Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 09:26
Message Extraordinaire pour notre temps
 

Fatima-copie-1.jpgIl y a environ 300 ans, saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit dans son admirable « Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge » des paroles prophétiques qu’il importe de nous remettre de temps à autre en mémoire car elles éclairent singulièrement les temps actuels.

« C’est par Marie, nous dit-il, que le salut du monde a commencé et c’est par Marie qu’il doit être consommé... Etant la voie par laquelle Jésus-Christ est venu à nous la première fois, Elle le sera encore lorsqu’il viendra la seconde, quoique non pas de la même manière ». Puis il ajoute : « Marie doit éclater plus que jamais en miséricorde, en force et en grâce dans ces derniers temps ».

- En miséricorde pour ramener et recevoir les pauvres pécheurs et dévoyés qui se convertiront et reviendront à l’Eglise catholique.

- En force contre les ennemis de Dieu qui se révolteront terriblement pour séduire et faire tomber tous ceux qui leur seront contraires.

- En grâce pour animer et soutenir les vaillants soldats et fidèles serviteurs de Jésus-Christ qui combattront pour ses intérêts.

Que Marie éclate en miséricorde, en force et en grâce, cela se voit principalement à travers les apparitions que depuis plus de 150 ans Elle multiplie sur la terre : la rue du Bac, la Salette, Lourdes, Pontmain, Fatima, Beauraing, Banneux... Plus près de nous en 1953 à Syracuse, c’est une statue du Cœur Immaculé de Marie qui a versé des larmes pendant 4 jours. En 1971 à Akita au Japon, c’est une statue de la Dame de tous les peuples qui a pleuré 101 fois. Je n’ai voulu citer ici que les apparitions mariales reconnues par l’Eglise, comme ayant une origine surnaturelle ; mais il y en a eu combien d’autres, au cours des dernières années !

Toutes ces « visitations » de Marie à l’humanité méritent notre attention mais, il en est une, parmi elles, qui doit la retenir tout particulièrement, car elle revêt une importance capitale : il s’agit de Fatima, la grande manifestation surnaturelle de Fatima, le 13 de chaque mois, de mai à octobre 1917.

Il y a tant de choses, en effet, dans l’Eglise et dans le monde de ce temps qui ne peuvent vraiment se comprendre qu’à la lumière de cette intervention extraordinaire de Marie, Mère de l’Eglise et Reine de l’Univers.

Quelqu’un a dit très justement : « qui ne connais pas le message de Fatima manque d’une boussole pour s’orienter en notre siècle ».

Et n’est-ce pas d’ailleurs pour souligner la gravité et l’urgence de ce message que Marie a voulu faire dans le ciel (après la dernière apparition du 13 août 1917) un miracle inouï ; - le plus grand doute de toute l’histoire de l’Eglise - qu’on désigne sous le nom de « Danse du soleil » et qui a été vu, nous le savons par plus de 70 000 pèlerins, au milieu desquels se trouvaient des incroyants... Si, en cette année charnière qu’est 1917, Marie, la « Femme revêtue du soleil » frappe pour ainsi dire le grand coup, c’est parce qu’Elle sait jusqu’à quel point, dans les années qui vont suivre, l’humanité va être dominée par Satan, le dragon rouge-feu qu’Elle a mission de combattre et de vaincre.

En suscitant des erreurs particulièrement graves et en conduisant les hommes à commettre des péchés de plus en plus monstrueux, Satan le « Prince de ce monde » va faire courir aux âmes un danger mortel : celui de se perdre irrémédiablement en enfer, et quel malheur, dites-moi, pourrait être comparé à celui-là ?

Alors, telle une maman qui, voyant ses enfants au bord d’un précipice les avertit du danger et se porte à leur secours, Marie, la mère par excellence s’emplie activement à tirer ses enfants de la terre des périls les plus extrêmes.

Celle qui depuis le commencement est destinée à écraser la tête du serpent s’engage, à partir de Fatima – car l’heure a sonné – dans une bataille décisive qui s’achèvera par la victoire de son Cœur Immaculé, c’est-à-dire par une victoire éclatante de l’amour. Et c’est pourquoi, Elle va mettre en œuvre tous les moyens dont elle dispose en sa qualité de Reine et de Médiatrice de toutes les grâces. Rien ne manquera à cette entreprise de sauvetage universel :

- Ni la dénonciation du péché : mal absolu et cause de tous les malheurs de l’homme.

- Ni les appels suppliants à la conversion et à la réforme intérieure : « Il faut que les hommes changent de vie, qu’ils n’offensent plus Notre-Seigneur qui est déjà trop offensé... »

- Ni les offres de secours, moyennant des pratiques très simples et très humbles à la portée de tous, même des plus petits.

- Ni les avertissements solennels : si vous ne faites pas ce que je vous demande, vous aurez à subir des châtiments qui seront la conséquence inéluctable de votre refus de Dieu et du plan du Salut qu’il vous offre, mais qui seront aussi pour Dieu une manière d’exercer encore sa miséricorde.

- Ni enfin les promesses porteuses d’une grande espérance.

Mais ce que Notre-Dame de Fatima demande par-dessus-tout à ses enfants, ce sur quoi elle insiste, parce que c’est le noyau central et comme la synthèse de tout son message : c’est la dévotion à son Cœur Immaculé.

Pour sauver les âmes, a-t-elle déclaré à ses petits confidents, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.

« Si l’on fait ce que je vais vous dire beaucoup d’âmes seront sauvées et l’on aura la paix ». Ainsi la voie du Salut nous est clairement tracée : il faut aller à Marie en pratiquant la dévotion qu’elle nous demande et qui est voulue explicitement par Dieu : « Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé » (paroles de Notre-Dame, apparition du 13 juillet).

Il ne s’agit donc pas de faire quelque chose qui nous plairait (comme c’est le cas pour bon nombre de dévotions), il s’agit d’obéir au Seigneur qui dans sa divine sagesse a choisi ce moyen ultime pour guérir l’humanité d’aujourd’hui des maux immenses qui l’affectent et s’amplifient de façon inquiétante. Ces maux qui sont « la corruption, les calamités et la guerre ».

Depuis 1917, l’Eglise est donc entrée dans une nouvelle phase de la lutte multiséculaire, toujours croissante, qui oppose le bien et le mal, le Christ et Satan et dont la foi fondamentale est celle que saint Paul a formulée en ces termes : « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé ».

Eh bien ! On peut dire que sur ce point le passé aide à comprendre le présent. C’est ainsi qu’après le moyen-âge, afin de préparer son Eglise aux luttes que l’esprit laïque allait déclencher contre elle dès le 14ème siècle, le Christ Jésus lui donne (à partir du 13ème siècle) de nouvelles lumières sur le trésor de grâce qu’elle avait dans l’Eucharistie. L’institution de la fête du Très Saint Sacrement et du Culte d’adoration rendu à Jésus-Hostie date en effet dès cette époque là.

Puis, lorsque ce même esprit d’indépendance et de révolte commença à porter ses fruits de désagrégation (au17 et 18èmes siècle) Notre Seigneur donna à l’Eglise la révélation de son Cœur, c’es-à-dire de l’indicible amour, qu’il a pour les hommes : pensons aux révélations faites à sainte Marguerite Marie en 1675, à Paray-le-Monial et à l’extension de la fête du Sacré-Cœur à toute l’Eglise.

Et voici qu’en notre temps ces grands moyens ayant été trop peu accueillis, parfois repoussés, le Seigneur tente un dernier effort (si l’on peu parler ainsi) un dernier geste de miséricorde en nous donnant le Cœur Immaculé de sa Très Sainte Mère (Institution de la fête du Cœur Immaculé de Marie en 1944, suite logique des demandes formulées à Fatima au sujet de cette dévotion.

Sans doute, ce don merveilleux avait été préparé de longue date, spécialement à partir du 14ème siècle, mais c’est en 1917 qu’il nous a été offert de façon éclatante, dans toute sa force et avec sa promesse de victoire finale.

Soyons donc de plus en plus convaincus, frères et sœurs que c’est par le Cœur Immaculé de notre Mère Bien-Aimée, que nous redécouvrirons le divin Cœur de Jésus.

Ne figure-t-il pas l’un à côté de l’autre sur la médaille miraculeuse ? Et c’est aussi par la dévotion au Cœur Immaculé de Marie que l’Eucharistie qui est le sacrement de notre sanctification, de notre transformation dans le Christ, trouvera un regain de faveur dans le Peuple de Dieu.

Car, on ne le redira jamais assez : c’est par le Cœur de Marie que le Saint-Esprit nous est et nous sera donné, pour nous convertir, nous réconcilier avec Dieu, sanctifier nos âmes et instaurer dans le monde la Paix, véritable conséquence du Règne de Dieu dans les âmes.

Puissions-nous donc tenir, quoiqu’il en coûte, les engagements que nous avons pris concernant la consécration, la réparation et le rosaire et s’il nous arrive quelquefois d’éprouver la tentation du découragement, souvenons-nous des paroles solennelles que Marie prononça un jour au sujet de cette dévotion :

« Aux personnes qui l’embrasseront je promets le salut. Leurs âmes seront aimées de Dieu, d’un amour de prédilection, comme des fleurs placées par moi devant son trône ».

Pour bien connaître ce message de Fatima :

 

Editions Téqui :

- Les apparitions de Fatima (récit par sœur Lucie)

- Fatima message extraordinaire pour notre temps par Bernard Balayn

- Fatima, la Russie et Jean-Paul II de Timoty Tindal Robertson

- Un signe du ciel pour notre temps par l’abbé Paul

 

Pour plus de renseignements : http://www.librairietequi.com

 

Editions Résiac :

- Le secret de Jean-Paul II de Laura Miguet chez Mame-Plon

- Le film « Apparitions à Fatima » DVD de David Costelle

 

Pour plus de renseignements : http://www.resiac.fr/

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 09:27

Pour demander a Dieu son pardon 02Je voudrais vous entretenir aujourd’hui de ce merveilleux sacrement qui est un des plus beaux fruits de la Rédemption, la manifestation la plus émouvante de la Miséricorde divine à notre égard : le SACREMENT DE PÉNITENCE ou de RÉCONCILIATION qu'on appelle plus communément la Confession.

Pour nous mettre en parfaite communion de pensée avec l'Eglise, maîtresse de vérité, écoutons tout d'abord comment Jean-Paul II nous présente ce sacrement en se référant précisément à l'Année Sainte.

J'ai extrait ce passage d'une allocution que le Saint-Père a prononcé devant la Curie Romaine à l'occasion des vœux :

« L'Année Sainte est donc un appel au repentir et à la conversion, parce que ce sont les dispositions nécessaires pour avoir part à la grâce de la Rédemption. Ce n'est pas l'homme qui se rachète de ses propres péchés, mais l'homme est racheté quand il accepte le pardon qui lui est accordé dans le Rédempteur. C'est pourquoi nous voulons vivre le mystère de la Rédemption en méditant les grandes vérités qui ont été le fil conducteur de mes premières Encycliques : le Christ Rédempteur de l'homme, le Christ qui révèle le Père, riche en miséricorde. La célébration du Synode va aussi faciliter la compréhension de ce don inestimable, parce qu’il disposera les cœurs à s'approprier la Rédemption personnellement ; à en vivre à travers la Pénitence et la Réconciliation, c'est-à-dire dans la victoire sur le mal moral. C’est-à-dire dans le retour à Dieu. Dans la conversion. Comme je l'ai dit dans « Dives in misericordia, une connaissance authentique du Dieu de miséricorde, de l'amour de tendresse, est une source constante et inépuisable de conversion, non seulement pour une conversion qui dure l'instant de l'acte intérieur mais pour une disposition durable, une stabilité intérieure. Ceux qui arrivent à connaître Dieu de cette manière, à le « voir » ainsi, ne peuvent plus vivre autrement que dans une continuelle conversion ».

