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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 13:38

Ce passage de l’Evangile selon saint Marc que nous venons d’entendre nous rappelle une vérité fondamentale de la foi chrétienne à savoir que par sa mort sur la Croix, le Vendredi-Saint, cette mort si atroce qu’Il a offerte à Dieu son Père par amour pour nous, le Christ-Jésus a détruit la mort. Et la preuve qu’Il a détruit la mort et qu’Il la domine pour toujours c’est qu’Il est ressuscité au matin de Pâques, faisant ainsi le passage à une vie absolument nouvelle (impossible à décrire) qui le saisit dans son humanité toute entière, une vie parfaite et définitive qui ne peut plus vieillir, ni souffrir, ni mourir... « Désormais sur Lui la mort n’a plus aucun pouvoir » saint Paul.

La tombe refermée sur le Corps supplicié de Jésus au soir du Vendredi-Saint n’est donc pas la dernière page d’une tragique histoire, d’une histoire qui resterait sans lendemain.

Parce que Jésus est ressuscité et donc Vivant pour toujours, nous avons maintenant la certitude qu’il y a un lendemain à la mort.

Disons-même que c’est au-delà de la mort que si situe notre véritable avenir : celui pour lequel Dieu nous a créés. L’homme n’est pas comme l’a dit un incroyant « un être pour la mort ». Il est prédestiné à la Vie, à une vie nouvelle semblable à celle du Christ Ressuscité.

Une vie parfaite et définitive qui ne connaîtra plus l’angoisse, la douleur, les plaintes ou les larmes mais qui s’épanouira dans la Plénitude d’un Bonheur infini bien au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, car il n’y a rien de comparable ici-bas.

Nous croyons, nous chrétiens, que Dieu ne nous a pas fait pour la tristesse, la souffrance et la mort... Tristesse, souffrance et mort ne sont que passagères. Dieu nous a fait pour la joie, sa joie à Lui partagée pour l’éternité en communion avec tous ceux qui sont auprès de Lui, la Vierge Marie, notre Mère, les Anges, les Saints ainsi que tous nos parents et amis que nous retrouverons pour une réunion de famille définitive.

Puissions-nous, frères et sœurs, adhérer de tout notre esprit et de tout notre cœur à ces vérités de notre foi chrétienne et les méditer souvent. C’est dans la lumière qu’elles diffusent que notre vie d’ici-bas peut trouver tout son sens. C’est sur elles que s’appuie solidement notre Espérance, et c’est en elles, dans la paix qu’elles procurent, que nous pouvons trouver notre plus grand réconfort.

Amen.

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 13:15

Dans le dernier livre de la Bible, écrit par saint Jean, et qui porte le nom d'Apocalypse (ce qui veut dire la Révélation), on trouve, concernant les défunts ces paroles étonnantes (qui sont en quelque sorte le résumé des Béatitudes).

« Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur, qu’ils se reposent de leurs peines car leurs actes les suivent ».

En disant cela le disciple bien-aimé de Jésus n'a pas l'intention de béatifier la mort elle-même, cette mort physique qui est et qui restera le grand mal de la terre. Il s’agit, pour lui de déclarer bienheureuse la personne qui a quitté ce monde en remettant son âme à Dieu, une âme qui s'est efforcée de sanctifier c'est-à-dire de rendre semblable au Christ au cours de son existence terrestre. Et c'est bien le cas de notre frère N..., comme je l'ai souligné en commençant.

Pour saint Jean « mourir dans le Seigneur » c'est mourir dans la foi et l’espérance chrétiennes. C’est mourir avec cette certitude qu'on va entrer pour toujours dans cette vie parfaite du Paradis, où n’existent plus les douleurs, les pleurs et la tristesse, cette vie infiniment bienheureuse de Dieu, où toutes les aspirations au bien et au beau, à la vérité, à la justice, à l’amour et à la joie que nous portons au plus intime de notre cœur seront comblées merveilleusement.

Mourir dans le Seigneur, frères et sœurs, suppose donc qu'on s'est efforcé tout au long de son existence de « vivre dans le Seigneur » en cultivant une grande intimité avec Lui par une prière fervente, fréquente et persévérante, par la réception des sacrements et par l'obéissance aux commandements et à la loi évangélique, que Jésus a résumé dans les Béatitudes.

