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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 19:00

Lecture du livre du prophète Malachie 3, 19-20

Le jour du Seigneur viendra comme un Soleil de justice qui apportera la guérison de toutes les injustices de notre monde.

Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l'impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, dit le Seigneur de l'univers, il ne leur laissera ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement.

Commentaire : Position difficile que celle du prophète Malachie, qui doit affronter une communauté inquiète et désemparée, prête à tout « lâcher ». C’est que les promesses de Dieu semblent n’être pas tenues ; ni le retour de l’exil de Babylone, ni la reconstitution du Temple n’ont vu sonner l’heure du bonheur promis aux fidèles du Seigneur. Que répondre à ces gens, sinon les engager à espérer fermement le jour du Seigneur ? C’est la nuit qu’il faut croire à l’aurore du jour nouveau.

Quand il nous semble que notre prière est vaine, que nous parlons dans le noir, persévérer avec la certitude que le Christ, Soleil de justice, illuminera nos ténèbres.

Psaume 97

R/ : Il vient, le Seigneur, gouverner les peuples avec droiture.

  • Jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ; au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur ! R/
  • Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ; que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie. R/
  • Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture ! R/

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 3, 7-12

À ceux que l’espoir d’un retour imminent du Christ conduit à vivre désœuvrés, l’apôtre rappelle que, lui, il travaille de ses mains.

Frères, vous savez bien, vous, ce qu’il faut faire pour nous imiter. Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ; et le pain que nous avons mangé, nous ne l’avons pas reçu gratuitement. Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous. Bien sûr, nous avons le droit d’être à charge, mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter. Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains d’entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Paul a eu souvent l’occasion d’exposer les motifs qui l’ont amené à travailler de ses mains, tout en assumant sa tâche missionnaire et pastorale. La raison première est de supprimer un obstacle possible à l’annonce de l’Évangile : en le proposant gratuitement, il ne pouvait laisser croire qu’il y trouvait un produit financier. L’apôtre reconnaît cependant le droit des pasteurs à être pris en charge par les communautés chrétiennes, comme il le fut lui-même par les chrétiens de Philippes. Le travail manuel permit aussi à Paul d’avoir contact avec les artisans et les petites gens, comme à Corinthe, par exemple. Enfin, l’apôtre offrait en sa personne un modèle à imiter, et il sait le rappeler aux illuminés de Thessalonique, qui cessaient de travailler sous prétexte que le retour du Christ était proche.

Pas de temps ni d’espace réservés dans notre vie pour témoigner de l’Évangile. C’est dans les solidarités nouées avec nos frères là où nous travaillons, étudions, habitons, là où nous prenons nos loisirs que nous devons être l’apôtre que leur envoie Jésus Christ.

Alléluia. Alléluia. Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 21, 5-19

L’histoire entre Pâques et le retour du Christ est, pour Luc, le temps de l’Église, chargée de porter témoignage avec persévérance, malgré les persécutions.

En ce temps-là, comme certains disciples de Jésus parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin ». Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel.

Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : La question posée a trait à la date et aux signes annonciateurs de la destruction du Temple de Jérusalem. Jésus en profite pour mettre en garde ses disciples – et, dans la perspective de Luc, les chrétiens de la primitive Église – contre les imposteurs qui annonceront la proximité de la venue du Christ et de la fin des temps. Une longue période doit s’écouler avant cette venue : « Ce ne sera pas tout de suite la fin », dit Jésus, qui ajoute : « mais avant tout cela » vous serez persécutés. Puisque cette persécution doit se prolonger jusqu’à la venue du Christ, autant dire, que, pour Luc, la condition des chrétiens en ce monde est de se trouver continuellement en butte aux tracasseries et aux moqueries, à cause de leur foi. Luc s’empresse de signaler des éléments réconfortants : voilà une « occasion de porter témoignage » au Christ, qui donnera à ses disciples de quoi répondre à leurs accusateurs et veillera attentivement sur eux. C’est cette persévérance des chrétiens qui les mènera à la Vie.

Comment pouvons-nous participer, dans notre communauté chrétienne, au soutien à apporter aux jeunes, aux nouveaux baptisés, aux enfants de la profession de foi, pour qu’ils persévèrent dans leur attachement à Jésus Christ ?

Homélie

Les commentateurs de la Bible définissent les textes que nous venons d’entendre comme étant « eschatologiques ». Il s’agit d’un mot grec qui signifie « ce qui regarde les fins dernières de l’homme et du monde ».

Ces textes, en effet, attirent notre attention sur deux points importants : d’une part la Fin du Monde et d’autre par le Jugement de Dieu.

Tout d’abord saint Paul nous avertit que même si « la figure de ce monde doit passer », ce n’est pas là une raison pour ne rien faire et attendre les bras croisés qu’advienne le grand chambardement final. Au contraire le chrétien doit s’employer de toutes ses forces à améliorer et transformer ce monde. En fait, nous gagnerons l’éternité en gagnant honnêtement notre pain quotidien, en accomplissant avec le maximum d’amour notre devoir d’état. La perspective de la fin du monde ne doit pas être un prétexte à l’évasion ou à un faux désintéressement de cette vie d’ici-bas.

Il est vrai que nous devons attendre le Jour du Seigneur individuel ou collectif avec la meilleure préparation possible sans nous attacher à ce monde provisoire... Mais ne pas s’attacher à ce monde provisoire ce n’est pas le refuser ou lui tourner le dos.

La foi, ce n’est pas avoir peur de la fin du monde, ce n’est pas se comporter en découragé en se disant qu’il ne sert à rien de bâtir si tout vient à être détruit.

Croire ce n’est pas s’évader du temps présent pour s’installer dans l’au-delà par la rêverie ou l’imagination fantaisiste, sous les dehors de la religion. La foi nous pousse au contraire à employer chaque moment présent pour transformer le monde de telle manière que dans toutes ses dimensions culturelles, économiques ou politiques il puisse progresser de ce que Dieu veut pour le plus grand bien de tous. La foi nous pousse à aimer cette terre où s’accomplit notre sanctification, où nous construisons pierre par pierre c’est-à-dire par la succession de nos actes d’amour la maison éternelle que nous habiterons demain.

On fait souvent remarquer que les grands mystiques, ceux qui ont le cœur brûlé de l’amour de Dieu à tel point qu’ils se meurent de ne pas mourir, sont aussi les plus actifs, des gens qui ne boudent pas cette terre. D’ailleurs combien belle est l’image de notre pape Jean-Paul II embrassant la terre de chaque pays lorsqu’il arrivait pour une visite apostolique... Il voulait marquer par là son attachement et son acquiescement à poursuivre le combat pour la dignité et la liberté de tous les peuples de la terre.

Le deuxième point de notre méditation nous est fourni par l’Évangile. Pendant que les apôtres admirent le Temple de Jérusalem qui fait leur orgueil, Jésus regarde aussi cet endroit prestigieux, mais son regard outrepasse ces pierres et va au-delà de cet édifice religieux devenu lieu de commerce, de fausse dévotion et de gloire humaine...

Mais avons-nous pensé, frères et sœurs, que c’est ce même regard de Jésus qui se pose sur nous en ce jour, qui nous pénètre, qui nous scrute... Nous qui sommes des temples du Seigneur, nous qui présentons peut-être une façade ou des apparences, un jour nous serons détruits... Un jour viendra où les pierres de notre orgueil seront basculées, où les autels de nos idoles (l’argent par exemple) seront renversés, où les espaces de nos petits commerces et de nos profanations seront exterminés...

Au jour du Jugement, tout s’écroulera de ce qui n’est pas saint, tout sera brûlé de ce qui n’est pas pur, tout sera condamné de ce qui n’est pas juste. Il ne restera pas pierre sur pierre de l’édifice de nos vanités, de nos superficialités et de nos mondanités. Seuls pourront subsister le silence de nos prières et de notre foi, la paix de notre conscience droite, la douceur de notre amour, la victoire sur nos passions, la lumière de nos bonnes œuvres, le détachement de notre cœur, la transparence de la vérité en nous.

Oui, frères et sœurs, le Jugement du Monde vient. Et (comme saint Paul nous le rappelle avec vigueur dans sa 2ème lettre aux Corinthiens) tous nous devrons comparaître à découvert « devant le tribunal du Christ pour que chacun retrouve ce qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en mal ».

En terminant notre méditation, contemplons de façon particulière la Très Sainte Vierge Marie qui fut le Temple de Dieu par excellence. Fixons-là du regard dans sa demeure définitive en Dieu dans la gloire. Elle est pour nous le Signe grandiose dont parle l’Apocalypse : signe de la lutte contre le démon, mais surtout signe de la victoire contre toutes les forces des ténèbres. Elle est donc de ce fait, un modèle et un soutien pour chacun de nous. Comme cette Mère bien-aimée nous serons un jour élevés dans la gloire, si nous savons chaque jour opposer notre refus à toute séduction du mal, si nous savons « trouver notre joie dans la fidélité à servir constamment le Créateur de tout bien ».

Amen. 

Prière universelle

Adressons nos prières à celui qui est notre rocher dans la tempête :

  • Pour l'Église, et pour tous les baptisés, afin qu'ils soient de vrais témoins de ton amour, Seigneur, nous te prions !
  • Pour tous ceux qui sont persécutés à cause de l'Évangile. Que ton Esprit les habite, leur donne force, courage, Seigneur, nous te prions !
  • Pour toutes les victimes de la guerre, de la famine, des épidémies, des catastrophes naturelles, et pour ceux qui se mettent au service des plus démunis, Seigneur, nous te prions !
  • Pour tous ceux qui, aujourd'hui, se sont égarés dans les sectes ou de fausses croyances. Qu'ils trouvent dans ta Parole et le témoignage de ton Église la lumière qu'ils recherchent, Seigneur, nous te prions !
  • Pour notre communauté. Que nous demeurions persévérants dans une même foi, une même espérance et une même charité, Seigneur, nous te prions !

Prions : Dieu éternel et tout-puissant, entends l'appel de tes enfants. Exauce leur prière afin que se réalise dès ici-bas le monde nouveau que tu nous as promis. Nous te le demandons par Jésus, ton Fils bien-aimé, pour les siècles des siècles. Amen.

Source de la P.U. : https://diocese.ddec.nc/

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5 novembre 2019 2 05 /11 /novembre /2019 21:22

Lecture du deuxième livre des Martyrs d'Israël 7, 1-2. 9-14

Les hommes capables de donner leur vie sont les seuls à pouvoir croire à la Résurrection.

En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères ». Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle ». Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver ». Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie ». – Parole du Seigneur.

Commentaire : Nous serons tentés de parler de fanatisme religieux, s’il ne s’agissait que de refuser ou non de manger de la viande de porc. En fait, l’enjeu est d’une plus grande importance : les empereurs grecs qui gouvernent la Palestine, à la suite des conquêtes d’Alexandre, entendent assimiler tous les peuples soumis à leur pouvoir, en leur imposant la civilisation, la culture et aussi les dieux des Grecs. Ils rencontrent en Israël une farouche résistance, notamment auprès de ceux qui se nommeront plus tard les pharisiens. Ce sont eux qui, les premiers, affirmèrent leur foi en la résurrection de leurs martyrs : la mort pourrait-elle séparer de Dieu ceux qui l’ont acceptée ici-bas pour ne pas se séparer de lui ?

Notre espérance en la Résurrection nous fait-elle affronter avec joie le renoncement à nous-mêmes, les moqueries et même parfois les persécutions qui accompagnent notre fidélité au Christ ?

Psaume 16

R/ : Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur.

  • Seigneur, écoute la justice ! Entends ma plainte, accueille ma prière. Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit, tu m'éprouves, sans rien trouver. R/
  • J'ai tenu mes pas sur tes traces, jamais mon pied n'a trébuché. Je t'appelle, toi, le Dieu qui répond : écoute-moi, entends ce que je dis. R/
  • Garde-moi comme la prunelle de l’œil ; à l'ombre de tes ailes, cache-moi, Et moi, par ta justice, je verrai ta face : au réveil, je me rassasierai de ton visage. R/

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 16-17. 3, 1-5

Notre réconfort, c’est Dieu, lui qui nous a donné assurance et joyeuse espérance.

Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien. Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous.

Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Ce serait bien plus facile, au fond, si les illuminés de Thessalonique avaient raison, car il est des jours où la vie chrétienne est pesante, par l’écartèlement qu’elle exige : être du monde, participer à sa construction, lutter pour l’avènement de la justice et de la fraternité, et, dans le même temps, refuser l’esprit du monde, ne pas accepter que tous les moyens soient bons, attendre de Dieu seul la pleine justice et la véritable fraternité.

Éprouvons-nous cet écartèlement de la vie chrétienne ? Si oui, c’est bon signe. Si non, c’est ou bien parce que nous ne sommes pas engagés de tout cœur dans le monde, ou bien parce que nous n’y sommes plus comme témoins du Christ. Un levain sans pâte, dans le premier cas, une pâte sans levain, dans le second, ‘est tout comme : rien ne lèvera.

Alléluia. Alléluia. Jésus-Christ, le premier-né d’entre les morts, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 20, 27-38

La foi en la résurrection des morts se fonde sur la certitude que Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants.

En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : ‘Si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d’enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère.’ Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »

Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur ‘le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob’. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui ». – Acclamons la Parole du Seigneur.

Commentaire : Ces objections des sadducéens procèdent à la fois d’une conception très matérielle de la Résurrection et d’un manque de foi en la puissance de Dieu. Conception matérielle de la Résurrection, quand on se représente la vie nouvelle comme une continuation pure et simple de ses activités, avec un corps à l’image de son corps sensible et mortel, soumis au temps qui s’écoule entre la vie et la mort. Pour couper court à cette imagination, Jésus parle d’êtres semblables aux anges, ce qu’il ne faut pas non plus interpréter matériellement ou angéliquement ! Manque de foi en la puissance de Dieu, dont l’amour nous serait promis tout au plus pour les quelques années de notre existence terrestre, et dont l’amitié nouée avec les hommes, Abraham, Isaac et Jacob, par exemple, se réduirait à une inscription gravée sur un monument aux morts.

« Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Je poursuis cette énumération en y ajoutant le nom des défunts que j’ai aimés et qui m’ont aimé : tous vivent en effet pour lui et par lui.

Homélie

C’est une question capitale de la foi qui nous est posée par les lectures de ce dimanche, l’éternelle question qui divise les hommes : où sont-ils donc tous ces parents et amis défunts pour lesquels l’Eglise nous fait prier en ce mois de novembre ? Est-ce que tout est fini avec la mort ou bien y a-t-il une autre vie après cette vie ?

C’est une question que notre civilisation, il faut bien le reconnaître s’efforce de camoufler, d’escamoter par tous les moyens alors même que la radio, la télévision et la presse, la rendent quotidienne en nous annonçant qu’il y a en tant et tant au cours d’une guérilla, dans un accident d’avion, ou un tremblement de terre...

Nous connaissons tous cette formule célèbre d’un poète contemporain : « Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas... »

- L’évangile nous montre qu’au temps même de Jésus, certains juifs pratiquants ne croyaient pas à la résurrection des morts et la tournaient en ridicule... Aujourd’hui encore les sondages montrent qu’une bonne proportion de ceux qui se disent chrétiens n’y croit pas non plus...

- La première lecture, au contraire, nous montre la foi admirable des juifs persécutés deux siècles environ avant Jésus : c’est déjà la foi en la résurrection : « Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas... » Éternelle question qui nous est posée à nous aussi : où sont-ils donc les parents et amis qu’on aimait tant ! La réponse c’est le cœur même de la foi chrétienne, c’est l’essentiel du christianisme. La réponse c’est la foi en Jésus ressuscité et en sa Parole : « Celui qui croit en moi fut-il mort vivra ».

Souvent on demande : en quoi les chrétiens sont-ils différents : « Ils ne sont pas meilleurs que les autres », dit-on et c’est souvent vrai, hélas ! Le chrétien est différent des autres par sa foi en Jésus ressuscité et donc par sa foi en la résurrection des morts promises par Jésus et cette différence capitale rejaillit sur toute sa façon de vivre.

Celui qui croit au ciel ne peut pas vivre comme celui qui n’y croit pas.

Celui qui croit, en Jésus vivant, ressuscité, celui qui croit en la vie éternelle au-delà de la mort, celui qui croit au ciel, celui-là vit autrement sur la terre, car il sait que la vie sur la terre est un pèlerinage dont le but est ailleurs. Il sait, celui-là, que le trésor, ce qu’il faut garder coûte que coûte et même augmenter, ce qu’il faut accumuler, ce n’est pas l’argent, ce n’est pas le pouvoir, ce ne sont pas les honneurs, c’est l’Amour, l’amour désintéressé, l’amour qui s’oublie, qui se sacrifie, qui pardonne et reconstruit l’amour qui partage, l’amour don de soi au pauvre, à l’étranger, envers l’ennemi même... C’est l’amour qui sauve sans jamais tuer, l’amour qui fait vivre, l’amour pur, noble, juste doux et pacifique. Bref, l’amour selon les Béatitudes.

C’est cela, frères et sœurs, la valeur suprême : c’est l’amour même dont Jésus nous a aimés... C’est cela qui fait vivre, qui nous fait vivre déjà ici bas à la manière de Jésus, c'est-à-dire de la vie divine, de la vie éternelle. Car la vie éternelle est déjà commencée, pour celui qui croit au ciel, et il en vit, dès cette terre, jour après jour. Et quand vient pour lui la dernière heure, ce n’est pas tant de sa mort qu’il faut parler, mais de sa naissance au ciel, de son passage en Dieu, vers la vie éternelle où tout l’amour de son cœur va s’épanouir en Dieu.

Oui, pour celui qui croit au ciel, la mort n’est qu’un passage : une Pâque vers la Résurrection. Où sont-ils donc les parents, les amis qu’on aimait tant ? Ils sont en Dieu, dans toute la mesure où ils ont aimé à la manière de Jésus et cru en sa Parole : « Celui qui croit en moi, fut-il mort vivra... » Après la purification nécessaire, que les messes célébrées pour eux peuvent hâter, ils vivent dans le cœur de Dieu, de la vie de son Esprit. C’est l’amour de Dieu et des frères dont leur cœur est rempli qui les fait vivre et les fait vivre dans une joie indicible, une joie parfaite qui n’a rien de comparable avec les joies de la terre.

« Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas ».

- D’un côté la maman admirable de foi avec ses sept fils, méprisant la mort,

- De l’autre les Sadducéens sceptiques...

Qu’en est-il pour nous ? Serions-nous gagnés par l’ambiance qui nous entoure où l’on escamote la mort parce qu’on ne croit pas au ciel ?

L’Eglise nous demande d’être chaque jour les témoins d’une vie autre que celle d’ici-bas. Ce dimanche nous rappelle qu’un chrétien c’est celui qui a choisi de croire au ciel et qui vit en conséquence, faisant de toute sa vie comme un apprentissage de la vie éternelle. Une préparation, une pré-adaptation à la vie éternelle

Cette foi qui espère, l’Eucharistie va une fois de plus nous la faire célébrer, comme elle va aussi la réveiller, la nourrir et la fortifier.

Puisse notre communion au sacrifice du Christ faire grandir en nous la grâce de notre baptême qui est, ne l’oublions pas, germe de vie éternelle et gage de Résurrection pour notre corps. Et que notre prière s’inspire de cette belle oraison qu’on trouve dans la Liturgie Monastique des Heures :

« Seigneur, Dieu des Vivants, par le Christ, Vainqueur de la mort tu nous appelles à une vie sans déclin. Fais de nous tes fils et les héritiers de la Résurrection pour que nous puissions avec les anges contempler et louer ta gloire à jamais. Amen ».

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1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 17:35

Lecture du livre de la Sagesse 11, 23 – 12, 2

Dieu créateur pourrait-il avoir du dégoût pour les êtres qu’il a créés ? N’est-il pas le maître qui aime la vie ?

Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous.

Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pêchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Dieu ne connaît pas la haine et n’a de dégoût pour personne. Cette affirmation n’est pas nouvelle pour le peuple de Dieu, bien qu’il ait toujours eu de la peine à concilier la justice de Dieu, dont il attendait le châtiment des coupables – notamment celui de ses ennemis – avec sa bonté pour tous. L’auteur quitte le point de vue trop exclusif de son peuple pour prendre une visée plus universelle : Dieu créateur n’est-il pas l’ami de tous ceux à qui il donne vie ?  Quel autre dessein pourrait-il avoir que de patienter avec eux, d’offrir à chacun la chance de la conversion et de la foi ? Et, puisque Dieu peut tout, ne disons pas trop vite qu’il a échoué, parce que nous, nous n’avons pas réussi.

Quelle attention portons-nous aux manifestations de la vie qui passionnent les jeunes : sport, musique, rythme, vitesse… ?

Psaume 144

R/ : Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais !

  • Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais.
  • Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.
  • Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits.
  • Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, fidèle en tout ce qu’il fait. Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés.

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 1, 11 – 2, 2

Comme les chrétiens de Thessalonique, nous sommes assaillis de prédictions sur la fin du monde. Ne perdez pas la tête, écrit Paul, continuez à faire le bien avec une foi active.

Frères, nous prions pour vous à tout moment afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.

Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l'on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n'allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. – Parole du Seigneur.

Alléluia. Alléluia. Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 19, 1-10

Jésus m’invite à demeurer chez Zachée, et celui-ci en est tout transformé. Dans l’eucharistie Jésus vient aussi demeurer en nous. En serons-nous transformés ?

En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison ». Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur ». Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus ». Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Habitué à se voir jugé et condamné par les braves gens de Jéricho – en cela, il n’avait que ce qu’il méritait, il le savait bien – Zachée est tout surpris de voir, pour la première fois, quelqu’un de bien qui fait attention à lui, quelqu’un qui l’aime et s’offre à le fréquenter, jusqu’à se compromettre à sa table. Jugez de sa joie ! Il n’est donc pas un homme perdu, il vaut quelque chose devant Dieu. Zachée en est tout retourné. Lui aussi veut aimer et partager comme Jésus. Il est « fils d’Abraham », dit le Christ, c’est-à-dire de la race de ceux qui entendent les appels de Dieu dans leur vie et y répondent avec foi.

Zachée prend des risques pour voir qui est Jésus. Mais c’est Jésus qui se compromet le plus devant la foule, jusqu’à passer pour l’ami des pécheurs. Pour moi aussi tu te compromets ainsi, Jésus.

Homélie

Pour comprendre le Message qui nous est adressé par cet Évangile de la conversion de Zachée, il nous faut fixer notre attention sur le regard des différents personnages qui sont mis en scène par saint Luc. Ce regard revêt une importance particulière et peut nous aider à réfléchir sur le regard que nous-mêmes portons sur les autres.

- Il y a d’abord le regard de Zachée qui cherchait « à voir » qui était Jésus et n’y arrivait pas. En cet homme, en ce collecteur d’impôts qui était un pécheur notoire, à la fois voleur de ses frères et collaborateur avec l’occupant, en cet homme méprisé il y avait donc un certain désir. L’indifférence et le matérialisme n’étouffent pas toujours l’aspiration à autre chose et voilà Zachée qui court et grimpe sur un sycomore pour voir Jésus. Regard de simple curiosité ?? Peut-être, mais surtout quête obscure d’un homme qui cherche dans la nuit et ne veut pas être vu.

- Il y a ensuite le regard de Jésus sur Zachée, « Arrivé à cet endroit Jésus leva les yeux ». Quelle chose extraordinaire ! Jésus vient d’entrer dans l’opulente cité de Jéricho. Il vient de guérir l’aveugle Bartimée, il est accompagné d’une foule nombreuse et voilà que dans cette ville magnifique et fabuleuse, il n’y a qu’un seul homme qui compte : le publicain Zachée. Jésus n’a d’yeux que pour lui. Zachée a beau être détesté de tout le monde : Jésus, lui regarde autrement. Son regard n’est pas attiré par les bien-pensants, les riches et les puissants, mais par les pécheurs. C’est pour eux qu’il est venu. La 1ère lecture, d’ailleurs nous l’a fait pressentir : « Seigneur tu as pitié de tous les hommes parce que tu peux tout, tu fermes les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent ».

En Zachée, Jésus voit celui qui n’est pas heureux dans sa ville parce qu’il n’est pas aimé, celui qui cherche, celui qui a dans son cœur un désir essentiel. Le regard de Jésus discerne en Zachée le saint qu’il est appelé à devenir. Alors il s’invite chez lui, car l’amour fait toujours les premiers pas : « Descends vite ; aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi ».

- Dans cet Évangile, il y a aussi le regard de la foule sur Zachée : c’est un regard de réprobation et de condamnation. Dans un murmure qui rappelle celui du peuple Juif contre Moïse, Jésus est désavoué poussé donc « Il est allé loger chez un pécheur ». La foule, en fait, n’accepte pas le visage de Dieu qui transparaît dans l’attitude de Jésus.

- Il y a enfin le regard de Zachée lorsqu’il est avec Jésus dans sa maison. C’est un regard qui change, voici en effet que des mots nouveaux apparaissent sur ses lèvres : « Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens ». Lui, qui était si avide d’argent, voici qu’il pense aux pauvres. Vraiment, son regard sur les autres n’est plus du tout le même. C’est un regard chargé d’amour, un regard fraternel. Les autres, il craint maintenant de leur avoir fait du tort, car désormais il voit en eux des frères.

- Mais c’est aussi son regard sur lui-même qui a changé : « Si j’ai fait du tort ». Son regard est devenu humble parce que lucide. Sous le regard miséricordieux de Jésus, Zachée se voit tel qu’il est, mais il n’est pas désespéré, car il se sait pardonné : il est même tout joyeux : désormais sa joie c’est de rendre au lieu de prendre, de donner au lieu de voler. En accueillant Jésus dans sa maison Zachée l’a reçu aussi dans son cœur. Jésus a comblé son désir le plus secret bien au-delà de tout ce qu’il pouvait imaginer.

- On peut percevoir dans les dernières lignes de ce récit évangélique si émouvant la joie profonde de Jésus. Car la conversion de Zachée est comme un signe de sa mission : cet homme qui était rejeté par tous les habitants de Jéricho, cet homme qui était perdu aujourd’hui, le voilà sauvé.

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, à partir de cet Évangile, chacun et chacune d’entre nous peut se dire ceci : aujourd’hui, Jésus me regarde avec amour. Il veut par sa grâce transformer mon regard sur les autres, en me les faisant voir comme lui les voit, c’est-à-dire comme des fils de Dieu aimés de lui.

Aujourd’hui Jésus me presse de descendre : « Descends vite, car il faut que j’aille demeurer chez toi... » Oui, descends vite de ta façon de penser, de ton mode d’agir, de ton orgueil résistant, de tes possessions accaparantes... Fais le vide en ton cœur et je l’emplirai de mon amour, de ma vie divine... Le jour où tu me posséderas, moi ton Sauveur et ton Dieu, tu seras heureux.

Puisse la Vierge Marie, médiatrice de toutes les grâces nous aider à accueillir pleinement ce message de libération, de miséricorde et de salut.

Amen.

Prière Universelle

  • Zachée, descends vite (Luc 19,5) Ô Esprit de Dieu, ouvre l’oreille et le cœur des responsables de la société humaine aux cris des petits et des pauvres ! Seigneur, nous t'en prions. R/
  • Que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé (2 Thessaloniciens 1,11) Ô Esprit de Dieu, aide ceux qui ont tout quitté pour te suivre, aide-les à devenir les témoins de ton amour miséricordieux ! Seigneur, nous t’en prions. R/
  • Chaque jour je te bénirai [Psaume 144(145) ,2] Ô Esprit de Dieu, guide tous les professionnels des média pour qu’ils mettent leurs talents au service de vérité, cette semence de la paix ! Seigneur, nous t’en prions. R/
  • Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés. [Psaume 144(145) ,14] Ô Esprit de Dieu, prends soin de toutes les personnes qui sont en difficultés ainsi que de celles qui sont en deuil. Seigneur, nous t’en prions. R/
  • Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? (Sagesse 11,25b) Ô Esprit de Dieu, ravive la flamme du baptême dans le cœur et dans la vie de chaque baptisé !  Seigneur, nous t’en prions. R/

Seigneur, notre Dieu, tu es venu sauver ce qui était perdu, tu n’abandonnes personne, accorde nous ce que nous te demandons en ce jour, par le Christ ton Fils, ton Fils, notre Seigneur, qui vit et règne auprès de toi, dans l'unité du Saint Esprit, maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.

Source : http://jardinierdedieu.fr/pu-31e-dim-ord-c.html

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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 20:54

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage 35, 15b-17. 20-22a

La prière du pauvre est toujours entendue de Dieu. Comment prions-nous, comme des riches ou comme des pauvres ?

Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé. Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin, ni la plainte répétée de la veuve. Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli, sa supplication parviendra jusqu’au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées ; tant qu’elle n’a pas atteint son but, il demeure inconsolable. Il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice. – Parole du Seigneur.

Commentaire : On avait –et on a encore – tellement l’habitude de voir les grands de la terre favoriser les riches et les gens en place, que l’attention portée par Dieu à la prière du pauvre et de l’opprimé suffisait à révéler quels étaient ses préférés. L’enfant malade ou handicapé requiert plus de soins et d’amour de ses parents que ses frères ou sœurs mieux pourvus. Dieu, de même, nous dit quelle pente suit son amour.

Et nous, à qui notre amour va-t-il en prédilection ?

Psaume 33

R/ : Un pauvre crie ; le Seigneur entend.

  • Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres. Je me glorifierai dans le Seigneur : que les pauvres m'entendent et soient en fête ! R/
  • Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris. Le Seigneur entend ceux qui l'appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre. R/
  • Il est proche du cœur brisé, il sauve l'esprit abattu. Le Seigneur rachètera ses serviteurs : pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge. R/

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 4, 6-8. 16-18

Au bout de sa course, l’apôtre Paul considère le long chemin qu’il a parcouru pour le Christ et dit sa certitude de le trouver au terme de la route.

Bien-aimé, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa Manifestation glorieuse. La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que cela ne soit pas retenu contre eux. Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent. J’ai été arraché à la gueule du lion ; le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Il est triste de vieillir, dit-on souvent. À lire Paul, il ne semble pas que l’apôtre en juge ainsi. Considérant le long combat qui fut son existence, il constate avec joie qu’il s’est bien battu pour faire connaître l’Évangile et qu’il est resté fidèle jusqu’au bout. Et, bien qu’il ait éprouvé la solitude et l’abandon de ses amis, lors de sa comparution devant le tribunal, il sait le Christ vivant auprès de lui, ce Jésus qu’il a tant servi et aimé, et dont il attend de voir le visage en son royaume.

Aidons-nous les personnes âgées de nos familles, de notre voisinage, de notre communauté à bien vieillir ? Cela demande de les entourer d’affection, de les aider à ne pas se replier sur elles, et aussi lorsqu’elles le peuvent à se prendre en charge mutuellement.

Alléluia, Alléluia. Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui: il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 18,9-14

Deux hommes priaient ; l’un pour demander à Dieu de reconnaître ses mérites, l’autre pour obtenir son pardon. Mais Dieu ne sait que pardonner.

En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’ Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’ Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé ». - Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Le pharisien est un homme pieux et honnête ; Jésus ne le conteste pas. Il est, en matière de religion, pour la stricte observance, pratiquant même beaucoup plus que ne lui en demande la Loi. Le publicain appartient, lui, à la catégorie des pécheurs publics ; ni lui, ni Jésus, ne le contestent. Pourtant, il fut préféré par Dieu au premier. Pourquoi ? Jésus ne fait pas le procès d’une classe sociale contre une autre, pas plus qu’il ne prend le parti du voleur contre l’honnête homme. Il présente deux états d’âme : celui de l’homme plein de lui-même et de ses mérites, qui estime que Dieu est en dette envers lui et se doit de le féliciter ; celui de l’homme qui connaît sa misère, sait qu’il ne peut acheter son pardon et s’en remet, pour être sauvé, à l’amour gratuit et miséricordieux de Dieu. Devant Dieu, nous en sommes tous au même point : pécheurs, incapables de nous sauver seuls, nous avons besoin de nous en remettre à l’amour du Christ.

« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole, et je serai guéri ». Croyons-nous vraiment n’en être pas dignes ? Alors seulement nous croyons qu’une parole du Christ change réellement notre cœur.

Homélie

Pour bien vous montrer l’attitude fondamentale qui doit être la nôtre devant Dieu, en tout temps et en toute circonstance, mais surtout quand nous prions Jésus a imaginé ce tableau vivant où l’on voit deux hommes particulièrement représentatif de leur milieu : un pharisien et un publicain qui se dirigent vers le Temple pour prier.

Les pharisiens, vous le savez, constituaient au temps de Jésus l’élite intellectuelle et religieuse du peuple juif. Ils étaient de fidèles observateurs de la Loi de Dieu. Ils pratiquaient le jeûne et versaient aux prêtres le dixième de leurs revenus. Ils avaient le souci d’être en règle avec Dieu et aussi, sans doute, avec le prochain. Aux yeux de tous, ils étaient des « bien pensants » et « des bons pratiquants ».

Les publicains, au contraire, en prenaient vraiment à leur aise avec les prescriptions de la loi. Agents du fisc, ils rançonnaient le peuple et travaillaient pour les Romains qui occupaient le pays. C’étaient des pécheurs publics.

Regardons-les bien ces deux hommes qui viennent d’entrer dans le Temple : le pharisien qui s’est mis bien en vue, la tête haute et le publicain qui dans son coir baisse la tête et soyons très attentifs aux sentiments qu’ils expriment...

Que dit-il donc le pharisien dans sa prière ? Il ne parle que de lui-même avec suffisance et il se vante devant Dieu de toutes ses pratiques et observances. Il dit sans cesse « je ». Je ne suis pas comme les autres hommes. Je jeûne, je verse la dîme... Ce n’est pas Dieu qu’il contemple, c’est lui, c’est sa propre excellence. Et voici que non content de se vanter, cet orgueilleux méprise aussi les autres : même devant Dieu, même dans sa prière. Il calomnie et accuse les autres d’être voleurs, injustes, adultères !

Le pharisien est celui qui met en lui-même toute sa confiance : il a fait tout ce qu’il fallait, il a évité le péché, il est plein de mérites, il a droit à la récompense et, en toute bonne conscience, il prend Dieu à témoin de ses efforts et de sa vertu mais, en réalité, il se ferme à Dieu dont il a peur et dont les exigences l’obligeraient à se convertir.

C’est cette attitude hypocrite que Jésus a en horreur et qu’il n’a cessé de dénoncer avec la plus grande fermeté tout au long de l'Évangile.

