Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 00:05

Lecture du livre de Malachie 3, 19-20

Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l'impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, déclare le Seigneur de l'univers, il ne leur laissera ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement.

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 3, 7-12

Frères, vous savez bien, vous, ce qu'il faut faire pour nous imiter. Nous n'avons pas vécu parmi vous dans l’oisiveté ; et le pain que nous avons mangé, nous n'avons demandé à personne de nous en faire cadeau. Au contraire, dans la fatigue et la peine, nuit et jour, nous avons travaillé pour n'être à la charge d'aucun d'entre vous. Bien sûr, nous en aurions le droit ; mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter. Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cette consigne : si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains parmi vous vivent dans l'oisiveté, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu'ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu'ils auront gagné.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 21, 5-19

Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n'en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : 'C'est moi', ou encore : 'Le moment est tout proche.' Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d'abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin ». Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines ; des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel.

Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l'on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom. Ce sera pour vous l'occasion de rendre témoignage. Mettez-vous dans la tête que vous n'avez pas à vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d'entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ».

Homélie

Les commentateurs de la Bible définissent les textes que nous venons d’entendre comme étant « eschatologiques ». Il s’agit d’un mot grec qui signifie « ce qui regarde les fins dernières de l’homme et du monde ».

Ces textes, en effet, attirent notre attention sur deux points importants : d’une part la Fin du Monde et d’autre par le Jugement de Dieu.

Tout d’abord saint Paul nous avertit que même si « la figure de ce monde doit passer », ce n’est pas là une raison pour ne rien faire et attendre les bras croisés qu’advienne le grand chambardement final. Au contraire le chrétien doit s’employer de toutes ses forces à améliorer et transformer ce monde. En fait, nous gagnerons l’éternité en gagnant honnêtement notre pain quotidien, en accomplissant avec le maximum d’amour notre devoir d’état. La perspective de la fin du monde ne doit pas être un prétexte à l’évasion ou à un faux désintéressement de cette vie d’ici-bas.

Il est vrai que nous devons attendre le Jour du Seigneur individuel ou collectif avec la meilleure préparation possible sans nous attacher à ce monde provisoire... Mais ne pas s’attacher à ce monde provisoire ce n’est pas le refuser ou lui tourner le dos.

La foi, ce n’est pas avoir peur de la fin du monde, ce n’est pas se comporter en découragé en se disant qu’il ne sert à rien de bâtir si tout vient à être détruit.

Croire ce n’est pas s’évader du temps présent pour s’installer dans l’au-delà par la rêverie ou l’imagination fantaisiste, sous les dehors de la religion. La foi nous pousse au contraire à employer chaque moment présent pour transformer le monde de telle manière que dans toutes ses dimensions culturelles, économiques ou politiques il puisse progresser de ce que Dieu veut pour le plus grand bien de tous. La foi nous pousse à aimer cette terre où s’accomplit notre sanctification, où nous construisons pierre par pierre c’est-à-dire par la succession de nos actes d’amour la maison éternelle que nous habiterons demain.

On fait souvent remarquer que les grands mystiques, ceux qui ont le cœur brûlé de l’amour de Dieu à tel point qu’ils se meurent de ne pas mourir, sont aussi les plus actifs, des gens qui ne boudent pas cette terre. D’ailleurs combien belle est l’image de notre pape Jean-Paul II embrassant la terre de chaque pays lorsqu’il arrivait pour une visite apostolique... Il voulait marquer par là son attachement et son acquiescement à poursuivre le combat pour la dignité et la liberté de tous les peuples de la terre.

Le deuxième point de notre méditation nous est fourni par l’Evangile. Pendant que les apôtres admirent le Temple de Jérusalem qui fait leur orgueil, Jésus regarde aussi cet endroit prestigieux, mais son regard outrepasse ces pierres et va au-delà de cet édifice religieux devenu lieu de commerce, de fausse dévotion et de gloire humaine...

Mais avons-nous pensé, frères et sœurs, que c’est ce même regard de Jésus qui se pose sur nous en ce jour, qui nous pénètre, qui nous scrute... Nous qui sommes des temples du Seigneur, nous qui présentons peut-être une façade ou des apparences, un jour nous serons détruits... Un jour viendra où les pierres de notre orgueil seront basculées, où les autels de nos idoles (l’argent par exemple) seront renversés, où les espaces de nos petits commerces et de nos profanations seront exterminés...

Au jour du Jugement, tout s’écroulera de ce qui n’est pas saint, tout sera brûlé de ce qui n’est pas pur, tout sera condamné de ce qui n’est pas juste. Il ne restera pas pierre sur pierre de l’édifice de nos vanités, de nos superficialités et de nos mondanités. Seuls pourront subsister le silence de nos prières et de notre foi, la paix de notre conscience droite, la douceur de notre amour, la victoire sur nos passions, la lumière de nos bonnes œuvres, le détachement de notre cœur, la transparence de la vérité en nous.

Oui, frères et sœurs, le Jugement du Monde vient. Et (comme saint Paul nous le rappelle avec vigueur dans sa 2ème lettre aux Corinthiens) tous nous devrons comparaitre à découvert « devant le tribunal du Christ pour que chacun retrouve ce qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en mal ».

En terminant notre méditation, contemplons de façon particulière la Très Sainte Vierge Marie qui fut le Temple de Dieu par excellence. Fixons-là du regard dans sa demeure définitive en Dieu dans la gloire. Elle est pour nous le Signe grandiose dont parle l’Apocalypse : signe de la lutte contre le démon, mais surtout signe de la victoire contre toutes les forces des ténèbres. Elle est donc de ce fait, un modèle et un soutien pour chacun de nous. Comme cette Mère bien-aimée nous serons un jour élevés dans la gloire, si nous savons chaque jour opposer notre refus à toute séduction du mal, si nous savons « trouver notre joie dans la fidélité à servir constamment le Créateur de tout bien ».

Amen. 

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 21:44

Lecture du second livre des Martyrs d'Israël 7, 1-2. 9-14

Sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiochus voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L'un d'eux déclara au nom de tous : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères ». Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle ». Après celui-là, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu'on le lui ordonna, et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C'est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de sa Loi je les méprise, et c'est par lui que j'espère les retrouver ». Le roi et sa suite furent frappés du courage de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes tortures. Sur le point d'expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie éternelle ».

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 2, 16-17 ; 3, 1-5

Frères, laissez-vous réconforter par notre Seigneur Jésus Christ lui-même et par Dieu notre Père, lui qui nous a aimés et qui, dans sa grâce, nous a pour toujours donné réconfort et joyeuse espérance ; qu'ils affermissent votre cœur dans tout ce que vous pouvez faire et dire de bien. Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et qu'on lui rende gloire partout comme chez vous. Priez pour que nous échappions à la méchanceté des gens qui nous veulent du mal, car tout le monde n'a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons pleine confiance en vous : vous faites et vous continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur vous conduise à l'amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 20, 27-38

Des sadducéens — ceux qui prétendent qu'il n'y a pas de résurrection — vinrent trouver Jésus, et ils l'interrogèrent : « Maître, Moïse nous a donné cette loi : Si un homme a un frère marié mais qui meurt sans enfant, qu'il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d'enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l'épouse, puisque les sept l'ont eue pour femme ? » Jésus répond : « Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection. Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : 'le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob'. Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui ».

Homélie

C’est une question capitale de la foi qui nous est posée par les lectures de ce dimanche, l’éternelle question qui divise les hommes : où sont-ils donc tous ces parents et amis défunts pour lesquels l’Eglise nous fait prier en ce mois de novembre ? Est-ce que tout est fini avec la mort ou bien y a-t-il une autre vie après cette vie ?

C’est une question que notre civilisation, il faut bien le reconnaître s’efforce de camoufler, d’escamoter par tous les moyens alors même que la radio, la télévision et la presse, la rendent quotidienne en nous annonçant qu’il y a en tant et tant au cours d’une guérilla, dans un accident d’avion, ou un tremblement de terre...

Nous connaissons tous cette formule célèbre d’un poète contemporain : « Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas... »

- L’évangile nous montre qu’au temps même de Jésus, certains juifs pratiquants ne croyaient pas à la résurrection des morts et la tournaient en ridicule... Aujourd’hui encore les sondages montrent qu’une bonne proportion de ceux qui se disent chrétiens n’y croit pas non plus...

- La première lecture, au contraire, nous montre la foi admirable des juifs persécutés deux siècles environ avant Jésus : c’est déjà la foi en la résurrection : « Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas... » Eternelle question qui nous est posée à nous aussi : où sont-ils donc les parents et amis qu’on aimait tant ! La réponse c’est le cœur même de la foi chrétienne, c’est l’essentiel du christianisme. La réponse c’est la foi en Jésus ressuscité et en sa Parole : « Celui qui croit en moi fut-il mort vivra ».

Souvent on demande : en quoi les chrétiens sont-ils différents : « Ils ne sont pas meilleurs que les autres », dit-on et c’est souvent vrai, hélas ! Le chrétien est différent des autres par sa foi en Jésus ressuscité et donc par sa foi en la résurrection des morts promises par Jésus et cette différence capitale rejaillit sur toute sa façon de vivre.

Celui qui croit au ciel ne peut pas vivre comme celui qui n’y croit pas.

Celui qui croit, en Jésus vivant, ressuscité, celui qui croit en la vie éternelle au-delà de la mort, celui qui croit au ciel, celui-là vit autrement sur la terre, car il sait que la vie sur la terre est un pèlerinage dont le but est ailleurs. Il sait, celui-là, que le trésor, ce qu’il faut garder coûte que coûte et même augmenter, ce qu’il faut accumuler, ce n’est pas l’argent, ce n’est pas le pouvoir, ce ne sont pas les honneurs, c’est l’Amour, l’amour désintéressé, l’amour qui s’oublie, qui se sacrifie, qui pardonne et reconstruit l’amour qui partage, l’amour don de soi au pauvre, à l’étranger, envers l’ennemi même... C’est l’amour qui sauve sans jamais tuer, l’amour qui fait vivre, l’amour pur, noble, juste doux et pacifique. Bref, l’amour selon les Béatitudes.

C’est cela, frères et sœurs, la valeur suprême : c’est l’amour même dont Jésus nous a aimés... C’est cela qui fait vivre, qui nous fait vivre déjà ici bas à la manière de Jésus, c'est-à-dire de la vie divine, de la vie éternelle. Car la vie éternelle est déjà commercée, pour celui qui croit au ciel, et il en vit, dès cette terre, jour après jour. Et quand vient pour lui la dernière heure, ce n’est pas tant de sa mort qu’il faut parler, mais de sa naissance au ciel, de son passage en Dieu, vers la vie éternelle où tout l’amour de son cœur va s’épanouir en Dieu.

Oui, pour celui qui croit au ciel, la mort n’est qu’un passage : une Pâque vers la Résurrection. Où sont-ils donc les parents, les amis qu’on aimait tant ? Ils sont en Dieu, dans toute la mesure où ils ont aimé à la manière de Jésus et cru en sa Parole : « Celui qui croit en moi, fut-il mort vivra... » Après la purification nécessaire, que les messes célébrées pour eux peuvent hâter, ils vivent dans le cœur de Dieu, de la vie de son Esprit. C’est l’amour de Dieu et des frères dont leur cœur est rempli qui les fait vivre et les fait vivre dans une joie indicible, une joie parfaite qui n’a rien de comparable avec les joies de la terre.

« Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas ».

- D’un côté la maman admirable de foi avec ses sept fils, méprisant la mort,

- De l’autre les Saducéens sceptiques...

Qu’en est-il pour nous ? Serions-nous gagnés par l’ambiance qui nous entoure où l’on escamote la mort parce qu’on ne croit pas au ciel ?

L’Eglise nous demande d’être chaque jour les témoins d’une vie autre que celle d’ici-bas. Ce dimanche nous rappelle qu’un chrétien c’est celui qui a choisi de croire au ciel et qui vit en conséquence, faisant de toute sa vie comme un apprentissage de la vie éternelle. Une préparation, une pré-adaptation à la vie éternelle

Cette foi qui espère, l’Eucharistie va une fois de plus nous la faire célébrer, comme elle va aussi la réveiller, la nourrir et la fortifier.

Puisse notre communion au sacrifice du Christ faire grandir en nous la grâce de notre baptême qui est, ne l’oublions pas, germe de vie éternelle et gage de Résurrection pour notre corps. Et que notre prière s’inspire de cette belle oraison qu’on trouve dans la Liturgie Monastique des Heures :

« Seigneur, Dieu des Vivants, par le Christ, Vainqueur de la mort tu nous appelles à une vie sans déclin. Fais de nous tes fils et les héritiers de la Résurrection pour que nous puissions avec les anges contempler et louer ta gloire à jamais. Amen ».

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 09:05

Lecture du livre de la Sagesse 11, 23 – 12, 2

Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu'ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n'as de répulsion envers aucune de tes œuvres, car tu n'aurais pas créé un être en ayant de la haine envers lui. Et comment aurait-il subsisté, si tu ne l'avais pas voulu ? Comment aurait-il conservé l'existence, si tu ne l'y avais pas appelé ? Mais tu épargnes tous les êtres, parce qu'ils sont à toi, Maître qui aimes la vie, toi dont le souffle impérissable anime tous les êtres. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu'ils se détournent du mal, et qu'ils puissent croire en toi, Seigneur.

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 1, 11 – 2, 2

Frères, nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous trouve dignes de l'appel qu'il vous a adressé ; par sa puissance, qu'il vous donne d'accomplir tout le bien que vous désirez, et qu'il rende active votre foi. Ainsi, notre Seigneur Jésus aura sa gloire en vous, et vous en lui ; voilà ce que nous réserve la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.

Frères, nous voulons vous demander une chose, au sujet de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l'on nous attribue une révélation, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n'allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 19, 1-10

Jésus traversait la ville de Jéricho. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d'impôts, et c'était quelqu'un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n'y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l'interpella : « Zachée, descends vite : aujourd'hui il faut que j'aille demeurer dans ta maison ». Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur ». Mais Zachée, s'avançant, dit au Seigneur : « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus ». Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham. En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».

Homélie

Pour comprendre le Message qui nous est adressé par cet Evangile de la conversion de Zachée, il nous faut fixer notre attention sur le regard des différents personnages qui sont mis en scène par saint Luc. Ce regard revêt une importance particulière et peut nous aider à réfléchir sur le regard que nous-mêmes portons sur les autres.

- Il y a d’abord le regard de Zachée qui cherchait « à voir » qui était Jésus et n’y arrivait pas. En cet homme, en ce collecteur d’impôts qui était un pécheur notoire, à la fois voleur de ses frères et collaborateur avec l’occupant, en cet homme méprisé il y avait donc un certain désir. L’indifférence et le matérialisme n’étouffent pas toujours l’aspiration à autre chose et voilà Zachée qui court et grimpe sur un sycomore pour voir Jésus. Regard de simple curiosité ?? Peut-être, mais surtout quête obscure d’un homme qui cherche dans la nuit et ne veut pas être vu.

- Il y a ensuite le regard de Jésus sur Zachée, « Arrivé à cet endroit Jésus leva les yeux ». Quelle chose extraordinaire ! Jésus vient d’entrer dans l’opulente cité de Jéricho. Il vient de guérir l’aveugle Bartimée, il est accompagné d’une foule nombreuse et voilà que dans cette ville magnifique et fabuleuse, il n’y a qu’un seul homme qui compte : le publicain Zachée. Jésus n’a d’yeux que pour lui. Zachée a beau être détesté de tout le monde : Jésus, lui regarde autrement. Son regard n’est pas attiré par les bien-pensants, les riches et les puissants, mais par les pécheurs. C’est pour eux qu’il est venu. La 1ère lecture, d’ailleurs nous l’a fait pressentir : « Seigneur tu as pitié de tous les hommes parce que tu peux tout, tu fermes les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent ».

En Zachée, Jésus voit celui qui n’est pas heureux dans sa ville parce qu’il n’est pas aimé, celui qui cherche, celui qui a dans son cœur un désir essentiel. Le regard de Jésus discerne en Zachée le saint qu’il est appelé à devenir. Alors il s’invite chez lui, car l’amour fait toujours les premiers pas : « Descends vite ; aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi ».

- Dans cet Evangile, il y a aussi le regard de la foule sur Zachée : c’est un regard de réprobation et de condamnation. Dans un murmure qui rappelle celui du peuple Juif contre Moïse, Jésus est désavoué poussé donc « Il est allé loger chez un pécheur ». La foule, en fait, n’accepte pas le visage de Dieu qui transparaît dans l’attitude de Jésus.

- Il y a enfin le regard de Zachée lorsqu’il est avec Jésus dans sa maison. C’est un regard qui change, voici en effet que des mots nouveaux apparaissent sur ses lèvres : « Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens ». Lui, qui était si avide d’argent, voici qu’il pense aux pauvres. Vraiment, son regard sur les autres n’est plus du tout le même. C’est un regard chargé d’amour, un regard fraternel. Les autres, il craint maintenant de leur avoir fait du tort, car désormais il voit en eux des frères.

- Mais c’est aussi son regard sur lui-même qui a changé : « Si j’ai fait du tort ». Son regard est devenu humble parce que lucide. Sous le regard miséricordieux de Jésus, Zachée se voit tel qu’il est, mais il n’est pas désespéré, car il se sait pardonné : il est même tout joyeux : désormais sa joie c’est de rendre au lieu de prendre, de donner au lieu de voler. En accueillant Jésus dans sa maison Zachée l’a reçu aussi dans son cœur. Jésus a comblé son désir le plus secret bien au-delà de tout ce qu’il pouvait imaginer.