Qu'est-ce qui compte le plus aux yeux de Dieu, en effet ? Ce n'est ni le savoir, ni le pouvoir, ni les honneurs, encore moins la fortune (tout cela ça passera)... Ce qui compte aux yeux de Dieu et qu'il nous faut donc considérer comme la valeur suprême, c'est l'Amour que nous avons pour Lui et pour notre prochain, un amour qui toujours donne, se donne et pardonne. Cet Amour parce qu'il est une réalité surnaturelle, ne peut pas mourir. C’est saint Paul qui nous l’affirme « L ‘amour ne cessera jamais ».

Il faudrait chers frères et sœurs, que nous réfléchissions souvent à ceci qui est capital : lorsque nous paraîtrons devant Dieu nous n'aurons rien d'autre à lui présenter que ces actes d'amour de tous les instants de notre vie qui auront façonné notre âme à la ressemblance de Jésus, faisant de nous des copies vivantes de Jésus, des êtres divinisés... C’est cette vérité, assurément, que saint Jean entend nous rappeler lorsqu'il affirme que « nos actes nous suivent par-delà la mort » : il ne peut s'agir que de nos actes d'amour, grâce auxquels nous pourrons (après avoir peiné et lutté pour les accomplir) nous reposer éternellement dans la Paix et la Joie infinies de Dieu.

Frères et sœurs, par sa Parole, consignée dans la Bible et transmise par l'Église, Dieu qui nous aime infiniment et veut notre vrai bonheur ne cesse de nous interpeler : attention, nous dit-il, tout finit sur la terre : le plaisir a une fin, la souffrance aussi a une fin. Seule la vie de l'au-delà est sans fin, et vous n'êtes sur la terre que pour vous y préparer. Dès lors, si nous ne plaçons notre espérance qu'en des biens passagers que nous ne pourrons pas emporter, nous sommes des insensés... En agissant ainsi nous construisons notre vie sur du sable au lieu de la bâtir sur le Roc c'est-à-dire sur Dieu et lorsque viendra l'heure de rendre des comptes nous aurons les mains vides...

A la lumière de ces enseignements si précieux, demandons-nous, s'il n'y a pas quelque chose à changer dans nos comportements pour que Dieu soit « le premier servi » pour qu’il soit préféré à tout et aimé plus que tout ?

Mettons de plus en plus en pratique le conseil que nous donne l'apôtre Paul : « Recherchez les réalités d'en haut, car c'est là qu'est le Christ, tendez vers les réalités d'en haut et non pas vers celles de la Terre ».

Amen.

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 10:53

Ce que Jésus a promis à ses disciples la veille de sa mort, il le propose encore et il le donne à chacun d’entre nous. Avec tendresse, délicatesse et sérénité il nous dit : « Vous qui êtes en quête d’une demeure qui dure je vous promets qu’un jour elle vous sera donnée, c’est la Maison du Père. »

La Maison, ici-bas, c’est :

  • le lieu de la vie et de la liberté,
  • le lieu où l’on est chez soi, entre soi,
  • le lieu où l’on s’aime, où l’on accueille, où l’on partage, où l’on est tous ensemble et chacun, à son aise et en paix,
  • heureux d’y vivre et d’y partager le temps, la table, ses propres sentiments,
  • heureux d’y travailler, de s’y reposer et d’y prier.

Seulement voilà, toutes nos maisons, un jour où l’autre doivent êtres quittées, démolies, détruites. « Le ciel et la terre passeront » déclare Jésus…

Pour chacun et chacune d’entre nous vient le moment où il faut partir, franchir une dernière fois le seuil et quitter la demeure périssable de son existence journalière ainsi que la « maison » (au sens large) de son entourage, de sa patrie et même de son propre corps. Comme Jésus lui-même a dû le vivre, devant les siens, en sa ville et en son corps…

Il y aurait aussi pour nous de quoi ressentir tristesse et angoisse au fond de nos âmes, si tout s’arrêtait effectivement là. Mais non !

