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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 23:05

Lecture du premier livre des Rois 3, 5.7-12

À Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Il lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai ». Salomon répondit : « Seigneur mon Dieu, c'est toi qui m'as fait roi à la place de David mon père ; or, je suis un tout jeune homme, incapable de se diriger, et me voilà au centre du peuple que tu as élu ; c'est un peuple nombreux, si nombreux qu'on ne peut ni l'évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu'il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; comment sans cela gouverner ton peuple, qui est si important ? »

Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : « Puisque c'est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis ; mais puisque tu as demandé le discernement, l'art d'être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n'en a eu avant toi et que personne n'en aura après toi ».

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 28-30

Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour. Ceux qu'il connaissait par avance, il les a aussi destinés à être l'image de son Fils, pour faire de ce Fils l'aîné d'une multitude de frères. Ceux qu'il destinait à cette ressemblance, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu'il a justifiés, il leur a donné sa gloire.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 44-52

Pour la lecture brève on omet le texte qui est entre crochets.

Jésus disait à la foule cette parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète ce champ.

Ou encore : Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète la perle.

[Le Royaume des cieux est encore comparable à un filet qu'on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s'assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges viendront séparer les méchants des justes et les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Avez-vous compris tout cela ? » — « Oui », lui répondent-ils. Jésus ajouta : « C'est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien ».]

Homélie

Si nous regardons attentivement autour de nous – et en nous-mêmes – si nous cherchons à comprendre ce qui motive les efforts, les choix, les réactions des hommes et des femmes de tout pays, de tout milieu social, de toute génération, comment ne pas voir que partout et toujours, depuis l’origine de l’humanité, ce que recherche chaque personne c’est un bonheur durable et profond. Ce bonheur, l’être humain s’efforce de le trouver dans des directions diverses : la réussite professionnelle, le travail ou les loisirs, l’art, le sport, l’action politique ou l’engagement social. Mais ce qui est certain c’est qu’on peut vérifier aujourd’hui comme hier, que s’ils sont appréciables et utiles le progrès matériel, le bien-être et le confort ne suffisent absolument pas à rendre l’homme pleinement heureux. C’est parce que ces biens ne sont que des valeurs accessoires et non la valeur essentielle.

La valeur essentielle, il faut la chercher ailleurs au plus profond de nous-mêmes, du côté du cœur. Nous constatons très souvent, n’est-il pas vrai (ou du moins nous pressentons) que ce qui peut nous rendre vraiment et durablement heureux c’est d’aimer et d’être aimé.... Si cet amour manque alors survient l’épreuve la plus dure : celle de la solitude. Sans doute de cette solitude l’homme peut-être libéré par toutes les formes de communion interpersonnelle : l’amitié, l’amour conjugal et familial, la solidarité dans une œuvre commune, la vie en communauté. Mais, si merveilleuses qu’elles soient, ces expériences, de ce qu’il y a de plus grand et de plus beau dans la vie humaine demeurent toujours fragiles, menacées, vulnérables. Et nous savons très bien, qu’inéluctablement, elles seront un jour, brisées par la mort.

Telle est chers frères et sœurs, la mystérieuse condition de l’homme : si mystérieuse qu’elle nous incite à chercher au-delà de l’amour lui-même, la source cachée d’où il provient. Et c’est seulement, lorsque nous laissant guider par la foi qui seule nous met dans la vérité, nous comprenons que tout amour humain véritable est un don, un cadeau de Dieu, c’est seulement à ce moment-là que nous débouchons sur le chemin de lumière qui conduit d’une manière sûre et directe au pays du bonheur.

Nous nous demandons quelquefois : d’où venons-nous, qui sommes-nous où allons-nous ? La réponse : la seule qui soit pleinement satisfaisante c’est la Parole de Dieu qui nous la donne.

- Elle nous dit que nous sommes « nés de Dieu », que nous venons de ce Dieu qui s’est révélé comme étant l’amour infini, comme étant une parfaite communion d’amour entre trois personnes divines égales et distinctes.

- Elle nous dit que nous sommes des êtres semblables à Dieu, mais dépendants de Lui... et ces êtres Dieu les aime tellement qu’il les appelle à une incroyable intimité avec Lui par le mystère de la grâce sanctifiante, c’est-à-dire le mystère de sa présence, de son habitation en chacun de nos âmes.

- La Parole de Dieu nous affirme encore que cette alliance d’amour, commence ici-bas sous le régime de la foi trouvera son épanouissement définitif au-delà de la mort, en pleine lumière dans une merveilleuse participation à la vie, à la gloire et à l’infinie Béatitude de Dieu.

Et c’est cela, frères et sœurs, le Royaume, le Bien Absolu que Jésus promet à ceux qui croient. C’est vraiment un Cadeau Royal, inespéré et pleinement conforme aux meilleures aspirations de l’homme, bien qu’il les déborde infiniment. Il importe toutefois de bien comprendre que Dieu n’impose pas ses largesses. Nous ne sommes pas des jouets pour le distraire, parce qu’il s’ennuierait dans son éternité... Dieu fait de nous les partenaires d’une libre alliance. Voilà pourquoi il respecte scrupuleusement notre liberté. Il ne nous aimerait pas s’il nous forçait à répondre à son amour, s’il nous forçait à dire OUI.

Son Royaume est une proposition, une invitation, un appel toujours relancé. Dès lors Jésus nous demande de nous mettre humblement et courageusement à sa suite pour avancer, en dépit de tous les obstacles, sur le chemin qui mène à ce Bien Suprême qu’est l’Union avec Dieu.

Aujourd’hui, dans le passage que nous venons de lire, Jésus nous fait bien comprendre que l’inestimable trésor mis à notre disposition doit être payé au prix fort. Non pas avec la monnaie de nos mérites, mais par l’engagement de notre liberté qui accepte de tous sacrifier à la perle unique offerte pour notre bonheur... Devant un tel don, rien, en effet, ne saurait prévaloir. Il est temps que nous choisissions enfin – car nous ne pouvons servir plusieurs maîtres à la fois. A nous laisser dominer par ce qui n’est pas Dieu, nous risquons de ne jamais connaître la joie immense d’être habités par Lui, la joie comblante d’être possédés par son Amour.

Que chacun d’entre nous ait donc le courage de regarder ce qui le tient encore enfermé dans les pièges, ce qui le retient en esclavage loin de Dieu. Nous qui sommes si habiles pour tout faire concourir en notre faveur. Pourquoi sommes-nous si réticents quand il s’agit de nous laisser aimer par Dieu le seul être capable de combler notre désir, notre soif de bonheur par sa propre béatitude ? Ah ! Si nous pouvions dire comme saint Paul : « Je considère comme une perte tous les avantages que j’avais auparavant à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ-Jésus mon Seigneur ». Alors nous serions profondément heureux. Oui, heureux dès cette terre, et quoiqu’il arrive, en attendant de l’être pleinement et pour toujours dans ce qui sera notre maison d’éternité, le splendide Paradis de Dieu où Jésus nous a précédés pour nous préparer une place.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 23:05

Lecture du livre de la Sagesse 12, 13. 16-19

Il n'y a pas de Dieu en dehors de toi, Seigneur, toi qui prends soin de toute chose, et montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. Ta force est à l'origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose. Il montre sa force, l'homme dont la puissance est discutée, et ceux qui la bravent sciemment, il les réprime. Tandis que toi, Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n'as qu'à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain, et tu as pénétré tes fils d'une belle espérance : à ceux qui ont péché tu accordes la conversion.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 26-27

Frères, l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L'Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables. Et Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l'Esprit : il sait qu'en intervenant pour les fidèles, l'Esprit veut ce que Dieu veut.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 24-43

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets

Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla. Quand la tige poussa et produisit l'épi, alors l'ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : « Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? » Il leur dit : « C'est un ennemi qui a fait cela ». Les serviteurs lui disent : « Alors, veux-tu que nous allions l'enlever ? » Il répond : « Non, de peur qu'en enlevant l'ivraie, vous n'arrachiez le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier. »

[Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu'un homme a semée dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches ». Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu'une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte ait levé ». Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète : C'est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines.

Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s'approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l'ivraie dans le champ ». Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme : le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l'ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L'ennemi qui l'a semée, c'est le démon ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l'on enlève l'ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l'homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »]

Homélie

Ainsi il y a de l’ivraie dans le champ du Seigneur !

Ce n’est pas lui qui l’y a semée, car Jésus n’est venu semer que la Parole du Règne de Dieu. « C’est un ennemi qui a fait cela », explique Jésus. Mais comment a-t-il pu réussir ? - parce que « les gens dormaient ». Peut-être avaient-ils des raisons de se reposer ; mais ils auraient dû s’arranger ensemble pour qu’une surveillance, une vigilance, soit possible.

II fallait rester vigilant, car le mal est vite fait quand il s’agit de semer. Jésus le souligne également : l’ennemi a semé de l’ivraie en plein milieu du blé, et il s’en est allé, sachant bien que désormais sa mauvaise graine allait pousser sans lui, en profitant de la bonne terre, préparée pour la bonne graine.

L’inconvénient, avec la mauvaise herbe, c’est qu’au début, et longtemps, elle ressemble au bon blé. Tant que l’herbe est verte, tant que les graines ne sont pas formées, impossible de reconnaître l’ivraie avec certitude. De même dans la terre de notre cœur, lorsque nous laissons l’ennemi semer ses graines de malheur : la désunion, l’égoïsme, ou la tristesse. C’est au bout d’un certain temps que l’on constate le désastre : « mon champ est plein d’ivraie ; mon cœur de croyante est partagé, et il porte à la fois des fruits pour la vie et des germes de mort ».

Alors, quel est le remède ? Les serviteurs, dans la parabole, viennent trouver le maître du champ, avec toute leur bonne volonté, et avec beaucoup d’illusions : « Veux-tu que nous allions ramasser cette ivraie ? » L’ivraie a déjà produit ses épis, et déjà on peut la reconnaître. Mais le maître est formel : « Non ! de peur qu’en arrachant l’ivraie vous ne déraciniez le blé avec elle ».

Il est bien dommage qu’il se trouve de l’ivraie dans notre cœur, dans nos groupes chrétiens, dans nos communautés ; mais ce qu’il faut sauvegarder avant tout, c’est la moisson qui lève et qui va nourrir les hommes, c’est la croissance de l’Évangile dans notre vie, c’est l’expansion missionnaire de l’Église où tous les peuples trouveront le salut.

Si pour éliminer l’ivraie il faut arracher le bon grain, mieux vaut patienter jusqu’à la moisson ; si pour extirper le mal il faut compromettre les fruits du bien, mieux vaut laisser Dieu faire le tri à Son heure.

« Laissez l’une et l’autre croître jusqu’à la moisson », dit Jésus ; et l’on pourrait trouver sa réponse décevante, tellement le désir est puissant au fond des cœurs de vivre dans un monde pur, dans une Église unie, dans une communauté ardente et unanime. Et pourtant, c’est Jésus qui a raison.

D’abord parce que Dieu, en patientant jusqu’au jugement, patiente avec chacun de nous, sans détruire en nous les forces de vie pour arracher tout de suite le mal de notre cœur. Dieu nous donne le temps de la conversion.

Et puis Dieu se réserve le jugement, que Jésus décrit souvent dans l’Évangile comme un moment de vérité où seront révélés le fond des cœurs et le poids réel de chaque existence. Laissons à Dieu le dernier mot sur toute chose, et gardons la paix. Le mal ne gagnera pas, ni dans notre cœur ni dans le monde, si nous laissons faire la patience de Dieu : « Ayez confiance ; disait Jésus, j’ai vaincu le monde », le monde du refus.

Certes, l’ivraie pousse, grandit, et c’est souvent un scandale ; mais nous n’avons pour la combattre, en nous et autour de nous, que les seules armes de l’Évangile, les outils du grand Moissonneur. Jésus s’est livré pour nos péchés. Pour stopper la montée de l’ivraie dans le champ du monde, il a offert à Dieu sa vie donnée aux hommes et son obéissance ; il a vécu pleinement Fils et totalement frère.

Et depuis vingt siècles il moissonne, pour son grenier éternel.

Source : http://www.carmel.asso.fr Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.

 

***********

 

La parabole de l’ivraie et du bon grain aborde la question des situations délicates où nous constatons que, malgré tous les efforts que nous avons fait et les dispositions que nous avons prises pour réaliser quelque chose de bien, du mal est apparu et gâche toute l’opération. La réaction bien humaine est d’extirper le mal pour ne laisser apparaître et se développer que le bien. Cette solution pourrait à la rigueur s’appliquer pour des choses, par exemple, un fruit qui se gâte, ou une tumeur qui risque de se développer. Mais lorsqu’il s’agit de sujets humains, la solution n’est pas aussi simple. Qui peut déterminer de façon certaine ce qui est mauvaise ou bonne graine ? N’est-elle pas en chacun de nous ?

Jésus fait savoir qu’il n’appartient pas aux hommes de le faire. Mieux vaut supporter la présence du mal que d’arracher le bien lorsqu’on n’a pas les moyens d’un véritable discernement et laisser ce travail à ceux qui en sont capables (“les moissonneurs”). Cette parabole est une leçon de patience ; Jésus l’applique au Royaume. Les disciples doivent cultiver une patiente confiance et accepter que le Royaume soit une communauté, une Eglise même, où se mêlent le bien et le mal. La moisson, dans la Bible désigne le jugement dernier : il n’est ni du ressort des disciples ni de leur compétence.

Dans les persécutions que subirent les premiers chrétiens, St Pierre dans une lettre écrit ceci : “ Mais voici un point, très chers, que vous ne devez pas ignorer : c'est que devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne retarde pas l'accomplissement de ce qu'il a promis, comme certains l'accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur ; en ce jour, les cieux se dissiperont avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, la terre avec les œuvres qu'elle renferme sera consumée” (2P 3, 8-10).

Cette parabole a laissé perplexes les disciples et ils demandèrent à Jésus de la leur expliquer, ce que Jésus a fait dans le même chapitre, quelques versets plus loin.

Certes le bien et le mal se côtoient dans la phase terrestre de croissance du Royaume. Mais le disciple qui comprend le message de Jésus sait qu’il y aura un jugement sans échappatoire. Pour le moment, le Royaume est proposé à tous et Jésus nous invite dès à présent à faire le bon choix.

Source : Père Guy Lecourt

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 14:54

Lecture du livre d'Isaïe 55, 10-11

Ainsi parle le Seigneur : La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 18-23

Frères, j'estime donc qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu. Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore. Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 1-23

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets.

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac.

Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque où il s'assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur est sorti pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D'autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde. Le soleil s'étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D'autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D'autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »

[Les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n'est pas donné. Celui qui a recevra encore, et il sera dans l'abondance ; mais celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a. Si je leur parle en paraboles, c'est parce qu'ils regardent sans regarder, qu'ils écoutent sans écouter et sans comprendre. Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s'est alourdi : ils sont devenus durs d'oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n'entendent pas, que leur cœur ne comprenne pas, et qu'ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris !

Mais vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu.

Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand l'homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s'empare de ce qui est semé dans son cœur : cet homme, c'est le terrain ensemencé au bord du chemin.

Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c'est l'homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n'a pas de racines en lui, il est l'homme d'un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt.

Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c'est l'homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit.

Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est l'homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un ».]

Homélie

Chers frères et soeurs, Jésus nous fait comprendre aujourd’hui que la Parole de Dieu est comparable à une semence qui paraît sans cesse se perdre dans la terre et qui cependant y germe puis grandit et se multiplie au centuple.

Mais d’où vient qu’elle soit si peu fructueuse en nous. Ce n’est pas faute d’avoir été semée ! Que de sermons entendus, que d’exhortations, que de réunions, que de réflexion, que de revues ou livres religieux publiés !

Jamais peut-être la Parole de Dieu n’a été plus diffusée, plus ensemencée que de nos jours. Alors, comment se fait-il qu’elle soit si peu efficace ?

Comment se fait-il qu’elle transforme si peu nos habitudes, nos manières de pensées, de vouloir et d’agir ?

La réponse ? Jésus nous dit qu’il faut la chercher en nous-mêmes. Il faut examiner quel genre de terrain nous sommes, autrement dit quelles sont les véritables dispositions de notre cœur. Il est indispensable en effet, que la Parole de Dieu trouve en nous une préparation, une aspiration, un besoin, si nous voulons qu’elle nourrisse efficacement nos âmes.

Dans cette étonnante Parabole du Semeur, Jésus nous apprend à distinguer plusieurs sortes de dispositions :

Il y a d’abord ceux qui ressemblent à un chemin durci, on dirait maintenant à une route goudronnée. La semence de La Parole tombe sur eux sans même les effleurer. Ils ont entendu quantité de sermons, mais aucun ne les a jamais changés. C’est parce qu’en fait, n’ayant pas faim et soif de la Parole de Dieu, ils n’en attendent rien et déplorent comme perdu le temps passé à l’écouter.