Cette attitude, sous des apparences de pratique religieuse est en réalité une fuite de Dieu, une fermeture, une suffisance. Cette attitude défigure Dieu en fait, car Dieu seul est le créateur et lui seul nous recrée par son amour, nous rendant ainsi capables de le servir. Un tel comportement de la part du pharisien fait mentir la parole de Jésus « sans moi vous ne pouvez rien faire ».

Que peut-on attendre de Dieu quand on est ainsi plein de soi-même et fermé aux autres ?

« Sans moi vous ne pouvez rien faire ». Il en a bien conscience ce publicain qui se tient à distance ; il ne sait que trop qu’il est un collaborateur qui trafique avec l’occupant romain et s’enrichit sur le dos de ses concitoyens. Il le sait, il le reconnaît devant Dieu et voilà pourquoi sa prière est vraie. Devant Dieu, il ne porte pas de masque, il ne dissimule pas la vérité, il se présente comme il est. C’est du fond de sa misère qu’il crie « Mon Dieu prends pitié du pécheur que je suis ». Et précisément c’est ce dégoût de lui-même, cette blessure secrète, cette ouverture à Dieu qui le sauve. En fait, il n’a rien à offrir à Dieu que sa misère et sa détresse. Telle est l’attitude vraie de l’homme devant Dieu : celle qui permet à Dieu d’agir en lui, de le guérir, de le combler, de le rendre juste et saint. Parce qu’il s’est abaissé Dieu le relève, parce qu’il s’est reconnu pécheur, Dieu lui pardonne : la prière du pauvre, la prière de celui qui a le cœur brisé, cette prière traverse les nuées, elle touche le cœur de Dieu.

Nous l’aurons compris, frères et sœurs : Jésus, en brossant ce tableau veut nous mettre en garde contre le danger du pharisaïsme qui nous guette tous.

Ne nous arrive-t-il pas, en effet, une fois ou l’autre, de nous vanter, d’attribuer à nos mérites d’avoir telle vertu ou de ne pas avoir tel défaut. Il nous arrive même de ne pas voir nos défauts et nos péchés, de nous croire meilleurs que les autres et peut-être de les juger et de les condamner ?

Si nous faisions plus souvent et plus attentivement notre examen de conscience, le nôtre (et pas celui des autres) nous constaterions en toute vérité, en toute honnêteté, que nous sommes loin d’être parfaits et nous aurions alors vis-à-vis de Dieu l’attitude du publicain qui se reconnaît pécheur. Etant humbles vis-à-vis de Dieu nous serions plus facilement humbles vis-à-vis des autres.

Celui qui cultive cette vertu reconnaît certes, qu’il a des qualités, (car l’humilité c’est la vérité) mais il n’a pas prétention de s’en attribuer le mérite : il pense et il dit comme saint Paul « c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ».

Etant vide de lui-même il peut tout recevoir de Dieu et se mettre entièrement à sa disposition, il se laisse guider, il laisse Dieu agir en lui et à travers lui.

Jésus conclut la parabole du pharisien et du publicain par ces paroles : « Celui qui s’abaisse sera élevé ». La seule élévation que nous puissions ambitionner c’est la sainteté et nous n’y parviendrons que dans la mesure où nous progresserons dans l’humilité.

« On n’avance jamais beaucoup, nous dit sainte Thérèse d’Avila, si on ne se décide pas à être humble. Manquer de cette vertu c’est tout perdre ».

Saint Augustin, lui, emploie une comparaison très suggestive : « Nous voulons construire un édifice très élevé, alors pensons aux fondements de l’humilité. Quand on creuse les fondations on descend. Avant de s’élever on doit s’abaisser ».

Retenons bien tous ces enseignements, chers frères et sœurs, et en faisant passer notre prière par Marie, modèle incomparable d’humilité, supplions le Seigneur de nous soutenir et de nous fortifier par sa grâce, car sans lui, on ne le redira jamais assez, « sans lui, nous ne pouvons rien faire ».

Amen.

Prière universelle

Que notre prière, comme celle du pauvre, traverse les nuées et touche le cœur de Dieu...

  • Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l'opprimé : pour ceux qui n'ont pas le nécessaire, prions le Seigneur.
  • Il ne méprise pas la supplication de l'orphelin, ni la plainte de la veuve : pour les familles disloquées, prions le Seigneur.
  • Il se tient près du cœur qui souffre et il sauve l'esprit désemparé : pour ceux qui pleurent et désespèrent, prions le Seigneur.
  • Il nous remplit de force pour annoncer l'Évangile : pour ceux qui transmettent la Bonne Nouvelle, prions le Seigneur.

Prions : Seigneur, toi qui exauces toute prière humble et filiale, nous te prions : augmente notre foi, exauce nos demandes pour tous les hommes que tu veux sauver. Par Jésus, ton Fils, notre Seigneur. Amen.

Source : https://diocese.ddec.nc

 

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 21:00

Lecture du livre de l’Exode 17, 8-13

Dans sa marche vers la terre promise, le peuple de Dieu doit à la prière persévérante de Moïse de triompher des obstacles qu’il rencontre.

En ces jours-là, le peuple d’Israël marchait à travers le désert. Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main ». Josué fit ce que Moïse avait dit : il mena le combat contre les Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée. – Parole du Seigneur.

Commentaire : C’est le type de la guerre sainte : notre cause est juste, Dieu est avec nous et nous vaincrons. Les exemples ne manquent pas à travers l’histoire, telle la réponse de Jeanne d’Arc : « Les gens d’armes combattront, Dieu donnera la victoire ». Cette conception peut choquer notre mentalité moderne. Peut-être est-il bon cependant de voir comment Dieu a révélé progressivement son vrai visage, en faisant patiemment l’éducation religieuse de l’humanité qu’il a prise là où elle en était. Il nous est trop facile de juger les siècles passés avec l’acquis actuel de la Révélation, tout comme l’adulte qui jugerait puérile la foi de son enfance. En tout cas, Moïse et l’enfant que nous étions avaient sans doute plus de foi que nous autres en la prière.

Croire en la prière d’intercession, c’est ne pas baisser les bras. Cela nous est parfois difficile. Et si nous nous unissions à plusieurs pour cette prière ?

Psaume 120

R/ : Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

  • Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. R/
  • Qu’il empêche ton pied de glisser, qu’il ne dorme pas, ton gardien. Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d’Israël. R/
  • Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage, se tient près de toi. Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper, ni la lune, durant la nuit. R/
  • Le Seigneur te gardera de tout mal, il gardera ta vie. Le Seigneur te gardera, au départ et au retour, maintenant, à jamais. R/

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée 3, 14 – 4, 2

Tous les passages de l'Écriture sont inspirés par Dieu qui veut par eux éclairer notre intelligence, changer notre cœur et modeler notre agir.

Bien-aimé, demeure ferme dans ce que tu as appris : de cela tu as acquis la certitude, sachant bien de qui tu l’as appris. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien.

Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Nous ne lisons pas la Bible par vénération pour cette littérature ancienne, ni l’évangile pour l’idéal supérieur de vie qu’il propose mais parce que « tous les passages de l’Écriture sont inspirés par Dieu ». Tantôt Dieu nous y enseigne le mystère de son être et son projet sur l’homme, conteste les conceptions trop sécurisantes ou les valeurs qui mènent la vie des hommes, redresse notre tendance à idolâtrer tout ce qui nous séduit, tantôt encore il éduque l’homme et le fils qu’il veut réussir en nous. Et si la Parole de Dieu nous prend parfois à contre-pied, remercions celui qui a le courage de nous l’annoncer, même à contretemps.

Retenons pour la semaine l’un ou l’autre des textes du dimanche qui nous a parlé le plus.

Alléluia. Alléluia. Elle est vivante, efficace, la parole de Dieu ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18, 1-8

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ » Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Encore une boutade de Jésus Christ ! Si la réclamation persistante de la veuve a le don d’exaspérer ce juge sans scrupules et de le décider à lui rendre justice, combien plus une prière persévérante aura-t-elle d’effet sur Dieu qui nous aime et qui veut nous combler ! Mais pour quoi prie-t-on ? Pour changer Dieu, ou pour que la prière nous transforme et nous aide à entrer avec foi dans son dessein sur nous et sur les autres, lequel n’est pas toujours dans la ligne de notre volonté ? La perte du sens de la prière n’est-elle pas le signe d’une diminution de la foi, qui justifie l’inquiétude de Jésus Christ ?

Dieu établira certainement la justice dans le monde, bien qu’il fasse attendre ceux qui l’en prient. Notre persévérance à la lui demander et à agir pour qu’elle grandisse est pour lui le signe qu’elle nous tient à cœur autant qu’à lui.

Homélie

Il est une vérité que nous ne devrions jamais oublier : à savoir que tout ce que nous faisons dans l’ordre surnaturel c’est Dieu qui nous donne de pouvoir le faire. De cette vérité, Moïse était profondément convaincu, lui qui persévérait dans la prière tandis que Josué combattait dans la plaine, car la prière ne dispense pas d’agir.

« Laisser tomber les bras » : voilà une expression que nous employons encore pour parler de quelqu’un qui n’y croit plus, qui renonce : il a baissé les bras ! Moïse n’a pas baissé les bras : il a tenu bon dans la foi, il a persévéré dans la prière jusqu’au bout.

Aussi, à travers ce geste de Moïse, c’est la question de la foi, qui, en fait nous est posée : sur qui comptons-nous ? Sur Dieu ou seulement sur nous-mêmes, nous estimant assez forts, suffisants, pour nous passer de Lui ?

C’est tout le sens de la question de Jésus, étrange en vérité, qui termine l’Évangile d’aujourd’hui : « Mais le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

A voir la proportion des baptisés qui fréquentent les églises chaque dimanche, la question se pose en effet. Et nous-mêmes, dans nos journées, quelle place laissons-nous à la prière ? Avons-nous au moins un rendez-vous quotidien et assez long avec le Seigneur ? Oh, je sais bien, l’excuse qu’on se donne : « Je n’ai pas le temps ».

Ayons plutôt la loyauté de reconnaître : « Je ne sais pas prendre le temps ».

Car prier, voyez-vous, c’est d’abord comme disait si bien un auteur spirituel : « brûler du temps pour Dieu », c’est lui réserver une partie de notre temps parce que nous avons conscience que c’est capital pour notre vie chrétienne qui est essentiellement une vie de Foi, d’Espérance et d’Amour.

Quand on aime quelqu’un ne prend on pas du temps pour demeurer avec lui, l’écouter, lui parler, lui exprimer notre affection ou notre amitié ? La prière est ce rendez-vous avec Dieu, elle nous rend présents à Dieu, elle nous expose au rayonnement de son Amour comme on s’expose au soleil. Au milieu de l’agitation trépidante de notre vie, la prière est un bain de silence qui permet une décantation de nous-mêmes, comme une eau qui se clarifie au repos, et alors, oui nous pouvons entendre Dieu qui nous parle tout doucement à l’intime du cœur. Son esprit qui est l’Esprit de Vérité nous envahit et peu à peu nous communions à sa pensée sur toutes choses, sur le monde, sur les autres et sur nous-mêmes, nous communions à son désir qui est de sauver tous les hommes et cela fortifie en nous l’esprit missionnaire.

La prière, surtout si elle est contemplative, si elle est un long face à face, clarifie notre regard, apaise notre cœur le remplit d’un véritable amour pour nos frères : elle fortifie aussi notre volonté pour les servir. Oui, en vérité la prière est une grande chaîne d’amour qui nous relie à Dieu et à nos frères.

Il nous faut bien comprendre aussi, chers frères et sœurs, que la prière, c’est ce qui permet au Seigneur d’agir en nous et par nous : ce qui lui permet d’agir en nous, car Dieu n’attend que notre appel, pour nous répondre en comblant notre cœur de sa lumière, de son amour, de sa force. Il n’ignore pas, certes, que nous en avons besoin, mais il veut que nous le lui demandions, reconnaissant par là qu’il est le Maître, mais surtout qu’Il est notre Père, un Père très aimant, infiniment bon.

La prière c’est aussi ce qui permet à Dieu d’agir par nous, car c’est grâce à elle que nous devenons de plus en plus malléables, disponibles, capables de dire comme Marie, la Grande Priante : « qu’il me soit fait selon ta Parole ».

Vous avez remarqué que l’Évangile de ce dimanche est une pressante invitation à la persévérance dans la prière. En nous donnant l’exemple de cette veuve importune à qui le juge excédé finit par rendre justice, Jésus veut nous rappeler avec force que l’efficacité de notre prière est à la mesure de notre foi. Une prière qui se prolonge, qui se fait insistante a finalement raison du Cœur de Dieu.

Le saint Curé d’Ars le disait d’une manière un peu paradoxale : « Je connais quelqu’un qui est plus fort que Dieu, c’est l’homme de prière, il fait dire à Dieu OUI lorsqu’il a dit NON ».

Cela ne veut pas dire que Dieu va exaucer nos prières aussitôt que nous les aurons formulées… Dieu n’est pas un distributeur automatique. Ce silence de Dieu parfois nous scandalise, souvent nous décourage… Pourquoi notre Père du Ciel est-il si peu pressé tandis que nous le supplions de faire vite en toutes nos prières ?

Nous ne pouvons pas pénétrer la pensée du Seigneur pour connaître le secret de sa patience et percer le mystère de son retard sur notre impatience. Mais ne savons-nous pas, par expérience, que ce que nous demandons à Dieu sur un coup de tête ou dans un accès de fièvre n’est pas toujours le meilleur. Il faut souvent l’érosion du temps pour décaper nos fausses générosités et nos petits calculs aux apparences de piété. Heureusement Dieu ne nous prend pas toujours au mot. Où en serions-nous si tous nos caprices d’enfants avaient été exaucés ?

Devant Dieu ne sommes-nous pas tous comme des plantes : pour pouvoir grandir jusqu’à êtres capables de donner des fleurs et des fruits, les plantes ont besoin du rythme des saisons, de l’alternance du soleil et de la pluie, de l’été et de l’hiver et même des rafales du vent. Que deviendrait un germe qui refuserait toute épreuve au cours de sa croissance et voudrait exiger la récolte au lendemain des semailles ?

Il faut donc, chers frères et sœurs, que notre attitude de priants soit toute de patience, d’humilité, d’abandon à Dieu et à sa Sainte Volonté. Si parfois Dieu semble faire la sourde oreille, gardons-nous bien de nous décourager !

Frappons à sa porte avec encore plus d’insistance, afin de recevoir ses dons avec gratitude, même s’ils ne correspondent pas exactement à ce que nous aurions souhaité. N’oublions jamais que Dieu est un Père plein de tendresse qui nous aime infiniment : il sait beaucoup mieux que nous ce qui nous convient… En réalité, la vraie prière ne devrait être qu’abandon à Dieu, acceptation amoureuse de sa volonté… Si nous prions, c’est pour obtenir que le « OUI » de Jésus à Gethsémani devienne le nôtre… « Oui Père que ta volonté soit faite et non la mienne ».

Autrement dit prier avec persévérance c’est se livrer tout entier à l’amour du Père à l’exemple de Jésus et de Marie. Mais n’est-ce pas, dites-moi, l’essentiel de notre vocation chrétienne : qui est de communier dès ici-bas par la Foi et la Charité à la Vie du DIEU AMOUR en attendant de la posséder un jour, cette vie divine dans les splendeurs de la GLOIRE ! Amen !

Prière Universelle

  • Pour tous ceux et celles à qui est confié un ministère de la Parole afin d’annoncer la Bonne Nouvelle, l’Amour et la Miséricorde de Dieu. Que l’Esprit Saint leur donne de rayonner cette Parole et de la transmettre avec sagesse et force. Seigneur, nous t’en prions.
  • Pour toutes celles et ceux qui ont accepté une responsabilité politique, économique, sociale ou ecclésiale et dont les décisions, même si elles sont nécessaires, ne sont pas toujours comprises et acceptées. Que le dialogue, la concentration, le respect de l’autre, restent toujours, au centre de leurs préoccupations. Seigneur, nous t’en prions.
  • Pour ceux qui sont chargés de rendre justice. Qu’ils le fassent en toute impartialité, sans se soucier du rang social de la personne à juger ni de sa notoriété, ni de sa fortune, ni des moyens de pression et d’intimidation qu’elle peut exercer. Seigneur, nous t’en prions.
  • Pour les femmes et les hommes qui n’ont personne à qui parler, à qui se confier. Pour les personnes seules, découragées par la médiocrité de leur existence par la précarité, la maladie ou les dettes qui s’accumulent. Qu’avec l’aide et le soutien des autres, ils puissent reconnaître la présence de Dieu dans leur vie et reprendre en main leur destinée. Seigneur, nous t’en prions.

Source : http://www.berceau-du-fer.com par Micheline et Guy Tribout

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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 20:08

Lecture du second livre des Rois 5, 14-17

Guéris de sa lèpre par Élisée, un général Syrien revient remercier le prophète : il vient de découvrir que le Seigneur est le seul Dieu vivant.

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur ». Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien ». Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël ». – Parole du Seigneur.

Commentaire : Quelle humilité n’a-t-il pas fallu à ce général syrien pour aller trouver Élisée, alors que Syriens et Hébreux étaient en guerre et que la cure de guérison prescrite par le prophète – se plonger sept fois de suite dans le Jourdain – lui paraissait manquer de sérieux ! Dépouillant son orgueil, piétinant ses préjugés, il s’exécuta pourtant et fut guéri. Reconnaissant alors la puissance du Dieu d’Israël qui éclipse tous les dieux qu’il a honorés jusqu’à présent, Naaman emporte de la terre de Palestine pour construire en son pays un autel au Seigneur.

La foi exige un dépouillement continuel de soi et de son orgueil. Quand l’avons-nous constaté pour nous ?

Psaume 97

R/ : Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations.

  • Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire. R/
  • Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations ; il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël. R/
  • La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez ! R/

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée 2, 8-13

Souviens-toi de Jésus Christ, écrit Paul : son amour est tel que, malgré tes infidélités, il te reste fidèle, ne pouvant se renier lui-même.

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle. Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Paul encourage Timothée à vivre en conformité avec l’Évangile du Christ qu’il annonce. Souffrir pour Jésus Christ, être jeté en prison à cause de lui, ne peuvent abattre le moral d’un apôtre qui sait que le Ressuscité fait vivre et régner avec lui ceux qui lui sont fidèles jusqu’à la mort. La parole que Paul invite Timothée à méditer est probablement un cantique chanté dans les premières communautés chrétiennes.

Pensons-nous à utiliser parfois les paroles de l’un ou l’autre des chants de notre missel pour aider notre prière en semaine ?

Alléluia. Alléluia. Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17, 11-19

Neuf des lépreux guéris par Jésus s’empressent de faire valider leur guérison : un seul croit la reconnaissance plus urgente, et c’est un Samaritain.

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous ». À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres ». En cours de route, ils furent purifiés.

L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : La loi juive chargeait les prêtres de faire un constat de guérison pour tout lépreux purifié de sa lèpre. Il faut donc déjà beaucoup de foi à ces dix malades pour se rendre au Temple faire constater un guérison qui ne s’est pas encore produite. En cours de route, ils sont purifiés. Neuf continuent leur route pour satisfaire aux obligations de la Loi, un seul, un étranger Samaritain, juge plus urgent d’aller d’abord remercier Dieu et Jésus. Comme toujours pour le Christ, l’amour de Dieu et la renaissance envers lui priment les préceptes de la Loi, car seuls ils manifestent une vraie foi. Luc, en outre, très intéressé qu’il est par la mission auprès des païens, n’est pas mécontent de rappeler qu’un étranger a montré plus de foi que les juifs.

Comme ces lépreux nous disons au début de la messe : « Jésus, prends pitié de nous ». Puis, sûrs d’être guéris de la lèpre de nos péchés, nous entonnons Gloire à Dieu. C’est ce mouvement de la liturgie que Jésus désire nous voir pratiquer habituellement.

Homélie

Au temps de Jésus la lèpre était ce mal implacable dont on ne guérit pas : mal horrible, repoussant, qui déforme et défigure, mal mystérieux qui fait peur, que le médecin est impuissant à guérir, mal, dont instinctivement on s’écarte, car on le croyait contagieux. Bref, le lépreux, au temps de Jésus c’est un paria mis au banc de la société. Il vit à l’écart des villages et doit prévenir de sa présence chaque fois qu’il s’approche des lieux habités afin que tous puissent s’enfuir. La lèpre c’est vraiment le fond de la misère humaine. Comme on comprend alors le cri des 10 lépreux : « Jésus, Maître aie pitié de nous ! »

En les guérissant Jésus montre à la fois sa puissance miraculeuse et sa bonté pour les plus malheureux.

En leur enjoignant de se montrer aux prêtres pour que la guérison soit officiellement constatée, il les réinsère dans la communauté des hommes.

Cependant l’Évangile ne nous dit pas qu’ils furent guéris mais qu’ils furent « purifiés ». C’est que la lèpre dans la Bible, n’est pas seulement une maladie du corps. Le lépreux est un être mystérieusement frappé par Dieu et cette maladie semble la punition d’une faute. La lèpre est ainsi le symbole du péché, ce mal de l’âme qui défigure en nous l’image de Dieu et qui nous ronge en nous conduisant à la mort, ce mal que l’homme ne sait pas guérir.

La lèpre tout comme le péché, Dieu seul les guérit. En guérissant les 10 lépreux Jésus se manifeste donc avec la puissance même de Dieu, de Dieu, venu sur terre pour guérir et sauver tous les hommes : tous les hommes et pas seulement les fils d’Israël, tous les hommes, même ces Samaritains que les Juifs détestaient. Oui, tous peuvent être purifiés à condition qu’ils aient foi en Jésus : « relève-toi et va, ta foi t’a sauvé... »

Un seul à vrai dire, est arrivé jusque là ; certes, les 10 sont guéris pendant qu’ils sont en chemin, mais un seul est « sauvé ». Un seul retourne vers Jésus, c’est le mouvement même de la conversion. Un seul revient pour remercier. Alors que les 9 autres ont saisi jalousement leur guérison comme une proie, pressés d’aller vers les prêtres, impatients d’être réintégrés dans la société, leur famille, leurs amis. Seul le Samaritain, c'est-à-dire le pauvre, l’hérétique, l’étranger, prend le temps de remercier : il ne se contente pas de recevoir le bienfait qu’il a demandé dans sa prière. Au-delà de la puissance qui l’a soulagé, c’est le visage de Jésus qu’il veut retrouver, c’est le mystère de sa personne qu’il désire contempler. Il entre avec Jésus dans une relation nouvelle de gratuité, de louange, d’action de grâces.

Seul ce Samaritain est parvenu à la foi : sa guérison corporelle est le signe d’une autre guérison plus profonde : la guérison du cœur, la guérison de son être intérieur. Par la Foi, il y a reçu un cœur nouveau, non plus un cœur avide qui demande des bienfaits, mais un cœur libéré et reconnaissant. Il s’est élevé du bienfait jusqu’à son bienfaiteur. Dieu n’est plus pour lui le moyen d’obtenir ce qu’il désire, Dieu est devenu le but, l’objet même de son désir. « Ta Foi t’a sauvé ». Et Jésus de souligner qu’il y a plus de foi chez cet étranger que chez les 9 autres pourtant tous fils d’Israël.

Frères et sœurs, nous avons vu dans la 1ère lecture que Naaman, grand Général de l’armée de Syrie a fait la même expérience. Le prophète Élisée se borne à lui dire « descends au Jourdain, plonge-toi 7 fois et tu seras purifié ». Naaman est furieux : est-ce que les fleuves de son pays ne valent pas le Jourdain ? Il lui faudra rejeter son orgueil et croire en toute simplicité à la parole du prophète, car le don de Dieu ne s’achète pas avec des cadeaux. Alors, dit la Bible, sa chair redevint comme celle d’un petit enfant, mieux encore c’est un cœur d’enfant que Naaman avait retrouvé, un cœur humble prêt à croire Dieu sur parole. Naaman est ainsi la figure du Baptême qui nous purifie de la lèpre du péché.

Il importe également, frères et sœurs, de biens comprendre ceci : quand Luc dans l’Évangile nous rapporte la parole de Jésus aux 10 lépreux : « allez vous montrer aux prêtres », c’est à des chrétiens qu’il s’adresse et, bien qu’il soit médecin, il ne veut pas parler alors de la lèpre du corps mais du péché qui ronge en nous la vie de Dieu et peut aller jusqu’à la détruire. Oui, allez vous montrer aux prêtres pour découvrir votre mal, dire votre péché et vous serez purifiés : vous serez pardonnés.

Le prêtre dans le Sacrement de Pénitence (ou de réconciliation) n’est-il pas le dépositaire de cette puissance de Dieu qui purifie du péché ? Encore faut-il dans un acte de foi, aller vers lui qui tient la place du Christ avec des sentiments de profonde contrition et de ferme propos et lui découvrir son mal, pour être guéri.

Frères et sœurs, celui qui accomplit cet acte de conversion, de retour à Dieu et obtient dans la confession sacramentelle la guérison de sa âme, trouve alors la joie, la joie du pardon et de la paix et il rend grâce comme le lépreux de l’Evangile revenu vers Jésus.

Pour conclure, je voudrais vous dire ceci : pour remercier il faut avoir un cœur de pauvre conscient d’avoir tant reçu.

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » dit saint Paul. Pouvons-nous dire que c’est notre cas, que nous avons cette humilité-là ?

Saint Paul exhortait souvent les premiers chrétiens « à vivre dans l’action de grâces ». L’action de grâces doit être le climat normal, habituel de celui qui se sait aimé de Dieu et sauvé par Jésus-Christ. C’est pourquoi, une fois de plus nous allons célébrer dans l’Eucharistie l’action de grâce par excellence à laquelle nous unissons la nôtre : celle du Christ à son Père.

Que Marie, la Vierge du Magnificat nous aide à faire de toute notre vie, constamment centrée sur l’Eucharistie et alimentée par l’Eucharistie, une action de grâces permanente à la gloire de la Très Sainte Trinité.

Amen.

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 19:21

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Lc 16, 13). Cela nous arrangerait peut-être de pouvoir servir les deux en même temps... Pour ma part, il me semble que c’est le mot SERVIR qui est important dans cette phrase. Car « servir » et « se servir de » marque exactement ce qui doit séparer Dieu et l’argent.

On doit servir Dieu et se servir de l’argent. Servir Dieu, parce qu’il est le Maître. Il est la Fin. Se servir de l’argent parce qu’il est l’esclave. Il n’est qu’un moyen. Hélas il y a quelquefois inversion : on se sert de Dieu et on sert l’argent.

Dieu devient un prestataire de service, celui que l’on appelle quand on en a besoin. Dieu devient un moyen à notre service : « Seigneur, je veux ceci, je veux cela, exauce-moi ! »

En revanche, l’argent devient la fin de notre action. Tout doit lui être ordonné et l’argent qui est normalement l’esclave et devient alors le maître.

Servir Dieu nous rend libre. Grâce à Lui nous ne sommes plus prisonniers du regard des autres, de l’ambition, des faux-semblants, de l’hypocrisie et de tout ce qui fait de nous des pantins dans cette comédie humaine dans laquelle nous nous agitons.

Servir l’argent nous rend esclaves. C’est un maître exigeant, il nous en faut toujours plus. L’argent nous rend insatiables, nous n’en avons jamais assez. Nous nous inquiétons parce que nous avons peur de le perdre, parce que nous voulons toujours le faire fructifier.

Dieu n’a pas de prix. Il est l’Amour, il est la Vie : « Dieu est Amour » nous dit saint Jean (1 Jn 4, 8), qui ajoute « le Père, en effet, a la vie en lui-même » (Jn 5, 26).

L’amour ne s’achète pas avec de l’argent : « Celui qui voudrait acheter l’amour a prix d’argent ne récolterait que du mépris » dit le Cantique des cantiques (Ct 8, 7).

La vie ne s’achète pas non plus. Comme le dit Jésus : « Gardez-vous de toute cupidité, car au sein même de l’abondance, la vie d’un homme n’est pas assurée par ses biens » (Lc 12, 25).

Voilà pourquoi le prophète Amos dénonce avec virulence les riches qui disent : « Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent ».

La vie d’un homme ne s’achète pas, car sa vie est sans prix : elle vient de Dieu.

Seul l’amour peut acheter la vie : « Moi je suis venu pour qu’on ait la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10). C’est par amour que Jésus a donné sa vie et c’est comme cela qu’il nous fait entrer dans la vie éternelle : « Je donne ma vie pour mes brebis » (Jn 10, 15), « Je leur donne la vie éternelle » (Jn 10, 28).

L’argent garantit l’avenir ? Non, l’avenir, c’est Dieu.

C’est bien l’amour de Jésus qui nous permet d’entrer dans la Résurrection et la vie éternelle.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 21:46

Lecture du livre du prophète Amos 8, 4-7

Amos dénonce les manœuvres frauduleuses pour déposséder les pauvres de leur lopin de terre. Jamais Dieu ne pourra oublier cela, dit-il.

Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Amos est un pauvre berger que scandalisent la cupidité et les fraudes des riches de son temps. Non qu’il se veuille un défenseur de la morale. Ce qu’il voit d’abord, ce sont les pauvres réduits à la misère et la facilité avec laquelle les riches espèrent exploiter cette misère. Ce qu’il voit d’abord, c’est le contre-témoignage donné aux païens par le peuplé élu, fier de se savoir choisi pour révéler aux nations le nom de Dieu et ses exigences.

La corruption et l’appât du gain que dénonce Amos sont monnaie courante aujourd’hui, et sur une plus grande échelle. Participer à l’action caritative de l’Église pour les pauvres, proches et éloignés, est une manière concrète de contester cet état de fait.

Psaume 112

R/ Louez le nom du Seigneur : de la poussière il relève le faible.

  • Louez, serviteurs du Seigneur, louez le nom du Seigneur ! Béni soit le nom du Seigneur, maintenant et pour les siècles des siècles ! R/
  • Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ? Lui, il siège là-haut. Mais il abaisse son regard vers le ciel et vers la terre. R/
  • De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre pour qu’il siège parmi les princes, parmi les princes de son peuple. R/

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée 2, 1-8

La prière universelle de nos assemblés manifeste notre certitude que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.

Bien-aimé, j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage, pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre – je dis vrai, je ne mens pas – moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité.  Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute. – Parole du Seigneur.

Commentaire : L’habitude de la prière universelle dans nos rassemblements eucharistiques risque de nous en faire perdre le sens. Il ne s’agit pas de prier au hasard tout ce qui nous passe par la tête, mais de coller à l’actualité pour être des hommes et des chrétiens d’action dans le monde. Prier pour les chefs d’état et pour ceux qui ont la responsabilité du bien commun, ce n’est pas se démettre sur eux de ses responsabilités de citoyens. Savoir que Dieu veut sauver tous les hommes n’est pas une raison pour se croire quitte de tout effort missionnaire. Jésus Christ n’a pas agi ainsi, lui qui a porté témoignage jusqu’au sang, tant auprès des autorités romaines, en la personne de Ponce Pilate, qu’auprès de son peuple, de la volonté de salut de Dieu pour tous les hommes.

La prière universelle ne tient pas lieu d’action, mais, d’un autre côté, comment agir sans colère, et en toute pureté d’intentions, sans prière ?

Alléluia. Alléluia. Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 16, 1-13

Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’Argent, nous dit Jésus. Mais pour servir Dieu, mettons-nous autant

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : [« Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : ‘Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.’ Le gérant se dit en lui-même : ‘Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.’ Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ‘Combien dois-tu à mon maître ?’ Il répondit : ‘Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’ Puis il demanda à un autre : ‘Et toi, combien dois-tu ?’ Il répondit : ‘Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu, écris 80’. Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.] Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. » – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Quelle situation désespérée pour ce gérant, qui ne sait pas très bien comment se convertir à un autre métier ! Le temps presse, il doit rendre des comptes. Alors, sans hésitations inutiles, il agit avec audace et rapidité. « Bravo, s’écrie Jésus, pour cet esprit de décision ! – Mais il vient de voler honteusement son maître ! – Je n’ai pas dit bravo pour l’escroquerie, mais bravo pour l’esprit de décision. Vous-mêmes, vous êtes-vous décidés aussi rapidement pour saisir la grâce de la conversion qui vous est offerte ? Pour vous aussi le temps presse, bientôt il sera trop tard. Vous voulez un exemple concret de conversion à faire ? Eh bien ! Cet argent dont vous risquez toujours de faire un si mauvais emploi, qu’attendez-vous pour vous en dépouiller au service des pauvres ? Vous hésitez ? N’avais-je pas raison de dire : Bravo pour son esprit de décision ? Vous comprenez la parabole, maintenant ? L’argent n’est qu’un exemple des biens que Dieu nous confie à gérer. Sur quel point particulier avons-nous à nous convertir, à ce propos ?

Nos responsabilités professionnelles et sociales, nos tâches éducatives, les services d’Église qui nous sont confiés… autant de situations où nous devons avoir « l’habileté des fils de lumière ». Cherchons-nous l’appui d’un partage en équipe de chrétiens pour discerner ensemble comment être habiles dans ces diverses situations ?

Homélie

Cette anecdote évangélique aux allures de fait-divers, nous avons l’impression de l’avoir lue hier dans notre journal. Cette histoire de gérant malhonnête ressemble, à s’y méprendre aux affaires d’aujourd’hui et de toujours, hélas !

Qu’est-ce que Jésus veut nous dire par cet étrange récit ?

- Eh bien ! Tout d’abord que nous sommes en situation d’urgence : l’imminence du renvoi du gérant malhonnête est destinée à nous faire réfléchir sur notre propre vie. Nous ne sommes pas, en effet, assurés d’être en parfaite sécurité à tous égards... Nous vivons sous l’imprécise et néanmoins constante menace d’évènements subits qui peuvent tout bouleverser : une maladie, des difficultés familiales, des accidents, des conflits locaux ou mondiaux etc... Bref, nous vivons dans une sorte d’insécurité : ce sur quoi nous appuyons nos certitudes ou nos insouciances actuelles peut vaciller à tout moment. Il nous faut trouver une planche de salut sans tarder « vite » comme dit l’Évangile.

Le gérant de la parabole a su faire face à une urgence dans sa vie. Nous aussi nous sommes invités instamment à nous montrer attentifs et avisés, mais d’une façon intègre, « en fils de lumière ». Nous recherchons alors davantage l’amitié de Dieu, richesse suprême, qui nous établit dans la vraie sécurité « d’être accueillis dans les demeures éternelles dès maintenant ». L'Évangile nous suggère également que la qualité des relations humaines (amour, amitié, solidarité) soit considérée comme une sécurité supérieure à l’accumulation d’un compte en banque.

