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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 20:45

Il était une fois, bien avant le Petit Chaperon Rouge, Blanche Neige et Cendrillon, alors que toute chose sur Terre n’était encore que l’ébauche de ce que nous connaissons... il était la Forêt Enchantée.

Elle s’était hissée au plus haut des cimes des montagnes nouvelles nées, d’où on ne pouvait presque plus voir la vallée et sa rivière autour de laquelle, bien des respirations de montagnes plus tard, se blottiraient les maisons des hommes. Petit à petit, sous les coups du Vent, les couronnes des arbres des cimes s’aiguisèrent, de même que leurs feuilles, jusqu’à devenir des épines.

Ces choses tellement étranges, les hommes les nommèrent, leur temps venu, sapins. Comme un beau jour ils touchèrent presque le ciel, Dieu le Père put entendre leur plainte :

- Sans parure, car nous n’avons même pas de feuilles, comme les autres arbres, il ne faut pas s’étonner que les gens ne nous aiment pas et ne nous adoptent pas, comme ils le font avec ces arbres qu’ils abritent dans leurs jardins et leurs vergers. « On juge un arbre d’après ses fruits et un homme d’après ses actions ». C’est grâce à des fruits donc que nous pourrions nous aussi avoir une âme, or, nous n’avons que des épines pour piquer. Hérissons des hauteurs, voilà ce que nous sommes !

- Malgré votre verdure et votre beauté, dit la voix divine, car vous ne perdez pas vos épines à l’automne, comme les autres arbres qui s’effeuillent pendant l’hiver, c’est néanmoins l’éphémère que vous recherchez. Si cependant seuls les fruits et la compagnie des hommes vous rendent heureux, alors ainsi soit-il ! Désormais vous servirez vous aussi les humains. Les uns par l’utilité de leurs bois, les autres, bien choisis, ornés de boules, de décorations et de guirlandes, par l’espoir et le bonheur qu’ils feront régner dans chaque foyer où ils seront reçus, la Nuit de Noël. Frères de sang, les enfants et les sapins de Noël se rassureront réciproquement devant le mystère inquiétant du monde...

Des milliers de saisons baignèrent les sapins, les hêtres, les châtaigniers et les autres arbres des contrées de la Forêt Enchantée, et enfin commence notre Histoire. Une nuit, le Vent souffla sur toutes les montagnes :

- Savez-vous, jeunes arbres, que contiennent vos troncs ? leur demanda-t-il.

- Rien, se fit entendre timidement une toute petite voix.

- Rien pour l’instant, parce que, voyez-vous, mes enfants, dans chacun d’entre vous il y a un vide qu’il faut remplir petit à petit, jour après jour...

- Et de quoi faut-il le remplir ? Demandèrent effrayés les jeunes arbres.

- D’amour et de sagesse. Mais, dites-moi, que rêvez-vous d’offrir aux humains ?

- Moi, je voudrais être un voilier, imagina un petit châtaignier tout fier. Sur les crêtes des vagues, affronter les mers et les océans, connaître l’aventure et porter les marins sur les chemins impériaux des conquistadores, vers des continents lointains, pleins de richesses, d’épices et de mystères...

- Depuis que j’existe, pensa à haute voix le petit hêtre d’à-côté, l’incurable romantique de la Forêt Enchantée, je rêve de devenir un violon, dans les mains magiques d’un luthier de Crémone. Je voudrais qu’il transforme mon silence en un chant miraculeux et caressant, guérisseur des âmes, telle la sève qui s’écoule sur mon tronc quand me blesse l’archer impitoyable du Vent...

Bien évidemment les autres ne voulaient pas sembler inférieurs :

- Moi, je pense à un fauteuil à bascule. Pendant les soirées glaciales d’hiver, devant la cheminée, un grand-père pourrait dans mes bras raconter d’innombrables histoires à ses petits- enfants. ..

- Moi, je voudrais être du papier pour un merveilleux Conte de Noël...

- Quant à moi, j’aimerais être le berceau d’un nouveau-né...

- Moi, c’est un feu vif, joyeux et agréable que j’offrirais aux humains, pour leur chauffer et les corps et les âmes...

- Être une poutre dans l’échafaudage d’une maison d’où les gens scrutent avec audace l’horizon soucieux du lendemain me paraît aussi une bonne idée...

- Moi, je rêve d’être Sapin de Noël...

Cette petite voix qu’on venait d’entendre était celle du plus brave et du plus gentil des bébés- sapins, qu’on avait nommé, à juste titre, Petit Veinard.