Jésus, Lui, tandis qu’il parlait, voyant les âmes de ses auditeurs transparentes devant Lui et il voyait aussi le démon, toujours à l’affût, prêt à foncer comme un oiseau sinistre, pour enlever la semence et faire en sorte qu’elle n’ait aucune prise sur la terre des âmes, aucune action dans les cœurs. Il y a tout de même un fait remarquable (et que Jésus donne comme une preuve évidente de l’existence du démon) c’est la rapidité avec laquelle on oublie la Parole de Dieu.

Combien de fidèles en sortant de l’Eglise ont déjà tout perdu de ce qui leur a été lu ou commenté… Mais que ces mêmes personnes regardent un film à la télévision, et les voilà capables de vous raconter ce film en entier ou d’en repasser en esprit les épisodes les plus marquants…

Nous avons tant de mal, n’est-ce pas à retenir par cœur quelques versets d’Evangile, mais les refrains entendus à la radio, eux, nous poursuivent du matin au soir…

Alors que tout nous impressionne, que tout se marque en nous, n’est-il pas navrant de constater que seule la Parole de Dieu ne nous impressionne, pour ainsi dire pas, et disparaît au plus vite sans laisser de traces ?

Il y a une seconde catégorie d’auditeurs : ce sont les superficiels : âmes sensibles et enthousiastes, sans doute ; mais qui n’ont pas de profondeur… Elles se passionnent volontiers et se croient converties parce qu’elles ont été émues… Tout ce qu’on dit les touches, mais, hélas, rien ne les change. La Parole de Dieu, en elles, ne s’enfonce pas et ne peu donc pas prendre racine dans leur vie quotidienne. L’expérience qu’elles ont de Dieu ne se prolonge pas par cette conversion permanente que doit toujours susciter l’assimilation de sa Parole.

Pour ces âmes-là, il existe un remède, très efficace : c’est la prière. Il faudrait que dans un dialogue personnel et très fréquent avec le Seigneur, elles sachent reprendre le message reçu… Il faudrait qu’à l’exemple de la Vierge Marie elles aient la volonté de méditer inlassablement dans leur cœur tout ce que Dieu leur a dit. Quant à Marie
nous dit Saint Luc, « elle conservait tous ces souvenirs les méditant dans son cœur ».

La troisième catégorie est sûrement une terre profonde, car elle concerne des esprits réfléchis, des caractères bien formés. En eux, la Parole de Dieu pourrait germer, mais ils se hâtent, hélas de l’étouffer. S’étourdissant de travaux et d’agitation, ils trouvent que leur vie présente est assez remplie pour avoir le droit de négliger leur vie intérieure. Ils s’intéressent à trop de choses pour s’occuper aussi (et en priorité de Dieu).

Ce sont des gens qui se trouvent trop intelligents pour s’incliner devant la simplicité du message évangélique. Ils trouvent toujours :

  • une objection à lui faire,
  • une raison pour le contredire,
  • un défaut pour en plaisanter,
  • une excuse pour ne plus y penser.

Ces auditeurs-là sont les pires de tous : volontairement insensibles, ils laissent croître les épines de leur orgueil, de leur égoïsme ou de leur hypocrisie pour étouffer la semence dont ils redoutent les effets…

Mais quelle est donc cette bonne terre qui absorbe le grain avec avidité, le fait germer et fructifier ?

Eh bien ce sont ceux qui accueillent la Parole de Dieu comme une révélation, comme une interpellation personnelle, ceux qui se laissent désinstaller de leurs sécurités et de leur bonne conscience, qui prennent vraiment pour eux tout ce qu’on enseigne, qui s’y reconnaissent volontiers en disant : « oui, ça c’est pour moi, voilà ce que je dois faire, voilà ce que je dois changer »

Ce sont des âmes toujours disponibles qui accueillent la Parole non comme venant d’un homme (lequel d’ailleurs n’est qu’un porte-parole) mais comme venant de Dieu.

Toujours prêtes à se laisser travailler, à se laisser façonner par elle, elles coopèrent généreusement à la grâce… Et le résultat c’est une merveilleuse fructification. C’est un progrès incessant dans la Foi, dans l’Espérance, dans l’Amour de Dieu et du prochain : c’est-à-dire vers cette sainteté qui est la vocation de tout baptisé.

Quand Jésus parlait de cette dernière catégorie d’auditeurs, il évoquait certainement l’image de sa très Sainte Mère : car, la Bonne Terre par excellence, n’est-ce pas Marie, modèle parfait, modèle insurpassable de la vie chrétienne ?

Puissions-nous, à son exemple, nous laisser féconder par la Parole de Vie.

Et que cette parole fructifie au maximum d’abord en nous-mêmes, mais aussi autour de nous, grâce à notre apostolat, pour la plus grande gloire du Divin Semeur.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 14:00

Lecture du livre de Zacharie 9, 9-10

Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune.

Ce roi fera disparaître d'Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l'arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s'étendra d'une mer à l'autre, et de l'Euphrate à l'autre bout du pays.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8, 9. 11-13

Frères, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n'est pas envers la chair : nous n'avons pas à vivre sous l'emprise de la chair. Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 25-30

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté. Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ».

Homélie

Jésus aime les propos qui vont à l’encontre des opinions communément admises. Est-ce que, dites-moi, les termes de sage et de savant, sagesse et sciences, ne représentent pas pour nous, deux des plus hautes valeurs humaines ? Valeurs respectables, valeurs enviables, valeurs recherchées ?

Or, ce sont ces sages et ces savants qui se voient – pourrait-on dire - délaissés par Dieu au profit des tout-petits qui, on le comprend bien ne sont ni sages, ni savants. La logique voudrait que ce soit aux sages et aux savants que Dieu se manifeste, puisqu’ils seraient mieux à même de comprendre. Eh bien non ! Dieu, notre Père veut que les choses divines soient révélées aux petits, et pas aux sages ni aux savants.

Il y a là, frères et sœurs, un renversement des valeurs qui confond la raison et met notre logique en échec. Si cela nous dérange, si nous ne comprenons pas c’est la preuve, précisément que Dieu ne s’est pas révélé à nous, parce que nous sommes trop « sages et trop savants », trop malins et trop sûrs de nous. Si nous étions des tout petits au sens où Jésus l’entend, nous aurions déjà compris et nous ne serions pas vexés.

Mais pourquoi Dieu ne se révèle-t-il pas aux sages et aux savants ? C’est tout simple : à cause de leur prétention, de leur orgueil. Trop souvent les savants sont imbus de leur savoir ; ils en savent trop. Ils n’ont plus rien à apprendre. Ils n’ont plus besoin de maître. Alors à quoi bon prendre la peine de leur enseigneur encore quelque chose ? Les sages sont forts, ils sont habiles : ils sont prétentieux, ils n’ont plus besoin de rien. Pourquoi Dieu prendrait-il la peine de leur venir en aide ? Il y a quelques semaines, dans l’Evangile du dimanche, Jésus déclarait à des contradicteurs pleins d’eux-mêmes : « Je ne suis pas venu sauver des justes, mais des pécheurs. Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades ».

Jésus, nous le voyons a de la suite dans les idées, il met à l’écart les justes, les bien-portants pour s’occuper des petits, des ignorants, des malades, des pécheurs. Parce que ceux-ci ont besoin de lui et lui ouvrent tout simplement la porte de leur cœur pour l’accueillir.

Chez les autres, tout remplis d’eux-mêmes, il n’y a pas de place pour lui à moins qu’ils ne sachent se vider de leur orgueil, de leur suffisance, se dépouiller d’eux-mêmes et qu’ils comprennent que, eux aussi, sont malades, pécheurs et que somme toute – en dépit de leur science – faibles, petits, très peu de chose...

Il faut se rappeler, frères et sœurs, que lorsque Jésus, s’adressant à son Père lui disait « Je te rends grâces d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout petits », il s’était heurté – et cela depuis le début de son ministère – à l’incompréhension des scribes, des pharisiens et des prêtres de l’époque. Et comme ces bien pensants et ces gens en place l’avaient rejeté, il s’était tourné, avec succès cette fois, vers les petites gens, les simples, les modestes. C’est donc dans ce contexte d’échec et d’incompréhension que Jésus fait monter vers son Père une hymne de jubilation. Au lieu de se laisser aller à des réflexions désabusées, il se met à prier, à louer, à remercier, ayant su reconnaître dans les évènements l’action du « Seigneur du ciel et de la terre ». C’est comme s’il disait à son Père : « Au fond tout cela était prévu par toi ». C’était la volonté que, ta révélation fût faite par moi, ton Fils, en termes modestes, sous forme de simplicité et de pauvreté... Père, je te rends grâces.

Mais aussitôt, quittant sa joyeuse contemplation, s’arrachant au ciel pour revenir sur la terre où son Père l’envoie comme Sauveur, Jésus parcourt du regard le cercle de ses disciples et de tous ces petits qui l’écoutent, or, derrière eux, n’est-ce pas toute l’humanité qu’il perçoit, n’est-ce pas chacun de nous qu’il invite « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids et moi je vous procurerai le repas... »

Comme c’est encourageant, frères et sœurs ! Jésus nous voit avec toutes nos pesanteurs, tous nos fardeaux. Ceux des corps malades ou infirmes, ceux des cœurs désolés ou abandonnés, ceux des esprits troublés et désemparés, ceux des consciences lourds ou sans espérance. Oui, Jésus est là devant nous, non comme un juge ni comme un lointain Seigneur, mais comme un frère doux et humble de cœur, avec la seule présence de son amour. Alors c’est la grande invitation, pressante, certes, mais combien respectueuse de notre liberté : prendre le joug du Christ, devenir ses disciples pour trouver le repas. Mais surtout n’allons pas croire que ce repas va nous être octroyé comme cela pour rien, sans efforts de notre part. Jésus ne nous promet pas un bonheur facile. Il réclame l’attachement total à sa volonté, ce qui suppose le détachement vis-à-vis de tout ce qui n’est pas conforme à cette volonté. Etre son disciple, ce n’est pas seulement recevoir de lui un message ou une doctrine, c’est le recevoir lui-même en personne de sorte que rien ne nous manque du moment que nous l’avons avec nous et en nous. Et c’est cette présence du Seigneur au plus intime de nous-mêmes et au cœur de nos vies qui rend tous les jougs commodes et tous les fardeaux légers : puissions-nous en être de plus en plus convaincus.

Demandons instamment à Marie qui est l’éducatrice de nos âmes de nous conduire jusqu’à son Divin Fils, afin qu’à son école nous apprenions à êtres de plus en plus doux et humbles de cœur.

Amen.

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 20:13

Lecture du deuxième livre des Rois 4, 8-11. 14-16a

Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer ».

Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé ». Élisée lui dit : « Appelle-la ». Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras ».

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains 6, 3-4. 8-11

Frère, nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts.

Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir. Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10, 37-42

Jésus disait au douze Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité d’homme juste recevra une récompense d’homme juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : il ne perdra pas sa récompense ».

Commentaire

À première vue, ce texte est une succession de maximes dont on peut même se demander si Jésus les a toutes prononcées à la suite et on ne voit pas bien le lien entre elles. Mais à force de les lire et relire, on découvre au contraire qu’il s’agit d’un même appel, celui des choix nécessaires, des renoncements exigés par la fidélité à l’évangile. On savait déjà que l’évangile exigeait d’aimer : tout le discours sur la montagne l’a dit. Ici Jésus parle d’autres exigences. Je prends le texte en suivant : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». Il ne faut pas entendre le mot « aimer » au sens habituel des affections familiales ; Jésus ne nous dit pas de ne pas aimer notre prochain ; ce serait nouveau ! Mais on est dans un contexte de persécution : aussi bien quand Jésus parle, puisqu’il en mourra, que quand Matthieu écrit son évangile ; un peu plus haut, il a prévenu ses apôtres : « Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront condamner à mort ». (Mt 10, 21) ; et encore « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa maison ». (Mt 10, 34 -35 ; Michée 7, 6). Tous les temps de persécution provoquent des drames cornéliens : le choix se pose entre la fidélité ou la mort ; même en dehors d’un contexte de persécutions violentes, on sait bien que c’est en famille et avec les amis les plus proches qu’il est souvent le plus difficile de témoigner de ses convictions. Et parfois de véritables déchirures peuvent se produire dans le tissu familial. « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera ». « Prendre sa croix » : que pouvait signifier cette expression dans la bouche de Jésus à ce moment-là ? La crucifixion était un supplice courant qui sanctionnait tout manquement à l’ordre public. Le long des routes de l’Empire romain, il arrivait qu’on voie des crucifixions par centaines et même par milliers. Ce supplice infâmant inspirait l’horreur et exposait à l’opprobre des foules et à la risée des passants celui qui méritait d’être retranché du peuple. D’ailleurs, on le voit au moment de la condamnation du Christ, il n’était pas question de crucifier quelqu’un dans l’enceinte de la ville. Tout le monde connaissait la phrase du Deutéronome d’après laquelle tout condamné à mort au nom de la Loi était maudit de Dieu (Dt 21, 22-23). Rappelez-vous encore le psaume 21/22 : « Je suis un ver et non plus un homme, injurié par les gens, rejeté par le peuple. Tous ceux qui me voient me raillent ; ils ricanent et hochent la tête ». Jésus exprime ici la conscience qu’il a de la persécution qui l’attend, lui et tous ceux qui prendront sa suite. Car, si les disciples vont au bout du témoignage, ils courront inévitablement le risque de se heurter aux autorités. Il leur faudra accepter d’être méconnus, humiliés. Il leur a bien dit : « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » (Jn 15, 20). « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ». Il me semble que cette phrase vise à fortifier les apôtres, comme s’il leur disait : « Tenez bon ». Tous ces risques courus pour l’Évangile vous rapprochent de moi et de mon Père ». « Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité d’homme juste recevra une récompense d’homme juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : il ne perdra pas sa récompense ». À première vue, nous voilà en plein dans une optique de récompense, de donnant-donnant ; mais non, car nous ne sommes pas dans le domaine de l’avoir ; puisqu’en amour on ne compte pas. Ce que Dieu nous donne n’est pas quantifiable ; c’est du domaine de l’être. C’est la vie éternelle, c’est-à-dire la vie dans son intimité. Tous les saints témoignent d’une qualité de bonheur, pas d’une quantité de biens. Et même, humainement, ceux qui vivent une véritable relation d’amour, quelle qu’elle soit, savent que l’avoir compte peu en regard de la profondeur des sentiments, la communication entre les êtres. Jésus le dit lui-même un peu plus loin : « Quiconque aura laissé maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs, à cause de mon nom, recevra beaucoup plus et, en partage, la vie éternelle ». Saint Paul exprime cette expérience : « Toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme des pertes à cause du Christ. Mais oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus-Christ le Seigneur... Il s’agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir, s’il est possible, à la résurrection d’entre les morts. Non que j’aie déjà obtenu tout cela ou que je sois devenu parfait ; mais je m’élance pour tâcher de le saisir parce que j’ai été saisi moi-même par Jésus-Christ ». (Phi 3, 7...12). « Être saisi par le Christ » comme dit Saint Paul, voilà l’enjeu, un enjeu vital. Et c’est cela, peut-être, le lien entre toutes ces phrases de Jésus : « Être saisi par le Christ » comme un feu intérieur qui inspire tous les renoncements exigés par la fidélité à l’évangile : le renoncement aux affections, à la considération, à l’avoir... On entend ici résonner les Béatitudes : « Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse car votre récompense est grande dans les cieux ».

Madame Marie-Noëlle Thabut

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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 14:58

Lecture du livre de Jérémie 20, 10-13

Moi Jérémie, j'ai entendu les menaces de la foule : « Dénoncez-le ! Allons le dénoncer, l'homme qui voit partout la terreur ! » Mes amis eux-mêmes guettent mes faux pas et ils disent : « Peut-être se laissera-t-il séduire... nous réussirons, et nous prendrons notre revanche ! » Mais le Seigneur est avec moi, comme un guerrier redoutable : mes persécuteurs s'écrouleront, impuissants. Leur défaite les couvrira de honte, d'une confusion éternelle, inoubliable.

Seigneur de l'univers, toi qui scrutes l'homme juste, toi qui vois les reins et les cœurs, montre-moi la revanche que tu prendras sur ces gens-là, car c'est à toi que j'ai confié ma cause.

Chantez le Seigneur, alléluia ! Il a délivré le pauvre du pouvoir des méchants.

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains 5, 12-15

Frères, par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort, et ainsi, la mort a atteint tous les hommes, du fait que tous ont péché. Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde. Certes, on dit que le péché ne peut être sanctionné quand il n'y a pas de loi ; mais pourtant, depuis Adam jusqu'à Moïse, la mort a régné, même sur ceux qui n'avaient pas péché par désobéissance à la manière d'Adam. Or, Adam préfigurait celui qui devait venir.