- Autre rappel de cette parabole « nous ne sommes que des gérants ». Bien entendu, nous avons tous conscience d’être les légitimes propriétaires de ce que nous possédons. Mais à y regarder de plus près nous constatons que notre avoir est provisoire et relatif. Nous n’avions rien en arrivant sur la terre et nous repartirons dépouillés de nos biens matériel : « on n’emporte pas sa fortune dans son cercueil ». Nous avons, certes, acquis en partie ce dont nous jouissons, mais d’une certaine manière, nous n’en sommes que les dépositaires actuels. Nous devons donc, en ce qui concerne l’usage des biens matériels nous comporter en intendants de Dieu. Nous devons nous montrer bons et généreux avec des biens dont nous nous déclarons légalement propriétaires, et qui, en fait, sont ceux de notre Créateur et Maître. Il nous les a confiés, non pour en user et abuser égoïstement mais pour un usage solidaire.

- Troisième réflexion : vous avez remarqué que par 2 fois Jésus emploie cette expression : « l’argent trompeur ». La richesse matérielle est une façade, qui pour somptueuse qu’elle soit ne garantit pas qu’un homme soit foncièrement bon, intelligent et heureux. Elle est souvent un décor qui cache bien des misères morales et spirituelles. La vraie valeur d’une personne ne se mesure pas à ses avoirs. L’argent est trompeur en effet, car il fait croire aux pauvres que leur vie est sans intérêt parce qu’ils sont sans revenus... L’argent aussi est trompeur parce qu’au lieu de servir il peut asservir. Quand il s’empare d’un être humain, il devient son maître et son dieu, il provoque en lui de terribles dégâts, à l’instar d’une drogue, son cœur devient dur, impitoyable insensible à toute morale. L’argent peut conduire à un enfermement intérieur. Il pousse alors aux pires injustices, aux pires malhonnêtetés, et l’homme ainsi possédé devient un esclave.

Au nom de ce dieu qu’est l’argent que de désordres meurtriers sur notre planète : guère, violences de toutes sortes, prostitutions, exploitation... L’argent est capable de tout détruire : couples, familles, relations à tous les niveaux...

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » dit Jésus. Dieu libère, l’argent tyrannise.

Et pourtant l’argent peut avoir un côté positif : c’est la leçon que Jésus nous demande de tirer de sa Parabole lorsqu’il dit : « Faites-vous des amis avec l’argent trompeur ».

Les banques nous incitent à souscrire des plans d’épargne en actions, le Seigneur, lui, nous propose d’investir dans des plans en bonnes actions, en donnant de notre superflu, en partageant selon nos moyens.

Je peux donc faire servir mon argent à aimer et à aider les autres. Si pour l’argent on peut faire beaucoup de mal, avec l’argent on peut faire tellement de bien.

Alors, la richesse qui, si souvent, détourne ou éloigne de Dieu devient chemin vers Dieu et source de bonheur partagé « jusque dans les demeures éternelles ».

Amen.

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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 16:59

Lecture du livre de l’Exode 32, 7-11. 13-14

Moïse intercède pour son peuple et se veut solidaire avec lui malgré son péché. Peut-on prier pour quelqu’un sans l’aimer.

En ces jours-là, le Seigneur parla à Moïse : « Va, descends, car ton peuple s’est corrompu, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte. Ils n’auront pas mis longtemps à s’écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre ! Ils se sont fait un veau en métal fondu et se sont prosternés devant lui. Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant : ‘Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.’ »

Le Seigneur dit encore à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les exterminer ! Mais, de toi, je ferai une grande nation ». Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu en disant : « Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par ta grande force et ta main puissante ? Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même : ‘Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel ; je donnerai, comme je l’ai dit, tout ce pays à vos descendants, et il sera pour toujours leur héritage.’ » Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Après sa libération d’Égypte, la marche du peuple hébreu à travers le désert fut pénible, entrecoupée de reniements envers son Dieu et de révoltes contre Moïse qui l’avaient entraîné là. Peuple à la tête dure, à qui le rude apprentissage de la liberté fait regretter l’Égypte où, du moins, on mangeait à sa faim, et qui troquerait volontiers son Dieu invisible contre une statue fabriquée de main d’homme. La fidélité de Moïse à son peuple est mise à l’épreuve : il pourrait s’en tirer seul, et le peuple, laissé à lui-même, périrait dans le désert. Mais, pour Moïse, on ne se désolidarise pas de ceux qu’on aime, fussent-ils bornés et ingrats ; il le rappelle au Seigneur dans sa prière.

La prière d’intercession pour le monde, l’Église, les malades et les souffrants est une manière d’exprimer notre solidarité avec eux et de rejoindre la prière du Christ ressuscité pour tous ses frères. Préparer la prière universelle de la messe, c’est aider l’assemblée à entre dans la solidarité de la communion des saints.

Psaume 50

R/: Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père.

  • Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
  • Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.
  • Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée 1, 12-17

Jésus a pardonné à Paul, et ce pardon n’est pas resté sans effet ; l’apôtre a voulu annoncer à tous cet amour incroyable de Jésus.

Bien-aimé, je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère, moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi ; la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante, avec la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus.

Voici une parole digne de foi, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs. Mais s’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier, le Christ Jésus montre toute sa patience, pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui, en vue de la vie éternelle.

Au roi des siècles, au Dieu immortel, invisible et unique, honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen. – Parole du Seigneur.

Commentaire : la transformation que le Christ a opérée en lui remplit Paul de reconnaissance. Puisqu’il a pu toucher du doigt la générosité du Christ à son égard, son amour pour le pécheur qu’il est, la confiance qu’il a placée en lui en l’appelant à être son apôtre, comment ne pas être certain que le Christ veut et peut sauver tous les pécheurs ! Nous autres pécheurs pardonnés et aimés, pourrions-nous refuser de faire connaître à notre tour aux autres le Christ Sauveur ?

Pécheur pardonné, écrit l’apôtre, je dois être un exemple pour les autres. Jésus, fais du pécheur pardonné que je suis, le signe de ta générosité et la preuve vivante que ton pardon transforme ceux qui l’accueillent !

Alléluia. Alléluia. Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia !

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 15, 1-32

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre crochets.

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !’ Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’ Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. » [Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer.

Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »] – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Qu’est-ce qui peut mettre en fête le cœur de Dieu ? C’est d’être en mesure, à travers son Fils, Jésus Christ, de montrer sa tendresse pour les pécheurs et les égarés ; c’est de pouvoir, après les avoir longtemps cherchés, nous associer à sa joie : « Réjouissez-vous avec moi ! » La conversion d’un seul d’entre nous, pécheurs, compte plus à ses yeux que la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes. Le plus jeune fils représente bien, aux yeux des pharisiens, les pécheurs et les publicains que fréquente Jésus. Après avoir quitté son père dans un geste d’ingratitude manifeste, il est tombé dans la pire déchéance pour un juif : garder des cochons, ces animaux impurs d’après la Loi. Son retour n’est pas dû d’ailleurs à une vraie contrition, mais seulement à la faim qui le tenaille. Oui, ce sont bien là les gens que Jésus fréquente ! Quelle révélation pour les pharisiens d’apprendre que Dieu se fait une telle fête du retour du pécheur à qui il n’a jamais refusé sa tendresse et son amour ! Comme ils se reconnaissent bien aussi dans l’indignation du fils aîné : « Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres ». Hélas ! Il s’est jugé lui-même comme un serviteur, et non comme un fils. Il n’est même pas un frère, comme le prouve sa remarque méprisante : « Ton frère que voilà ». Allons, la fête bat son plein pour le retour du prodige, sera-ce fête aussi pour la conversion de l’aîné ?

Le pardon de Dieu met son cœur en fête autant qu’au matin de Pâques. C’est que, comme Jésus son Fils, nous sommes ses enfants revenus à la vie. laissons-nous réconcilier pour entrer dans cette fête.

Homélie

Jésus fréquentait volontiers des personnes que les pharisiens, ses ennemis, jugeaient fort peu recommandables. « Il fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux » disaient-ils avec une sorte de haut le cœur provoqué par la liberté de l’amour de Jésus, cet amour qui renverse toutes les barrières pour rejoindre les plus pauvres là où ils sont. Du moins la réaction offusquée de ces « pensants » eut-elle l’heureux effet de susciter chez notre Seigneur les deux paraboles que nous venons d’entendre, paraboles inoubliables qui nous révèlent toutes les deux, l’infinie miséricorde de Dieu notre Père à l’égard des pécheurs. Dans ces paraboles, Jésus nous montre que le Berger et la Ménagère sont tous les deux également anxieux, attentifs et désireux de retrouver ce qu’ils ont perdu.

Ainsi est le Seigneur notre Dieu pour chacun et chacune d’entre nous : sa patience est immense, inlassable et active... car, nous l’aurons bien compris, nous sommes tous cette brebis, cette pièce perdue, puisque nous sommes tous pécheurs et le pécheur lorsqu’il a péché gravement, c’est quelqu’un que Dieu a perdu.

Oh ! Comme il faudrait, frères et sœurs, que s’enracine profondément en nous cette conviction à savoir que Dieu notre Père parce qu’il nous aime d’un amour infiniment miséricordieux ne peut nous abandonner, car pour Lui, tout être humain est unique, cet être humain qu’il a créé dans le sang de son Fils versé sur la croix pour la rémission des péchés.

Il se préoccupe donc de chaque pécheur (et avec d’autant plus de sollicitude qu’il est plus gravement pécheur) l’assiégeant continuellement de sa tendresse paternelle qui ne forcera jamais son « oui », mais qui ne cessera pas pour autant de le chercher jusqu’à ce qu’il revienne dans ses bras, jusqu’à ce que soit rétablie entre eux deux le courant de l’amitié, une véritable communion dans l’amour. C’est alors, nous dit Jésus, chaque fois qu’un tel retour se produit, qu’éclate en plus ciel l’allégresse du Père. La joie de Dieu, quel mystère et cependant quelle réalité : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion ».

Déjà le prophète Michée avait dit que « le Seigneur trouve son bonheur à pardonner ». Comme les mœurs divines sont à l’opposé des mœurs de l’homme ! Et c’est peut-être pour cela que la joie déserte notre terre, comme le ruisseau des montagnes qui finit par se perdre dans les sables du désert. Nous sommes tellement loin, en effet, de nous comporter comme Dieu en dépit des enseignements si clairs que Jésus nous a laissés sur le devoir du pardon. Nous sommes tellement pauvres d’amour !

Si nous savions accueillir les pécheurs et leur pardonner à commencer par celui qui nous a offensés, n’y aurait-il pas un peu plus de joie autour de nous et dans notre cœur ?

Ne soyons donc pas, comme les pharisiens : méprisants, hypercritiques, jaloux et grincheux. Consentons donc enfin à nous laisser envahir par la joie de Dieu, comme le Christ qui à certaines heures en était tellement possédé qu’il ne pouvait plus le cacher : elle le transfigurait. Que de choses changeraient n’est-ce pas dans notre monde si cette atmosphère de joie qui sort du cœur de Dieu et qui éclate dans tout l’Evangile comme une bonne nouvelle pouvait enfin inonder toute la terre comme elle inonde le ciel ! Le règne de Dieu n’est-il pas comme l’affirme saint Paul « joie dans l’Esprit-Saint ». Or ce règne, nous avons besoin de nous le redire inlassablement doit commencer d’abord en nous : il présuppose notre conversion. Il faut absolument que nous parvenions avec le secours de la grâce (qui ne nous manque jamais si nous la demandons avec confiance) à changer notre cœur de pierre en cœur de chair, que nous fassions des efforts pour éliminer de nos vies, tout ce qui est orgueil ou égoïsme, mépris et dureté de cœur, de telle sorte que ce soit l’amour, un amour surnaturel très ardent qui domine en nous et se réponde autour de nous.

Chers frères et sœurs, savoir avec certitude que l’on est aimé tel que l’on est et malgré ce que l’on est (cette vérité est inscrite dans ces deux paraboles de la miséricorde qui sont comme un évangile dans l’Evangile même. Savoir aussi que par notre réponse généreuse à l’amour de Dieu nous pouvons créer de la joie au ciel et sur la terre, n’est-ce pas suffisant pour avoir toujours le cœur en fête ?

Que la Vierge Marie nous aide à en prendre davantage conscience, Elle qui est la Mère de Miséricorde et la Cause de notre Joie. 

Amen.

Prière Universelle

Ayons foi en Dieu, le Père miséricordieux, laissons monter vers lui tous les besoins de nos frères et de nos sœurs en ce monde :

R/: Dans ta miséricorde, Seigneur exauce-nous.

  • Seigneur, tu as parlé à Moïse le chef du « peuple à la nuque raide ». Pardonne à tous ceux qui sont sourds aux cris des hommes, qui cherchent à nuire aux autres, redonne-leur ta sensibilité et ta miséricorde envers les êtres humains, leurs frères. Nous te prions. R/
  • Seigneur,  que ta parole imprègne le cœur de chaque baptisé, qu’elle le fasse grandir dans la foi et le rende disponible pour servir son prochain. Nous te prions. R/
  • Seigneur, ouvre nos  lèvres comme tu l’as fait pour le psalmiste, que nos bouches appellent sans arrêt  à la protection de la créature que tu nous a confiée, et notamment des mers et de l’océan : que les politiques, scientifiques et économistes travaillent ensemble pour la protection de ce bien commun de l’humanité ! Nous te prions. R/
  • Seigneur, ton Fils est venu pour sauver les pécheurs. Libère ceux qui se culpabilisent pour les fautes qu’ils ont commises, pour ceux qui sont plongés dans la haine, ôte l’obscurité dans leurs cœurs, cette obscurité qui les empêchent de voir la vérité qui libère. Nous te prions. R/
  • Seigneur, tu es toujours prêt à redonner à ceux qui accourent vers toi leur pleine dignité d’enfant de Dieu. Augmente la foi de notre assemblée dominicale, aide la à devenir un lieu d’accueil respectueux de tout homme. Nous te prions. R/

Seigneur, Dieu de pardon, ouvre pleinement le cœur de chaque homme à ton amour qui est sans limite et sans réserve. Par ton Fils, Jésus Christ, notre Seigneur. Amen.

Source de la P.U. : http://jardinierdedieu.fr/

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 21:53

Lecture du livre de Ben Sirac 3, 17-18. 20. 28-29

As-tu quelques responsabilités qui te font paraître grand ? Alors plus tu es grand, plus il faut t’abaisser, nous écrit Ben Sirac le Sage.

Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. Grande est la puissance du Seigneur, et les humbles lui rendent gloire. La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Ben Sirac le Sage, qui s’est voulu à l’écoute du réel, nous livre son expérience. Il a rencontré bien des hommes d’action exerçant une charge ou responsabilité importante dans la société. Si l’orgueil des uns lui a paru pourrir les meilleures choses par la racine, il a su admirer l’efficacité de ceux qui agissaient avec douceur et humilité : ils savaient se faire aimer des hommes et restaient petits devant Dieu.

Sommes-nous « l’oreille qui écoute » tous ceux qui ne rencontrent ni attention ni accueil ni compréhension autour d’eux ? Et s’il s’y joint l’écoute du cœur, nous serons aimés « plus qu’un bienfaiteur ».

Psaume 67

R/ : Béni soit le Seigneur : il élève les humbles.

  • Les justes sont en fête, ils exultent ; devant la face de Dieu ils dansent de joie. Chantez pour Dieu, jouez pour son nom. Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face. R/
  • Père des orphelins, défenseur des veuves, tel est Dieu dans sa sainte demeure. À l’isolé, Dieu accorde une maison ; aux captifs, il rend la liberté. R/
  • Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse, et quand il défaillait, toi, tu le soutenais. Sur les lieux où campait ton troupeau, tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre. R/

Lecture de la lettre aux Hébreux 12, 19-19. 22-24

Nos célébrations liturgiques nous mettent en communion avec la fête que vivent déjà tous ceux qui nous ont précédés près de Dieu.

Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre.

Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle. – Parole du Seigneur.

Commentaire : La révélation du Sinaï s’est faite dans une ambiance de cataclysme bien propre à inspirer au peuple hébreu le respect sacré de Dieu. Par Jésus Christ, les chrétiens sont, entrés dans une relation nouvelle, une Alliance nouvelle avec Dieu, qui est faite d’intimité joyeuse et de communion avec les membres du peuple de Dieu déjà parvenus au ciel. Cette Alliance nouvelle met en fête le ciel et, sur la terre, le cœur des croyants.

Nous nous efforçons de faire de nos célébrations eucharistiques des moments de fête et de joie. Pourtant nous ne cessons de dire : « Jésus, nous attendons ta venue dans la gloire », parce que alors seulement la fête sera pleine et universelle.

Alléluia. Alléluia. Prenez sur vous mon joug, dit le Seigneur ; devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 14, 1. 7-14

Va prendre la dernière place, nous dit Jésus. Lui-même a prêché d’exemple, se faisant pauvre avec les pauvres.

Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient. Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : ‘Cède-lui ta place’ ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé ». Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Ce ne sont pas seulement des conseils de prudence et de bonne tenue à table que donne Jésus, c’est surtout un avertissement sur les conditions d’admission au royaume de Dieu. Il faut d’abord bannir toute ambition et tout sentiment de supériorité pour se faire petit devant Dieu qui élève les humbles et abaisse les orgueilleux. Il faut ensuite, comme Jésus, accorder le meilleur de son attention et de son amour aux plus pauvres qui, parce que démunis de tout, ne pourront pas rendre ; cet amour gratuit et désintéressé trouvera sa récompense lors de la Résurrection. Être à la fois sans prétention et totalement désintéressé, c’est le plus sûr moyen de gagner le cœur de Dieu et aussi celui des hommes.

Prendre la dernière place avec le secret espoir d’être promu aux premiers rangs, n’est-ce pas de l’hypocrisie ? Pour le savoir il faut choisir la dernière place et s’y tenir. Nous constaterons alors qu’il faut plus que de l’hypocrisie pour y rester, il faut de l’amour.

Homélie 

L’Evangile décidément c’est le monde à l’envers, le renversement de toutes les valeurs admises. Dimanche dernier, Jésus nous invitait instamment à passer par « la porte étroite », à être très exigeants pour nous-mêmes alors que tout dans ce monde matérialiste qui est le nôtre nous entraîne à la facilité.

Et voilà qu’aujourd’hui il nous dit « N’invitez pas parents, amis ou gens riches », c’est-à-dire ceux qui pourraient vous rendre invitation pour invitation, invitez plutôt ceux qui ne peuvent vous le rendre parce que précisément ils n’ont rien à rendre. Ce qui veut dire : aimez gratuitement, que votre amour soit désintéressé... mettez-vous généreusement au service des autres sans attendre de retour... acceptez de vous mettre au même niveau que les plus démunis, les plus pauvres, mieux que cela faites-vous leurs serviteurs.

Reconnaissons que ce n’est pas une manière de faire courante dans notre société. Dans la plupart des cas, si l’on rend service à quelqu’un c’est bien dans l’espoir que l’autre pourra nous le rendre et si on invite quelqu’un n’est-ce pas parce qu’il nous est sympathique, qu’il va nous rendre amitié pour amitié, ou encore parce que nous y avons intérêt, étant donné sa position sociale.

Mais il y a encore plus frappant dans cet évangile, frères et sœurs, Jésus nous dit qu’il faut toujours se mettre à la dernière place ; il nous demande de ne pas nous élever mais de nous abaisser autrement dit de pratiquer l’humilité, cette vertu à propos de laquelle saint Augustin déclarait ceci : « Si vous me demandez ce qu’il faut d’abord pour être chrétien, je vous répondrai : l’humilité, et ce qu’il faut ensuite : je vous redirai l’humilité, et ce qu’il faut encore : je vous répèterai : l’humilité et aussi souvent que vous me poserez la question, je vous ferai la même réponse ».

Or, cette vertu qui est le fondement de la vie chrétienne est loin d’être appréciée dans le monde d’aujourd’hui, car elle évoque pour beaucoup l’idée de ramper, de s’écraser, de démissionner, de refouler des énergies qui ne demandent qu’à être déployées. Pour ceux-là, ce qui compte par-dessus tout c’est de réussir : réussir en se taillant une place au soleil la plus large possible, réussir en dominant, en étant le plus fort, le plus riche, le plus admiré, le plus redouté ou le plus étonnant. Combien ne cherchent qu’à se hisser le plus haut possible, en jouant des coudes, en écartant ou en écrasant les gêneurs ?

C’est cette mentalité « arriviste » où domine l’orgueil que Jésus conteste et refuse. Ce qu’il condamne ce n’est pas le fait de développer ses dons et ses aptitudes. Il nous demande au contraire de faire valoir les talents reçus. Il ne s’agit donc pas, comprenons-le bien, de se mettre systématiquement à la dernière place par une humilité feinte ou fausse. Le Seigneur ne nous demande pas de gémir sur nos limites et de justifier à bon marché notre paresse ou notre abstention par des arguments décidément trop faciles du genre : « j’ai déjà essayé, je n’y arriverai jamais ou je ne sais rien faire, je suis un bon à rien... »

Mais alors quelle place devons-nous ambitionner ? Eh bien ! Celle dans laquelle nous pouvons donner toute notre mesure de savoir, de joie, surtout de présence utile au service des autres avec tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Nous l’avons peut-être remarqué chaque fois que Jésus nous parle de nos rapports avec le prochain, il insiste très fort pour que chacun prenne la place de celui qui sert et se considère comme le serviteur des autres. « Si quelqu’un veut être le 1er parmi vous qu’il soit le serviteur de tous ».

Il ne s’agit donc pas de s’enfoncer dans une conscience morbide de ses insuffisances mais d’offrir avec simplicité de cœur ce qu’il est possible de donner. En cela comme en toutes choses il nous faut imiter le Christ- Jésus, lui qui se distingue surtout par l’humilité. C’est même la seule vertu dont il se réclame expressément avec bien-sûr la charité : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ».

Et si Jésus est humble ce n’est pas par philosophie ou faiblesse de caractère, mais simplement parce qu’il se montre tel qu’il est : sans idéal humain affiché, mais avec la volonté de se situer dans la Vérité par rapport à son Père et par rapport aux hommes. Sa mesure de comparaison ne se trouve pas sur terre, mais devant Dieu dont il manifeste l’amour miséricordieux en rejoignant l’homme à son niveau d’homme.

Jésus est humble parce qu’il est Amour et l’amour ne se dit jamais supérieur. C’est la raison par laquelle il se met de plain pied avec les petits, les enfants et les faibles. Il ne cherche aucune place voyante ; il dédaigne de se concilier l’amitié des puissant, au contraire il s’inquiète des pauvres, des délaissés, des malades, de tous ceux qui peinent et qui souffrent.

Frères et sœurs, cette manière d’agir du Dieu fait homme doit nous faire comprendre que l’humilité est le Chemin Royal vers la Sainteté. « Qu’on considère où l’on en est de l’humilité et l’on verra où l’on en est de ses progrès spirituels » nous dit sainte Thérèse d’Avila. L’orgueil réduit à néant les œuvres les plus réussies tandis que l’humilité donne du prix aux actions les plus simples.

Nous demanderons au cœur de cette Eucharistie par l’intercession de Marie, l’humble servante du Seigneur, la Grâce de nous exercer constamment à l’humilité vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis des autres et vis-à-vis de Dieu, afin que se réalise pleinement pour nous la parole de Jésus : « Celui qui s’abaisse sera élevé ».

Amen.

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25 août 2019 7 25 /08 /août /2019 18:10
Source de l'image : 'la croix'

Lecture du livre du prophète Isaïe 66, 18-21

La dispersion d’Israël parmi les nations a pour but d’en faire le témoin du Dieu qui veut rassembler les hommes.

Ainsi parle le Seigneur : connaissant leurs actions et leurs pensées, moi, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire : je mettrai chez elles un signe ! Et, du milieu d’elles, j’enverrai des rescapés vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont rien entendu de ma renommée, qui n’ont pas vu ma gloire ; ma gloire, ces rescapés l’annonceront parmi les nations. Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux et des chariots, en litière, à dos de mulets et de dromadaires, jusqu’à ma montagne sainte, à Jérusalem, – dit le Seigneur. On les portera comme l’offrande qu’apportent les fils d’Israël, dans des vases purs, à la maison du Seigneur. Je prendrai même des prêtres et des lévites parmi eux, – dit le Seigneur.  – Parole du Seigneur.

Commentaire : Les perspectives d’une mission universelle ne sont jamais si éclatantes dans l’Ancien Testament que chez le prophète qui, au VIè siècle, a composé la fin du livre d’Isaïe. Pourtant c’est l’époque où le peuple de Dieu s’est senti le plus clairement quantité négligeable dans le vaste monde. Mais il se sait le signe levé par Dieu au milieu des nations, le peuple-témoin, le petit noyau du rassemblement des peuples que projette de réaliser le Seigneur.

C’est aussi à une Église pauvre et dépouillée de toute volonté de triomphalisme que le Christ promet d’être le signe de ralliement des nations. Croyons-nous que notre communauté chrétienne, si faible soit-elle, puisse être la servante de ce dessein de Dieu pour le monde ?

Psaume 116

R/ : Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile.

  • Louez le Seigneur, tous les peuples ; fêtez-le, tous les pays ! R/
  • Son amour envers nous s’est montré le plus fort ; éternelle est la fidélité du Seigneur ! R/

Lecture de la lettre aux Hébreux 12, 5-7.11-13

Dieu n’empêche pas les épreuves de nous atteindre : elles sont signe qu’il nous traite comme ses fils, avec sérieux, et pas comme des gamins.

Frères, vous avez oublié cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils. Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? Quand on vient de recevoir une leçon, on n’éprouve pas de la joie mais plutôt de la tristesse. Mais plus tard, quand on s’est repris grâce à la leçon, celle-ci produit un fruit de paix et de justice. C’est pourquoi, redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent, et rendez droits pour vos pieds les sentiers tortueux. Ainsi, celui qui boite ne se fera pas d’entorse ; bien plus, il sera guéri. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Ce passage de la lettre aux Hébreux semble vouloir illustrer le proverbe : « Qui aime bien châtie bien ». Pris à la lettre, il conduirait à une fausse conception de Dieu, celle d’un Dieu-justicier, qui s’exprime dans la réflexion courante : « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir tant de malheurs ? » L’auteur de la lettre veut seulement inviter ses correspondants, qui subissent persécutions et contractions à cause de leur attachement à Jésus Christ, à recevoir cela comme un moyen de purifier leur foi. Certes, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on supporte les moqueries et les avanies, mais quel fortifiant pour une foi qui risque toujours de s’enliser dans la facilité !

« Redonnez de la vigueur aux mains défaillantes et aux genoux qui fléchissent ». Beaucoup de gens attendent cela de nous « qui avons la chance de croire », comme ils disent. Ne passons pas à côté de leur attente.

Alléluia. Alléluia. Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 13, 22-30

N’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? Jésus répond en évoquant des foules venant des quatre points cardinaux, mais il ajoute : Toi, efforce-toi d’entrer par la porte étroite.

En ce temps-là, tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant. Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes.’ Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.’ Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : L’appartenance au peuple élu paraissait aux contemporains de Jésus une telle garantie de leur salut et, par contre, la situation des païens – pourtant la grande masse de l’humanité – un tel handicap pour y accéder que l’inconnu qui interpelle le Christ s’attend à une réponse positive et réconfortante. Mais Jésus renverse les perspectives : « Vous autres, dépêchez-vous d’accueillir la Bonne Nouvelle qui sauve, car il ne vous servira de rien de m’avoir entendu prêcher dans vos villes quand vous verrez les païens, ces prétendus inconvertissables, attablés au festin du Royaume et la porte claquée à votre nez.

N’y aura-t-il que peu de gens ou beaucoup à être sauvés ? À moi qui m’interroge parfois sur le sort des autres, Jésus, tu présentes la porte étroite. C’est elle que je vais choisir, non par sentiment du sauve-qui-peut, mais parce que je t’aime.

Homélie 

Pendant que Jésus fait route vers Jérusalem pour y souffrir sa Passion, quelqu’un lui demande : « Seigneur n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? »

Cette question Jésus l’esquive en posant la véritable « qui sera sauvé ? » Et il répond sans ambages : « C’est celui qui s’efforcera - pour traduire exactement il faudrait dire : « Celui qui se battra » - pour passer par la porte étroite. En réalité, à chacun de nous, le Christ rappelle ici que le salut est un cadeau qui exige la collaboration de l’homme. Personne n’est dispensé de faire effort pour accéder au Royaume, sinon le Seigneur nous traiterait comme des choses inertes et sans responsabilité. Or, son amour est fait de respect pour notre liberté.  Il se propose sans jamais s’imposer. Dieu seul peut nous toucher sans nous blesser. C’est pourquoi le Christ réveille ceux qui se sont endormis dans l’insouciance. Attention, leur dit-il la porte est étroite, les prétendants sont nombreux. Si vous continuez à dormir dans le matérialisme, si vous misez sur la facilité, le confort, la superficialité, vous risquez bien de ne jamais passer la porte ou d’arriver trop tard quand celle-ci sera fermée sous votre nez.

Voilà de quoi faire réfléchir l’homme de ce temps qui attend encore un salut bon marché du progrès vertigineux des sciences et de la technique, quand ce n’est pas tout simplement de son compte en banque bien garni...

Le salut, le seul vrai Salut que le Christ nous offre est affaire très grave qui mérite réflexion, passe par un choix décidé et s’opère dans des engagements concrets et couteux... Rien de plus illusoire et de plus dangereux que de dire : après tout Dieu est tellement bon, il comprend tout et il n’en demande pas tant... Considérer Dieu de cette manière, c’est le caricaturé, c’est en faire un papa gâteau qui n’exige rien de ses enfants, leur passant tous leurs caprices...

Or, l’Epître aux Hébreux vient de nous dire : « Quand le Seigneur aime quelqu'un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu'il reconnaît comme ses fils ».

Dans le Christ-Jésus, Dieu nous a démontré le sérieux de son amour en forme d’appel radical à le suivre. Il ne veut pas récupérer contre leur gré ceux qui n’auraient pas encore compris la puissance mais aussi les exigences d’une telle miséricorde offerte au prix de son sang. Mais parmi ceux qui se réclament du Christ il n’y a pas que des insouciants, il y a aussi les adeptes de la bonne conscience au rabais. Leur refrain est bien connu : nous sommes d’honnêtes gens, nous n’avons ni tué, ni volé ; nous allons à la Messe (lorsque ça ne nous gêne pas trop), nous prions quelque peu (surtout quand nous avons des ennuis), nous soutenons les bonnes œuvres. Au fond nous sommes de bons chrétiens, en tous cas bien meilleurs que tant d’autres. Dieu serait injuste s’il ne nous ouvrait pas les portes de son paradis.

Ceux qui raisonnent ainsi ressemblent à ces Juifs qui disaient à Jésus : « Nous avons mangé et bu sous tes yeux, tu as enseigné sur nos places ». La réplique de Jésus est cinglante : « Eloignez-vous de moi, vous qui faites le mal ».

Il ne suffit pas, en effet, pour être sauvé d’appartenir à l’Eglise par le baptême, d’être en règle avec la Loi de Dieu, d’avoir la conscience tranquille. Le paradis n’est pas une récompense pour des gens en ordre : il est une communion parfaite avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Or Jésus nous propose de commencer cette expérience d’amour dès ici bas avant de la faire éclore au ciel dans les splendeurs de la Gloire.

La vie chrétienne, voyez-vous est une aventure, elle est un risque, car l’amour n’est jamais satisfait ; il est comme le feu, il ne dit jamais « assez ». L’amour cherche à aller toujours plus loin ; il désinstalle et remet en route, il ne se paie pas de mots, il met la main à la pâte, il s’incarne dans du concret si humble soit-il.

Où en est, frères et sœurs, notre recherche de croyants (qui doit être approfondissement de la Foi et affermissement de l’Espérance) où est la dynamique de notre charité, celle qui vient de Dieu et nous envoie rejoindre nos frères là où ils sont et comme ils sont.

L’expérience est là pour nous dire que dans aucun domaine rien de valable ne se fait sans efforts, sans sacrifices. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’il s’agit de la plus grande affaire qui soit : sauver son âme et aider les autres à sauver la leur.

Dès lors, si nous sommes inconscients, réveillons-nous, si nous sommes satisfaits à bon compte secouons-nous... La porte s’ouvre. Dieu invite à entrer. Il faut marcher toujours plus loin, monter toujours plus haut pour accéder à ce Festin du Royaume où il nous sera donné de savourer éternellement l’indicible joie que le Seigneur nous a promis, qui est partage de sa Joie à Lui.

Amen.

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18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 17:10

Lecture du livre du prophète Jérémie 38, 4-6. 8-10

La Parole de Dieu que le prophète Jérémie fait entendre, dérange les chefs de l’armée qui chercheront à le liquider. Comme c’est actuel en bien des pays !

En ces jours-là, pendant le siège de Jérusalem, les princes qui tenaient Jérémie en prison dirent au roi Sédécias : « Que cet homme soit mis à mort : en parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattant dans la ville, et toute la population. Ce n’est pas le bonheur du peuple qu’il cherche, mais son malheur ». Le roi Sédécias répondit : « Il est entre vos mains, et le roi ne peut rien contre vous ! » Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue. Ébed-Mélek sortit de la maison du roi et vint lui dire : « Monseigneur le roi, ce que ces gens-là ont fait au prophète Jérémie, c’est mal ! Ils l’ont jeté dans la citerne, il va y mourir de faim car on n’a plus de pain dans la ville ! » Alors le roi donna cet ordre à Ébed-Mélek l’Éthiopien : « Prends trente hommes avec toi, et fais remonter de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure ». – Parole du Seigneur.

Commentaire : Le roi de Babylone assiège Jérusalem, en l’an 588. En vain l’Égypte a-t-elle tenté de secourir les Judéens, leurs alliés ; l’armée babylonienne l’a repoussée. Depuis toujours Jérémie dénonce cette révolte contre le roi de Babylone à qui Sédécias a promis obéissance par serment. Pour le prophète, cette violation du droit ne peut plaire au Seigneur. Mieux vaut se rendre, proclame-t-il. Arrêté, le prophète est accusé de démoraliser l’armée, et les chefs obtiennent sa condamnation à mort. Un étranger, de race noire, le sauve à temps d’une mort certaine.

Les interventions du pape et des évêques en faveur de la paix du désarmement, de l’aide aux pays en voie de développement, de la démocratie et de la liberté des peuples, poursuivent l’action des prophètes bibliques. Comment recevons-nous et répercutons-nous leurs interventions ?

Psaume 39

R/ : Seigneur, viens vite à mon secours !