Il faut retrouver le sens du péché, ce sens dont la perte est liée à la perte bien plus radicale et intime du sens de Dieu. Le sacrement de la pénitence est le sacrement de la réconciliation avec Dieu, de la rencontre entre la misère de l'homme et la miséricorde de Dieu, personnifiée dans le Christ Rédempteur et dans le pouvoir de l'Eglise. La confession est un acte concret de foi en l'évènement de la Rédemption. C’est pourquoi le sacrement de la confession est de nouveau proposé, à travers ce Jubilé, comme un témoignage de foi dans la sainteté dynamique de l'Eglise qui fait des saints avec des hommes pêcheurs ; il est proposé comme une exigence de la communauté ecclésiale qui est toujours blessée dans sa totalité par chaque péché, même si celui-ci est commis individuellement ; il est proposé comme purification en vue de l’Eucharistie et comme signe consolant de l'économie sacramentelle qui fait entrer l'homme en contact direct et personnel avec le Christ, mort et ressuscité pour lui : « lui qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi » (Gal.2, 20).

Dans tous les sacrements, à commencer par le baptême, il s'établit ce rapport interpersonnel entre le Christ et l'homme, mais c'est surtout dans la Pénitence et dans l'Eucharistie que ce rapport se renforce au cours de la vie humaine pour devenir quelque chose de réel, que l'on possède, qui nous soutient et nous donne lumière et joie.

Il y a dans ce beau texte si dense une petite phrase qui me frappe tout particulièrement et qu'il me paraît important de commenter avant de parler de la nature du sacrement de Pénitence et de ses effets.

I - Le Pape nous dit « IL FAUT RETROUVER LE SENS DU PÉCHÉ » et en disant cela il indique très clairement d'où provient cette grande désaffection à l'égard de la Confession sacramentelle que l’on constate depuis déjà bien des années chez beaucoup de catholiques, même pratiquants. On ne sait plus, en fait, ce qu'est le péché : on n'en perçoit plus la gravité et la nocivité. Et pourquoi cela ? Là encore, le Pape le souligne en deux mots : c'est parce qu'on a perdu le sens de Dieu : le sens de sa Transcendance, de son infinie grandeur, de son infinie sainteté. Et quand on perd ainsi le sens de Dieu, on perd inéluctablement le sens de son Amour et des exigences qu’il comporte.

Dès lors, il est évident que si nous voulons retrouver une plus grande estime pour le sacrement de Pénitence, comme le Saint-Père ne cesse de nous y exhorter, il nous faut de toute urgence restaurer en nous un sens très aigu du péché.

Or, le moyen le plus sûr pour y parvenir c'est de nous placer dans la lumière de la Révélation. Car seule la Parole de Dieu peut nous dire en quoi consiste le péché, nous faire comprendre que ce n'est pas une réalité naturellement connaissable, mais un mystère surnaturel.

Dans cette lumière qui vient d'En-Haut, il apparait très nettement que le fait fondamental sur lequel repose toute la réalité du péché c'est l'attitude d'amour infini que Dieu a pour nous.

« Dieu est Amour » nous dit saint Jean, et le même saint Jean précise que « Dieu nous a aimés le premier ». Si Dieu a décidé de nous créer, c’est uniquement par amour, dans le but de se donner Lui-même à nous pour le temps et l’éternité : vérité qui est très bien exprimée dans une petite phrase de l'Evangile prononcée par le Père de l'enfant prodigue, ce père qui est l'image si bouleversante de Dieu : s'adressant à son fils aîné, il lui dit : « Mon enfant tout ce qui est à moi est à toi ». « Tout ce qui est à Dieu » ce n'est pas seulement son empire sur le monde matériel, c'est infiniment plus. Le Bien de Dieu c'est avant tout Lui-même, ce qu'Il est : lumière, Amour, Bonheur absolus. Or, c'est ce Bien parfait, ce Bien suprême infini qui constitue son être divin, c'est sa vie divine que notre Père des cieux veut donner à ses enfants d'adoption.

Et nous savons tous que ce don inouï, ce cadeau insurpassable a été déposé en nous au moment du Baptême. C'est le mystère si merveilleux de la GRÂCE SANCTIFIANTE, de la « VIE SURNATURELLE », le mystère de cette vie de Dieu qui est plantée en notre âme comme un germe, et qu'il faut développer, faire grandir chaque jour jusqu'à ce qu'elle parvienne à sa plénitude, à son épanouissement suprême, au-delà de la mort, dans la Béatitude éternelle du ciel.

« Tout ce qui est à moi est à toi » : pour se donner aussi à nous Dieu ne met aucune condition, mais il ne peut se donner à nous malgré nous, il ne peut nous contraindre à l'aimer car il n'y a d'amour que libre (un échange d'amour ne pouvant se faire que dans la liberté).

Donc Dieu ne peut pas se donner à nous, son Amour ne peut pas grandir en nous si nous ne voulons pas de Lui, si nous ne l'aimons pas. Il nous a donné une liberté et une liberté telle que nous pouvons dire non aux avances de son Amour ; nous pouvons l'empêcher de nous combler, de libérer la tendresse qu'il tient comme follement comprimée en son Cœur dans l'impatience de la communiquer.

C'est dans la méconnaissance de cet Amour, le mépris de cet Amour, le refus de cet Amour que consiste essentiellement le pêché. Dieu offre à l'homme l'Amour et la Joie infinis qu'Il est Lui-même et le pécheur n'en veut pas parce qu'il aime mieux soit l'argent, soit le plaisir, soit l'orgueil, parce qu'il met sa préférence dans des biens finis...

« L'Amour n'est pas aimé » disait saint François d'Assise. Cette parole émouvante résume le grand drame du péché dont nous pouvons suivre tout le déroulement à travers la Bible ; depuis le début (c'est-à-dire le pêché originel) jusqu'à son dénouement qui est le mystère de la Croix, le mystère de Jésus crucifié et glorifié qui, en se livrant totalement à son Père par Amour, a remporté une victoire totale et définitive sur le péché.

En vérité, la Bible c'est avant tout le récit des relations entre Dieu et l'homme, c'est-à-dire des efforts de Dieu pour se faire aimer de cet être infime qu'est l'homme, de cet être qu'il a créé à son image et qu'il assiège de son Amour. « Dieu met ses délices en effet à fréquenter les enfants des hommes ». Il se choisit un peuple qu'il Aime avec une tendresse toute particulière. Et pour lui faire comprendre la nature de cet amour, il se sert audacieusement, surtout chez les prophètes, de l'image la plus parlante, la plus expressive : celle de l'amour conjugal avec ce qui le caractérise : son impétuosité, sa tendresse passionnée, sa jalousie.

Et chaque fois que le peuple élu se détourne de Dieu pour adorer des idoles, Dieu lui fait comprendre qu'il a commis vis-à-vis de Lui un grave péché... qu'il a rompu le pacte de l'Alliance, qu'il s'est rendu coupable vis-à-vis de l'époux divin d'un véritable adultère. Apparaît alors la Miséricorde de Dieu qui inlassablement multiplie les appels à la conversion et offre généreusement son Pardon.

Ces relations de Dieu avec le Peuple de l'Alliance sont le modèle des relations qu'Il veut établir avec chacun et chacune d'entre nous, relations de personne à personne. C'est dans cette lumière que nous pouvons saisir un peu ce qu'est le pêché et mesurer sa gravité.

Il est tout autre chose qu'une simple infraction à un règlement ou à des lois. Il est, vis-à-vis de ce Dieu qui est toute Tendresse, de ce Dieu qui nous Aime au-delà de toute expression, une attitude d'infidélité, un adultère, une trahison...

Chaque fois donc que nous nous dérobons à un appel d'Amour que Dieu nous adresse, nous commettons un péché, car à ce moment-là nous préférons nous complaire en nous-mêmes ou dans des biens créés, nous préférons notre volonté à la sienne, notre bon plaisir au sien.

Saint Augustin qui a l'art des formules frappantes dit ceci : « Je commets un péché chaque fois que j'aime ce que Dieu n'aime pas et chaque fois que je n'aime pas ce que Dieu aime ». Disons-nous bien que c'est en méditant la Sainte Ecriture, c'est en nous familiarisant avec la Parole de Dieu qu'on est peu à peu sensibilisé aux goûts de Dieu, qu'on découvre ce que Dieu aime ou n'aime pas et que, par le fait même, on éduque sa conscience. Plus nous nous placerons dans cette perspective de l'Amour de Dieu qui donne tout et demande tout, et plus nous saisirons la gravité du péché : un tel Amour ne peut supporter ni l'infidélité, ni le plus léger manquement... Mais si nous voulons bien mesurer toute la gravité du pêché, il nous faut le regarder aussi du point de vue de sa nocivité, de ses effets désastreux en nous et dans les autres.

Quels sont d'abord les effets du péché dans notre âme ?

- Si ce péché est mortel, il ruine totalement l'intimité et l'amour entre Dieu et nous. Il nous fait perdre la vie surnaturelle et cet anéantissement de la vie surnaturelle c'est le plus grand de tous les malheurs (pire que l'anéantissement du monde matériel tout entier), parce que la vie surnaturelle, la vie de Dieu en nous est un bien qui dépasse tous les mondes matériels possibles. Le péché mortel est le plus grand de tous les malheurs, parce que si la mort nous trouve fixés dans cet état, nous allons directement en enfer.

Jésus nous dit de façon très expressive dans l'allégorie de la vigne (Jean chap.15) en quoi consiste cet état de pêché mortel. L'âme ressemble au sarment détaché du tronc. Plus de suc donc, plus de sève et plus de fruits ; c'est la mort. Le rameau desséché n'est plus bon qu'à être jeté au feu.

Rappelons-nous aussi que toutes les actions, même excellentes, faites en état de péché mortel ne méritent rien pour le ciel : Dieu ne nous en tiendra jamais compte. Elles seront absolument et éternellement perdues.

- Quant au péché véniel, il ne faut pas - comme on aurait trop tendance à le faire - le considérer comme quantité négligeable, quelque chose qui ne porte pas a conséquence... Je le disais il y a un instant, l'Amour véritable ne peut supporter le plus léger manquement, la plus petite indélicatesse, Le péché véniel doit donc être évité, car il est pour l'âme une maladie, une blessure qui risque d'être plus ou moins grave.

D'autres images expriment la même vérité et on peut dire par exemple que le péché véniel est une tâche sur le visage de l'âme qui défigure en elle l'image de Dieu, ou encore que c'est un corrosif qui insensiblement détruit les liens que nous avons tissés avec le Seigneur et avec nos frères.

