se contentant de leur lancer du fourrage. Il leur emmène vers les verts pâturages, comme le dit le psaume 23. Il connaît les bons endroits où l’humidité permet une herbe toujours renouvelée. Jésus ne nous laisse pas enfermés dans des groupes où l’on se sent bien entre soi, il ne craint pas de nous ouvrir au monde extérieur. Que Dieu nous donne des prêtres qui conduisent leurs ouailles vers les différents milieux de vie pour y repérer l’action mystérieuse de l’Esprit-Saint et y faire entendre l’appel de l’Evangile.

- Le Bon Pasteur marche à la tête de ses brebis, à tout le moins quand il y a du danger... Il les protège du loup et de tous les prédateurs... Jésus n’a-t-il pas pris la tête de l’Eglise, peuple de Dieu, pour donner la direction et l’exemple. Il n’avance pas au premier rang dans un char ou une voiture blindée ; il avance sans protection avec la Croix comme seul bâton que

Dieu donne à l’Eglise des prêtres qui ne marchent à la traîne des idées nouvelles, qui suivent le troupeau ou bien le guide, qui baptisent toutes les erreurs ambiantes dans un souci de popularité ou dans celui « de ne pas faire de vagues »... « Il ne s’agit pas d’adopter le christianisme aux hommes mais d’adopter les hommes au Christ » disait le Père de Lubac.

- Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. C’était vrai surtout des bergers d’autrefois qui devaient affronter les brigands mais les bergers modernes ne donnent-ils pas leur vie d’une autre façon en partageant nuit et jour la vie des brebis ?

Jésus, nous le savons, a mis totalement à exécution (et quelle exécution) cette phrase merveilleuse qu’il nous a laissée « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».

Des prêtres qui donnent leur vie ? Il y en a. chaque année l’Eglise a son lot de prêtres ou d’évêques assassinés. Dans une trentaine de pays 127 millions de chrétiens sont persécutés... et au premier rang bien sûr leurs prêtres. C’est tellement facile d’abattre des gêneurs aux mains nues. Ce dont l’Eglise a besoin, aujourd’hui plus que jamais, c’est que des jeunes n’hésitent pas à consacrer toute leur vie à Dieu... Donner sa vie aujourd’hui ce n’est pas tout verser son sang pour le Christ que lui donner chaque minute d’une existence qui peut être longue, et lui donner chaque atome de son cœur.

Vous l’aurez remarqué frères et sœurs, dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus ne se dit pas seulement le Bon Pasteur qui aime ses brebis, mais aussi la Porte de la bergerie, l’accès nécessaire pour entrer dans la maison de Dieu, et dans la communion à la vie intime de Dieu.

« Moi je suis la Porte, si quelqu’un entre en passant par moi il sera sauvé ».

A un autre endroit il déclare :

« Entrez par la porte étroite. Elle est la grande la porte, il est large le chemin qui conduit à la perdition (et ils sont nombreux ceux qui s’y engagent). Mais elle est étroite, la porte il est resserré le chemin qui conduit à la vie : et ils sont peu nombreux qui le trouvent ».

La vie, frères et sœurs, n’est pas un aéroport où s’alignent, nombreuses, les portes d’embarquement. Jésus est le passage obligé, le sas où tout homme doit passer obligatoirement pour son envol vers Dieu... sans lui nous ne pouvons strictement rien faire... Mais comment pouvons-nous oublier une vérité aussi essentielle ? Nous sommes si superficiels, si médiocres...

Quand serons-nous pleinement convaincus que la pierre de touche du christianisme authentique c’est notre rapport au Christ, c’est la place exacte qu’il tient dans notre vie.

La vie chrétienne n’est pas un faisceau de bonne habitudes religieuses, elle est d’abord et essentiellement l’attachement passionnée à quelqu’un, à la personne adorable du Bon Pasteur. Il n’y a pas de vie chrétienne qui ne commence par un choc : je veux dire la rencontre avec Lui : Jésus. Nous avons pu être attirés par la religion, la beauté de ses cérémonies, la qualité de sa morale, l’amitié de chrétiens solides, mais tant que nous n’avons pas buté sur la personne de Jésus, nous sommes encore à côté de l’essentiel.

Poussons donc plus souvent la porte de l’Evangile et essayons de nous trouver face à face avec le Bon Pasteur. Prenons la peine de le suivre pour mieux le connaître et pour pouvoir un jour, fascinés et éblouis nous jeter dans ses bras...