Mais le don gratuit de Dieu et la faute n'ont pas la même mesure. En effet, si la mort a frappé la multitude des hommes par la faute d'un seul, combien plus la grâce de Dieu a-t-elle comblé la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus-Christ.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10, 26-33

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux ».

Homélie

Frères et sœurs, l’Évangile du jour nous oblige à une vigilance ragaillardie, avive en nous une espérance lucide. Lumière sera faite, proclame le Christ, soyez sans crainte : « Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu ». Une lumière qui fait le tri, crève les baudruches, nous émonde pour nous réduire à l’essentiel de ce que nous sommes : les fils adoptifs du Père. Poussons un ouf de soulagement !

Le siècle dont nous sortons a caracolé en tête du peloton des horreurs. Les millions et millions de morts qu’a charriés l’histoire, et notamment la plus récente, nous laisse sur une impression de néant si grande que nous nous sommes mis à douter de tout, et de notre bien fondé. La lumière incisive du Christ vient à point. Nous le savons : l’être humain est aujourd’hui en grand danger de décomposition. La frontière de l’homme et de l’animal tend à s’estomper, l’inviolabilité de l’âme personnelle fait hausser les épaules, de scabreuses manipulations génétiques reposent en stratégie de labo, la perte de spiritualité nous tire vers le bas, et son chloroforme, la santé légitimement recherchée a fait oublier trop souvent le salut.

Dans le magma des cruautés de siècles qui se chevauchent, dans l’avachissement des valeurs qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes, l’argent, la vaine gloire et les plaisirs immédiats pour ce qu’ils ne sont pas : la porte du paradis, le Christ tranche par sa lumière sans sunlight, par sa lucidité qui nous met au large de tout autre chose. La merveilleuse nouvelle du Christ, dure en sa qualité de diamant, la voici : nous serons tous, un par un, mis à nu, réajustés à sa charité, car « même nos cheveux sont tous comptés », c’est dire le prix inestimable de notre personne pour Celui en qui nous sommes sans cesse pétris. L’histoire entière si inextricable sera dénouée, car l’Esprit ne la laisse pas à l’abandon. Elle ne part pas aux égouts. Comme la Création «elle est dans les douleurs de l’enfantement».

Non, je ne suis pas qu’un fétu emporté dans les remous d’époque, une marionnette de foule, aussi tiré à hue et à dia que je sois, et versatile. Plus profond que tout, notre âme est inexorablement liée à son Auteur, qui l’appelle, l’invite par voix de conscience, et voie de conversion. Ne vends donc pas ton âme pour une bouchée d’arrogance, de pouvoir et de séduction aveugle, ou la frénésie de l’instant qui passe et va au trou. Vendre son âme à l’air du temps, à la vie superficielle, c’est donc avoir été acheté, comme on le dit de quelqu’un qui a perdu son honorabilité. La nôtre, frères, est d’être « à l’image de Dieu », dont Jésus en son humanité a dressé le portrait. Le culte du corps et de l’épanouissement personnel, qui imprègne nos sociétés, s’accompagne hélas trop souvent d’une âme inculte de son Dieu. Alors, réveillons-nous ! « Craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps », nous avertit Jésus. Quel combat ! Une conversion de tous les instants. Dissous donc ta misère dans la lumière du Christ au lieu de t’y résoudre.

Il y a des premiers en ce monde qui seront les derniers en l’autre, et des derniers en ce monde qui seront les premiers dans l’amour éternel. Car la loi de l’Évangile prend tout le monde à rebrousse-poil. Elle est justice à rechercher, soutien du pauvre, compassion, impatience devant le mal, patience devant ses propres faiblesses, douceur brûlante de cet amour indéfinissable prêt à tous les pardons. Frères, cet Évangile ressort comme une pépite d’or. Il nous ramène à l’essentiel, il recadre les choses, comme on dit. On en a bien besoin ! Amen

Frère Guy Touton

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 21:54

Lecture du livre des Actes des Apôtres 1, 12-14

Les Apôtres, après avoir vu Jésus s'en aller vers le ciel, retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem, qui n'est pas loin. (La distance ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.) Arrivés dans la ville, ils montèrent à l'étage de la maison ; c'est là qu'ils se tenaient tous : Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d'Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 4, 13-16

Mes bien-aimés, puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d'être dans la joie et l'allégresse quand sa gloire se révélera. Si l'on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous, puisque l'Esprit de gloire, l'Esprit de Dieu, repose sur vous. Si l'on fait souffrir l'un de vous, que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur. Mais si c'est comme chrétien, qu'il n'ait pas de honte, et qu'il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 17, 1-11a

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il leva les yeux au ciel et pria ainsi : « Père, l'heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Moi, je t'ai glorifié sur la terre en accomplissant l'œuvre que tu m'avais confiée. Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi : donne-moi la gloire que j'avais auprès de toi avant le commencement du monde. J'ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m'as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m'avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d'auprès de toi, et ils ont cru que c'était toi qui m'avais envoyé. Je prie pour eux ; ce n'est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi ».

Homélie

En lisant l’Evangile de ce dimanche entre Ascension et Pentecôte, nous sommes témoins de la Prière de Jésus à l’heure où il va « passer de ce monde à son Père ».

Cette prière de Jésus « à cœur ouvert » devant Dieu son Père et devant ses disciples nous fait contempler l’âme de notre Seigneur. Chacune de ses paroles extrêmement riches de sens mériterait un commentaire approfondi.

Que nous apprend Jésus en s’adressant ainsi à son Père ? Il nous fait comprendre que la prière chrétienne est essentiellement une communion.

« Tout ce qui est à Toi est à moi, comme tout ce qui est à moi est à Toi ». Jésus est en communion totale avec le Père. L’ensemble de cette prière mémorable (dont nous ne lisons aujourd’hui qu’une partie) laisse apparaître ce partage d’être, d’amour et de vie, de volonté et de projet entre le Fils et le Père... Non seulement ils sont présents l’un à l’autre, mais une union éternelle les lie l’un à l’autre : « Tu es en moi et moi en Toi ».

Les évangélistes, surtout saint Luc, ont retenu le souvenir de ces solitudes nocturnes prolongées où Jésus priait. Là réside le secret de sa mission sur la terre. Sa prière permanente était une adhésion aimante à la volonté du Père qu’il venait accomplir. Au Jardin des Oliviers, durant son agonie, sa supplication était rythmée par cette demande : « Que ta volonté soit faite et non la mienne ».

« Le Père et moi nous sommes UN » : cette union qui surpasse tout ce que nous pouvons imaginer et vivre à notre niveau nous dit tout de l’intensité de la prière de Jésus. Elle s’identifie complètement à ce que veut et fait le Père.

Nous sommes éblouis et notre prière en regard de celle de Jésus nous semble bien pauvre, faible et limitée. Trop souvent elle n’est faite que de mots enchainés rapidement et distraitement sans communication réelle avec le Seigneur.

La vraie prière est communion avec Dieu, souvent dans le silence, sans paroles exprimées. Pensons ici à ce que disait un brave paysan d’Ars à son saint Curé : « Je l’avise et il m’avise ». Elle est aussi communion fraternelle avec tous les priants et avec celles et ceux qu’elle veut porter. Elle tisse des liens mystérieux entre les personnes, même au-delà de la mort : avec la très Sainte Vierge et les Saints et aussi avec nos chers défunts. Elle transcende le temps et l’espace... Celui qui à découvert ce contact intérieur avec Dieu et ses frères connaît le bonheur de prier, un bonheur qu’il lui est difficile d’exprimer et de partager comme toute expérience profonde.

Il y a un autre aspect qui caractérise cette grande prière du Christ : on l’appelle, en effet, la PRIERE SACERDOTALE parce que c’est celle du Souverain Prêtre qui intercède pour son Eglise. Cette prière exprime l’action de grâces, elle est don Eucharistique.

Sur le point de quitter ce monde pour retourner vers le Père, Jésus présente en quelque sorte un bilan de sa mission, il lui rappelle ce qu’il a réalisé : « Je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’as confiée... J’ai fait connaître ton Nom aux hommes ». Le nom dans la tradition biblique n’est pas autre chose que Dieu lui-même.

Jésus a révélé le Père par le témoignage de sa parole et de son action auprès des humains, pécheurs, malades et pauvres. En cette heure qui est pourtant dramatique, il laisse éclater sa joie, la joie d’avoir accompli l’amour du Père pour le monde, la joie de la mission achevée. De mon cœur jaillit une immense et ardente reconnaissance.

Qu’en est-il pour nous frères et sœurs ? Notre prière est si souvent plainte, cri et requête... Elle en vient à oublier que sa plus belle expression c’est l’action de grâces... II n’y a rien qui touche autant le cœur de Dieu disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus que ce merci, cette reconnaissance qui s’enracine dans une conscience émerveillé des dons de Dieu. Le cantique de Marie en est le plus bel exemple : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles, saint est son nom ».

Il y a un troisième point particulièrement frappant dans cette extraordinaire prière : Jésus y manifeste le souci de ceux que le Père lui à donnés, les apôtres d’abord qui les premiers ont répondu à son appel, mais aussi tous ses disciples de tous les temps. Il prie pour eux avec une infinie tendresse. Dans cette intercession qui occupe la plus grande partie de sa prière, il supplie le Père de les garder du « mauvais », car il sait combien leur tâche sera risquée dans le monde. Leur fidélité sera sans cesse mise à l’épreuve. Ce qui le préoccupe surtout c’est leur unité « Père qu’ils soient un ». Prière bouleversante si en la méditant nous réalisons que le Christ a pensé à nous, à chacun de nous ce soir là.

Comme elle devrait, frères et sœurs, nous ancrer dans une confiance indéfectible cette certitude : à savoir que nous sommes aimés passionnément par le Christ-Jésus qui ne nous enlèvera pas du monde, mais qui à chaque instant intercède pour nous auprès du Père en lui disant : « Père, tu me les as confiés, ne permets pas qu’ils se perdent ».

Prions, comme lui, pour tous ceux qui nous sont confiés. Rappelons-nous que la prière pour les autres est une des plus belles expressions de l’amour fraternel.

Chers frères et sœurs, la 1ère lecture de cette messe nous a fait contempler la Vierge Marie en prière au milieu des Apôtres qui attendaient la venue de l’Esprit-Saint promise par Jésus.

En cette semaine préparatoire à la Pentecôte, supplions-la de nous obtenir de l’Esprit-Saint la grâce d’entrer de plus en plus dans la prière sacerdotale, la sublime prière de Jésus. Plus nous la ferons nôtre et plus nous saisirons la profondeur de l’Amour de Dieu pour nous.

Amen.

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 23:05

Lecture du livre des Actes des Apôtres 8, 5-8. 14-17

Philippe, l'un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là il proclamait le Christ. Les foules, d'un seul cœur, s'attachaient à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler des signes qu'il accomplissait, ou même ils les voyaient. Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits mauvais, qui les quittaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et d'infirmes furent guéris. Et il y eut dans cette ville une grande joie.

Les Apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu. Alors ils leur envoyèrent Pierre et Jean. À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour les Samaritains afin qu'ils reçoivent le Saint-Esprit ; en effet, l'Esprit n'était encore venu sur aucun d'entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 3, 15-18

Frère, c'est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ. Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c'était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal. C'est ainsi que le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l'esprit, il a été rendu à la vie.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 15-21

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous, et qu'il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D'ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui ».

Homélie

Chers Frères et Sœurs, dans un des messages qu’il adressait au monde entier le Pape Paul VI disait ceci, qui est toujours d’actualité : « la foule des hommes s’écrie : nous n’avons pas besoin du salut du Christ : nous ne connaissons pas ce Sauveur et nous ne voulons pas le reconnaître. N’est-ce pas ainsi que se manifeste le matérialisme contemporain ? » Alors, les croyants qui vivent vraiment leur foi, qui vivent selon l’Evangile, sont en contradiction avec ce monde incroyant, en butte à ses moqueries et à sa haine. Le Seigneur l’avait prédit : « Si vous étiez de ce monde (incroyant) il vous aimerait. Mais vous n’êtes pas de ce monde (incroyant) alors il vous hait. » Devant cette incrédulité, ces vexations, cette haine, les chrétiens sont appelés à rendre compte de leur foi. Saint Pierre nous le dit dans la 2ème lecture : « vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’Espérance qui est en vous. »

Si les incroyants nous combattent c’est souvent parce qu’ils ne comprennent pas notre foi, qu’ils ne connaissent pas et trouvent absurde, quelquefois c’est parce qu’ils sont inquiets et en recherche. Il nous appartient chaque fois que c’est possible, de les éclairer, de leur expliquer notre foi, son contenu, ses motivations. Mais en sommes-nous capables ? La grande faiblesse de la plupart des chrétiens, c’est l’ignorance de leur religion. Cette faiblesse nous avons le devoir de la combler par tous les moyens qui s’offrent à nous, ne serait ce que par la lecture de livres religieux. Ils ne manquent pas ceux qui sont accessibles à tous. Mais quelles que soient nos connaissances nous pouvons toujours témoigner de notre foi par notre vie quotidienne, vécue selon l’Evangile, à l’exemple de Jésus notre parfait modèle. « Ayez une bonne conscience nous dit encore Saint Pierre, afin que sur le point même où l’on vous attaque, vous confondiez ceux qui calomnient votre bonne conduite dans le Christ. »

Il faudrait, frères et sœurs, que les incroyants ne puissent jamais nous prendre en défaut. Faisons en sorte de ne jamais mériter le reproche que Jésus adressait aux pharisiens hypocrites : « vous êtes des sépulcres blanchis : extérieurement vous avez belle apparence, mais intérieurement vous n’êtes que pourriture. » Mais tout cela, me direz-vous est très exigeant : mettre le possible notre vie en harmonie avec notre foi, témoigner non seulement par la parole, mais aussi et surtout par l’exemple, avons-nous quelques chances d’y parvenir ? Oui, si nous comptons avant tout sur l’aide particulièrement efficace de l’Esprit-Saint que Jésus nous a donné pour cela, comme l’Evangile vient de nous le rappeler.

N’est-il pas, Lui, qui procède du Père et du Fils, l’Esprit de Vérité, de Force et d’Amour.

- ESPRIT de VERITE : Il est Celui qui éclaire, car il révèle le Christ et permet d’entrer dans son Mystère. Il ouvre l’intelligence, même celle des plus humbles à ses enseignements comme il l’a fait pour les Apôtres le jour de la Pentecôte : nous savons, en effet, qu’en dépit des explications que Jésus ne cessait de leur donner, les Apôtres restaient fermés à sa Parole : il a fallu l’irruption de l’Esprit-Saint en eux pour qu’enfin ils comprennent.

- L’ESPRIT de FORCE : les difficultés ne manquent pas sur le chemin de la vie chrétienne… comment en triompher ? Il arrive même que les épreuves (grandes souffrances ou persécutions) en font une marche au Calvaire. Comment dès lors porter notre Croix en union avec le Christ ? C’est l’Esprit-Saint qui en donne la force, car il ranime les courages abattus, réconforte les cœurs brisés. Consolateur des âmes, il permet d’espérer contre toute espérance. C’est dans ce sens que doit être comprise la promesse de Jésus. « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. »

- L’ESPRIT-SAINT est enfin celui qui communique l’Amour, c’est amour qu’aucun échec ne rebute, qu’aucune ingratitude ne paralyse, qu’aucune difficulté n’abat et qui, s’il le faut, ira jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’au martyre qui est la preuve suprême de sa vérité. C’est l’amour seul, ne l’oublions jamais frères et sœurs, qui rend compte de toute la vie du Christ, de sa venue parmi nous (mystère de l’Incarnation) et surtout de sa Passion et de sa mort sur la Croix (mystère de la Rédemption). Cet amour auquel l’Esprit-Saint nous fait communier est seul capable de nous rendre semblables au Christ, de nous transformer peu à peu jusqu’à ce que nous devenions des Copies Vivante de Jésus. Non, vraiment, le Seigneur Jésus ne pouvait pas nous faire un don plus précieux que Celui de SON ESPRIT. Car ce « doux hôte de nos âmes » est un Esprit de Vie c’est-à-dire de nouveauté jaillissante, celui qui EN NOUS crée ou recrée la jeunesse et triomphe de cette usure impitoyable que la vie apporte avec elle. Pour nous aider à comprendre cette vérité, la Bible se sert de comparaisons qui sont toutes très évocatrices et riches de promesses :

- Elle nous dit que l’Esprit-Saint c’est d’abord le souffle : le vent impétueux qui balaye les impuretés et secoue les indolences.

- Il est aussi l’eau vive : l’eau jaillissante dont le ruissellement fertilise la terre et l’empêche de devenir un désert crevassé.