- Très bien, acquiesça le Vent. Vos rêves seront accomplis, mais en attendant chacun d’entre vous doit encore grandir et cultiver ses talents...

- Mais notre départ ne sera-t-il pas une trop grosse perte pour la Forêt, s’inquiéta soudainement le petit hêtre à vocation de violon.

- Non, mon enfant, le rassura un bruissement, aucunement. Vous partirez, c’est vrai, mais d’autres arbres prendront votre place. Il vous faut juste sentir désormais déjà la sève et la magie de la terre qui vous a engendrés, vous en nourrir et, le moment venu, les mettre en œuvre là où le destin le voudra...

Des jours et des nuits sans nombre traversèrent la solitude des montagnes et les sapins des hautes montagnes poussaient à chaque instant. Ä l’arrivée du froid ils revêtirent leurs capuches de neige. Les aigles et les vautours les visitaient de moins en moins souvent. Suspendus entre les neiges et le brouillard, loin du monde, les chemins de la Forêt Enchantée n’étaient désormais que très rarement fréquentés par des petits lapins égarés ou des chèvres, effrayées par les cris des loups affamés. De temps à autre, le son triste du cor de chasse ou le bruit des haches, retentissant de la vallée, faisaient tressaillir les sapins. Leurs regards, fixés jusque-là sur la Cime des Chèvres, se retournèrent alors vers leurs propres pensées :

- Pourquoi chacun d’entre nous se sent-il si seul ? demanda tout d’un coup Petit Veinard.

- Pour que tous seuls et de bon gré vous deveniez meilleurs, répondit le Vent. Sans cesse cependant, lorsque le Soleil ou la Lune approchent vos cimes, avec l’inquiétude et l’amour des parents embrassant leurs enfants dans leur sommeil, le Ciel vous caresse dans votre solitude. De même vous, les sapins, vous le ferez pour les enfants de la Contrée des Hommes à Noël.

Cependant la neige trouva la petite ville de Stéphane. Une immense araignée semblait avoir tissé un hiver de lumière au-dessus de la Contrée des Hommes. Les gens parcouraient les rues de plus en plus pressés. Ce n’était pas tant le froid de l’hiver qui les rendait si impatients, mais surtout l’agitation de la veille de Noël.

Pendant ce temps, Père Noël regardait à travers les fenêtres des maisons où il y avait des enfants. Naturellement, il jeta aussi un coup d’œil dans la maison de Stéphane. Mais son étonnement fut immense de voir et d’entendre ce qui s’y passait alors même que Noël approchait à grands pas... Stéphane n’était plus du tout l’enfant obéissant et gentil de l’année passée. Père Noël n’en revenait pas. Au bout d’un certain temps, il tourna à nouveau ses regards vers le petit garçon, mais il n’aperçut pas le moindre changement. Le visage du Père Noël {obscurcit et avec lui la lumière du jour même, à cause de son chagrin...

Devant ce comportement si inattendu, Père Noël se demanda où était le petit Stéphane, « le plus sage des enfants » du Conte de Noël. Y avait-il de l’espoir pour que ce garçon puisse encore recevoir des cadeaux ?

- Je ferai un dernier essai, dit-il d’un air pensif. J’enverrai Petit Veinard dans la maison de Stéphane, en espérant qu’il se débrouillera avec cet enfant...

Père Noël refusait, en effet, d’admettre que Petit Veinard puisse échouer...

- Si Stéphane ne redevient pas sage, reprit-il, ils lui trouveront toutes sortes de punitions, jusqu’à ce qu’il comprenne que dans la vie il y a des lois infranchissables et que les responsabilités doivent être assumées dès l’enfance...

C’est pourquoi Petit Veinard se réveilla d’un coup, un beau matin, dans la maison de Stéphane... Étourdi et accablé par la nouveauté et l’étrangeté de l’endroit, le petit sapin ne s’aperçut pas de la présence des humains dans la pièce...

  •  

- Regarde, Stéphane, ton sapin, dit un jeune homme, vraisemblablement le père de l’enfant. Orne-le pour Noël et désormais ce sera toujours à toi de l’arroser et de lui tenir compagnie, pour qu’il ne soit pas triste et qu’il ne sèche pas. Si tu veux, nous pouvons t’aider. Je pense qu’il est inutile de te rappeler que tu as intérêt à être très sage, parce que Père Noël doit être accueilli avec des manières irréprochables...

La petite lumière des yeux de l’enfant s’alluma, le signe qu’il avait compris.

- Viens chercher les guirlandes, les décorations et les boules !