  • D’un grand espoir, j’espérais le Seigneur : il s’est penché vers moi pour entendre mon cri. R/
  • Il m’a tiré de l’horreur du gouffre, de la vase et de la boue ; il m’a fait reprendre pied sur le roc, il a raffermi mes pas. R/
  • Dans ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu. Beaucoup d’hommes verront, ils craindront, ils auront foi dans le Seigneur. R/
  • Je suis pauvre et malheureux, mais le Seigneur pense à moi. Tu es mon secours, mon libérateur : mon Dieu, ne tarde pas ! R/

Lecture de la lettre aux Hébreux 12, 1-4

Nous sommes portés dans la vie de foi pour la foule immense des croyants d’hier et d’aujourd’hui.

Frères, nous qui sommes entourés d’une immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu. Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché. – Parole du Seigneur.

Commentaire : texte de réconfort pour des chrétiens persécutés, ce passage les invite à tenir bon dans la foi pour deux raisons. Tout d’abord l’exemple des ancêtres dans la foi, Abraham, Moïse… eux étaient seuls à lutter contre le découragement, alors que les chrétiens se savent solidaires de cette foule immense de témoins qui les ont précédés. Ensuite l’exemple du Christ qui a librement accepté le supplice infamant de la croix. C’est lui, Jésus, qui est à l’origine de leur foi, c’est lui aussi qui la perfectionnera quand ses témoins lutteront contre le péché jusqu’au sang, par fidélité et amour pour lui.

La foi nous introduit dans la communion de tous ceux qui ont mené le combat de la foi contre le découragement. Nos communautés chrétiennes doivent être aussi cette foule de témoins pour les nouvelles générations de chrétiens. Chacun des services qui nous y accomplissons concourt à ce but.

Alléluia. Alléluia. Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 49-53

Le message de Jésus Christ n’apporte pas la paix, mais il crée la division entre les hommes : c’est que le feu de l’amour a du mal à prendre sur la terre !

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère ».  – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Contrairement à l’attente de ses contemporains pour lesquels la venue du règne de Dieu leur apporterait la tranquillité en consacrant leurs mérites et en mettant fin à toutes les divisions, Jésus annonce que le règne de Dieu provoquera l’effet inverse. Il viendra comme un feu purifiant séparer les justes et les pécheurs, provoquer la division au sein des familles entre ceux qui l’accueilleront comme une Bonne Nouvelle et ceux qui voudront le refuser. Comme le Christ désire voir venir ce royaume de Dieu ! Pourtant, il sait qu’il doit subir l’épreuve de sa passion, comme un baptême de sang, pour qu’arrive ce règne de Dieu.

Si quelqu’un se présentait en annonçant qu’il va semer la division y compris dans nos familles, l’écouterions-nous ? Et pourtant, c’est Jésus lui-même. Désirons-nous le feu qu’il apporte ?

Homélie 

Jésus est venu pour plonger le monde dans le feu de Dieu. C’est le désir le plus ardent de son cœur qu’il nous livre à travers cette phrase étonnante « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ».

En reprenant ce symbole qui court à travers toute la Bible, Jésus n’entend pas évoquer le feu du jugement dernier qui purifiera l’univers : pour Lui, il n’y a qu’un feu de Dieu : celui que ressentaient les disciples d’Emmaüs : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures ? »

Dieu est Feu : sa parole « est un feu qui dévore ».

Son Esprit est Feu : voilà le feu que Jésus est venu apporter le feu de la Pentecôte.

Jean-Baptiste avait présenté Jésus comme celui qui devait « baptiser dans l’Esprit-Saint et le feu ».

La Pentecôte allait illustrer cette parole énigmatique du Précurseur. Si le feu que Jésus veut mettre dans le monde est celui de la Pentecôte, on comprend alors son impatience mais aussi son angoisse. Il les exprime en cette confidence qui suit la première : « c’est un baptême que j’ai à recevoir et comme cela me pèse (ou m’oppresse) jusqu’à ce qu’il soit accompli ».

Le Baptême de Jésus doit être précédé en effet du baptême de sang, celui que Jésus recevra sur la croix. La longue montée de Jésus vers Jérusalem nous révèle combien il est angoissé par la perspective de sa Passion. Et cette angoisse grandissante s’achèvera, nous le savons sous les oliviers de Gethsémani, provoquant sur tout son corps une sueur de sang. L’agonie de Jésus au soir du Jeudi-Saint n’est en fait que la phase ultime et particulièrement aiguë d’une agonie qui a commencé bien avant « cette nuit où il fut livré ».

Étrange alchimie divine : le feu de Pentecôte jaillira du sang de la Passion : l’Esprit-Saint sera le fruit de la Croix, l’amour qui doit brûler les hommes naîtra du Cœur transpercé de Jésus. Tout sera gagné quand tout sera donné. Telle est la loi de la Rédemption. C’est pourquoi les vrais disciples de Jésus sont à la fois des « divins impatients » et des « donneurs de sang ».

Blessée, Jeanne d’Arc disait « ce n’est pas du sang qui coule c’est de la gloire ».

A partir de son baptême de feu sur la croix, Jésus a donc transmis au monde l’Esprit-Saint qui est Amour. Et comme il lui tarde de voir l’humanité tout entière purifiée et transfigurée dans l’immense incendie de l’Amour divin...  Mais cela ne pourra se faire que si ses disciples, gagnés eux-mêmes par ce feu deviennent par leur témoignage et leurs activités apostoliques incendiaires d’amour partout où ils se trouvent. Seulement voilà : chaque fois qu’un foyer de vie chrétienne lumineuse et ardent s’allume quelque part les extincteurs ne se font pas attendre. Et ce qui est le plus affligeant c’est que nous-mêmes dans bien des cas nous leur prêtons mainforte. Qui peut prétendre, en effet, qu’il n’a jamais essayé d’éteindre l’Esprit en lui ou autour de lui ?

L’Evangile dérange trop de personnes, bouleverse trop d’habitudes et remet en question trop de structures pour que les hommes assistent à l’explosion sans réagir. Ceux qui vivent et annoncent l’Evangile dans toutes ses exigences, ne tardent pas à subir l’assaut de multiples extincteurs.

S’il nous faut bien reconnaître d’ailleurs que toutes ces forces mauvaises se trouvent, hélas ! encouragées par nos peurs, nos démissions, nos résignations, parfois même avec la complicité d’une doctrine qui cherche à garder le juste milieu à ne déranger personne, à susciter une religion assez superficielle pour anesthésier tout le monde, à commencer par ceux qui se servent de l’Evangile, au lieu de le servir.

Chers frères et sœurs, sur ce pont, comme sur tant d’autres, nous devons nous examiner sans complaisance, sans désespoir non plus.

  • Si nous nous découvrons extincteurs du feu de Dieu dans plusieurs de nos comportements, nous avons toujours la possibilité de nous ressaisir, de nous réajuster au bon plaisir de Dieu : (c’est ce que Paul VI appelait : la réforme intérieure. Il n’est jamais trop tard pour l’entreprendre).
  • Si nous souffrons d’êtres continuellement agressés ou persécutés par tous ceux qui repoussent le feu de Dieu, tout d’abord c’est bon signe, car le démon ne s’attaque pas aux médiocres et aux tièdes, et puis pensons que le disciple n’est pas au-dessus du maître, que la persécution est une béatitude.

Jésus, Marie, les prophètes et tous les saints ont vécu cela avant nous. Et ils sont là avec nous pour nous encourager et nous soutenir dans notre combat. Parce que nous ne sommes jamais seuls, parce que le feu de la Pentecôte aura finalement le dernier mot, parce que l’Esprit de Jésus est beaucoup plus fort que toutes les manœuvres qui tentent de l’étouffer il nous faut tenir bon, il nous faut aller de l’avant, sans jamais nous décourager, sans nous laisser gagner par la peur qui est mauvaise conseillère et qui paralyse. Rappelons-nous à ce sujet les nombreuses exhortations de Jésus (il y en a au moins 350 dans l’Evangile).

« N’ayez pas peur – Sois sans crainte petit troupeau – Courage, j’ai vaincu le monde... ».

Que Marie, la femme au courage invincible nous obtienne la grâce de courir avec endurance l’épreuve qui nous est proposée. Les yeux fixés sur Jésus qui est à l’origine et au terme de la foi.

Amen.

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 20:16

Lecture du livre de la Sagesse 18, 6-9

Parce qu’ils ont cru aux promesses de Dieu, les Hébreux n’ont pas été pris à l’improviste au cours de la nuit de la délivrance pascale.

La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire. Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Dieu avait promis à Abraham de délivrer ses descendants, dont il annonçait la captivité en Égypte. Cette promesse fait à leur ancêtre tenait en haleine les Hébreux opprimés. Aussi, lors de son passage la nuit de Pâques, Dieu les trouva-t-il vigilants, mangeant l’agneau pascal dans leur maison, en tenue de voyage. Peut-être était-ce une aventure, mais tous étaient décidés à partager le meilleur et le pire.

Dieu nous veut disponibles, même quand les appels qu’il nous adresse par l’Évangile, par l’Église ou par nos frères les hommes, nous prennent au dépourvu.

Psaume 32

R/ : Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu.

  • Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine ! R/
  • Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine. R/
  • Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi ! R/

Lecture de la lettre aux Hébreux 11, 1-2. 8-19

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre-crochets

À la suite d’Abraham, le père des croyants, tout un peuple a marché dans la foi : leurs traces nous conduisent au Dieu qui peut ressusciter les morts.

Frères, la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi.

Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte.

Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable. [C’est dans la foi, sans avoir connu la réalisation des promesses, qu’ils sont tous morts ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c’est montrer clairement qu’on est à la recherche d’une patrie. S’ils avaient songé à celle qu’ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d’y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Aussi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, puisqu’il leur a préparé une ville.

Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts ; c’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là une préfiguration]. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Vivre de foi, c’est souvent marcher dans le noir et ne pas renier alors ce qu’on a vu en pleine lumière. C’est ne pas estimer tout perdu, même quand ce que l’on a bâti s’écroule. C’est attendre de Dieu qu’il multiplie, au-delà de notre attente, les germes de justice et d’amour que nous avons semés. C’est ne pas désespérer, même quand la mort nous surprend sans que nous ayons vu se réaliser les promesses de Dieu. Abraham est le premier à avoir vécu intensément de foi ; il est le père des croyants.

Nous sommes les héritiers de ces hommes et de ces femmes qui ont marché dans la foi, confiants dans les promesses de Dieu. Quel héritage de foi allons-nous transmettre à notre tour ?

Alléluia. Alléluia. Veillez, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 32-48

Pour la lecture brève, on omet le texte qui est entre-crochets

[En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur]. Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra ». [Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? » Le Seigneur répondit : « Que dire de l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. Mais si le serviteur se dit en lui-même : ‘Mon maître tarde à venir’, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles. Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage] ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Les premiers chrétiens attendaient un retour imminent du Christ ce qui n’allait pas sans favoriser la fièvre de certains, annonçant à tout bout de champ que l’heure en allait bientôt, et le désengagement de certains autres, estimant vain dès lors tout effort au service du monde. Et puis, les années passant, on se prit à penser : « Mon maître tarde à venir ». À la fièvre succéda l’assoupissement, au désengagement des réalités de ce monde le désir de s’y installer. C’est cette dernière génération de chrétiens qu’a connue Luc et c’est elle qu’il met en garde contre la tentation d’amasser en ce monde, de s’endormir sur l’acquis, de laisser ronronner la mission. Luc s’adresse à tous, mais la question de Pierre montre qu’il vise tout particulièrement les responsables des communautés chrétiennes : eux connaissent très bien la volonté de leur Maître et il leur demandera compte de ceux qu’il leur a confiés.

Jésus, tu ne me dis pas : « Là où est ton cœur, là aussi sera ton trésor », car je pourrais me faire illusion en croyant que mon cœur s’est attaché à toi. Tu es plus réaliste : « Là où est ton trésor, c’est là qu’est ton cœur ». Arrache-moi à mes faux trésors pour que tu sois le seul à porter ce nom pour moi !

Homélie

Le grand souci de Jésus rappelé dans l’Evangile de ce jour, est que ses disciples soient toujours prêts quand il reviendra au soir de leur vie. C’est pourquoi il les invite instamment à la vigilance. « Restez en tenue de service, gardez vos lampes allumées. Je viendrai quand vous ne m’attendrez pas… » Jésus ne veut pas que nous passions à côté de l’essentiel : il nous pose des interrogations de poids : Mais quel est donc le sens de notre vie ? Avons-nous conscience que nous sommes programmés pour une rencontre capitale ? Une rencontre qui sera surprenante, inattendue et peut-être même imminente ?

S’il est une question qu’on ne peut pas éluder, frères et sœurs, c’est bien celle du sens de notre vie. Qui peut vivre sans se demander à quoi sert son existence ? La plupart des hommes souhaiterait ne pas vivre « pour rien. » Or, nous vivons justement dans une époque où tous les repères se sont effondrés à l’heure même où des problèmes monumentaux surgissent de toutes parts : chômage, maîtrise d’énergies terrifiantes, guerre économique entre les nations. Il n’est pas étonnant alors que beaucoup se tournent vers les sectes, le paranormal et les spiritualités de remplacement, tandis que d’autres en recherche vont vivre quelques jours dans un monastère pour essayer de voir un peu plus clair dans le tourbillon d’une vie débordée et stressée.

Jésus nous dit aujourd’hui : « Et toi quelle est ta priorité ? Pour quoi, pour qui vis-tu en premier ? Qui a la première place dans ton cœur ? Quelle est la valeur de ta vie ? Quels sont tes choix ? »

Ils sont nombreux, certes ceux qui se sont donnés de grands idéaux, des « étoiles » pour y accrocher leur vie, comme la liberté, l’égalité, la fraternité… Mais dans un monde où les conditionnements ou les inégalités sociales et l’individualisme règnent souverainement, ces idéaux se sont bien vite usés. Parfois même, en leur nom on massacre par fanatisme, on voit apparaître également chez certains un nouvel humanisme avec des valeurs très chrétiennes dans leur source, comme la dignité de la personne humaine, le souci de la justice, le respect de l’environnement, une solidarité à tous les niveaux. Mais comment croire à l’avenir de la planète quand on connaît la folie meurtrière de certains responsables où la course aux intérêts individuels de chaque nation ? A l’échelon individuel, tous ceux qui souffrent de quelque manière, soit dans leur corps soit dans leur cœur, tous ceux qui se débattent dans des difficultés inextricables se demandent s’il y a encore de l’espoir dans cette existence qui les embarque sur son bateau tragique…

Tout au long de l’Evangile, le Christ nous assure pourtant que la vie terrestre a un sens, si on la considère pour ce qu’elle est en vérité : essentiellement un lieu de transit vers une terre nouvelle qu’il désigne sous le nom de Royaume des cieux. Un temps aussi où nous façonnons avec le secours de sa grâce notre visage d’éternité… Et dans le passage d’Evangile que l’Eglise propose aujourd’hui à notre médiation, il fait briller à nos yeux une espérance fabuleuse car il nous rappelle que nous sommes sur terre pour nous préparer à une rencontre exceptionnelle : nous marchons vers un rendez-vous, nous faisons chaque jour un pas de plus vers une présence merveilleuse qui nous attend et apprête à nous combler d’un Bonheur sans limites et sans fin…

Mais n’est-ce pas là, frères et sœurs, ce à quoi, plus ou moins, nous aspirons au fond de nous-mêmes, car l’homme est un être de désir et de désir jamais satisfait tant qu’il chemine ici-bas. Qui de nous n’aperçoit pas en lui une insupportable contradiction ? D’une part, il se découvre comme un être limité, fini, « borné » dans sa connaissance, son amour, ses possibilités, sa durée surtout, et d’autre part il se découvre habité par le désir de l’infini : par une soif de connaissances nouvelles par un amour qu’il voudrait toujours plus grand, par le désir d’un temps qui s’éternise : l’homme est un être fini avec des désirs infini… S’il n’y a pas un au-delà, une vie éternelle, l’homme n’est plus qu’un raté de la création. C’est donc faire preuve d’intelligence que de comprendre que nous serons ici-bas toujours en manque, en recherche, en quête jamais comblée : par conséquent ne nourrissons pas de faux espoirs et accueillons la finitude humaine. Mais c’est faire preuve de foi que de comprendre que cette soif de l’infini a un sens : un jour nous rencontrerons Celui qui est seul capable de nous combler. Celui qui nous traitera comme des princes, nous assoira à sa table et nous servira…Et il se présentera à nous moins comme le maître que comme l’ami et quel Ami ! « Notre cœur est insatisfait tant qu’il ne repose pas en Toi » disait saint Augustin, lui qui avait compris par expérience combien les plaisirs terrestres sont décevants… Grâce à cette vie de foi il est plus facile d’accepter les imperfections de notre vie terrestre et les souffrances inévitables.

Frères et sœurs, cette rencontre suprême avec le Christ Jésus que nous appelons la mort, mais qui est une nouvelle naissance « je ne meurs pas disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, j’entre dans la vie ». N’allons pas croire qu’elle est remise aux Calendes grecques. Lorsqu’on est jeune on s’imagine que la vie est très longue. Tous les anciens savent bien qu’elle est extrêmement courte… « La mort est plus près de nous que notre paupière » dit un proverbe arabe. C’est pourquoi le Seigneur nous invite instamment à la vigilance : « Veillez, car je viendrai à l’improviste, comme un voleur, non pas comme un méchant qui vient traîtreusement vous surprendre, mais à une heure inattendue de jour ou de nuit, pour avoir le plaisir de constater que vous m’attendez. C’est tellement bon d’être désiré ».

Prions très fort, par l’intercession de la Vierge Marie pour que nous soit accordée la grâce d’attendre, non pas dans la peur, mais dans un désir ardent cet ultime rendez-vous qui au soir de notre vie nous jettera dans les bras de notre Dieu pour un avenir éternel de Bonheur et de Gloire.

Amen.

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 19:57

Lecture du livre de Qohèleth 1, 2 ; 2, 21-23

Qu’est-ce qui fait le prix d’un homme ? Les biens qu’il amasse ? Non ! tout cela n’est que du vent, nous dit Qohèleth l’Ecclésiaste.

Vanité des vanités, disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité !

Un homme s’est donné de la peine ; il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Cela aussi n’est que vanité, c’est un grand mal !

En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Il est plein de bon sens populaire, cet homme qui se cache sous un pseudonyme (son nom signifie : « la foule »), et son ironie mordante a l’art de dégonfler les baudruches (la vanité, pour un Hébreu, c’est qui est vide, ce qui n’est que du vent). Pour lui, la richesse, la capitalisation des biens, quelles que soient l’ingéniosité et la peine qu’on s’est données, quelle que soit même l’honnêteté des procédés qui ont permis de l’accumuler, ce n’est que du vent.

Société de consommation. Qohéleth l’Ecclésiaste ne dirait-il pas : « Cela encore est vanité » ?

Psaume 89

R/ : D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.

  • Tu fais retourner l’homme à la poussière ; tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! » À tes yeux, mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit. R/
  • Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ; dès le matin, c’est une herbe changeante : elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée. R/
  • Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse. Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Ravise-toi par égard pour tes serviteurs. R/
  • Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants. Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains. R/

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens 3, 1-5. 9-11

Jésus Christ ressuscité est l’avenir de l’homme. Tous les combats de la vie chrétienne préparent cet avenir.

Frères, si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.

En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Plus de mensonge entre vous : vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son Créateur, se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Comment bâtir un homme « debout » qui ne soit plus sous l’emprise du mal, qui échappe au triste conditionnement de l’exploitation de l’homme par l’homme ? Les meilleurs de nos contemporains mènent ce combat pour l’homme. Il est de toujours, et Paul éprouvait déjà que le christianisme donnait réponse à un tel projet de construire l’homme. Mais, pour lui, l’homme accompli, c’est Jésus Christ : le futur de l’homme est caché en lui et, seule, la Résurrection nous révélera à nous-mêmes. C’est donc vers le Christ qu’il faut nous orienter, en faisant taire en nous les passions de l’homme ancien, pour laisser Dieu nous recréer. Et c’est déjà vivre en homme nouveau que de ne plus faire de différences entre nous.

Il ne s’agit pas de rêver du ciel, mais d’échapper aux pesanteurs terrestres. L’apôtre nous donne une liste de ces pesanteurs. À laquelle désirons-nous nous soustraire ?

Alléluia. Alléluia. Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 13-21

Les grandes, comme les petites richesses, risquent de nous empêcher de prendre l’Évangile au sérieux.

En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage ». Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède ». Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : ‘Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.’ Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Luc, au vu des inégalités sociales criantes du monde gréco-romain, est celui des évangélistes qui est le plus sensible à l’obstacle mis par l’argent et la richesse à la réalisation de l’Évangile. Car, ou bien l’argent sera le seul moteur de la vie, au point d’aveugler les hommes, tel ce fermier, ou bien, plus sournoisement, on cherchera, pour se tranquilliser, à rendre l’Évangile garant de ses propriétés, tel cet homme qui veut se couvrir de l’autorité du Christ pour obtenir l’héritage qu’il escompte. Oui, Luc saint bien que les grandes comme les petites richesses risquent de nous empêcher de prendre l’Évangile au sérieux.

Comment comptons-nous faire pour être riches aux yeux de Dieu ?

Homélie 

Nombreuses sont dans l’Evangile les occasions où Jésus dénonce le danger mortel que constitue pour l’âme la possession des richesses matérielles. Dès le début de son ministère il déclare : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ». Et parmi les épines qui étouffent la bonne semence de la Parole de Dieu, il ne manque pas de mentionner la séduction des richesses. Faut-il en conclure que l’argent est condamnable ne lui-même ? Assurément non ! Car l’argent n’a pas de valeur morale propre ; il peut être utilisé pour le bien comme pour le mal... Mais alors pourquoi Jésus traite-t-il de fou, d’insensé le riche propriétaire qu’on nous présente dans l’Evangile de ce jour ?

- Insensé, cet homme l’est tout d’abord parce que des moyens de vivre dont Dieu le gratifie il fait le but même de son existence. Ayant fait une double récolte, sa seule ambition désormais est d’entasser richesse sur richesses. Et comme le bien-être dépend en grande partie de la richesse, son but, c’est de remplir toute sa vie de cette jouissance « repose-toi, mange, bois, profite de la vie ». Jeune encore, semble-t-il, il se promet du bon temps et pour de nombreuses années... Cet homme, Jésus le considère comme un insensé parce qu’il ne sait pas subordonner les moyens à la fin. Comme dit saint Paul son but est en bas et non en haut, là où se trouvent les vraies valeurs, celles qui demeurent et qui sont les seules capables de combler le cœur de l’homme bien au-delà de ses espérances.

Si Jésus raconte cette parabole c’est à l’évidence pour que nous en fassions l’application à notre propre vie. Cet attachement exclusif aux biens matériels constitue, en effet une tentation permanente, surtout pour nous qui vivons dans un monde où la loi du profit semble être la règle suprême. Ne sommes-nous pas de plus en plus, les esclaves de cette société de consommation qui nous incite par sa publicité omniprésente à profiter de la vie, à posséder le plus de biens possibles, à nous étourdir dans le moment présent et à nous comporter comme si la mort n’existait pas.

Mais une telle vie dites-moi a-t-elle un sens ? Ne sommes-nous pas comme des voyageurs qui s’étant aventurés la nuit dans une forêt ont perdu le nord ? Dieu est-il, oui ou non, le but de notre vie, notre fin dernière, notre unique et définitive richesse ?

Trop souvent, il faut bien le reconnaître parce que nous refusons de le choisir comme le Tout de notre vie, nous sommes, nous aussi, des insensés. Mais l’homme riche de la Parabole est aussi un insensé pour une autre raison : il ne fait pas circuler sa richesse dans le sens où elle devrait aller : c'est-à-dire vers les autres. Son fortune l’a replié et enfermé sui lui-même. C’est un homme seul qui ne vit que pour lui seul. Son énorme « moi » égoïste occupe toute la place. Il ne reconnaît pas ce qu’il doit au travail des autres et il n’est pas question pour lui de partager quoique ce soit... Avec de telles dispositions il ne lui vient même pas à l’idée qu’il pourrait donner par amour ce qu’il a en trop. Cet homme amasse pour lui-même il n’est pas « riche en vue de Dieu ».

Jésus nous donne là une leçon très importante, et plus que jamais actuelle, sur l’usage que nous devons faire des biens terrestres. Il ne faut pas oublier, en effet, ce que l’Evangile nous enseigne par ailleurs : à savoir que pour rejoindre Dieu et concrétiser notre amour pour lui, il nous faut pratiquer le commandement de l’Amour fraternel. Or l’usage des biens matériels, doit lui aussi nous aider à vivre ce commandement, il peut et doit nous aider à devenir charité vivante et agissante.

Si nous voulons mettre en pratique la 1ère Béatitude « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre » nous devons nous détacher spirituellement de tous nos biens pour être de plus en plus riches de Dieu, riches de son Amour. Et ce détachement intérieur parce qu’il nous rend plus libres vis-à-vis de nous-mêmes et de notre avoir nous donne une plus grande aptitude à aimer le prochain, une plus grande aptitude surtout à partager de bon cœur avec les plus démunis. Car – on ne le soulignera jamais assez – si les biens matériels nous sont largement et suffisamment donnés c’est évidemment pour subvenir en premier lieu à nos besoins légitimes et à ceux de notre famille, mais c’est aussi pour subvenir, dans la mesure où il nous en reste aux besoins de nos frères moins fortunés que nous.

Autrement dit dans la pensée de Jésus, le superflu n’est pas fait pour être gardé mais pour être donné... Et là il y a bien des façons de donner : par le biais des œuvres caritatives, par exemple. Tel est en tous cas les plus sûrs des placements... Quant à ceux qui, en dépit des appels évangéliques préfèrent jouir égoïstement d’une richesse considérable qu’ils réfléchissent un seul instant à leur stupidité et à la vanité de leur comportement ! Ils agissent, en effet, à l’exemple du riche propriétaire comme si leurs richesses pouvaient garantir la durée de leur existence, comme si elles étaient une assurance de longue vie. Mais croire que la vie de l’homme dépend de ses richesses, croire qu’avec de l’argent on peut acheter le temps c’est bien la pire des illusions, la vanité des vanités... C’est pourtant celle de presque tous les riches, de presque tous les hommes.

Attention ! dit Jésus « La vie d’un homme fut-il dans l’abondance ne dépend pas de ses richesses ». Et ce qui arrive à l’homme avare et dur de la parole invite à réfléchir... Dieu ne lui demande pas la permission de faire irruption dans sa vie. Il interrompt brusquement son monologue et lui opposant une partenaire vraiment inattendu : la mort. « Cette nuit même on va te redemander ta vie, et ce que tuas mis de côté qui l’aura ? » Le fait qu’il mourut sur l’heure ajoute à la vigueur et au caractère dramatique du récit. Mais n’est pas la réalité quotidienne des infarctus et des accidents de la route ?

Heureux alors, celui qui à son humble ou grande place aura su « être riche en vue de Dieu ». Oui ! Heureux ! à l’heure de la mort, celui qui aura su partager généreusement avec les plus pauvres. Il trouvera au ciel le trésor, qu’il aura ainsi amassé. Et ce trésor le comblera de bonheur pour l’éternité.

Amen.

Prière Universelle

Vanité des vanités, tout est vanité dans notre monde, tout peut le devenir. Pourtant le Seigneur nous demande d’aimer ce monde de tout son cœur comme lui-même le fait. Unissons nos prières à celles de l’Église pour tous nos frères et sœurs :

R/ : Toi, la source vive, coule en nos déserts.

  • Nous prions pour notre pape François, qu’il soit pleinement comblé d'amour et de grâce par Dieu afin d'accompagner tous les peuples dans leurs incessantes recherches des réalités d’en haut. Prions le Seigneur. R/
  • Nous supplions Dieu pour les personnes qui détiennent les pouvoirs politiques et économiques qu’ils ne cherchent plus à s’approprier les richesses humaines et matérielles de leurs frères et sœurs démunis sur notre planète mais qu'ils les servent. Prions le Seigneur. R/
  • Nous confions à Dieu tous les vacanciers ainsi que les travailleurs à leur service pendant ce temps de vacances, que chacun se laisse surprendre par les gestes généreux que certains posent. Prions le Seigneur. R/
  • Nous prions pour toutes les personnes qui doivent assurer la sécurité publique, qu’elles accomplissent leur travail avec confiance et sérénité. Prions le Seigneur. R/
  • Nous prions pour toutes les familles, que leurs membres puissent découvrir ce que sont l’amour et le pardon en vivant et en grandissant au sein de cette toute première communauté humaine de leurs existences. Prions le Seigneur. R/
  • Nous pensons spécialement à notre communauté paroissiale de vacances où il y a des absents, des passagers,… que chacun recherche sans cesse à vivre davantage en communion avec le Christ. Prions le Seigneur. R/

Seigneur Dieu, tu nous as envoyé ton Fils pour nous révéler le vrai sens de la vie. Que ton Esprit nous accompagne tout au long du chemin qui nous mène vers ta maison ! Amen.

Source : http://jardinierdedieu.fr/

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 17:47

Lecture du livre de la Genèse 18, 20-32

En intercédant pour les pécheurs, Abraham n’hésite pas à marchander avec Dieu : c’est qu’il le sait prêt à sauver le monde pour quelques justes.

En ces jours-là, les trois visiteurs d’Abraham allaient partir pour Sodome. Alors le Seigneur dit : « Comme elle est grande, la clameur au sujet de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai ». Les hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant le Seigneur. Abraham s’approcha et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? » Le Seigneur déclara : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville ». Abraham répondit : « J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq ». Abraham insista : « Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Le Seigneur déclara : « Pour quarante, je ne le ferai pas ». Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas ». Abraham dit alors : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ? » Il déclara : « Pour vingt, je ne détruirai pas ». Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? » Et le Seigneur déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas ». – Parole du Seigneur.

Commentaire : Devant le spectacle du péché du monde, on peut baisser les bras, on peut se lamenter sur les malheurs du temps ou pronostiquer le pire pour l’avenir. Ce sont là des attitudes courantes. Abraham, lui, regarde ce qu’il y a de bon et de juste, car il croit que les justes sauveront le monde. Et, de fait, la prière d’Abraham, l’ami de Dieu, n’est-elle pas déjà toute-puissante lorsqu’il intercède pour des pécheurs ? Qu’en sera-t-il lorsque le Christ, le Juste, sera notre avocat auprès du Père ?

Croyons-nous comme Abraham, que l’intercession des justes et la communion des saints ont plus de poids sur le sort de l’humanité que les facteurs du mal ? C’est cette foi qui donne sens à la prière universelle de nos messes.

Psaume 137

R/ : Le jour où je t’appelle, réponds-moi, Seigneur.

  • De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce : tu as entendu les paroles de ma bouche. Je te chante en présence des anges, vers ton temple sacré, je me prosterne. R/
  • Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité, car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole. Le jour où tu répondis à mon appel, tu fis grandir en mon âme la force. R/
  • Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ; de loin, il reconnaît l’orgueilleux. Si je marche au milieu des angoisses, tu me fais vivre, ta main s’abat sur mes ennemis en colère. R/
  • Ta droite me rend vainqueur. Le Seigneur fait tout pour moi ! Seigneur, éternel est ton amour : n’arrête pas l’œuvre de tes mains. R/

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens 2, 12-14

En mourant par amour pour nous, le Christ a cloué à la croix le billet de dette de nos péchés.

Frères, dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l'a ressuscité d’entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n’aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Recevoir le baptême et vivre une vie de baptisé, c’est se laisser empoigner par le Christ et lier son sort au sien ; c’est croire que la force de Dieu, à l’œuvre dans la résurrection de Jésus, agit aussi dans nos vies : il a annulé par la Croix l’arriéré de notre dette de péchés et nous a rassemblés en un peuple nouveau pour nous faire vivre de la vie de son Fils.

« Je pardonne, mais je n’oublie pas », entend-on dire quelques fois. Parce qu’il est éternelle présence d’amour, Dieu a la faculté d’oublier nos péchés cloués en croix avec le Christ. Quel bonheur de recevoir un pardon qui est sans arrière-pensée !

Alléluia. Alléluia. Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; c’est en lui que nous crions « Abba », Père. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 11, 1-13

Nous allons vers le Père par Jésus, faisant nôtres les mots de sa prière filiale grâce au don de son Esprit.

Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples ». Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : ‘Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : ‘Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.’ Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ‘Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose’. Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : A ses disciples, Jésus ne propose pas seulement une formule de prière, mais il indique aussi l’orientation que doit prendre leur prière pour imiter la sienne :

« Père » : nul avant Jésus Christ n’avait parlé à Dieu avec cette intimité ; comme lui, nous pouvons dire avec confiance ce mort si chargé de tendresse.

« Que ton nom soit sanctifié » : c’est ce nom de Père qui doit être reconnu saint et sacré par les hommes ; seule une attitude filiale à la suite de Jésus glorifie Dieu pleinement.

« Que ton règne vienne » : ce Règne que le Christ a proclamé, c’est celui d’un Père dont l’amour se propose sans jamais imposer ; comment oser dire cette phrase sans se vouloir soi-même, avec Jésus, témoin de Dieu ?

« Donne-nous le pain… » : avec une totale confiance pour demain, nous ne demandons que le pain de la journée ; Jésus nous a rappelé que ce pain, c’est aussi la Parole de Dieu qui fait vivre l’homme.

« Pardonne-nous nos péchés… » : Dieu se montre Père quand son pardon libère nos cœurs et nous fait revivre ; si nous demandons ce pardon, c’est que, instruits par le Christ, nous avons appris à pardonner d’abord à nos frères.

« Et ne nous laisse pas entrer en tentation » : cette tentation est celle du désespoir qui accompagne l’impression d’être abandonné de Dieu ; le Christ l’a connue à Gethsémani, mais pourrions-nous, sans l’aide de Dieu, en triompher ? Est-ce ainsi que nous prions ? Souvent ?

Homélie

Concernant l’importance et l’efficacité de la prière dont l’Evangile vient de nous parler, on entend souvent cette réflexion : « A quoi bon prier, à quoi cela sert-il, puisque Dieu sait d’avance ce dont nous avons besoin et ce que nous allons lui dire... » A ceux-là il faut répondre : « A quoi cela sert-il d’échanger, de dialoguer de se parler entre amis, entre fiancés, entre époux... »

D’ailleurs, regardons Jésus tout au long de l’Evangile. N’est-il pas évident que pour lui, prier c’est essentiellement se mettre en relation, en communication directe avec ce Dieu infiniment saint qu’il appelle son Père et dont il se sait aimé d’une façon unique parce qu’il est son Fils à un titre unique.

La prière de Jésus, qu’est ce que c’est, en effet, sinon un échange au niveau le plus élevé, un incomparable dialogue d’amour avec le Père très aimant qui déverse en lui son indicible tendresse.