- Il est encore le feu : ce feu qui n’est jamais stabilisé, qui progresse, dévore et ne s’entretient lui-même qu’un incendiant autour de lui : vive flamme qui combat le froid ou la tiédeur.

Autrement dit, l’Esprit-Saint c’est vraiment LE TOUT de notre vie d’enfants de Dieu, Celui qui en nous est l’auteur de tout bien, celui qui selon la belle expression de la 4ème Prière Eucharistique « achève en nous toute sanctification », ce qui lui a valu d’être appelé dans la prière du Veni Creator « le doigt de la droite du Père », car le doigt c’est ce qui sert à fignoler, à parachever la qualité d’un ouvrage. En ces jours où l’Eglise se prépare à fêter la Pentecôte nous demanderons très souvent à Marie qui est la fidèle Collaboratrice de l’Esprit-Saint dans la distribution de toutes les grâces de nous rendre de plus en plus dociles à son action.

Amen.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 23:05

Lecture du livre des Actes des Apôtres 6, 1-7

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque : ils trouvaient que, dans les secours distribués quotidiennement, les veuves de leur groupe étaient désavantagées. Les Douze convoquèrent alors l'assemblée des disciples et ils leur dirent : « Il n'est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas. Cherchez plutôt, frères, sept d'entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d'Esprit Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche. Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole ». La proposition plut à tout le monde, et l'on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d'Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un païen originaire d'Antioche converti au judaïsme. On les présenta aux Apôtres, et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

La parole du Seigneur était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs accueillaient la foi.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 2, 4-9

Frères, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu'il en connaît la valeur. Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus. On lit en effet dans l'Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur ; celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi donc, honneur à vous qui avez la foi, mais, pour ceux qui refusent de croire, l'Écriture dit : La pierre éliminée par les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle, une pierre sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber. Ces gens-là butent en refusant d'obéir à la Parole, et c'est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 1-12

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin ». Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu ». Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit ». Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : 'Montre-nous le Père ?' Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c'est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres œuvres. Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des œuvres. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père ».

C’est l’exquise sensibilité du Cœur de Jésus qui transparait dans les paroles si denses que nous venons d’entendre. La délicatesse et la hâte que Jésus met à dissiper la tristesse de ses amis, angoissés par l’imminence de son départ font deviner à quel point il les aime. Il ne voudrait pas qu’ils cèdent à la peur : « ne soyez pas bouleversés leur dit-il, vous croyez en Dieu, croyez en moi ».

Comme nous avons besoin nous aussi, chers frères et sœurs, de nous laisser pénétrer par la douce lumière et la profonde sérénité qui émanent de ces paroles... Car nous sommes plongés dans un monde qui est largement affecté par l’angoisse.

Homélie

- La vie présente est faite de changements qui bousculent à tout instant nos idées et nos habitudes : un fort sentiment d’insécurité nous oppresse.

- L’avenir, lui aussi, nous inquiète : le terrorisme, la guerre, la violence sous toutes ses formes, le chômage est-ce que tout ne contribue pas à augmenter la déprime ?

Pour exorciser toutes ces peurs qui sont trop souvent paralysante Jésus nous assure qu’il n’y a qu’un moyen : la mise en exercice d’une foi confiante, cette foi que soulève l’amour : « il n’y a pas de peur dans l’amour, l’amour parfait bannit la peur » nous dit saint Jean.

Dieu nous connaît bien avec nos anxiétés, nos hésitations ou nos timidités ! Que de fois dans la Bible nous l’entendons dire, à ceux qu’il appelle pour leur confier une mission, « ne crains pas » et Jésus nous redit très souvent cette parole si encourageante et sécurisante. Si nous mettons toute notre foi en lui qui est notre guide et notre entraîneur, nous n’avons pas à avoir peur car il est là devant nous pour nous tracer la piste du courage, mais il est en même temps avec nous et en nous. A travers lui, comme l’affirme saint Paul, « c’est le Père de toute consolation qui nous console dans toutes nos détresses ».

Ce qu’il importe de bien comprendre également c’est que cette foi intrépide que Jésus réclame de nous et qui nous fait aller au-delà de l’angoisse, c’est une foi qui espère, car elle oriente notre regard dans une direction unique, vers ce qui est notre fin dernière, notre but ultime : cette maison paternelle où Dieu nous attend pour nous faire communier éternellement à sa vie bienheureuse. Oui, qui que nous soyons, nous avons déjà au ciel une demeure préparée par la délicatesse de l’Amour infini. Pour un chrétien donc, l’horizon ne peut jamais être bouché ou désespérant. Le dernier mot appartient d’ores et déjà à la joie victorieuse, puisque notre place est réservée dans les cieux auprès du Seigneur ressuscité « je reviendrai vous prendre avec moi et là où je suis vous y serez aussi ».

Mais Jésus ne nous donne pas seulement le rendez-vous lointain du Royaume de Dieu pour le jour de notre naissance au ciel. Car Dieu n’est pas un être paternaliste qui inviterait du sommet de sa majesté. Dieu ne nous aime pas de loin, d’une manière qui serait purement théorique, Dieu nous aime au point de vouloir nous faire communier dès maintenant à ce qui est sa vie intime (sa prodigieuse vie de connaissance et d’amour) en faisant de nos âmes par le moyen de la grâce sanctifiante des petits ciels où il se plaît à résider. C’est le sens profond de la parole de Jésus « Je suis la Vie ». Oui, Jésus est véritablement « la Vie de notre vie » selon l’expression de saint Augustin et ce qui est merveilleux c’est qu’en nous la communiquant il nous envahit de cette paix et de cette joie qui chassent toute peur et toute angoisse et qui sont un prélude à la paix et à la joie parfaite de l’éternité.

N’est-elle pas réconfortante et même enthousiasmante cette certitude : à savoir que notre vie éternelle est déjà commencée, que notre vie chrétienne est un processus de divinisation et que ce que nous vivons ici-bas dans l’état de grâce connaîtra un jour son plein épanouissement au ciel dans l’état de gloire.

Mais entre les deux quel est le Chemin ? Ce chemin n’est pas une méthode ascétique, ni une performance morale. Ce chemin qui relie le ciel et la terre c’est quelqu’un :

  • le même qui déjà nous habite (si toutefois nous ne sommes pas séparés de Lui par le péché grave),
  • le même qui nous donne le bras durant toute la traversée de l’existence et qui nous accueillera au terme du voyage, c’est-à-dire Jésus, notre Rédempteur, notre Médiateur, notre Dieu, Lui qui s’offre à nous comme « le Chemin, la Vérité et la Vie ».

En nous rassemblant chaque dimanche pour nous faire participer à la Messe (qui est le sacrement de sa Présence et de son Amour), l’Eglise nous rappelle de manière très concrète que la divine Parole et l’Eucharistie sont pour ainsi dire les deux mains de Lumière de Notre-Seigneur qui nous gardent sur la voie étroite et escarpée. Rappelons-nous toujours que sans elles nous ne pouvons que trébucher et tomber dans les ravins du mal au risque de nous perdre.

Cessons donc d’avoir peur, chers frères et sœurs, puisqu’avec Jésus rien ne saurait nous manquer. « En nous le donnant, déclare saint Paul, Dieu nous a tout donné ».

Amen.

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 23:05

Lecture du livre des Actes des Apôtres 2, 14a, 36-41

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, avait pris la parole ; il disait d'une voix forte : « Que tout le peuple d'Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ ». Ceux qui l'entendaient furent remués jusqu'au fond d'eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.

C'est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera ». Pierre trouva encore beaucoup d'autres paroles pour les adjurer, et il les exhortait ainsi : « Détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés ». Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre se firent baptiser. La communauté s'augmenta ce jour-là d'environ trois mille personnes.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 2, 20b-25

Frères, si on supporte la souffrance en ayant fait le bien, c'est une grâce aux yeux de Dieu. C'est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces, lui qui n'a jamais commis de péché ni proféré de mensonge : couvert d'insultes, il n'insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice. Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c'est par ses blessures que vous avez été guéris. Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 1-10

Jésus parlait ainsi aux pharisiens : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c'est lui le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus ».

Jésus employa cette parabole en s'adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire. C'est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis. Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance ».

Homélie

C’est une magnifique parabole que celle du Bon Pasteur. Elle nous révèle en Jésus un personnage fascinant qui aime passionnément ses brebis.

- Ce que Jésus nous dit tout d'abord c’est que le Bon Pasteur entre par la porte. In ne va pas dans la bergerie en escaladant la clôture et en fracturant les entrées. Il a la clef qui lui permet d’entrer sans épouvanter les brebis, puisqu’il ne veut que leur bien. En ce jour où l’Eglise supplie notre Père des cieux de donner des prêtres à son peuple, nous penserons à lui demander des prêtres à l’image du Bon Pasteur, des prêtres infiniment respectueux des consciences et du lent travail de la grâce dans les cœurs...

- Le Bon Pasteur connaît ses brebis. Il appelle chacune par son nom. Jésus connaît chacun et chacune d’entre nous. Il nous appelle par notre prénom. Il a pour chaque personne un cadeau personnalisé, une grâce spéciale. Nous ne sommes pas à ses yeux un numéro, ou un objet de série, mais un être irremplaçable. Demandons à Dieu de donner au monde suffisamment de prêtres pour qu’ils aient le temps matériel d’être attentifs à tous et à chacun en particulier. Combien de nos contemporains n’ont jamais parlé d’homme à homme avec un prêtre ?

- Ce Bon Pasteur emmène ses brebis dehors. Il ne les laisse pas enfermées dans la bergerie en se contentant de leur lancer du fourrage. Il leur emmène vers les verts pâturages, comme le dit le psaume 23. Il connaît les bons endroits où l’humidité permet une herbe toujours renouvelée. Jésus ne nous laisse pas enfermés dans des groupes où l’on se sent bien entre soi, il ne craint pas de nous ouvrir au monde extérieur. Que Dieu nous donne des prêtres qui conduisent leurs ouailles vers les différents milieux de vie pour y repérer l’action mystérieuse de l’Esprit-Saint et y faire entendre l’appel de l’Evangile.

- Le Bon Pasteur marche à la tête de ses brebis, à tout le moins quand il y a du danger... Il les protège du loup et de tous les prédateurs... Jésus n’a-t-il pas pris la tête de l’Eglise, peuple de Dieu, pour donner la direction et l’exemple. Il n’avance pas au premier rang dans un char ou une voiture blindée ; il avance sans protection avec la Croix comme seul bâton que

Dieu donne à l’Eglise des prêtres qui ne marchent à la traîne des idées nouvelles, qui suivent le troupeau ou bien le guide, qui baptisent toutes les erreurs ambiantes dans un souci de popularité ou dans celui « de ne pas faire de vagues »... « Il ne s’agit pas d’adopter le christianisme aux hommes mais d’adopter les hommes au Christ » disait le Père de Lubac.

- Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. C’était vrai surtout des bergers d’autrefois qui devaient affronter les brigands mais les bergers modernes ne donnent-ils pas leur vie d’une autre façon en partageant nuit et jour la vie des brebis ?

Jésus, nous le savons, a mis totalement à exécution (et quelle exécution) cette phrase merveilleuse qu’il nous a laissée « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».

Des prêtres qui donnent leur vie ? Il y en a. chaque année l’Eglise a son lot de prêtres ou d’évêques assassinés. Dans une trentaine de pays 127 millions de chrétiens sont persécutés... et au premier rang bien sûr leurs prêtres. C’est tellement facile d’abattre des gêneurs aux mains nues. Ce dont l’Eglise a besoin, aujourd’hui plus que jamais, c’est que des jeunes n’hésitent pas à consacrer toute leur vie à Dieu... Donner sa vie aujourd’hui ce n’est pas tout verser son sang pour le Christ que lui donner chaque minute d’une existence qui peut être longue, et lui donner chaque atome de son cœur.

Vous l’aurez remarqué frères et sœurs, dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus ne se dit pas seulement le Bon Pasteur qui aime ses brebis, mais aussi la Porte de la bergerie, l’accès nécessaire pour entrer dans la maison de Dieu, et dans la communion à la vie intime de Dieu.

« Moi je suis la Porte, si quelqu’un entre en passant par moi il sera sauvé ».

A un autre endroit il déclare :

« Entrez par la porte étroite. Elle est la grande la porte, il est large le chemin qui conduit à la perdition (et ils sont nombreux ceux qui s’y engagent). Mais elle est étroite, la porte il est resserré le chemin qui conduit à la vie : et ils sont peu nombreux qui le trouvent ».

La vie, frères et sœurs, n’est pas un aéroport où s’alignent, nombreuses, les portes d’embarquement. Jésus est le passage obligé, le sas où tout homme doit passer obligatoirement pour son envol vers Dieu... sans lui nous ne pouvons strictement rien faire... Mais comment pouvons-nous oublier une vérité aussi essentielle ? Nous sommes si superficiels, si médiocres...

Quand serons-nous pleinement convaincus que la pierre de touche du christianisme authentique c’est notre rapport au Christ, c’est la place exacte qu’il tient dans notre vie.

La vie chrétienne n’est pas un faisceau de bonne habitudes religieuses, elle est d’abord et essentiellement l’attachement passionnée à quelqu’un, à la personne adorable du Bon Pasteur. Il n’y a pas de vie chrétienne qui ne commence par un choc : je veux dire la rencontre avec Lui : Jésus. Nous avons pu être attirés par la religion, la beauté de ses cérémonies, la qualité de sa morale, l’amitié de chrétiens solides, mais tant que nous n’avons pas buté sur la personne de Jésus, nous sommes encore à côté de l’essentiel.

Poussons donc plus souvent la porte de l’Evangile et essayons de nous trouver face à face avec le Bon Pasteur. Prenons la peine de le suivre pour mieux le connaître et pour pouvoir un jour, fascinés et éblouis nous jeter dans ses bras...

Oui, Indispensable Pasteur que ce Jésus dont l’action a besoin d’être étendue à tous les hommes de bonne volonté par ces indispensables prolongements du vrai berger : que sont les PRÊTRES. Humbles et pauvres serviteurs, ils ne sont pas le Christ, car il n’y a qu’un unique berger, un unique prêtre, un unique médiateur, mais ils en sont instruments chaque fois qu’ils prêtent leurs voix, leurs mains et leurs cœurs pour communiquer la Vie divine que le Christ veut donner en abondance.

Nous ne manquerons pas chers frères et sœurs, de prier souvent pour eux, de prier pour tous les prêtres. Confions-les plus particulièrement à la Vierge Marie qui les entoure d’un amour de prédilection parce qu’elle voit en eux l’Image vivante de son divin Fils, le Grand Prêtre éternel.

Amen.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 07:14

Lecture du livre des Actes des Apôtres 2, 14-22b-33

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, prit la parole ; il dit d'une voix forte : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, comprenez ce qui se passe aujourd'hui, écoutez bien ce que je vais vous dire. Il s'agit de Jésus le Nazaréen, cet homme dont Dieu avait fait connaître la mission en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez bien. Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu, vous l'avez fait mourir en le faisant clouer à la croix par la main des païens. Or, Dieu l'a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n'était pas possible qu'elle le retienne en son pouvoir. En effet, c'est de lui que parle le psaume de David : Je regardais le Seigneur sans relâche, s'il est à mon côté, je ne tombe pas. Oui, mon cœur est dans l'allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l'espérance : tu ne peux pas m'abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption. Tu m'as montré le chemin de la vie, tu me rempliras d'allégresse par ta présence. Frères, au sujet de David notre père, on peut vous dire avec assurance qu'il est mort, qu'il a été enterré, et que son tombeau est encore aujourd'hui chez nous. Mais il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un de ses descendants. Il a vu d'avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n'a pas été abandonné à la mort, et sa chair n'a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l'Esprit Saint qui était promis, et il l'a répandu sur nous : c'est cela que vous voyez et que vous entendez ».

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 1, 17-21

Frères, vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d'après ses actes ; vivez donc, pendant votre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu. Vous le savez : ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n'est pas l'or et l'argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ, l'Agneau sans défaut et sans tache. Dieu l'avait choisi dès avant la création du monde, et il l'a manifesté à cause de vous, en ces temps qui sont les derniers. C'est par lui que vous croyez en Dieu, qui l'a ressuscité d'entre les morts et lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 24, 13-35

Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé.

Or, tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas. Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes. L'un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci ». Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié. Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé. À vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu'elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu'il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ». Il leur dit alors : « Vous n'avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin. Mais ils s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse ». Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l'un à l'autre : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ? » À l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « C'est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre ». À leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment ils l'avaient reconnu quand il avait rompu le pain.

Homélie

Chers frères et sœurs, c’est une des pages les plus célèbres de l’Evangile que nous venons d’entendre, aussi fine dans l’expression que profonde de contenu. Saint Luc y évoque la bouleversante rencontre qui eut lieu, le soir de Pâques, sur la route d’Emmaüs, entre le Christ Ressuscité et deux de ses disciples en qui toute espérance de salut était bel et bien morte. Un récit remarquablement construit qui s’articule autour de deux signes majeurs, signes qu’on retrouve dans la célébration de chaque messe : la Parole et le Repas. C’est à partir de ces signes que les deux disciples passent du doute à la Foi, du découragement à l’espérance, et de la fuite à la mission.