- On peut percevoir dans les dernières lignes de ce récit évangélique si émouvant la joie profonde de Jésus. Car la conversion de Zachée est comme un signe de sa mission : cet homme qui était rejeté par tous les habitants de Jéricho, cet homme qui était perdu aujourd’hui, le voilà sauvé.

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, à partir de cet Evangile, chacun et chacune d’entre nous peut se dire ceci : aujourd’hui, Jésus me regarde avec amour. Il veut par sa grâce transformer mon regard sur les autres, en me les faisant voir comme lui les voit, c’est-à-dire comme des fils de Dieu aimés de lui.

Aujourd’hui Jésus me presse de descendre : « Descends vite, car il faut que j’aille demeurer chez toi... » Oui, descends vite de ta façon de penser, de ton mode d’agir, de ton orgueil résistant, de tes possessions accaparantes... Fais le vide en ton cœur et je l’emplirai de mon amour, de ma vie divine... Le jour où tu me possèderas, moi ton Sauveur et ton Dieu, tu seras heureux.

Puisse la Vierge Marie, médiatrice de toutes les grâces nous aider à accueillir pleinement ce message de libération, de miséricorde et de salut.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 23:05

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage 35, 12-14 16-18

Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l'opprimé. Il ne méprise pas la supplication de l'orphelin, ni la plainte répétée de la veuve. Celui qui sert Dieu de tout son cœur est bien accueilli, et sa prière parvient jusqu'au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées ; tant qu'elle n'a pas atteint son but, il demeure inconsolable. Il ne s'arrête pas avant que le Très-Haut ait jeté les yeux sur lui, prononcé en faveur des justes et rendu justice.

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 4, 6-8 16-18

Me voici déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire.

La première fois que j'ai présenté ma défense, personne ne m'a soutenu : tous m'ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu'au bout l'Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. J'ai échappé à la gueule du lion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu'on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18, 9-14

Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain. Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.' Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !' Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé ».

Homélie

Pour bien vous montrer l’attitude fondamentale qui doit être la nôtre devant Dieu, en tout temps et en toute circonstance, mais surtout quand nous prions Jésus a imaginé ce tableau vivant où l’on voit deux hommes particulièrement représentatif de leur milieu : un pharisien et un publicain qui se dirigent vers le Temple pour prier.

Les pharisiens, vous le savez, constituaient au temps de Jésus l’élite intellectuelle et religieuse du peuple juif. Ils étaient de fidèles observateurs de la Loi de Dieu. Ils pratiquaient le jeûne et versaient aux prêtres le dixième de leurs revenus. Ils avaient le souci d’être en règle avec Dieu et aussi, sans doute, avec le prochain. Aux yeux de tous, ils étaient des « bien pensants » et « des bons pratiquants ».

Les publicains, au contraire, en prenaient vraiment à leur aise avec les prescriptions de la loi. Agents du fisc, ils rançonnaient le peuple et travaillaient pour les Romains qui occupaient le pays. C’étaient des pécheurs publics.

Regardons-les bien ces deux hommes qui viennent d’entrer dans le Temple : le pharisien qui s’est mis bien en vue, la tête haute et le publicain qui dans son coir baisse la tête et soyons très attentifs aux sentiments qu’ils expriment...

Que dit-il donc le pharisien dans sa prière ? Il ne parle que de lui-même avec suffisance et il se vante devant Dieu de toutes ses pratiques et observances. Il dit sans cesse « je ». Je ne suis pas comme les autres hommes. Je jeûne, je verse la dîme... Ce n’est pas Dieu qu’il contemple, c’est lui, c’est sa propre excellence. Et voici que non content de se vanter, cet orgueilleux méprise aussi les autres : même devant Dieu, même dans sa prière. Il calomnie et accuse les autres d’être voleurs, injustes, adultères !

Le pharisien est celui qui met en lui-même toute sa confiance : il a fait tout ce qu’il fallait, il a évité le péché, il est plein de mérites, il a droit à la récompense et, en toute bonne conscience, il prend Dieu à témoin de ses efforts et de sa vertu mais, en réalité, il se ferme à Dieu dont il a peur et dont les exigences l’obligeraient à se convertir.

C’est cette attitude hypocrite que Jésus a en horreur et qu’il n’a cessé de dénoncer avec la plus grande fermeté tout au long de l’Evangile.

Cette attitude, sous des apparences de pratique religieuse est en réalité une fuite de Dieu, une fermeture, une suffisance. Cette attitude défigure Dieu en fait, car Dieu seul est le créateur et lui seul nous recrée par son amour, nous rendant ainsi capables de le servir. Un tel comportement de la part du pharisien fait mentir la parole de Jésus « sans moi vous ne pouvez rien faire ».

Que peut-on attendre de Dieu quand on est ainsi plein de soi-même et fermé aux autres ?

« Sans moi vous ne pouvez rien faire ». Il en a bien conscience ce publicain qui se tient à distance ; il ne sait que trop qu’il est un collaborateur qui trafique avec l’occupant romain et s’enrichit sur le dos de ses concitoyens. Il le sait, il le reconnaît devant Dieu et voilà pourquoi sa prière est vraie. Devant Dieu, il ne porte pas de masque, il ne dissimule pas la vérité, il se présente comme il est. C’est du fond de sa misère qu’il crie « Mon Dieu prends pitié du pécheur que je suis ». Et précisément c’est ce dégoût de lui-même, cette blessure secrète, cette ouverture à Dieu qui le sauve. En fait, il n’a rien à offrir à Dieu que sa misère et sa détresse. Telle est l’attitude vraie de l’homme devant Dieu : celle qui permet à Dieu d’agir en lui, de le guérir, de le combler, de le rendre juste et saint. Parce qu’il s’est abaissé Dieu le relève, parce qu’il s’est reconnu pécheur, Dieu lui pardonne : la prière du pauvre, la prière de celui qui a le cœur brisé, cette prière traverse les nuées, elle touche le cœur de Dieu.

Nous l’aurons compris, frères et sœurs : Jésus, en brossant ce tableau veut nous mettre en garde contre le danger du pharisaïsme qui nous guette tous.

Ne nous arrive-t-il pas, en effet, une fois ou l’autre, de nous vanter, d’attribuer à nos mérites d’avoir telle vertu ou de ne pas avoir tel défaut. Il nous arrive même de ne pas voir nos défauts et nos péchés, de nous croire meilleurs que les autres et peut-être de les juger et de les condamner ?

Si nous faisions plus souvent et plus attentivement notre examen de conscience, le nôtre (et pas celui des autres) nous constaterions en toute vérité, en toute honnêteté, que nous sommes loin d’être parfaits et nous aurions alors vis-à-vis de Dieu l’attitude du publicain qui se reconnaît pécheur. Etant humbles vis-à-vis de Dieu nous serions plus facilement humbles vis-à-vis des autres.

Celui qui cultive cette vertu reconnaît certes, qu’il a des qualités, (car l’humilité c’est la vérité) mais il n’a pas prétention de s’en attribuer le mérite : il pense et il dit comme saint Paul « c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ».

Etant vide de lui-même il peut tout recevoir de Dieu et se mettre entièrement à sa disposition, il se laisse guider, il laisse Dieu agir en lui et à travers lui.

Jésus conclut la parabole du pharisien et du publicain par ces paroles : « Celui qui s’abaisse sera élevé ». La seule élévation que nous puissions ambitionner c’est la sainteté et nous n’y parviendrons que dans la mesure où nous progresserons dans l’humilité.

« On n’avance jamais beaucoup, nous dit sainte Thérèse d’Avila, si on ne se décide pas à être humble. Manquer de cette vertu c’est tout perdre ».

Saint Augustin, lui, emploie une comparaison très suggestive : « Nous voulons construire un édifice très élevé, alors pensons aux fondements de l’humilité. Quand on creuse les fondations on descend. Avant de s’élever on doit s’abaisser ».

Retenons bien tous ces enseignements, chers frères et sœurs, et en faisant passer notre prière par Marie, modèle incomparable d’humilité, supplions le Seigneur de nous soutenir et de nous fortifier par sa grâce, car sans lui, on ne le redira jamais assez, « sans lui, nous ne pouvons rien faire ».

Amen. 

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 23:05

Lecture du livre de l'Exode 17 ? 8-13

Le peuple d'Israël marchait à travers le désert. Les Amalécites survinrent et l'attaquèrent à Réphidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main ». Josué fit ce que Moïse avait dit : il livra bataille aux Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s'alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s'assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre. Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu'au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au tranchant de l'épée.

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 3, 14 – 4, 2

Fils bien-aimé, tu dois en rester à ce qu'on t'a enseigné : tu l'as reconnu comme vrai, sachant bien quels sont les maîtres qui te l'ont enseigné. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les textes sacrés : ils ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Tous les textes de l'Écriture sont inspirés par Dieu ; celle-ci est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l'homme de Dieu sera bien armé, il sera pourvu de tout ce qu'il faut pour un bon travail. Devant Dieu, et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, je te le demande solennellement, au nom de sa manifestation et de son règne : proclame la parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d'instruire.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18, 1-8

Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : "Rends-moi justice contre mon adversaire." Longtemps il refusa ; puis il se dit : "Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m'ennuyer : je vais lui rendre justice pour qu'elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête." Le Seigneur ajouta : Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice ! Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu'il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »

Homélie

Il est une vérité que nous ne devrions jamais oublier : à savoir que tout ce que nous faisons dans l’ordre surnaturel c’est Dieu qui nous donne de pouvoir le faire. De cette vérité, Moïse était profondément convaincu, lui qui persévérait dans la prière tandis que Josué combattait dans la plaine, car la prière ne dispense pas d’agir.

« Laisser tomber les bras » : voilà une expression que nous employons encore pour parler de quelqu’un qui n’y croit plus, qui renonce : il a baissé les bras ! Moïse n’a pas baissé les bras : il a tenu bon dans la foi, il a persévéré dans la prière jusqu’au bout.

Aussi, à travers ce geste de Moïse, c’est la question de la foi, qui, en fait nous est posée : sur qui comptons-nous ? Sur Dieu ou seulement sur nous-mêmes, nous estimant assez forts, suffisants, pour nous passer de Lui ?

C’est tout le sens de la question de Jésus, étrange en vérité, qui termine l’Evangile d’aujourd’hui : « Mais le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

A voir la proportion des baptisés qui fréquentent les églises chaque dimanche, la question se pose en effet. Et nous-mêmes, dans nos journées, quelle place laissons-nous à la prière ? Avons-nous au moins un rendez-vous quotidien et assez long avec le Seigneur ? Oh, je sais bien, l’excuse qu’on se donne : « Je n’ai pas le temps ».

Ayons plutôt la loyauté de reconnaître : « Je ne sais pas prendre le temps ».

Car prier, voyez-vous, c’est d’abord comme disait si bien un auteur spirituel : « brûler du temps pour Dieu », c’est lui réserver une partie de notre temps parce que nous avons conscience que c’est capital pour notre vie chrétienne qui est essentiellement une vie de Foi, d’Espérance et d’Amour.

Quand on aime quelqu’un ne prend on pas du temps pour demeurer avec lui, l’écouter, lui parler, lui exprimer notre affection ou notre amitié ? La prière est ce rendez-vous avec Dieu, elle nous rend présents à Dieu, elle nous expose au rayonnement de son Amour comme on s’expose au soleil. Au milieu de l’agitation trépidante de notre vie, la prière est un bain de silence qui permet une décantation de nous-mêmes, comme une eau qui se clarifie au repos, et alors, oui nous pouvons entendre Dieu qui nous parle tout doucement à l’intime du cœur. Son esprit qui est l’Esprit de Vérité nous envahit et peu à peu nous communions à sa pensée sur toutes choses, sur le monde, sur les autres et sur nous-mêmes, nous communions à son désir qui est de sauver tous les hommes et cela fortifie en nous l’esprit missionnaire.

La prière, surtout si elle est contemplative, si elle est un long face à face, clarifie notre regard, apaise notre cœur le remplit d’un véritable amour pour nos frères : elle fortifie aussi notre volonté pour les servir. Oui, en vérité la prière est une grande chaîne d’amour qui nous relie à Dieu et à nos frères.

Il nous faut bien comprendre aussi, chers frères et sœurs, que la prière, c’est ce qui permet au Seigneur d’agir en nous et par nous : ce qui lui permet d’agir en nous, car Dieu n’attend que notre appel, pour nous répondre en comblant notre cœur de sa lumière, de son amour, de sa force. Il n’ignore pas, certes, que nous en avons besoin, mais il veut que nous le lui demandions, reconnaissant par là qu’il est le Maître, mais surtout qu’Il est notre Père, un Père très aimant, infiniment bon.

La prière c’est aussi ce qui permet à Dieu d’agir par nous, car c’est grâce à elle que nous devenons de plus en plus malléables, disponibles, capables de dire comme Marie, la Grande Priante : « qu’il me soit fait selon ta Parole ».

Vous avez remarqué que l’Evangile de ce dimanche est une pressante invitation à la persévérance dans la prière. En nous donnant l’exemple de cette veuve importune à qui le juge excédé finit par rendre justice, Jésus veut nous rappeler avec force que l’efficacité de notre prière est à la mesure de notre foi. Une prière qui se prolonge, qui se fait insistante a finalement raison du Cœur de Dieu.

Le saint Curé d’Ars le disait d’une manière un peu paradoxale : « Je connais quelqu’un qui est plus fort que Dieu, c’est l’homme de prière, il fait dire à Dieu OUI lorsqu’il a dit NON ».

Cela ne veut pas dire que Dieu va exaucer nos prières aussitôt que nous les aurons formulées… Dieu n’est pas un distributeur automatique. Ce silence de Dieu parfois nous scandalise, souvent nous décourage… Pourquoi notre Père du Ciel est-il si peu pressé tandis que nous le supplions de faire vite en toutes nos prières ?

Nous ne pouvons pas pénétrer la pensée du Seigneur pour connaître le secret de sa patience et percer le mystère de son retard sur notre impatience. Mais ne savons-nous pas, par expérience, que ce que nous demandons à Dieu sur un coup de tête ou dans un accès de fièvre n’est pas toujours le meilleur. Il faut souvent l’érosion du temps pour décaper nos fausses générosités et nos petits calculs aux apparences de piété. Heureusement Dieu ne nous prend pas toujours au mot. Où en serions-nous si tous nos caprices d’enfants avaient été exaucés ?

Devant Dieu ne sommes-nous pas tous comme des plantes : pour pouvoir grandir jusqu’à êtres capables de donner des fleurs et des fruits, les plantes ont besoin du rythme des saisons, de l’alternance du soleil et de la pluie, de l’été et de l’hiver et même des rafales du vent. Que deviendrait un germe qui refuserait toute épreuve au cours de sa croissance et voudrait exiger la récolte au lendemain des semailles ?

Il faut donc, chers frères et sœurs, que notre attitude de priants soit toute de patience, d’humilité, d’abandon à Dieu et à sa Sainte Volonté. Si parfois Dieu semble faire la sourde oreille, gardons-nous bien de nous décourager !

Frappons à sa porte avec encore plus d’insistance, afin de recevoir ses dons avec gratitude, même s’ils ne correspondent pas exactement à ce que nous aurions souhaité. N’oublions jamais que Dieu est un Père plein de tendresse qui nous aime infiniment : il sait beaucoup mieux que nous ce qui nous convient… En réalité, la vraie prière ne devrait être qu’abandon à Dieu, acceptation amoureuse de sa volonté… Si nous prions, c’est pour obtenir que le « OUI » de Jésus à Gethsémani devienne le nôtre… « Oui Père que ta volonté soit faite et non la mienne ».

Autrement dit prier avec persévérance c’est se livrer tout entier à l’amour du Père à l’exemple de Jésus et de Marie. Mais n’est-ce pas, dites-moi, l’essentiel de notre vocation chrétienne : qui est de communier dès ici-bas par la Foi et la Charité à la Vie du DIEU AMOUR en attendant de la posséder un jour, cette vie divine dans les splendeurs de la GLOIRE !

Amen !

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 23:05

Lecture du second livre des Rois 5, 14-17

Le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu'au Jourdain et s'y plongea sept fois, pour obéir à l'ordre du prophète Élisée ; alors sa chair redevint semblable à celle d'un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l'homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Je le sais désormais : il n'y a pas d'autre Dieu, sur toute la terre, que celui d'Israël ! Je t'en prie, accepte un présent de ton serviteur ». Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n'accepterai rien ». Naaman le pressa d'accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c'est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d'autres dieux qu'au Seigneur Dieu d'Israël ».

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 2, 8-13

Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : il est ressuscité d'entre les morts, voilà mon Évangile. C'est pour lui que je souffre, jusqu'à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n'enchaîne pas la parole de Dieu ! C'est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu'ils obtiennent eux aussi le salut par Jésus Christ, avec la gloire éternelle. Voici une parole sûre : « Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous sommes infidèles, lui, il restera fidèle, car il ne peut se rejeter lui-même ».

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc 17, 11-19

Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous ». En les voyant, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres ».

En cours de route, ils furent purifiés. L'un d'eux, voyant qu'il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c'était un Samaritain. Alors Jésus demanda : « Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n'y a que cet étranger ! Jésus lui dit : Relève-toi et va : ta foi t'a sauvé ».

Homélie

Au temps de Jésus la lèpre était ce mal implacable dont on ne guérit pas : mal horrible, repoussant, qui déforme et défigure, mal mystérieux qui fait peur, que le médecin est impuissant à guérir, mal, dont instinctivement on s’écarte, car on le croyait contagieux. Bref, le lépreux, au temps de Jésus c’est un paria mis au banc de la société. Il vit à l’écart des villages et doit prévenir de sa présence chaque fois qu’il s’approche des lieux habités afin que tous puissent s’enfuir. La lèpre c’est vraiment le fond de la misère humaine. Comme on comprend alors le cri des 10 lépreux : « Jésus, Maître aie pitié de nous ! »

En les guérissant Jésus montre à la fois sa puissance miraculeuse et sa bonté pour les plus malheureux.