Voyons maintenant les effets du péché sur les autres. Le chrétien, nous le savons, n'est pas un isolé, il est membre de ce grand corps que nous formons tous avec le Christ, dont le Christ est la tête et que nous appelons le Corps mystique. Or, que se passe-t-il lorsqu'un membre du corps est malade ? C'est le corps tout entier qui souffre par solidarité, qui est atteint par la contagion : « Si je marche sur ton pied, dit saint Augustin, c'est ta bouche qui crie ».

Par conséquent, lorsqu'on pèche, de quelque manière que ce soit, on fait du tort, non seulement à la tête qui est le Christ, mais aussi à tous les membres de son Corps, sans parler du tort que l'on peut causer individuellement à tel ou tel de ses membres (perte de bonne réputation par exemple). Un chrétien ne peut pas commettre un péché, même par omission, même intérieurement, sans pécher du même coup contre tous ses frères, sans diminuer la vie divine dans le corps entier. Ah ! Si chaque fois que nous sommes tentés (même pour un péché véniel) nous pensions qu'en cédant à cette tentation, en tombant dans le péché nous allons faire baisser le niveau de l'amour, non seulement en nous, mais dans le monde !... Comme cela nous aiderait à résister...

Notre grand penseur PASCAL a mis sur les lèvres de Jésus une parole qui s'adresse à chacun et chacune d'entre nous et qui devrait nous faire réfléchir « si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur ». Malheureusement nous ne risquons pas de perdre cœur, parce que d'ordinaire nous ne prenons pas le péché au sérieux.

Un seul homme en fait a compris pleinement le péché des hommes et l'a pris vraiment au sérieux, c'est Jésus, notre Rédempteur, Lui qui étant le Saint de Dieu, l'Innocent par excellence, a accepté cependant de se mettre du côté des pécheurs : « il a été fait péché pour nous » dit saint Paul.

Aussi bien, n'est-ce pas par des raisonnements qu'on peut acquérir un sens très aigu du péché, mais par une longue et amoureuse contemplation de Jésus souffrant et mourant à cause de nos péchés.

Il faudrait, en particulier, que nous regardions très souvent Jésus dans sa mystérieuse agonie du Jardin des Oliviers : dans son cœur si pur, si parfait, où Dieu le Père est aimé d'un Amour infini, l'horreur du péché est telle qu'avant même que personne l'ait touché, il en arrive à suer du sang, sous la seule pression de sa souffrance intérieure. Oui, c'est bien nous qui le torturons, qui le broyons, le blessons intérieurement par toutes nos offenses...

Et c'est avec ce feu intolérable au cœur, avec le désir ardent de réparer par son Sacrifice d’Amour tous les refus de l'Amour, que Jésus a supporté héroïquement les souffrances indicibles de sa Passion. Par cet acte Rédempteur, Notre-Seigneur a donné à Dieu infiniment plus d'Amour que le péché ne lui en a refusé et il a remporté une victoire absolue et définitive sur le péché.

Telle est donc, au regard de la Foi, la tragique réalité du péché : chaque fois que nous le commettons, nous outrageons, nous torturons, nous crucifions le Christ.

Et c'est bien ainsi que les saints - eux qui sont nos modèles et nos entraîneurs - ont compris les choses. Aussi, le sens du péché en eux était-il particulièrement vif...

- Je pense à saint Dominique Savio qui disait : « la mort plutôt que le péché ».

- Je pense au saint Curé d'Ars qui fut le plus grand confesseur du siècle dernier : « Le péché, disait-il, est le bourreau du Bon Dieu et l'assassin de l'âme... Quand on va se confesser il faut comprendre ce qu'on va faire. On peut dire qu'on va déclouer Notre-Seigneur... »

- Quant à sainte Catherine de Gênes, à qui Dieu daigna montrer dans une expérience mystique la gravité d'un simple péché léger, elle écrit ceci : « Quand j'ai eu cette vue qui m'a fait voir combien importe l'ombre d'un tout petit acte contre Dieu, je ne comprends pas comment je n'en suis pas morte. Je dis alors : Je ne m'étonne pas que l'enfer soit si horrible, puisqu'il est l'effet du péché. Dès lors, en comparaison, que sera le péché mortel et tant de péchés mortels. Si Dieu ne m'avait soutenue, je crois que je serais morte de voir un péché, aussi bien que de voir Dieu Lui-même. Ces deux vues, comme il m'est donné de le comprendre, sont si excessives qu'aucun homme ne pourrait en sortir indemne ».

Il - Ce grand esprit de Foi dont tous les saints ont fait preuve, qui nous est si nécessaire pour raviver en nous le sens du péché, nous en avons également besoin pour renouveler notre estime à l'égard du sacrement de Pénitence que Jésus a institué pour nous libérer, précisément du pêché et nous aider à progresser sur le chemin de la sainteté.

Le récit de cette institution se trouve dans l'Evangile de saint Jean au chapitre 20. Au soir de Pâques, Jésus ressuscité apparaît à ses disciples dans la salle où ils se sont barricadés par crainte des Juifs. Après leur avoir souhaité la Paix et montré ses blessures Il souffla sur eux et leur dit « Recevez l'Esprit-Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ».

Par ces paroles, Notre-Seigneur a transmis à ses apôtres son propre pouvoir de pardonner les péchés, ce pouvoir formidable qui n'appartient qu'à Dieu. Les apôtres, par la suite, ont communiqué ce même pouvoir divin à leurs successeurs les évêques et aux prêtres ordonnés par eux.

Après l'Ascension, la présence et l'action de Jésus sur terre sont devenues invisibles, mais son humanité sainte n'en continue pas moins d'exercer son Sacerdoce qui consiste à sanctifier, à diviniser les âmes ; qui consiste en particulier à sauver les âmes en les réconciliant avec Dieu (et avec tous) par la rémission des péchés. Ce Sacerdoce, Il l'exerce de manière visible à travers les prêtres qu'Il a établis ministres de ses sacrements.

S'adresser à un prêtre pour lui avouer ses péchés et lui demander l'absolution, c'est donc s'adresser à Jésus Lui-même. Et peu importe la personnalité humaine de ce prêtre (ses défauts par exemple) il suffit qu'il soit prêtre. Ce que notre foi doit savoir découvrir, en effet, par delà le prêtre visible, c'est la main invisible du Christ qui absout.

Cela ne fait donc absolument aucun doute, Jésus à bien voulu, dans sa suprême sagesse, ce Sacrement du Pardon. Il en a confié le ministère aux responsables de son Eglise (évêques et prêtres) et Il veut que nous le recevions selon les modalités définies par le Magistère de cette même Eglise à qui il a donné le pouvoir illimité de lier et de délier.

Lorsqu'une âme chrétienne s'est rendue coupable d'une faute grave après son Baptême, il n'y a pas d'autre refuge pour son salut que la Miséricorde de Dieu dont le Sacrement de Pénitence sera toujours l'instrument privilégié.

« La Confession sacramentelle, a dit Paul V1, c'est comme un passage obligé sur le chemin du salut ».

Il faut en effet que nous soyons bien convaincus de ceci : tous les actes de retour vers Dieu que nous pouvons accomplir sont par eux seuls incapables de nous faire retrouver l'état de grâce si Dieu Lui-même n'intervient pas pour restaurer ce que nos péchés ont détruit ou compromis.

Autrement dit, par le péché, notre pouvoir de défaire dépasse notre pouvoir de refaire. Nous nous engageons dans un chemin d'où nous ne pouvons pas revenir seuls.

Ce qui opère à proprement parler le pardon des péchés – même celui.des péchés véniels - ce n'est pas l'homme malgré tout ce qu'il peut avoir de bon, malgré son esprit de repentir et ses efforts de redressement, c'est uniquement la Grâce de Dieu, don absolument gratuit de son Amour miséricordieux, qui fait irruption en notre âme par l'absolution. C'est donc elle, l'absolution, qui, en vertu de l'efficacité infinie de la Croix du Christ, porte vraiment remède au péché en l'effaçant au point qu'il n'en reste plus rien.

C'est elle qui rénove l'âme en lui rendant la santé spirituelle, qui l'embellit et l'enrichit et qui lui confère en plus une Grâce spéciale, propre au Sacrement de Pénitence (dont je parlerai un peu plus loin).

De tout cela, il ressort que la disposition fondamentale qui est requise pour recevoir le Sacrement de Pénitence, c'est la Foi en Jésus Sauveur, la Foi en l'efficacité infinie du sang versé par le Christ pour la rémission des péchés. Il faut croire que l'Amour miséricordieux de Jésus est assez surabondant pour effacer tous les péchés quelle que soit leur quantité ou leur gravité.

« Si graves que soient les crimes d'une conscience humaine, écrit le Père Philippon, le sang du Christ, infiniment plus efficace que toute la malice des hommes, vient avec l'absolution du prêtre nous en apporter une rémission totale ».

Nous devrions donc nous approcher toujours de ce Sacrement, le regard de notre foi tourné tout entier vers la Croix de notre Bien-Aimé Sauveur, en nous considérant comme inondés par le sang rédempteur versé pour nous. « Il m'a aimé et Il s'est livré pour moi » dit saint Paul, et en détestant nos péchés parce qu'ils sont la cause de toutes les souffrances du Christ Rédempteur vers qui nous voulons revenir avec amour.

Or, détester ses péchés, c'est ce qu'on appelle avoir la contrition. C'est, là aussi, une condition indispensable pour recevoir avec fruit le Sacrement de Pénitence.

Avoir la contrition, c'est avoir le cœur broyé de tristesse à la vue de nos actes mauvais, c'est regretter profondément d'avoir refusé d'aimer, en désobéissant à Dieu notre Père, en ayant méprisé sa volonté, en ayant outragé sa bonté, en ayant été des ingrats. C'est aussi, redisons-le, regretter d'avoir été la véritable cause de toutes les souffrances et de la mort horrible de Jésus sur la Croix, d'avoir été en quelque sorte les complices de son assassinat.

Evidemment quand on dit « être broyé de tristesse », cela ne veut pas dire « sentir de la tristesse ». Là, comme pour l'amour de Dieu, il ne s'agit pas de sentiment, mais de volonté ; et la volonté est insensible.

En pratique, savez-vous quel est le moyen le plus sûr pour avoir une vraie contrition ! C'est de faire en quelques minutes un mini-chemin de Croix (ou ce qui revient au même, méditer les mystères douloureux du Rosaire) ; autrement dit, il faut nous représenter quelques-unes des souffrances physiques et spirituelles de Jésus et lui dire : « Seigneur c'est pour moi, à cause de moi et par moi que tu endures tout cela. Je viens de te crucifier à nouveau, mais je le regrette du fond du cœur. Aie pitié de moi dans ta grande miséricorde, pardonne-moi et...merci pour tant d'amour.

Nous avons vu que la grâce première du Sacrement de Pénitence c'est le Pardon total et définitif des péchés commis : péchés que nous avons reconnus, regrettés et confessés à un prêtre avec le ferme propos de ne plus recommencer. Il faut savoir également, car c'est très important - et on omet trop souvent de le souligner - que cette grâce principale s'accompagne toujours d'une grâce spéciale à ce Sacrement.