Nous avons là un modèle d’enseignement en 3 temps :

  • Le temps de la Parole sur la route
  • Le temps du Sacrement à l’auberge d’Emmaüs, et enfin
  • Le temps de la conversion et du témoignage, celui du retour parmi les apôtres à Jérusalem.

Ceci se passait à Emmaüs, nous dit Luc, à deux heures de marche de Jérusalem, une dizaine de kilomètres environ. Mais où donc se trouve Emmaüs ? La localisation en est incertaine, et aujourd’hui encore, trois localités se disputent cette gloire... Et si Emmaüs n’était pas seulement un lieu mais surtout un cheminement, un itinéraire spirituel ?

On peut dire, je pense, qu’Emmaüs se trouve en tout lieu où le Seigneur Jésus révèle sa présence : pour Paul, ce fut à Damas, pour Claudel, derrière un pilier de Notre-Dame à Paris, pour André Frossard dans une chapelle de la rue d’Ulm à Paris, et pour nous ?

Emmaüs est là, chaque fois que Dieu nous fait signe sur la route de la vie, tandis que nous avançons, croyants incertains, chercheurs de Dieu dans le doute et quelquefois la nuit. Alors puisqu’il s’agit de nous, prenons le chemin d’Emmaüs, celui de nos questions et de nos doutes, et apprenons comment Jésus nous y rejoint, nous éclaire, réchauffe notre cœur et nous convertit à une Foi vigoureuse et ardente, une Foi inébranlable en sa Présence de Ressuscité.

Le premier temps est celui de la Parole sur la route, une route qui tourne le dos à Jérusalem. Alors que toute la vie de Jésus est présentée par Luc comme une marche, une « montée » vers Jérusalem la ville sainte, voici que les deux disciples désespérés lui tournent le dos. Toute l’aventure vécue avec Jésus et l’immense espoir soulevé dans leur cœur, se termine dans l’échec de la croix. Jésus est mort. C’est fini. Sur cette route du désespoir, Jésus s’approche et marche avec eux. Jésus fait redire aux deux hommes ce qu’ils ont sur le cœur, ce qu’ils viennent de vivre ; Il leur pose des questions et, à partir de leurs réponses, Il leur propose une autre lecture des évènements, leur fait remarquer d’autres signes. Il les invite à tout relire « selon les Ecritures » et non plus selon leur attente d’un libérateur politique et triomphant. Tandis qu’il cite Moïse et les prophètes, ils comprennent que le Messie annoncé devait souffrir avec d’entrer dans la gloire de Dieu. Alors la Passion et la Croix n’apparaissent plus comme un échec mais comme une victoire suprême de l’Amour. A la lumière de la Parole de Dieu qui est pour ainsi dire le miroir dans lequel se reflète le vrai visage de Jésus, tout prend un autre sens ; un avenir merveilleux s’ouvre devant eux. Ils se reprennent à espérer d’une espérance qui cette fois n’est plus humaine mais surnaturelle.

C’est ainsi, frères et sœurs, que la Parole de Dieu éclaire tout ce que nous avons à vivre d’une lumière nouvelle... Mais quelle importance accordons-nous, en fait, à cette Parole qui est écrite dans la Bible et interprétée par l’Eglise et dont une méditation assidue peut seule nous porter à penser à vouloir et à agir selon le cœur de Dieu. En avons-nous faim et soif ? Ah ! Si, du moins, nous pouvions comprendre à quel point nous avons besoin de cette Parole de Vie dont l’Eglise nous donne chaque dimanche quelques bonnes tranches au début de la Messe : alimentation qui constitue un minimum vital !

Marchant avec leur mystérieux compagnon sur la route d’Emmaüs, nos deux disciples sont déjà intérieurement « retournés » : ils ne voient plus les choses de la même manière ; le signe de la Parole les a éclairés. C’est alors qu’intervient le signe du repas. C’est là que se fait la reconnaissance. En rompant le pain avec eux, Jésus pose le signe de l’Eucharistie, le signe de l’Alliance nouvelle et éternelle par le moyen duquel il rejoint ses amis et se donne à eux afin que leur communion à « son Corps livré » et à « son Sang versé » nourrisse quotidiennement leur vie tout au long de leur pèlerinage terrestre. C’est à ce geste de « la fraction du pain » (expression qui servait chez les premiers chrétiens à désigner ce que nous appelons la Messe), c’est à ce signe, à ce sacrement de sa présence invisible mais réelle qu’ils le reconnaissent.

Et nous, frères et sœurs, savons-nous reconnaître sa présence dans le sacrement de l’Eucharistie qui est la source et le sommet de toute la vie chrétienne ? Et savons-nous en tirer toutes les conséquences, c’est-à-dire participer le plus souvent possible à la Messe en joignant notre offrande personnelle, (l’offrande de toute notre vie) au sacrifice de Jésus...

Et en communiant à son Corps et à son Sang pour alimenter la vie de la grâce (la vie divine, que nous avons reçue au Baptême et devenir ainsi peu à peu d’autres christ.

Après le Repas vient alors un 3ème temps pour les pèlerins d’Emmaüs : celui de la joie retrouvée, de la joie à annoncer... Après avoir eu le cœur retourné par la Parole de Jésus et la manifestation de sa Présence, ils retournent à Jérusalem tout joyeux pour proclamer « c’est vrai le Seigneur est ressuscité ».

Nous aussi, frères et sœurs, après avoir été fortifiés par la double nourriture que Jésus nous donne dans l’Eucharistie : celle de sa Parole et cette de son Corps, nous sommes invités à retourner vers nos frères avec nos visages transfigurés par la joie afin de leur annoncer que le Christ est ressuscité, qu’il est vivant et que par Lui et en Lui nous avons le salut.

Puissions-nous êtres de plus en plus stimulés par cette conviction : à savoir que notre témoignage de chrétiens est étonnamment percutant chaque fois que nous exprimons simplement mais avec du feu dans le cœur, comment nous avons découvert le Christ et ce que nous vivons de Lui et de son message.

Amen.

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:10

Lecture du livre des Apôtres 2, 42-47

Dans les premiers jours de l’Église, les frères étaient fidèles à écouter l'enseignement des Apôtres et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs ; beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les Apôtres.

Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun.

Chaque jour, d'un seul cœur, ils allaient fidèlement au Temple, ils rompaient le pain dans leurs maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité. Ils louaient Dieu et trouvaient un bon accueil auprès de tout le peuple. Tous les jours, le Seigneur faisait entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut.

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre 1, 3-9

Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour l'héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, en vue du salut qui est prêt à se manifester à la fin des temps. Vous en tressaillez de joie, même s'il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la qualité de votre foi qui est bien plus précieuse que l'or (cet or voué pourtant à disparaître, qu'on vérifie par le feu). Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ, lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; et vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l'aboutissement de votre foi.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 19-31

C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie ». Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ».

Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant ». Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Homélie

Chers Frères et sœurs, l’Evangile est un Livre qui ne ressemble à aucun autre. Il ne faut pas le regarder comme une histoire de Jésus, au sens moderne du mot, encore moins comme un recueil de belles pensées ou un manuel de morale.

L’Evangile est essentiellement un livre choc écrit tout entier pour que nous recevions en plein cœur la révélation la plus bouleversante et la plus stupéfiante qui soit. C’est comme si l’Evangéliste nous déclarait : « Je vais vous parler d’un homme qui s’appelle Jésus, qui a vécu il y a plus de 2000 ans en Galilée ». Cet homme c’était le Fils de Dieu, un être extraordinairement séduisant qui était pleinement homme et pleinement Dieu. Et pour que nous ne perdions jamais de vue cette vérité fondamentale, Saint Jean l’a placée en finale de son Evangile comme une sorte de cachet d’authentification : « Vous qui venez de me lire, retenez bien pourquoi ce livre a été écrit. C’est pour que vous croyiez que Jésus est le Fils de Dieu ».

Et c’est bien ce mystère, en effet, qui constitue tout l’originalité de la Foi chrétienne (qui distingue notre religion de toutes les autres). Si nous sommes d’authentiques disciples du Christ nous ne pouvons pas nous contenter d’affirmer : je crois en Dieu.

Certes, nous y croyons fermement, mais les juifs qui ont rejeté Jésus y croient eux aussi et il en est de même pour les musulmans, sur ce point-là nous sommes tous d’accord, mais notre foi chrétienne va beaucoup plus loin.

Nous croyons que ce Dieu Unique est à la fois PÈRE – FILS et SAINT ESPRIT et que le Fils (celui que saint Jean appelle le Verbe) a voulu se faire homme en prenant dans le sein de Marie une nature semblable à la nôtre, et cela en vue de notre salut : pour nous libérer du péché et restaurer en nous la vie divine que ce péché nous avait fait perdre.

Ceux qui ont fréquenté durant 3 ans Jésus de Nazareth avaient, certes, pressenti son mystère, mais il a fallut l’événement prodigieux de la Résurrection pour qu’au nom de tous, l’Apôtre Thomas lance ce cri de Foi, d’adoration et d’amour « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Cette foi en Jésus-Ressuscité, Médiateur suprême entre Dieu et les hommes est absolument nécessaire pour que, selon les termes employés par Saint Jean, nous ayons la Vie en son nom.

Mais de quelle vie s’agit-il ? Certainement pas de la vie naturelle, car ceux qui ne croient pas en la divinité du Christ sont tout aussi bien des vivants du point de vue physique que leurs frères croyants. Il s’agit, nous le savons, d’une autre Vie, que saint Jean à plusieurs reprises appelle la VIE ETERNELLE et qui ne désigne pas chez lui (comme nous le croyons trop souvent) la vie immortelle mais CE QUE DIEU EST EN LUI-MÊME : son essence, son être, sa vie intime. Il faut savoir que dans la Bible, l’ETERNEL c’est un des noms attribués à Dieu et alors on comprend l’expression de saint Jean : la vie qui nous est offerte, la vie éternelle, mais ce n’est pas autre chose que la Vie de l’Eternel, rien moins que la vie même de Dieu, cette vie mystérieuse qui est un océan infini de Lumière, d’Amour et de Joie.

Oui, Frères et sœurs, notre foi va jusque là et cet aspect, qui est lui aussi fondamental, la distingue et la place bien au-dessus de toutes les religions. Ne craignons pas de l’affirmer sans complexe : car c’est la Vérité : la religion catholique est la religion la plus vraie et la plus parfaite parce qu’elle est la seule que donne à l’homme (à tout homme qui n’y fait pas obstacle) la possibilité de partager la vie intime de Dieu, de communier à la vie prodigieuse du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et cela dès cette terre, bien que ce soit caché à nos yeux parce que vécu sous le régime de la Foi. C’est là, voyez-vous, tout le mystère de ce que la théologie appelle la grâce sanctifiante et qu’on pourrait bien appeler la grâce divinisante parce qu’elle a pour but de nous conduire progressivement vers l’accomplissement de notre véritable et incomparable destinée : qui est de devenir dieu par participation. Quand nous proclamons que nous sommes enfants de Dieu (et nous le faisons chaque fois que nous récitons le « Notre Père ») c’est cette réalité bouleversante que nous résumons en ces mots si expressifs.

Or, cette grâce sanctifiante, cette vie surnaturelle – est-il besoin de le rappeler ? – nous l’avons reçue sans aucun mérite de notre part à l’heure bénie de notre Baptême.

Ah ! Si nous pouvions comprendre au moins un peu, l’inestimable cadeau que Dieu nous a fait à ce moment là, comme nous vivrions notre christianisme avec générosité, ardeur, enthousiasme ! Comme nous aurions un véritable culte de l’état de grâce, cet état d’amitié, de communion avec le Seigneur qui est encore un autre nom donné à la Présence divine en notre cœur. Comme nous ferions tout pour ne pas perdre ce trésor, et comme nous aurions soin de l’enrichir sans cesse ! L’état de grâce, en effet, ce n’est pas quelque chose de statique, puisque c’est une vie, une vie appelée à grandir et à s’épanouir tout comme la petite graine semée en terre est appelée à devenir un grand arbre capable de produire des fruits en abondance. Et parce que Dieu respecte notre liberté nous sommes responsable de cette croissance de la vie divine en nous : de son développement harmonieux. Nous devons donc y travailler et cela devrait même constituer pour nous la priorité des priorités, y travailler avec le secours des grâces actuelles qui ne nous manquent jamais si nous les demandons humblement dans la prière qui est la respiration de l’âme et si nous recevons les sacrements : la Pénitence qui guérit est fortifie, l’Eucharistie qui nourrit et transforme peu à peu dans le Christ.

Quand Dieu décidera de mettre un terme à cette vie physique, biologique qui est la nôtre ici-bas, nous ferons alors notre dernière Pâque ; nous passerons de l’état de grâce à l’état de gloire. Nous entrerons dans notre Maison d’éternité où dans une vision de Dieu face à face nous goûterons un bonheur sans limite et sans fin qui nous comblera surabondamment au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer.

Dites-moi, chers Frères et sœurs, le christianisme ainsi compris, comme étant la vie la plus épanouissante, la plus comblante qui soit, ne vaut-il pas la peine d’être vécu, fusse au prix de bien des renoncements dont on ne peut faire d’ailleurs l’économie puisqu’il faut nécessairement passer par la croix pour aboutir à la Résurrection, comme la liturgie du Mystère Pascal nous l’a rappelé, il y a une semaine.

Renouvelons donc notre foi en ce mystère et si nous voulons mener à bien la fantastique aventure de notre divinisation comportons-nous toujours vis à vis de Dieu, notre Père, comme des enfants vivants.

Marie qui est la Mère des vivants, la Mère de la divine grâce, ne manquera pas, si nous la supplions avec une confiance toute filiale, de nous entraîner sur cette route montante, de stimuler et de soutenir notre générosité, notre ferveur et notre courage.

Amen.

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 00:05

Lecture du livre d'Isaïe 49, 14-15

Jérusalem disait : « Le Seigneur m'a abandonnée, le Seigneur m'a oubliée ». Est-ce qu'une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l'oublier, moi, je ne t'oublierai pas. — Parole du Seigneur tout-puissant.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 4, 1-5

Frères, il faut que l'on nous regarde seulement comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu. Et ce que l'on demande aux intendants, c'est en somme de mériter confiance. Pour ma part, je me soucie fort peu de votre jugement sur moi, ou de celui que prononceraient les hommes ; d'ailleurs, je ne me juge même pas moi-même. Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n'est pas pour cela que je suis juste : celui qui me juge, c'est le Seigneur. Alors, ne portez pas de jugement prématuré, mais attendez la venue du Seigneur, car il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et il fera paraître les intentions secrètes. Alors, la louange qui revient à chacun lui sera donnée par Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 6, 24-34

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. C'est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? D'ailleurs, qui d'entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ? Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'était pas habillé comme l'un d'eux. Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs, qui est là aujourd'hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : 'Qu'allons-nous manger ?' ou bien : 'Qu'allons-nous boire ?' ou encore : 'Avec quoi nous habiller ?' Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché. Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine ».

Homélie

Cette page d’Evangile est une de celles que nous avons le plus de mal à entendre. Nous l’écoutons avec le sentiment qu’elle colle plutôt mal à la réalité... alors que la vie chère, les fins de mois, la modeste retraite nous empêchent souvent de dormir – et que au même moment Jésus nous invite à vivre à la manière des oiseaux du ciel qui ne sèment ni ne moissonnent... Et pourtant, les premiers versets, si nous les regardons d’un peu plus près nous disent clairement la pensée de Jésus : « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent ».

Il y a 2 mots à retenir : le verbe servir qui au temps de Jésus s’appliquait surtout aux esclaves et le mot argent (avec un grand A) qui désigne le Dieu argent auquel on s’asservit... Jésus parle aussi de Maître, c’est-à-dire de quelqu’un ou quelque chose qui nous domine : « Vous ne pouvez servir 2 maîtres... »

Nous voudrions bien, nous, n’est-ce pas vrai servir les deux, mais c’est un désir illusoire : si je m’attache à l’argent, je méprise Dieu car alors l’argent devient mon Dieu... Il nous faut donc absolument choisir : Dieu Amour ou Dieu Argent. A partir de là tout le reste s’éclaire. Si nous ne voulons pas que l’argent nous possède il nous faut prendre nos distances. Que nous possédions de l’argent ainsi que les biens qui nous sont nécessaires pour vivre, rien de plus normal : même le groupe des apôtres avait une caisse, mais ce qu’il faut éviter à tout prix c’est d’être possédé par cet argent et par les biens qu’il procure.