Oui, Indispensable Pasteur que ce Jésus dont l’action a besoin d’être étendue à tous les hommes de bonne volonté par ces indispensables prolongements du vrai berger : que sont les PRÊTRES. Humbles et pauvres serviteurs, ils ne sont pas le Christ, car il n’y a qu’un unique berger, un unique prêtre, un unique médiateur, mais ils en sont instruments chaque fois qu’ils prêtent leurs voix, leurs mains et leurs cœurs pour communiquer la Vie divine que le Christ veut donner en abondance.

Nous ne manquerons pas chers frères et sœurs, de prier souvent pour eux, de prier pour tous les prêtres. Confions-les plus particulièrement à la Vierge Marie qui les entoure d’un amour de prédilection parce qu’elle voit en eux l’Image vivante de son divin Fils, le Grand Prêtre éternel.

Amen.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 07:14

Lecture du livre des Actes des Apôtres 2, 14-22b-33

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, prit la parole ; il dit d'une voix forte : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, comprenez ce qui se passe aujourd'hui, écoutez bien ce que je vais vous dire. Il s'agit de Jésus le Nazaréen, cet homme dont Dieu avait fait connaître la mission en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez bien. Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu, vous l'avez fait mourir en le faisant clouer à la croix par la main des païens. Or, Dieu l'a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n'était pas possible qu'elle le retienne en son pouvoir. En effet, c'est de lui que parle le psaume de David : Je regardais le Seigneur sans relâche, s'il est à mon côté, je ne tombe pas. Oui, mon cœur est dans l'allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l'espérance : tu ne peux pas m'abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption. Tu m'as montré le chemin de la vie, tu me rempliras d'allégresse par ta présence. Frères, au sujet de David notre père, on peut vous dire avec assurance qu'il est mort, qu'il a été enterré, et que son tombeau est encore aujourd'hui chez nous. Mais il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un de ses descendants. Il a vu d'avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n'a pas été abandonné à la mort, et sa chair n'a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l'Esprit Saint qui était promis, et il l'a répandu sur nous : c'est cela que vous voyez et que vous entendez ».

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 1, 17-21

Frères, vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d'après ses actes ; vivez donc, pendant votre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu. Vous le savez : ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n'est pas l'or et l'argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ, l'Agneau sans défaut et sans tache. Dieu l'avait choisi dès avant la création du monde, et il l'a manifesté à cause de vous, en ces temps qui sont les derniers. C'est par lui que vous croyez en Dieu, qui l'a ressuscité d'entre les morts et lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 24, 13-35

Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé.

Or, tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas. Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes. L'un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci ». Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié. Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé. À vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu'elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu'il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ». Il leur dit alors : « Vous n'avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin. Mais ils s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse ». Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l'un à l'autre : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ? » À l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « C'est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre ». À leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment ils l'avaient reconnu quand il avait rompu le pain.

Homélie

Chers frères et sœurs, c’est une des pages les plus célèbres de l’Evangile que nous venons d’entendre, aussi fine dans l’expression que profonde de contenu. Saint Luc y évoque la bouleversante rencontre qui eut lieu, le soir de Pâques, sur la route d’Emmaüs, entre le Christ Ressuscité et deux de ses disciples en qui toute espérance de salut était bel et bien morte. Un récit remarquablement construit qui s’articule autour de deux signes majeurs, signes qu’on retrouve dans la célébration de chaque messe : la Parole et le Repas. C’est à partir de ces signes que les deux disciples passent du doute à la Foi, du découragement à l’espérance, et de la fuite à la mission.

Nous avons là un modèle d’enseignement en 3 temps :

  • Le temps de la Parole sur la route
  • Le temps du Sacrement à l’auberge d’Emmaüs, et enfin
  • Le temps de la conversion et du témoignage, celui du retour parmi les apôtres à Jérusalem.

Ceci se passait à Emmaüs, nous dit Luc, à deux heures de marche de Jérusalem, une dizaine de kilomètres environ. Mais où donc se trouve Emmaüs ? La localisation en est incertaine, et aujourd’hui encore, trois localités se disputent cette gloire... Et si Emmaüs n’était pas seulement un lieu mais surtout un cheminement, un itinéraire spirituel ?

On peut dire, je pense, qu’Emmaüs se trouve en tout lieu où le Seigneur Jésus révèle sa présence : pour Paul, ce fut à Damas, pour Claudel, derrière un pilier de Notre-Dame à Paris, pour André Frossard dans une chapelle de la rue d’Ulm à Paris, et pour nous ?