Cette grâce sacramentelle spéciale, c'est un remède exactement adapté aux péchés que nous avons accusés, le médicament spirituel spécifique des maladies de notre âme et de ses blessures actuelles, le fortifiant efficace pour nos faiblesses et les vitamines nécessaires pour le rachitisme perpétuel de nos âmes.

Même si ordinairement nous n'avons pas de blessure grave et mortelle à présenter à Jésus, notre Médecin spirituel, nous avons tous des maladies chroniques, ce qui nécessite constamment et régulièrement les médicaments que nous donne ce sacrement.

Bien que nous soyons enfants de Dieu, nous sommes tous des enfants chétifs en nos âmes, faibles, malingres, qui ne se développent pas. Reconnaissons humblement qu'au point de vue spirituel, nous n'avons pas bonne mine, nos âmes ont toutes un visage souffreteux et nous aurons toujours ici-bas grand besoin de ces fortifiants et vitamines de l'âme que Jésus nous a obtenus dans le mystère de son Sacrifice d'Amour et nous communique par ce Sacrement de Pénitence institué, redisons-le, exprès pour cela. Ils sont trop nombreux les catholiques, même bons pratiquants, qui ne cherchent en recevant ce Sacrement qu'à effacer leurs péchés, passer l'éponge, se mettre en règle avec Dieu, soulager leur conscience se tranquilliser, être prêts, ne pas risquer le Châtiment éternel...

Même si cela n'est pas à négliger, c'est quand même minimiser ce Sacrement admirable, car ce dont il s'agit, en fait, c'est de transformer le mal de notre âme en bien, le refus d'aimer en amour ; il s'agit de changer la mort de notre âme en vie qui ne finira pas.

Et puis, passer l'éponge, prendre une douche ou un bain quand on est gravement malade ou même simplement affaibli ou enfant qui ne se développe pas, est-ce que ça suffit ? Dieu le sait mieux que nous. C'est saint François de Sales qui disait : « Ce Sacrement n'est pas seulement l'éponge qui efface, il est surtout le cordial qui fortifie ».

Disons-nous bien que rien ne saurait remplacer ces remèdes, ces fortifiants, ces vitamines qui sont la grâce propre du Sacrement de Pénitence ; ni des prières très ferventes, ni même l'Eucharistie et la Communion fréquente.

Jésus n'a pas institué deux choses ayant le même but et des effets identiques. L'Eucharistie certes est la nourriture de nos âmes ; mais quand on a une maladie, même non mortelle : pneumonie par exemple ou hépatite virale, si le médecin nous dit simplement : « mangez bien, nourrissez-vous bien » croyons-nous que cela suffira pour nous guérir ? Ne faut-il pas un remède ? De même des enfants chétifs et qui ne grandissent pas, il ne leur suffit pas de bien manger, ils ont besoin en plus de fortifiants et de vitamines. C'est ce que Jésus, dans son Amour, a prévu pour nous en inventant ce sacrement.

Il me reste à vous parler d'un dernier aspect de ce merveilleux Sacrement : de ce qu'on appelle le troisième acte du pénitent, le premier étant la contrition et le second l'aveu de ses péchés à un prêtre, il consiste, ce troisième acte, à faire sa pénitence, c'est-â-dire à accomplir une satisfaction ou réparation.

Pour en saisir toute l'importance, il faut se rappeler ce que l'Eglise a toujours enseigné, à savoir qu'il existe des peines temporelles méritées par nos péchés.

Certes, nos péchés sont réellement pardonnés, entièrement effacés par la grâce de l'absolution, mais leurs conséquences sont loin d'être éliminées de ce fait. Ces suites du péché sont au nombre de trois :

- l'amitié pour Dieu se trouve diminuée.

- dans notre âme la tendance vicieuse est renforcée d'autant, amoindrissant notre liberté, préparant les rechutes.

- enfin, le désordre du monde en est accru...

Tout cela est diversement, mais réellement, désastreux. Le péché porte ainsi en lui-même son châtiment. Pour que puisse être vraiment réparé tout ce mal, il faudra donc peiner, faire pénitence. Le Dieu infiniment juste exige que le pécheur pénitent expie ses péchés ; il en sera puni soit en cette vie, soit après la mort au Purgatoire s'il n'a pas volontairement purgé sa peine par des actes de pénitence.

La Pénitence sacramentelle, c'est-à-dire celle que le confesseur impose au coupable repenti et qui va être absous, constitue la satisfaction proprement dite. Elle est la réparation de l'offense que le pécheur a faite à Dieu en refusant de l'aimer, en violant donc l'ordre de l'Amour établi par Dieu et restauré par le Christ dans le mystère de la Rédemption.

Le pécheur pardonné doit, s'il a compris le sens du péché, se sentir poussé à réparer l'atteinte que son péché a faite à cet ordre. Il y satisfait précisément au moyen de la pénitence sacramentelle. Encore faut-il remarquer qu'au fond ce n'est pas lui qui répare à proprement parler, car la réparation accomplie par le Christ concerne absolument tous les péchés de tous les hommes, du premier jusqu'au dernier. Par la pénitence sacramentelle, et précisément parce qu'elle est sacramentelle, c'est-à-dire. Le signe efficace de la réparation du Christ, le pécheur repenti ne fait que participer à cette réparation ; il ne fait qu'appliquer à son péché le bénéfice de la réparation du Christ, notre Unique Sauveur.

La valeur rédemptrice du Sacrifice de Jésus nous est donc appliquée de manière spéciale dans le Sacrement de Pénitence à travers les prières ou les actes qui nous sont imposés par le confesseur. De plus, grâce à ce Sacrement, a valeur de réparation « tout ce que nous faisons de bien ou supportons de pénible » c'est-à-dire tous les actes quotidiens que nous faisons par la grâce de Dieu et pour sa gloire, en premier lieu l'accomplissement de notre devoir d'état, et puis toutes ces difficultés que nous rencontrons, toutes ces souffrances et toutes ces épreuves qui, acceptées généreusement et offertes nous configurent au Christ Rédempteur.

Ainsi donc, par ses divers aspects qui sont complémentaires, le Sacrement de la Miséricorde apparaît-il à nos yeux de croyants comme un prolongement de l'Incarnation Rédemptrice et de la continuelle action purificatrice du Christ, en permanence à la disposition des pécheurs, venant encore parmi nous « chercher et sauver ce qui était perdu ».

Que conclure au terme de ces réflexions qui n'ont aucunement la prétention d'épuiser le sujet ? Je pense que si nous voulons maintenir notre âme en bonne santé, c'est-à-dire en état de grâce - et ce doit être pour nous la priorité des priorités«.si nous voulons, non seulement demeurer dans l'amitié divine, mais la cultiver jusqu'à nous identifier de plus en plus à Jésus, notre parfait modèle, jusqu'à pouvoir dire comme saint Paul « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi », nous avons besoin absolument de recourir, et très souvent, au Sacrement de Pénitence. Nous n'en serons jamais assez convaincus : c'est le Sacrement qui tout de suite après l'Eucharistie joue le rôle le plus actif dans les progrès de notre vie spirituelle.

Puissions-nous donc, à l'occasion de l'Année Sainte, prendre l'habitude - si ce n'est déjà fait - de nous confesser fréquemment ; au moins une fois par mois, comme Marie semble nous l'indiquer à Fatima en nous demandant la pratique du premier samedi.

Par le moyen irremplaçable de ces rencontres répétées de notre misère avec l'Infinie Miséricorde, nous réaliserons plus rapidement et plus profondément notre réforme intérieure. De plus, ayant mieux pris conscience de la gravité du péché - le nôtre et celui du monde - et du devoir qui nous incombe de le réparer, nous serons plus généreux pour répondre aux appels pressants que la Mère de Miséricorde nous a adressés à Lourdes et à Fatima « Sacrifiez-vous pour les pécheurs. Pénitence, Pénitence, Pénitence ».

A l'école de la Co-rédemptrice, guidés et formés par Elle, unis de plus en plus à son Cœur Douloureux et Immaculé, nous apprendrons à devenir nous aussi, et selon notre mesure de grâce, des co-rédempteurs pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes.

Abbé Pierre Cousty

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Tout sur la confession Conférences
commenter cet article
25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 23:02

Dans sa profonde connaissance du cœur humain Jésus sait à quel point nous sommes avides de bonheur et réfractaires à la souffrance dont nous ne connaissons pas le prix.

Voilà pourquoi le Maître-Mot de son message, c’est le mot « heureux » qui tel un refrain de chant triomphal, éclate à huit reprises dans ce passage de l’Evangile que nous connaissons bien et qu’on appelle : LES BÉATITUDES.

En nous les proposant comme « une règle parfaite de vie chrétienne » selon le mot de saint Augustin, Notre Seigneur manifeste très clairement son opposition irréductible à l’esprit mondain.

Le « monde » en effet, appelle bienheureux ceux qui ont en abondance richesses et honneurs, sont saturés de bien-être et de plaisirs et n’ont aucune occasion de souffrir.

Jésus dans son admirable sagesse qui est folie pour les hommes, nous offre, la spiritualité des Béatitudes pour mettre en lumière la vanité des maximes du monde et pour nous encourager à adopter une toute autre échelle de valeurs par la considération de cette vie comme un lieu de passage et de mérite où la Croix et l’Amour sont les seuls points de repère valables.

N’allons pas croire cependant que les Béatitudes, parce qu’elles situent le bonheur véritable sur de très hauts sommets à arêtes vives ne peuvent être l’apanage que d’une élite : ce serait oublier que Jésus a donné à tous ceux qui se réclament de LUI, la LOI D’AMOUR qui est un appel à vivre l’absolu de Dieu, un appel à la sainteté.

Nous savons tous que c’est une vérité sur laquelle Vatican II a particulièrement insisté : « Tous ceux qui croient au Christ, est-il dit dans la constitution de l’Eglise, quel que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père ».

Ne pensons pas non plus que les Béatitudes, parce qu’elles sont exigeantes, rendent la vie chrétienne peu attrayante et peu enthousiasmante. Nous allons voir au contraire, en essayant d’approfondir le contenu de chacune d’elles, qu’elles constituent au milieu des vicissitudes de la terre un certain établissement dans le bonheur du ciel, car elles nous font goûter dès ici-bas à travers des efforts souvent douloureux, le bonheur intime promis par le Christ : « Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ».[1]

Bonheur qui s’accomplira au ciel dans la possession plénière et définitive.

« HEUREUX LES PAUVRES DE CŒUR CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST À EUX »

Pourquoi, en énonçant cette « Charte de Bonheur » que sont les Béatitudes Jésus a-t-il voulu commencer par béatifier les pauvres de cœur ?

Ne serait ce pas pour bien nous montrer que la Béatitude des pauvres est comme le grand porche de la perfection évangélique ?

Il faut la vivre à fond, en effet, pour pouvoir vivre toutes les autres.

En la méditant, les disciples du Christ, qu’ils soient matériellement riches ou pauvres, doivent comprendre ceci : le Dieu qui nous aime follement, qui veut régner en notre âme par la plénitude de son amour et de sa joie, n’est pas d’emblée accueilli.

Quand il se présente, il trouve la place prise. Oui, Dieu est cet ami, qui se tient à la porte et qui frappe, comme il est dit dans l’Apocalypse, et qui doit insister parce qu’il n’est pas reçu tout de suite… Et la porte une fois entrouverte, c’est peu à peu qu’il doit conquérir toutes les zones de notre être, tous les domaines de notre activité.