Car la voix du Christ pleine d’espérance et de paix retentit à nos oreilles : « que votre cœur cesse de se troubler et de craindre… » Si tout passe, voici que tout renaît. Puisque tout meurt, tout ressuscite…

Le départ de Jésus de notre terre appelle l’aurore d’un Royaume sans fin. S’il est remonté au ciel ce n’est pas seulement pour Lui-même, mais aussi pour nous, pour nous y accueillir. Ne craignons pas d’y manquer de place : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père, sinon je vous l’aurais dit… »

  • Ne craignons pas non plus de devoir partir : c’est alors que Jésus apparaîtra pour nous prendre avec Lui.
  • Ne redoutons pas d’être un jour à jamais seul, non seulement nous dit saint Paul : « Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts nous ressuscitera aussi avec Jésus et nous placera près de Lui, avec vous…mais encore ce même Christ en personne fera que là où Il est nous soyons nous aussi… »

Quelle merveilleuse perspective, frères et sœurs nous est ouverte par les paroles de Jésus dans ce passage d’Évangile. Elles ont inspiré à saint Paul la réflexion pleine d’espérance qui se trouve dans sa 2ème Lettre aux Corinthiens : « Nous savons que si notre maison vient à être détruite nous avons une demeure qui est l’œuvre de Dieu : une demeure éternelle qui n’est pas faite de main d’homme et qui est dans les cieux. »

Croyons enfin très fort, frères et sœurs, que dans cette maison immense de notre Père des cieux nous aurons la joie de retrouver tous ceux, parents ou amis, qui y sont entrés avant nous… Et ce qui portera notre joie à son comble c’est qu’ils nous apparaîtront entièrement transfigurés, rayonnants de beauté, de bonté et de gloire. Avec eux, avec tous les bienheureux habitants de cette maison céleste : la Vierge Marie, notre Mère, tous les anges et tous les saints, nous serons plongés pour toujours dans les splendeurs et dans l’infinie Béatitude du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Méditons souvent ces grandes vérités de notre Foi : elles stimuleront notre prière et nous aideront à vivre l’épreuve présente dans la sérénité et la paix.

Amen.

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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 21:16

Le 8 décembre 2017, le père Matthieu Rougé, curé de Saint-Ferdinand des Ternes, a prononcé l’homélie de la messe d’obsèques de Jean d’Ormesson à Saint-Louis des Invalides.

Homélie du père Matthieu Rougé

Il y a quelques jours, il m’a été donné de célébrer les obsèques d’une belle-sœur de celui qui nous réunit ce matin. Au début de la liturgie, Jean d’Ormesson a pris la parole de façon bouleversante. Avec des sanglots dans la voix, en évoquant les joies de la vie bien sûr (la Corse, les voyages, l’élégance…) et puis sur le ton de la prière : « Seigneur, accueille-la dans ta lumière, dans ta paix, dans ta gloire ».

1. Ce matin, il y a des sanglots dans nos voix et dans nos cœurs, comme dans le cœur de tant de Français pour qui, grâce au Duc de Plessis-Vaudreuil et au vieux château de Saint-Fargeau, grâce à « Apostrophes » et à la télévision, grâce au « chant d’espérance » qui retentit par chacune de ses œuvres, Jean d’Ormesson était devenu comme un père, un frère, un ami. Il y a des sanglots dans nos cœurs – Jésus lui-même a pleuré son ami Lazare – mais il y a aussi, grâce à Jean d’Ormesson, davantage d’amour de la vie, davantage d’émerveillement devant la beauté du monde et du cœur humain, ce que les chrétiens nomment « l’action de grâce » et dont saint Paul fait l’attitude spirituelle par excellence. Il y a les sanglots, il y a l’action de grâce et il y a la prière, pour que Dieu, dont le plaisir est de pardonner, purifie Jean d’Ormesson de tout ce qui en lui a besoin de l’être et achève d’illuminer son beau regard par la splendeur de sa lumière.