Emmaüs est là, chaque fois que Dieu nous fait signe sur la route de la vie, tandis que nous avançons, croyants incertains, chercheurs de Dieu dans le doute et quelquefois la nuit. Alors puisqu’il s’agit de nous, prenons le chemin d’Emmaüs, celui de nos questions et de nos doutes, et apprenons comment Jésus nous y rejoint, nous éclaire, réchauffe notre cœur et nous convertit à une Foi vigoureuse et ardente, une Foi inébranlable en sa Présence de Ressuscité.

Le premier temps est celui de la Parole sur la route, une route qui tourne le dos à Jérusalem. Alors que toute la vie de Jésus est présentée par Luc comme une marche, une « montée » vers Jérusalem la ville sainte, voici que les deux disciples désespérés lui tournent le dos. Toute l’aventure vécue avec Jésus et l’immense espoir soulevé dans leur cœur, se termine dans l’échec de la croix. Jésus est mort. C’est fini. Sur cette route du désespoir, Jésus s’approche et marche avec eux. Jésus fait redire aux deux hommes ce qu’ils ont sur le cœur, ce qu’ils viennent de vivre ; Il leur pose des questions et, à partir de leurs réponses, Il leur propose une autre lecture des évènements, leur fait remarquer d’autres signes. Il les invite à tout relire « selon les Ecritures » et non plus selon leur attente d’un libérateur politique et triomphant. Tandis qu’il cite Moïse et les prophètes, ils comprennent que le Messie annoncé devait souffrir avec d’entrer dans la gloire de Dieu. Alors la Passion et la Croix n’apparaissent plus comme un échec mais comme une victoire suprême de l’Amour. A la lumière de la Parole de Dieu qui est pour ainsi dire le miroir dans lequel se reflète le vrai visage de Jésus, tout prend un autre sens ; un avenir merveilleux s’ouvre devant eux. Ils se reprennent à espérer d’une espérance qui cette fois n’est plus humaine mais surnaturelle.

C’est ainsi, frères et sœurs, que la Parole de Dieu éclaire tout ce que nous avons à vivre d’une lumière nouvelle... Mais quelle importance accordons-nous, en fait, à cette Parole qui est écrite dans la Bible et interprétée par l’Eglise et dont une méditation assidue peut seule nous porter à penser à vouloir et à agir selon le cœur de Dieu. En avons-nous faim et soif ? Ah ! Si, du moins, nous pouvions comprendre à quel point nous avons besoin de cette Parole de Vie dont l’Eglise nous donne chaque dimanche quelques bonnes tranches au début de la Messe : alimentation qui constitue un minimum vital !

Marchant avec leur mystérieux compagnon sur la route d’Emmaüs, nos deux disciples sont déjà intérieurement « retournés » : ils ne voient plus les choses de la même manière ; le signe de la Parole les a éclairés. C’est alors qu’intervient le signe du repas. C’est là que se fait la reconnaissance. En rompant le pain avec eux, Jésus pose le signe de l’Eucharistie, le signe de l’Alliance nouvelle et éternelle par le moyen duquel il rejoint ses amis et se donne à eux afin que leur communion à « son Corps livré » et à « son Sang versé » nourrisse quotidiennement leur vie tout au long de leur pèlerinage terrestre. C’est à ce geste de « la fraction du pain » (expression qui servait chez les premiers chrétiens à désigner ce que nous appelons la Messe), c’est à ce signe, à ce sacrement de sa présence invisible mais réelle qu’ils le reconnaissent.

Et nous, frères et sœurs, savons-nous reconnaître sa présence dans le sacrement de l’Eucharistie qui est la source et le sommet de toute la vie chrétienne ? Et savons-nous en tirer toutes les conséquences, c’est-à-dire participer le plus souvent possible à la Messe en joignant notre offrande personnelle, (l’offrande de toute notre vie) au sacrifice de Jésus...

Et en communiant à son Corps et à son Sang pour alimenter la vie de la grâce (la vie divine, que nous avons reçue au Baptême et devenir ainsi peu à peu d’autres christ.

Après le Repas vient alors un 3ème temps pour les pèlerins d’Emmaüs : celui de la joie retrouvée, de la joie à annoncer... Après avoir eu le cœur retourné par la Parole de Jésus et la manifestation de sa Présence, ils retournent à Jérusalem tout joyeux pour proclamer « c’est vrai le Seigneur est ressuscité ».