En leur enjoignant de se montrer aux prêtres pour que la guérison soit officiellement constatée, il les réinsère dans la communauté des hommes.

Cependant l’Evangile ne nous dit pas qu’ils furent guéris mais qu’ils furent « purifiés ». C’est que la lèpre dans la Bible, n’est pas seulement une maladie du corps. Le lépreux est un être mystérieusement frappé par Dieu et cette maladie semble la punition d’une faute. La lèpre est ainsi le symbole du péché, ce mal de l’âme qui défigure en nous l’image de Dieu et qui nous ronge en nous conduisant à la mort, ce mal que l’homme ne sait pas guérir.

La lèpre tout comme le péché, Dieu seul les guérit. En guérissant les 10 lépreux Jésus se manifeste donc avec la puissance même de Dieu, de Dieu, venu sur terre pour guérir et sauver tous les hommes : tous les hommes et pas seulement les fils d’Israël, tous les hommes, même ces Samaritains que les Juifs détestaient. Oui, tous peuvent être purifiés à condition qu’ils aient foi en Jésus : « relève-toi et va, ta foi t’a sauvé... »

Un seul à vrai dire, est arrivé jusque là ; certes, les 10 sont guéris pendant qu’ils sont en chemin, mais un seul est « sauvé ». Un seul retourne vers Jésus, c’est le mouvement même de la conversion. Un seul revient pour remercier. Alors que les 9 autres ont saisi jalousement leur guérison comme une proie, pressés d’aller vers les prêtres, impatients d’être réintégrés dans la société, leur famille, leurs amis. Seul le Samaritain, c'est-à-dire le pauvre, l’hérétique, l’étranger, prend le temps de remercier : il ne se contente pas de recevoir le bienfait qu’il a demandé dans sa prière. Au-delà de la puissance qui l’a soulagé, c’est le visage de Jésus qu’il veut retrouver, c’est le mystère de sa personne qu’il désire contempler. Il entre avec Jésus dans une relation nouvelle de gratuité, de louange, d’action de grâces.

Seul ce Samaritain est parvenu à la foi : sa guérison corporelle est le signe d’une autre guérison plus profonde : la guérison du cœur, la guérison de son être intérieur. Par la Foi, il y a reçu un cœur nouveau, non plus un cœur avide qui demande des bienfaits, mais un cœur libéré et reconnaissant. Il s’est élevé du bienfait jusqu’à son bienfaiteur. Dieu n’est plus pour lui le moyen d’obtenir ce qu’il désire, Dieu est devenu le but, l’objet même de son désir. « Ta Foi t’a sauvé ». Et Jésus de souligner qu’il y a plus de foi chez cet étranger que chez les 9 autres pourtant tous fils d’Israël.

Frères et sœurs, nous avons vu dans la 1ère lecture que Naaman, grand Général de l’armée de Syrie a fait la même expérience. Le prophète Elisée se borne à lui dire « descends au Jourdain, plonge-toi 7 fois et tu seras purifié ». Naaman est furieux : est-ce que les fleuves de son pays ne valent pas le Jourdain ? Il lui faudra rejeter son orgueil et croire en toute simplicité à la parole du prophète, car le don de Dieu ne s’achète pas avec des cadeaux. Alors, dit la Bible, sa chair redevint comme celle d’un petit enfant, mieux encore c’est un cœur d’enfant que Naaman avait retrouvé, un cœur humble prêt à croire Dieu sur parole. Naaman est ainsi la figure du Baptême qui nous purifie de la lèpre du péché.

Il importe également, frères et sœurs, de biens comprendre ceci : quand Luc dans l’Evangile nous rapporte la parole de Jésus aux 10 lépreux : « allez vous montrer aux prêtres », c’est à des chrétiens qu’il s’adresse et, bien qu’il soit médecin, il ne veut pas parler alors de la lèpre du corps mais du péché qui ronge en nous la vie de Dieu et peut aller jusqu’à la détruire. Oui, allez vous montrer aux prêtres pour découvrir votre mal, dire votre péché et vous serez purifiés : vous serez pardonnés.

Le prêtre dans le Sacrement de Pénitence (ou de réconciliation) n’est-il pas le dépositaire de cette puissance de Dieu qui purifie du péché ? Encore faut-il dans un acte de foi, aller vers lui qui tient la place du Christ avec des sentiments de profonde contrition et de ferme propos et lui découvrir son mal, pour être guéri.

Frères et sœurs, celui qui accomplit cet acte de conversion, de retour à Dieu et obtient dans la confession sacramentelle la guérison de sa âme, trouve alors la joie, la joie du pardon et de la paix et il rend grâce comme le lépreux de l’Evangile revenu vers Jésus.

Pour conclure, je voudrais vous dire ceci : pour remercier il faut avoir un cœur de pauvre conscient d’avoir tant reçu.

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » dit saint Paul. Pouvons-nous dire que c’est notre cas, que nous avons cette humilité-là ?

Saint Paul exhortait souvent les premiers chrétiens « à vivre dans l’action de grâces ». L’action de grâces doit être le climat normal, habituel de celui qui se sait aimé de Dieu et sauvé par Jésus-Christ. C’est pourquoi, une fois de plus nous allons célébrer dans l’Eucharistie l’action de grâce par excellence à laquelle nous unissons la nôtre : celle du Christ à son Père.

Que Marie, la Vierge du Magnificat nous aide à faire de toute notre vie, constamment centrée sur l’Eucharistie et alimentée par l’Eucharistie, une action de grâces permanente à la gloire de la Très Sainte Trinité.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 23:05

Lecture du livre d'Habacuc 1, 2-3. 2, 2-4

« Combien de temps, Seigneur, vais-je t'appeler au secours, et tu n'entends pas, crier contre la violence, et tu ne délivres pas ! Pourquoi m'obliges-tu à voir l'abomination et restes-tu à regarder notre misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent. Je guetterai ce que dira le Seigneur ». Alors le Seigneur me répondit : « Tu vas mettre par écrit la vision, bien clairement sur des tablettes, pour qu'on puisse la lire couramment. Cette vision se réalisera, mais seulement au temps fixé ; elle tend vers son accomplissement, elle ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, à son heure.

Celui qui est insolent n'a pas l'âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité ».

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 1,6-8. 13-14

Fils bien-aimé, je te rappelle que tu dois réveiller en toi le don de Dieu que tu as reçu quand je t'ai imposé les mains. Car ce n'est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de raison. N'aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n'aie pas honte de moi, qui suis en prison à cause de lui ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l'annonce de l'Évangile. Règle ta doctrine sur l'enseignement solide que tu as reçu de moi, dans la foi et dans l'amour que nous avons en Jésus Christ. Tu es le dépositaire de l'Évangile ; garde-le dans toute sa pureté, grâce à l'Esprit Saint qui habite en nous.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17, 5-10

Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait.

Lequel d'entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : 'Viens vite à table' ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : 'Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour.' Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d'avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n'avons fait que notre devoir' ».

Homélie

« Seigneur, augmente en nous la Foi ». Cette prière des apôtres nous pouvons la faire à notre tour car notre foi, reconnaissons-le, est, souvent chancelante, ébranlée par tout ce que nous voyons et entendons. Les doutes nous assaillent parfois : tant de gens autour de nous vivent comme si Dieu n’existait pas. Pour eux, la foi n’est qu’une illusion dont il faut se libérer et leurs réflexions rejoignent quelquefois nos propres doutes. Oui, l’incroyance moderne est contagieuse et beaucoup sont atteints par ce virus.

« Seigneur préserve notre foi ! Augmente en nous la Foi ! » Mais écoutons la réponse de Jésus : « La Foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : déracine-toi et va te planter dans la mer et il vous obéirait ».

Par cette image volontairement forcée, Jésus veut nous faire comprendre que si la foi est un don de Dieu, une grâce, elle dépend aussi de nous. « Si vous en aviez gros comme une graine de moutarde » (qui est plus petite qu’une tête d’épingles) ! Oui il dépend de nous d’avoir et de garder la foi, même quand c’est dur, même dans des situations impossibles. Et cela nous arrive à tous n’est-ce pas, d’être affrontés une fois ou l’autre à des situations impossibles et désespérantes : on ne sait plus comment s’en sortir, on est au pied du mur, c’est le noir complet.

Eh bien ! Frères et sœurs, Jésus nous affirme qu’avec un peu de foi véritable, l’impossible peut avoir lieu, le miracle peut se produire. Avoir la foi gros comme une graine de moutarde c’est d’abord se dire : non Dieu ne veut pas mon malheur ! Il ne peut pas me vouloir du mal, car il m’aime. Même si toutes les apparences sont contraires, je persiste à croire à l’amour de Dieu pour moi. Avoir la foi doit dépasser les apparences. Et c’est affaire de volonté.

Dans ces belles prières de la Bible que sont les Psaumes on trouve de nombreux appels de détresse où l’homme en proie à la souffrance ou face à un très grand péril se met à interpeller Dieu de toutes ses forces, et ce cri ressemble parfois à un cri de révolte mais c’est précisément parce que l’homme ne peut pas croire que Dieu lui veuille du mal.

Dans le psaume 13 par exemple, la prière est ainsi formulée : « Seigneur m’oublieras-tu donc, pour toujours ? Jusqu’à quand me cacheras-tu ton visage ? Jusqu’à quand devrais-je ressasser en moi souci et chagrin ? » Mais aussitôt après jaillissent ces mots pleins de confiance : « Abandonné à ton amour déjà mon cœur se réjouit, je chanterai le Seigneur qui m’a comblé ».

Voici une autre prière tirée du psaume 44 : « Seigneur pourquoi dors-tu ? Hâte-toi, ignorerais-tu nos misères et nos souffrances ? Nous sommes dans la poussière, collés au sol. Debout ! À l’aide, pour mon amour délivre-nous ».

Nous le voyons : ces prières sont des cris de détresse qui expriment une grande indignation contre le mal, contre le péril, contre la souffrance et en même temps ils manifestent une folle confiance en ce Dieu dont on se sait aimé. Ils sont donc quelque chose de bon, car Dieu lui aussi, a horreur du mal. Sa volonté c’est que jamais ce mal nous écrase, ni que nous l’acceptions passivement mais que nous réagissions afin de le dépasser.

C’était déjà le sens de ce texte du prophète Habacuc entendu en 1ère lecture : « Combien de temps Seigneur devrais-je t’appeler au secours ? Pourquoi restes-tu là à regarder notre misère ? Vois donc : ce ne sont que pillages et violences, disputes et discordes... » Voilà le cri de détresse. Et voici maintenant le cri de confiance « Je guetterai ce que dira le Seigneur... le juste (c'est-à-dire le vrai croyant) vivra par sa fidélité... »

Oui, être fidèle coûte que coûte car Dieu, quelles que soient les apparences, lui, reste toujours fidèle. D’ailleurs, nous savons que Jésus lui-même est passé par là. Le soir du Jeudi-Saint au jardin des Oliviers il prie intensément. Il voit avec une lucidité parfaite le Calice de souffrances qu’il devra boire : « Père que ce Calice s’éloigne de moi ». C’est le cri de tout, homme qui a horreur de la souffrance et qui la repousse. Mais aussitôt après c’est le cri de la confiance filiale qui jaillit sur ses lèvres : « Père que ta volonté soit faite et non la mienne ».

Le lendemain sur la Croix les paroles qu’il prononce révèlent les mêmes dispositions intérieures : c’est d’abord un cri, que question lancée vers le ciel « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Et quelques instants plus tard c’est le cri de la confiance absolue « Père, entre tes mains je remets mon esprit ».

Telle est la Foi, frères et sœurs lorsqu’on l’envisage sous l’angle de la confiance : elle est la certitude que Dieu ne peut pas vouloir le mal. Il veut que nous puissions en triompher et il est toujours avec nous, nous soutenant de sa grâce quelles que soient les apparences.

Au printemps les viticulteurs taillent la vigne : ce n’est pas pour la brimer ou pour la faire souffrir mais pour qu’elle porte de plus beaux fruits. Il y a aussi en nous des excroissances mauvaises à tailler, dont nous n’avons pas toujours pleinement conscience. Alors Dieu se charge de les éliminer : certes on est tout d’abord surpris et on réagit négativement, mais ensuite on fait confiance comme l’enfant fait confiance à ses parents qui l’emmènent à l’hôpital, comme le sportif fait confiance à son entraineur qui exige de lui de nouvelles performances et l’oblige à se surpasser. Dès lors, nous rappelant toujours que « tout est grâce », disons souvent à Dieu : « Seigneur je sais à quel point tu m’aimes, toi qui es mon Père débordant d’une infinie tendresse. Je ne veux m’appuyer que sur ton seul amour et m’abandonnant entre tes mains, je veux quoiqu’il arrive, garder une âme sereine, paisible et joyeuse ».

Au cours d’une tempête, sur un paquebot devant tous les passagers morts d’inquiétude un enfant chantait le sourire aux lèvres. Quelqu’un lui dit : « tu n’as donc pas peur ? » « Oh non ! répondit-il, c’est papa qui est à la barre ».

Cette confiance absolue n’est-ce pas ce qui nous manque le plus dans nos relations avec le Seigneur ? Demandons-la instamment par l’intercession de Marie qui en est le modèle insurpassable.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 23:05

Lecture du livre d'Amos 6, 1a. 4-7

Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 6, 11-16

Toi, l’homme de Dieu, cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur. Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle ; c’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as été capable d’une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins.

Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une si belle affirmation, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ. Celui qui fera paraître le Christ au temps fixé, c’est le Souverain unique et bienheureux, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l’immortalité, lui qui habite la lumière inaccessible ; lui que personne n’a jamais vu, et que personne ne peut voir. À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 16, 19-31

Jésus disait cette parabole : « Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux. Un pauvre nommé Lazare, était couché devant le portail, couvert de plaies. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies. Or, le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; il leva les yeux, et vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui. Alors il cria : “Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt, pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant, il trouve ici la consolation, et toi, c’est ton tour de souffrir. De plus, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous.” Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. J’ai cinq frères : qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture !” Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! – Non, père Abraham, dit le riche, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.” Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

Homélie

Nous venons d’entendre l’une des pages les plus redoutables de tout l’Evangile. Si Dieu n’existe pas, si la vie éternelle n’existe pas, Jésus a tort : il ne faut pas l’écouter.

Mais si Dieu existe, si l’éternité existe, alors ce que Jésus nous dit est extrêmement sérieux, de la plus haute importance. Il n’y a rien de plus grave, en effet, que de rater sa vie éternelle. Jésus met en scène, frères et sœurs, une situation dramatique : à l’intérieur d’une maison, on fait bombance, tout près, c’est la misère... entre les deux un portail. Ce portail est comme un abîme qui sépare le riche du pauvre. Deux univers parallèles. Le riche vit dans un monde clos sur lui-même, il ne dépasse pas la porte de sa maison.

Ce qui est tout à fait remarquable dans cette parabole c’est qu’on ne dit pas que le pauvre était vertueux et que le riche était mauvais. L’un était simplement pauvre, l’autre était simplement riche. Le riche n’est pas accusé d’avoir volé Lazare, ou de l’avoir maltraité ou de l’avoir exploité. On ne dit même pas qu’il lui a refusé l’aumône : simplement il ne l’a pas vu. Il a laissé s’établir un terrible abîme entre lui et son voisin. Ils sont loin l’un de l’autre, séparés par ce terrible portail. Une fois de plus, Jésus veut nous mettre en garde contre le danger des richesses matérielles : à ses yeux la richesse comporte deux dangers mortels :

- elle peut fermer le cœur de Dieu, on se contente des plaisirs et des biens de la terre en oubliant l’Essentiel, c'est-à-dire la Vie Eternelle,

- la richesse peut aussi, fermer le cœur des autres : on ne voit plus le pauvre couché devant son portail.

Et si cette richesse devient un faux-dieu auquel on sacrifie tout, elle peut conduire tout droit à l’enfer... Il arrive de plus en plus, aujourd’hui qu’on se demande si l’enfer existe... et on s’empresse bien sûr de dire qu’il n’existe pas... sans se rendre compte que personne ne peut prouver cette négation vraiment bien légère. En tout cas Jésus lui ne pense pas ainsi. Or n’est-ce pas, Jésus que nous devons croire, lui qui est la Vérité, qui nous enseigne la vérité, plutôt que le résultat de certains sondages ou l’opinion de certains théologiens ?

Pour Jésus, remarquons là, l’enfer ne semble être que la prolongation de la vie terrestre : rester loin de Dieu comme on l’était ici-bas, rester loin des autres comme on l’était déjà ici-bas. C’est donc l’homme qui se condamne lui-même. La seule sanction c’est simplement que, cette distance que le riche a mise entre lui et Dieu, entre lui et les autres devient définitive. Car le Royaume de Dieu est Communion d’Amour. Le riche s’est condamné lui-même, son portail qui séparait deux mondes est devenu un abîme infranchissable.

Une question se pose donc à chacun de nous, frères et sœurs : suis-je convaincu que je suis en train de fabriquer mon ciel ou mon enfer ?

- Mon ciel chaque fois que je m’ouvre à Dieu et aux autres.

- Mon enfer chaque fois que je m’enferme en moi-même.