2. Toute vie humaine constitue comme un « itinéraire de Paris à Jérusalem » pour reprendre le titre de Chateaubriand dont Jean d’Ormesson a si souvent et si bien parlé : un itinéraire du Paris de la culture, de l’élégance et des lumières terrestres vers la Jérusalem céleste, la Jérusalem de joie et de paix évoquée par le Psaume 121, la Jérusalem d’éternité où s’éclaire enfin le mystère du temps sur lequel Jean d’Ormesson s’est tant interrogé. Toute l’existence humaine est comme saisie dans l’appel de Jésus devant le tombeau de Lazare : « Lazare, viens dehors ! ». En dépit des apparences, le Christ ne nous accompagne pas du berceau au cimetière mais nous appelle à sortir progressivement des tombeaux de nos peurs, de nos étroitesses, de nos certitudes trop faciles pour entrer dans la plénitude de sa vie. De L’amour est un plaisir en 1956 au Guide des égarés, il y a quelques mois, Jean d’Ormesson a parcouru, à sa manière, cet itinéraire d’approfondissement et de dilatation intérieure : la marche de son existence, comme celle du « juif errant » de son roman, va pouvoir maintenant s’achever dans « un hosanna sans fin ».

3. Il y a quelques années, Jean d’Ormesson avait accepté de participer à la rédaction d’un Chemin de Croix, avec certains de ses confrères de l’Académie, comme Pierre Messmer, Maurice Druon, Alain Decaux, Max Gallo, Pierre-Jean Rémy et le Cardinal Lustiger, pour ne citer que ceux qui l’ont précédé dans la Maison du Père. Le commentaire de Jean d’Ormesson à la 12e station, la mort de Jésus sur la croix, prend aujourd’hui une force singulière, la force d’un ultime « chant d’espérance » : « Il n’y a qu’une Révolution dans toute l’histoire de l’humanité : c’est la mort de Jésus sur la Croix. Le chemin de croix est l’image de notre condition. En dépit de tous les bonheurs et de tous les plaisirs passagers qui suffisent à nous faire aimer la vie, nous ne naissons que pour mourir. À travers son chemin de Croix, notre Dieu nous montre la voie sous les traits de son Fils qui se confond avec Lui. Nous vivons avec Lui, nous tombons trois fois, et mille fois, avec Lui, nous sommes soutenus avec Lui par sa Mère, qui est aussi la nôtre, par Véronique, par Simon de Cyrène, nous mourrons avec Lui. Et nous entrons avec Lui dans la Vie éternelle ».

Père Matthieu Rougé

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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 14:25

Retrouvez ci-dessous l'intégralité de l'homélie de Monseigneur de Sinety :

« Avec une seule poignée de terre, Il a créé le monde, et quand Il eut créé la Terre, tout en faisant sa ronde, le Seigneur jugeant en somme qu'il manquait le minimum Il créa la femme et l'amour qu'elle a donné aux hommes ».

En ce jour où une foule immense communie à la même tristesse, autour de vous Laeticia, Jade et Joy, autour de vous David et Laura, autour de vous leurs mamans, voici que ce refrain chanté par un jeune homme au début des années 60, peut retentir de nouveau.

Ces paroles résonnent comme en écho à celles que nous venons d'entendre, paroles initiales du Livre de la Vie : « La vie s'est manifestée ! ». L'Apôtre Jean pousse ce cri de joie en écrivant aux premières communautés chrétiennes : oui la vie s'est manifestée et elle se manifeste encore, jour après jour, comme un don inestimable qui nous est confié en partage, à nous, hommes de toutes conditions, de tous peuples et de toutes cultures.

En entendant la nouvelle de sa mort, beaucoup ont été saisis de chagrin, d'angoisse, de détresse : ainsi celui qui avait accompagné tant de moments heureux ou douloureux de nos existences ne chanterait plus, sa voix s'est éteinte… Même si chacun au plus intime de lui-même se reconnaît finalement mortel, on en vient à rêver que ceux que nous aimons et que nous admirons, ne connaissent jamais de fin. Et lorsque les ténèbres du deuil paraissent, un froid glacial saisit nos cœurs et nos esprits.

Il y a deux mille ans, un homme naquit. Il se manifesta à ceux qui attendaient du Ciel un Envoyé, comme le Messie, le Christ. Ceux qui le reconnurent comme tel, le suivirent, pensant qu'Il leur donnerait de voir un royaume humain inédit, que rien ni personne ne pourrait détruire. Ils le suivirent sur les chemins de Judée et de Galilée, de Samarie et jusqu'au Temple de Jérusalem. En l'écoutant parler, en le regardant guérir l'aveugle de ses obscurités, purifier le lépreux des rejets qu'il inspire, relever la femme que tous veulent lapider, accueillir l'étranger que nul ne veut recevoir, relever ceux qui étaient morts, ceux qui le suivent apprennent à comprendre qu'en ce Jésus se révèle le visage de Dieu.