Il faut, sans doute, se faire des soucis pour notre vie, la nourriture, le vêtement mais pas tant au point que ces soucis deviennent l’essentiel de nos préoccupations. Justement tant de soucis faits de nous des matérialistes à l’image de païens.

Dès lors, nous voici invités à choisir la qualité de la vie, invitation à laquelle souscrirait volontiers un courant actuel : « La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ».

L’être doit passer avoir l’avoir.

Mais que veut nous dire le Seigneur par ces 2 jolies comparaisons : « des oiseaux du ciel qui sèment, ni ne moissonnent et des lys des champs qui ne travaillent ni ne filent ? » Il ne faut y voir en aucune façon une justification de la paresse. Jésus dénoncera au contraire dans l’une de ses paraboles, le paresseux qui n’a pas fait fructifier son talent.

Ces petites comparaisons sont une manière d’attirer notre attention sur la merveilleuse sollicitude de notre Père des Cieux envers toutes ses créatures.

Si Dieu est ainsi plein de sollicitude envers les oiseaux et les lys, combien plus le sera-t-il pour nous ? « Ne valez-vous pas plus que des oiseaux ? Dieu ne fera-t-il pas pour vous davantage ? »

C’est alors que tombe le mot qui fustige notre inquiétude maladive : « Hommes de peu de foi ! » Et c’est bien vrai : c’est la foi qui nous manque. Nous ne connaissons pas vraiment notre Dieu, nous ne savons pas combien il nous aime. Nous faisons plus confiance à nos prévisions qu’a sa divine providence. Si nous misions d’abord sur Lui, s’il était vraiment notre premier souci, les autres soucis perdraient de leur importance si accaparante.

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu ».

C’est bien la seule chose à ne pas manquer, le Royaume : c’est-à-dire Dieu lui-même. Cherchez sa justice : vivez en vous ajustant à sa volonté de telle sorte qu’il puisse vous compter parmi les siens. Car si vous avez Dieu vous aurez aussi le reste qui vous sera donné par-dessus le marché (pour autant qu’il nous sera nécessaire selon ses vues) même si vos propres plans ne se réalisent pas... Pourvu que ceux de Dieu sur vous se réalisent ! Voilà le plus important !

Faisons donc confiance, une confiance absolue en ce Père des Cieux qui sait ce dont nous avons besoin. Jésus termine ses exhortations par une maxime très répandue dans le monde juif : « Ne vous faites pas tant de soucis pour demain, demain se souciera de lui-même, à chaque jour suffit sa peine ».

Voilà de quoi nous décontracter, nous qui sommes si inquiets de demain, cette maxime a trouvé son expression chrétienne dans la prière de Jésus : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » autrement dit :

- ni trop de richesse pour ne pas m’éloigner de Dieu,

- ni trop de pauvreté de peur que je ne me décourage ou que je désespère ».

Seigneur, Toi que nous appelons Père, laisse-nous abandonner entre tes mains nos peurs et nos soucis. Fais-nous chercher en priorité ton Royaume et sa Justice.

Amen.

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 00:05

Lecture du livre des Lévites 19, 1-2. 17-18

Le Seigneur adressa la parole à Moïse : « Parle à toute l'assemblée des fils d'Israël ; tu leur diras : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint.

Tu n'auras aucune pensée de haine contre ton frère. Mais tu n'hésiteras pas à réprimander ton compagnon, et ainsi tu ne partageras pas son péché. Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur ! »

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens3, 16-33

Frères, n'oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous. Que personne ne s'y trompe : si quelqu'un parmi vous pense être un sage à la manière d'ici-bas, qu'il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. L'Écriture le dit : C'est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté. Elle dit encore : Le Seigneur connaît les raisonnements des sages : ce n'est que du vent ! Ainsi, il ne faut pas mettre son orgueil en des hommes dont on se réclame. Car tout vous appartient, Paul et Apollos et Pierre, le monde et la vie et la mort, le présent et l'avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 38-48

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Vous avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre.

Et si quelqu'un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter. Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Homélie

Ce texte évangélique que nous venons d’entendre fait suite à celui de dimanche dernier où Jésus nous montrait comment la Loi Nouvelle apportait à celle de l’Ancien Testament tout son épanouissement.

Nous arrivons ici au sommet du Message de Jésus. Et ce qu’il importe de bien noter tout de suite c’est que le Seigneur établit un lien très étroit entre l’amour du prochain et la perfection à laquelle il vient nous appeler : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Pourquoi devons-nous aimer notre prochain, pourquoi devons-nous aimer même nos ennemis ? Pourquoi devons-nous prier pour ceux qui nous font du mal ?

Mais pour être de vrais fils ou de vraies filles de Dieu, car Lui Notre Père, fait briller son soleil et tomber la pluie aussi bien sur les méchants que sur les bons. Le Dieu infiniment bon envoie à tous la lumière et la chaleur de son amour : il n’y a pas de limites, il n’y a pas de frontières dans son cœur de Père. Alors, puisque nous sommes ses enfants, nous devons Lui ressembler, nous devons nous inspirer sans cesse de son esprit. Jésus nous demande rien moins que de viser à la perfection de Dieu Lui-même, c’est-à-dire à la perfection de l’amour. Etre parfait, c’est aimer comme Dieu aime. Toutefois il s’agit de bien s’entendre sur le sens de cet amour. Car le mot amour qui est le plus beau de tous est malheureusement celui qu’on a le plus dévalué. Sous ce mot, on place en effet le meilleur et le pire.

Aimer comme Dieu, frères et sœurs, ce n’est pas annexer ou accaparer celui qu’on prétend aimer ; ce n’est pas en profiter, ce n’est pas l’aimer comme on aime une friandise...

Aimer comme Dieu ce n’est pas simplement éprouver une pitié passagère devant une détresse ; ce n’est pas simplement faire la charité dans le sens de faire l’aumône.

Aimer comme Dieu ce n’est pas non plus affaire d’attirance spontanée, ni affaire de désir à satisfaire. Si nous voulons comprendre ce que cela signifie : « Aimer comme Dieu » il nous faut contempler Jésus (Lui, la vivante Image du Père) dans sa manière d’aimer.

  • On voit qu’en Lui, en effet, l’amour est effectif. Il n’a rien d’une tendresse trop sentimentale qui ne s’engage pas. Il se met constamment au service des autres, en particulier ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur cœur.
  • On voit aussi qu’en Jésus l’amour est absolument gratuit, totalement désintéressé : il donne sans calculer et sans attendre de reconnaissance : il est comme un rayon qui part et qui ne revient pas. Et c’est parce qu’il a ce caractère de gratuité qu’il est capable d’aimer même les ennemis et de pardonner inlassablement.
  • L’amour de Jésus est un amour universel qui n’exclut absolument personne, qui ne laisse subsister aucune barrière social ou radicale.
  • C’est un amour qui entoure le prochain d’attentions délicates, toujours accueillant, plein de compréhension, de douceur, et de bonté.
  • On voit enfin, qu’en Jésus, l’amour ne connaît pas de limites dans le don de soi-même, puisqu’il va jusqu’à l’extrême, jusqu’au don de sa propre vie : « Il n’y a de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Jésus, nous le voyons ne s’est pas contenté de nous rappeler les principes d’une morale sublime. Lui, l’Innocent, il a subi les gifles, les coups de fouet, la couronne d’épines, un procès inique, le portement de croix et les affres de la crucifixion, l’hostilité jusqu’en ses conséquences ultimes c’est-à-dire la mort. Ce qu’Il nous demande d’accomplir, il l’a réalisé parfaitement le premier. Par sa Passion et par sa Croix il a acquis le droit de nous dire ce qu’il voulait nous enseigner. Et pour que nous puissions refaire au moins un peu ce qu’il a manifesté avec tant d’éclat en imitant l’amour de son Père, il nous envoie les secours de sa grâce. Certes, nous avons connu et nous connaîtrons encore bien des échecs sur ce chemin montant et escarpé de la Sainteté (c'est-à-dire de la perfection de l’amour), mais disons-nous bien que Jésus nous comprend. Il sait combien il est difficile, parfais surhumain d’être non-violent, doux, miséricordieux, aimant quoiqu’il arrive. Mais quelle excuse pourrions-nous avoir devant Lui et devant son Père si nous n’avions même pas essayé, recommencé, persévéré quoiqu’il en coûte ? Là est la pierre de touche du christianisme, tant il est vrai que tout le reste relativement facile puisque les publicains et les païens en font autant. Rendre le bien pour le mal, pardonner à ses ennemis, c’est vraiment la perfection de la charité. Nous sommes appelés à être chrétiens jusque là...

Fortifiés par l’Eucharistie qui est la nourriture privilégiée de la charité et soutenus par Marie qui est la Mère du « Bel Amour » puissions-nous, frères et sœurs, vivre la Loi d’amour dans toutes ses exigences. Images de Dieu, ressemblons donc à notre Père des Cieux. Soyons saints comme Lui est Saint.

Amen.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 15:13

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage 15, 15-20

Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l'eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l'une ou l'autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, il est tout-puissant et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n'a commandé à personne d'être impie, il n'a permis à personne de pécher.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 2, 6-10

Frères, c'est bien une sagesse que nous proclamons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n'est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dominent le monde et qui déjà se détruisent. Au contraire, nous proclamons la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dominent ce monde ne l'a connue, car, s'ils l'avaient connue, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c'est, comme dit l'Écriture : ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l'homme n'avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu. Et c'est à nous que Dieu, par l'Esprit, a révélé cette sagesse. Car l'Esprit voit le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 17-37

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : [« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.

Je vous le dis en effet :] Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. [Si quelqu'un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu'un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l'autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier sou.]

Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. [Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne.

Il a été dit encore : Si quelqu'un renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, la pousse à l'adultère ; et si quelqu'un épouse une femme renvoyée, il est adultère.]

Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Quand vous dites 'oui', que ce soit un 'oui', quand vous dites 'non', que ce soit un 'non'. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »

Homélie

Après nous avoir dit dimanche dernier « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde », Jésus nous déclare aujourd’hui « Si votre justice (c’est-à-dire votre fidélité à la volonté de Dieu) ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu ».

On à souvent traduit cette parole du Christ en disant : « si vous n’êtes pas meilleurs que les non-pratiquants et les incroyants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu ».

Mais est-ce bien cela que Jésus a voulu dire ? Car les scribes et les pharisiens n’étaient pas des incroyants ou des non-pratiquants : c’étaient au contraire des hommes profondément religieux des hommes fidèles jusqu’au scrupule à toutes les pratiques religieuses de leur temps.

Alors, comment faut-il interpréter la pensée de Jésus ?

Regardons un peu ces scribes et ces pharisiens comme Jésus les voyait de son temps. Comment se comportaient-ils ? Le Seigneur leur déclara un jour « vous, vous pratiquez la justice (la fidélité à Dieu) pour attirer les regards et l’admiration des gens, mais Dieu regarde vos cœurs ». Autrement dit : ces gens-là sont fidèles aux actes extérieurs prescrits par la loi religieuse ; ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre d’adultère... Maris pour Jésus la fidélité va beaucoup plus loin : ce n’est pas simplement dans les observances extérieures et visibles qu’elle se vérifie, mais au plus intime du cœur, de la conscience, des désirs et des intentions.

- Ne pas tuer : bien sûr, mais encore repousser tout sentiment de rancœur, de colère, de vengeance et même faire tout ce qu’on peut pour mieux s’entendre, se remettre d’accord, pardonner et se réconcilier. Ici, vous le voyez, on retrouve les Béatitudes « Heureux les doux, heureux les miséricordieux, heureux les artisans de paix ».

- Ne pas commettre d’adultère ? Bien sûr, mais encore repousser tout désir purement charnel, tout regard possessif qui tend à considérer la femme comme un objet à utiliser, alors qu’elle est fille de Dieu à respecter et à aimer pour elle-même. Ici encore nous retrouverons une des Béatitudes « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Un cœur pur, limpide, transparent est capable de voir toutes choses et tout être avec le regard même de Dieu.

- Ne pas faire de faux serments ? Bien sûr, mais encore être d’une parfaite franchise dans nos rapports avec les autres. Avec Jésus, la fidélité n’est donc plus simplement affaire d’observances extérieures, mais elle doit aller jusqu’à la conversion du cœur. Remarquez que, là encore, Jésus n’invente rien de nouveau. Quantité de textes de l’Ancien Testament déclaraient déjà que les observances religieuses purement extérieures n’avaient aucun sens lorsque le cœur n’y était pas. Souvenez-vous par exemple du très beau texte d’Isaïe sur le jeûne : « A quoi bon tous vos jeûnes... ! Le jeûne que je préfère, dit Dieu, n’est-ce pas de défaire les chaines injustes et de renvoyez libres les opprimées ? N’est-ce pas de partager ton pain avec celui qui a faim, d’accueillir chez toi les pauvres sans abri, et de vêtir le vagabond qui passe ? Que m’importent vos innombrables sacrifices, dit encore Isaïe... En revanche, cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, faites doit au pauvre et au malheureux ».

Mais nous-mêmes, frères et sœurs, n’avons-nous pas tendance à tomber dans le même travers ? Par exemple, nous sommes fidèles à nos messes du dimanche, mais n’en faisons-nous pas trop souvent une simple observance extérieure, sans y mettre notre cœur ? Y venons-nous avec le souci de nous convertir jusqu’au plus profond de nos cœurs, à l’esprit et à la parole du Christ ; avec le désir de nous offrir en union avec Lui, et de nous unir toujours plus intimement à Lui ? Et puis venir à la Messe par devoir, par obéissance à l’Eglise c’est bien, mais y venir par amour pour le Seigneur, n’est-ce pas tellement mieux ? C’est encore en ce sens que notre fidélité doit surpasser celle des scribes et de pharisiens : ils étaient fidèles à leur loi, à leurs traditions. Ils les observaient comme on observe une consigne, un règlement. Mais ce que le Christ nous demande ce n’est pas simplement d’être fidèles à une morale, c’est d’être fidèles à Dieu qui voit au fond des cœurs. Fils et filles de Dieu, c’est par toute notre vie non seulement par nos actions mais par nos sentiments, nos désirs et nos plus secrètes pensées que nous devons nous attacher à notre Père des cieux et lui témoigner notre amour filial. Alors, nous n’aurons jamais fini de progresser dans notre fidélité.

Quand on a observé une loi, on s’est mis en règle avec la loi, on a la conscience tranquille, le sentiment de devoir accompli : point final, c’est terminé.

Quand il s’agit au contraire de répondre à l’appel de celui qui nous aime, notre Père du Ciel, on ne cherche plus simplement à se mettre en règle avec une loi, mais on cherche à l’aimer, à se mettre en route vers lui, à le rejoindre et à s’attacher à lui, pour travailler et vivre en communion avec Lui.

C’est dans cet esprit-là que Jésus se comportait vis-à-vis de son Père : « Ma nourriture, c’est de faire sa volonté... Je fais toujours ce que lui plaît ! » Plaire à Dieu son Père, c’était pour lui un besoin, une nourriture, une joie : ça n’était jamais fini !

Tout cela, frères et sœurs nous aide à mieux comprendre ce qu’est la morale chrétienne. La morale de l’Ancien Testament, c’était un ensemble de règles fort bien faites pour faciliter la vie en commun, la vie en société. Cette morale de l’Ancien Testament, les « docteurs de la loi » y avaient ajouté mille commentaires qui compliquaient tout. Mais les prophètes, de leur côté, l’avaient de plus en plus approfondie et intériorisée au cours des siècles.

Jésus prend la suite de l’enseignement des prophètes et y apporte tout son épanouissement. Il nous appelle ainsi à dépasser cet art « de vivre ensemble » de l’Ancien Testament pour adopter l’art de vivre des fils et filles de Dieu.

Avec le Christ-Jésus, nous le voyons, c’est un monde nouveau qui commence, le monde dont Dieu rêve depuis les origines ; un monde où l’on ne se contentera plus d’une fidélité extérieure, mais un monde où l’on vivra dans l’amour filial pour Dieu et dans l’amour fraternel. Un monde où l’on vivra sous le règne de l’Esprit de Dieu qui est Amour.

Merci Jésus d’aller plus loin que le défendu et le permis, qui « le fait » ou le « pas fait ». Tu nous fais comprendre que la vie morale du chrétien c’est le don d’un cœur accordé à tous cœur et rien d’autre. Cela n’abolit pas les règles ; cela prend le problème à sa source, au centre mystérieux de la personne, là où tu veux venir habiter, avec ton Père et l’Esprit d’Amour qui fait Votre Unité.

Amen.

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 09:10

Lecture du livre d'Isaïe 58, 7-10

Partager ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable.

Alors ta lumière jaillira comme l'aurore, et tes forces reviendront rapidement. Ta justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t'accompagnera.

Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici ». Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 2, 1-5

Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage humain ou de la sagesse. Parmi vous, je n'ai rien voulu connaître d'autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c'est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je suis arrivé chez vous. Mon langage, ma proclamation de l'Évangile, n'avaient rien à voir avec le langage d'une sagesse qui veut convaincre ; mais c'est l'Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 13-16

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ».

Homélie

Dimanche dernier l’Evangile proclamait les Béatitudes qui sont la Charte de la vie nouvelle selon le Christ. Aujourd’hui en se servant de deux images très suggestives, Jésus nous rappelle notre mission de chrétiens : nous devons être dans tous les milieux où nous vivons le Sel de la Terre et la Lumière du Monde.

Disciples du Christ, choisis et appelés par Lui, devenus par le baptême membres de son Corps qui est l’Eglise, comment pourrions-nous oublier que nous sommes des dépositaires d’une richesse d’intérêt vital pour le monde ? Et que cela implique une lourde responsabilité : celle de redonner le goût de Dieu à ce monde blasé qui est le nôtre. C’est aussi de faire resplendir la vérité de Dieu, la vérité de l’Evangile sur tous ces frères humains qui s’égarent, au risque de se perdre, dans la nuit de l’incroyance, de l’indifférence ou de l’erreur.

Avons-nous, frères et sœurs, suffisamment conscience que c’est l’œuvre même du Christ, œuvre de sanctification et de salut qui se trouve ainsi remise entre nos pauvres mains. Oui, c’est bien cette entreprise gigantesque, toujours en chantier qu’à la suite de tant d’autres générations chrétiennes nous avons la charge de continuer sous la direction de cet incomparable Maître d’œuvre qu’est le Seigneur-Jésus lui-même, invisible certes, mais toujours présent et agissant dans son Eglise, toujours présent et agissant au cœur de nos vies. Prenons-nous assez au sérieux, frères et sœurs, ce rôle d’apôtres, de témoins du Christ qui nous a été confié ?

« Vous êtes le sel de la terre ». Le sel, nous le savons, c’est le résidu d’une évaporation qui élimine l’eau pour permettre la cristallisation. Pour devenir sel de la terre, les disciples du Christ ont le devoir « d’éliminer » ce qui dilue et rend inefficace leur témoignage : en particulier le manque de solidité des convictions et l’absence de cohérence entre la foi et la vie. Si un chrétien perd le goût de Dieu, s’il s’affadit en ne se ressourçant plus dans la Prière, la Parole de Dieu et les Sacrements, il n’a plus de différence à faire entendre. Pour jouer leur rôle de sel, les chrétiens ne peuvent pas se contenter d’être comme tout le monde. En adoptant sans discernement les mentalités ambiantes et les conformismes culturels et sociaux, ils perdent leur saveur d’Evangile. Il est tentant, en effet, de se laisser absorber, de se dissoudre : « Tout le monde le fait, dit-on, c’est comme ça aujourd’hui, il faut bien être de son temps ». Insensiblement, inconsciemment on peut dériver et n’avoir plus de chrétien que le nom et quelques habitudes...

Le monde d’aujourd’hui nous interroge sur notre foi et il nous attend sur le terrain de la pratique concrète. Qu’avons-nous d’original, de tonique, de chaleureux à transmettre ?

Le sel donne du goût aux aliments, mais trop nombreux hélas sont les chrétiens qui ne font partager le goût du message évangélique, le goût pour la vérité, le goût de vivre, le goût d’aimer.

Le Christ a dit « vous êtes le sel de la terre et non pas vous devez être le sel de la terre ». Oui, vous l’êtes, vous n’avez pas le droit de ne pas l’être : vous l’êtes du seul fait que vous avez été choisis, vous l’êtes parce que depuis votre baptême vous êtes riches de la puissance de l’Esprit-Saint. Alors, cet Esprit ne l’étouffez pas : « si le sel s’affadit, il n’est plus bon à rien et ou le jette dehors... »

Le Seigneur ne veut pas des chrétiens fades, de chrétiens qui édulcorent la radicalité et la force de l’Evangile.

« L’évangile c’est du sel et vous en avez fait du sucre » disait Paul Claudel. Le Seigneur ne veut pas des chrétiens : inodore, incolore et sans saveur. Rappelons-nous ici les paroles si fortes de l’apocalypse : « je connais ta conduite, tu n’es ni froid ni chaud, que n’es-tu l’un ou l’autre. Ainsi puisque tu es tiède, je vais te vomir de ma bouche ».

« Vous êtes la Lumière du monde » sans la lumière nous ne pouvons pas vivre. Lorsqu’elle vous fait défaut nous prenons mieux conscience de son rôle indispensable. La lumière est belle, elle réjouit, elle fait chanter les couleurs. Elle est une des conditions de la vie.

C’est encore Paul Claudel qui reprochait à certains chrétiens « de mettre le soleil dans leur poche ». Sommes-nous de ceux-là ? Ne gardons-nous pas dans l’ombre l’éclatant message descendu du ciel ?

Jésus compte sur nous pour propager son enseignement, pour faire briller bien haut la vérité de l’Evangile, frères et sœurs, dans un monde qui est de plus en plus enténébré par des erreurs de toutes sortes ?

Jésus s’est défini la lumière du monde et il a ainsi précisé sa pensée : « Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la Lumière qui conduit à la Vie ». Les disciples partent et transmettent la même Lumière que le Christ, ils appartiennent tellement au Christ, ils sont tellement imprégnés de sa Vérité, qu’ils deviennent eux-mêmes Lumière.

Vivre dans la Lumière et être lumière voilà donc à quoi doit tendre un vrai disciple du Christ. Il ne s’agit pas de mise en scène, ni de s’exposer aux feux de la rampe, mais de vivre en cohérence avec sa propre foi : être celui que je dois être, en vertu de mon baptême devant Dieu et devant les hommes. Nous n’avons pas à nous valoir, nous avons à laisser transparaître Dieu dans toute notre vie.

D’ailleurs Jésus lui-même le souligne : « c’est dans la mesure où ils verront nos bonnes œuvres » (et saint Augustin précise que ces bonnes œuvres sont en premier lieu les actes de l’amour fraternel) que ceux qui nous fréquentent et nous observent seront amenés à rendre gloire à notre Père des Cieux.

Prions Marie, la Vierge de Lumière pour qu’elle nous obtienne la grâce de demeurer greffés sur Jésus, attachés à lui, saveur du monde, car c’est à cette condition seulement que notre témoignage sera pleinement efficace.

« Celui qui demeure en moi portera beaucoup de fruits ».

Amen. 

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 09:17

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Lecture du livre de Sophonie 2, 3. 3, 12-13

Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays qui faites sa volonté. Cherchez la justice, cherchez l'humilité : peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère du Seigneur. Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu'un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur. Ce Reste d'Israël ne commettra plus l'iniquité. Il renoncera au mensonge, on ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche. Il pourra paître et se reposer sans que personne puisse l'effrayer.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1, 26-31

Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n'y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n'est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s'enorgueillir devant Dieu. C'est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes, dans le Christ Jésus, qui a été envoyé par lui pour être notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption. Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut s'enorgueillir, qu'il mette son orgueil dans le Seigneur.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 1-12

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent.

Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :

« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !

Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !

Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !

Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice: le Royaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! » C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Homélie

Les Béatitudes dont nous venons d’entendre en saint Matthieu la solennelle proclamation sont le cœur de l’Evangile. Personne d’autre que Jésus ne pouvait les inventer parce qu’elles expriment toute sa vie cachée et publique, tous ses faits et gestes depuis sa naissance dans l’étable de Bethléem jusqu’à son retour glorieux auprès du Père le jour de l’Ascension.

On peut affirmer qu’elles constituent pour l’humanité l’équivalent de ce que l’Annonciation a été pour la Vierge Marie. A chacun et à chacune d’entre nous il est demandé, en effet, de répondre oui au message des Béatitudes, comme Marie a répondu oui au message de l’ange.

Par son oui, la Vierge donnait le Christ au monde ; c’est par notre oui aux Béatitudes que nous porterons l’Esprit du Christ au monde d’aujourd’hui.

On a écrit des tonnes de commentaires sur les Béatitudes, mais ce qui est important, ce n’est pas de faire sur elles de belles dissertations, c’est de les vivre. Et pour cela il faut un apprentissage, un apprentissage qui, en réalité, durera tant que nous vivrons et que personne ne pourra faire à notre place. Nous savons bien que celui qui veut apprendre à nager ne peut se borner à regarder depuis le rivage ceux qui s’ébattent au fil de l’eau. Il doit nécessairement plonger à son tour.

Pour nous stimuler, pour nous inciter à agir, réfléchissons quelques instants sur ce qui est exigé par le Seigneur en chacune de ces Béatitudes.

- Jésus commence par béatifier les pauvres de cœur. Or les pauvres dont il s’agit ici ce sont ceux qui sont pauvres en avoir, en pouvoir et en savoir. Etre pauvre en esprit ne consiste pas à s’abêtir, mais à pratiquer cette vertu d’humilité sans laquelle aucun progrès spirituel n’est possible. Dieu ne peut trouver place, en effet, que dans des êtres désencombrés, qui se sont volontairement vidés de tout ce qui n’est pas Lui ou ne conduit pas à Lui. La pauvreté du cœur ne saurait se limiter aux biens matériels, elle embrasse aussi le détachement des biens moraux et même spirituels. Celui qui, par exemple, tient à la considération des autres, conserve de l’attachement à sa propre volonté, est trop jaloux de son indépendance, n’a pas un cœur de pauvre : il est riche de lui-même, d’amour propre et d’orgueil.

- Heureux les doux. On est doux lorsqu’on ne se colère pas contre Dieu, lorsqu’on est docile à ses commandements, lorsqu’on se rend malléables entre ses mains... Vis-à-vis des autres pratiquer la douceur c’est être maître de soi, réprimer les mouvements d’animosité de colère, d’indignation, bannir de ses mœurs la dureté.

- Heureux ceux qui pleurent. Ce sont tous ceux qui souffrent de quelque manière, soit dans leur cœur mais qui à cette souffrance savent donner tout son sens et toute sa valeur en y reconnaissant une grâce et une visite de Dieu et en l’unissant à la Passion de Jésus (à l’exemple de Marie). Ceux qui sèment ainsi dans les larmes, comme dit le psaume, sont assurés de moissonner dans la joie.

- Heureux ceux qui ont faim et soit de justice. Dans la Bible le mot justice est synonyme de perfection, de sainteté. Un homme juste, c’est un homme dont la conscience obéit à la Loi de Dieu, un homme dont les vouloirs s’ajustent véritablement sur ceux de Dieu. Il faudrait à l’exemple de la Vierge Marie et de tous les saints nous ayons de plus en plus faim et soif de sainteté, faim et soif de lumière et d’amour, que nous n’aspirions qu’à une chose, que Dieu prenne totalement possession de notre cœur et se serve de nous, à son gré, pour l’extension de son règne.

- Heureux les miséricordieux. La miséricorde ne se confond pas avec la pitié condescendante ou même avec l’émotion passagère devant la misère. Parce qu’elle résulte de la divine charité, elle est une vertu attentive et forte qui vit intérieurement la misère humaine et qui est capable d’en comprendre le fond. Or le fond de la misère humaine, n’est-ce pas le péché qui prive l’âme de la vie surnaturelle ? Le miséricordieux qui s’efforce d’aimer avec le cœur même de Jésus, fabrique de l’amour pour réparer les dégâts du péché.

- Heureux les cœurs purs. Le cœur pur c’est celui qui est habité par Dieu, éclairé de ses lumières, ouvert au surnaturel ainsi qu’à tout ce qui est beau, vrai, grand et noble. Il est décanté de tout égoïsme et de tout orgueil et il est libre par conséquent pour aimer Dieu par-dessus tout et aimer les autres comme Jésus les aime. La pureté de cœur, c’est ce qui permet la contemplation : ce qui permet de voir Dieu dans la Foi, en attendant de le voir un jour face à face dans les splendeurs de la gloire.

- Heureux les artisans de paix. Le chrétien qui se laisse guider par le Saint-Esprit juge de tout par rapport à Dieu et, dès lors, tout dans sa vie (ses affections, ses désirs, ses pensées et ses actes) se trouve ordonné selon Dieu. De cet ordre (le seul vrai) résulte en son âme une grande paix intérieure, l’inaltérable paix de Dieu dont parle saint Paul qui surpasse tout sentiment. C’est la paix des profondeurs qui rien ne saurait troubler, même si en surface règne une grande agitation produite par toutes sortes de difficultés ou épreuves. Or, une âme qui est ainsi pacifiée devient pacificatrice : elle sème la paix, la cultive et lui fait porter partout autour d’elle des fruits de justice, de réconciliation et de communion dans l’amour.

- Heureux les persécutés pour la justice, les persécutés à cause du Christ. Cette dernière Béatitude reprend en fait toutes les autres et les couronne. Les disciples du Christ remplis d’amour surnaturel envers Dieu et envers les autres ne doivent pas s’attendre à être mieux traités que leur Maître. Etant dans ce monde comme « des corps étrangers » ils ne manqueront pas de susciter des réactions de jalousie, de haine et de mensonge. Ils connaîtront la persécution sous toutes ses formes. Cette persécution, il ne faut pas l’oublier, est une des notes caractéristiques de l’Eglise, Corps mystique du Christ, et un élément de toute vie chrétienne. Elle est la même Croix promise au Maître et au disciple. Mais cette croix du disciple devient expression de son amour héroïque et se change en joie profonde à cause du Christ : c’est une Croix Glorieuse.

Telle est donc, chers frères et sœurs, avec ses huit jalons en forme de bonheur la route du Paradis que Jésus nous a tracée.

Tel est l’Idéal de Sainteté que le Sauveur met à la portée de chacun et de chacune d’entre nous. Oh ! Certes ! Il peut nous sembler utopique, irréalisable si nous ne regardons que notre faiblesse, mais si nous faisons nôtre la conviction de saint Paul « Je peux tout en Celui qui me fortifie », si nous avons une confiance absolue dans le secours de sa grâce cela ne peut faire aucun doute : nous parviendrons un jour, en dépit de notre misère et de tous les obstacles à cette perfection de l’amour qui fera de nous des êtres divinisés.

Qu’il nous soit donc donné de comprendre, frères et sœurs, que vivre les Béatitudes, c’est tout simplement reproduire « le mystère du Christ » qui va de la Croix à la Gloire, du Calvaire au Ciel. C’est ne rechercher le bonheur que là où Jésus l’a placé en acceptant de mourir avec Lui dans la pauvreté, la douceur, la pureté, l’absolue fidélité de l’amour, de manière à ressusciter avec Lui dans la Béatitude infiniment comblante de la Vie Eternelle.

 Amen.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 00:19
3ème Dimanche T.O.

Lecture du livre d'Isaïe 8, 23 - 9,1-3

Dans les temps anciens, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée, carrefour des païens. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué l'allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus. Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1, 10-13.17

Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous vraiment d'accord ; qu'il n'y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments. J'ai entendu parler de vous, mes frères, par les gens de chez Cloé : on dit qu'il y a des disputes entre vous. Je m'explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j'appartiens à Paul », ou bien : « J'appartiens à Apollos », ou bien : « J'appartiens à Pierre », ou bien : « J'appartiens au Christ ». Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce donc Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? D'ailleurs, le Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l'Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4, 12-23

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets.

Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée. À partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »

[Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.

Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.]

Homélie

D’un pas ferme et décidé, Jésus marche sur la rive du Lac de Galilée.

- Il s’avance avec la liberté de Celui qui vient de tout quitter : sa Très Sainte Mère, sa maison, son métier.

- Il marche avec la force de Celui qui porte en lui la plénitude de l’Esprit-Saint reçu à l’heure de son Baptême par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain.

- Il chemine éclairé de la lumière intérieure de Celui qui vient de jeûner 40 jours au désert et d’y vaincre Satan, le Tentateur.

Pourquoi a-t-il décidé de s’établir à Capharnaüm pour inaugurer son ministère ? L’Evangile nous le dit explicitement : Jésus cherche le contact. Cette ville au bord du lac est le « carrefour des païens » un lieu de brassage de toutes sortes de peuples. Là il va pouvoir annoncer la Bonne Nouvelle à des auditoires très divers. Prophète de la Lumière, il vient spontanément au pays de l’ombre. Porteur de la vie de Dieu, il vient dans « le pays des âmes mortes ». Sauveur qui enlève le péché du monde il vient là où des pécheurs sont à sauver...

Près de la rive des marins-pécheurs s’affairent et parmi eux Pierre et André, Jacques et Jean. Jésus les interpelle. Il les appelle... Un jour il leur dira qu’il l’a fait dans une suprême liberté : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués... »

La vocation n’est pas l’écoute d’un désir ; elle est réponse à un appel. Une réponse vécue à un appel entendu. Par ailleurs, ces quatre hommes ne sont pas des désœuvrés, mais des gens occupés : ils ont maison, famille et profession.