Elle est donc bien là, frères et sœurs la véritable raison d’être de la prière chrétienne, dans ce fait qu’elle s’adresse à un être personnel. Si Dieu, en effet, n’est pas une personne, s’il n’est qu’une idée abstraite lointaine, anonyme, on ne voit pas très bien alors à quoi pourrait servir la prière ; elle serait une absurdité... Mais, si au contraire, comme c’est affirmé tout au long de la Bible, Dieu est vraiment quelqu’un, ce grand vivant qui nous dépasse infiniment certes, mais qui est, en même temps, tout proche de nous, plus présent à nous que nous ne le sommes à nous, même si Dieu est, bien plus encore, ce Père des Cieux, révélé par Jésus qui s’intéresse à tous ses enfants, les entourant d’une merveilleuse tendresse, alors quoi de plus normal, quoi de plus logique pour ces enfants que de chercher à nouer des relations avec lui, afin de répondre, autant que faire se peut à son prodigieux amour. On conçoit mal, d’ailleurs, comment on pourrait aimer quelqu’un sans jamais le rencontrer, sans jamais lui parler, sans jamais lui exprimer ce que l’on pense ou ce que l’on ressent, ne serait-ce qu’au moyen de signes : les regards par exemple qui en disent quelquefois tellement plus que les paroles. Ces mots d’ailleurs, ne sont pas le plus important... Nous savons bien qu’ils sont incapables de traduire parfaitement nos pensées ou nos sentiments. Il en va de même dans la prière : les paroles ne sont que des tremplins grâce auxquels l’âme cherche à s’élever vers Dieu. L’essentiel c’est de parvenir à ce contact, à cette relation vraiment personnelle et unique avec le Seigneur à ce croisement de deux regards, à une véritable union des cœurs. Pensons à cette remarquable formule qu’un paysan d’Ars trouve un jour, pour expliquer à son saint Curé, sa façon à lui de prier : « Je l’avise et il m’avise... » Que c’est beau s’exclamait ensuite le grand homme de Dieu, que c’est beau ! « Je l’avise et il m’avise ».

Disons-nous bien, frères et sœurs que rien ne pourra jamais remplacer ce mystérieux et pourtant si simple face à face avec Dieu, cette sorte de respiration ensemble, ces moments privilégiés de notre vie durant lesquels nous reprenons conscience d’exister par Dieu avec lui et en lui, durant lesquels nous pressentons combien nous sommes aimés et durant lesquels, nous apprenons à notre tour, à aimer. Oui, moments irremplaçables de la plus haute valeur, que ces temps forts de prière où il nous est donné d’intensifier notre relation d’amour avec le Dieu d’amour. C’est la raison pour laquelle Jésus nous invite si instamment à la prière : c’est parce qu’elle est quelque chose de vital. Un chrétien qui ne prie pas n’est pas plus vivant qu’un poisson hors de l’eau : c’est un asphyxié spirituel.

Car la prière, voyez-vous, frères et sœurs, a pour effet de nous plonger et de nous maintenir dans notre véritable milieu de vie qui n’est pas, contrairement aux apparences, le monde matériel, le monde visible dans lequel nous évoluons quelques années, mais le monde invisible « le milieu divin » qui nous enveloppe de toutes parts et englobe toutes choses, mais dont nous avons, hélas ! le redoutable pouvoir de nous échapper. Chaque fois que nous prions, donc, nous nous replaçons dans notre vrai milieu, nous revenons chez nous, dans cette « demeure éternelle » dont parle saint Paul ; nous nous laissons saisir et emporter par ce mystérieux courant d’amour qui nous relie très étroitement à chacune des Trois Personnes Divines, qui nous unit aussi de façon tout à fait privilégiée à Marie, notre Mère selon la Grâce ; qui nous unit encore à tous les habitants du ciel, à toutes les âmes du Purgatoire et enfin à tous ceux qui sur la terre s’efforcent de vivre comme nous dans le Christ. Autrement dit, chaque fois que nous prions, nous nous raccordons, bien que ce soit d’une manière très imparfaite à cette vie d’amour qui sera la notre toute l’éternité.

Chers frères et sœurs, au cours de cette Eucharistie nous adresserons un appel suppliant à celle qui, après Jésus, est le modèle le plus parfait des âmes priantes à Marie, la Vierge Toute Sainte. Puisque Dieu la chargée de notre éducation spirituelle prions la très fort de nous prodiguer ses sages conseils et son aide toute-puissante pour que par le moyen d’une prière, humble, pleine de confiance, ardente et persévérante nous puissions monter toujours plus haut, vers les sommets de la Sainteté et pour que par là Dieu Notre Père soit pleinement glorifié.

Amen.

Prière universelle

Le prêtre : Forts de notre foi en la force de Dieu, prions le Père du ciel de donner l'Esprit Saint à tous les hommes et toutes les femmes de notre terre pour que, partout, la vie triomphe.

Le lecteur :

  • Renforce les membres de ton Église dans leur grâce baptismale, pour qu'ils s’efforcent de faire pénétrer l’Évangile dans tous les aspects de leurs vies, pour ensuite l’apporter aux autres. Notre Père, nous t'en prions.
  • Emplis de ton amour les 5000 guides scouts rassemblés en Italie depuis ce samedi, pour redécouvrir leurs racines culturelles et spirituelles communes, et pour réfléchir sur leur identité de citoyens européens et chrétiens. Notre Père, nous t'en prions.
  • Envoie ton Esprit Saint aux dirigeants de notre planète pour qu'ils mettent tout en œuvre pour stopper les guerres et libérer les prisonniers politiques, en Syrie et dans le monde entier, pour faire revenir les réfugiés sur leur sol, et pour protéger les populations sans défense. Notre Père, nous t'en prions.
  • Donne aux personnes qui souffrent la grâce de la confiance filiale et de la persévérance, pour qu'elles ne se lassent pas de frapper à la porte de ton cœur pour te dire leurs angoisses et leurs demandes. Notre Père, nous t'en prions.
  • Pour que ton Esprit Saint aide chacun des membres de notre communauté paroissiale à approfondir sa relation avec le Christ, pour apprendre à pardonner comme toi Tu nous pardonnes, et pour prier en vérité la prière que Jésus nous a apprise. Notre Père, nous te prions.

Le prêtre : Père du ciel, tu réponds toujours à nos appels. Daigne exaucer nos prières de ce jour, et donne ton Esprit Saint à tous nos frères et sœurs de la terre. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Source : http://cathophalsbourg.over-blog.com par Isabelle Brunner, ALP

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 14:26

Lecture du livre de la Genèse 18, 1-10a

Comme Abraham fait bien les choses pour accueillir Dieu à travers ces trois voyageurs ! Mais combien Dieu fait encore mieux quand, par leur bouche, il lui promet la naissance d’un fils !

En ces jours-là, aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre. Il dit : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit ». Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, et il dit : « Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes ». Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer. Il prit du fromage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient. Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente ». Le voyageur reprit : « Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils ». – Parole du Seigneur.

Commentaire : Ce qui nous frappe le plus dans ce texte, c’est le passage subit de trois voyageurs à un. Combien étaient-ils ? Sans doute plusieurs, mais peu importe : Abraham sait bien qu’en tous ceux qu’il accueille c’est son Seigneur qu’il reçoit. Jésus aussi dira : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Des personnes nouvellement emménagées dans le quartier viennent dans notre assemblée chrétienne, d’autres y sont de passage à l’occasion de vacances. Quelle hospitalité leur réservons-nous dans notre communauté, dans notre cœur et dans notre temps ?

Psaume 14

R/ : Seigneur, qui séjournera sous ta tente ?

  • Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur. Il met un frein à sa langue. R/
  • Il ne fait pas de tort à son frère et n’outrage pas son prochain. À ses yeux, le réprouvé est méprisable mais il honore les fidèles du Seigneur. R/
  • Il ne reprend pas sa parole. Il prête son argent sans intérêt, n’accepte rien qui nuise à l’innocent. Qui fait ainsi demeure inébranlable. R/

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens 1, 24-28

Au milieu des nations païennes, écrit Paul, le Christ est présent grâce à son corps, l’Église. Quel visage du Christ présentons-nous aujourd’hui à ceux qui nous entourent ?

Frères, maintenant je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous ; ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Église. De cette Église, je suis devenu ministre, et la mission que Dieu m’a confiée, c’est de mener à bien pour vous l’annonce de sa parole, le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations, mais qui maintenant a été manifesté à ceux qu’il a sanctifiés. Car Dieu a bien voulu leur faire connaître en quoi consiste la gloire sans prix de ce mystère parmi toutes les nations : le Christ est parmi vous, lui, l’espérance de la gloire ! Ce Christ, nous l’annonçons : nous avertissons tout homme, nous instruisons chacun en toute sagesse, afin de l’amener à sa perfection dans le Christ. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Les communautés chrétiennes que Paul a fondées dans le monde païen sont autant de foyers de lumière qui éclairent le dessein de Dieu sur le monde. En elles et par elles le Christ est là, au milieu des hommes ; par la vie des chrétiens, il est annoncé à tous les hommes comme celui qui comble leur espérance et accomplit en perfection ce qu’ils portent en eux de meilleur. Paul peut bien souffrir : il sait que le grain ne porte du fruit que s’il meurt.

« Accomplir pour vous sa parole », pour l’apôtre ce n’est pas seulement la semer aux quatre vents, mais accompagner ceux qui l’ont accueillie : avertir, instruire, amener chaque personne à sa perfection. Tout un programme pour ceux qui ont la responsabilité de l’accompagnement de jeunes et de catéchumènes !

Alléluia. Alléluia. Heureux ceux qui ont entendu la Parole dans un cœur bon et généreux, qui la retiennent et portent du fruit par leur persévérance. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 38-42

Il y a une manière de vouloir servir Jésus, dans l'inquiétude et l'agitation, qui aboutit à ne plus savoir l'écouter et l'aimer pour lui-même.

En ce temps-là, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider ». Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Nous voulons bien nous dévouer, servir les projets de Dieu, nous sommes même tentés de bousculer un peu le Seigneur parce que ça n’avance pas assez vite : Dieu, patron pour qui on ferait volontiers des heures supplémentaires ! Mais quand il réclame d’être écouté et aimé pour lui-même, quand il recherche notre intimité parce qu’il désire ce tête-à-tête pour nous combler de sa présence, quelle n’est pas notre impatience !

Mon activité, même généreuse, peut cacher quelquefois un grand vide intérieur, une absence de Dieu. Quel malheur, n’est-ce pas quand deux époux ne trouvent plus rien à se dire ? Qu’il n’en soit pas ainsi entre le Christ et moi !

Homélie

Elles étaient donc deux sœurs : Marthe et Marie ; et Jésus les aimait toutes les deux, ainsi que leur frère Lazare. Comme il arrive le plus souvent entre sœurs elles ne se ressemblaient pas tout à fait. En particulier dans leur façon d’accueillir Jésus. Non pas que leur amour pour Lui fût inégal. L’Evangile ne le prétend pas, mais il s’exprimait autrement.

Marthe, c’est la maîtresse de maison. L’Evangile la nomme en premier. C’est elle qui reçoit Jésus. Elle se sent responsable de l’accueil. Active, dévouée, affairée, elle se laisse accaparer par les multiples occupations du service.

Marie, est nommée en second lieu étant sans doute la plus jeune. Captivée par la parole de Jésus, elle s’est assise à ses pieds et reste là, un peu insouciante, contente de vivre sous son regard.

Marthe donne son travail à Jésus, Marie sa présence douce et aimante.

Jusqu’ici il n’y a aucune ombre au tableau. Jésus ne reproche pas à Marthe de travailler et encore moins à Marie de demeurer auprès de Lui.

Mais voici que Marthe s’impatiente. Elle voudrait que Jésus détache sa sœur de Lui pour l’atteler au travail... Que s’est-il donc passé ?

Au départ, sans nul doute, l’intention de Marthe était bonne : bien recevoir Jésus... seulement peu à peu, son intention a dévié : ce n’est plus à Jésus qu’elle pense, mais à la réussite de sa réception et donc à elle-même. Son amour propre (sinon sa vanité) l’emporte sur son amour pour Jésus. Elle s’énerve, jalouse sa sœur et finit par se plaindre : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider. »

A cette supplique Jésus répond par des paroles qui sont révélatrices de ce qu’Il attend de tous ses disciples.

« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

Ce que Jésus oppose ici, voyez-vous, ce n’est pas service de Dieu et service du prochain, action et prière contemplative, comme on le croit trop souvent.

Ce qu’il oppose, c’est l’attitude du disciple qui écoute avec avidité la Parole de Dieu à l’agitation inquiète et désordonnée, remplie d’amour propre qui ferme le cœur à la pénétration de cette parole.

Tout en sachant très bien que les soucis nous tombent constamment dessus, Jésus n’aime pas que nous leur laissions prendre trop de places. « Ne vous inquiétez pas pour demain, demain s’inquiétera pour lui-même. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu : le reste vous sera donné par surcroît. » Mais c’est précisément ce surcroît qui nous préoccupe à l’excès et Jésus alors fait la guerre à nos mauvaises inquiétudes. « Ne vous inquiétez pas de la nourriture et du vêtement... » Ne laissez pas les ronces des soucis étouffer la Parole... (et combien d’autres paroles semblables que nous connaissons...)

Dans sa réponse à Marthe, Jésus nous dit donc très clairement où est l’essentiel, ce qui, pour nous, doit être la priorité : il ne faut pas que les choses (c’est-à-dire le service, l’action) tout aussi indispensables qu’elles soient, finissent par accaparer l’esprit au point de gêner les mouvements du cœur. Ces élans intérieurs qui nous portent vers Jésus, (en qui nous reconnaissons l’absolu de la vie, de la vérité et de l’amour) et qui nous le font aimer tellement qu’il n’y a plus que Lui qui existe, Lui qui compte, Lui qui est intéressant.

Chers frères et sœurs, nous avons besoin de nous convaincre que ce qui est le plus important pour nous, l’unique nécessaire, c’est cet amour profond, cet amour ardent, qui nous porte à nous tenir tout près de Jésus, à l’exemple de Marie, pour écouter sa parole, puiser dans son regard et nous laisser pénétrer par sa divine présence.

Mais n’est-ce pas ce que nous faisons chaque fois que nous participons à la Messe ? Et chaque fois aussi que, laissant de côté ce qui nous occupe ou nous préoccupe, nous prenons un peu de temps dans la journée pour prier.

Mais ce temps consacré à la prière comment le remplissons-nous ?

  • Le plus souvent nous demandons quelque chose au Seigneur, parce que nous sommes dans une grande détresse par exemple, et nous faisons bien puisque que Jésus nous dit : « demandez et vous recevrez. »
  • D’autres fois, c’est la reconnaissance qui jaillit de notre cœur, parce que nous avons reçu tel ou tel bienfait... et c’est tellement naturel de dire merci. L’Eglise le fait à chaque instant au cours de la Messe.
  • Mais il y a une autre attitude fondamentale de la prière que l’Evangile nous révèle aujourd’hui et qui nous est peut-être moins familière : « Marie se tenait aux pieds du Seigneur, écoutant sa Parole... »

Prendre du temps pour écouter le Seigneur, uniquement pour l’écouter, nous taire, oublier quelques instants nos demandes et nos questions pour le laisser parler, voilà qui est plus difficile mais si nous faisons cet effort, nous parviendrons, c’est sûr, à saisir ce qu’il veut nous dire. Car la prière qui est rencontre de deux personnes ne doit pas être un monologue, mais un dialogue.

Telle est donc aux yeux de Jésus, la meilleure part, celle qui ne nous sera jamais enlevée, car l’amour ne passera jamais ; il dure pour l’éternité.

Et surtout n’allons pas croire chers frères et sœurs que nos activités familiales, professionnelles, apostoliques ou autres pourraient souffrir de cette priorité donnée à l’amour gratuit qui s’exprime dans la prière contemplative. Disons-nous bien que plus nous prierons, plus nous multiplierons les moments d’intimité avec Dieu et plus l’amour surnaturel prendra le dessus au point que toutes nos activités seront portées par son souffle, seront transformées de l’intérieur et atteindront ainsi leur maximum d’efficacité.

C’est de cet unique nécessaire, ne l’oublions pas que tous les saints ont vécu à commencer par Celle qui est leur Reine et notre parfait modèle à tous : la Très Sainte Vierge Marie.

Prions-là très fort pour qu’elle nous apprenne à mener tout ensemble (et le plus harmonieusement possible) l’œuvre de Marthe et l’œuvre de Marie afin que Dieu soit glorifié en tout temps et de toute manière.

Amen.

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 17:42

Lecture du livre du Deutéronome 30, 10-14

La parole de Dieu est-elle lointaine et inaccessible ? Non, dit Moïse, elle est toute proche, elle veut trouver le chemin de nos cœurs et se dire par nos lèvres.

Moïse disait au peuple : « Écoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi, et reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. Car cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : ‘Qui montera aux cieux nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ?’ Elle n’est pas au-delà des mers, pour que tu dises : ‘Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ?’ Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique ». – Parole du Seigneur.

Commentaire : « Quand je prie, j’ai l’impression de parler devant un mur, Dieu ne me répond pas… Comment savoir ce que Dieu attend de moi ? Il ne me parle pas ». Nous éprouvons tous, d’une manière ou d’une autre, le sentiment du silence de Dieu dans notre vie. Peut-être parce que nous cherchons trop loin ? Sa parole est toute proche ; elle est dans nos rencontres quotidiennes, dans les événements que relate notre journal, dans les projets qui naissent en nos cœurs, dans ce temps de grâces de vacances… Peut-être aussi parce que nous hésitons à mettre cette Parole en pratique ? Mieux vaut ne pas trop chercher à entendre les appels auxquels on ne veut pas répondre, n’est-ce pas ?

Nous cherchons souvent la parole de Dieu au loin, alors qu’elle est toute proche. Peut-être est-elle l’une de celles qui sont sorties de nos lèvres aujourd’hui, si elle provenait de notre cœur.

Psaume 68

R/ : Cherchez Dieu, vous les humbles et votre cœur vivra.

  • Moi, je te prie, Seigneur : c’est l’heure de ta grâce ; dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi, par ta vérité sauve-moi. R/
  • Réponds-moi, Seigneur, car il est bon, ton amour ; dans ta grande tendresse, regarde-moi. R/
  • Et moi, humilié, meurtri, que ton salut, Dieu, me redresse. Et je louerai le nom de Dieu par un cantique, je vais le magnifier, lui rendre grâce. R/
  • Les pauvres l’ont vu, ils sont en fête : « Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu ! » Car le Seigneur écoute les humbles, il n’oublie pas les siens emprisonnés. R/
  • Car Dieu viendra sauver Sion et rebâtir les villes de Juda. Patrimoine pour les descendants de ses serviteurs, demeure pour ceux qui aiment son nom. R/

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 1, 15-20

Sans Jésus Christ, les hommes ne peuvent comprendre ni le monde ni leur histoire puisqu’il est à la fois le premier-né de la création et le premier-né d’entre les morts.

Le Christ Jésus est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui.

Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel. – Parole du Seigneur.

Commentaire : L’homme a pour vocation d’achever l’œuvre créatrice de Dieu en maîtrisant les forces de l’univers. Le Christ seul est le véritable roi de cet univers, le collaborateur de son Père dans son œuvre de création, le sommet et la fin de toutes choses : « Tout est créé par lui et pour lui ». L’homme a pour vocation de s’accomplir lui-même à l’image de Dieu : il est capable d’amour libre et gratuit. Le Christ seul est le Fils parfait qui, dans son existence humaine, a donné l’image la meilleure de l’amour de son Père. C’est pourquoi il a pris la tête de l’humanité nouvelle comme premier ressuscité, comme chef de l’Église, comme prototype de l’homme. L’univers des choses et des hommes trouve en lui son aboutissement pour être consacré à Dieu dans un monde nouveau réconcilié.

Parce qu’il est premier-né par rapport à la création et premier-né d’entre les morts, le Christ est la source qui permet de comprendre le sens de l’univers, celui de la vie humaine et de sa destinée. Tant de nos contemporains attendent que nous partagions avec eux cette certitude de notre foi.

Alléluia. Alléluia. Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 25-37

Quelle est la conclusion de la parabole du bon Samaritain ? « Va, et toi aussi fais de même ».

En ce temps-là, un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ». Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras ». Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : ‘Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.’ Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui ». Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : La religion juive connaissait l’amour du prochain, mais on y discutait de la notion même de prochain : ne fallait-il pas exclure les païens et les ennemis personnels ? Jésus refuse dans la discussion et se place sur un plan d’action pratique : « Fais ainsi, et tu auras la vie », dit-il. La parabole qu’il raconte est, elle aussi, pratique, mais du même coup résout-elle toutes les objections : le Samaritain ne s’est pas posé de questions devant ce juif qui était pourtant son ennemi d’une autre race, d’une autre religion que lui ; il l’a aimé et aidé. Par contre, le prêtre et le lévite employé au Temple, proches du juif par la race et la religion, s’en sont détournés. La charité n’est pas objet de parlotes, mais d’action : « Va, et toi aussi, fais de même ».

Qui est mon prochain ? Et Jésus de répondre : celui dont tu t’approches pour le secourir et l’aimer. Jésus, qui mets-tu sur ma route pour que je m’approche de lui en ton nom ?

Homélie

La charité chrétienne qu’il nous faut absolument mettre en pratique si nous voulons avoir la vie éternelle (comme Jésus vient de nous le rappeler si vigoureusement dans cet évangile) a deux dimensions :

  • une dimension verticale qui tourne notre cœur vers Dieu.
  • une dimension horizontale qui ouvre notre cœur à nos frères. Mais c’est le même courant d’amour, qui dans un perpétuel va et vient nous relie à Dieu et aux autres.

Il ne peut y avoir de vraie charité si l’une de ces deux dimensions vient à manquer : « celui qui prétend aimer Dieu et n’aime pas son frère, affirme saint Jean, est un menteur ». La qualité de notre amour du prochain garantit toujours le degré de notre amour de Dieu et inversement.

Mais peut-être la question du Docteur de la Loi « qui est mon prochain ? » brûle-t-elle également nos lèvres. La réponse Jésus l’a donnée une fois pour toute dans cette émouvante parabole du Bon Samaritain que nous venons d’entendre : mon prochain c’est n’importe lequel de mes frères blessé dans son corps ou dans son cœur et dont je dois m’approcher pour l’aimer. L’admirable exemple qui nous est donné par le Bon Samaritain met en lumière les trois grandes caractéristiques de la charité chrétienne. Elle doit être à la fois effective, universelle et surnaturelle.

- La charité doit être en premier lieu effective : elle n’est pas un amour vaporeux, une tendresse un peu trop sentimentale qui ne s’engage pas : elle n’est pas ce regard de pitié qu’ont peut être rejeté les deux prêtres de la parabole se disant en eux-mêmes « oh le pauvre homme ». La charité chrétienne est un amour qui s’engage, qui sait prendre sur son temps ou sur son argent et qui dans tous les cas paye de sa personne. Le Bon Samaritain s’est dérangé lui-même : il n’a pas exercé la charité par personne interposée, il ne s’est pas contenté de donner une aumône pour que d’autres s’occupent de ce malheureux : il est descendu de sa monture, lui a donné les premiers soins et l’a pris a bras le corps. Il s’est dont compromis personnellement sans se soucier des risques ou du qu’en-dira-t-on. La charité authentique consiste donc dans un don effectif est désintéressé de soi-même.

- Et ce don considéré du point de vue de l’extension ne doit pas avoir de limites. La vraie charité ne connaît pas de frontières : elle est universelle. Jésus vent nous le montrer en prenant l’exemple le plus apte à faire hurler les pharisiens. Pourquoi, en effet, ce choix d’un samaritain ? Il faut savoir qu’au temps de Jésus, samaritains et juifs ne pouvaient pas se voir. Un mur de haine séparait les deux races. Les habitants de la Samarie étaient considérés par les Juifs comme des étrangers malveillants au sein de la nation. On évitait le plus possible de traverser la Samarie, en tout cas on ne s’adressait jamais la parole. C’est dire le mérite singulier du Bon Samaritain de la Parabole. Ce Juif qu’il assiste, ligoté et bâillonné dans un fossé, n’aurait pas manqué de manifester son mépris s’il avait été valide en le voyant passé... et cela, bien sûr, le Samaritain ne pouvait l’ignorer. La leçon qu’il nous donne, c’est que la vraie charité n’agit pas pour la reconnaissance : elle ressemble à un rayon qui part et qui ne revient pas... et elle doit agir même si elle s’attend à ne trouver en face d’elle que mépris, haine ou méchanceté. « Aimez vos ennemis, nous dit Jésus et priez pour ceux qui vous persécutent, car si vous aimez ceux qui vous aiment quel mérite en avez-vous ? Les païens n’en font-ils pas autant ? »

Nous touchons là, voyez-vous, chers frères et sœurs un point où le christianisme se distingue des autres religions, il exige l’amour de tous absolument, y compris celui des ennemis. Cela veut dire que pas un seul homme ne doit être exclu dans notre charité. Celui qui refuse d’aimer un seul de ses semblables ne peut pas dire qu’il a en lui la charité du Christ : en réalité, il n’aime pas Dieu. Mais c’est bien trop exigeant me direz-vous, c’est pratiquement impossible... Oui, c’est impossible à la nature humaine livrée à ses seules forces... Nous ne savons que trop, par expérience, où peuvent nous porter nos mouvement de nature, voilà pourquoi la vraie charité chrétienne ne peut nous être inspirée et donnée que par un au-delà de notre nature : autrement dit la vraie charité est surnaturelle. Elle nous fait aimer avec le cœur même de Dieu, ainsi que Jésus lui-même nous l’a demandé « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés... » C’est ce « comme » qui est important et qui commande tout... cela veut dire que notre amour fraternel doit non seulement imiter l’amour de Jésus, mais qu’il doit être de même nature que le sien, dès lors, nous ne pouvons aimer comme Jésus que si nous sommes nous-mêmes remplis de l’amour de Jésus, que si Jésus peut faire passer l’amour de son cœur divin jusque dans notre propre cœur. Or, cette transfusion, nous le savons, ne peut s’opérer que dans la mesure où par une prière ardente et persévérante nous sommes pour ainsi dire branchés sur Dieu ; dans la mesure aussi où par les sacrements, surtout l’Eucharistie, nous puisons à la source même de l’amour.

Tel est donc, chers frères et sœurs, l’Idéal de la charité selon l’Evangile. Puissions-nous, à l’exemple de Marie, la Mère du Bel Amour et avec son aide toute maternelle progresser chaque jour dans cette charité qui consiste essentiellement en un don de Dieu infusé dans nos cœurs par le Saint-Esprit, don qui nous permet d’aimer Dieu de l’amour dont il s’aime lui-même et d’aimer tous nos frères de l’amour dont Dieu lui-même les aime.

Amen.

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5 juillet 2019 5 05 /07 /juillet /2019 20:12
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Lecture du livre d’Isaïe 66, 10-14c

Réjouissons-nous, car l’amour fort et puissant de Dieu sait prendre aussi pour nous les accents de la tendresse maternelle.

Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez !

Alors, vous serez nourris de son lait, alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. Car le Seigneur le déclare : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations ». Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse ; et vos os revivront comme l’herbe reverdit. Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Pour parler de la tendresse de Dieu pour son peuple, la Bible a utilisé toutes les images de l’amour : amour du fiancé pour sa fiancée, du mari pour sa femme, du père pour son fils, et ici, amour de la mère pour son nourrisson. C’est assez dire qu’aucune expression de l’amour humain ne peut suffire à exprimer l’amour que Dieu nous porte : amour aux multiples visages, selon que notre cœur a besoin de consolation dans l’épreuve, d’exigences paternelles ou d’amitié partagée entre gens qu’anime le même projet de construction d’un nouveau monde.

« De même qu’une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai », dit le Seigneur. Se laisser aimer par Dieu, comme un enfant par sa mère, en abandonnant toute inquiétude, toute angoisse devant l’avenir, dans une confiance éperdue !

Psaume 65

R/ : Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur !

  • Acclamez Dieu, toute la terre ; fêtez la gloire de son nom, glorifiez-le en célébrant sa louange. Dites à Dieu : « Que tes actions sont redoutables ! » R/
  • Toute la terre se prosterne devant toi, elle chante pour toi, elle chante pour ton nom. Venez et voyez les hauts faits de Dieu, ses exploits redoutables pour les fils des hommes. R/
  • Il changea la mer en terre ferme : ils passèrent le fleuve à pied sec. De là, cette joie qu’il nous donne. Il règne à jamais par sa puissance. R/
  • Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu : je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme ; béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour ! R/

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 6, 14-18

Paul, le crucifié par amour, regarde la création nouvelle qui, par la grâce de Jésus Christ, surgit au sein de notre monde.

Frères, pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle. Pour tous ceux qui marchent selon cette règle de vie et pour l’Israël de Dieu, paix et miséricorde. Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter, car je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Paul a rencontré bien des ennuis et des oppositions de la part de prédicateurs juifs et chrétiens qui maintenaient contre lui la nécessité pour être sauvé, de recevoir la circoncision et d’obéir à la loi juive. Jusqu’au bout, il a défendu que le Christ seul nous sauve, par sa Croix, et que la seule garantie du salut c’est d’appartenir à Jésus Christ par la foi. Paul, qui a ainsi préféré plaire à Dieu plutôt que de céder à la mode des prédicateurs et des théologiens du jour, sait bien qu’il a rejeté ce monde, tout comme il en a été rejeté. Un monde bien trop sage et entiché de lui-même ne peut que rejeter la folie des crucifiés par amour.

Être crucifié pour le monde, c’est, pour Paul, l’être à la manière et à la suite de Jésus qui est mort d’amour pour ses frères humains. C’est ainsi qu’il nous faut à notre tour être crucifiés pour le monde.

Alléluia. Alléluia. Que dans vos cœurs, règne la paix du Christ ; que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 1-12. 17-20

La moisson est abondante, dit Jésus. Ce n’est pas Dieu qui fait faillite. Mais nous autres, acceptons-nous d’inscrire nos noms sur la liste des ouvriers de Dieu ?

En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore 72, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’ S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : ‘Le règne de Dieu s’est approché de vous.’ » Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites : ‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.’ Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville ».

Les 72 disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom ». Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : La mission est l’œuvre du Christ qui envoie, non une décision ou une lubie personnelle. Jésus envoie là où il doit lui-même se rendre : il n’abandonne pas ses disciples à eux-mêmes. Il ne propose aucune recette missionnaire, mais montre dans quel esprit doit se faire l’annonce évangélique. Il faut commencer par croire que Dieu travaille les cœurs, et donc que la moisson est mûre ; si la mission piétine, c’est faute d’ouvriers apostoliques suffisamment nombreux, compétents et convaincus. On ne part pas annoncer l’Évangile dans un but de conquête : sans défense, tel un agneau, sans argent, sans mettre en œuvre des moyens prestigieux, le disciple du Christ sait que la paix de l’Évangile doit trouver par elle-même le chemin des cœurs. Enfin, il doit renoncer à vouloir comptabiliser échecs ou succès : il lui suffit de savoir que Dieu le connaît, l’aime et l’a appelé par son nom à œuvrer pour son règne.

La mission évangélique consiste à entrer en amitié et en dialogue avec quelqu’un pour lui faire découvrir que le règne de Dieu est tout proche de lui. C’est pourquoi le Seigneur nous envoie sans assurance, comme des pauvres de cœur.

Homélie

Être chrétien, c’est suivre Jésus. C’est ce que saint Luc nous disait dans l’Evangile de dimanche dernier. Suivre Jésus, non pas matériellement, ni même le suivre en le copiant par une sorte d’imitation purement extérieure, mais aller avec lui sur le chemin de l’amour jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’à la Croix.

Dans l’Evangile de ce jour saint Luc nous dit quelque chose de nouveau : être disciple de Jésus ce n’est pas seulement le suivre, c’est aussi d’une certaine façon le précéder. Aller en avant de Lui, être envoyé par Lui, là où il veut lui-même se rendre : « il les envoya deux par deux devant Lui, dans toutes les villes ou localités où lui-même devait aller ».

De tout temps on a vu les disciples d’un grand Maître se faire les propagandistes de sa sagesse ou de sa puissance, ou de son art. Ici, notons-le bien, c’est Jésus lui-même qui prévoit et organise cette diffusion de son message et de son œuvre à travers le monde en y préparent ses disciples.

L’Eglise que Jésus a fondée pour être le Sacrement du salut est de par sa constitution même, missionnaire elle doit se communiquer se répandre de plus en plus... « Allez dans le monde entier de tous les peuples faites mes disciples ».

Nous savons tous qu’il y a dans le christianisme deux phases qui se succèdent, mais qui sont complémentaires :

- Tout d’abord Jésus a accompli en sa propre personne le retour de l’homme vers Dieu. Il a été, au prix de son sang l’homme totalement fidèle à Dieu, jusqu’au bout, par amour. C’est pourquoi sa mort s’est transformée en Résurrection glorieuse et en vie éternellement bienheureuse. En Lui, notre Rédempteur, l’essentiel est accompli : l’homme est libéré de l’esclavage du péché et devient capable d’accueillir en Lui la vie surnaturelle, la vie divine qui le fait enfant de Dieu.

- Le salut est acquis pour tous, mais globalement. Reste à le monnayer... et c’est la seconde phase. Il faut, en effet, que la victoire de l’amour passe de Jésus à tous les hommes. Or cette extension, cette communication à tous du mystère de sa Pâque (de son passage de la mort à la vie) c’est aux hommes eux-mêmes que Jésus la confie, comme leur part à eux, la part qu’ils doivent fournir pour la rédemption du monde. En Jésus, donc, tout est accompli et cependant tout reste à faire, puisqu’il faut annoncer à tous la Bonne Nouvelle et unir les hommes à Dieu par la foi, les sacrements et l’amour. C’est pour cela que Jésus envoie les disciples et il les associe tellement à Lui qu’il va jusqu’à dire « Celui qui vous écoute, m’écoute ; celui qui vous accueille, m’accueille ».

Ainsi les disciples tout en suivant Jésus, les précèdent dans le monde. Ils vont là où il n’est pas encore connu, là où il n’est pas encore aimé. Ils vont en messagers, en envoyés pour faire connaître celui qui désire tout donner aux hommes le véritable bonheur.

Certains comme Pierre, Jaques, Jean, Paul et leurs innombrables successeurs : évêques et prêtres sont choisis par Jésus d’une manière spéciale au point que cette mission devient toute leur vie, le moteur de toutes leurs activités... C’est à ceux-là, sans nul doute que s’appliquent en premier lieu les paroles de Jésus rapportées par saint Luc « N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales », c'est-à-dire ne vous encombrez pas, soyez totalement libérés de tout, entièrement disponibles : ne vous appuyez sur rien d’autre que sur la force de l’Evangile, que sur la grâce toute-puissante de Dieu.