Et pourtant, un jour, celui qu'ils pensaient être roi sur terre, fut suspendu à la croix d'infamie. Les ténèbres semblaient devoir tout recouvrir : qu'espérer alors et qui croire ? À cette question, le matin de Pâques apporte une réponse éclatante. Celui qui était mort est vivant, le Christ est ressuscité. Désormais, tout homme peut entendre de ses oreilles une Espérance nouvelle : l'Amour est incorruptible. Ce que nos rêves osaient à peine envisager est bien la réalité : la mort n'est pas le dernier mot de nos histoires. S'il n'est pas roi sur la terre, le Christ est bien le Roi de cette terre nouvelle vers laquelle nous marchons, cahin-caha, où la mort disparaît !

« Recherchez avec ardeur les dons les plus grands », je vais vous en indiquer le chemin par excellence écrit Paul aux chrétiens de Corinthe. À ceux qui vivent dans cette cité antique où les plaisirs et les richesses coulent à flots, quel autre chemin vers le bonheur donner que de profiter de tout cela sans vergogne ?

Que sont, pourtant, nos vies sans l'Amour ? Non pas l'amour éphémère d'une passion aussi intense que fugace, non pas l'amour égoïste et narcissique, mais l'Amour véritable qui nous fait reconnaître dans l'autre un frère à aimer, l'amour exigeant qui nous invite à aimer comme Jésus lui-même a aimé. Lequel d'entre nous ne mesure l'infini vide que procurent, au bout du compte, les objets de ce monde pour lesquels nous déployons pourtant tant d'efforts et d'énergie ? Qui n'a jamais ressenti, enfant, la déception devant le jouet tant espéré qui, sitôt obtenu, devient moins séduisant, moins excitant ? Rien ne peut combler le cœur de l'homme sinon l'Amour. C'est cet Amour qui nous rend capables de sortir de nous-mêmes, de croire que nous valons plus que nous n'osons l'envisager, de comprendre que nous sommes appelés à l'immortalité.

À la différence de beaucoup d'entre nous, Jean-Philippe Smet n'a peut-être pas reçu dans les premiers instants de son existence cet Amour qui est dû pourtant à toute vie naissante. Ces regards absents, sans doute, les a-t-il guettés tout au long de sa vie et s'est-il profondément réjoui de les trouver auprès de ceux qui l'ont aimé du plus proche au plus lointain. Mais il avait, un jour de son enfance, entendu retentir au plus secret de son être ces mots prononcés de la bouche même de Dieu : au jour de son baptême ces paroles ont été déposées en lui «Tu es mon enfant bien-aimé, en toi je mets toute ma joie». « On peut me faire ce qu'on voudra, je resterai chrétien. Je suis sûr que Jésus, lui, ne m'en veut pas » dira-t-il plus tard alors que des journalistes l'interrogent sur sa foi.

À sa manière, tout au long de sa vie, il a cherché l'Amour et il a compris que le moyen le plus certain d'y parvenir était d'aimer, d'aimer sans compter, d'aimer toujours. C'est pour cela que nous sommes là, parce que nous avons un jour compris, à travers ses chansons, sa générosité et sa disponibilité, que nous étions aimés de lui. Si la voix du chanteur et ses mélodies touchent en nous l'intime c'est qu'elles nous révèlent son désir et que ce désir nous bouleverse parfois.

Toute vie est mortelle mais ce qui ne meurt jamais c'est l'Amour : l'amour dont nous avons été aimés et l'amour dont nous aimons : ces liens tissent en chacun de nous un être spirituel immortel, éternel. Ces liens nous mettent dans une communion de plus en plus intime avec Dieu même ; ils nous divinisent. La vie de Johnny Hallyday, parce qu'elle a manifesté l'Amour, y compris dans ses pauvretés et dans ses manques, nous invite à lever les yeux vers Celui qui en est la source et l'accomplissement. Celui dont il nous dit, en reprenant l'image biblique, qu'avec «une poignée de terre il a créé le monde» afin d'y faire vivre l'Amour.