Il faut donc que ce qui, en nous, lui fait obstacle, c’est-à-dire le péché, s’estompe et s’efface. Car le péché ce n’est pas seulement ce qui salit ou défigure, c’est plus profondément peut-être ce qui encombre.

Dieu ne peut trouver place que dans des êtres désencombrés, ceux qui se sont volontairement vidés de tout ce qui n’est pas LUI ou ne conduit pas à LUI.

Et ce qui en nous creuse à Dieu sa place, toute sa place, c’est précisément cette pauvreté à tous les niveaux que Jésus exalte à chaque page de l’Evangile et qu’il a pratiqué Lui-même d’une manière si stupéfiante de la crèche jusqu’à la Croix.

Et s’Il exige de nous une telle pauvreté ce n’est pas pour le plaisir de nous priver, c’est parce qu’Il sait fort bien que sans elle l’amitié bouleversante qu’Il nous propose – et sans laquelle la vie humaine est manquée – ne pourra jamais se déployer.

Autrement dit, ce n’est que pour nous remplir de divin que le Seigneur nous demande de nous déposséder radicalement de l’humain.

Ce travail commence au niveau des biens matériels. C’est là, en effet, que doit s’amorcer la dépossession. L’homme est profondément un : il s’établit toujours une étonnante correspondance entre les actes qu’il pose au niveau du corps et ceux qu’il pose au niveau de l’esprit. Il lui sera plus facile d’avoir cette âme de pauvre, sans laquelle le Royaume lui resterait fermé, si dans le style même de sa vie, la pauvreté met sa marque. Mais la pauvreté du cœur ne saurait se limiter au détachement des biens matériels, elle embrasse aussi le détachement des biens moraux et même spirituels. Celui qui prétend affirmer sa personnalité, tient à l’estime et à la considération des autres, conserve de l’attachement à sa propre volonté, à ses idées personnelles ou qui tient trop à son indépendance, n’a pas un cœur de pauvre : il est riche de lui-même, d’amour propre et d’orgueil. De même, celui qui est encore en quête de l’affection des créatures, de la joie et des satisfactions qu’elles peuvent donner ou qui, dans sa vie de piété, dans ses rapports avec Dieu, recherche des consolations et les goûts spirituels, celui-là n’a pas un cœur de pauvre.

La pauvreté parfaite consiste donc à être entièrement dépouillé de tous les désirs, sauf un seul, posséder Dieu, même si Dieu ne se laisse trouver que dans les ténèbres, l’aridité, le désarroi et la souffrance.

Par cette pauvreté l’âme est rendue libre de tout ce qui n’est pas Dieu.

Et c’est pour cela qu’elle est bienheureuse dès cette terre, car elle possède « le Royaume des Cieux » ce qui veut dire qu’elle est comblée de l’infinie richesse de Dieu, car le Royaume de Dieu, c’est Dieu lui-même ; avoir le Royaume de Dieu, c’est être habité par Dieu, c’est avoir sa Vie en soi, selon la parole même de Jésus : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous. »

Cette première Béatitude, personne parmi les disciples du Christ ne l’a vécue aussi parfaitement que Celle qui n’a jamais désiré posséder quoi que ce soit en propre, qui n’a jamais eu le cœur encombré par quoi que ce soit : MARIE, l’humble servante du Seigneur.

Voilà pourquoi nous ne saurions trouver meilleur « moule » que son Cœur maternel pour nous former à un véritable esprit de pauvreté. Confions-nous donc à son art consommé d’Educatrice Spirituelle. Elle seule, en effet, détient le secret pour réaliser en nous, en peu de temps, avec douceur et facilité, cette opération surnaturelle qui consiste à se vider de soi-même pour se remplir de Dieu.

Relire à ce propos les numéros 82 et 118 du « Traité de la Vraie Dévotion » de saint Louis - Marie Grignion de Montfort. 

« HEUREUX LES DOUX CAR ILS POSSÈDERONT LA TERRE »

La douceur, voilà un mot qui sonne étrangement dans notre monde où la violence apparaît comme l’unique solution à leurs conflits, où on en vient pour de multiples raisons à tout estimer en rapports de force.

Et pourtant, il n’y a sur ce point, comme sur tant d’autres, aucune échappatoire possible ; on ne peut être un véritable disciple du Christ « doux et humble de cœur » que si on pratique, à son exemple, cette vertu qui est la fleur de la charité. En quoi consiste cette douceur ? Elle ne saurait être comme certains le pensent l’apathie, la mièvrerie, l’indifférence, la mollesse ou la faiblesse de caractère. Elle est au contraire une force à nulle autre pareille. Pour peu qu’on scrute la Bible, on découvre que l’attitude contraire à la douceur est définie par ce qu'on appelle la raideur et d'abord la raideur en face de Dieu. « Je vois bien, dit le Seigneur à Moïse, que ce peuple a la nuque raide. » On est doux par conséquent lorsqu’on ne se défend pas contre Dieu, lorsqu’on est docile dans l’obéissance à ses commandements. A côté de la raideur apparaît une autre attitude voisine de celle-là : l’endurcissement. Ce mot terrible revient fréquemment dans les Livres Saints. L’homme, ici, fait beaucoup plus que se cabrer devant tel ou tel vouloir de Dieu : il s’entoure d’une carapace qui le rend inabordable. Il se fait, selon l’expression d’Ézéchiel « un cœur de pierre. » Cela veut dire qu’il est incapable de s’ouvrir à la miséricorde, de céder à l’amour. La douceur, cette fois, c’est de se laisser faire : non seulement on ne se défend pas contre Dieu, mais on se veut positivement tout accueil, on se rend « malléable » entre les mains de Dieu…

Celui qui se montre ainsi docile vis-à-vis de Dieu est capable d’être doux envers les hommes. Les deux images retenues il y a un instant gardent ici leur valeur : ne pas avoir la nuque raide, ne pas avoir un cœur de pierre. Innombrables sont les applications qui peuvent être faites de telles formules : bannir de ses mœurs la dureté, l’amertume, ne pas chercher à avoir toujours raison, rechercher sans jamais se lasser ce qui unit et non ce qui sépare, savoir offrir un accueil simple, total, transparent ; si l’on détient quelque pouvoir, veiller à ce qu’il ne devienne jamais oppressant, s’efforcer toujours « de vaincre le mal par le bien.» Tout cela suppose maîtrise de soi, calme, patience, mesure, équilibre. Sans cette domination intérieure sur toutes les impulsions de l’âme : mouvements d’animosité, de colère, d’indignation etc.… on pourra garder une apparente douceur, mais on ne possédera pas cette mansuétude profonde qui résiste calmement à tous les chocs de la vie. Du reste, cette pleine maîtrise de soi (qui nous permet de posséder d’abord cette « terre » qu’est notre propre cœur) est justement celle qui nous permettra aussi de posséder la terre dans le sens le plus vaste et le plus beau : c’est-à-dire de gagner le cœur des hommes en les influençant, en les orientant vers la Vérité, vers le Bien et donc vers Dieu par la seule force de l’amour.

Cette vertu surnaturelle de douceur qui, selon M. OLIER « est la consommation du chrétien, car elle présuppose en lui l’anéantissement de tout le propre et la mort à tout intérêt » est malaisée à acquérir ; mais avec la grâce de Dieu – qui nous est toujours accordée si nous la demandons avec humilité, confiance et persévérance – nous pouvons nous rapprocher, c’est sûr, de l’idéal proposé par le Christ, idéal qui Lui-même et sa Très Sainte Mère, la Vierge « douce entre tous » ont vécu à la perfection. Nous savons que de nombreux saints étaient par tempérament des violents, mais leur fidèle correspondance à la grâce en a fait des modèles de douceur. Que leur exemple nous soit un encouragement !

« HEUREUX CEUX QUI PLEURENT CAR ILS SERONT CONSOLÉS »

La troisième béatitude – la plus « choquante » de toutes, tant elle va à l’encontre du sens commun qui ne peut associer bonheur et souffrance – a reçu plusieurs traductions :

Heureux les affligés (Bible de Jérusalem)

Heureux ceux qui pleurent (Bible Œcuménique)

Littéralement il faudrait traduire :

Heureux ceux qui sont dans le deuil.

Et quoi d’étonnant à cela ? Le deuil ne désigne-t-il pas la souffrance la plus aiguë, elle que l’on éprouve devant la mort d’un être cher, là où il n’y a plus qu’à pleurer. En énonçant cette béatitude des larmes, on ne peut s’empêcher d’évoquer le LIVRE de la CONSOLATION d’ISRAEL qui commence par ces paroles : « Consolez, consolez mon peuple dit votre Dieu… » Ou encore ce texte prophétique d’ISAÏE concernant le Christ : « Il m’a envoyé porter aux malheureux la bonne nouvelle, réconforter les cœurs meurtris… »[2]

Ceux qui pleurent et cependant sont appelés « bienheureux » sont tous ceux qui souffrent de quelque manière, soit dans leurs corps, soit dans leur cœur, mais qui à cette souffrance savent donner tout son sens et toute sa valeur en y reconnaissant une grâce et une visite de Dieu et surtout en l’unissant à la Passion du Christ et à la Compassion de Marie. Non qu’ils ne ressentent cruellement la douleur et qu’en eux parfois la nature ne demande grâce. Jésus n’a-t-il pas supplié son Père d’éloigner de Lui le calice ? Il n’exige pas non plus que nous demeurions insensibles et sans plaintes, pourvu que notre dernier mot soit pour dire : « Que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite, Seigneur, mais la tienne. »

Si nous acceptons ainsi la souffrance, si nous savons mêler les larmes qui en sont la conséquence à celles de Notre Seigneur et de son héroïque Mère, heureux sommes-nous ! D’abord parce que nous avons cette ferme espérance qu’un jour viendra où nous serons pleinement consolés. St Paul nous dit en effet que « la plus légère affliction nous prépare au-delà de toute mesure un poids éternel de gloire. »

Au bout du chemin il y a notre Maison d’éternité ou : « Dieu essuiera toute larme de nos yeux. De mort il n’y en aura plus, de pleurs, de cris et de peines, il n’y en aura plus. »[3]

Mais nous avons en outre cette certitude que Jésus par sa divine présence vient adoucir notre peine et alléger notre fardeau. Au creux même de la souffrance, il ne manque jamais, Lui qui est par excellence « la consolation d’Israël »[4] , de nous soutenir, de nous fortifier et même de nous combler à certains moments d’une joie très profonde, réalisant ainsi sa promesse du discours après la Cène : « En vérité je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira… Vous, maintenant, vous voilà tristes, mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. »[5]

Et n’a-t-il pas promis également dans ce même discours : « Je vous enverrai du Père un autre Consolateur pour qu’Il soit avec vous à jamais. »

Cette consolation efficacement apportée par la grâce et les dons du Saint-Esprit à tous ceux qui souffrent faisaient dire à saint Augustin : « Celui qui n'aime jamais ne peine,  ou alors s’il peine, il aime sa peine. »

Et à Sainte Marie-Madeleine de Pazzi : « Vous faites, Seigneur, que les larmes elles-mêmes soient notre consolation et la guerre notre paix. Celui qui vous aime, Seigneur, trouve dans le feu le plus ardent des tribulations la brise fraîche et la rosée des célestes consolations ! »

Ce qu’il importe également de bien comprendre, c’est que parmi les larmes que nous versons, il en est qui sont plus précieuses, parce que plus parfaitement selon Dieu. Ce sont, d’une part celles qui sont provoquées par la contrition de nos péchés personnels, et d’autre part celles que nous versons sur les péchés de nos frères, sur leur refus de Dieu, leur misère spirituelle ou leur indifférence… Oui, heureux sommes-nous si nous pleurons parce que nous n’aimons pas assez Dieu ou parce que Dieu n’est pas aimé ; ces pleurs seront changés en joie dans l’au-delà et souvent dès cette terre comme ce fut le cas pour sainte Monique.