Mais il ne faudrait pas croire pour autant, frères et sœurs, que ces paroles du Christ ne concernent que les évêques, les prêtres, les missionnaires au sens technique du terme. Dès l’origine, chaque chrétien sait qu’en devenant disciple de Jésus il devient du même coup son témoin dans le monde et le porteur de son message de salut. Au jour de notre Baptême nous avons reçu le don merveilleux de la foi. Au fil des années nous avons cultivé cette foi, si nous nous sommes efforcés de mettre en pratique le Parole de Dieu, notre vie a trouvé tout son sens et toute sa plénitude. Jésus est le grand phare qui éclaire notre route. Mais cette lumière de la foi nous ne l’avons pas reçue pour en jouir égoïstement, mais pour la rayonner, pour la partager... N’oublions pas que partout dans le monde des millions d’hommes et femmes sont dans l’attente de « quelqu’un » qui viendra éclairer les ténèbres de leur vie et mettre fin à leur désespoir. Et comme, à l’heure actuelle, les ouvriers pour la moisson sont hélas trop peu nombreux, nous devons nous sentir encore plus responsables de la propagation de foi. Le Seigneur a besoin de nous ; il veut avoir besoin de nous pour le faire connaître et aimer.

Et disons-nous, frères et sœurs, que pour cela il n’est pas nécessaire de partir au loin, ni de faire des choses extraordinaires. C’est dans le quotidien de nos vies que Jésus nous demande d’être ses témoins. Sans doute à ceux qui nous entourent - qui pour la plupart sont incroyants ou indifférents - il ne faut pas avoir peur lorsque les circonstances s’y prêtent, d’annoncer explicitement le Christ : d’exposer par exemple les motifs de notre foi, les raisons que nous avons de ne pas penser ou agir comme tout le monde « N’hésitez pas à rendre compte, nous dit saint Paul, de l’espérance qui est en vous ».

Mais il nous faut avant tout témoigner par nos actes : en nous efforçant de nous comporter en toutes choses comme Jésus ferait s’il était à notre place, en mettant au centre de notre vie l’amour et non pas l’égoïsme ou la haine, en nous mettant au service de tous (surtout les plus pauvres et les malheureux), en étant toujours et partout des artisans de réconciliation, d’unité et de paix.

Il faut que nous en soyons bien convaincus : la manière la plus efficace de démontrer Dieu, c’est de le montrer. Et nous ne pouvons le montrer que s’il transparaît à travers tout notre être ; dans toutes nos paroles, dans toutes nos attitudes.

Refléter le visage d’amour de Jésus, devenir une copie vivante de Jésus, n’est-ce pas, frères et sœurs, l’objectif premier de notre vie chrétienne, l’idéal vers lequel nous devons tendre de toutes nos forces, en intensifiant notre union avec Lui par ces moyens irremplaçable que sont la prière et les sacrements.

Puisse la Vierge Marie qui et la Reine des Apôtres et qui collabore si étroitement à l’œuvre sanctificatrice de l’Esprit-Saint, nous éduquer à cette vie intérieure, à cette communion très intime avec Dieu qui est, selon la belle expression d’un grand Maître spirituel : « l’âme de tout apostolat ».

Amen.

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 07:46

Lecture du premier livre des Rois 19, 16b. 19-21

L'appel qu'Élie adresse à Élisée réclame qu'il quitte tout pour répondre à la vocation de prophète du Seigneur.

En ces jours-là, le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafath, comme prophète pour te succéder ». Élie s’en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai ». Élie répondit : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait ». Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service. – Parole du Seigneur.

Psaume 15

R/ : Dieu, mon bonheur et ma joie !

  • Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge. J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort ». R/
  • Je bénis le Seigneur qui me conseille ; même la nuit mon cœur m’avertit. Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable. R/
  • Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption. R/
  • Je n’ai pas d’autre bonheur que toi. Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices ! R/

Lecture de la lettre de saint Paul aux Galates 5, 1. 13-18

Vous avez été appelés à la liberté, nous écrit Paul. Sera-t-elle un prétexte à satisfaire nos égoïsmes ou l'apprentissage de l'amour, sous la conduite de l'Esprit ?

Frères, c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. – Parole du Seigneur.

Alléluia. Alléluia. Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ; Tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 51-62

Peut-on se donner à Jésus Christ seulement à moitié ? Écoutons-le nous répondre.

Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? » Mais Jésus, se retournant, les réprimanda. Puis ils partirent pour un autre village.

En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras ». Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête ».

Il dit à un autre : « Suis-moi ». L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père ». Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu ».

Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison ». Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Homélie

Dans l’Evangile que nous venons d’entendre il y a quelque chose d’inusité qui nous surprend et qui peut-être même nous choque. La plupart du temps, en effet, saint Luc nous montre Jésus qui parle et agit en témoin de la miséricorde. Or voilà, qu’aujourd’hui, il nous rapporte 3 dialogues où le Seigneur s’exprime avec une certaine dureté, une dureté que rendent plus sensibles encore la vivacité et la concision de ses répliques.

Si nous voulons comprendre cette attitude de Jésus, il faut tout d’abord nous reporter au premier verset de ce passage évangélique. Que nous dit-il ? Que « le temps approche où Jésus va être enlevé de ce monde ». C’est une nouvelle étape de sa vie qui commence, une étape ultime et décisive. Il va quitter cette Galilée où il a été jusqu’à maintenant si bien accueilli pour se mettre en marche vers la Judée et sa capitale Jérusalem, où auront lieu les grands affrontements avec ses ennemis. L’évangéliste précise que c’est avec courage qu’il se met en route.  « Littéralement » il durcit son visage. Il s’agit moins d’ailleurs d’une altération des traits que de cette détermination énergétique qui surmonte la peur... Comprenons, qu’en fait, à ce moment là, Jésus entre en agonie, ce qui veut dire qu’il entre en lutte avec lui-même et avec Satan pour assurer le triomphe définitif de l’amour miséricordieux du Père. Alors, puisque c’est vraiment son Heure qui commence, l’Heure où il va ratifier le plan divin, où il va donner la preuve du plus grand amour en acceptant de souffrir et de mourir sur une Croix pour le salut de tous les hommes. Comment ne répondrait-il pas sur un ton d’une extrême gravité à ces trois hommes qui sont prêts à le suivre ?

D’ailleurs les apôtres eux-mêmes et surtout Jacques et Jean, avaient besoin d’entendre les premiers les réponses percutantes de leur Maître. Furieux du refus des Samaritains, ils envisageaient, nous l’avons entendu, une vengeance fort peu évangélique, celle que hélas ! Tant d’hommes au long des siècles ont utilisée : faire tomber le feu sur leurs ennemis afin de les exterminer.

Le comportement de Jésus à l’égard de ces trois hommes peut donc s’expliquer par le moment historique où eut lieu la rencontre. A celui qui veut partager son sort et mettre ses pas dans ses pas, Jésus déclare qu’il n’y a pas d’illusions à se faire : il veut être préféré à tout et à tous : il veut une adhésion totale et inconditionnelle à sa personne et à son message.

Mais par delà ce contexte, par delà les circonstances particulières qui expliquent en partie les réactions brutales de Jésus, saint Luc entend bien nous provoquer à la réflexion et à une sérieuse remise en cause en soulignant très fort des exigences qui sont au cœur du message évangélique.

Si nous reprenons attentivement chacune des déclarations prononcées par le Christ, nous découvrons très vite que, malgré les apparences, la Bonne Nouvelle s’y trouve condensée pour l’essentiel.

Cette Bonne Nouvelle, c’est :

- celle de l’indépendance,

- de la vie renouvelée

- et de la consécration de tout soi-même au Royaume de Dieu qu’il faut bâtir.

  • Et tout d’abord la Bonne Nouvelle de l’indépendance : « Les renards ont des tanières, affirme Jésus, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête ». Jésus n’accepte pas à sa suite ceux qui auraient bien organisé ou comme on dit volontiers aujourd’hui, bien programmé leur destin. Il ne veut pas seulement prévenir cet homme de bonne volonté qu’il ne lui offre pas le confort d’une maison. C’est toute la volonté de Dieu sur une personne qui est ici en cause. Ce que Jésus réclame c’est une entière disponibilité. Or, reconnaissons-le, il n’y a rien finalement qui ne soit plus difficile que de s’en remettre ainsi aux bons vouloirs du Seigneur, que de lui signer, si je puis dire, un chèque en blanc.
  • La Bonne Nouvelle de la vie renouvelée ; en prononçant la phrase : « Laisse les morts enterrer leurs morts », Jésus n’entend pas supprimer le 4ème commandement qui nous fait un devoir de donner une digne sépulture à nos défunts. Il veut fixer notre regard au-delà de l’humain, dans un ordre autre que l’ordre matériel. Il veut que nous donnions une priorité absolue au surnaturel. A ses yeux celui qui n’a pas découvert cet ordre transcendant, cette vie surnaturelle, est un mort « Laisse les morts enterrer leurs morts ». Il est clair que dans cette même phrase le mot mort employé deux fois n’a pas la même signification : dans un cas il s’agit du sens habituel c’est-à-dire les défunts, mais dans l’autre il s’agit de ceux qui ne sont pas liés à Jésus par la foi et dont il ose dire qu’ils sont morts, morts spirituellement. Par la foi au Christ, en effet, par notre attachement à lui, notre union à lui, nous naissons à une vie nouvelle, une vie divine et donc surnaturelle, laquelle doit se nourrir, s’épanouir et rayonner chaque jour davantage. A sa manière incisive et souvent paradoxale, Jésus entend donc bien souligner, comme il le fait d’ailleurs dans d’autres paraboles, qu’aucune obligation jugée sérieuse ne peut tenir en face de la formidable proposition qui est faite à chaque personne de vivre de lui, par Lui et en Lui. « Je suis la Vie » a-t-il affirmé à plusieurs reprises : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en surabondance ».
  • Il y a une troisième exigence capitale : c’est la consécration de tout soi-même. Celui qui met la main à la charrue doit œuvrer sans regarder en arrière. Sans doute croyons-nous au Christ et faisons-nous quelques efforts pour le suivre, mais comme nous sommes loin encore de ce don total de nous-mêmes qu’il attend de nous. Il y a, reconnaissons-le, tant de biens auxquels nous sommes attachés et même asservis. Nous ne parvenons pas à quitter ce qu’il faut quitter, à dénouer les liens qui font de nous des prisonniers. Voilà pourquoi Jésus nous parle aujourd’hui avec une sorte de hâte pour nous rappeler à quelles conditions un homme peut réellement le suivre.

N’oublions jamais, chers frères et sœurs, que nous avons à bâtir en nous, un édifice spirituel (c’est la grande aventure de la Sainteté) et nous devons en même temps aider nos frères à bâtir le leur (c’est tout le sens de l’apostolat, de l’action missionnaire. Cette œuvre primordiale, à laquelle tout doit être ordonné, ne souffre pas de retard.

Les apôtres Jacques et Jean nous parlaient tout à l’heure d’un feu ; Jésus lui pensait à un autre feu, celui de son amour et son désir était immense de le voir s’allumer sur toute la terre, dans tous les cœurs. Mais alors, avions-nous raison tout à l’heure de parler de dureté de la part du Seigneur. Si telle est la seule voie qui donne un sens à notre destinée d’hommes, si le bonheur véritable ne peut-être obtenue par d’autres moyens, n’est-ce pas plutôt le mot Miséricorde qu’il convient d’employer ?

Non Jésus n’est pas dur dans ce texte qui nous étonne. Ou bien il est dur comme est dur tout amour qui donne tout et qui exige tout. Il nous annonce ni plus, ni moins ce que son amour attend de nous et comment nous-mêmes nous devons l’aimer et nous aimer les uns les autres.

Il reste que notre liberté ne sera jamais contrainte. Mais comment hésiter, devant cet appel, quand on a compris dans la lumière de l’Esprit-Saint que « perdre sa vie pour le Christ, c’est la sauver, que perdre sa vie pour le Christ, c’est lui donner sa plénitude, c’est lui conférer une valeur éternelle ».

Puisse la Vierge Marie, notre Mère, celle qui a toujours dit « Oui », nous influencer de telle sorte que nous donnions une réponse sans réticences, sans regrets, totale, joyeuse et généreuse à l’image de la sienne.

Amen.

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 22:20

Lecture du premier livre de Samuel 26, 2.7-9. 12-13. 22-23

David refuse de se venger sur Saül, marqué de l’onction du Seigneur ; mais tout homme n’est-il pas marqué du sang du Christ ?

En ces jours-là, Saül se mit en route, il descendit vers le désert de Zif avec trois mille hommes, l’élite d’Israël, pour y traquer David. David et Abishaï arrivèrent de nuit, près de la troupe. Or, Saül était couché, endormi, au milieu du camp, sa lance plantée en terre près de sa tête ; Abner et ses hommes étaient couchés autour de lui. Alors Abishaï dit à David : « Aujourd’hui Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Laisse-moi donc le clouer à terre avec sa propre lance, d’un seul coup, et je n’aurai pas à m’y reprendre à deux fois ». Mais David dit à Abishaï : « Ne le tue pas ! Qui pourrait demeurer impuni après avoir porté la main sur celui qui a reçu l’onction du Seigneur ? » David prit la lance et la gourde d’eau qui étaient près de la tête de Saül, et ils s’en allèrent. Personne ne vit rien, personne ne le sut, personne ne s’éveilla : ils dormaient tous, car le Seigneur avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux. David passa sur l’autre versant de la montagne et s’arrêta sur le sommet, au loin, à bonne distance. Il appela Saül et lui cria : « Voici la lance du roi. Qu’un jeune garçon traverse et vienne la prendre ! Le Seigneur rendra à chacun selon sa justice et sa fidélité. Aujourd’hui, le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur ». – Parole du Seigneur.

Commentaire : Ne pas se venger quand l’occasion se présente, quand le bon droit est de notre côté, ne pas le faire parce que notre ennemi est beaucoup plus que le roi désigné et sacré par le Seigneur : il est un frère pour lequel le Christ est mort, c’est cela, montrer sa justice et sa fidélité à Jésus Christ. On ne peut qu’admirer la noblesse de David qui, sans connaître la loi d’amour du Christ, a eu le respect de son ennemi sans défense.

L’usage multiplié des incarcérations arbitraires, de la torture, des procédés dégradants envers les détenus politiques soulève notre indignation. Nous amène-t-elle à participer à toute action ou mouvement capable d’éveiller l’opinion publique ?

Psaume 102

R/ : Le Seigneur est tendresse et pitié.

  • Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! R/
  • Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. R/
  • Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. R/
  • Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés ; comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint ! R/

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15, 45-49

Nous portons en nous deux hérédités : celle d’Adam et celle de Jésus-Christ.

Frères, l’Écriture dit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Tout homme a désormais deux hérédités : celle d’Adam qui fait de lui un être humain, enraciné dans le monde dont il est issu et dont l’horizon est terrestre ; celle du Christ venu par sa résurrection recréer l’humanité à son image, venu lui entrouvrir un nouvel horizon en l’appelant à partager sa vie de Fils de Dieu. Désormais l’œuvre des hommes prend une dimension verticale, ils travaillent pour l’éternité puisque l’un d’entre eux est Dieu

Que de pesanteurs terrestres dans l’humanité, et que d’élans de générosité et de dépassement de soi ! Il y a vraiment dans l’homme plus que l’homme. Et ce « plus » qui le porte au-delà de lui-même, est Quelqu’un : Jésus Christ.

Alléluia. Alléluia. Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 6, 27-28

L’amour gratuit de Dieu montre que le nôtre est souvent très intéressé.

En ce temps-là, Jésus déclarait à ses disciples : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : On pourra très vite constater que l’ennemi dont nous parle Luc, c’est… tout simplement un de nos frères. C’est vrai qu’il est agaçant, celui qui vient constamment nous demander un service, ou nous emprunter quelque chose. Luc saint bien qu’on pardonnerait volontiers une fois pour toutes à un ennemi, mais qu’on ne supporte pas facilement le pauvre à qui il faut donner sans espoir de retour, le mal-aimé qui réclame une amitié qu’il ne saura pas rendre, l’importun toujours dans le besoin, incapable de donner l’équivalent, même en reconnaisse. À cet ennemi-là on ne pardonnera pas volontiers, parce qu’on le juge sévèrement. Dieu n’agit pas ainsi, qui est bon pour les ingrats, et dont le cœur miséricordieux est ouvert à la misère des hommes. Imitons-le, sinon l’ingrat que nous sommes sera mesuré à notre mesure.

« Aimez, faites du bien, prêtez sans rien espérer en retour, donnez ». La miséricorde, à la suite de celle du Père, ne consiste pas dans de bons sentiments mais dans un agit concret et efficace.

Homélie

Rappelez-vous que l’évangile nous avait réservé les surprenantes béatitudes de Jésus la semaine dernière. Aujourd’hui, le commentaire qu’il en fait semble dépasser les bornes et le bon sens : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent... » Sortirons-nous de l’église, parce que « c’est vraiment trop fort » ? Cela vaudrait mieux que de rester indifférents, assis et impassibles, comme si ce commandement nouveau n’était qu’une information, sans lien avec la célébration de l’eucharistie. Allons-nous, au contraire, dire « oui », sans « mais » et sans « si » ? Car il ne s’agit pas de vouloir édulcorer cet enseignement de Jésus. Il est là et bien là. Sa signification est sans ambiguïté.

L’épisode de la vie de David vient d’ailleurs l’illustrer. En épargnant son ennemi, il devient le modèle de l’Israélite fidèle. La loi ancienne disait déjà : « Aime ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19, 18). Le vieux Tobie conseille à son fils : « Ce que tu n’aimes pas toi-même, ne le fais à personne d’autre » (Tobie 4, 15). Mais Jésus va plus loin encore que ces recommandations. Aimer, ce n’est pas seulement s’abstenir de faire du tort à son adversaire, comme David nous en donne l’exemple, c’est répondre au mal par le bien, même s’il n’y a pas de réciprocité. Tout est gratuit, sans espoir de compensation, de récompense ou de gratitude. C’est énorme, nous le sentons bien. Cela dépasse nos forces humaines. Il est déjà bien difficile d’aimer vraiment ceux qui nous aiment, alors étendre cet amour à l’extrême, jusqu’à l’ennemi, voilà qui est à l’opposé de nos réactions spontanées.

Ces hommes qui osent laisser la vie sauve à l’ennemi, qui osent présenter l’autre joue, il y en a. Mais la plupart du temps, nous savons comment ils finissent. Du Mahatma Gandhi à Martin Luther King, elle est longue la liste de ces gêneurs qu’on assassine, comme Jésus. Et pourtant, d’autres hommes prennent la relève. Pour briser le cercle infernal de la violence, des représailles et des contre-représailles, de la vengeance et du bouc émissaire. « À votre capacité d’infliger la souffrance, nous opposerons notre capacité d’endurer la souffrance », disait Martin Luther King. C’est Dieu qui inspire de telles attitudes, qu’on le prie en hindi ou en anglais, en latin ou en grec, en arabe ou en hébreu, en lingala ou en swahili, en français ou en flamand, en serbe ou en croate, en chinois ou en nippon.. « Faites-nous tout ce que vous voulez, nous continuerons à vous aimer », ajoutait le pasteur baptiste américain.

Eh bien, commençons dès maintenant, avec l’aide de Dieu. Nous avons tous des motifs de guerre froide. Nous sommes tous sujets de critiques, de malveillances et de calomnies. Jetons un regard courageux sur nos relatons de voisinage et de travail, sur les conflits d’héritage et d’alliance au sein même de nos familles. La solution évangélique est nette. Il faut répondre par le bien (ce qui ne veut pas dire par de l'affectif ou de l'émotionnel) ; Il ne suffit pas de détruire les germes de rancune ni d’effacer tout esprit de vengeance. Ce que Dieu attend de nous, c’est la prière sereine, la décision du premier pas quand l’autre est figé dans son immobilité. Ce qu'il attend de nous, c'est que nous Le laissions aimer à travers nous comme Lui-même nous aime sans cesse à l'infini. « Soyez parfaits comme votre Père est parfait » (Matthieu 5, 48).

Source : http://www.kerit.be/homelie.php

Prière universelle

En ce dimanche, nous confions à Dieu tout ce qui nous empêche de vivre heureux :

R/ : Entends, Seigneur, la prière qui monte de nos cœurs.

  • « Ne le tue pas » à travers ses mots et sa vie, David témoigna sa foi, il sut toujours s’en remettre à Dieu, y compris lorsqu’il s’éloigna de Lui. Que le conseil émis par David de faire du bien puisse retentir dans le cœur de chaque homme ! Prions le Seigneur. R/
  • « Le Seigneur est tendresse et pitié » que cette phrase du psalmiste fasse se calmer la violence et la haine dans ce monde, que l’Église devienne vraiment un lieu d’accueil des victimes de l'esclavage moderne, de l'exploitation sexuelle et du travail forcé ! Prions le Seigneur. R/
  • « Comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel » que cette affirmation de Paul motive sans arrêt les cœurs des artisans de paix, de ceux qui cherchent les moyens pour résoudre les conflits entre les peuples ! Prions le Seigneur. R/
  • « Ne jugez pas », « ne condamnez pas » que cette recommandation du Christ s’inscrive dans le cœur de chaque baptisé et qu’elle aide tout homme à découvrir la miséricorde de Dieu ! Prions le Seigneur. R/

Dieu Notre Père reçois nos prières en ce jour, que ton Esprit nous accompagne tout au long de notre marche à la suite de ton Fils. Amen.

Source : http://jardinierdedieu.fr/pu-7e-dim-ord-c.html

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10 février 2019 7 10 /02 /février /2019 21:45

Lecture du livre du prophète Jérémie 17, 5-8

Qui de nous n’a jamais découvert qu’au milieu de ses épreuves, le Seigneur était pour lui comme un ruisseau d’eau vive ?

Ainsi parle le Seigneur : Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée, inhabitable.

Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. Il ne craint pas quand vient la chaleur : son feuillage reste vert. L’année de la sécheresse, il est sans inquiétude : il ne manque pas de porter du fruit. – Parole du Seigneur.

Commentaire : L’homme, pour la Bible, est mis devant ce choix : la mort ou la vie, la malédiction ou la bénédiction. La mort, c’est le salaire de celui qui a misé sur lui-même, sur des garanties humaines ; la vie c’est le salaire de celui qui a misé sur Dieu dans un abandon total et joyeux. Sur ces deux routes, les hommes seront aux prises avec les mêmes difficultés, la même sécheresse aride parfois. Qui s’est confié en Dieu éprouvera alors qu’il est le courant de vie qui ne manquera jamais.

Mettre sa confiance dans le Seigneur ne protège pas des intempéries de la vie, mais permet de les affronter sans perdre espoir. Que je sois béni, Seigneur, de mettre en toi mon assurance !

Psaume 1

R/ : Heureux est l’homme qui met sa foi dans le Seigneur.

  • Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent, mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! R/
  • Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu’il entreprend réussira. Tel n’est pas le sort des méchants. R/
  • Mais ils sont comme la paille balayée par le vent. Le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants se perdra. R/

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15, 12. 16-20

Le Christ ressuscité est notre espérance pour cette vie et pour toujours.

Frères, nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! Le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Les chrétiens de Corinthe croyaient à la résurrection du Christ, mais sans y croire à fond, car, dès qu’il s’agit d’en tirer les conséquences pour eux-mêmes et leur défunts, c’est fini, ils ne croient plus ; ils sont, tout autant que les autres, désespérés et désarmés devant mort. C’est bien la preuve d’une incrédulité foncière devant la Résurrection, malgré leurs protestations de foi. Mais alors, tout s’écroule, la foi ne conduit plus à rien, elle n’est qu’un voile trompeur qui tente en vain de masquer l’issue fatale de tous les efforts des hommes : la mort et le néant.

Le Christ est, parmi les morts, le premier ressuscité, pour que le suivent tous ses frères humains. Je me remémore ceux et celles que j’ai aimés et qui m’ont aimé : eux et moi, nous connaîtrons la plénitude de la vie.

Alléluia. Alléluia. Réjouissez-vous, tressaillez de joie, dit le Seigneur, car votre récompense est grande dans le ciel. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 6, 17. 20-26

Comment Jésus aurait-il pu dire : « Heureux, vous les pauvres », s’il ne s’était pas compromis avec eux !

En ce temps-là, Jésus descendit de la montagne avec les Douze et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.

Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez ! Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous ! C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Quand Luc écrit son évangile, il a derrière lui toute l’expérience de la primitive Église. Il sait que les disciples du Christ sont venus en majorité des classes les plus pauvres, les plus méprisées, les plus démunies matériellement et culturellement, tandis que tant de riches, de gens comblés, trop vite repus et satisfaits d’eux-mêmes, se sont fermés à l’Évangile. Il sait aussi qu’existe dans le monde gréco-romain un immense prolétariat constitué d’esclaves, d’artisans, de paysans, que la Palestine de Jésus ne connaissait pas au même degré. Ce sont ces pauvres que Dieu aime, ce sont eux qui ont commencé à prendre possession du Royaume. Il ne s’agit pas là d’un messianisme ouvrier ou de la béatification d’une classe sociale. Il s’agit d’un fait qui tient à la liberté de Dieu lui-même : on ne l’empêchera pas d’aimer avec prédilection ceux que le monde n’aime pas, et de prendre le parti de ceux que le monde rejette.

S’adressant à ses disciples, Jésus les dit pauvres, affamés, dans les pleurs, méprisés et rejetés par les hommes. Et il les déclare heureux ! Faisons-nous partie de ses disciples ?

Les Béatitudes selon l'Abbé Pierre Cousty

 

Dans sa profonde connaissance du cœur humain Jésus sait à quel point nous sommes avides de bonheur et réfractaires à la souffrance dont nous ne connaissons pas le prix.

Voilà pourquoi le Maître-Mot de son message, c’est le mot « heureux » qui tel un refrain de chant triomphal, éclate à huit reprises dans ce passage de l’Évangile que nous connaissons bien et qu’on appelle : les Béatitudes.

En nous les proposant comme « une règle parfaite de vie chrétienne » selon le mot de saint Augustin, Notre Seigneur manifeste très clairement son opposition irréductible à l’esprit mondain.

Le « monde » en effet, appelle bienheureux ceux qui ont en abondance richesses et honneurs, sont saturés de bien-être et de plaisirs et n’ont aucune occasion de souffrir. Jésus dans son admirable sagesse qui est folie pour les hommes, nous offre, la spiritualité des Béatitudes pour mettre en lumière la vanité des maximes du monde et pour nous encourager à adopter une toute autre échelle de valeurs par la considération de cette vie comme un lieu de passage et de mérite où la Croix et l’Amour sont les seuls points de repère valables.

N’allons pas croire cependant que les Béatitudes, parce qu’elles situent le bonheur véritable sur de très hauts sommets à arêtes vives ne peuvent être l’apanage que d’une élite : ce serait oublier que Jésus a donné à tous ceux qui se réclament de Lui, la Loi d’Amour qui est un appel à vivre l’absolu de Dieu, un appel à la sainteté.

Nous savons tous que c’est une vérité sur laquelle Vatican II a particulièrement insisté : « Tous ceux qui croient au Christ, est-il dit dans la constitution de l’Église, quel que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père ».

Ne pensons pas non plus que les Béatitudes, parce qu’elles sont exigeantes, rendent la vie chrétienne peu attrayante et peu enthousiasmante. Nous allons voir au contraire, en essayant d’approfondir le contenu de chacune d’elles, qu’elles constituent au milieu des vicissitudes de la terre un certain établissement dans le bonheur du ciel, car elles nous font goûter dès ici-bas à travers des efforts souvent douloureux, le bonheur intime promis par le Christ : « Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ».[1] Le Bonheur qui s’accomplira au ciel dans la possession plénière et définitive.

1 – Heureux les pauvres de cœur car le Royaume des Cieux est à eux.

Pourquoi, en énonçant cette « Charte de Bonheur » que sont les Béatitudes Jésus a-t-il voulu commencer par béatifier les pauvres de cœur ?

Ne serait-ce pas pour bien nous montrer que la Béatitude des pauvres est comme le grand porche de la perfection évangélique ?

Il faut la vivre à fond, en effet, pour pouvoir vivre toutes les autres. En la méditant, les disciples du Christ, qu’ils soient matériellement riches ou pauvres, doivent comprendre ceci : le Dieu qui nous aime follement, qui veut régner en notre âme par la plénitude de son amour et de sa joie, n’est pas d’emblée accueilli. Quand il se présente, il trouve la place prise. Oui, Dieu est cet ami, qui se tient à la porte et qui frappe, comme il est dit dans l’Apocalypse, et qui doit insister parce qu’il n’est pas reçu tout de suite. Et la porte une fois entrouverte, c’est peu à peu qu’il doit conquérir toutes les zones de notre être, tous les domaines de notre activité. Il faut donc que ce qui, en nous, lui fait obstacle, c’est-à-dire le péché, s’estompe et s’efface. Car le péché ce n’est pas seulement ce qui salit ou défigure, c’est plus profondément peut-être ce qui encombre. Dieu ne peut trouver place que dans des êtres désencombrés, ceux qui se sont volontairement vidés de tout ce qui n’est pas Lui ou ne conduit pas à Lui. Et ce qui en nous creuse à Dieu sa place, toute sa place, c’est précisément cette pauvreté à tous les niveaux que Jésus exalte à chaque page de l’Évangile et qu’il a pratiqué Lui-même d’une manière si stupéfiante de la crèche jusqu’à la Croix. Et s’Il exige de nous une telle pauvreté ce n’est pas pour le plaisir de nous priver, c’est parce qu’Il sait fort bien que sans elle l’amitié bouleversante qu’Il nous propose – et sans laquelle la vie humaine est manquée – ne pourra jamais se déployer. Autrement dit, ce n’est que pour nous remplir de divin que le Seigneur nous demande de nous déposséder radicalement de l’humain. Ce travail commence au niveau des biens matériels. C’est là, en effet, que doit s’amorcer la dépossession. L’homme est profondément un : il s’établit toujours une étonnante correspondance entre les actes qu’il pose au niveau du corps et ceux qu’il pose au niveau de l’esprit. Il lui sera plus facile d’avoir cette âme de pauvre, sans laquelle le Royaume lui resterait fermé, si dans le style même de sa vie, la pauvreté met sa marque. Mais la pauvreté du cœur ne saurait se limiter au détachement des biens matériels, elle embrasse aussi le détachement des biens moraux et même spirituels. Celui qui prétend affirmer sa personnalité, tient à l’estime et à la considération des autres, conserve de l’attachement à sa propre volonté, à ses idées personnelles ou qui tient trop à son indépendance, n’a pas un cœur de pauvre : il est riche de lui-même, d’amour propre et d’orgueil. De même, celui qui est encore en quête de l’affection des créatures, de la joie et des satisfactions qu’elles peuvent donner ou qui, dans sa vie de piété, dans ses rapports avec Dieu, recherche des consolations et les goûts spirituels, celui-là n’a pas un cœur de pauvre. La pauvreté parfaite consiste donc à être entièrement dépouillé de tous les désirs, sauf un seul, posséder Dieu, même si Dieu ne se laisse trouver que dans les ténèbres, l’aridité, le désarroi et la souffrance. Par cette pauvreté l’âme est rendue libre de tout ce qui n’est pas Dieu. Et c’est pour cela qu’elle est bienheureuse dès cette terre, car elle possède « le Royaume des Cieux » ce qui veut dire qu’elle est comblée de l’infinie richesse de Dieu, car le Royaume de Dieu, c’est Dieu lui-même ; avoir le Royaume de Dieu, c’est être habité par Dieu, c’est avoir sa Vie en soi, selon la parole même de Jésus : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous ».

Cette première Béatitude, personne parmi les disciples du Christ ne l’a vécue aussi parfaitement que Celle qui n’a jamais désiré posséder quoi que ce soit en propre, qui n’a jamais eu le cœur encombré par quoi que ce soit : Marie, l’humble servante du Seigneur. Voilà pourquoi nous ne saurions trouver meilleur « moule » que son Cœur maternel pour nous former à un véritable esprit de pauvreté.

Confions-nous donc à son art consommé d’Éducatrice Spirituelle. Elle seule, en effet, détient le secret pour réaliser en nous, en peu de temps, avec douceur et facilité, cette opération surnaturelle qui consiste à se vider de soi-même pour se remplir de Dieu. Relire à ce propos les numéros 82 et 118 du « Traité de la Vraie Dévotion » de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

2 – Heureux les doux car ils posséderont la terre.

La douceur, voilà un mot qui sonne étrangement dans notre monde où la violence apparaît comme l’unique solution à leurs conflits, où on en vient pour de multiples raisons à tout estimer en rapports de force. Et pourtant, il n’y a sur ce point, comme sur tant d’autres, aucune échappatoire possible ; on ne peut être un véritable disciple du Christ « doux et humble de cœur » que si on pratique, à son exemple, cette vertu qui est la fleur de la charité.

En quoi consiste cette douceur ? Elle ne saurait être comme certains le pensent l’apathie, la mièvrerie, l’indifférence, la mollesse ou la faiblesse de caractère. Elle est au contraire une force à nulle autre pareille. Pour peu qu’on scrute la Bible, on découvre que l’attitude contraire à la douceur est définie par ce qu'on appelle la raideur et d'abord la raideur en face de Dieu. « Je vois bien, dit le Seigneur à Moïse, que ce peuple a la nuque raide ». On est doux par conséquent lorsqu’on ne se défend pas contre Dieu, lorsqu’on est docile dans l’obéissance à ses commandements. À côté de la raideur apparaît une autre attitude voisine de celle-là : l’endurcissement. Ce mot terrible revient fréquemment dans les Livres Saints. L’homme, ici, fait beaucoup plus que se cabrer devant tel ou tel vouloir de Dieu : il s’entoure d’une carapace qui le rend inabordable. Il se fait, selon l’expression d’Ézéchiel « un cœur de pierre ». Cela veut dire qu’il est incapable de s’ouvrir à la miséricorde, de céder à l’amour. La douceur, cette fois, c’est de se laisser faire : non seulement on ne se défend pas contre Dieu, mais on se veut positivement tout accueil, on se rend « malléable » entre les mains de Dieu… Celui qui se montre ainsi docile vis-à-vis de Dieu est capable d’être doux envers les hommes. Les deux images retenues il y a un instant gardent ici leur valeur : ne pas avoir la nuque raide, ne pas avoir un cœur de pierre. Innombrables sont les applications qui peuvent être faites de telles formules : bannir de ses mœurs la dureté, l’amertume, ne pas chercher à avoir toujours raison, rechercher sans jamais se lasser ce qui unit et non ce qui sépare, savoir offrir un accueil simple, total, transparent ; si l’on détient quelque pouvoir, veiller à ce qu’il ne devienne jamais oppressant, s’efforcer toujours « de vaincre le mal par le bien ».