Oui, à chacun de vous cette promesse est renouvelée aujourd'hui : votre vie est précieuse, tellement précieuse. Ensemble, nous sommes invités à cheminer en ce monde, frères et sœurs, en laissant l'amour accomplir en nous le don de nous-mêmes. Chacun d'entre vous est infiniment aimé de Celui qui ne cesse de nous créer et qui nous appelle le jour venu à le contempler face à face. Quels que soient votre existence, ses doutes, ses hontes, ses renoncements, ses blessures, cet Amour dont Dieu vous aime ne passera jamais. Il est le seul bien, la seule promesse que rien ni personne ne pourra jamais nous enlever, nous arracher.

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » dit Jésus à ceux qui cherchent le chemin de la Vie. Comme Jean-Philippe, devenu Johnny Hallyday, nous sommes tous appelés à laisser percer en nous cette lumière divine qui fait de nous des icônes de l'Amour de Dieu plutôt que des idoles dont la vie s'épuise.

Entre dans la Lumière Johnny Hallyday, une Lumière, un Feu qui ne s'éteint jamais. Te voilà accueilli par un Père qui ouvre les bras à l'enfant tant aimé, toi qui as tant cherché et tant donné aussi. Avec toi, nous l'entendons te dire pour toujours ces paroles qui viennent en écho jusqu'à nous car elles nous sont aussi adressées, sans aucun doute possible : « Que je t'aime, que je t'aime… » Amen.

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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 19:24
Homélie des obsèques du Père Jacques Hamel

Les obsèques du P. Jacques Hamel, assassiné le 26 juillet dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, ont eu lieu mardi 2 août à la cathédrale de Rouen. Retrouvez ici le texte intégral de l’homélie prononcée par Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, lors de la cérémonie.

Homélie :

« Chers amis, le prêtre Jacques Hamel n’a plus à craindre Dieu. Il se présente à lui avec ses œuvres justes. Bien sûr, nous ne sommes pas juges du cœur de notre frère. Mais tant de témoignages ne peuvent tromper ! Le Père Jacques Hamel avait un cœur simple. Il était le même en famille, avec ses frères et sœurs, avec ses neveux et nièces, au milieu de sa ville avec ses voisins, dans sa communauté chrétienne avec les fidèles.

58 ans de sacerdoce ! Cinquante-huit ans au service de Jésus comme prêtre, c’est-à-dire serviteur de sa Parole, de son eucharistie,… de son eucharistie, et de sa charité. Je me sens tout petit. De Jésus, Saint Pierre dit que « Là où il passait, il faisait le bien ». Jacques, tu as été un fidèle disciple de Jésus. Là où tu es passé, tu as fait le bien.

À Pâques dernier, Jacques, tu écrivais pour tes paroissiens : « Christ est ressuscité, c’est un mystère, comme un secret, une confidence que Dieu nous donne à partager ». Peut-être ce mystère, ce secret, cette confidence au sujet du Christ ressuscité, trouve-t-elle sa racine dans l’expérience de la mort côtoyée en Algérie dont ta famille nous rappelle le souvenir. Peut-être ce mystère, ce secret, cette confidence est-elle en train de gagner des cœurs dans notre assemblée : oui, Christ est ressuscité. La mort n’a pas le dernier mot.

Pour toi, Jacques, la résurrection de Jésus n’est pas une leçon de catéchisme, c’est une réalité, une réalité pour notre cœur, pour le secret du cœur, une réalité en même temps, à partager aux autres, comme une confidence. Et Dieu sait si, devant la réalité de ta mort aussi brutale qu’injuste et horrible, il faut puiser dans le fond de nos cœurs pour trouver la lumière.

Frères et sœurs, soyons vrais avec nous-mêmes. Vous connaissez l’histoire de Jésus qu’aucun historien ne peut qualifier de fable. Pierre dit l’essentiel : Jésus de Nazareth, homme juste et bon, « guérissait ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui… puis Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester… »

Frères et sœurs, soyons simples et vrais avec nous-mêmes. C’est dans notre cœur, dans le secret de notre cœur que nous avons à dire « oui » ou « non » à Jésus, « oui » ou « non » à son chemin de vérité et de paix ; « oui » ou « non » à la victoire de l’amour sur la haine, « oui » ou « non » à sa résurrection.