Nous aussi, frères et sœurs, après avoir été fortifiés par la double nourriture que Jésus nous donne dans l’Eucharistie : celle de sa Parole et cette de son Corps, nous sommes invités à retourner vers nos frères avec nos visages transfigurés par la joie afin de leur annoncer que le Christ est ressuscité, qu’il est vivant et que par Lui et en Lui nous avons le salut.

Puissions-nous êtres de plus en plus stimulés par cette conviction : à savoir que notre témoignage de chrétiens est étonnamment percutant chaque fois que nous exprimons simplement mais avec du feu dans le cœur, comment nous avons découvert le Christ et ce que nous vivons de Lui et de son message.

Amen.

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:10

Lecture du livre des Apôtres 2, 42-47

Dans les premiers jours de l’Église, les frères étaient fidèles à écouter l'enseignement des Apôtres et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs ; beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les Apôtres.

Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun.

Chaque jour, d'un seul cœur, ils allaient fidèlement au Temple, ils rompaient le pain dans leurs maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité. Ils louaient Dieu et trouvaient un bon accueil auprès de tout le peuple. Tous les jours, le Seigneur faisait entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 1, 3-9

Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour l'héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, en vue du salut qui est prêt à se manifester à la fin des temps. Vous en tressaillez de joie, même s'il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la qualité de votre foi qui est bien plus précieuse que l'or (cet or voué pourtant à disparaître, qu'on vérifie par le feu). Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ, lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; et vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l'aboutissement de votre foi.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 19-31

C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie ». Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ».

Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant ». Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Homélie

Chers Frères et sœurs, l’Evangile est un Livre qui ne ressemble à aucun autre. Il ne faut pas le regarder comme une histoire de Jésus, au sens moderne du mot, encore moins comme un recueil de belles pensées ou un manuel de morale.

L’Evangile est essentiellement un livre choc écrit tout entier pour que nous recevions en plein cœur la révélation la plus bouleversante et la plus stupéfiante qui soit. C’est comme si l’Evangéliste nous déclarait : « Je vais vous parler d’un homme qui s’appelle Jésus, qui a vécu il y a plus de 2000 ans en Galilée ». Cet homme c’était le Fils de Dieu, un être extraordinairement séduisant qui était pleinement homme et pleinement Dieu. Et pour que nous ne perdions jamais de vue cette vérité fondamentale, Saint Jean l’a placée en finale de son Evangile comme une sorte de cachet d’authentification : « Vous qui venez de me lire, retenez bien pourquoi ce livre a été écrit. C’est pour que vous croyiez que Jésus est le Fils de Dieu ».

Et c’est bien ce mystère, en effet, qui constitue tout l’originalité de la Foi chrétienne (qui distingue notre religion de toutes les autres). Si nous sommes d’authentiques disciples du Christ nous ne pouvons pas nous contenter d’affirmer : je crois en Dieu.

Certes, nous y croyons fermement, mais les juifs qui ont rejeté Jésus y croient eux aussi et il en est de même pour les musulmans, sur ce point-là nous sommes tous d’accord, mais notre foi chrétienne va beaucoup plus loin.

Nous croyons que ce Dieu Unique est à la fois PÈRE – FILS et SAINT ESPRIT et que le Fils (celui que saint Jean appelle le Verbe) a voulu se faire homme en prenant dans le sein de Marie une nature semblable à la nôtre, et cela en vue de notre salut : pour nous libérer du péché et restaurer en nous la vie divine que ce péché nous avait fait perdre.

Ceux qui ont fréquenté durant 3 ans Jésus de Nazareth avaient, certes, pressenti son mystère, mais il a fallut l’événement prodigieux de la Résurrection pour qu’au nom de tous, l’Apôtre Thomas lance ce cri de Foi, d’adoration et d’amour « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Cette foi en Jésus-Ressuscité, Médiateur suprême entre Dieu et les hommes est absolument nécessaire pour que, selon les termes employés par Saint Jean, nous ayons la Vie en son nom.