Tout cela suppose maîtrise de soi, calme, patience, mesure, équilibre. Sans cette domination intérieure sur toutes les impulsions de l’âme : mouvements d’animosité, de colère, d’indignation etc.… on pourra garder une apparente douceur, mais on ne possédera pas cette mansuétude profonde qui résiste calmement à tous les chocs de la vie. Du reste, cette pleine maîtrise de soi (qui nous permet de posséder d’abord cette « terre » qu’est notre propre cœur) est justement celle qui nous permettra aussi de posséder la terre dans le sens le plus vaste et le plus beau : c’est-à-dire de gagner le cœur des hommes en les influençant, en les orientant vers la Vérité, vers le Bien et donc vers Dieu par la seule force de l’amour.

Cette vertu surnaturelle de douceur qui, selon M. Olier « est la consommation du chrétien, car elle présuppose en lui l’anéantissement de tout le propre et la mort à tout intérêt » est malaisée à acquérir ; mais avec la grâce de Dieu – qui nous est toujours accordée si nous la demandons avec humilité, confiance et persévérance – nous pouvons nous rapprocher, c’est sûr, de l’idéal proposé par le Christ, idéal qui Lui-même et sa Très Sainte Mère, la Vierge « douce entre tous » ont vécu à la perfection.

Nous savons que de nombreux saints étaient par tempérament des violents, mais leur fidèle correspondance à la grâce en a fait des modèles de douceur. Que leur exemple nous soit un encouragement !

3 – Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés.

La troisième béatitude – la plus « choquante » de toutes, tant elle va à l’encontre du sens commun qui ne peut associer bonheur et souffrance – a reçu plusieurs traductions :

Heureux les affligés (Bible de Jérusalem) - Heureux ceux qui pleurent (Bible Œcuménique) Littéralement il faudrait traduire : Heureux ceux qui sont dans le deuil. Et quoi d’étonnant à cela ? Le deuil ne désigne-t-il pas la souffrance la plus aiguë, elle que l’on éprouve devant la mort d’un être cher, là où il n’y a plus qu’à pleurer. En énonçant cette béatitude des larmes, on ne peut s’empêcher d’évoquer le Livre de la Consolation d’Israël qui commence par ces paroles : « Consolez, consolez mon peuple dit votre Dieu… » ou encore ce texte prophétique d’Isaïe concernant le Christ : « Il m’a envoyé porter aux malheureux la bonne nouvelle, réconforter les cœurs meurtris… »[2]

Ceux qui pleurent et cependant sont appelés « bienheureux » sont tous ceux qui souffrent de quelque manière, soit dans leurs corps, soit dans leur cœur, mais qui à cette souffrance savent donner tout son sens et toute sa valeur en y reconnaissant une grâce et une visite de Dieu et surtout en l’unissant à la Passion du Christ et à la Compassion de Marie. Non qu’ils ne ressentent cruellement la douleur et qu’en eux parfois la nature ne demande grâce. Jésus n’a-t-il pas supplié son Père d’éloigner de Lui le calice ? Il n’exige pas non plus que nous demeurions insensibles et sans plaintes, pourvu que notre dernier mot soit pour dire : « Que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite, Seigneur, mais la tienne ».

Si nous acceptons ainsi la souffrance, si nous savons mêler les larmes qui en sont la conséquence à celles de Notre Seigneur et de son héroïque Mère, heureux sommes-nous ! D’abord parce que nous avons cette ferme espérance qu’un jour viendra où nous serons pleinement consolés. Saint Paul nous dit en effet que « la plus légère affliction nous prépare au-delà de toute mesure un poids éternel de gloire. » Au bout du chemin il y a notre Maison d’éternité ou : « Dieu essuiera toute larme de nos yeux. De mort il n’y en aura plus, de pleurs, de cris et de peines, Il n’y en aura plus »[3].

Mais nous avons en outre cette certitude que Jésus par sa divine présence vient adoucir notre peine et alléger notre fardeau. Au creux même de la souffrance, il ne manque jamais, Lui qui est par excellence « la consolation d’Israël »[4], de nous soutenir, de nous fortifier et même de nous combler à certains moments d’une joie très profonde, réalisant ainsi sa promesse du discours après la Cène : « En vérité je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira… Vous, maintenant, vous voilà tristes, mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie et votre joie, nul ne vous l’enlèvera »[5].

Et n’a-t-il pas promis également dans ce même discours : « Je vous enverrai du Père un autre Consolateur pour qu’Il soit avec vous à jamais. » Cette consolation efficacement apportée par la grâce et les dons du Saint-Esprit à tous ceux qui souffrent faisaient dire à saint Augustin : « Celui qui n'aime jamais ne peine, ou alors s’il peine, il aime sa peine. » Et à Sainte Marie-Madeleine de Pazzi : « Vous faites, Seigneur, que les larmes elles-mêmes soient notre consolation et la guerre notre paix. Celui qui vous aime, Seigneur, trouve dans le feu le plus ardent des tribulations la brise fraîche et la rosée des célestes consolations ! »

Ce qu’il importe également de bien comprendre, c’est que parmi les larmes que nous versons, il en est qui sont plus précieuses, parce que plus parfaitement selon Dieu. Ce sont, d’une part celles qui sont provoquées par la contrition de nos péchés personnels, et d’autre part celles que nous versons sur les péchés de nos frères, sur leur refus de Dieu, leur misère spirituelle ou leur indifférence… Oui, heureux sommes-nous si nous pleurons parce que nous n’aimons pas assez Dieu ou parce que Dieu n’est pas aimé ; ces pleurs seront changés en joie dans l’au-delà et souvent dès cette terre comme ce fut le cas pour sainte Monique.

Puisse la Vierge Immaculée, qui est la « cause de notre joie », par sa maternité divine, nous aider à découvrir le secret des joies véritables et des larmes qui préparent ces joies.

Elle a tellement souffert et pleuré ; au milieu de ses jours glorieux, elle n’oublie pas les tristesses de la terre et intercède pour que ses enfants en comprennent la fécondité et le prix.

4 – Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés.

Dans la Bible, le mot de justice est synonyme de perfection, de sainteté. Un homme juste c’est un homme dont la conscience obéit à la Loi de Dieu, un homme dont les vouloirs s’ajustent véritablement sur ceux de Dieu. C’est en ce sens que saint Matthieu nous dit que Joseph, l’époux de Marie, était un homme juste. Ce sens n’exclue pas mais comporte – cela va de soi – le respect de la justice sociale et des droits de chacun.

Dans l’Évangile, Jésus nous est présenté comme la Sainteté personnifiée venue parmi les hommes. Il est « le Saint de Dieu » expression employée aussi bien par les démons (voir Luc Chap. 4. 34) que par les Apôtres (voir Jean chap. 6. 69). Son désir d’être parfaitement ajusté au Père est si profond que l’accomplissement de sa Volonté lui est plus nécessaire que ne le sont pour nous le manger et le boire : « Ma nourriture, déclare-t-il, est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé. » Son unique intention est de faire ce qui plaît au Père[6] dans des sentiments d’amour absolu, ainsi qu’il l’affirme avant de se livrer à la mort : « Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que j’agis comme le Père m’a ordonné »[7]. Sa faim et sa soif de justice ne seront satisfaites que sur la Croix quand il pourra s’écrier que « tout est consommé » et remettra son âme entre les mains du Père. Communiant pleinement aux sentiments de son divin Fils, la Vierge Marie que l’on invoque dans les Litanies sous le titre très significatif de « Miroir de Justice », a été dévorée tout au long de sa vie d’un désir immense, toujours croissant de parfaite sainteté.

Sa faim et sa soif de plaire à Dieu par le don total d’Elle-même, de Lui être de plus en plus unie par les vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité et toutes les autres vertus étaient semblables au feu qui ne dit jamais « assez ». Elle fut par excellence une âme de désir, le plus profond abîme qui se soit offert aux regards du Dieu infiniment aimant. Et c’est pourquoi Il s’est déversé en Elle comme un torrent, l’inondant de sa plénitude : « Salut, pleine de grâce ! » Dans le sillage de Jésus, « l’homme des Béatitudes » et de sa Très Sainte Mère, les saints ont tous été des affamés et des assoiffés de justice, n’aspirant profondément qu’à une chose : que Dieu prenne totalement possession de leur cœur et se serve d’eux, à son gré, pour l’extension de son règne d’amour. Rappelons-nous ici, par exemple, la manière admirable dont sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, messagère en notre temps de la voie d’enfance spirituelle – de la petite voie par les petits – nous parle de ses « désirs infinis que Dieu n’inspirerait pas s’Il ne voulait les combler ».

Heureux sommes-nous si nous ne cessons de creuser en nous une telle faim et soif de Dieu ! L’affamé est content lorsqu’il peut se rassasier d’une nourriture substantielle : ainsi l’âme qui se laisse conduire docilement par le Saint-Esprit est-elle heureuse lorsqu’elle a l’occasion de satisfaire sa faim de Lumière et d’Amour, sa faim de Vie divine. Elle est satisfaite quand elle peut s’ajuster aussi parfaitement que possible à la volonté de Dieu. Elle exulte quand elle peut par son immolation se sacrifier pour la plus grande gloire de Dieu et le désir de Dieu en le recevant dans l’Eucharistie ou en se plongeant en Lui dans l’intimité de la prière.

C’est une joie pure, puisqu’elle n’est pas recherchée ; elle est le fruit de l’accomplissement du devoir et du don total de soi-même. Mais pour la goûter, il faut être décidé à n’en vouloir, n’en rechercher, n’en accepter aucune autre.

Est-ce bien notre cas ? Ne sommes-nous pas encore trop avides des choses du monde, des joies d’ici-bas ? Notre faim de sainteté s’en trouve affaiblie et nos passions se mettent en quête de satisfactions humaines. Nous savons pourtant que les créatures ne pourront jamais nous combler et nous laisseront toujours mécontents. « Travaillez, nous dit Jésus, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure jusque dans la vie éternelle ».

Prions très fort l’Esprit-Saint, par Marie afin qu’Il éteigne en nous la faim et la soif des « nourritures terrestres » et augmente celle des nourritures surnaturelles jusqu’au moment de notre entrée au ciel où notre rassasiement sera parfait.

5 – Heureux les miséricordieux car ils obtiendront Miséricorde.

En nous donnant son commandement à Lui, la veille de sa mort, Jésus n’a pas dit seulement : « Aimez-vous les uns les autres. » Il a dit : « Aimez-vous comme je vous ai aimés ». C’est donc un amour semblable au sien que nous devons reproduire dans nos relations mutuelles. Or, par toute sa vie, et surtout par son sacrifice de la Croix, Jésus nous montre que la caractéristique de son amour, manifestant de façon bouleversante l’amour de Dieu pour les hommes, c’est la Miséricorde. Toutes les créatures sont pure misère devant Dieu et incapables de subsister sans son intervention continuelle : et nous les hommes, que sommes-nous ? Non seulement une misère incapable de subsister mais capable de pécher ; livrés à nous-mêmes nous dit saint Jean Eudes : « Nous ne sommes rien, ne pouvons rien, ne valons rien, n’avons rien hormis le péché ». Nous sommes donc misère dans le sens le plus profond du mot. Par conséquent, lorsque Dieu nous aime, son Amour est essentiellement et nécessairement un acte de miséricorde, c’est-à-dire d’amour se penche sur nous pour nous relever, nous soutenir et nous enrichir de sa richesse infinie de grâce. Désireux de sculpter en nos âmes les traits mêmes de Jésus, le Saint-Esprit qui agit toujours par Marie, nous apprend à reproduire à notre tour cette miséricorde si émouvante de notre Père des Cieux. « Soyez miséricordieux comme votre Père des Cieux est miséricordieux ». Il nous pousse doucement et continuellement à aimer tous nos frères humains avec le cœur miséricordieux du Sauveur. Et cet amour profond pour tous ceux en qui nous discernons quelque misère, Il nous porte à l’exercer concrètement dans ce que l’Église appelle les Œuvres de Miséricorde : sept œuvres de miséricorde spirituelle, qui embrassent, en fait les besoins humains les plus essentiels ou les plus aigus, auxquels il est aisé de rattacher tous les autres.

Saint Thomas d’Aquin en donne la liste suivant qui devrait figurer dans tout examen de conscience sérieux : Il s’agit pour ce qui est des œuvres de miséricorde corporelle : de nourrir celui qui a faim, d’abreuver celui qui a soif, de vêtir celui qui est nu, d’accueillir l’étranger, de visiter l’infirme, de racheter le captif, d’ensevelir le corps du défunt.

Quant aux œuvres de miséricorde spirituelle, elles consistent à : instruire l’ignorant, conseiller l’hésitant, consoler l’affligé, corriger celui qui dévie, pardonner à qui nous offense, supporter ceux qui nous sont à charge et nous attristent, et à prier pour tous.

Ceci étant dit, nous comprendrons peut-être mieux que la miséricorde chrétienne, parce qu’elle résulte de la divine charité, est bien plus qu’une émotion passagère devant une grande douleur. Elle est une vertu attentive et forte qui vit intérieurement la misère humaine et qui est capable d’en comprendre le fond. Or le fond de la misère humaine ce n’est pas l’indigence, la faiblesse ou même la souffrance, c’est le péché qui prive l’âme de la vie surnaturelle. Même si cette misère qui est la plus grande de toutes n’est pas clairement discernée par le pécheur, elle est en lui un terrible poids… Par sa bonté, par sa prière et sa pénitence, le chrétien peut beaucoup pour aider son frère pécheur à se libérer des lourdes chaînes de son esclavage. Cette forme sublime de miséricorde est d’une pressante actualité, car la séparation d’avec Dieu ou tout au moins l’oubli de Dieu dans l’humanité d’aujourd’hui a atteint un degré où n’était même pas descendu le paganisme antique. Nous en avons tous conscience : l’humanité, qui avait reçu la révélation chrétienne, a préféré au bonheur divin la recherche d’un bonheur humain, soit en se passant de Dieu, soit en voulant faire de Dieu le serviteur d’un tel bonheur. Elle roule ainsi vers des abîmes de malheur jamais atteints. Placés en cette situation terrestre infernale qui gagne en ce moment toute la terre par tyrannie ou par contagion, nous devons comprendre que par cela même l’Église, Corps mystique, est appelée à vivre avec une intensité maximale la miséricordieuse Passion du Christ et la Compassion miséricordieuse de Marie, la Co-rédemptrice.

C’est la raison pour laquelle les saints Cœurs de Jésus et de Marie nous demandent instamment de donner à notre vie chrétienne cette dimension réparatrice qui consiste à compenser par une sorte de trop plein d’amour débordant de notre cœur le manque d’amour qui affecte si misérablement nos frères indifférents ou apostats. Autrement dit, nous devons prier et nous sacrifier pour ceux qui ne prient pas et ne se sacrifient pas ; nous devons croire, adorer, espérer et aimer pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui n’aiment pas, de telle sorte qu’avec ce sang de notre amour mêlé à son amour rédempteur et à l’amour co-rédempteur de Marie, Jésus soit en mesure de revivifier tant et tant d’âmes qui sont mortes à la Vie divine à cause de leurs péchés. Il n’y a pas de charité plus parfaite que cette forme de miséricorde. Puissent ces quelques réflexions nous inciter à pratiquer la miséricorde dans toutes ses dimensions avec toute la générosité dont nous sommes capables. Nous savons qu’elle nous envahira à son tour avec la joie intime qu’elle procure et cela dans la mesure où nous l’aurons nous–même donnée. C’est à son sujet, en effet, que Jésus a dit : « Donnez et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on versera dans votre sein, car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour ».[8]

6 - Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu.

En proclamant cette béatitude ne devrions-nous penser, tout d’abord à ce cristal infiniment pur qu’est l’âme de Jésus, image parfaite de Dieu, « rayonnement de sa Gloire et empreinte de sa Substance ? »[9] La pauvreté de Notre-Seigneur est si parfaite qu’il a pu dire aux Juifs sans craindre de démenti : « Qui de vous me convaincra de pécher ? » Il est, nous dit la Lettre aux Hébreux : « Le Grand Prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, sans tache, sans rien de commun avec les pécheurs. » Rien n’a jamais pu troubler la droiture de son cœur, nulle intention imparfaite n’est venue diminuer le prix de sa vie sainte. Le Fils Bien-Aimé n’a parlé et agi que pour la gloire de son Père et dans une obéissance absolue à sa volonté. Si nous voulons comprendre ce que recouvre l’expression évangélique « avoir le cœur pur » il n’est pas de plus sûr moyen que de contempler assidûment cette sublime pureté du Christ qui se reflète magnifiquement dans l’âme de sa Très Sainte Mère, Marie, la Vierge Immaculée.

Avoir le cœur pur, c’est bien sûr, pratiquer selon son état la vertu de Chasteté qui maîtrise la sexualité en exigeant qu’aucun égoïsme, qu’aucun amour désordonné de soi-même ou des autres ne vienne se mêler à nos pensées, à nos sentiments, à nos paroles et à nos actes. Pour devenir pur sous cet aspect, il faut nécessairement passer par une première étape de détachement, de mortification des sens et des instincts. Mais cet effort a pour but de procurer à l’amour une pleine maîtrise sur nos sentiments et de donner ainsi libre champ à sa puissance. La pureté, d’ailleurs, ne se comprend bien qu’en liaison avec l’amour : « Comme on parle d’un métal précieux passé au creuset pour être purifié, ainsi l’amour en nous a-t-il besoin d’être soumis à diverses purifications à l’égard de nos instincts de possessivité, de domination ou de jouissance vile pour acquérir sa pleine valeur. L’amour tend naturellement à la pureté comme à sa vérité et à sa plénitude »[10]. Mais la pureté de cœur que Jésus béatifie se situe bien au-delà de la chasteté du corps et du cœur vécue dans le mariage, le célibat ou la vie consacrée. Le cœur c’est le fond de l’être, ce qui fait notre personnalité : c’est là que résident les mobiles profonds qui orientent et animent nos décisions, nos choix et nos comportements. Un cœur pur, c’est un cœur habité par Dieu, éclairé de ses lumières, ouvert au surnaturel ainsi qu’à tout ce qui est beau, bien, vrai, grand, noble… Un cœur pur, c’est un cœur décanté de tout égoïsme, de tout orgueil, de tout appât des biens de ce monde, sans arrière-pensée, calcul ou recherche du moi et qui est libre, dès lors, pour aimer Dieu par-dessus tout et pour aimer les autres comme Jésus les aime. Jésus le compare à un œil simple et clair qui rend tout le corps lumineux : « Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier est aussi dans la lumière ; mais s’il est malade ton corps aussi est dans les ténèbres. Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit pas ténèbres. Si donc ton corps tout entier est dans la lumière, sans mélange de ténèbres, il sera tout entier lumineux »[11]. « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » C’est à eux, en effet, que s’applique la parole du Psaume 17 : « Moi dans la justice je contemplerai ta face, au réveil je me rassasierai de ton image ». Mais ne peut-on pas dire qu’ils Le voient déjà ! L’expérience prouve, en effet, que la pureté de cœur donne des yeux perçants pour les choses divines. Les âmes qui vivent dans une grande fidélité à Dieu et Lui sont très unies reçoivent à Lui une admirable perspicacité spirituelle. L’Esprit-Saint les comble de ses lumières qui confondent la sagesse du monde, de sorte que les ignorants à l’âme limpide perçoivent parfois ce qui demeure caché aux doctes moins unis à Dieu. Ils ont une connaissance étonnante des mystères divins, du dessein rédempteur et de la conduite de Dieu sur les âmes. Leurs conseils portent la marque de l’Esprit divin et apportent une clarté surprenante à ceux qui les sollicitent. Vraiment, il y a en ces âmes comme une anticipation de la vision de Dieu face à face dans la Vie Éternelle.

On peut donc conclure avec Bossuet : « Qu’elle est belle, qu’elle est ravissante cette fontaine incorruptible d’un cœur pur ! Dieu se plaît à s’y voir Lui-même dans toute sa beauté. Ce beau miroir devient un soleil par les rayons qui le pénètrent : il est tout resplendissant. La pureté de Dieu se joint à la nôtre qu’il a Lui-même opérée en nous, et nos regards épurés le verront briller en nous-mêmes et y luire d’une éternelle lumière. Bienheureux donc ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ».

7 – Heureux les artisans de paix, ils seront appelés Fils de Dieu

La paix chrétienne diffère de la paix mondaine : « Je vous laisse la paix, a dit Jésus, Je vous donne ma paix, Je ne vous la donne pas comme le monde la donne ». Cette paix du Christ, saint Augustin l’a définie comme étant « la tranquillité de l’ordre ». Elle est comparable, en effet, au bien-être qui résulte d’un organisme en parfaite santé ou encore à la tranquillité qui règne dans une famille où les enfants sont pleinement soumis à leurs parents, lesquels se montrent, quant à eux, exemplaires en tout point. Le chrétien qui vit de foi, d’espérance et de charité et qui se laisse guider par le Saint-Esprit juge de tout par rapport à la cause suprême qui est Dieu et dès lors tout dans sa vie : ses affections, ses pensées, ses désirs et ses actes, tout se trouve ordonné selon Dieu. De cet ordre, le seul Vrai, résulte en son âme une grande paix intérieure, « l’inaltérable paix de Dieu, dont parle saint Paul, qui surpasse tout sentiment ». Cette « paix des profondeurs » est faire d’un élément négatif : l’absence de trouble et d’un élément positif : le repos de la volonté dans la possession stable du bien désiré. L’expérience prouve, en effet, que l’âme qui est toute livrée à l’action de l’Esprit-Saint, qui s’efforce de vivre chaque instant présent dans l’amour, c’est-à-dire dans un accord parfait avec la volonté de Dieu ne peut être troublée par quoi que ce soit : ni par la souffrance, ni par les persécutions ou les humiliations, ni par tout ce qui peut l’assaillir dans sa vie intérieure (sécheresse, distractions, tentations de toutes sortes), ni par la mort. Et cela, parce qu’elle a conscience de posséder le seul Bien désirable capable de la combler : Dieu, dont elle se sait aimée d’une manière absolue, Dieu qui habite en elle qui est la vie de sa vie. Sa conviction profonde est celle que Saint Thérèse d’Avila a exprimée en ces termes : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraye, tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit ».

Le Chrétien qui est ainsi pacifié intérieurement rayonne la paix par sa seule présence et il est en mesure de travailler efficacement à la construction d’une paix véritable partout ou s’exerce son activité (qu’elle soit d’ordre familial, professionnel, culture, social ou politique). Son action au service de la Paix n’a rien à voir – on ne le dira jamais assez – avec le pacifisme, cette paix trompeuse qui voudrait s’édifier sur des capitulations coupables par manque de courage et désir égoïste de la tranquillité, allant jusqu’à l’oubli des responsabilités conférées par les charges et les missions reçues. Elle consiste à mettre en œuvre (ce qui exige des efforts coûteux et persévérants) pour que soient appliquées partout et à tous les niveaux les quatre lois fondamentales qui régissent la paix du Christ, à savoir : La Justice, car il n’y a de paix que là où aucun droit légitime n’est volontairement lésé. « Si tu veux la paix, agis pour la Justice. »[12]

La Vérité, sans laquelle la tranquillité de l’ordre deviendrait désordre, rien n’étant plus destructeur que le mensonge.

La Liberté, car l’homme ne peut progresser et s’épanouir que s’il est libre intérieurement et extérieurement.

L’Amour désintéressé que l’on puise dans le Cœur même du Christ par la prière et les sacrements et qui sans cesse donne, se donne et pardonne, réalisant ainsi les conditions de l’unité et faisant fleurir partout du bonheur.

Aux artisans de cette paix selon Dieu, Jésus garantit la filiation divine : « ils seront appelés fils de Dieu » est un hébraïsme qui équivaut à l’être vraiment. « Voyez, quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés Enfants de Dieu. Et nous le sommes »[13]. Notre Dieu est un Dieu de paix et il est bien juste que Celui qui possède et répand la paix se sente d’une manière toute particulière son enfant bien-aimé. Ayons donc la certitude que plus notre âme sera établie dans la paix et s’efforcera de faire régner la paix, et plus l’Esprit-Saint versera en elle ce sentiment délicieux de filiation divine qui deviendra pour elle une merveilleuse béatitude, vrai prélude à la béatitude éternelle.

8 - Heureux ceux qui souffrent pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux.

S’il est une béatitude qui désigne clairement le Christ, c’est bien celle-là. Qui plus que Lui, en effet, a souffert persécution ? À peine né, il doit fuir en Égypte pour échapper à la cruauté d’Hérode. Durant sa vie publique, il est continuellement en butte au mépris et à la haine, son pain quotidien étant le tourment que lui inflige l’opposition sournoise et implacable des pharisiens avec, dominant tout cela, la perspective de la persécution suprême : « Je dois recevoir un baptême, et qu’elle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé. » Traduit enfin devant le Grand Conseil des Juifs et le Tribunal de Pilate, il se voit condamné au supplice de la Croix parce que librement, à l’heure fixée par le Père, il a revendiqué sa dignité messianique et son égalité avec Dieu. (Mt 26, 64-66)

Le Roi des martyrs est mort Lui-même martyr ! Témoin de sa propre divinité. Mais au matin de Pâques tout change. Le Christ ressuscite immortel ; Il est couronné de Gloire et d’Honneur pour son incomparable obéissance d’Amour… « Tout genou fléchira désormais devant Lui et toute langue devra proclamer qu’Il est le Seigneur[14].

Bienheureux donc le Sauveur, surtout maintenant que rayonne dans son humanité la majesté de sa nature divine. Les disciples ne sont pas plus grands que le Maître : les membres suivront leur Chef et le Christ laisse après Lui une longue traînée de sang qui est le martyr de son Église. Ce martyr a commencé avec Marie, la mère douloureuse, si étroitement associée à la Passion de son Fils dans le Mystère de sa Co-Rédemption. Tout au long des siècles (tantôt sur un point du globe, tantôt sur un autre), les chrétiens remplis de surnaturelle charité, doux et humbles, rayonnants de paix et rendant  témoignage à la Vérité ont suscité des réactions de mépris et de haine qui le plus souvent ont pris la forme de persécutions sanglantes ou légales, ouvertes ou dissimulées, selon les prédications mêmes de Jésus : « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous »[15]. « Vous serez emmenés à cause de moi devant des gouverneurs et des rois, pour rendre témoignage devant eux et devant les païens… Et vous serez haïs de tous à cause de mon Nom, mais celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé »[16]. Nous ne serons donc pas étonnés, ni scandalisés, si nous nous trouvons un jour dans des conjonctures aussi éprouvantes. Il faudra même, en nous appuyant sur la grâce de Dieu, dépasser notre trouble pour nous établir dans une joie toute surnaturelle : « Réjouissez-vous, ce jour-là, et tressaillez d’allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel »[17]. Attendons-nous cependant –en dehors de ces circonstances extrêmes de persécution violente– à souffrir persécution pour le Christ sous d’autres formes. L’expérience prouve, en effet, que bien des chrétiens sont, à cause de leur foi, malmenés injustement, réduits à un rang social ou à des conditions de vie inférieure… D’autre qui, très généreusement, s’efforcent d’être fidèles et fervents dans un climat de tiédeur ou de laxisme se voient incompris, moqués et mis de côté, calomniés parfois par leurs propres frères… « Les âmes fidèles, nous explique le Père Petitot, dès qu’elles commencent à vivre d’union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, sont inspirées dans toutes leurs pensées et tous leurs actes par Son Esprit. Dès lors, elles vont juger de toutes choses et agir en toutes choses d’une toute autre manière non seulement que les gens du monde mais encore que les chrétiens imparfaits et qui se satisfont d’une honnêteté médiocre… C’est assez dire que les âmes vivant d’union à Dieu rencontreront des contradictions partout. » N’oublions jamais qu’à côté du martyr sanglant, il y a le martyr quotidien, le martyr à petit feu, plus difficile peut-être ! S’il nous est donné de le vivre, réjouissons-nous, car par lui nous rendons au Christ un très authentique et très beau témoignage qui nous vaudra « une grande récompense dans les cieux » (Mt 5. 12).

Puissions-nous toujours mieux comprendre à la lumière de la Foi que la persécution pour la justice est une des notes caractéristiques de l’Église du Christ et un élément de toute vie chrétienne. Elle est cette Croix ignominieuse que le disciple accepte de porter avec amour à la suite de son Maître et Seigneur et qui se transformera comme la sienne en Croix Glorieuse.

« Cette béatitude la plus haute, la plus secrète, se montre la plus étroite communion entre le Chef et son membre, entre le Christ et les siens, celle qui ne trompe pas »[18].

Conclusion :

Telle est donc avec ses huit jalons en forme de bonheur la route du Paradis que Jésus nous a tracée. Cet idéal de Sainteté réalisé d’une manière sublime par le Christ Lui-même qui le premier a vécu parfaitement les Béatitudes. Réalisé aussi splendidement, et sans la moindre faille, par Marie la Vierge Immaculée qui est la vivante image de son Fils. Réalisé admirablement, tout au long de l’histoire de l’Église par la multitude des saints, pétris comme nous de chair et de sang. Cet idéal est mis par la grâce divine à la portée de chacun et de chacune d’entre nous…

Oh ! certes, il peut nous sembler utopique, irréalisable si nous ne regardons que notre faiblesse, mais si nous faisons nôtre la conviction de Saint Paul, « je peux tout en Celui qui me fortifie », si comme de petits enfants nous tenons d’une part la main de Jésus qui est notre guide suprême et d’autre part la main de Marie qui est l’Éducatrice par excellence de notre vie chrétienne, alors, cela ne peut faire aucun doute, nous parviendrons un jour, en dépit de notre misère et de tous les obstacles à cette perfection de l’Amour qui fera de nous des êtres divinisés pouvant dire comme Saint Paul : « Ma vie, c’est le Christ ; non ce c’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ».

Puissions-nous toujours mieux comprendre que vivre Les Béatitudes c’est tout simplement reproduire le Mystère du Christ qui va de la Croix à la Gloire et du Calvaire au Ciel. C’est ne rechercher le Bonheur que là où Jésus l’a placé en acceptant de mourir avec Lui dans la pauvreté, la douceur, la pureté, l’absolue fidélité de l’amour pour ressusciter avec Lui dans la Béatitude infiniment comblante de la Vie Éternelle.


[1] Jean 15. 11

[2] Isaïe 61. 1

[3] Apocalypse 21. 4

[4] Luc 11. 25

[5] Jean 16. 20 et 22

[6] Jean 8. 29

[7] Jean 14. 31

[8] Luc 6. 38

[9] Hébreux 1. 3

[10] Père Pinckaers O.P.

[11] Luc 11. 34-36

[12]  Paul VI.

[13]  I Jean 3,1.

[14] Ph. 2, 10-11.

[15] Jean 15, 18.

[16] Mt 10. 18-22.

[17] Luc 6. 23.

[18] Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine.

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4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 16:58

Lecture du livre d'Isaïe 6, 1-2a. 3-8

Le prophète Isaïe découvre que le Dieu trois fois saint ne dédaigne pas de choisir pour envoyés, des hommes pécheurs.

L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils se criaient l'un à l'autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur Dieu de l'univers. Toute la terre est remplie de sa gloire ». Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. Je dis alors : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l'univers ! » L'un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu'il avait pris avec des pinces sur l'autel. Il l'approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné ». J'entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? » Et j'ai répondu : « Moi, je serai ton messager : envoie-moi ». – Parole du Seigneur.

Commentaire : Lorsque la Bible dit de Dieu qu’il est saint, elle entend dire par là qu’il est le Tout-Autre. Il est étranger à nos imperfections, nos limites, nos péchés. Il est hors de notre atteinte, et notre intelligence, laissée à elle-même, se façonne toujours une idée trop humaine de lui ; il n’entre pas dans nos catalogues qui réduisent tout à notre mesure, il ne se plie pas à nos convenances, nos ambitions, nos préjugés ; bref, il est… Dieu ! Nous pouvons mesurer notre sens de Dieu à la conscience que nous avons de notre petitesse et de notre péché devant lui. Mais le plus stupéfiant est d’entendre alors le Dieu très saint nous appeler à partager sa vie : il ne se montre jamais plus saint à nos yeux que quand il nous pardonne et nous aime.

« Moi, je serai ton messager : envoie-moi ». Si nous lui répondons cela, conscients pourtant de nos faiblesses et de notre péché, le Seigneur nous prendra pour ses messagers.

Psaume 137

R/ : Je te chante, Seigneur, en présence des anges.

  • De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce : tu as entendu les paroles de ma bouche. Je te chante en présence des anges, vers ton temple sacré, je me prosterne. R/
  • Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité, car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole. Le jour où tu répondis à mon appel, tu fis grandir en mon âme la force. R/
  • Tous les rois de la terre te rendent grâce quand ils entendent les paroles de ta bouche. Ils chantent les chemins du Seigneur : « Qu’elle est grande, la gloire du Seigneur ! » R/
  • Ta droite me rend vainqueur. Le Seigneur fait tout pour moi ! Seigneur, éternel est ton amour : n’arrête pas l’œuvre de tes mains. R/

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15, 1-11

Le cœur de l’Évangile, c’est Jésus mort et ressuscité pour nous. Sinon, c’est pour rien que nous sommes devenus croyants.

Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Évangile, vous l'avez reçu, c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants.

Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois - la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort -, ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l'avorton que je suis.

Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d'être appelé Apôtre, puisque j'ai persécuté l'Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n'est pas moi, c'est la grâce de Dieu avec moi.

Bref, qu'il s'agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Pourquoi Paul est-il devenu apôtre du Christ, lui qui, au départ, persécutait l’Église ? Parce qu’il était grand orateur ? Parce qu’il brûlait de faire des voyages missionnaires ? Parce qu’il avait une âme ardente et généreuse ? Parce qu’il voulait la libération des pauvres et des opprimés ? Non ! Tout cela peut faire l’apôtre d’une cause humaine, pas l’apôtre de Jésus Christ. Mais parce Paul a rencontré dans sa vie le Ressuscité, parce qu’il l’a vu vivant au milieu des siens, parce que le Christ l’a appelé à le suivre, il est devenu ce qu’il est. « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ».

« Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu ». Merci, Seigneur, d’être le fruit de ta grâce, aussi bien par mes qualités humaines que par la foi que j’ai reçue, par amour que tu fais grandir en moi, par l’espérance dans laquelle tu me tiens debout.