Celui qui n’aime pas, ici-bas se met lui-même hors du coup pour ce festin de Dieu. Ce bonheur éternel du ciel où n’entrent que ceux qui savent aimer, qui savent aimer à la manière du Christ : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Frères et sœurs, si cette page d’Evangile est si forte, si violente c’est parce qu’il faut, sans doute un énorme coup de clairon pour réveiller quelqu’un qui vit sous anesthésie puissante. Or beaucoup d’hommes, aujourd’hui surtout, vivent dans une sorte d’anesthésie spirituelle. Les valeurs divines, les valeurs éternelles sont absentes de leur vie. Ce qui est désespérant, c’est que même s’ils voyaient un mort ressusciter, ils ne seraient pas convaincus, c'est-à-dire que même les plus puissants avertisseurs sont incapables de les réveiller de leur inconscience : car l’égoïsme, la désinvolture, l’irréligion, la dureté de cœur finissent pas rendre aveugle... ils empêchent de lire les signes de Dieu. Et Jésus de rappeler que le signe le plus efficace pour susciter la foi, ce n’est pas le miracle, si spectaculaire, soit-il, mais la Parole de Dieu. « Ils ont Moïse et les prophètes qu’ils les écoutent ».

La Parole Dieu contenue dans la Bible (Ancien et Nouveau Testament) nous dit ce que Dieu pense et donc ce que nous devons penser si nous voulons lui plaire. Croire c’est penser comme Dieu. Cette Parole de Dieu telle qu’elle est interprétée et enseignée par l’Eglise devrait être pour nous plus convainquant que la Résurrection d’une mort.

Mettons-nous donc de plus en plus à son écoute. Accueillons-la dans la Foi et faisons-la fructifier à l’exemple de la Vierge Marie et de tous les saints. Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 23:05

Lecture du livre d'Amos 8, 4-7.

Écoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix, et fausser les balances. Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté d’Israël : « Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits ».

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 2, 1-8.

J’insiste avant tout pour qu’on fasse des prières de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui ont des responsabilités, afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité, en hommes religieux et sérieux. Voilà une vraie prière que Dieu notre Sauveur, peut accepter, car il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu ; il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes. Au temps fixé, il a rendu ce témoignage, pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre – je le dis en toute vérité – moi qui enseigne aux nations païennes la foi et la vérité. Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en levant les mains vers le ciel, saintement, sans colère ni mauvaises intentions.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 16, 1-13.

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets

[Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé parce qu’il gaspillait ses biens. Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires”. Le gérant pensa : “Que vais-je faire puisque mon maître me retire ma gérance ? Travailler la terre ? Je n’ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m’accueillir”. Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” – Cent barils d’huile”. Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingts.” Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge : effectivement il s’était montré habile, car les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.]

(Jésus disait à ses disciples) : « Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande. Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s’attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent ».

Homélie

Cette anecdote évangélique aux allures de fait-divers, nous avons l’impression de l’avoir lue hier dans notre journal. Cette histoire de gérant malhonnête ressemble, à s’y méprendre aux affaires d’aujourd’hui et de toujours, hélas !

Qu’est-ce que Jésus veut nous dire par cet étrange récit ?

- Eh bien ! Tout d’abord que nous sommes en situation d’urgence : l’imminence du renvoi du gérant malhonnête est destinée à nous faire réfléchir sur notre propre vie. Nous ne sommes pas, en effet, assurés d’être en parfaite sécurité à tous égards... Nous vivons sous l’imprécise et néanmoins constante menace d’évènements subits qui peuvent tout bouleverser : une maladie, des difficultés familiales, des accidents, des conflits locaux ou mondiaux etc... Bref, nous vivons dans une sorte d’insécurité : ce sur quoi nous appuyons nos certitudes ou nos insouciances actuelles peut vaciller à tout moment. Il nous faut trouver une planche de salut sans tarder « vite » comme dit l’Evangile.

Le gérant de la parabole a su faire face à une urgence dans sa vie. Nous aussi nous sommes invités instamment à nous montrer attentifs et avisés, mais d’une façon intègre, « en fils de lumière ». Nous recherchons alors davantage l’amitié de Dieu, richesse suprême, qui nous établit dans la vraie sécurité « d’être accueillis dans les demeures éternelles dès maintenant ». L’Evangile nous suggère également que la qualité des relations humaines (amour, amitié, solidarité) soit considérée comme une sécurité supérieure à l’accumulation d’un compte en banque.

- Autre rappel de cette parabole « nous ne sommes que des gérants ». Bien entendu, nous avons tous conscience d’être les légitimes propriétaires de ce que nous possédons. Mais à y regarder de plus près nous constatons que notre avoir est provisoire et relatif. Nous n’avions rien en arrivant sur la terre et nous repartirons dépouillés de nos biens matériel : « on n’emporte pas sa fortune dans son cercueil ». Nous avons, certes, acquis en partie ce dont nous jouissons, mais d’une certaine manière, nous n’en sommes que les dépositaires actuels. Nous devons donc, en ce qui concerne l’usage des biens matériels nous comporter en intendants de Dieu. Nous devons nous montrer bons et généreux avec des biens dont nous nous déclarons légalement propriétaires, et qui, en fait, sont ceux de notre Créateur et Maître. Il nous les a confiés, non pour en user et abuser égoïstement mais pour un usage solidaire.

- Troisième réflexion : vous avez remarqué que par 2 fois Jésus emploie cette expression : « l’argent trompeur ». La richesse matérielle est une façade, qui pour somptueuse qu’elle soit ne garantit pas qu’un homme soit foncièrement bon, intelligent et heureux. Elle est souvent un décor qui cache bien des misères morales et spirituelles. La vraie valeur d’une personne ne se mesure pas à ses avoirs. L’argent est trompeur en effet, car il fait croire aux pauvres que leur vie est sans intérêt parce qu’ils sont sans revenus... L’argent aussi est trompeur parce qu’au lieu de servir il peut asservir. Quand il s’empare d’un être humain, il devient son maître et son dieu, il provoque en lui de terribles dégâts, à l’instar d’une drogue, son cœur devient dur, impitoyable insensible à toute morale. L’argent peut conduire à un enfermement intérieur. Il pousse alors aux pires injustices, aux pires malhonnêtetés, et l’homme ainsi possédé devient un esclave.

Au nom de ce dieu qu’est l’argent que de désordres meurtriers sur notre planète : guère, violences de toutes sortes, prostitutions, exploitation... L’argent est capable de tout détruire : couples, familles, relations à tous les niveaux...

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » dit Jésus. Dieu libère, l’argent tyrannise.

Et pourtant l’argent peut avoir un côté positif : c’est la leçon que Jésus nous demande de tirer de sa Parabole lorsqu’il dit : « Faites-vous des amis avec l’argent trompeur ».

Les banques nous incitent à souscrire des plans d’épargne en actions, le Seigneur, lui, nous propose d’investir dans des plans en bonnes actions, en donnant de notre superflu, en partageant selon nos moyens.

Je peux donc faire servir mon argent à aimer et à aider les autres. Si pour l’argent on peut faire beaucoup de mal, avec l’argent on peut faire tellement de bien.

Alors, la richesse qui, si souvent, détourne ou éloigne de Dieu devient chemin vers Dieu et source de bonheur partagé « jusque dans les demeures éternelles ».

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 23:05

Lecture du livre de l'Exode 32,7-11. 13-14

Moïse était encore sur la montagne du Sinaï. Le Seigneur lui dit : « Va, descends, ton peuple s’est perverti, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte. Ils n’auront pas mis longtemps à quitter le chemin que je leur avais prescrit ! Ils se sont fabriqué un veau en métal fondu. Ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert des sacrifices en proclamant : “Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte” ». Le Seigneur dit encore à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple à la tête dure. Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les engloutir ! Mais, de toi, je ferai une grande nation ». Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu en disant : « Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par la vigueur de ton bras et la puissance de ta main ? Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Jacob, à qui tu as juré par toi-même : “Je rendrai votre descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel, je donnerai à vos descendants tout ce pays que j’avais promis, et il sera pour toujours leur héritage” ». Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 1, 12-17

Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, Jésus Christ notre Seigneur, car il m’a fait confiance en me chargeant du ministère, moi qui autrefois ne savais que blasphémer, persécuter, insulter. Mais le Christ m’a pardonné : ce que je faisais, c’était par ignorance, car je n’avais pas la foi ; mais la grâce de notre Seigneur a été encore plus forte, avec la foi, et l’amour dans le Christ Jésus.

Voici une parole sûre, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier, je suis pécheur, mais si le Christ Jésus m’a pardonné, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle. Honneur et gloire au roi des siècles, au Dieu unique, invisible et immortel, pour les siècles des siècles. Amen.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 15, 1-32

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets.

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Si l’un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !” Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !” De même, je vous le dis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit ».

[Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient”. Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : “Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers”.

Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus digne d’être appelé ton fils…” Mais le père dit à ses domestiques : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent la fête.

Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda de ce qui se passait. Celui-ci répondit : “C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé”. Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père qui était sorti le suppliait. Mais il répliqua : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !” Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »]

Homélie

Jésus fréquentait volontiers des personnes que les pharisiens, ses ennemis, jugeaient fort peu recommandables. « Il fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux » disaient-ils avec une sorte de haut le cœur provoqué par la liberté de l’amour de Jésus, cet amour qui renverse toutes les barrières pour rejoindre les plus pauvres là où ils sont. Du moins la réaction offusquée de ces « pensants » eut-elle l’heureux effet de susciter chez notre Seigneur les deux paraboles que nous venons d’entendre, paraboles inoubliables qui nous révèlent toutes les deux, l’infinie miséricorde de Dieu notre Père à l’égard des pécheurs. Dans ces paraboles, Jésus nous montre que le Berger et la Ménagère sont tous les deux également anxieux, attentifs et désireux de retrouver ce qu’ils ont perdu.

Ainsi est le Seigneur notre Dieu pour chacun et chacune d’entre nous : sa patience est immense, inlassable et active... car, nous l’aurons bien compris, nous sommes tous cette brebis, cette pièce perdue, puisque nous sommes tous pécheurs et le pécheur lorsqu’il a péché gravement, c’est quelqu’un que Dieu a perdu.

Oh ! Comme il faudrait, frères et sœurs, que s’enracine profondément en nous cette conviction à savoir que Dieu notre Père parce qu’il nous aime d’un amour infiniment miséricordieux ne peut nous abandonner, car pour Lui, tout être humain est unique, cet être humain qu’il a créé dans le sang de son Fils versé sur la croix pour la rémission des péchés.

Il se préoccupe donc de chaque pécheur (et avec d’autant plus de sollicitude qu’il est plus gravement pécheur) l’assiégeant continuellement de sa tendresse paternelle qui ne forcera jamais son « oui », mais qui ne cessera pas pour autant de le chercher jusqu’à ce qu’il revienne dans ses bras, jusqu’à ce que soit rétablie entre eux deux le courant de l’amitié, une véritable communion dans l’amour. C’est alors, nous dit Jésus, chaque fois qu’un tel retour se produit, qu’éclate en plus ciel l’allégresse du Père. La joie de Dieu, quel mystère et cependant quelle réalité : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion ».

Déjà le prophète Michée avait dit que « le Seigneur trouve son bonheur à pardonner ». Comme les mœurs divines sont à l’opposé des mœurs de l’homme ! Et c’est peut-être pour cela que la joie déserte notre terre, comme le ruisseau des montagnes qui finit par se perdre dans les sables du désert. Nous sommes tellement loin, en effet, de nous comporter comme Dieu en dépit des enseignements si clairs que Jésus nous a laissés sur le devoir du pardon. Nous sommes tellement pauvres d’amour !

Si nous savions accueillir les pécheurs et leur pardonner à commencer par celui qui nous a offensés, n’y aurait-il pas un peu plus de joie autour de nous et dans notre cœur ?

Ne soyons donc pas, comme les pharisiens : méprisants, hypercritiques, jaloux et grincheux. Consentons donc enfin à nous laisser envahir par la joie de Dieu, comme le Christ qui à certaines heures en était tellement possédé qu’il ne pouvait plus le cacher : elle le transfigurait. Que de choses changeraient n’est-ce pas dans notre monde si cette atmosphère de joie qui sort du cœur de Dieu et qui éclate dans tout l’Evangile comme une bonne nouvelle pouvait enfin inonder toute la terre comme elle inonde le ciel ! Le règne de Dieu n’est-il pas comme l’affirme saint Paul « joie dans l’Esprit-Saint ». Or ce règne, nous avons besoin de nous le redire inlassablement doit commencer d’abord en nous : il présuppose notre conversion. Il faut absolument que nous parvenions avec le secours de la grâce (qui ne nous manque jamais si nous la demandons avec confiance) à changer notre cœur de pierre en cœur de chair, que nous fassions des efforts pour éliminer de nos vies, tout ce qui est orgueil ou égoïsme, mépris et dureté de cœur, de telle sorte que ce soit l’amour, un amour surnaturel très ardent qui domine en nous et se réponde autour de nous.

Chers frères et sœurs, savoir avec certitude que l’on est aimé tel que l’on est et malgré ce que l’on est (cette vérité est inscrite dans ces deux paraboles de la miséricorde qui sont comme un évangile dans l’Evangile même. Savoir aussi que par notre réponse généreuse à l’amour de Dieu nous pouvons créer de la joie au ciel et sur la terre, n’est-ce pas suffisant pour avoir toujours le cœur en fête ?

Que la Vierge Marie nous aide à en prendre davantage conscience, Elle qui est la Mère de Miséricorde et la Cause de notre Joie. 

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 23:05

Lecture du livre de la Sagesse 9, 13-18

Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? Les réflexions des mortels sont mesquines, et nos pensées, chancelantes ; car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées. Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à portée de la main ; qui donc a découvert ce qui est dans les cieux ? Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? C’est ainsi que les chemins des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Philémon 9b-10, 12-17

Fils bien-aimé, moi, Paul, qui suis, un vieil homme, moi qui suis aujourd’hui en prison à cause du Christ Jésus, j’ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant à qui, dans ma prison, j’ai donné la vie dans le Christ. Je te le renvoie, lui qui est une part de moi-même. Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu’il me rende des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile. Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses librement ce qui est bien, sans y être plus ou moins forcé. S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, bien mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, et il le sera plus encore pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur. Donc, si tu penses être en communion avec moi, accueille-le comme si c’était moi.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 14, 25-33

De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple.

Quel est celui d’entre vous qui, veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, s’il pose les fondations et ne peut pas achever, tous ceux qui le verront se moqueront de lui : “Voilà un homme qui commence à bâtir et ne peut pas achever !” Et quel est le roi qui, part en guerre contre un autre roi, et qui ne commence pas par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui vient l’attaquer avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander la paix. De même, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple ».

Homélie

S’il est des paroles de l’Evangile que nous n’aimons guère entendre ce sont bien celles que Jésus nous a adressées il y a un instant :

« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, à sa mère, à sa femme, à ses frères et sœurs et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple ».

« Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple ».

« De même celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple ».

Il n’y a pas d’échappatoire possible : c’est bien à vous comme à moi (qui ne sommes pas des moines ou des moniales) que Jésus propose ce rude programme de vie.

Oui, tous, quel que soit notre âge, quelle que soit notre situation dans l’Eglise ou dans la société, nous sommes tous invités à marcher sur cette route des crêtes qui s’annonce particulièrement escarpée.

Face à de telles exigences nous serions tentés pour un peu de reprocher à Jésus son intransigeance et de lui dire qu’il s’y prend très mal, qu’il ne connaît pas le cœur humain, notre cœur d’homme et que son projet de bonheur pour les hommes est vraiment déraisonnable. Or, Jésus ne se laisse pas arrêter par ces considérations qui sont trop humaines, trop terre à terre. Lui qui est le Chef de l’humanité nouvelle, notre premier de cordée n’a qu’une ambition : nous faire monter le plus haut possible dans cette grande ascension de la vie chrétienne qui s’appelle la Sainteté. Il nous presse de mettre nos pas dans ses pas, mais en même temps il nous prévient que nous aurons à y mettre le prix. Cette escalade de l’union à Dieu n’a rien à voir, en effet, avec une partie de plaisir. Si nous voulons la réussir pleinement nous devons nous soumettre en toute liberté à cette loi fondamentale du renoncement qui consiste à nous délester, de ce qui nous alourdit ou nous encombre, à retrancher impitoyablement de notre vie tout ce qui est contraire à la volonté du Seigneur.

- Qu’il s’agisse de nos possessions en nous considérant, non plus comme les propriétaires, mais comme les gestionnaires de tous ces biens que Dieu a mis à notre disposition.

- Qu’il s’agisse de nos affections, même les plus chères en ne leur donnant jamais le pas sur l’amour que nous devons à Dieu.

- Qu’il s’agisse de notre volonté propre et de nos satisfactions personnelles et c’est certainement ce renoncement à soi-même qui est le plus difficile, mais ce qu’il importe par-dessus tout de bien comprendre, chers frères et sœurs, c’est que cette loi du renoncement que Jésus nous demande instamment de pratiquer – et à longueur de vie – ce n’est pas un but en soi, mais seulement un moyen, une condition indispensable. Non ! Ce n’est pas à un masochisme autodestructeur qu’elle fait appel mais à un intérêt supérieur bien compris. Dans une excellente comparaison saint Paul nous en montre toute la signification et toute la portée : il nous dit, en effet, que dans le domaine de la vie spirituelle nous devons nous comporter à la manière de l’athlète, du sportif qui se prive de tout et fait de durs efforts pour se dépasser, pour réaliser des performances, avec toutefois, cette énorme différence à savoir que le but visé par l’athlète c’est une récompense, une gloire passagère, tandis que le but visé par le disciple du Christ c’est une récompense, une gloire éternelle.

Ce que l’on a trop souvent omis de faire, voyez-vous, en prédication ou en catéchèse c’est de mettre en lumière en face du côté négatif de l’enseignement de Jésus, tout le côté éminemment positif du même enseignement qui, lui, est sublime, merveilleux et donc tout à fait apte à nous motiver, à nous stimuler, à nous encourager.