Mais de quelle vie s’agit-il ? Certainement pas de la vie naturelle, car ceux qui ne croient pas en la divinité du Christ sont tout aussi bien des vivants du point de vue physique que leurs frères croyants. Il s’agit, nous le savons, d’une autre Vie, que saint Jean à plusieurs reprises appelle la VIE ETERNELLE et qui ne désigne pas chez lui (comme nous le croyons trop souvent) la vie immortelle mais CE QUE DIEU EST EN LUI-MÊME : son essence, son être, sa vie intime. Il faut savoir que dans la Bible, l’ETERNEL c’est un des noms attribués à Dieu et alors on comprend l’expression de saint Jean : la vie qui nous est offerte, la vie éternelle, mais ce n’est pas autre chose que la Vie de l’Eternel, rien moins que la vie même de Dieu, cette vie mystérieuse qui est un océan infini de Lumière, d’Amour et de Joie.

Oui, Frères et sœurs, notre foi va jusque là et cet aspect, qui est lui aussi fondamental, la distingue et la place bien au-dessus de toutes les religions. Ne craignons pas de l’affirmer sans complexe : car c’est la Vérité : la religion catholique est la religion la plus vraie et la plus parfaite parce qu’elle est la seule que donne à l’homme (à tout homme qui n’y fait pas obstacle) la possibilité de partager la vie intime de Dieu, de communier à la vie prodigieuse du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et cela dès cette terre, bien que ce soit caché à nos yeux parce que vécu sous le régime de la Foi. C’est là, voyez-vous, tout le mystère de ce que la théologie appelle la grâce sanctifiante et qu’on pourrait bien appeler la grâce divinisante parce qu’elle a pour but de nous conduire progressivement vers l’accomplissement de notre véritable et incomparable destinée : qui est de devenir dieu par participation. Quand nous proclamons que nous sommes enfants de Dieu (et nous le faisons chaque fois que nous récitons le « Notre Père ») c’est cette réalité bouleversante que nous résumons en ces mots si expressifs.

Or, cette grâce sanctifiante, cette vie surnaturelle – est-il besoin de le rappeler ? – nous l’avons reçue sans aucun mérite de notre part à l’heure bénie de notre Baptême.

Ah ! Si nous pouvions comprendre au moins un peu, l’inestimable cadeau que Dieu nous a fait à ce moment là, comme nous vivrions notre christianisme avec générosité, ardeur, enthousiasme ! Comme nous aurions un véritable culte de l’état de grâce, cet état d’amitié, de communion avec le Seigneur qui est encore un autre nom donné à la Présence divine en notre cœur. Comme nous ferions tout pour ne pas perdre ce trésor, et comme nous aurions soin de l’enrichir sans cesse ! L’état de grâce, en effet, ce n’est pas quelque chose de statique, puisque c’est une vie, une vie appelée à grandir et à s’épanouir tout comme la petite graine semée en terre est appelée à devenir un grand arbre capable de produire des fruits en abondance. Et parce que Dieu respecte notre liberté nous sommes responsable de cette croissance de la vie divine en nous : de son développement harmonieux. Nous devons donc y travailler et cela devrait même constituer pour nous la priorité des priorités, y travailler avec le secours des grâces actuelles qui ne nous manquent jamais si nous les demandons humblement dans la prière qui est la respiration de l’âme et si nous recevons les sacrements : la Pénitence qui guérit est fortifie, l’Eucharistie qui nourrit et transforme peu à peu dans le Christ.

Quand Dieu décidera de mettre un terme à cette vie physique, biologique qui est la nôtre ici-bas, nous ferons alors notre dernière Pâque ; nous passerons de l’état de grâce à l’état de gloire. Nous entrerons dans notre Maison d’éternité où dans une vision de Dieu face à face nous goûterons un bonheur sans limite et sans fin qui nous comblera surabondamment au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer.

Dites-moi, chers Frères et sœurs, le christianisme ainsi compris, comme étant la vie la plus épanouissante, la plus comblante qui soit, ne vaut-il pas la peine d’être vécu, fusse au prix de bien des renoncements dont on ne peut faire d’ailleurs l’économie puisqu’il faut nécessairement passer par la croix pour aboutir à la Résurrection, comme la liturgie du Mystère Pascal nous l’a rappelé, il y a une semaine.

Renouvelons donc notre foi en ce mystère et si nous voulons mener à bien la fantastique aventure de notre divinisation comportons-nous toujours vis à vis de Dieu, notre Père, comme des enfants vivants.

Marie qui est la Mère des vivants, la Mère de la divine grâce, ne manquera pas, si nous la supplions avec une confiance toute filiale, de nous entraîner sur cette route montante, de stimuler et de soutenir notre générosité, notre ferveur et notre courage.

Amen.

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