Alléluia. Alléluia. La voix du Seigneur appelle : « Venez à ma suite, dit le Seigneur, et je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 5, 1-11

Une pêche merveilleuse prélude à la mission universelle.

En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth. Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s'assit et, de la barque, il enseignait la foule. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez les filets pour la pêche ». Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais, sur ton parole, je vais jeter les filets ». Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchiraient. Ils firent signe à leurs compagnons de l'autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu'elles enfonçaient. À cette vue Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ». En effet, un grand effroi l'avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu'ils avaient pêchés ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ». Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent. – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Pressé par la foule, le Christ éprouve le besoin d’être aidé pour que le filet de la Parole atteigne tous les hommes. Cette aide, il va la demander aux pêcheurs qui ont mis leur barque à sa disposition. Non pas tout de go : ces humbles se récuseraient, bien conscients de leur incapacité à instruire les foules, eux qui n’ont pas étudié. Jésus les amène d’abord à accomplir sur son ordre un coup de filet merveilleux. Une nuit d’efforts n’avait rien obtenu ; un seul geste exécuté à la parole du Christ donne un résultat inespéré. Si ces pêcheurs suivent le Christ pour annoncer l’Évangile, c’est qu’ils savent qu’avec lui ils seront aussi efficaces pour pêcher les hommes.

« Avance au large et jetez vos filets ». Comment notre communauté chrétienne ou notre équipe reçoit-elle cet appel du Christ ? Quelles initiatives et quels risques avons-nous pris pour y répondre ? Comment combler la distance qui nous sépare encore du large ?

Homélie

Dans ce très beau récit de la Pêche miraculeuse et de l’Appel des premiers disciples, il y a un point sur lequel je voudrais attirer tout particulièrement votre attention : c’est l’attitude extraordinaire de confiance qui est exprimée par les paroles de Simon-Pierre : « Maître nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais sur ton ordre je vais jeter les filets ».

C’est une phrase où tous les mots portent : nous avons travaillé... nous qui sommes de la partie, nous qui avons une grande compétence, nous qui connaissons le métier de marins-pécheurs et notre lac, nous avons travaillé aux heures les plus favorables et sans ménager notre peine... Résultat : dans nos filets, pas un seul poisson... et tu nous dis maintenant, Seigneur, d’essayer en plein-jour, dans des conditions franchement mauvaises. Mais parce que c’est Toi qui nous le demandes, parce que nous devinons en Toi quelque chose de mystérieux et de divin, parce que déjà nous avons confiance et surtout parce que déjà nous t’aimons, nous allons recommencer, nous allons à nouveau jeter le filet. Et voici que cette manière de raisonner, qui parait si dépourvue de raison, si étrangère à la logique et au bon sens, aboutit en fait au miracle.

Que cet enseignement est précieux pour nous, chers frères et sœurs, et que d’applications il peut trouver dans notre vie réelle de tous les jours ! Car, n’est-ce pas pratiquement tous les jours que nous serions tentés de dire : « Seigneur, il n’y a rien à faire... » en dépit de bien des efforts, la situation reste inchangée, la seule solution logique et raisonnable serait de renoncer. Rien à faire d’abord dans ma vie personnelle. Tu le vois bien Seigneur, malgré ma bonne volonté que je crois sincère, je retombe dans les mêmes fautes, je suis victime des mêmes habitudes : examens de conscience monotones, confessions qui sont de lamentables constats d’échecs, ce qui me conduit finalement à raréfier ces recours au sacrement de ta Miséricorde. Et ceux qui m’entourent constatent en moi les mêmes défauts, le même égoïsme, la même dureté, les mêmes poussées de colère... Comment puis-je atteindre ce sommet que tu me proposes ? Par ce piétinement sur place ou par ces progrès dérisoires, suivis de brusques reculs ?

Non, tu le vois bien Seigneur, rien à faire, aucun résultat ! Or, la même constatation parait s’imposer aussi quand il s’agit du témoignage qu’il faut rendre au Christ, de l’influence qu’il faudrait exercer... L’Evangile me dit que je dois être « le sel de la terre, la lumière qui se diffuse et levain qui soulève la pâte». Je dois chercher à faire connaître la Bonne Nouvelle, à christianiser le milieu où je vis : ma famille, mes amis, les familles qui m’entourent, ma profession, les loisirs, bref toute la vie sociale. Mais j’ai l’impression, Seigneur que tous mes efforts se heurtent à une résistance passive invincible ; j’ai l’impression d’un poids énorme à soulever, d’une atmosphère étouffante qui décourage l’effort de tentatives qui se perdent dans le vide. Je ne perçois guère de changements chez les autres, mes paroles, semble-t-il demeurent sans résonnance et l’exemple que j’essaye de donner personne n’a l’air de s’en apercevoir... Oui, c’est souvent dans notre vie que nous avons l’occasion de dire à Jésus les paroles de Simon-Pierre : « Durant toute la nuit, nous avons travaillé sans rien prendre ».

Et pourtant, frères et sœurs, c’est à la suite de toutes ces constatations qui semblent objectives et lucides, c’est après tous ces raisonnements qui semblent parfaitement rigoureux qu’il faut avoir assez de foi, assez de courage pour réagir finalement comme Simon-Pierre : « Malgré tout cela, Seigneur, sur ta parole, je vais recommencer... »

Oui, maintenant Seigneur alors que les illusions ont disparu, que par suite de la fatigue ou de l’âge tout mouvement réclame un effort explicite de volonté, oui, en cet instant même où la confiance m’est plus difficile et que certaines voix murmurent : « à quoi bon, tu n’y arriveras pas », c’est maintenant que je dois recommencer la lutte contre moi-même, contre les tentations, contre mes défauts exaspérants et c’est maintenant aussi que je veux renouvelez et tendres toutes mes énergies pour faire du bien autour de moi, rendre la vie meilleure à ceux qui me sont proches, donner un peu de lumière à ceux qui doutent et qui cherchent, réconforter ceux qui souffrent, autrement dit c’est maintenant que je veux recommencer à aimer.

Après tout, chers frères et sœurs, et cela il importe de bien le comprendre, le Seigneur ne nous demande pas des victoires constatées dans des communiqués glorieux, il ne nous demande rien d’autre que de la générosité pour des efforts sans cesse répétés. Il nous rappelle aussi, face à nos échecs, que nous ne devons pas compter d’abord sur nous, mais sur Lui, sur sa grâce : « Sans moi, nous dit-il, vous ne pouvez rien faire ». C’est sur Lui, et Lui seul, que nous devons nous appuyer pour atteindre le résultat. Car, il ne faut pas en douter un seul instant, le résultat viendra, mais il ne viendra qu’au terme d’un long combat spirituel qui sera la mise à l’épreuve de notre fidélité.

Au cours de cette Eucharistie, nous allons demander au Seigneur par l’intercession de Marie qui est le Modèle le plus parfait de la Foi, cette confiance absolue qui rend possible l’impossible et nous lui ferons cette promesse : « Sur ta Parole, ô Jésus, et comptant sur ton aide, je vais repartir avec un élan nouveau : oui, sans plus attendre, je vais recommencer à aimer ».

Amen.

Prière Universelle

Dieu nous appelle, malgré nos faiblesses, à collaborer à l’avènement de son royaume. Invoquons l’Esprit sur son peuple rassemblé pour que se renouvelle en son milieu le goût et la force d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut.

R/ : Seigneur, écoute notre prière.

  • Pour l’Église, afin qu’elle discerne avec lucidité et sagesse celles et ceux qui sont véritablement appelés à une mission particulière, prions le Seigneur. R/
  • Pour les dirigeants de notre monde, afin qu’ils aient à cœur d’écouter autant les humbles et les petits que les grands et les puissants, prions le Seigneur. R/
  • Pour celles et ceux qui sont appelés, afin que chacun et chacune sache répondre à l’invitation dans la joie, prions le Seigneur. R/
  • Pour les missionnaires, afin qu’ils soient renouvelés dans leur engagement au service du Christ et de son peuple, prions le Seigneur. R/
  • Pour notre communauté, afin qu’elle discerne avec sagesse et perspicacité les appels à œuvrer pour l’avènement du Royaume, prions le Seigneur. R/

Dieu notre Père, sans cesse tu appelles tous tes enfants à suivre ton Fils et à vivre selon son Évangile. Donne à chacun et chacune de découvrir au fond de son cœur le désir de vivre en vrais fils et filles de la lumière. Nous te le demandons par le Christ Jésus, notre Seigneur, qui vit avec toi dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.

Source : http://www.vieliturgique.ca

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3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 08:45

Lecture du livre de Jérémie 1, 4-5. 17-19

Comme Jérémie, Dieu nous a appelés, et comme pour lui, il se porte garant de l’accomplissement de notre vocation.

Au temps de Josias, la parole du Seigneur me fut adressée ; « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t'ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. Toi, mets ta ceinture autour des reins et lève-toi, tu diras contre eux tout ce que je t'ordonnerai. Ne tremble pas devant eux, sinon, c'est moi qui te ferai trembler devant eux. Moi, je fais de toi aujourd'hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses princes, à ses prêtres et à tout le peuple du pays. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur ». - Parole du Seigneur.

Commentaire : Le prophète est un porte-parole de Dieu : il ne choisit pas ce qu’il aura à dire et bien souvent le message de Dieu qu’il délivre aux hommes de son temps et aux responsables de la société lui vaudra l’ironie de ses contemporains, puis l’opposition violente, voire même la mort. C’est le cas de ce jeune homme, Jérémie, qui après un bref début de réussite, sera accusé de défaitisme et de blasphème contre les institutions religieuses de son pays. Face à un peuple et à ses chefs qui veulent se cramponner à leurs privilèges nationaux et religieux, il représente pourtant l’avenir : il est prophète pour les peuples. Ainsi en sera-t-il aussi de Jésus Christ.

« Avant que tu viennes au jour, je te connaissais ». Quand bien même il m’arrive de l’oublier aux jours de lassitude ou de souffrance, je ne suis pas ignoré de Dieu. Se savoir ainsi connu du Seigneur est la source de la joie et de l’espérance.

Psaume 70

R/ : Sans fin, je proclamerai ta justice et ton salut.

  • En toi, Seigneur, j’ai mon refuge : garde-moi d’être humilié pour toujours. Dans ta justice, défends-moi, libère-moi, tends l’oreille vers moi, et sauve-moi. R/
  • Sois le rocher qui m’accueille, toujours accessible ; tu as résolu de me sauver : ma forteresse et mon roc, c’est toi ! R/
  • Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance, toi, mon soutien dès avant ma naissance, tu m’as choisi dès le ventre de ma mère ; tu seras ma louange toujours ! R/
  • Je revivrai les exploits du Seigneur en rappelant que ta justice est la seule. Mon Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse, jusqu’à présent, j’ai proclamé tes merveilles. R/

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12, 31-13, 13

Paul n’énumère pas les qualités de l’amour, il dit – par des verbes – comment l’amour est agissant.

Frères, [recherchez avec ardeur les dons les plus grands. Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence. J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.

J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien].

L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais.

Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée. En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé. Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.

Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. – Parole du Seigneur.

Commentaire : On peut croire aimer et se tromper lourdement : l’amour ne s’enseigne pas dans les livres, il ne consiste pas à en savoir beaucoup ; il n’est pas un élan émotionnel passager, ou le fruit d’actions spectaculaires faites « pour la galerie ». Non ! Il consiste à vivre avec beaucoup d’oubli de soi les petites comme les grandes choses de chaque jour. Paul se plaît à rappeler ce que produit un tel amour dans la vie. Quand, à la résurrection finale, nous nous trouverons face à face avec Dieu, nous saurons ce que c’est qu’aimer, nous saurons que Dieu seul sait aimer vraiment et nous ne saurons plus alors qu’aimer à notre tour.

« L’amour prend patience », c’est-à-dire qu’il se vérifie dans la durée, en ne désespérant de personne ni d’aucune situation, même apparemment bloquée. Tel est l’amour du Seigneur pour nous. Nous enseigne-t-il à prendre patience à notre tour ?

Alléluia. Alléluia. Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 4, 21-30

Jésus, l’annonciateur de la Bonne Nouvelle, n’est pas accueilli par ses concitoyens parce qu’il étend cette Bonne Nouvelle aux païens.

En ce temps-là, dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d’Isaïe, Jésus déclara : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : ‘Médecin, guéris-toi toi-même’, et me dire : ‘Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !’ » Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays. En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien ».

À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Dans la lecture biblique qu’il vient de faire, Jésus a volontairement sauté la fin de la phrase où le prophète Isaïe annonçait l’arrivée « d’un jour de vengeance pour votre Dieu ». On s’étonne à Nazareth de voir Jésus, qui n’est que le fils de Joseph, prendre une telle liberté avec la Parole de Dieu et n’annoncer qu’un message de grâce et d’amour, quand tout le peuple attend sa revanche sur l’occupant païen. Mais Jésus va plus loin : le message d’amour concerne aussi, et même avec prédilection, les païens ; toute l’histoire biblique est là pour le prouver. C’en est trop ! Ce nouveau prophète doit mourir. Il mourra en effet, plus tard, à cause de son projet d’amour universel.

Surprenante leçon d’histoire ! Le Seigneur a envoyé ses prophètes secourir des étrangers plutôt que les nécessiteux de son peuple, Israël ! Surprenant que personne, avant Jésus, n’y ait lu l’amour sans frontières de Dieu pour les hommes.

Homélie

Jésus vient d’annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu à ses compatriotes de Nazareth. Mais ceux-ci, qui dans un premier temps, l’ont accueilli chaleureusement, se laissent bien vite gagner par de mauvais sentiments. « Pour qui se prend-il celui-là. Nous savons bien qui il est : c’est le fils de Joseph le charpentier. Il n’a fait aucune étude et voilà qu’il prétend nous expliquer les Ecritures, il ose s’appliquer à Lui-même la prophétie d’Isaïe au sujet du Messie attendu et il revendique pour Lui une mission divine… Et puis, pourquoi est-il allé ailleurs pour faire ses miracles… Puisqu’il est l’un des nôtres pourquoi ne nous a-t-il pas réservé les primeurs de ses bienfaits ? »

Jésus va leur faire comprendre que s’il n’a pas fait de miracles à Nazareth c’est à cause de leur incrédulité, à cause du refus qu’ils opposent à son message d’amour. Il leur fait remarquer que par leur mépris vis à vis de Lui et par leur méfiance à laquelle se mêle sans doute une certaine jalousie ils ne font qu’imiter leurs pères de jadis qui, la plupart du temps, ont rejeté les messages des prophètes, alors que des étrangers, des païens, eux les ont acceptés.

Le prophète Elie par exemple, qui fut rejeté par le peuple juif, alors qu’il fut accueilli par une païenne : la veuve de Sarepta, ou encore le prophète Elisée qui n’a guéri aucun lépreux en Israël, mais a purifié Naaman le Syrien, un païen, lui aussi, qui a cru en sa parole. Ne pouvant supporter de tels reproches de la part de Jésus, les Nazaréens laissent éclater leur colère. Pour eux Jésus n’est qu’un imposteur dont il faut se débarrasser. Ils le conduisent alors avec violence vers un escarpement de la colline pour le précipiter en bas… Or voici qu’au dernier moment survient un fait grandiose dans sa simplicité : un fait qui laisse entrevoir tout d’un coup la maîtrise de Jésus, sa force intérieure, l’ascendant qui émane de sa personne « Lui, passant au milieu d’eux allait son chemin »…

Chers frères et sœurs, laissons-nous interpeller par cet Evangile ?

Ne ressemblons-nous pas quelquefois à ces juifs de jadis vers lesquels Dieu envoyait Jérémie, ou aux gens de Nazareth ? Tant que les envoyés de Dieu nous disent des choses agréables ou font des remarques que nous croyons être pour les autres, nous les acceptons volontiers…

Mais quand nous constatons que c’est à nous qu’ils donnent des leçons, oh alors ! Nous risquons de réagir plutôt mal en critiquant ou en faisant du mauvais esprit… Et pourtant ces envoyés de Dieu (qu’il s’agisse d’abord du Pape et puis des Evêques et des Prêtres en communion de pensée avec le Pape) ne font que leur devoir lorsqu’ils nous rappellent certaines vérités et nous remettent en cause. Dieu leur dit, tout comme à Jérémie, « Tu leur diras tout ce que je t’ordonnerai, et ne tremble pas devant eux, sinon je te punirai ».Et Jésus lui-même n’a-t-il pas ordonné aux Apôtres « Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai enseigné ».Oh certes, ils ne sont pas toujours parfaits ces envoyés de Dieu. Et même s’ils ne vivent pas conformément à ce qu’ils enseignent, ce n’est pas une raison pour ne pas les écouter et les rejeter. Car ce n’est pas leur propre doctrine qu’ils professent, mais celle du Seigneur. Jésus n’a-t-il pas dit en parlant d’eux : « Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise… »

Lors d’un voyage, si nous prenons une mauvaise route et qu’une personne intervienne pour nous avertir et nous indiquer le bon chemin, nous ne nous froissons pas : bien au contraire, nous en sommes heureux et nous remercions même cette personne. Faisons de même à l’égard des envoyés de Dieu : écoutons-les lorsqu’ils nous indiquent le bon chemin : celui qui nous conduit vers l’incomparable destinée pour laquelle nous avons été créés : l’union avec Dieu dans le temps et l’éternité.

Dans l’Evangile de ce jour, on voit aussi très clairement frères et sœurs, que les Nazaréens ont manqué de ce véritable Amour si magnifiquement exalté par Saint Paul dans la 2ème lecture. Ils ont manqué d’amour envers leurs voisins de Capharnaüm, car ils les ont jalousés et ils se sont cru supérieurs à eux et surtout ils se sont mis en colère et ils ont haï Jésus au point de vouloir le tuer. Mais, là encore ne ressemblons-nous pas trop souvent aux habitants de Nazareth ? Nous ne sommes pas toujours sans préjugés, sans jalousie vis à vis des autres. Nous jugeons facilement inférieurs à nous et mauvais ceux qui ne sont pas de notre race, de notre pays, de nos idées politiques ou religieuses… Nous voyons en nous le bien, et pas le mal ; nous voyons le mal dans les autres, et pas le bien. Il y a du bien et du mal en tout homme, quel qu’il soit. Et Dieu, lui, voit dans le cœur de tous et de chacun le bien et le mal. Et par son amour envers tous, il guérit le mal : pensez à la pécheresse, la Samaritaine, Marie-Madeleine, Zachée… Que seraient-ils devenus si Jésus n’avait vu en eux que le mal ?… Et quel serait notre sort s’il ne tenait compte que du mal qui est en nous, en chacun de nous ?

Pour vérifier si notre amour pour nos frères ressemble à celui de Jésus, méditons souvent cet admirable Hymne à la Charité que nous avons entendue tout à l’heure.

Ce texte de Saint Paul nous rappelle en effet que la charité, mot souvent mal compris qui traduit le mot grec agapé, c’est l’amour mais pas n’importe quel amour : l’amour surnaturel, l’amour tel qu’il est en Dieu, ça n’a rien à voir avec le sentiment. Or, cet amour, son propre amour divin, Dieu l’a infusé dans nos cœurs avec la Grâce du Baptême : il est une vertu surnaturelle qui nous fait aimer Dieu de cet amour dont il s’aime Lui-même et aime nos frères de ce même amour dont Lui-même les aime.

Il s’agit donc, en priorité, d’aimer Dieu pour Lui-même « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces » c’est l’aspect vertical de la charité, mais il y a aussi l’aspect horizontal : l’amour de Dieu produit en effet dans nos cœurs l’amour fraternel. Il le produit infailliblement à tel point qu’on peut dire avec certitude que là où il n’y a pas d’amour fraternel, il n’y a pas d’amour de Dieu « Celui qui dit : j’aime Dieu et qui a de la haine pour son frère est un menteur » nous dit Saint Jean.

Cet amour de charité qui nous fait communier à l’amour que Dieu porte à chaque être humain, (et dont Jésus dans l’Evangile nous a donné un parfait exemple) exige de notre part un ensemble de qualités que Saint Paul nous a rappelées en peu de mots dans son Hymne à la Charité : écoutons-les à nouveau et en les écoutant faisons un bref examen de conscience.

« L’amour prend patience, l’amour rend service, l’amour ne jalouse pas, il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’emporte pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai, il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout ».

Puissions-nous, chers frères et sœurs, mettre en pratique, chaque jour davantage, ces différentes composantes de l’amour authentique. N’oublions jamais que sans lui, nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien, nous ne valons rien. C’est lui, en effet, et lui seul qui donne à notre vie tout son prix. Et c’est sur lui, qu’en fin de compte nous serons jugés.

Amen.

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21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 19:05

Lecture du livre de Néhémie 8, 2-4a. 5-6, 8-10

« Tout le peuple écoutait la lecture de la Loi »

En ces jours-là, le prêtre Esdras apporta le livre de la Loi en présence de l’assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C’était le premier jour du septième mois. Esdras, tourné vers la place de la porte des Eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi. Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès. Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre. Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les Lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre.

Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les Lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! » - Parole du Seigneur.

Commentaire : Cette lecture solennelle du livre de la Loi a lieu le jour de la fête des Tentes, la plus prestigieuse des fêtes juives, célébrée à nouveau au retour de l’exil. La lecture a lieu en hébreu, mais il est nécessaire de traduire car la langue araméenne s’impose peu à peu comme langue parlée (c’est elle que parlera Jésus). Parce qu’il n’a pas pu mettre en pratique tous les commandements de Dieu durant sa captivité, le peuple est prêt à s’attrister et à faire pénitence. « Réjouissez-vous, au contraire, leur dit Esdras, une ère nouvelle commence avec le Seigneur présent parmi vous par sa Parole ».

Lire la Parole de Dieu dans une assemblée liturgique, un groupe de prière ou une célébration d’enfants, c’est faire acte de foi : prêter sa voix au Seigneur qui veut s’adresser à tous et à chacun. Il n’y a pas lieu de se récuser si l’on nous sollicite pour cette lecture publique.

Psaume 18

R/ : Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie.

  • La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples. R/
  • Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard. R/
  • La crainte qu’il inspire est pure, elle est là pour toujours ; les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables. R/
  • Accueille les paroles de ma bouche, le murmure de mon cœur ; qu’ils parviennent devant toi, Seigneur, mon rocher, mon défenseur ! R/

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12, 12-30

Notre unité dans le Christ respecte nos diversités, comme l’unité du corps humain respecte la fonction de chaque membre.

Frères, prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. Le corps humain se compose non pas d’un seul, mais de plusieurs membres. Le pied aurait beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait cependant partie du corps. L’oreille aurait beau dire : « Je ne suis pas l’œil, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait cependant partie du corps. Si, dans le corps, il n’y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S’il n’y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ? Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l’a voulu. S’il n’y avait en tout qu’un seul membre, comment cela ferait-il un corps ? En fait, il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ». Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables. Et celles qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ; pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. Mais en organisant le corps, Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu. Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie.

Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps.

Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui ont charge d’enseigner ; ensuite, il y a les miracles, puis les dons de guérison, d’assistance, de gouvernement, le don de parler diverses langues mystérieuses. Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ; tout le monde n’a pas à faire des miracles, à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter. – Parole du Seigneur.

Commentaire : La comparaison qu’utilise Paul et qu’il développe longuement était courante dans le monde gréco-romain pour expliquer l’interdépendance des hommes ou des citoyens d’une même cité. Mais cette image du corps social est bien faible pour traduire la réalité du corps que nous formons en Jésus Christ. C’est la même vie du Christ, reçue au baptême, qui nous inonde tous, quelle que soit notre race ou notre situation sociale ; c’est le même et unique Esprit qui nous anime tous. Nous sommes réellement un membre du corps du Christ et nos frères sont vraiment aussi précieux que nous pour sa vie et sa croissance. L’Église est ainsi, non pas seulement société visible, mais mystère de la présence du Christ dans et par des hommes.

Nos membres n’ont d’existence, de vie et de fonction que par leur appartenance à ce corps. De même, on ne peut être chrétien tout seul, sans être lié au corps du Christ dans une communauté ecclésiale locale où il nous donne la vie, l’existence chrétienne et notre rôle. Quel est le mien dans ce corps ?

Alléluia. Alléluia. Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1, 1-4 ; 4, 14-21

Aujourd’hui, dit Jésus, s’accomplit cette parole de l’Écriture. Cet « aujourd’hui » est aussi le nôtre.

Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.

En ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe.

Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.

Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». – Acclamons la Parole de Dieu.

Commentaire : Aujourd’hui se réalise la promesse de Dieu ! Aujourd’hui le Messie des pauvres est là pour leur porter la Bonne Nouvelle, annoncer la délivrance des captifs, libérer les opprimés, apporter aux hommes la lumière et le pardon de Dieu. Aujourd’hui, non plus demain ! Jamais personne n’avait lu la Bible ainsi, jamais personne n’avait accompli les promesses de Dieu comme Jésus de Nazareth. On comprend que Luc ait pris la peine de s’informer avec soin, près des témoins oculaires, de ces événements pour nous les relater fidèlement.

« Aujourd’hui », dit Jésus. Ne lisons pas « hier » ou « demain », comme si le message de la Bonne Nouvelle avait perdu de son actualité.

Homélie

Voici maintenant huit semaines que, de dimanche en dimanche, nous suivons pas à pas l’histoire de Jésus de Nazareth : le Fils de Dieu, venu il y a + de 2000 ans. Mais aujourd’hui ce n’est plus le petit enfant de la crèche que nous contemplons, ni même l’adolescent perdu et retrouvé à Jérusalem. Depuis longtemps il est devenu un adulte citoyen parmi les citoyens de Nazareth.

Justement, aujourd’hui, dans ce petit village perdu dans la campagne (où l’on n’a pas grand-chose à se raconter, le soir, sinon les menus faits de la vie des voisins), le nom de Jésus est sur toutes les lèvres. Voici, en effet, que ce fils du pays – au demeurant sympathique et bien considéré – chez qui on allait volontiers lorsqu’on avait un travail de menuiserie à faire exécuter, mais qui, un beau jour, avait tout abandonné, sans crier gare, pour circuler à travers la Galilée et faire des discours certains ajoutent même qu’il guérit les malades, mais est-ce bien vrai ? Voici que ce Jésus, revient à Nazareth... chez lui, chez les siens et qu’il choisit pour ce retour le jour du Sabbat, le jour où les gens du village s’en vont, à la synagogue, pour l’office.

Il n’est pas difficile d’imaginer quelle curiosité intense, quelle tension (quel suspense...) doit régner ce jour-là dans la synagogue. Que va-t-il dire ? Que va-t-il faire ? Peut-être un miracle. A vrai dire, ce n’était sûrement pas la première fois que Jésus faisait la lecture dans la synagogue de son village. Il avait participé de nombreuses fois aux réunions du sabbat, avec Marie et Joseph, avec ses cousins et parents, dans l’assemblée de ses compatriotes. Il avait l’habitude de lire, nous dit saint Luc. Et pourtant, pour la première fois, Jésus va ébranler son auditoire, par une affirmation véritablement inouïe. Jésus se lève, prend le rouleau (la Bible était écrite sur des grands rouleaux de papier) et se met à lire un passage du prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction... » commente-t-il. Tous sont suspendus à ses lèvres. Ils le sont d’autant plus que ce texte très connu constitue l’une des principales prophéties au sujet du Messie. Alors, que va en dire Jésus ? Or, et c’est là que se produit un événement sans précédent, Jésus referme le livre, le rend au servant, s’assied, et déclare : « Cette parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplie ». Personne jusqu’ici n’avait osé parler ainsi ! Tous les rabbis, tous les docteurs de la loi, et même tous les prophètes, jusqu’aux plus grands comme Isaïe et Jérémie, avaient toujours parlé au futur. Ils avaient rappelé les promesses de Dieu, ils avaient ranimé la foi et l’espérance du peuple, son attente, son désir du Royaume de Dieu et du Messie qui viendrait. Jamais aucun n’avait dit : c’est fait, c’est accompli, c’est maintenant.

Si ce que Jésus affirme est vrai, alors c’est un instant unique dans toute l’histoire d’Israël, un événement énorme, capital, qui met fin à deux mille ans d’attente et inaugure une ère nouvelle, celle où s’accompliront enfin les fameuses promesses divines.

Oui, c’est bien inouï, c’est-à-dire jamais entendu. Dans la synagogue, il se fait un silence écrasant, et à la sortie, sur la place ou dans les boutiques on ne parlera pas d’autres choses : faut-il croire Jésus ? Il a bien dit : « Je suis venu annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, je suis venu apporter aux prisonniers la liberté, aux aveugles la lumière, aux opprimés la délivrance... »

N’est-ce pas trop beau, pensent certains, c’est de la folie ou encore pour qui se prend-il ? murmurent les moins bien disposés ? Pour Jésus, le drame de l’incompréhension commence, ce drame qui s’achèvera 3 ans après dans sa Passion et sa mort sur une croix.

Chers frères et sœurs, en plus de cette grande révélation que Jésus fait sur sa qualité et sa mission de Messie, envoyé par le Père pour réaliser le projet divin du salut, le premier chapitre de l’Evangile du Luc contient d’autres vérités auxquelles il est bon de nous arrêter un peu, car elles sont particulièrement importantes. Et tout d’abord en faisant cette déclaration solennelle : « C’est aujourd’hui que cette Parole de l’Ecriture s’accomplit ». Jésus nous fait comprendre qu’il est en personne la Parole Vivante de Dieu le Père.

« Souvent dans le passé, nous dit l’auteur de la Lettre aux Hébreux, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées, mais dans ces jours où nous sommes il nous a parlé par son Fils ».

Jésus qui est le Verbe prononcé de toute éternité par la Père, veut que nous le regardions comme la Parole de Dieu Incarnée selon l’affirmation de saint Jean en son prologue : « Le Verbe s’est fait chair ». On peut dire que Jésus est une Bonne Nouvelle accomplie, un message non seulement Lu mais Vécu, au point que les paroles que Jésus prononce sont Jésus lui-même. C’est la raison pour laquelle on ne peut comparer l’Evangile à aucun autre livre : dans l’Evangile c’est Dieu lui-même qui parle. Chacun de ses passages recèle de la lumière, chaque mot de Jésus (et chacun de ses actes, car Jésus parle autant par actes que par ses paroles) est un faisceau de lumière incandescente. Or toutes les paroles évangéliques sont chargées de divin.

Ce qu’il importe aussi de bien souligner dans cette très courte, mais si percutante homélie que Jésus a prononcée après avoir lu le texte d’Isaïe, c’est l’importance du mot AUJOURD’HUI. Cette parole vivante de Dieu qu’est le Christ-Jésus ne s’est jamais tue. Car Jésus est ressuscité (ce qui veut dire qu’il est toujours vivant, la mort n’ayant plus désormais sur lui aucun pouvoir, et qu’il est présent bien que de façon invisible parmi les hommes. Ce doit être notre conviction, comme c’était celle de l’Eglise primitive. Et si Jésus est ressuscité et continue à vivre au milieu de nous, ses paroles ne sont pas un simple souvenir, même si elles furent prononcées dans le passé, elles s’adressent à nous, à chacun de nous, aujourd’hui, maintenant, comme elles s’adressent à chaque homme en son temps. En Jésus-Christ Dieu parle toujours au présent et nous renvoie à notre actualité.

Disons-nous bien que la nostalgie du passé n’est que stérile regret et que les rêves futuristes ne sont le plus souvent que fuite irréelle. Seul le présent est entre nos mains... C’est donc aujourd’hui, c’est dans chaque instant présent qu’il nous faut comme Jésus mettre en œuvre la Bonne Nouvelle de Dieu.

Puisse ce regard de foi porté sur la Parole de Dieu nous inciter, frères et sœurs à l’écouter ou la lire avec la plus grande attention possible. Il nous faudra ensuite la méditer, longuement, assidûment, à l’exemple de Marie qui la faisait passer et repasser continuellement dans son cœur. Nous ne comprendrons jamais assez à quel point la Parole de Dieu est une nourriture indispensable pour notre âme : nourriture pour notre foi, tout comme la communion au Corps du Christ est la nourriture indispensable de notre charité. C’est pour cela, d’ailleurs, que l’Eglise nous la propose chaque dimanche dans la première partie de la Messe.

« Plus nous ferons d’effort pour la dévorer, nous dit le prophète Jérémie, et l’assimiler et plus nous arriverons à l’incarner au point de devenir des évangiles vivants, des paroles vécues, d’autres Jésus, à l’exemple de Marie, la chrétienne par excellence qui était toute revêtue de la Parole de Dieu, qui en était tellement nourrie, tellement pétrie, qu’elle en utilisait volontiers les termes pour s’exprimer, comme nous le voyons dans son Magnificat ».

Frères et sœurs, c’est dans la mesure où nous serons ainsi dans tout notre comportement un véritable écho de l’Evangile, où nous répèterons en quelque sorte le Christ qui est la vérité, que nous pourrons susciter des interrogations chez tous ces frères ignorants, indifférents ou incroyants qui nous entourent et que nous aurons des chances de toucher leurs cœurs. Ils nous prendront alors au sérieux et retrouveront un intérêt pour Dieu et pour les choses de Dieu.

En leur donnant envie de croire, d’aimer, d’espérer et d’aimer, nous les aiguillerons, nous les entraînerons sur le chemin du seul Vrai Bonheur.

Amen.

Prière Universelle

La parole de Dieu fait résonner en nous une dimension spirituelle nouvelle. Elle nous pousse à la partager avec les autres. Prions le Seigneur afin que notre témoignage soit fort de cette expérience.

R/ : Seigneur, écoute-nous ; Seigneur, exauce-nous.

  • Prions pour l’Église universelle ; qu’elle porte la Parole à temps et à contretemps, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. R/
  • Prions pour les personnes en autorité dans notre société ; qu’elles demeurent fidèles à leur devoir de gouverner dans le respect de la dignité humaine. R/
  • Prions pour ceux et celles qui ont pour mission d’évangéliser ; que chacun et chacune le fasse sous la mouvance de l’Esprit, en vrai témoin de la lumière. R/
  • Prions pour les personnes qui étudient les Saintes Écritures ; qu’elles soient attentives à garder vivant le message d’amour et de paix qui vient de Dieu. R/
  • Prions pour notre communauté chrétienne ; qu’elle réponde avec foi à sa mission de proclamer Jésus Christ et d’en témoigner avec amour. R/

Dieu notre Père, viens, en ce jour, exaucer la prière de tes enfants rassemblés en ton nom et fais de chacun de nous de vrais témoins de ta parole. Nous te le demandons par le Christ, notre Seigneur, vivant pour les siècles des siècles. Amen.

Source : www.vieliturgique.ca

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