Si tant de gens à l’heure actuelle sont persuadés que le christianisme n’a rien à leur dire c’est que, peut-être, on leur a trop parlé de contraintes, de règles morales, sans leur montrer sur quoi elles débouchaient... on a trop insisté sur les barrages et les digues, au lieu de conduire à la source.

Si l’Evangile est la Bonne Nouvelle par excellence, n’est-ce pas parce qu’il nous révèle l’incroyable destinée de l’homme ? Parce qu’il nous dit la fantastique aventure de la divinisation de l’homme ? Pourquoi Jésus exige-t-il de nous avec tant de rigueur le sacrifice de notre vie misérable ? Mais c’est pour lui substituer rien moins que sa Vie à Lui. Jésus ne nous demande de faire le vide en notre cœur que pour l’emplir de divin. Rappelons-nous ici certaines de ses paroles qu’il nous faudrait méditer inlassablement : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » et « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera et nous viendrons chez Lui et nous ferons chez Lui notre demeure... Demeurez en moi, comme moi en vous... Celui qui demeure en moi et moi en Lui celui-là porte beaucoup de fruit... Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète... »

Oui, la promesse de Jésus dépasse tout ce que l’esprit humain est capable de concevoir. Dieu par le mystère de la grâce sanctifiante veut habiter en nous. Par la Foi, l’Espérance et la Charité il nous est donné de vivre dès cette terre dans une intimité merveilleuse avec les Trois Personnes Divines présentes en nous... C’est la vie éternelle déjà commencée... Ce que Jésus entend souligner dans les paroles évangéliques choisies pour la liturgie de ce dimanche, c’est que cette vie divine qui a été semée en notre âme comme une petite graine par la grâce baptismale ne saurait se développer et s’épanouir sans que nous fassions des efforts coûteux et persévérants pour nous détacher des choses créées, pour nous libérer de tout ce qui n’est pas Dieu ou ne va pas à Dieu. Tel est le sens du mystère pascal : il faut mourir pour vivre. Mais si nous voulons que cette vérité si importante pénètre vraiment en nous et stimule nos énergies, il nous faut suivre également le conseil que Jésus nous donnait tout à l’heure à travers deux petites paraboles : celui de nous asseoir, c'est-à-dire de prendre un temps suffisant pour réfléchir en profondeur :

- pour faire le point, bien sûr et entreprendre par des résolutions bien précises la réforme intérieure qui s’impose, mais surtout pour prier,

- pour contempler longuement Jésus et Marie qui sont les modèles insurpassables du renoncement total par amour,

- et pour leur demander dans une humble et très confiante supplication, la grâce de les suivre fidèlement sur ce chemin qui mène immanquablement à l’indicible Bonheur et à la Gloire Eternelle du Ciel.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 07:07

Lecture du livre de Ben Sirac 3, 17-18. 20. 28-29

Mon fils, accomplis toute chose dans l'humilité, et tu seras aimé plus qu'un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t'abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. La puissance du Seigneur est grande, et les humbles lui rendent gloire. La condition de l'orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. L'homme sensé médite les maximes de la sagesse ; l'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute.

Lecture de la lettre aux Hébreux 12, 18-19. 22-24a

Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, il n'y avait rien de matériel comme au Sinaï, pas de feu qui brûle, pas d'obscurité, de ténèbres, ni d'ouragan, pas de son de trompettes, pas de paroles prononcées par cette voix que les fils d'Israël demandèrent à ne plus entendre. Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des milliers d'anges en fête et vers l'assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous les hommes, et vers les âmes des justes arrivés à la perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d'une Alliance nouvelle.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 14, 1a.7-14

Un jour de sabbat, Jésus était entré chez un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et on l'observait. Remarquant que les invités choisissaient les premières places, il leur dit cette parabole : « Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu'un de plus important que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire : 'Cède-lui ta place', et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t'a invité, il te dira : 'Mon ami, avance plus haut', et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé ».

Jésus disait aussi à celui qui l'avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi t'inviteraient en retour, et la politesse te serait rendue. Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; et tu seras heureux, parce qu'ils n'ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la résurrection des justes ».

Homélie 

L’Evangile décidément c’est le monde à l’envers, le renversement de toutes les valeurs admises. Dimanche dernier, Jésus nous invitait instamment à passer par « la porte étroite », à être très exigeants pour nous-mêmes alors que tout dans ce monde matérialiste qui est le nôtre nous entraîne à la facilité.

Et voilà qu’aujourd’hui il nous dit « N’invitez pas parents, amis ou gens riches », c’est-à-dire ceux qui pourraient vous rendre invitation pour invitation, invitez plutôt ceux qui ne peuvent vous le rendre parce que précisément ils n’ont rien à rendre. Ce qui veut dire : aimez gratuitement, que votre amour soit désintéressé... mettez-vous généreusement au service des autres sans attendre de retour... acceptez de vous mettre au même niveau que les plus démunis, les plus pauvres, mieux que cela faites-vous leurs serviteurs.

Reconnaissons que ce n’est pas une manière de faire courante dans notre société. Dans la plupart des cas, si l’on rend service à quelqu’un c’est bien dans l’espoir que l’autre pourra nous le rendre et si on invite quelqu’un n’est-ce pas parce qu’il nous est sympathique, qu’il va nous rendre amitié pour amitié, ou encore parce que nous y avons intérêt, étant donné sa position sociale.

Mais il y a encore plus frappant dans cet évangile, frères et sœurs, Jésus nous dit qu’il faut toujours se mettre à la dernière place ; il nous demande de ne pas nous élever mais de nous abaisser autrement dit de pratiquer l’humilité, cette vertu à propos de laquelle saint Augustin déclarait ceci : « Si vous me demandez ce qu’il faut d’abord pour être chrétien, je vous répondrai : l’humilité, et ce qu’il faut ensuite : je vous redirai l’humilité, et ce qu’il faut encore : je vous répèterai : l’humilité et aussi souvent que vous me poserez la question, je vous ferai la même réponse ».

Or, cette vertu qui est le fondement de la vie chrétienne est loin d’être appréciée dans le monde d’aujourd’hui, car elle évoque pour beaucoup l’idée de ramper, de s’écraser, de démissionner, de refouler des énergies qui ne demandent qu’à être déployées. Pour ceux-là, ce qui compte par-dessus tout c’est de réussir : réussir en se taillant une place au soleil la plus large possible, réussir en dominant, en étant le plus fort, le plus riche, le plus admiré, le plus redouté ou le plus étonnant. Combien ne cherchent qu’à se hisser le plus haut possible, en jouant des coudes, en écartant ou en écrasant les gêneurs ?

C’est cette mentalité « arriviste » où domine l’orgueil que Jésus conteste et refuse. Ce qu’il condamne ce n’est pas le fait de développer ses dons et ses aptitudes. Il nous demande au contraire de faire valoir les talents reçus. Il ne s’agit donc pas, comprenons-le bien, de se mettre systématiquement à la dernière place par une humilité feinte ou fausse. Le Seigneur ne nous demande pas de gémir sur nos limites et de justifier à bon marché notre paresse ou notre abstention par des arguments décidément trop faciles du genre : « j’ai déjà essayé, je n’y arriverai jamais ou je ne sais rien faire, je suis un bon à rien... »

Mais alors quelle place devons-nous ambitionner ? Eh bien ! Celle dans laquelle nous pouvons donner toute notre mesure de savoir, de joie, surtout de présence utile au service des autres avec tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Nous l’avons peut-être remarqué chaque fois que Jésus nous parle de nos rapports avec le prochain, il insiste très fort pour que chacun prenne la place de celui qui sert et se considère comme le serviteur des autres. « Si quelqu’un veut être le 1er parmi vous qu’il soit le serviteur de tous ».

Il ne s’agit donc pas de s’enfoncer dans une conscience morbide de ses insuffisances mais d’offrir avec simplicité de cœur ce qu’il est possible de donner. En cela comme en toutes choses il nous faut imiter le Christ- Jésus, lui qui se distingue surtout par l’humilité. C’est même la seule vertu dont il se réclame expressément avec bien-sûr la charité : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ».

Et si Jésus est humble ce n’est pas par philosophie ou faiblesse de caractère, mais simplement parce qu’il se montre tel qu’il est : sans idéal humain affiché, mais avec la volonté de se situer dans la Vérité par rapport à son Père et par rapport aux hommes. Sa mesure de comparaison ne se trouve pas sur terre, mais devant Dieu dont il manifeste l’amour miséricordieux en rejoignant l’homme à son niveau d’homme.

Jésus est humble parce qu’il est Amour et l’amour ne se dit jamais supérieur. C’est la raison par laquelle il se met de plain pied avec les petits, les enfants et les faibles. Il ne cherche aucune place voyante ; il dédaigne de se concilier l’amitié des puissant, au contraire il s’inquiète des pauvres, des délaissés, des malades, de tous ceux qui peinent et qui souffrent.

Frères et sœurs, cette manière d’agir du Dieu fait homme doit nous faire comprendre que l’humilité est le Chemin Royal vers la Sainteté. « Qu’on considère où l’on en est de l’humilité et l’on verra où l’on en est de ses progrès spirituels » nous dit sainte Thérèse d’Avila. L’orgueil réduit à néant les œuvres les plus réussies tandis que l’humilité donne du prix aux actions les plus simples.

Nous demanderons au cœur de cette Eucharistie par l’intercession de Marie, l’humble servante du Seigneur, la Grâce de nous exercer constamment à l’humilité vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis des autres et vis-à-vis de Dieu, afin que se réalise pleinement pour nous la parole de Jésus : « Celui qui s’abaisse sera élevé ».

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 17:16

Lecture du livre d’Isaïe 66, 18-21

Parole du Seigneur. Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. Ils viendront et ils verront ma gloire : je mettrai un signe au milieu d'eux ! J'enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n'ont pas entendu parler de moi et qui n'ont pas vu ma gloire : ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire parmi les nations. Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux ou dans des chariots, en litière, à dos de mulets ou de dromadaires. Ils les conduiront jusqu'à ma montagne sainte, à Jérusalem, comme les fils d'Israël apportent l'offrande, dans des vases purs, au temple du Seigneur. Et même je prendrai des prêtres et des lévites parmi eux. Parole du Seigneur.

Lecture de la lettre aux Hébreux 12, 5-7. 11-13

Frères, n'oubliez-pas cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu'un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu'il reconnaît comme ses fils. Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? Quand on vient de recevoir une leçon, on ne se sent pas joyeux, mais plutôt triste. Par contre, quand on s'est repris grâce à la leçon, plus tard, on trouve la paix et l'on devient juste. C'est pourquoi il est écrit : Redonnez de la vigueur aux mains défaillantes et aux genoux qui fléchissent. Et : Nivelez la piste pour y marcher. Ainsi, celui qui boite ne se tordra pas le pied ; bien plus, il sera guéri.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 13, 22-30

Dans sa marche vers Jérusalem, Jésus passait par les villes et les villages en enseignant. Quelqu'un lui demanda : « Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » Jésus leur dit : « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : “Seigneur, ouvre-nous“, il vous répondra : “Je ne sais pas d'où vous êtes“. Alors vous vous mettrez à dire : “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places“. Il vous répondra : “Je ne sais pas d'où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal“. Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers ».

Homélie 

Pendant que Jésus fait route vers Jérusalem pour y souffrir sa Passion, quelqu’un lui demande : « Seigneur n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? »

Cette question Jésus l’esquive en posant la véritable « qui sera sauvé ? » Et il répond sans ambages : « C’est celui qui s’efforcera - pour traduire exactement il faudrait dire : « Celui qui se battra » - pour passer par la porte étroite. En réalité, à chacun de nous, le Christ rappelle ici que le salut est un cadeau qui exige la collaboration de l’homme. Personne n’est dispensé de faire effort pour accéder au Royaume, sinon le Seigneur nous traiterait comme des choses inertes et sans responsabilité. Or, son amour est fait de respect pour notre liberté.  Il se propose sans jamais s’imposer. Dieu seul peut nous toucher sans nous blesser. C’est pourquoi le Christ réveille ceux qui se sont endormis dans l’insouciance. Attention, leur dit-il la porte est étroite, les prétendants sont nombreux. Si vous continuez à dormir dans le matérialisme, si vous misez sur la facilité, le confort, la superficialité, vous risquez bien de ne jamais passer la porte ou d’arriver trop tard quand celle-ci sera fermée sous votre nez.

Voilà de quoi faire réfléchir l’homme de ce temps qui attend encore un salut bon marché du progrès vertigineux des sciences et de la technique, quand ce n’est pas tout simplement de son compte en banque bien garni...

Le salut, le seul vrai Salut que le Christ nous offre est affaire très grave qui mérite réflexion, passe par un choix décidé et s’opère dans des engagements concrets et couteux... Rien de plus illusoire et de plus dangereux que de dire : après tout Dieu est tellement bon, il comprend tout et il n’en demande pas tant... Considérer Dieu de cette manière, c’est le caricaturé, c’est en faire un papa gâteau qui n’exige rien de ses enfants, leur passant tous leurs caprices...

Or, l’Epître aux Hébreux vient de nous dire : « Quand le Seigneur aime quelqu'un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu'il reconnaît comme ses fils ».

Dans le Christ-Jésus, Dieu nous a démontré le sérieux de son amour en forme d’appel radical à le suivre. Il ne veut pas récupérer contre leur gré ceux qui n’auraient pas encore compris la puissance mais aussi les exigences d’une telle miséricorde offerte au prix de son sang. Mais parmi ceux qui se réclament du Christ il n’y a pas que des insouciants, il y a aussi les adeptes de la bonne conscience au rabais. Leur refrain est bien connu : nous sommes d’honnêtes gens, nous n’avons ni tué, ni volé ; nous allons à la Messe (lorsque ça ne nous gêne pas trop), nous prions quelque peu (surtout quand nous avons des ennuis), nous soutenons les bonnes œuvres. Au fond nous sommes de bons chrétiens, en tous cas bien meilleurs que tant d’autres. Dieu serait injuste s’il ne nous ouvrait pas les portes de son paradis.

Ceux qui raisonnent ainsi ressemblent à ces Juifs qui disaient à Jésus : « Nous avons mangé et bu sous tes yeux, tu as enseigné sur nos places ». La réplique de Jésus est cinglante : « Eloignez-vous de moi, vous qui faites le mal ».

Il ne suffit pas, en effet, pour être sauvé d’appartenir à l’Eglise par le baptême, d’être en règle avec la Loi de Dieu, d’avoir la conscience tranquille. Le paradis n’est pas une récompense pour des gens en ordre : il est une communion parfaite avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Or Jésus nous propose de commencer cette expérience d’amour dès ici bas avant de la faire éclore au ciel dans les splendeurs de la Gloire.

La vie chrétienne, voyez-vous est une aventure, elle est un risque, car l’amour n’est jamais satisfait ; il est comme le feu, il ne dit jamais « assez ». L’amour cherche à aller toujours plus loin ; il désinstalle et remet en route, il ne se paie pas de mots, il met la main à la pâte, il s’incarne dans du concret si humble soit-il.

Où en est, frères et sœurs, notre recherche de croyants (qui doit être approfondissement de la Foi et affermissement de l’Espérance) où est la dynamique de notre charité, celle qui vient de Dieu et nous envoie rejoindre nos frères là où ils sont et comme ils sont.

L’expérience est là pour nous dire que dans aucun domaine rien de valable ne se fait sans efforts, sans sacrifices. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’il s’agit de la plus grande affaire qui soit : sauver son âme et aider les autres à sauver la leur.

Dès lors, si nous sommes inconscients, réveillons-nous, si nous sommes satisfaits à bon compte secouons-nous... La porte s’ouvre. Dieu invite à entrer. Il faut marcher toujours plus loin, monter toujours plus haut pour accéder à ce Festin du Royaume où il nous sera donné de savourer éternellement l’indicible joie que le Seigneur nous a promis, qui est partage de sa Joie à Lui.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 23:12

Lecture du livre de Jérémie 38, 4-6. 8-10

Pendant le siège de Jérusalem, les chefs qui tenaient Jérémie en prison dirent au roi Sédécias : « Que cet homme soit mis à mort : en parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattants dans la ville, et toute la population. Ce n'est pas le bonheur du peuple qu'il cherche, mais son malheur ». Le roi répondit : « Il est déjà entre vos mains, et le roi ne peut rien contre vous ! » Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne du prince Melkias, dans la cour de la prison. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n'y avait pas d'eau, mais de la boue, et Jérémie s'enfonça dans la boue. Un officier du palais, l'Éthiopien Ébed-Mélek, vint trouver le roi : « Mon Seigneur le roi, ce qu'ils ont fait au prophète Jérémie, c'est mal ! Ils l'ont jeté dans la citerne, il va y mourir de faim ! » Alors le roi donna cet ordre à l'Éthiopien Ébed-Mélek : « Prends trois hommes avec toi, et retire de la citerne le prophète Jérémie avant qu'il ne meure ».

Lecture de la lettre aux Hébreux 12, 1-4

Frères, ceux qui ont vécu dans la foi, foule immense de témoins est là qui nous entoure. Comme eux, débarrassons-nous de tout ce qui nous alourdit, et d'abord du péché qui nous entrave si bien ; alors nous courrons avec endurance l'épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l'origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré, sans avoir de honte, l'humiliation de la croix, et, assis à la droite de Dieu, il règne avec lui. Méditez l'exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans votre lutte contre le péché.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 49-53

Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli ! « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère ».

Homélie 

Jésus est venu pour plonger le monde dans le feu de Dieu. C’est le désir le plus ardent de son cœur qu’il nous livre à travers cette phrase étonnante « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ».