À l’approche du soir le petit sapin était méconnaissable. Paré de la plus belle façon, il prit une voix humaine :

- Je viens de la Forêt Enchantée. Je m’appelle Petit Veinard.

- Moi, je m’appelle Stéphane.

- Voudrais-tu être mon ami ?

- Bien entendu.

- Tu sais, Petit Veinard, je suis un peu triste. Je vais te raconter... Et les deux ne cessèrent plus d’ouvrir leurs âmes l’un à l’autre.

Peu après, dans la maison de Stéphane entra Petit Chanceux, le Ramoneur, celui qui tous les ans nettoie les cheminées pour la visite du Père Noël. Petit Veinard murmura à Stéphane qu’il fallait l’accueillir gentiment et lui serrer la main, lui souhaitant la bienvenue. Le Ramoneur avait le pouvoir magique de rendre les gens heureux si, bien évidemment, ils avaient l’âme pure. Ainsi le Ramoneur allait apporter à Stéphane aussi le bonheur. Le petit sapin conseilla au garçon de dire au Ramoneur tout son chagrin, car, en tant qu’homme de confiance du Père Noël, il était dans son pouvoir de l’aider. Le Ramoneur nettoya la cheminée avec sa brosse et son balai jusqu’à ce que la fumée ne sorte plus en petits ronds, mais tout droit, signe que le monde miraculeux de la cheminée, point de départ de la visite du Père Noël, était satisfait. Ainsi, à la descente du Père Noël, ses vêtements resteraient propres. Stéphane suivit ensuite le conseil de Petit Veinard :

- Je suis un petit garçon très malheureux, éclata-t-il en larmes, s’adressant au Ramoneur. Mes parents ne me comprennent et ne m’aiment pas. Quand je serai grand et que j’aurai des enfants, je ne les punirai jamais. Je leur expliquerai ce qui ne convient pas lorsqu’ils feront des erreurs et je leur montrerai beaucoup d’amour. Mon grand-père m’a dit que c’est surtout l’amour qui fait grandir un enfant et en dernier seulement la nourriture et le sommeil, parce que les rêves aussi font grandir... Et mon grand-père dit aussi que les sentiments modèlent l’âme autant que la raison. . .

- Mais toi, Stéphane ! As-tu été sage ? Ne l’as-tu pas cherché ? Tes parents sans le moindre doute t’aiment beaucoup, le rassura le Ramoneur Petit Chanceux. Le visage et les vêtements pleins de suie, en disant ces mots ses lèvres noircies révélèrent des dents d’un blanc éclatant, pareilles aux neiges des cimes où était né Petit Veinard. La complicité de Stéphane et de Petit Chanceux fit frémir de joie le petit sapin.

- Mais si mes parents m’aiment, pourquoi me punissent-ils ? Ils sont plus grands que moi et ils devraient me comprendre et pardonner mes bêtises.

- Sais-tu qu’un enfant a des pouvoirs magiques ? Il est le seul à détenir une baguette enchantée et invisible capable de rendre heureuse sa famille. Et maintenant je te pose une question : as-tu rendu ta famille heureuse ?

- Je ne pense pas.

- Tu exagères.

- Mais qu’est-ce que j’en sais moi ? De toutes façons ma famille n’a pas vraiment l’air content.

- Il ne faut pas se laisser tromper par les apparences. Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles ont l’air d’être, et à ceux qui attachent un trop grand prix aux apparences l’essentiel peut échapper.

- Et quel serait l’essentiel ?

- L’essentiel est que tes parents t’aiment le plus au monde et s’ils désirent que tu sois sage c’est pour ton bien. Et s’ils n’ont pas l’air d’être contents de toi c’est que tu ne t’es pas servi de ta baguette magique.

- Ma baguette, où est-elle ?

- Je te l’ai déjà dit et je te le répète, elle est invisible...

- Je n’y comprends rien...

- Réfléchis un peu ! Que manque-t-il à tes parents pour être contents de toi ?

- De me voir sage et obéissant comme je j’étais auparavant...

- Tu vois ? La clé de tes problèmes est simple comme bonjour. Sois sage et obéissant et ta baquette magique deviendra ainsi visible...

- Donc c’est toujours à moi de travailler car cette baguette, comme « les vêtements neufs de l’empereur », n’existe même pas...