Puisse la Vierge Immaculée, qui est la « cause de notre joie », par sa maternité divine, nous aider à découvrir le secret des joies véritables et des larmes qui préparent ces joies. Elle a tellement souffert et pleuré ; au milieu de ses jours glorieux, elle n’oublie pas les tristesses de la terre et intercède pour que ses enfants en comprennent la fécondité et le prix.

« HEUREUX CEUX QUI ONT FAIM ET SOIF DE JUSTICE, ILS SERONT RASSASIÉS »

Dans la Bible, le mot de justice est synonyme de perfection, de sainteté. Un homme juste c’est un homme dont la conscience obéit à la Loi de Dieu, un homme dont les vouloirs s’ajustent véritablement sur ceux de Dieu. C’est en ce sens que saint Matthieu nous dit que Joseph, l’époux de Marie, était un homme juste. Ce sens n’exclue pas mais comporte – cela va de soi – le respect de la justice sociale et des droits de chacun.

Dans l’Evangile, Jésus nous est présenté comme la Sainteté personnifiée venue parmi les hommes. Il est « le Saint de Dieu » expression employée aussi bien par les démons (voir Luc Chap. 4. 34) que par les Apôtres (voir Jean chap.6. 69). Son désir d’être parfaitement ajusté au Père est si profond que l’accomplissement de sa Volonté lui est plus nécessaire que ne le sont pour nous le manger et le boire : « Ma nourriture, déclare-t-il, est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé. » Son unique intention est de faire ce qui plaît au Père[6]dans des sentiments d’amour absolu, ainsi qu’il l’affirme avant de se livrer à la mort : « Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que j’agis comme le Père m’a ordonné. »[7]

Sa faim et sa soif de justice ne seront satisfaites que sur la Croix quand il pourra s’écrier que « tout est consommé » et remettra son âme entre les mains du Père. Communiant pleinement aux sentiments de son divin Fils, la Vierge Marie que l’on invoque dans les Litanies sous le titre très significatif de « Miroir de Justice », a été dévorée tout au long de sa vie d’un désir immense, toujours croissant de parfaite sainteté. Sa faim et sa soif de plaire à Dieu par le don total d’Elle-même, de Lui être de plus en plus unie par les vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité et toutes les autres vertus étaient semblables au feu qui ne dit jamais « assez ». Elle fut par excellence une âme de désir, le plus profond abîme qui se soit offert aux regards du Dieu infiniment aimant. Et c’est pourquoi Il s’est déversé en Elle comme un torrent, l’inondant de sa plénitude : « Salut, pleine de grâce ! » Dans le sillage de Jésus, « l’homme des Béatitudes » et de sa Très Sainte Mère, les saints ont tous été des affamés et des assoiffés de justice, n’aspirant profondément qu’à une chose : que Dieu prenne totalement possession de leur cœur et se serve d’eux, à son gré, pour l’extension de son règne d’amour. Rappelons-nous ici, par exemple, la manière admirable dont sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, messagère en notre temps de la voie d’enfance spirituelle – de la petite voie par les petits – nous parle de ses « désirs infinis que Dieu n’inspirerait pas s’Il ne voulait les combler. » Heureux sommes-nous si nous ne cessons de creuser en nous une telle faim et soif de Dieu ! L’affamé est content lorsqu’il peut se rassasier d’une nourriture substantielle : ainsi l’âme qui se laisse conduire docilement par le Saint-Esprit est-elle heureuse lorsqu’elle a l’occasion de satisfaire sa faim de Lumière et d’Amour, sa faim de Vie divine. Elle est satisfaite quand elle peut s’ajuster aussi parfaitement que possible à la volonté de Dieu. Elle exulte quand elle peut par son immolation se sacrifier pour la plus grande gloire de Dieu et le désir de Dieu en le recevant dans l’Eucharistie ou en se plongeant en Lui dans l’intimité de la prière.

C’est une joie pure, puisqu’elle n’est pas recherchée ; elle est le fruit de l’accomplissement du devoir et du dont total de soi-même. Mais pour la goûter, il faut être décidé à n’en vouloir, n’en rechercher, n’en accepter aucune autre. Est-ce bien notre cas ? Ne sommes-nous pas encore trop avides des choses du monde, des joies d’ici-bas ? Notre faim de sainteté s’en trouve affaiblie et nos passions se mettent en quête de satisfactions humaines. Nous savons pourtant que les créatures ne pourront jamais nous combler et nous laisseront toujours mécontents. « Travaillez, nous dit Jésus, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure jusque dans la vie éternelle. »

Prions très fort l’Esprit-Saint, par Marie afin qu’Il éteigne en nous la faim et la soif des « nourritures terrestres » et augmente celle des nourritures surnaturelles jusqu’au moment de notre entrée au ciel où notre rassasiement sera parfait.

HEUREUX LES MISÉRICORDIEUX CAR ILS OBTIENDRONT MISÉRICORDE »

En nous donnant son commandement à Lui, la veille de sa mort, Jésus n’a pas dit seulement : « Aimez-vous les uns les autres. » Il a dit : « Aimez-vous comme je vous ai aimés. »

C’est donc un amour semblable au sien que nous devons reproduire dans nos relations mutuelles. Or, par toute sa vie, et surtout par son sacrifice de la Croix, Jésus nous montre que la caractéristique de son amour, manifestant de façon bouleversante l’amour de Dieu pour les hommes, c’est la MISERICORDE. Toutes les créatures sont pure misère devant Dieu et incapables de subsister sans son intervention continuelle : et nous les hommes, que sommes-nous ? Non seulement une misère incapable de subsister mais capable de pécher ; livrés à nous-mêmes nous dit saint Jean Eudes : « Nous ne sommes rien, ne pouvons rien, ne valons rien, n’avons rien hormis le péché. » Nous sommes donc misère dans le sens le plus profond du mot. Par conséquent, lorsque Dieu nous aime, son Amour est essentiellement et nécessairement un acte de miséricorde, c’est-à-dire d’amour se penche sur nous pour nous relever, nous soutenir et nous enrichir de sa richesse infinie de grâce. Désireux de sculpter en nos âmes les traits mêmes de Jésus, le Saint-Esprit qui agit toujours par Marie, nous apprend à reproduire à notre tour cette miséricorde si émouvante de notre Père des Cieux. « Soyez miséricordieux comme votre Père des Cieux est miséricordieux. » Il nous pousse doucement et continuellement à aimer tous nos frères humains avec le cœur miséricordieux du Sauveur. Et cet amour profond pour tous ceux en qui nous discernons quelque misère, Il nous porte à l’exercer concrètement dans ce que l’Eglise appelle les Œuvres de Miséricorde : sept œuvres de miséricorde spirituelle, qui embrassent, en fait les besoins humains les plus essentiels ou les plus aigus, auxquels il est aisé de rattacher tous les autres. Saint Thomas d’Aquin en donne la liste suivant qui devrait figurer dans tout examen de conscience sérieux : Il s’agit pour ce qui est des œuvres de miséricorde corporelle :

  • De nourrir celui qui a faim,
  • D’abreuver celui qui a soif,
  • De vêtir celui qui est nu,
  • D’accueillir l’étranger,
  • De visiter l’infirme,
  • De racheter le captif,
  • D’ensevelir le corps du défunt.

Quant aux œuvres de miséricorde spirituelle, elles consistent à :

  • Instruire l’ignorant,
  • Conseiller l’hésitant,
  • Consoler l’affligé,
  • Corriger celui qui dévie,
  • Pardonner à qui nous offense,
  • Supporter ceux qui nous sont à charge et nous attristent,
  • Et à prier pour tous.

Ceci étant dit, nous comprendrons peut-être mieux que la miséricorde chrétienne, parce qu’elle résulte de la divine charité, est bien plus qu’une émotion passagère devant une grande douleur. Elle est une vertu attentive et forte qui vit intérieurement la misère humaine et qui est capable d’en comprendre le fond. Or le fond de la misère humaine ce n’est pas l’indigence, la faiblesse ou même la souffrance, c’est le péché qui prive l’âme de la vie surnaturelle. Même si cette misère qui est la plus grande de toutes n’est pas clairement discernée par le pécheur, elle est en lui un terrible poids… Par sa bonté, par sa prière et sa pénitence, le chrétien peut beaucoup pour aider son frère pécheur à se libérer des lourdes chaînes de son esclavage. Cette forme sublime de miséricorde est d’une pressante actualité, car la séparation d’avec Dieu ou tout au moins l’oubli de Dieu dans l’humanité d’aujourd’hui a atteint un degré où n’était même pas descendu le paganisme antique. Nous en avons tous conscience : l’humanité, qui avait reçu la révélation chrétienne, a préféré au bonheur divin la recherche d’un bonheur humain, soit en se passant de Dieu, soit en voulant faire de Dieu le serviteur d’un tel bonheur. Elle roule ainsi vers des abîmes de malheur jamais atteints. Placés en cette situation terrestre infernale qui gagne en ce moment toute la terre par tyrannie ou par contagion, nous devons comprendre que par cela même l’Eglise, Corps mystique, est appelée à vivre avec une intensité maximale la miséricordieuse Passion du Christ et la Compassion miséricordieuse de Marie, la Co-rédemptrice. C’est la raison pour laquelle les saints Cœurs de Jésus et de Marie nous demandent instamment de donner à notre vie chrétienne cette dimension réparatrice qui consiste à compenser par une sorte de trop plein d’amour débordant de notre cœur le manque d’amour qui affecte si misérablement nos frères indifférents ou apostats. Autrement dit, nous devons prier et nous sacrifier pour ceux qui ne prient pas et ne se sacrifient pas ; nous devons croire, adorer, espérer et aimer pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui n’aiment pas, de telle sorte qu’avec ce sang de notre amour mêlé à son amour rédempteur et à l’amour co-rédempteur de Marie, Jésus soit en mesure de revivifier tant et tant d’âmes qui sont mortes à la Vie divine à cause de leurs péchés. Il n’y a pas de charité plus parfaite que cette forme de miséricorde.