En reprenant ce symbole qui court à travers toute la Bible, Jésus n’entend pas évoquer le feu du jugement dernier qui purifiera l’univers : pour Lui, il n’y a qu’un feu de Dieu : celui que ressentaient les disciples d’Emmaüs : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Ecritures ? »

Dieu est Feu : sa parole « est un feu qui dévore ».

Son Esprit est Feu : voilà le feu que Jésus est venu apporter le feu de la Pentecôte.

Jean-Baptiste avait présenté Jésus comme celui qui devait « baptiser dans l’Esprit-Saint et le feu ».

La Pentecôte allait illustrer cette parole énigmatique du Précurseur. Si le feu que Jésus veut mettre dans le monde est celui de la Pentecôte, on comprend alors son impatience mais aussi son angoisse. Il les exprime en cette confidence qui suit la première : « c’est un baptême que j’ai à recevoir et comme cela me pèse (ou m’oppresse) jusqu’à ce qu’il soit accompli ».

Le Baptême de Jésus doit être précédé en effet du baptême de sang, celui que Jésus recevra sur la croix. La longue montée de Jésus vers Jérusalem nous révèle combien il est angoissé par la perspective de sa Passion. Et cette angoisse grandissante s’achèvera, nous le savons sous les oliviers de Gethsémani, provoquant sur tout son corps une sueur de sang. L’agonie de Jésus au soir du Jeudi-Saint n’est en fait que la phase ultime et particulièrement aigüe d’une agonie qui a commencé bien avant « cette nuit où il fut livré ».

Etrange alchimie divine : le feu de Pentecôte jaillira du sang de la Passion : l’Esprit-Saint sera le fruit de la Croix, l’amour qui doit brûler les hommes naîtra du Cœur transpercé de Jésus. Tout sera gagné quand tout sera donné. Telle est la loi de la Rédemption. C’est pourquoi les vrais disciples de Jésus sont à la fois des « divins impatients » et des « donneurs de sang ».

Blessée, Jeanne d’Arc disait « ce n’est pas du sang qui coule c’est de la gloire ».

A partir de son baptême de feu sur la croix, Jésus a donc transmis au monde l’Esprit-Saint qui est Amour. Et comme il lui tarde de voir l’humanité tout entière purifiée et transfigurée dans l’immense incendie de l’Amour divin...  Mais cela ne pourra se faire que si ses disciples, gagnés eux-mêmes par ce feu deviennent par leur témoignage et leurs activités apostoliques incendiaires d’amour partout où ils se trouvent. Seulement voilà : chaque fois qu’un foyer de vie chrétienne lumineuse et ardent s’allume quelque part les extincteurs ne se font pas attendre. Et ce qui est le plus affligeant c’est que nous-mêmes dans bien des cas nous leur prêtons mainforte. Qui peut prétendre, en effet, qu’il n’a jamais essayé d’éteindre l’Esprit en lui ou autour de lui ?

L’Evangile dérange trop de personnes, bouleverse trop d’habitudes et remet en question trop de structures pour que les hommes assistent à l’explosion sans réagir. Ceux qui vivent et annoncent l’Evangile dans toutes ses exigences, ne tardent pas à subir l’assaut de multiples extincteurs.

S’il nous faut bien reconnaître d’ailleurs que toutes ces forces mauvaises se trouvent, hélas ! encouragées par nos peurs, nos démissions, nos résignations, parfois même avec la complicité d’une doctrine qui cherche à garder le juste milieu à ne déranger personne, à susciter une religion assez superficielle pour anesthésier tout le monde, à commencer par ceux qui se servent de l’Evangile, au lieu de le servir.

Chers frères et sœurs, sur ce pont, comme sur tant d’autres, nous devons nous examiner sans complaisance, sans désespoir non plus.

  • Si nous nous découvrons extincteurs du feu de Dieu dans plusieurs de nos comportements, nous avons toujours la possibilité de nous ressaisir, de nous réajuster au bon plaisir de Dieu : (c’est ce que Paul VI appelait : la réforme intérieure. Il n’est jamais trop tard pour l’entreprendre).
  • Si nous souffrons d’êtres continuellement agressés ou persécutés par tous ceux qui repoussent le feu de Dieu, tout d’abord c’est bon signe, car le démon ne s’attaque pas aux médiocres et aux tièdes, et puis pensons que le disciple n’est pas au-dessus du maître, que la persécution est une béatitude.

Jésus, Marie, les prophètes et tous les saints ont vécu cela avant nous. Et ils sont là avec nous pour nous encourager et nous soutenir dans notre combat. Parce que nous ne sommes jamais seuls, parce que le feu de la Pentecôte aura finalement le dernier mot, parce que l’Esprit de Jésus est beaucoup plus fort que toutes les manœuvres qui tentent de l’étouffer il nous faut tenir bon, il nous faut aller de l’avant, sans jamais nous décourager, sans nous laisser gagner par la peur qui est mauvaise conseillère et qui paralyse. Rappelons-nous à ce sujet les nombreuses exhortations de Jésus (il y en a au moins 350 dans l’Evangile).

« N’ayez pas peur – Sois sans crainte petit troupeau – Courage, j’ai vaincu le monde... ».

Que Marie, la femme au courage invincible nous obtienne la grâce de courir avec endurance l’épreuve qui nous est proposée. Les yeux fixés sur Jésus qui est à l’origine et au terme de la foi.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 23:05

Lecture du livre de la Sagesse 18, 6-9

La nuit de la délivrance pascale avait été connue d'avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais pour nous donner ta gloire. Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d'un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Lectures de la lettre aux Hébreux 11, 1-2. 8-19

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre-crochets

Frères, la foi est le moyen de posséder déjà ce qu'on espère, et de connaître des réalités qu'on ne voit pas. Et quand l'Écriture rend témoignage aux anciens, c'est à cause de leur foi.

Grâce à la foi, Abraham obéit à l'appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner comme étranger dans la Terre promise ; c'est dans un campement qu'il vivait, ainsi qu'Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse que lui, car il attendait la cité qui aurait de vraies fondations, celle dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l'architecte. Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d'avoir une descendance parce qu'elle avait pensé que Dieu serait fidèle à sa promesse. C'est pourquoi, d'un seul homme, déjà marqué par la mort, ont pu naître des hommes aussi nombreux que les étoiles dans le ciel et les grains de sable au bord de la mer, que personne ne peut compter.

[C'est dans la foi qu'ils sont tous morts sans avoir connu la réalisation des promesses ; mais ils l'avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c'est montrer clairement qu'on est à la recherche d'une patrie. S'ils avaient pensé à celle qu'ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d'y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Et Dieu n'a pas refusé d'être invoqué comme leur Dieu, puisqu'il leur a préparé une cité céleste.

Grâce à la foi, quand il fut soumis à l'épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu'il avait reçu les promesses et entendu cette parole : « C'est d'Isaac que naîtra une descendance qui portera ton nom ». Il pensait en effet que Dieu peut aller jusqu'à ressusciter les morts : c'est pourquoi son fils lui fut rendu ; et c'était prophétique].

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 32-48

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre-crochets

[Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône. Faites-vous une bourse qui ne s'use pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n'approche pas, où la mite ne ronge pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ».]

Jésus disait à ses disciples : « Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu'il arrivera et frappera à la porte. Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. S'il revient vers minuit ou plus tard encore et qu'il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison connaissait l'heure où le voleur doit venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra ».

[Pierre dit alors : « Seigneur, cette parabole s'adresse-t-elle à nous, ou à tout le monde ? » Le Seigneur répond : « Quel est donc l'intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de ses domestiques pour leur donner, en temps voulu, leur part de blé ? Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. Vraiment, je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens. Mais si le même serviteur se dit : Mon maître tarde à venir, et s'il se met à frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, son maître viendra le jour où il ne l'attend pas et à l'heure qu'il n'a pas prévue ; il se séparera de lui et le mettra parmi les infidèles. Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n'a pourtant rien préparé, ni accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, n'en recevra qu'un petit nombre. À qui l'on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l'on a beaucoup confié, on réclamera davantage ».]

Homélie

Le grand souci de Jésus rappelé dans l’Evangile de ce jour, est que ses disciples soient toujours prêts quand il reviendra au soir de leur vie. C’est pourquoi il les invite instamment à la vigilance. « Restez en tenue de service, gardez vos lampes allumées. Je viendrai quand vous ne m’attendrez pas… » Jésus ne veut pas que nous passions à côté de l’essentiel : il nous pose des interrogations de poids : Mais quel est donc le sens de notre vie ? Avons-nous conscience que nous sommes programmés pour une rencontre capitale ? Une rencontre qui sera surprenante, inattendue et peut-être même imminente ?

S’il est une question qu’on ne peut pas éluder, frères et sœurs, c’est bien celle du sens de notre vie. Qui peut vivre sans se demander à quoi sert son existence ? La plupart des hommes souhaiterait ne pas vivre « pour rien. » Or, nous vivons justement dans une époque où tous les repères se sont effondrés à l’heure même où des problèmes monumentaux surgissent de toutes parts : chômage, maîtrise d’énergies terrifiantes, guerre économique entre les nations. Il n’est pas étonnant alors que beaucoup se tournent vers les sectes, le paranormal et les spiritualités de remplacement, tandis que d’autres en recherche vont vivre quelques jours dans un monastère pour essayer de voir un peu plus clair dans le tourbillon d’une vie débordée et stressée.

Jésus nous dit aujourd’hui : « Et toi quelle est ta priorité ? Pour quoi, pour qui vis-tu en premier ? Qui a la première place dans ton cœur ? Quelle est la valeur de ta vie ? Quels sont tes choix ? »

Ils sont nombreux, certes ceux qui se sont donnés de grands idéaux, des « étoiles » pour y accrocher leur vie, comme la liberté, l’égalité, la fraternité… Mais dans un monde où les conditionnements ou les inégalités sociales et l’individualisme règnent souverainement, ces idéaux se sont bien vite usés. Parfois même, en leur nom on massacre par fanatisme, on voit apparaître également chez certains un nouvel humanisme avec des valeurs très chrétiennes dans leur source, comme la dignité de la personne humaine, le souci de la justice, le respect de l’environnement, une solidarité à tous les niveaux. Mais comment croire à l’avenir de la planète quand on connaît la folie meurtrière de certains responsables où la course aux intérêts individuels de chaque nation ? A l’échelon individuel, tous ceux qui souffrent de quelque manière, soit dans leur corps soit dans leur cœur, tous ceux qui se débattent dans des difficultés inextricables se demandent s’il y a encore de l’espoir dans cette existence qui les embarque sur son bateau tragique…

Tout au long de l’Evangile, le Christ nous assure pourtant que la vie terrestre a un sens, si on la considère pour ce qu’elle est en vérité : essentiellement un lieu de transit vers une terre nouvelle qu’il désigne sous le nom de Royaume des cieux. Un temps aussi où nous façonnons avec le secours de sa grâce notre visage d’éternité… Et dans le passage d’Evangile que l’Eglise propose aujourd’hui à notre médiation, il fait briller à nos yeux une espérance fabuleuse car il nous rappelle que nous sommes sur terre pour nous préparer à une rencontre exceptionnelle : nous marchons vers un rendez-vous, nous faisons chaque jour un pas de plus vers une présence merveilleuse qui nous attend et apprête à nous combler d’un Bonheur sans limites et sans fin…

Mais n’est-ce pas là, frères et sœurs, ce à quoi, plus ou moins, nous aspirons au fond de nous-mêmes, car l’homme est un être de désir et de désir jamais satisfait tant qu’il chemine ici-bas. Qui de nous n’aperçoit pas en lui une insupportable contradiction ? D’une part, il se découvre comme un être limité, fini, « borné » dans sa connaissance, son amour, ses possibilités, sa durée surtout, et d’autre part il se découvre habité par le désir de l’infini : par une soif de connaissances nouvelles par un amour qu’il voudrait toujours plus grand, par le désir d’un temps qui s’éternise : l’homme est un être fini avec des désirs infini… S’il n’y a pas un au-delà, une vie éternelle, l’homme n’est plus qu’un raté de la création. C’est donc faire preuve d’intelligence que de comprendre que nous serons ici-bas toujours en manque, en recherche, en quête jamais comblée : par conséquent ne nourrissons pas de faux espoirs et accueillons la finitude humaine. Mais c’est faire preuve de foi que de comprendre que cette soif de l’infini a un sens : un jour nous rencontrerons Celui qui est seul capable de nous combler. Celui qui nous traitera comme des princes, nous assoira à sa table et nous servira…Et il se présentera à nous moins comme le maître que comme l’ami et quel Ami ! « Notre cœur est insatisfait tant qu’il ne repose pas en Toi » disait saint Augustin, lui qui avait compris par expérience combien les plaisirs terrestres sont décevants… Grâce à cette vie de foi il est plus facile d’accepter les imperfections de notre vie terrestre et les souffrances inévitables.

Frères et sœurs, cette rencontre suprême avec le Christ Jésus que nous appelons la mort, mais qui est une nouvelle naissance « je ne meurs pas disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, j’entre dans la vie ». N’allons pas croire qu’elle est remise aux Calendes grecques. Lorsqu’on est jeune on s’imagine que la vie est très longue. Tous les anciens savent bien qu’elle est extrêmement courte… « La mort est plus près de nous que notre paupière » dit un proverbe arabe. C’est pourquoi le Seigneur nous invite instamment à la vigilance : « Veillez, car je viendrai à l’improviste, comme un voleur, non pas comme un méchant qui vient traîtreusement vous surprendre, mais à une heure inattendue de jour ou de nuit, pour avoir le plaisir de constater que vous m’attendez. C’est tellement bon d’être désiré ».

Prions très fort, par l’intercession de la Vierge Marie pour que nous soit accordée la grâce d’attendre, non pas dans la peur, mais dans un désir ardent cet ultime rendez-vous qui au soir de notre vie nous jettera dans les bras de notre Dieu pour un avenir éternel de Bonheur et de Gloire.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 08:19

Lecture du livre de Qohélet 1, 2 ; 2, 21-23

Vanité des vanités, disait l'Ecclésiaste. Vanité des vanités, tout est vanité ! Un homme s'est donné de la peine ; il était avisé, il s'y connaissait, il a réussi. Et voilà qu'il doit laisser son bien à quelqu'un qui ne s'est donné aucune peine. Cela aussi est vanité, c'est un scandale. En effet, que reste-t-il à l'homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous les jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n'a pas de repos. Cela encore est vanité.

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens 3, 1-5. 9-11

Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d'en haut : c'est là qu'est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d'en haut, et non pas vers celles de la terre. En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. Faites donc mourir en vous ce qui appartient encore à la terre : débauche, impureté, passions, désirs mauvais, et cet appétit de jouissance qui est un culte rendu aux idoles. Plus de mensonge entre vous ; débarrassez-vous des agissements de l'homme ancien qui est en vous, et revêtez l'homme nouveau, celui que le Créateur refait toujours neuf à son image pour le conduire à la vraie connaissance. Alors, il n'y a plus de Grec et de Juif, d'Israélite et de païen, il n'y a pas de barbare, de sauvage, d'esclave, d'homme libre, il n'y a que le Christ : en tous, il est tout.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 13-21

Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage ». Jésus lui répondit : « Qui m'a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » Puis, s'adressant à la foule : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la vie d'un homme, fût-il dans l'abondance, ne dépend pas de ses richesses ». Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il se demandait : Que vais-je faire ? Je ne sais pas où mettre ma récolte. Puis il se dit : Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j'en construirai de plus grands et j'y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l'existence. Mais Dieu lui dit : « Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l'aura ? Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d'être riche en vue de Dieu ».

Homélie 

Nombreuses sont dans l’Evangile les occasions où Jésus dénonce le danger mortel que constitue pour l’âme la possession des richesses matérielles. Dès le début de son ministère il déclare : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ». Et parmi les épines qui étouffent la bonne semence de la Parole de Dieu, il ne manque pas de mentionner la séduction des richesses. Faut-il en conclure que l’argent est condamnable ne lui-même ? Assurément non ! Car l’argent n’a pas de valeur morale propre ; il peut être utilisé pour le bien comme pour le mal... Mais alors pourquoi Jésus traite-t-il de fou, d’insensé le riche propriétaire qu’on nous présente dans l’Evangile de ce jour ?

- Insensé, cet homme l’est tout d’abord parce que des moyens de vivre dont Dieu le gratifie il fait le but même de son existence. Ayant fait une double récolte, sa seule ambition désormais est d’entasser richesse sur richesses. Et comme le bien-être dépend en grande partie de la richesse, son but, c’est de remplir toute sa vie de cette jouissance « repose-toi, mange, bois, profite de la vie ». Jeune encore, semble-t-il, il se promet du bon temps et pour de nombreuses années... Cet homme, Jésus le considère comme un insensé parce qu’il ne sait pas subordonner les moyens à la fin. Comme dit saint Paul son but est en bas et non en haut, là où se trouvent les vraies valeurs, celles qui demeurent et qui sont les seules capables de combler le cœur de l’homme bien au-delà de ses espérances.

Si Jésus raconte cette parabole c’est à l’évidence pour que nous en fassions l’application à notre propre vie. Cet attachement exclusif aux biens matériels constitue, en effet une tentation permanente, surtout pour nous qui vivons dans un monde où la loi du profit semble être la règle suprême. Ne sommes-nous pas de plus en plus, les esclaves de cette société de consommation qui nous incite par sa publicité omniprésente à profiter de la vie, à posséder le plus de biens possibles, à nous étourdir dans le moment présent et à nous comporter comme si la mort n’existait pas.