- Elle n’existe pas ? Mais bien sûr elle existe. Les maisons, les villes, les voitures, tout ce qui nous entoure a été engendré par une baguette magique, mais celle des adultes, cette fois. Rien n’aurait pu être crée sans ce petit quelque chose invisible, mais d’une force inégalable. Tu ne le vois pas et cependant tu sais qu’il existe, de même que je ne vois pas ton cœur, mais je sais qu’il existe, car sans lui tu ne pourrais pas vivre. Regarde-moi ! Bien que je sois noir de suie je ne suis jamais triste, bien au contraire, nettoyant les cheminées et sifflant allègrement j’offre aux gens en même temps que mon sourire la chance dont ils ont tous besoin. Voilà ma baguette magique ! Sers-toi, comme moi, de ta baguette et tu verras que les choses tourneront mieux en ce qui te concerne ! Le Ramoneur Petit Chanceux ramassa ensuite ses outils et reprit son chemin. Pensif, Stéphane pesa les conseils reçus :

- Mais si tout ne marchait pas comme sur des roulettes ? Je serais devenu obéissant pour rien ?

- Personne n’a jamais été sage pour rien, riposta Petit Veinard.

Depuis que le monde existe on reçoit toujours à la mesure de ce que l’on donne.

- Je suivrai donc le conseil du Ramoneur. Petit Veinard, je désirerais très fort que nous soyons des Frères de sang tous les deux. Qu’en penses-tu ? Tu le désires aussi ?

- Bien entendu. C’est là précisément ma baguette magique !

Stéphane caressa les branches du sapin et leur doux mouvement le fit glisser dans le sommeil. Dans son rêve il se retrouva dans un merveilleux paysage : de hautes montagnes, des lacs limpides, de beaux et fiers sapins, un paysage pareil à celui de la Contrée d’où venait Petit Veinard et qu’il lui avait si souvent décrite.

- Les contes et les rêves, murmura le petit sapin à son oreille, nous aident non seulement à devenir meilleurs mais aussi à trouver réconfort lorsque nous sommes malheureux. Dehors, les maisons avaient l’air de s’endormir elles aussi. Ce n’était qu’autour de Petit Veinard qu’à travers la fenêtre ouverte pénétrait le murmure mystérieux des flocons qui dansaient dans l’air. Les jours suivants, Petit Veinard sut que Stéphane avait compris ce qu’il devait faire et se mit à l’aider. Ils étaient inséparables toute la sainte journée. Les maladresses et les bêtises de Stéphane furent complètement oubliées dès qu’il retrouva son bon sens.

- Je voudrais que tu sois le plus brillant de tous les sapins de Noël, lui dit Stéphane un beau matin.

- Oh, que c’est joli de ta part, chuchota ému Petit Veinard. Le grand-père se mêla de la discussion :

- Si tu veux qu’il brille, tu n’as que le regarder à travers la lumière de ton âme. De même que tu devrais nous regarder, nous, ta famille. C’est la magie de Noël.

Un soir Petit Veinard se vit entouré par des boîtes décorées de rubans de couleurs vives.

- Que m’arrive-t-il ?, se demanda Petit Veinard.

Devant lui se trouvait Père Noël en personne. Remarquant l’étonnement du petit sapin, il le rassura :

- Ce sont les cadeaux pour Stéphane. Il les mérite parce qu’il est redevenu sage, grâce à ton aide. À côté se trouvent les cadeaux pour les autres, car Noël est aussi la fête de la famille. Parents et grands-parents se rassemblent autour du sapin avec leurs enfants et célèbrent ainsi la naissance du petit Jésus. Et maintenant à toi de jouer, Petit Veinard, dit Père Noël qui se rendit invisible.

Petit Veinard ramassa toutes les forces dont il avait été investi par la Forêt Enchantée et entonna « Il est né le divin enfant ». La famille fit un cercle autour de Petit Veinard et de Stéphane et chanta « Mon beau sapin ». Ensuite, partageant les cadeaux, ils s’embrassèrent tous avec joie et amour. La nuit de Noël les enveloppa de son mystère et les étoiles mêmes en ressentirent le frisson. Les parents et les grands-parents passèrent dans l’autre pièce. Ils s’assirent devant une table remplie de mets succulents, préparés la veille par la maman et par la grand-mère, soigneusement aidées par Stéphane. L’enfant resta encore quelques instants dans la pièce près de Petit Veinard :

- As-tu vu comme elle est heureuse ta famille, Stéphane ?, murmura Petit Veinard. Voilà une véritable baguette magique ! Ainsi tu m’as donné une âme...