Puissent ces quelques réflexions nous inciter à pratiquer la miséricorde dans toutes ses dimensions avec toute la générosité dont nous sommes capables. Nous savons qu’elle nous envahira à son tour avec la joie intime qu’elle procure et cela dans la mesure où nous l’aurons nous-mêmes donnée. C’est à son sujet, en effet, que Jésus a dit :  « Donnez et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on versera dans votre sein, car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. »[8]

« HEUREUX LES CŒURS PURS CAR ILS VERRONT DIEU »

En proclamant cette béatitude ne devrions-nous penser, tout d’abord à ce cristal infiniment pur qu’est l’âme de Jésus, image parfaite de Dieu, « rayonnement de sa Gloire et empreinte de sa Substance ? »[9]

La pauvreté de Notre-Seigneur est si parfaite qu’il a pu dire aux Juifs sans craindre de démenti : « Qui de vous me convaincra de pécher ? » Il est, nous dit la Lettre aux Hébreux : « Le Grand Prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, sans tache, sans rien de commun avec les pécheurs. » Rien n’a jamais pu troubler la droiture de son cœur, nulle intention imparfaite n’est venue diminuer le prix de sa vie sainte. Le Fils Bien-Aimé n’a parlé et agi que pour la gloire de son Père et dans une obéissance absolue à sa volonté. Si nous voulons comprendre ce que recouvre l’expression évangélique « avoir le cœur pur » il n’est pas de plus sûr moyen que de contempler assidûment cette sublime pureté du Christ qui se reflète magnifiquement dans l’âme de sa Très Sainte Mère, Marie, la Vierge Immaculée. Avoir le cœur pur, c’est bien sûr, pratiquer selon son état la vertu de Chasteté qui maîtrise la sexualité en exigeant qu’aucun égoïsme, qu’aucun amour désordonné de soi-même ou des autres ne vienne se mêler à nos pensées, à nos sentiments, à nos paroles et à nos actes. Pour devenir pur sous cet aspect, il faut nécessairement passer par une première étape de détachement, de mortification des sens et des instincts. Mais cet effort a pour but de procurer à l’amour une pleine maîtrise sur nos sentiments et de donner ainsi libre champ à sa puissance. La pureté, d’ailleurs, ne se comprend bien qu’en liaison avec l’amour : « Comme on parle d’un métal précieux passé au creuset pour être purifié, ainsi l’amour en nous a-t-il besoin d’être soumis à diverses purifications à l’égard de nos instincts de possessivité, de domination ou de jouissance vile pour acquérir sa pleine valeur.

L’amour tend naturellement à la pureté comme à sa vérité et à sa plénitude. »[10]

Mais la pureté de cœur que Jésus béatifie se situe bien au-delà de la chasteté du corps et du cœur vécue dans le mariage, le célibat ou la vie consacrée. Le cœur c’est le fond de l’être, ce qui fait notre personnalité : c’est là que résident les mobiles profonds qui orientent et animent nos décisions, nos choix et nos comportements. Un cœur pur, c’est un cœur habité par Dieu, éclairé de ses lumières, ouvert au surnaturel ainsi qu’à tout ce qui est beau, bien, vrai, grand, noble… Un cœur pur, c’est un cœur décanté de tout égoïsme, de tout orgueil, de tout appât des biens de ce monde, sans arrière-pensée, calcul ou recherche du moi et qui est libre, dès lors, pour aimer Dieu par-dessus tout et pour aimer les autres comme Jésus les aime.

Jésus le compare à un œil simple et clair qui rend tout le corps lumineux : « Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier est aussi dans la lumière ; mais s’il est malade ton corps aussi est dans les ténèbres.

Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit pas ténèbres. Si donc ton corps tout entier est dans la lumière, sans mélange de ténèbres, il sera tout entier lumineux. »[11] « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » C’est à eux, en effet, que s’applique la parole du Psaume 17 : « Moi dans la justice je contemplerai ta face, au réveil je me rassasierai de ton image. » Mais ne peut-on pas dire qu’ils Le voient déjà ! L’expérience prouve, en effet, que la pureté de cœur donne des yeux perçants pour les choses divines. Les âmes qui vivent dans une grande fidélité à Dieu et Lui sont très unies reçoivent à Lui une admirable perspicacité spirituelle. L’Esprit-Saint les comble de ses lumières qui confondent la sagesse du monde, de sorte que les ignorants à l’âme limpide perçoivent parfois ce qui demeure caché aux doctes moins unis à Dieu. Ils ont une connaissance étonnante des mystères divins, du dessein rédempteur et de la conduite de Dieu sur les âmes.Leurs conseils portent la marque de l’Esprit divin et apportent une clarté surprenante à ceux qui les sollicitent. Vraiment, il y a en ces âmes comme une anticipation de la vision de Dieu face à face dans la Vie Eternelle. On peut donc conclure avec Bossuet : « Qu’elle est belle, qu’elle est ravissante cette fontaine incorruptible d’un cœur pur ! Dieu se plaît à s’y voir Lui-même dans toute sa beauté. Ce beau miroir devient un soleil par les rayons qui le pénètrent : il est tout resplendissant. La pureté de Dieu se joint à la nôtre qu’il a Lui-même opérée en nous, et nos regards épurés le verront briller en nous-mêmes et y luire d’une éternelle lumière. Bienheureux donc ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. »

« HEUREUX LES ARTISANS DE PAIX, ILS SERONT APPELES FILS DE DIEU »

La paix chrétienne diffère de la paix mondaine : « Je vous laisse la paix, a dit Jésus, Je vous donne ma paix, Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. »

Cette paix du Christ, saint Augustin l’a définie comme étant « la tranquillité de l’ordre. » Elle est comparable, en effet, au bien-être qui résulte d’un organisme en parfaite santé ou encore à la tranquillité qui règne dans une famille où les enfants sont pleinement soumis à leurs parents, lesquels se montrent, quant à eux, exemplaires en tout point. Le chrétien qui vit de foi, d’espérance et de charité et qui se laisse guider par le Saint-Esprit juge de tout par rapport à la cause suprême qui est Dieu et dès lors tout dans sa vie : ses affections, ses pensées, ses désirs et ses actes, tout se trouve ordonné selon Dieu. De cet ordre, le seul Vrai, résulte en son âme une grande paix intérieure, « l’inaltérable paix de Dieu, dont parle saint Paul, qui surpasse tout sentiment. »

Cette « paix des profondeurs » est faire d’un élément négatif : l’absence de trouble et d’un élément positif : le repos de la volonté dans la possession stable du bien désiré. L’expérience prouve, en effet, que l’âme qui est toute livrée à l’action de l’Esprit-Saint, qui s’efforce de vivre chaque instant présent dans l’amour, c’est-à-dire dans un accord parfait avec la volonté de Dieu ne peut être troublée par quoi que ce soit : ni par la souffrance, ni par les persécutions ou les humiliations, ni par tout ce qui peut l’assaillir dans sa vie intérieure (sécheresse, distractions, tentations de toutes sortes), ni par la mort. Et cela, parce qu’elle a conscience de posséder le seul Bien désirable capable de la combler : Dieu, dont elle se sait aimée d’une manière absolue, Dieu qui habite en elle qui est la vie de sa vie. Sa conviction profonde est celle que Saint Thérèse d’Avila a exprimée en ces termes : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraye, tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit. »

Le Chrétien qui est ainsi pacifié intérieurement rayonne la paix par sa seule présence et il est en mesure de travailler efficacement à la construction d’une paix véritable partout ou s’exerce son activité (qu’elle soit d’ordre familial, professionnel, culture, social ou politique). Son action au service de la Paix n’a rien à voir – on ne le dira jamais assez – avec le pacifisme, cette paix trompeuse qui voudrait s’édifier sur des capitulations coupables par manque de courage et désir égoïste de la tranquillité, allant jusqu’à l’oubli des responsabilités conférées par les charges et les missions reçues. Elle consiste à mettre en œuvre (ce qui exige des efforts coûteux et persévérants) pour que soient appliquées partout et à tous les niveaux les quatre lois fondamentales qui régissent la paix du Christ, à savoir : La Justice, car il n’y a de paix que là où aucun droit légitime n’est volontairement lésé. « Si tu veux la paix, agis pour la Justice. »[12]

La Vérité, sans laquelle la tranquillité de l’ordre deviendrait désordre, rien n’étant plus destructeur que le mensonge. La Liberté, car l’homme ne peut progresser et s’épanouir que s’il est libre intérieurement et extérieurement. L’Amour désintéressé que l’on puise dans le Cœur même du Christ par la prière et les sacrements et qui sans cesse donne, se donne et pardonne, réalisant ainsi les conditions de l’unité et faisant fleurir partout du bonheur. Aux artisans de cette paix selon Dieu, Jésus garantit la filiation divine : « ils seront appelés fils de Dieu » est un hébraïsme qui équivaut à l’être vraiment. « Voyez, quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés Enfants de Dieu. Et nous le sommes. »[13]

Notre Dieu est un Dieu de paix et il est bien juste que Celui qui possède et répand la paix se sente d’une manière toute particulière son enfant bien-aimé. Ayons donc la certitude que plus notre âme sera établie dans la paix et s’efforcera de faire régner la paix, et plus l’Esprit-Saint versera en elle ce sentiment délicieux de filiation divine qui deviendra pour elle une merveilleuse béatitude, vrai prélude à la béatitude éternelle.

« HEUREUX CEUX QUI SOUFFRENT PERSECUTION POUR LA JUSTICE,

CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST A EUX »

S’il est une béatitude qui désigne clairement le Christ, c’est bien celle-là. Qui plus que Lui, en effet, a souffert persécution ? A peine né, il doit fuir en Egypte pour échapper à la cruauté d’Hérode. Durant sa vie publique, il est continuellement en butte au mépris et à la haine, son pain quotidien étant le tourment que lui inflige l’opposition sournoise et implacable des pharisiens avec, dominant tout cela, la perspective de la persécution suprême : « Je dois recevoir un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé. » Traduit enfin devant le Grand Conseil des Juifs et le Tribunal de Pilate, il se voit condamné au supplice de la Croix parce que librement, à l’heure fixée par le Père, il a revendiqué sa dignité messianique et son égalité avec Dieu. (Mt 26, 64-66) Le Roi des martyrs est mort Lui-même martyr ! Témoin de sa propre divinité. Mais au matin de Pâques tout change. Le Christ ressuscite immortel ; Il est couronné de Gloire et d’Honneur pour son incomparable obéissance d’Amour… « Tout genou fléchira désormais devant Lui et toute langue devra proclamer qu’Il est le Seigneur.»[14]

Bienheureux donc le Sauveur, surtout maintenant que rayonne dans son humanité la majesté de sa nature divine. Les disciples ne sont pas plus grands que le Maître : les membres suivront leur Chef et le Christ laisse après Lui une longue traînée de sang qui est le martyr de son Eglise. Ce martyr a commencé avec Marie, la mère douloureuse, si étroitement associée à la Passion de son Fils dans le Mystère de sa Co-Rédemption.