Mais une telle vie dites-moi a-t-elle un sens ? Ne sommes-nous pas comme des voyageurs qui s’étant aventurés la nuit dans une forêt ont perdu le nord ? Dieu est-il, oui ou non, le but de notre vie, notre fin dernière, notre unique et définitive richesse ?

Trop souvent, il faut bien le reconnaître parce que nous refusons de le choisir comme le Tout de notre vie, nous sommes, nous aussi, des insensés. Mais l’homme riche de la Parabole est aussi un insensé pour une autre raison : il ne fait pas circuler sa richesse dans le sens où elle devrait aller : c'est-à-dire vers les autres. Son fortune l’a replié et enfermé sui lui-même. C’est un homme seul qui ne vit que pour lui seul. Son énorme « moi » égoïste occupe toute la place. Il ne reconnaît pas ce qu’il doit au travail des autres et il n’est pas question pour lui de partager quoique ce soit... Avec de telles dispositions il ne lui vient même pas à l’idée qu’il pourrait donner par amour ce qu’il a en trop. Cet homme amasse pour lui-même il n’est pas « riche en vue de Dieu ».

Jésus nous donne là une leçon très importante, et plus que jamais actuelle, sur l’usage que nous devons faire des biens terrestres. Il ne faut pas oublier, en effet, ce que l’Evangile nous enseigne par ailleurs : à savoir que pour rejoindre Dieu et concrétiser notre amour pour lui, il nous faut pratiquer le commandement de l’Amour fraternel. Or l’usage des biens matériels, doit lui aussi nous aider à vivre ce commandement, il peut et doit nous aider à devenir charité vivante et agissante.

Si nous voulons mettre en pratique la 1ère Béatitude « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre » nous devons nous détacher spirituellement de tous nos biens pour être de plus en plus riches de Dieu, riches de son Amour. Et ce détachement intérieur parce qu’il nous rend plus libres vis-à-vis de nous-mêmes et de notre avoir nous donne une plus grande aptitude à aimer le prochain, une plus grande aptitude surtout à partager de bon cœur avec les plus démunis. Car – on ne le soulignera jamais assez – si les biens matériels nous sont largement et suffisamment donnés c’est évidemment pour subvenir en premier lieu à nos besoins légitimes et à ceux de notre famille, mais c’est aussi pour subvenir, dans la mesure où il nous en reste aux besoins de nos frères moins fortunés que nous.

Autrement dit dans la pensée de Jésus, le superflu n’est pas fait pour être gardé mais pour être donné... Et là il y a bien des façons de donner : par le biais des œuvres caritatives, par exemple. Tel est en tous cas les plus sûrs des placements... Quant à ceux qui, en dépit des appels évangéliques préfèrent jouir égoïstement d’une richesse considérable qu’ils réfléchissent un seul instant à leur stupidité et à la vanité de leur comportement ! Ils agissent, en effet, à l’exemple du riche propriétaire comme si leurs richesses pouvaient garantir la durée de leur existence, comme si elles étaient une assurance de longue vie. Mais croire que la vie de l’homme dépend de ses richesses, croire qu’avec de l’argent on peut acheter le temps c’est bien la pire des illusions, la vanité des vanités... C’est pourtant celle de presque tous les riches, de presque tous les hommes.

Attention ! dit Jésus « La vie d’un homme fut-il dans l’abondance ne dépend pas de ses richesses ». Et ce qui arrive à l’homme avare et dur de la parole invite à réfléchir... Dieu ne lui demande pas la permission de faire irruption dans sa vie. Il interrompt brusquement son monologue et lui opposant une partenaire vraiment inattendu : la mort. « Cette nuit même on va te redemander ta vie, et ce que tuas mis de côté qui l’aura ? » Le fait qu’il mourut sur l’heure ajoute à la vigueur et au caractère dramatique du récit. Mais n’est pas la réalité quotidienne des infarctus et des accidents de la route ?

Heureux alors, celui qui à son humble ou grande place aura su « être riche en vue de Dieu ». Oui ! Heureux ! à l’heure de la mort, celui qui aura su partager généreusement avec les plus pauvres. Il trouvera au ciel le trésor, qu’il aura ainsi amassé. Et ce trésor le comblera de bonheur pour l’éternité.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 14:31

Lecture du livre de la Genèse 18, 20-32

Les trois visiteurs d'Abraham allaient partir pour Sodome. Le Seigneur dit : « Comme elle est grande, la clameur qui monte de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu'à moi. Si c'est faux, je le reconnaîtrai ». Les deux hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu'Abraham demeurait devant le Seigneur. Il s'avança et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Est-ce que tu ne pardonneras pas à cause des cinquante justes qui sont dans la ville ? Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le pécheur, traiter le juste de la même manière que le pécheur, quelle horreur : Celui qui juge toute la terre va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ? » Le Seigneur répondit : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d'eux je pardonnerai à toute la ville ». Abraham reprit : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre ? Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il répondit : « Non, je ne la détruirai pas, si j'en trouve quarante-cinq ». Abraham insista : « Peut-être en trouvera-t-on seulement quarante ? » Le Seigneur répondit : « Pour quarante, je ne le ferai pas ». Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j'ose parler encore : peut-être y en aura-t-il seulement trente ? » Il répondit : « Si j'en trouve trente, je ne le ferai pas ». Abraham dit alors : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur ? Peut-être en trouvera-t-on seulement vingt ? » Il répondit : « Pour vingt, je ne détruirai pas ». Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu'une fois. Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? » Et le Seigneur répondit : « Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome ».

Lecture de la lettre de saint Paul aux Colossiens 2, 12-14

Frères, par le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui, avec lui vous avez été ressuscités, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d'entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez péché et que vous n'aviez pas reçu de circoncision. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné tous nos péchés. Il a supprimé le billet de la dette qui nous accablait depuis que les commandements pesaient sur nous : il l'a annulé en le clouant à la croix du Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 11, 1-13

Un jour, quelque part, Jésus était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean Baptiste l'a appris à ses disciples ». Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous soumets pas à la tentation ».Jésus leur dit encore : « Supposons que l'un de vous ait un ami et aille le trouver en pleine nuit pour lui demander : Mon ami, prête-moi trois pains : un de mes amis arrive de voyage, et je n'ai rien à lui offrir. Et si, de l'intérieur, l'autre lui répond : Ne viens pas me tourmenter ! Maintenant, la porte est fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner du pain, moi, je vous l'affirme : même s'il ne se lève pas pour les donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu'il lui faut. Eh bien, moi, je vous dis : Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte. Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvre. Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson ? ou un scorpion, quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Homélie

Concernant l’importance et l’efficacité de la prière dont l’Evangile vient de nous parler, on entend souvent cette réflexion : « A quoi bon prier, à quoi cela sert-il, puisque Dieu sait d’avance ce dont nous avons besoin et ce que nous allons lui dire... » A ceux-là il faut répondre : « A quoi cela sert-il d’échanger, de dialoguer de se parler entre amis, entre fiancés, entre époux... »

D’ailleurs, regardons Jésus tout au long de l’Evangile. N’est-il pas évident que pour lui, prier c’est essentiellement se mettre en relation, en communication directe avec ce Dieu infiniment saint qu’il appelle son Père et dont il se sait aimé d’une façon unique parce qu’il est son Fils à un titre unique.

La prière de Jésus, qu’est ce que c’est, en effet, sinon un échange au niveau le plus élevé, un incomparable dialogue d’amour avec le Père très aimant qui déverse en lui son indicible tendresse.

Elle est donc bien là, frères et sœurs la véritable raison d’être de la prière chrétienne, dans ce fait qu’elle s’adresse à un être personnel. Si Dieu, en effet, n’est pas une personne, s’il n’est qu’une idée abstraite lointaine, anonyme, on ne voit pas très bien alors à quoi pourrait servir la prière ; elle serait une absurdité... Mais, si au contraire, comme c’est affirmé tout au long de la Bible, Dieu est vraiment quelqu’un, ce grand vivant qui nous dépasse infiniment certes, mais qui est, en même temps, tout proche de nous, plus présent à nous que nous ne le sommes à nous, même si Dieu est, bien plus encore, ce Père des Cieux, révélé par Jésus qui s’intéresse à tous ses enfants, les entourant d’une merveilleuse tendresse, alors quoi de plus normal, quoi de plus logique pour ces enfants que de chercher à nouer des relations avec lui, afin de répondre, autant que faire se peut à son prodigieux amour. On conçoit mal, d’ailleurs, comment on pourrait aimer quelqu’un sans jamais le rencontrer, sans jamais lui parler, sans jamais lui exprimer ce que l’on pense ou ce que l’on ressent, ne serait-ce qu’au moyen de signes : les regards par exemple qui en disent quelquefois tellement plus que les paroles. Ces mots d’ailleurs, ne sont pas le plus important... Nous savons bien qu’ils sont incapables de traduire parfaitement nos pensées ou nos sentiments. Il en va de même dans la prière : les paroles ne sont que des tremplins grâce auxquels l’âme cherche à s’élever vers Dieu. L’essentiel c’est de parvenir à ce contact, à cette relation vraiment personnelle et unique avec le Seigneur à ce croisement de deux regards, à une véritable union des cœurs. Pensons à cette remarquable formule qu’un paysan d’Ars trouve un jour, pour expliquer à son saint Curé, sa façon à lui de prier : « Je l’avise et il m’avise... » Que c’est beau s’exclamait ensuite le grand homme de Dieu, que c’est beau ! « Je l’avise et il m’avise ».

Disons-nous bien, frères et sœurs que rien ne pourra jamais remplacer ce mystérieux et pourtant si simple face à face avec Dieu, cette sorte de respiration ensemble, ces moments privilégiés de notre vie durant lesquels nous reprenons conscience d’exister par Dieu avec lui et en lui, durant lesquels nous pressentons combien nous sommes aimés et durant lesquels, nous apprenons à notre tour, à aimer. Oui, moments irremplaçables de la plus haute valeur, que ces temps forts de prière où il nous est donné d’intensifier notre relation d’amour avec le Dieu d’amour. C’est la raison pour laquelle Jésus nous invite si instamment à la prière : c’est parce qu’elle est quelque chose de vital. Un chrétien qui ne prie pas n’est pas plus vivant qu’un poisson hors de l’eau : c’est un asphyxié spirituel.

Car la prière, voyez-vous, frères et sœurs, a pour effet de nous plonger et de nous maintenir dans notre véritable milieu de vie qui n’est pas, contrairement aux apparences, le monde matériel, le monde visible dans lequel nous évoluons quelques années, mais le monde invisible « le milieu divin » qui nous enveloppe de toutes parts et englobe toutes choses, mais dont nous avons, hélas ! le redoutable pouvoir de nous échapper. Chaque fois que nous prions, donc, nous nous replaçons dans notre vrai milieu, nous revenons chez nous, dans cette « demeure éternelle » dont parle saint Paul ; nous nous laissons saisir et emporter par ce mystérieux courant d’amour qui nous relie très étroitement à chacune des Trois Personnes Divines, qui nous unit aussi de façon tout à fait privilégiée à Marie, notre Mère selon la Grâce ; qui nous unit encore à tous les habitants du ciel, à toutes les âmes du Purgatoire et enfin à tous ceux qui sur la terre s’efforcent de vivre comme nous dans le Christ. Autrement dit, chaque fois que nous prions, nous nous raccordons, bien que ce soit d’une manière très imparfaite à cette vie d’amour qui sera la notre toute l’éternité.

Chers frères et sœurs, au cours de cette Eucharistie nous adresserons un appel suppliant à celle qui, après Jésus, est le modèle le plus parfait des âmes priantes à Marie, la Vierge Toute Sainte. Puisque Dieu la chargée de notre éducation spirituelle prions la très fort de nous prodiguer ses sages conseils et son aide toute-puissante pour que par le moyen d’une prière, humble, pleine de confiance, ardente et persévérante nous puissions monter toujours plus haut, vers les sommets de la Sainteté et pour que par là Dieu Notre Père soit pleinement glorifié.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 14:00

Lecture du livre de la Genèse 18, 1-10a

Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l'entrée de la tente. C'était l'heure la plus chaude du jour. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Aussitôt, il courut à leur rencontre, se prosterna jusqu'à terre et dit : « Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t'arrêter près de ton serviteur. On va vous apporter un peu d'eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Je vais chercher du pain, et vous reprendrez des forces avant d'aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » Ils répondirent : « C'est bien. Fais ce que tu as dit ». Abraham se hâta d'aller trouver Sara dans sa tente, et il lui dit : « Prends vite trois grandes mesures de farine, pétris la pâte et fais des galettes ». Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer. Il prit du fromage blanc, du lait, le veau qu'on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d'eux, sous l'arbre, pendant qu'ils mangeaient. Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l'intérieur de la tente ». Le voyageur reprit : « Je reviendrai chez toi dans un an, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils ».

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 1, 24-28

Frères, je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l'Église. De cette Église, je suis devenu ministre, et la charge que Dieu m'a confiée, c'est d'accomplir pour vous sa parole, le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations, mais qui maintenant a été manifesté aux membres de son peuple saint. Car Dieu a bien voulu leur faire connaître en quoi consiste, au milieu des nations païennes, la gloire sans prix de ce mystère : le Christ est au milieu de vous, lui, l'espérance de la gloire ! Ce Christ, nous l'annonçons : nous avertissons tout homme, nous instruisons tout homme avec sagesse, afin d'amener tout homme à sa perfection dans le Christ.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 38-42

Alors qu'il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village. Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m'aider ». Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée ».

Homélie

Elles étaient donc deux sœurs : Marthe et Marie ; et Jésus les aimait toutes les deux, ainsi que leur frère Lazare. Comme il arrive le plus souvent entre sœurs elles ne se ressemblaient pas tout à fait. En particulier dans leur façon d’accueillir Jésus. Non pas que leur amour pour Lui fût inégal. L’Evangile ne le prétend pas, mais il s’exprimait autrement.

Marthe, c’est la maîtresse de maison. L’Evangile la nomme en premier. C’est elle qui reçoit Jésus. Elle se sent responsable de l’accueil. Active, dévouée, affairée, elle se laisse accaparer par les multiples occupations du service.

Marie, est nommée en second lieu étant sans doute la plus jeune. Captivée par la parole de Jésus, elle s’est assise à ses pieds et reste là, un peu insouciante, contente de vivre sous son regard.

Marthe donne son travail à Jésus, Marie sa présence douce et aimante.

Jusqu’ici il n’y a aucune ombre au tableau. Jésus ne reproche pas à Marthe de travailler et encore moins à Marie de demeurer auprès de Lui.

Mais voici que Marthe s’impatiente. Elle voudrait que Jésus détache sa sœur de Lui pour l’atteler au travail... Que s’est-il donc passé ?

Au départ, sans nul doute, l’intention de Marthe était bonne : bien recevoir Jésus... seulement peu à peu, son intention a dévié : ce n’est plus à Jésus qu’elle pense, mais à la réussite de sa réception et donc à elle-même. Son amour propre (sinon sa vanité) l’emporte sur son amour pour Jésus. Elle s’énerve, jalouse sa sœur et finit par se plaindre : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider. »

A cette supplique Jésus répond par des paroles qui sont révélatrices de ce qu’Il attend de tous ses disciples.

« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

Ce que Jésus oppose ici, voyez-vous, ce n’est pas service de Dieu et service du prochain, action et prière contemplative, comme on le croit trop souvent.

Ce qu’il oppose, c’est l’attitude du disciple qui écoute avec avidité la Parole de Dieu à l’agitation inquiète et désordonnée, remplie d’amour propre qui ferme le cœur à la pénétration de cette parole.

Tout en sachant très bien que les soucis nous tombent constamment dessus, Jésus n’aime pas que nous leur laissions prendre trop de places. « Ne vous inquiétez pas pour demain, demain s’inquiétera pour lui-même. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu : le reste vous sera donné par surcroît. » Mais c’est précisément ce surcroît qui nous préoccupe à l’excès et Jésus alors fait la guerre à nos mauvaises inquiétudes. « Ne vous inquiétez pas de la nourriture et du vêtement... » Ne laissez pas les ronces des soucis étouffer la Parole... (et combien d’autres paroles semblables que nous connaissons...)

Dans sa réponse à Marthe, Jésus nous dit donc très clairement où est l’essentiel, ce qui, pour nous, doit être la priorité : il ne faut pas que les choses (c’est-à-dire le service, l’action) tout aussi indispensables qu’elles soient, finissent par accaparer l’esprit au point de gêner les mouvements du cœur. Ces élans intérieurs qui nous portent vers Jésus, (en qui nous reconnaissons l’absolu de la vie, de la vérité et de l’amour) et qui nous le font aimer tellement qu’il n’y a plus que Lui qui existe, Lui qui compte, Lui qui est intéressant.

Chers frères et sœurs, nous avons besoin de nous convaincre que ce qui est le plus important pour nous, l’unique nécessaire, c’est cet amour profond, cet amour ardent, qui nous porte à nous tenir tout près de Jésus, à l’exemple de Marie, pour écouter sa parole, puiser dans son regard et nous laisser pénétrer par sa divine présence.

Mais n’est-ce pas ce que nous faisons chaque fois que nous participons à la Messe ? Et chaque fois aussi que, laissant de côté ce qui nous occupe ou nous préoccupe, nous prenons un peu de temps dans la journée pour prier.

Mais ce temps consacré à la prière comment le remplissons-nous ?