On ne suit pas le Christ faute de mieux ou pour combler un vide, car la marche à sa suite n’est ni un refuge, ni une sinécure. Pierre et André nous sont montrés jetant le filet, Jacques et Jean réparant le filet... Au plein feu de ce que l’on fait ou en préparation de ce que l’on fera, (peu importe) le Seigneur passe et il parle : il faut se lever et le suivre. « Aussitôt laissant là leurs filets, leur barque et leur père, ils le suivirent ».

De plus, l’Evangile signale que Pierre et André « sont des frères » ainsi que Jacques et Jean. Ce n’est pas sans signification : Jésus fera comprendre par la suite que le plus fort témoignage apostolique c’est celui de l’amitié, de l’amour fraternel : ceux qu’il appelle aujourd’hui « deux par deux » pour l’accompagner dans sa vie apostolique seront pareillement envoyés demain « deux par deux » pour témoigner de Lui. C’est à ce signe de fraternité et d’amour qu’on les reconnaitra pour ses disciples, car seuls des hommes qui s’aiment savent dire par leur vie que Dieu existe puisqu’il est amour.

Il faut enfin noter que dans la réponse des quatre frères il n’y a pas la moindre hésitation et pas de demi-mesure : ce Jésus de Nazareth qui les appelle, qu’ils ont sans doute déjà vu, parler, prier, agir, les a séduits. Oui, ils sont fascinés comme on peut l’être quand on rencontre son visage. Et puisque c’est l’amour qu’il demande, par pur amour ils vont donc tout quitter. Avec lui, ils graviront la route qui les conduira vers sa Passion et sa Résurrection... et jusqu’à la Pentecôte où ils recevront la plénitude de son Esprit qui fera d’eux des messagers irrésistibles de son Evangile.

Et pour nous, frères et sœurs, qu’en est-il ? Qu’allons-nous faire ?

Est-ce que nous ne ressemblons pas à ces habitants du pays de l’ombre dont parle Isaïe... Notre vie dans la grisaille de nos occupations journalières nous paraît si souvent monotone...

Et si, d’aventure à la banalité s’ajoute l’inimitié, si à la morosité du quotidien s’ajoute la discorde dans les relations (comme saint Paul le déplore auprès des communautés de Corinthe), il n’est pas étonnant que la vie nous apparaisse encore plus dépourvue d’intérêt et de sens...

Quelle lumière, quelle parole, quel visage viendront éclairer et réjouir notre attente ? Nous savons bien, qu’aucune organisation sociale, aucun être, aucun projet humain ne sauraient satisfaire le besoin d’amour et d’infini qui nous habite...

Allons-nous pour autant nous lever pour suivre le Christ ? A vrai dire... nous hésitons ! Et, ce faisant, nous nous trompons nous-mêmes. Nous croyons sauvegarder notre liberté en refusant de partir, préserver notre acquis en évitant de le donner. Mais, en fait, nous perdons notre vie en voulant la garder comme Jésus lui-même nous le dit.

Il nous faut être vrai, frères et sœurs. De toute façon nous suivons tous quelque chose ou quelqu’un :

- nous suivons un idéal ou une idéologie,

- nous suivons nos convictions, nos principes, notre milieu,

- nous suivons des lois, des habitudes, des goûts, nous conformant aux modes ou à la mode, ayant nos maîtres à penser : ceux et celles que nous aimons regarder, écouter, lire et côtoyer... Ainsi, qui que nous soyons, quoique nous fassions, que ce soit dans la révolte et la soumission, que ce soit passionnément ou passivement nous marchons derrière quelque chose ou quelqu’un...

Et si nous nous décidions une bonne fois à marcher résolument à la suite du Christ !

- Lui seul, nous le savons, a les paroles de la vie éternelle...

- Lui seul, nous le croyons, a le dernier mot sur la mort qu’il a vaincue et la vraie réponse à nos souffrances qu’il a remplies de sa présence.

Nous ne pouvons pas vivre comme si ce n’était pas vrai. Nul comme Lui n’a jamais pu dire « Je suis le chemin qui conduit à la vérité et à la vie ». Et nous hésiterions encore à marcher à sa suite ? Oh ! Si l’on pouvait démontrer qu’il existe quelqu’un de plus vrai, de plus saint, de plus riche, de plus aimant, de plus vivant que Lui, un être plus capable de satisfaire le besoin d’amour et d’infini qui est en nous, nous quitterions tout, nous nous lèverions tous pour marcher à sa suite. Mais si c’est Lui qui est la Lumière du Monde, qu’attendons-nous pour sortir de l’ombre ?

Chers frères et sœurs, ce matin, Jésus est là qui s’avance vers chacun et chacune d’entre nous pour nous dire ou nous redire « Toi aussi viens à ma suite ». Levons donc les yeux, regardons-le bien en face et du fond du cœur, disons-lui à l’exemple de Marie qui fut la principale et la plus généreuse collaboratrice du projet divin de salut : « Me voici Seigneur », je mets à ta disposition le pauvre instrument que je suis. Utilise-le comme il te plaira.

Amen.

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 09:38

Lecture du livre d’Isaïe 49, 3. 5-6

Parole du Serviteur de Dieu. Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai ». Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Il parle ainsi : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ».

Commencement de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1, 1-3

Moi, Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être Apôtre du Christ Jésus : avec Sosthène notre frère, je m'adresse à vous qui êtes, à Corinthe, l'Église de Dieu, vous qui avez été sanctifiés dans le Christ Jésus, vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. Que la grâce et la paix soient avec vous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1, 29-34

Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël ».

Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint.” Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ».

Homélie

Je vous demande d’imaginer un instant le récit d’un témoin qui n’aurait rien vu et rien entendu... Personne ne pourrait croire les divagations d’un tel fantaisiste. Encore moins les allégations d’un menteur. On se moquera du premier et on condamnera le second. Rien de plus normal... Pour attester il faut avoir expérimenté.

Aujourd’hui plus que jamais nombreux sont les gens qui se méfient des beaux parleurs, surtout lorsqu’ils ont des prétentions religieuses – et ils ont raison.

Jean-Baptiste et les Apôtres, eux, furent de vrais témoins. Ils ne sont venus à la parole que sur le tard après avoir patiemment cherché le salut, après avoir longuement fréquenté le Sauveur, après avoir traversé le désert et le feu des purifications intérieures. C’est un cœur bouleversé qui s’exprimait alors sur leurs lèvres. Leurs propos jaillissaient d’une vie transformée... Ils savaient de qui ils parlaient, car la rencontre prolongée, la longue intimité avec Jésus avait d’abord transfiguré leur être avant de délier leur langue. Une fois saisis jusqu’au tréfonds de leur personnalité par la puissance du Ressuscité, les annonciateurs de l’Evangile ne reculèrent devant rien ; la mort elle-même leur devint préférable aux silences de la honte, car leur vie était enracinée ailleurs, dans la communion avec Celui qu’ils avaient vu, entendu et touché... C’est pourquoi ils ne pouvaient se taire. Le trop plein de l’expérience débordait nécessairement sur leurs lèvres. Les puissants de la politique ou de la religion, les orateurs ou philosophes les plus cultivés ne purent empêcher l’inondation évangélique d’emporter même les digues les plus solides de la société de ce temps là.

Rendre témoignage dans le monde d’aujourd’hui, n’est-ce pas, frères et sœurs, notre vocation à tous ? Il faudrait que nous en soyons de plus en plus convaincus. Il ne saurait y avoir, en effet, des témoins de service qui dispenseraient les autres de s’engager à fond. Un chrétien témoigne pour le Christ ou il n’est qu’une ombre sans impact.

Mais comment remplir cette mission essentielle ? Eh bien, comme Jean-Baptiste, comme les apôtres, comme tous les saints : en partant, bien sûr, du donné révélé (c’est-à-dire de la Parole de Dieu) mais aussi de notre expérience personnelle et intérieure.  A moins de jouer sur le clavier de l’hypocrisie – vite démasquée d’ailleurs – nous ne pouvons diffuser le message évangélique qu’à partir d’une pratique sérieuse de la vie chrétienne, cette vie chrétienne qui est essentiellement une vie de foi dans l’espérance et l’amour envers Dieu et envers le prochain. Nous avons à dire en écho la Parole de Vérité d’abord entendue et méditée assidûment dans la Bible ou les textes de la Messe que l’Eglise nous présente et nous commente chaque dimanche et jour de fête.

Frères et sœurs, nous avons à partager le Pain vivant, c’est-à-dire Jésus Ressuscité, réellement présent dans l’Eucharistie, dont nous devons avoir faim constamment, Pain Vivant avec lequel nous devons alimenter en nous la vie divine.

Nous avons à révéler le visage du Seigneur, longuement, silencieusement, amoureusement contemplé dans le face à face et le cœur à cœur de la prière.

Quelle place donnons-nous dans notre vie à la prière ? Question capitale.

Nous avons à faire deviner à travers notre comportement la Présence du Seigneur qui nous habite, qui inspire toutes nos pensées, toutes nos paroles, toutes nos actions qui donne un sens et un but à notre existence, parce qu’il est véritablement comme dit saint Augustin « La Vie de notre vie ».

Oui, frères et sœurs dans le monde si indifférent et dans la société si matérialiste qui sont les nôtres, nous sommes acculés, nous les disciples du Christ à l’authenticité, nous sommes condamnés à un accord profond, à une cohérence toujours plus grande entre ce que nous vivons et ce que nous disons. [Elle est valable pour tous cette consigne si pertinente qu’un grand missionnaire, le Père Peyriguère donnait un jour à des futurs prêtres : « Faites attention, leur disait-il, qu’avec vous ce ne soit pas, au service de l’Eglise, un apôtre de plus qui parle simplement le Christ. Combien donnent le Christ sans le parler ? Combien, à le parler sans le vivre, ne le donnent pas ? Le Christ est encombré d’apôtres qui parlent. Oh ! Qu’il a faim et soif d’apôtres qui le vivent ! »]

Nous nous trouvons donc, frères et sœurs en face d’un choix décisif : ou bien nous retrouverons l’aventure des profondeurs, l’aventure de l’intériorité, avant d’allumer autour de nous le désir de la rencontre et de la communion avec le Christ, ou bien notre voix deviendra la triste résonnance de notre vide, un bruit qui ne touchera plus personne.

Que chacun et chacune d’entre nous s’interroge donc au cours de cette Messe : combien de temps vais-je consacrer aujourd’hui et dans tous les jours à venir à mes relations conscientes avec Jésus (et aussi avec Marie qui est le chemin le plus direct et le plus sûr pour aller à Jésus).

Que vais-je changer en moi pour vivre le Christ, de telle sorte que mon témoignage de chrétien ou de chrétienne, soit une parole pleine d’Evangile vécu et soit donc convaincant ?

Jean-Baptiste (l’Evangile vient de nous le rappeler) rendait témoignage à Celui sur qui il avait vu descendre l’Esprit de Dieu.

Les apôtres après la Résurrection annonçaient l’Evangile de Celui que leurs mains avaient touché...

Aujourd’hui dans les différents milieux de vie qui sont les nôtres : Jean-Baptiste, les apôtres c’est NOUS.

Amen. 

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 00:05

Lecture du livre d'Isaïe 7, 10-16

Le Seigneur envoya le prophète Isaïe dire au roi Acaz : « Demande pour toi un signe venant du Seigneur ton Dieu, demande-le au fond des vallées ou bien en haut sur les sommets ». Acaz répondit : « Non, je n'en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l'épreuve ». Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! Eh bien ! Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel, (c'est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, et il saura rejeter le mal et choisir le bien. Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois te font trembler ».

Commencement de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 1, 1-7

Moi Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé par Dieu pour être Apôtre, mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle que Dieu avait déjà promise par ses prophètes dans les saintes Écritures, je m'adresse à vous, bien-aimés de Dieu qui êtes à Rome. Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils : selon la chair, il est né de la race de David ; selon l'Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur. Pour que son nom soit honoré, nous avons reçu par lui grâce et mission d'Apôtre afin d'amener à l'obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. Vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 1, 18-24

Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l'action de l'Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l'ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». Tout cela arriva pour que s'accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

Homélie

Joseph, l’époux de Marie que saint Matthieu met aujourd’hui en scène apparaît souvent comme le grand oublié de l’histoire du salut. Et pourtant il a joué un rôle fondamental dans la venue du Fils de Dieu sur la terre. En outre, avec cette discrétion (qui est le plus souvent la marque des gens qui ont une grande profondeur humaine et spirituelle), Joseph a porté un magnifique témoignage de vie. Saint Joseph, le silencieux, l’effacé, éclaire singulièrement le « Mystère de Noël ». Il éclaire aussi nos relations humaines et familiales.

Saint Joseph nous est tout d’abord montré comme un homme juste.

On imagine volontiers sa souffrance et le cas de conscience qui se pose à lui lorsqu’il constate que Marie porte un enfant qui n’est pas de lui. Pourtant, parce qu’il est « juste » (au sens où il s’ajuste à la volonté du Seigneur) Joseph ne veut pas dénoncer Marie, ce qui aurait pour elle de graves conséquences. Il prend la décision de la « renvoyer en secret » comme s’il renonçait à ce mariage pour laisser Marie libre. Il ne condamne pas ce qu’il ne comprend pas. Il aime Marie et lui accorde encore un apriori favorable malgré les apparences qui sont contre elle. Ce faisant il voit et agit en juste, Lui, l’humble artisan de Nazareth, il sauve le sauveur et sa mère.

Ce fut sa manière à lui de donner la vie à Jésus.

Saint Joseph nous donne là une grande leçon : trop souvent en effet nous jugeons selon les apparences, nous dénonçons par médisance ou par calomnie sans souci du mal que nous pouvons faire ainsi.

Saint Joseph nous apprend le respect, la bienveillance, l’amour qui sauve et fait vivre. Il nous enseigne la « justesse » du regard qui cherche à comprendre et fait confiance.

Saint Joseph nous est aussi montré comme un homme de Foi. Comme tant être humain il faisait de beaux rêves, de beaux projets... Et puis soudain il comprend que rien ne sera comme prévu... Dieu s’adresse à lui dans un songe, lui offrant un destin inattendu, une place de choix dans l’histoire du salut. S’il refuse de croire à cette parole, il s’éloigne de Marie, refuse cet enfant avec un douloureux sentiment d’échec, il restera un inconnu. Par contre, s’il croit ce qui lui parait invraisemblable et s’il admet, lui aussi, que « rien n’est impossible à Dieu » il entre dans une aventure exceptionnelle. Il insère le Sauveur dans la lignée de David et lui donne le nom de Jésus.

Par lui, Jésus n’est pas aux yeux du monde le fils de l’infidélité, mais le Fils de Dieu, l’Emmanuel « Dieu avec nous » comme l’annonçait le prophète Isaïe. Dans un grand acte de foi, il choisit de prendre avec lui, Jésus et Marie. Il devient ainsi le père adoptif du Messie de Dieu.

En cela aussi, chers frères et sœurs, saint Joseph nous donne une grande leçon. Nos vies sont faites de choix difficiles. Il arrive que Dieu, à travers les évènements nous appelle à l’inattendu. Pas facile alors de choisir dans l’obscurité de la Foi. Pourtant nous découvrons par la suite que nous avons eu raison de faire confiance à la tendresse imaginative du Seigneur qui nous pousse plus loin que nos projets.

Chers frères et sœurs, l’Evangile de ce 4ème Dimanche de l’Avent nous aura donc fait comprendre qu’auprès de Jésus, Marie et Joseph ont eu chacun un rôle spécifique. Marie a mis au monde le Fils de Dieu, rôle inouï pour un évènement unique dans notre histoire humaine « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » dira Saint Paul.

Joseph, lui fut le père adoptif. Il faut savoir qu’à cette époque l’adoption était considérée comme une authentique paternité créant des liens aussi forts que la filiation charnelle. C’est pour cette mission qu’il a eu droit à « une annonciation » en bonne et due forme. « Joseph ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse ; l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit-Saint ». Joseph exercera sa responsabilité de père en donnant à l’enfant le nom de Jésus.

Jésus a donc été élevé par un homme et une femme, c’est entre eux deux qu’il a grandi, fait son apprentissage d’homme et s’est préparé à sa mission de Sauveur du monde. Auprès de Joseph, Jésus a fait l’expérience humaine du père. Dans l’Evangile il appelle Dieu son Père « Abba » équivalent de « papa », c’est aussi par ce nom qu’il appelait Joseph son père adoptif. Et lorsqu’il dira « qui d’entre vous si son fils lui demande du pain lui donnera une pierre » n’exprime-t-il pas indirectement son souvenir de la sollicitude affectueuse dont Joseph l’a entouré ? Qui pourra faire l’inventaire de tout ce que le Christ a reçu, a voulu recevoir de Joseph ?

A nous aussi, il peut apporter beaucoup. Confions-nous donc à sa puissante intercession.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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