La mort de Jacques Hamel me convoque à un oui franc, non pas, non plus un oui tiède. Un « oui » pour la vie, comme le « oui » de Jacques à son ordination. Est-ce possible ? À chacun de répondre. Dieu ne nous force pas… Dieu est patient… Dieu est miséricordieux. Même quand, moi Dominique, j’ai dit non à l’amour… même quand j’ai dit à Dieu, « je verrai plus tard », même quand je l’ai oublié, Dieu m’attend car il est infini miséricorde. Mais aujourd’hui, le monde peut-il attendre encore la chaîne de l’amour qui remplacera la chaîne de la haine ? Faudra-t-il d’autres tueries pour nous convertir à l’amour, et à la justice qui construit l’amour ? La justice et l’amour entre les personnes et les peuples, de quelque côté de la Méditerranée ils se situent. Trop de morts au Moyen-Orient, trop de morts en Afrique, trop de morts en Amérique ! Trop de morts violentes, cela suffit ! Le mal est un mystère. Il atteint des sommets d’horreur qui nous font sortir de l’humain. N’est-ce pas ce que tu as voulu dire, Jacques, par tes derniers mots ? Tombé à terre à la suite de premiers coups de couteau, tu essaies de repousser ton assaillant avec tes pieds, et tu dis : « Va-t’en, Satan » ; tu répètes : « Va-t’en, Satan ». Tu exprimais alors ta foi en l’homme créé bon, que le diable agrippe. « Jésus guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable » dit l’Évangile.

Il ne s’agit pas d’excuser les assassins, ceux qui pactisent avec le diable, il s’agit d’affirmer avec Jésus que tout homme, toute femme, toute personne humaine peut changer son cœur avec sa grâce. Nous recevons ainsi la parole de Jésus qui peut sembler au-delà de nos forces aujourd’hui : « Eh bien ! Moi, je vous le dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent ».

Vous que la violence diabolique tourmente, vous que la folie meurtrière démoniaque entraîne à tuer, laissez votre cœur, que Dieu a façonné pour l’amour, prendre le dessus ; souvenons-nous de notre maman qui nous a donné la vie ; priez Dieu de vous libérer de l’emprise du démon. Nous prions pour vous, nous prions Jésus « qui guérissait ceux qui étaient sous le pouvoir du mal ».

Roselyne, Chantal, Gérald et vos familles, le chemin est dur. Permettez que je vous dise mon admiration et celle de beaucoup d’anonymes pour votre dignité. Votre frère, votre oncle était un appui. Il continue de l’être. Il ne m’appartient pas de déclarer « martyr » le Père Jacques. Mais comment ne pas reconnaître la fécondité du sacrifice qu’il a vécu, en union avec le sacrifice de Jésus qu’il célébrait fidèlement dans l’Eucharistie ? Les paroles et les gestes nombreux de nos amis musulmans, leur visite sont un pas considérable.

Je me tourne aussi vers vous, communauté catholique. Nous sommes blessés, atterrés mais pas anéantis. Je me tourne vers vous les baptisés de notre Église catholique, surtout si vous ne venez pas souvent à l’église, si vous en avez oublié le chemin. Avec Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, à mes côtés, je vous lance un appel aussi simple, comme un premier pas, aussi simple que la vie du Père Jacques Hamel.

En hommage au Père Hamel, nous vous invitons à visiter une église dans les jours qui viennent, pour dire votre refus de voir souiller un lieu saint, pour affirmer que la violence ne prendra pas le dessus dans votre cœur, pour en demander la grâce à Dieu ; nous vous invitons à déposer une bougie dans cette église, signe de résurrection, à vous y recueillir, à ouvrir votre cœur dans ce qu’il a de plus profond ; si vous le pouvez à prier, à supplier. Le 15 août serait un jour propice. La Vierge Marie vous y accueillera avec tendresse. Souvenons-nous de notre maman.

Dieu, ne reste pas insensible à la détresse de tes enfants qui se tournent vers toi !

Dieu, poursuis dans nos cœurs ce que ton Fils Jésus a commencé !

Dieu, merci pour ton fils Jacques : console sa famille et fais lever parmi nous, parmi les jeunes des JMJ, de nouveaux prophètes de ton amour ! Amen ! »

Dominique Lebrun, archevêque de Rouen.

Source : http://www.la-croix.com/

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