  • Le plus souvent nous demandons quelque chose au Seigneur, parce que nous sommes dans une grande détresse par exemple, et nous faisons bien puisque que Jésus nous dit : « demandez et vous recevrez. »
  • D’autres fois, c’est la reconnaissance qui jaillit de notre cœur, parce que nous avons reçu tel ou tel bienfait... et c’est tellement naturel de dire merci. L’Eglise le fait à chaque instant au cours de la Messe.
  • Mais il y a une autre attitude fondamentale de la prière que l’Evangile nous révèle aujourd’hui et qui nous est peut-être moins familière : « Marie se tenait aux pieds du Seigneur, écoutant sa Parole... »

Prendre du temps pour écouter le Seigneur, uniquement pour l’écouter, nous taire, oublier quelques instants nos demandes et nos questions pour le laisser parler, voilà qui est plus difficile mais si nous faisons cet effort, nous parviendrons, c’est sûr, à saisir ce qu’il veut nous dire. Car la prière qui est rencontre de deux personnes ne doit pas être un monologue, mais un dialogue.

Telle est donc aux yeux de Jésus, la meilleure part, celle qui ne nous sera jamais enlevée, car l’amour ne passera jamais ; il dure pour l’éternité.

Et surtout n’allons pas croire chers frères et sœurs que nos activités familiales, professionnelles, apostoliques ou autres pourraient souffrir de cette priorité donnée à l’amour gratuit qui s’exprime dans la prière contemplative. Disons-nous bien que plus nous prierons, plus nous multiplierons les moments d’intimité avec Dieu et plus l’amour surnaturel prendra le dessus au point que toutes nos activités seront portées par son souffle, seront transformées de l’intérieur et atteindront ainsi leur maximum d’efficacité.

C’est de cet unique nécessaire, ne l’oublions pas que tous les saints ont vécu à commencer par Celle qui est leur Reine et notre parfait modèle à tous : la Très Sainte Vierge Marie.

Prions-là très fort pour qu’elle nous apprenne à mener tout ensemble (et le plus harmonieusement possible) l’œuvre de Marthe et l’œuvre de Marie afin que Dieu soit glorifié en tout temps et de toute manière.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 23:05

Lecture du livre du Deutéronome 30, 10-14

Moïse disait au peuple d'Israël : « Écoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses ordres et ses commandements inscrits dans ce livre de la Loi ; reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. Car cette loi que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. Elle n'est pas dans les cieux, pour que tu dises : 'Qui montera aux cieux nous la chercher et nous la faire entendre, afin que nous la mettions en pratique ?' Elle n'est pas au-delà des mers, pour que tu dises : 'Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher et nous la faire entendre, afin que nous la mettions en pratique ?' Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique ».

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 1, 15-20

Le Christ est l'image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c'est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui. Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, c'est-à-dire de l'Église. Il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, puisqu'il devait avoir en tout la primauté. Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 25-37

Pour mettre Jésus à l'épreuve, un docteur de la Loi lui posa cette question : « Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ? » L'autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même ». Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie ». Mais lui, voulant montrer qu'il était un homme juste, dit à Jésus : « Et qui donc est mon prochain ? » Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l'avoir dépouillé, roué de coups, s'en allèrent en le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l'autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l'autre côté. Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui : il le vit et fut saisi de pitié. Il s'approcha, pansa ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent, et les donna à l'aubergiste, en lui disant : Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai. Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l'homme qui était tombé entre les mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répond : « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui ». Jésus lui dit : « Va, et toi aussi fais de même ».

Homélie

La charité chrétienne qu’il nous faut absolument mettre en pratique si nous voulons avoir la vie éternelle (comme Jésus vient de nous le rappeler si vigoureusement dans cet évangile) a deux dimensions :

- une dimension verticale qui tourne notre cœur vers Dieu.

- une dimension horizontale qui ouvre notre cœur à nos frères. Mais c’est le même courant d’amour, qui dans un perpétuel va et vient nous relie à Dieu et aux autres.

Il ne peut y avoir de vraie charité si l’une de ces deux dimensions vient à manquer : « celui qui prétend aimer Dieu et n’aime pas son frère, affirme saint Jean, est un menteur ». La qualité de notre amour du prochain garantit toujours le degré de notre amour de Dieu et inversement.

Mais peut-être la question du Docteur de la Loi « qui est mon prochain ? » brûle-t-elle également nos lèvres. La réponse Jésus l’a donnée une fois pour toute dans cette émouvante parabole du Bon Samaritain que nous venons d’entendre : mon prochain c’est n’importe lequel de mes frères blessé dans son corps ou dans son cœur et dont je dois m’approcher pour l’aimer. L’admirable exemple qui nous est donné par le Bon Samaritain met en lumière les trois grandes caractéristiques de la charité chrétienne. Elle doit être à la fois effective, universelle et surnaturelle.

- La charité doit être en premier lieu effective : elle n’est pas un amour vaporeux, une tendresse un peu trop sentimentale qui ne s’engage pas : elle n’est pas ce regard de pitié qu’ont peut être rejeté les deux prêtres de la parabole se disant en eux-mêmes « oh le pauvre homme ». La charité chrétienne est un amour qui s’engage, qui sait prendre sur son temps ou sur son argent et qui dans tous les cas paye de sa personne. Le Bon Samaritain s’est dérangé lui-même : il n’a pas exercé la charité par personne interposée, il ne s’est pas contenté de donner une aumône pour que d’autres s’occupent de ce malheureux : il est descendu de sa monture, lui a donné les premiers soins et l’a pris a bras le corps. Il s’est dont compromis personnellement sans se soucier des risques ou du qu’en-dira-t-on. La charité authentique consiste donc dans un don effectif est désintéressé de soi-même.

- Et ce don considéré du point de vue de l’extension ne doit pas avoir de limites. La vraie charité ne connaît pas de frontières : elle est universelle. Jésus vent nous le montrer en prenant l’exemple le plus apte à faire hurler les pharisiens. Pourquoi, en effet, ce choix d’un samaritain ? Il faut savoir qu’au temps de Jésus, samaritains et juifs ne pouvaient pas se voir. Un mur de haine séparait les deux races. Les habitants de la Samarie étaient considérés par les Juifs comme des étrangers malveillants au sein de la nation. On évitait le plus possible de traverser la Samarie, en tout cas on ne s’adressait jamais la parole. C’est dire le mérite singulier du Bon Samaritain de la Parabole. Ce Juif qu’il assiste, ligoté et bâillonné dans un fossé, n’aurait pas manqué de manifester son mépris s’il avait été valide en le voyant passé... et cela, bien sûr, le Samaritain ne pouvait l’ignorer. La leçon qu’il nous donne, c’est que la vraie charité n’agit pas pour la reconnaissance : elle ressemble à un rayon qui part et qui ne revient pas... et elle doit agir même si elle s’attend à ne trouver en face d’elle que mépris, haine ou méchanceté. « Aimez vos ennemis, nous dit Jésus et priez pour ceux qui vous persécutent, car si vous aimez ceux qui vous aiment quel mérite en avez-vous ? Les païens n’en font-ils pas autant ? »

Nous touchons là, voyez-vous, chers frères et sœurs un point où le christianisme se distingue des autres religions, il exige l’amour de tous absolument, y compris celui des ennemis. Cela veut dire que pas un seul homme ne doit être exclu dans notre charité. Celui qui refuse d’aimer un seul de ses semblables ne peut pas dire qu’il a en lui la charité du Christ : en réalité, il n’aime pas Dieu. Mais c’est bien trop exigeant me direz-vous, c’est pratiquement impossible... Oui, c’est impossible à la nature humaine livrée à ses seules forces... Nous ne savons que trop, par expérience, où peuvent nous porter nos mouvement de nature, voilà pourquoi la vraie charité chrétienne ne peut nous être inspirée et donnée que par un au-delà de notre nature : autrement dit la vraie charité est surnaturelle. Elle nous fait aimer avec le cœur même de Dieu, ainsi que Jésus lui-même nous l’a demandé « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés... » C’est ce « comme » qui est important et qui commande tout... cela veut dire que notre amour fraternel doit non seulement imiter l’amour de Jésus, mais qu’il doit être de même nature que le sien, dès lors, nous ne pouvons aimer comme Jésus que si nous sommes nous-mêmes remplis de l’amour de Jésus, que si Jésus peut faire passer l’amour de son cœur divin jusque dans notre propre cœur. Or, cette transfusion, nous le savons, ne peut s’opérer que dans la mesure où par une prière ardente et persévérante nous sommes pour ainsi dire branchés sur Dieu ; dans la mesure aussi où par les sacrements, surtout l’Eucharistie, nous puisons à la source même de l’amour.

Tel est donc, chers frères et sœurs, l’Idéal de la charité selon l’Evangile. Puissions-nous, à l’exemple de Marie, la Mère du Bel Amour et avec son aide toute maternelle progresser chaque jour dans cette charité qui consiste essentiellement en un don de Dieu infusé dans nos cœurs par le Saint-Esprit, don qui nous permet d’aimer Dieu de l’amour dont il s’aime lui-même et d’aimer tous nos frères de l’amour dont Dieu lui-même les aime.

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article
26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 23:05

Lecture du livre d’Isaïe 66, 10-14c

Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d'elle, vous tous qui l'aimez ! Avec elle soyez pleins d'allégresse, vous tous qui portiez son deuil ! Ainsi vous serez nourris et rassasiés du lait de ses consolations, et vous puiserez avec délices à l'abondance de sa gloire. Voici ce que dit le Seigneur : Je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve, et la gloire des nations comme un torrent qui déborde. Vous serez comme des nourrissons que l'on porte sur son bras, que l'on caresse sur ses genoux. De même qu'une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai, dans Jérusalem vous serez consolés. Vous le verrez, et votre cœur se réjouira ; vos membres, comme l'herbe nouvelle, seront rajeunis. Et le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 6, 14-18

Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil. Par elle, le monde est à jamais crucifié pour moi, et moi pour le monde. Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir ou de ne pas avoir la circoncision, c'est la création nouvelle. Pour tous ceux qui suivent cette règle de vie et pour le véritable Israël de Dieu, paix et miséricorde. Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter. Car moi, je porte dans mon corps la marque des souffrances de Jésus. Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 1-12. 17-20

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets.

Parmi ses disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N'emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route. Dans toute maison où vous entrerez, dites d'abord : « Paix à cette maison ». S'il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l'on vous servira ; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu'on vous offrira. Là, guérissez les malades, et dites aux habitants : « Le règne de Dieu est tout proche de vous ». [Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, sortez sur les places et dites : « Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous la secouons pour vous la laisser. Pourtant sachez-le : le règne de Dieu est tout proche ». Je vous le déclare : au jour du Jugement, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville ».

Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux. Ils racontaient : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom ». Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. Vous, je vous ai donné pouvoir d'écraser serpents et scorpions, et pouvoir sur toute la puissance de l'Ennemi ; et rien ne pourra vous faire du mal. Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux ».]

Homélie

Être chrétien, c’est suivre Jésus. C’est ce que saint Luc nous disait dans l’Evangile de dimanche dernier. Suivre Jésus, non pas matériellement, ni même le suivre en le copiant par une sorte d’imitation purement extérieure, mais aller avec lui sur le chemin de l’amour jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’à la Croix.

Dans l’Evangile de ce jour saint Luc nous dit quelque chose de nouveau : être disciple de Jésus ce n’est pas seulement le suivre, c’est aussi d’une certaine façon le précéder. Aller en avant de Lui, être envoyé par Lui, là où il veut lui-même se rendre : « il les envoya deux par deux devant Lui, dans toutes les villes ou localités où lui-même devait aller ».

De tout temps on a vu les disciples d’un grand Maître se faire les propagandistes de sa sagesse ou de sa puissance, ou de son art. Ici, notons-le bien, c’est Jésus lui-même qui prévoit et organise cette diffusion de son message et de son œuvre à travers le monde en y préparent ses disciples.

L’Eglise que Jésus a fondée pour être le Sacrement du salut est de par sa constitution même, missionnaire elle doit se communiquer se répandre de plus en plus... « Allez dans le monde entier de tous les peuples faites mes disciples ».

Nous savons tous qu’il y a dans le christianisme deux phases qui se succèdent, mais qui sont complémentaires :

- Tout d’abord Jésus a accompli en sa propre personne le retour de l’homme vers Dieu. Il a été, au prix de son sang l’homme totalement fidèle à Dieu, jusqu’au bout, par amour. C’est pourquoi sa mort s’est transformée en Résurrection glorieuse et en vie éternellement bienheureuse. En Lui, notre Rédempteur, l’essentiel est accompli : l’homme est libéré de l’esclavage du péché et devient capable d’accueillir en Lui la vie surnaturelle, la vie divine qui le fait enfant de Dieu.

- Le salut est acquis pour tous, mais globalement. Reste à le monnayer... et c’est la seconde phase. Il faut, en effet, que la victoire de l’amour passe de Jésus à tous les hommes. Or cette extension, cette communication à tous du mystère de sa Pâque (de son passage de la mort à la vie) c’est aux hommes eux-mêmes que Jésus la confie, comme leur part à eux, la part qu’ils doivent fournir pour la rédemption du monde. En Jésus, donc, tout est accompli et cependant tout reste à faire, puisqu’il faut annoncer à tous la Bonne Nouvelle et unir les hommes à Dieu par la foi, les sacrements et l’amour. C’est pour cela que Jésus envoie les disciples et il les associe tellement à Lui qu’il va jusqu’à dire « Celui qui vous écoute, m’écoute ; celui qui vous accueille, m’accueille ».

Ainsi les disciples tout en suivant Jésus, les précèdent dans le monde. Ils vont là où il n’est pas encore connu, là où il n’est pas encore aimé. Ils vont en messagers, en envoyés pour faire connaître celui qui désire tout donner aux hommes le véritable bonheur.

Certains comme Pierre, Jaques, Jean, Paul et leurs innombrables successeurs : évêques et prêtres sont choisis par Jésus d’une manière spéciale au point que cette mission devient toute leur vie, le moteur de toutes leurs activités... C’est à ceux-là, sans nul doute que s’appliquent en premier lieu les paroles de Jésus rapportées par saint Luc « N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales », c'est-à-dire ne vous encombrez pas, soyez totalement libérés de tout, entièrement disponibles : ne vous appuyez sur rien d’autre que sur la force de l’Evangile, que sur la grâce toute-puissante de Dieu.

Mais il ne faudrait pas croire pour autant, frères et sœurs, que ces paroles du Christ ne concernent que les évêques, les prêtres, les missionnaires au sens technique du terme. Dès l’origine, chaque chrétien sait qu’en devenant disciple de Jésus il devient du même coup son témoin dans le monde et le porteur de son message de salut. Au jour de notre Baptême nous avons reçu le don merveilleux de la foi. Au fil des années nous avons cultivé cette foi, si nous nous sommes efforcés de mettre en pratique le Parole de Dieu, notre vie a trouvé tout son sens et toute sa plénitude. Jésus est le grand phare qui éclaire notre route. Mais cette lumière de la foi nous ne l’avons pas reçue pour en jouir égoïstement, mais pour la rayonner, pour la partager... N’oublions pas que partout dans le monde des millions d’hommes et femmes sont dans l’attente de « quelqu’un » qui viendra éclairer les ténèbres de leur vie et mettre fin à leur désespoir. Et comme, à l’heure actuelle, les ouvriers pour la moisson sont hélas trop peu nombreux, nous devons nous sentir encore plus responsables de la propagation de foi. Le Seigneur a besoin de nous ; il veut avoir besoin de nous pour le faire connaître et aimer.

Et disons-nous, frères et sœurs, que pour cela il n’est pas nécessaire de partir au loin, ni de faire des choses extraordinaires. C’est dans le quotidien de nos vies que Jésus nous demande d’être ses témoins. Sans doute à ceux qui nous entourent - qui pour la plupart sont incroyants ou indifférents - il ne faut pas avoir peur lorsque les circonstances s’y prêtent, d’annoncer explicitement le Christ : d’exposer par exemple les motifs de notre foi, les raisons que nous avons de ne pas penser ou agir comme tout le monde « N’hésitez pas à rendre compte, nous dit saint Paul, de l’espérance qui est en vous ».

Mais il nous faut avant tout témoigner par nos actes : en nous efforçant de nous comporter en toutes choses comme Jésus ferait s’il était à notre place, en mettant au centre de notre vie l’amour et non pas l’égoïsme ou la haine, en nous mettant au service de tous (surtout les plus pauvres et les malheureux), en étant toujours et partout des artisans de réconciliation, d’unité et de paix.

Il faut que nous en soyons bien convaincus : la manière la plus efficace de démontrer Dieu, c’est de le montrer. Et nous ne pouvons le montrer que s’il transparait à travers tout notre être ; dans toutes nos paroles, dans toutes nos attitudes.

Refléter le visage d’amour de Jésus, devenir une copie vivante de Jésus, n’est-ce pas, frères et sœurs, l’objectif premier de notre vie chrétienne, l’idéal vers lequel nous devons tendre de toutes nos forces, en intensifiant notre union avec Lui par ces moyens irremplaçable que sont la prière et les sacrements.

Puisse la Vierge Marie qui et la Reine des Apôtres et qui collabore si étroitement à l’œuvre sanctificatrice de l’Esprit-Saint, nous éduquer à cette vie intérieure, à cette communion très intime avec Dieu qui est, selon la belle expression d’un grand Maître spirituel : « l’âme de tout apostolat ».

Amen.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année C
commenter cet article

Présentation

  • : Le Blog de Jackie
  • Le Blog de Jackie
  • : Nombreux coloriages catholiques et autres, vies de saints et homélies.
  • Contact

Qui Suis-Je ?

  • Jackie
  • Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog. Il y a une multitude d'infos de toutes sortes : coloriages, contes... Bonne balade à tous. Merci.

Ma Bible illustrée

ANCIEN TESTAMENT

NOUVEAU TESTAMENT

Divers

 

 

 

 

 

Meteo Corrèze

 

 

 

Compteur mondial

 

Mon Coup de Coeur