- Toi aussi tu m’en as donné une, répondit l’enfant, les yeux remplis de larmes de reconnaissance. Je t’en remercie... Les jours passèrent. Après Noël, le Jour de l’An apporta d’autres joies et surprises. Vint ensuite l’Épiphanie. Approchant Petit Veinard, Stéphane pâlit soudainement. La verdure du sapin avait perdu son éclat et maintes épines gisaient sur le tapis. Que lui était-il arrivé ? Il l’avait pourtant arrosé chaque jour et lui avait tenu compagnie comme le lui avait conseillé son père. Il courut à perdre souffle chercher son grand-père et, le tenant par la main, le conduisit dans la pièce où se trouvait Petit Veinard.

- Stéphane, se mit à parler d’une voix rassurante le vieillard, la vie est un mystère devant lequel nous, les humains, sommes impuissants. Pour être à. côté de toi à Noël, Petit Veinard fut arraché à sa terre natale et conduit ici pour accomplir, dans ta compagnie, son destin. Il ne pouvait pas rester ici indéfiniment, car il ne pouvait pas survivre sans racines. Et, quand on ne peut pas prendre racines, on est obligé de prendre son vol. Petit Veinard n’avait pas le choix. Les sapins de Noël doivent quitter la Contrée des Humains le 6 janvier, quand leurs âmes s’envolent.

- Et où vont-elles ?

- Dans la Contrée Magique où ils vivront éternellement, en récompense de l’espoir et du bonheur qu’ils ont offerts aux humains.

- Mais Petit Veinard et moi sommes frères de sang, se plaignit l’enfant, pleurant à chaudes larmes. Je dois y aller moi aussi, pour que nous soyons à nouveau ensemble. Les frères de sang ne se séparent jamais, quoi qu’il arrive, et doivent toujours s’entraider...

- Mon cher petit, tenta de le rassurer le vieillard, il est vrai, les frères de sang s’entraident, mais vous deux vous vous êtes aidés l’un l’autre comme on ne peut pas mieux. « On juge un arbre d’après ses fruits et un homme d’après ses actions ». Avant l’arrivée de Petit Veinard dans notre maison tu étais agité et désobéissant outre mesure. Votre amitié t’a aidé à redevenir sage. Ce sont les fruits de Petit Veinard et toi, à ton tout, redevenant sage, tu l’as aidé à accomplir son destin. Ce que tu pourrais encore faire désormais, pour qu’une nouvelle rencontre soit possible un jour pour vous, est de rester sage et d’obéir à tes parents, de préserver la pureté de ton âme et de rester sur le droit chemin.

- Et nous allons nous rencontrer dans la Contrée Magique, dis-tu ? Mais moi je grandirai et n’aurai plus le même aspect et puis les petits sapins se ressemblent tellement que je ne pourrai reconnaître Petit Veinard... Alors comment allons-nous nous reconnaître ?

- D’après tes actions, le rassura son grand-père, le regardant droit dans les yeux, pour que le petit garçon s’en souvienne. Petit Veinard te reconnaîtra...

- Et jusqu’à la Contrée Magique on ne se reverra jamais ?

- Mais bien sûr que si. Vous pourrez vous rencontrer la nuit chaque fois que vous le désirerez. C’est pour ça qu’existent les rêves....

- Aurai-je jamais d’autres amis aussi proches que Petit Veinard ?, soupira Stéphane. Je voudrais avoir la chance de me lier en amitié avec un sapin de Noël tous les ans...

- Il en sera ainsi, tu peux en être sûr. Chaque décembre t’enverra un petit sapin de la Forêt Enchantée... Mais ce ne sont que tes belles pensées, paroles et manières d’une année entière qui lui ouvriront la porte. Le vieillard se retira ensuite discrètement pour laisser les deux frères de sang se dire les mots des adieux. Petit Veinard et Stéphane, restés seuls dans la pièce, fixèrent leurs regards à travers la fenêtre ouverte sur la voûte céleste. Les étoiles mystérieuses et frissonnantes s’allumaient une à une. « Il y a plus de deux mille ans une étoile avait guidé les Mages de l’Orient, Melchior, Gaspard et Balthasar, vers Bethléem, pour porter myrrhe, or et encens au Petit Jésus. Que les étoiles guident aussi l’âme de mon petit sapin jusqu’à la Contrée Magique », pensa Stéphane. Finalement le petit garçon brisa le silence :

- Petit Veinard, qui fait briller les étoiles ?

- Nos rêves...

Mircea Goga

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Merci pour ce beau conte ! J'en publie également un sur mon Patreon actuellement. Pour ceux qui sont intéressés par les aventures de Bardibul le lutin palefrenier du Père Noël... suivez le lien !
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