Tout au long des siècles (tantôt sur un point du globe, tantôt sur un autre), les chrétiens remplis de surnaturelle charité, doux et humbles, rayonnants de paix et rendant  témoignage à la Vérité ont suscité des réactions de mépris et de haine qui le plus souvent ont pris la forme de persécutions sanglantes ou légales, ouvertes ou dissimulées, selon les prédications mêmes de Jésus : « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. »[15] « Vous serez emmenés à cause de moi devant des gouverneurs et des rois, pour rendre témoignage devant eux et devant les païens… Et vous serez haïs de tous à cause de mon Nom, mais celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. »[16]

Nous ne serons donc pas étonnés, ni scandalisés, si nous nous trouvons un jour dans des conjonctures aussi éprouvantes. Il faudra même, en nous appuyant sur la grâce de Dieu, dépasser notre trouble pour nous établir dans une joie toute surnaturelle : « Réjouissez-vous, ce jour là, et tressaillez d’allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel. »[17]

Attendons-nous cependant –en dehors de ces circonstances extrêmes de persécution violente– à souffrir persécution pour le Christ sous d’autres formes. L’expérience prouve, en effet, que bien des chrétiens sont, à cause de leur foi, malmenés injustement, réduits à un rang social ou à des conditions de vie inférieure…

D’autre qui, très généreusement, s’efforcent d’être fidèles et fervents dans un climat de tiédeur ou de laxisme se voient incompris, moqués et mis de côté, calomniés parfois par leurs propres frères…

« Les âmes fidèles, nous explique le Père PETITOT, dès qu’elles commencent à vivre d’union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, sont inspirées dans toutes leurs pensées et tous leurs actes par Son Esprit. Dès lors, elles vont juger de toutes choses et agir en toutes choses d’une toute autre manière non seulement que les gens du monde mais encore que les chrétiens imparfaits et qui se satisfont d’une honnêteté médiocre…

C’est assez dire que les âmes vivant d’union à Dieu rencontreront des contradictions partout. » N’oublions jamais qu’à côté du martyr sanglant, il y a le martyr quotidien, le martyr à petit feu, plus difficile peut-être ! S’il nous est donné de le vivre, réjouissons-nous, car par lui nous rendons au Christ un très authentique et très beau témoignage qui nous vaudra « une grande récompense dans les cieux. » (Mt 5. 12) Puissions-nous toujours mieux comprendre à la lumière de la Foi que la persécution pour la justice est une des notes caractéristiques de l’Eglise du Christ et un élément de toute vie chrétienne. Elle est cette Croix ignominieuse que le disciple accepte de porter avec amour à la suite de son Maître et Seigneur et qui se transformera comme la sienne en Croix Glorieuse. « Cette béatitude la plus haute, la plus secrète, se montre la plus étroite communion entre le Chef et son membre, entre le Christ et les siens, celle qui ne trompe pas. »[18]

CONCLUSION

Telle est donc avec ses huit jalons en forme de bonheur la route du Paradis que Jésus nous a tracée.

Cet idéal de Sainteté réalisé d’une manière sublime par le Christ Lui-même qui le premier a vécu parfaitement les Béatitudes. Réalisé aussi splendidement, et sans la moindre faille, par Marie la Vierge Immaculée qui est la vivante image de son Fils. Réalisé admirablement, tout au long de l’histoire de l’Eglise par la multitude des saints, pétris comme nous de chair et de sang. Cet idéal est mis par la grâce divine à la portée de chacun et de chacune d’entre nous… Oh ! certes, il peut nous sembler utopique, irréalisable si nous ne regardons que notre faiblesse, mais si nous faisons nôtre la conviction de Saint Paul, « je peux tout en Celui qui me fortifie », si comme de petits enfants nous tenons d’une part la main de Jésus qui est notre guide suprême et d’autre part la main de Marie qui est l’Educatrice par excellence de notre vie chrétienne, alors, cela ne peut faire aucun doute, nous parviendrons un jour, en dépit de notre misère et de tous les obstacles à cette perfection de l’Amour qui fera de nous des êtres divinisés pouvant dire comme Saint Paul : « Ma vie, c’est le Christ ; non ce c’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. »

Puissions-nous toujours mieux comprendre que vivre LES BEATITUDES c’est tout simplement reproduire le Mystère du Christ qui va de la Croix à la Gloire et du Calvaire au Ciel.

C’est ne rechercher le Bonheur que là où Jésus l’a placé en acceptant de mourir avec Lui dans la pauvreté, la douceur, la pureté, l’absolue fidélité de l’amour pour ressusciter avec Lui dans la BEATITUDE infiniment comblante de la Vie Eternelle.


[1] Jean 15. 11

[2] Isaïe 61. 1

[3] Apocalypse 21. 4

[4] Luc 11. 25

[5] Jean 16. 20 et 22

[6] Jean 8. 29

[7] Jean 14. 31

[8] Luc 6. 38

[9] Hébreux 1. 3

[10] Père Pinckaers O.P.

[11] Luc 11. 34-36

[12]  Paul VI.

[13]  I Jean 3,1.

[14] Ph. 2, 10-11.

[15] Jean 15, 18.

[16] Mt 10. 18-22.

[17] Luc 6. 23.

[18] Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 23:05

LE FOU DE L’IMMACULÉE

 

Pere-Kolbe-01.JPGVous savez que le l0 Octobre 1982, en la Basilique de saint Pierre de Rome, le Pape Jean-Paul II a élevé à la gloire des autels son admirable compatriote, le religieux franciscain Maximilien KOLBE, mort héroïquement à Auschwitz, le 14 Août 1941.

Chaque fois qu'elle reconnaît la sainteté exemplaire de l'un de ses enfants, l'Église attire notre attention sur les enseignements que Dieu veut bien nous donner à travers sa vie et à travers ses écrits.

Je pense qu'il nous sera particulièrement profitable d'évoquer, à l'aide de quelques réflexions, la personnalité fascinante de ce prêtre à l'âme de feu, à la fois contemplatif et missionnaire infatigable, Chevalier inconditionnel de l'Immaculée et martyr de la Charité.

En nous mettant à son école nous redécouvrirons en fait l'essentiel de notre vie chrétienne. 

I - SAINT MAXIMILEN KOLBE et la SAINTETÉ :

Saint Maximilien KOLBE nous rappelle en premier lieu, l'absolue nécessité de vivre en plénitude le mystère fondamental de la Grâce sanctifiante dont il ne se lassait pas de contempler l'éblouissante perfection en Marie Immaculée, le Chef d'œuvre de Dieu.

Cette vie de la Grâce, cette vie surnaturelle qui est une mystérieuse participation à la vie même de Dieu, nous l'avons reçue gratuitement au Baptême comme une petite graine appelée à devenir un grand arbre.

Tout l'effort de la vie chrétienne, tout le travail de notre sanctification personnelle consiste précisément à développer, à faire grandir en nous ce germe divin par l'exercice constant des vertus théologales qui sont : La Foi, L'Espérance et La Charité.

Cette croissance d'enfants de Dieu doit nous permettre de devenir peu à peu des copies vivantes de Jésus-Christ à l'exemple de Celle qui a le plus « imité » Jésus.

« A l'imitation de ce premier Fils de Dieu : nous dit le Père KOLBE, doivent se former désormais tous les fils de Dieu, reproduisant les traits de l'Homme-Dieu. Plus quelqu'un forme soigneusement en lui l'image du Christ, plus il s'approche de Dieu, plus il se divinise, devient Homme-Dieu. » 

Cet homme assoiffé d'absolu, qu'était le Père KOLBE, avait su discerner, et cela très tôt, que c'est bien là l'unique nécessaire dans une vie qui se veut fidèle à l'Evangile.

Il nous redit, et avec quelle force, que notre sanctification personnelle doit être la priorité des priorités. Tout dans notre existence doit lui être subordonné, absolument tout.

« Ta première cause, se disait-il à lui-même, c'est ta propre sanctification. » 

Devenir un saint et un très grand saint, telle était son idée fixe, son unique ambition.

« Priez pour moi, écrivait-il à sa mère, afin que mon amour grandisse de plus en plus vite et sans aucune limite. Priez surtout que ce soit sans limite.»

Puissent les exemples admirables de ce « fou de Dieu et de Marie » susciter et aviver en nous un désir aussi ardent, aussi passionné de la sainteté.

Puissent-ils nous convaincre que ce mystère de notre divinisation, c'est en vérité la seule aventure qui vaille la peine d'être vécue, puisqu'en nous plongeant dès ici-bas dans la vie du ciel, elle nous comble de la joie inaltérable promise par Jésus : 

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice (c'est à dire de la sainteté) ils seront rassasiés. » 

II – SAINT MAXIMILIEN KOLBE et la CONSÉCRATION à MARIE :

Il y a dans la vie si étonnante de saint Maximilien KOLBE un secret de grâce qui explique tout : et son ascension, et son extraordinaire rayonnement apostolique.

C'est le « Secret de Marie » si vivement recommandé par ce grand docteur de la dévotion mariale que fut saint Louis Marie de Montfort.

En étudiant les vertus du Père KOLBE, le Père RICCIARDI, postulateur de sa Cause de Béatification, en est arrivé à cette conclusion : 

« C'est l'offrande totale de soi-même à l'Immaculée qui fut la source de sa sainteté, la cause motrice de tous ses actes héroïques répétés chaque jour ». 

Ce merveilleux secret, « le fou de Notre-Dame » nous le transmet comme un flambeau. Se consacrer au Cœur Immaculé de notre Maman du Ciel, avec tout ce que cela implique, n'est-ce pas la démarche décisive que la Vierge elle-même nous demande instamment d'accomplir dans son message de Fatima ?

N'est-ce pas ce que Jean-Paul II nous presse de faire à la suite de ses prédécesseurs, et lui-même nous donne l'exemple « TOTUS TUUS », « Je suis tout à Toi, ô Marie ».

Pour nous aider à vivre intensément cette Consécration, car c'est cela qui importe en définitive, Maximilien KOLBE nous donne des conseils particulièrement lumineux : écoutons-les !

« Parce que la Médiatrice de toutes les grâces est l'Immaculée, plus nous nous approcherons d’Elle, plus notre vie spirituelle sera resplendissante. Voilà pourquoi la forme la plus parfaite de notre rapprochement c'est la consécration totale. Plus une âme s'approche d'Elle, plus elle devient pure, plus sa Foi se fait vive et son amour rayonnant. Nous sommes la propriété de l'Immaculée, nous dépendons d'Elle complètement. Elle a tout pouvoir sur nous. Nous devons veiller à ce que tout soit à Elle. Ne rien faire qui ne lui soit désagréable. Supplions-la pour qu'Elle, et Elle seule oriente notre cœur. Nous voudrions être possédés par Elle, afin qu'Elle-même pense, parle et agisse par notre entremise. Nous voudrions appartenir totalement à l’Immaculée, qu'il ne reste rien en nous qui ne soit pas à Elle, afin que nous soyons comme anéantis en Elle, que nous soyons changés en Elle, que nous soyons transsubstantiés en Elle, qu'il ne reste plus qu'Elle ».

Nous touchons là, c'est évident, le sommet de l'Union mystique à Marie. Cette communion d'âme de tous les instants avec notre Mère bien-aimée, c'est un idéal vers lequel nous devons tendre. A la suite de ce guide sûr et expérimenté, qu'est le Père KOLBE, n'hésitons pas à marcher sur cette Voie Royale de la donation totale de nous-mêmes à Marie. Elle conduit tout droit à la sainteté. 

III : SAINT MAXIMILIEN KOLBE et la MISSION de MARIE :

En contemplant assidûment et passionnément le mystère de l'Immaculée, saint Maximilien KOLBE a compris que Dieu a choisi cette « Femme bénie entre toutes les femmes », « la Femme revêtue de soleil » pour lui confier un rôle de premier plan, un rôle de choix dans le gigantesque combat qui oppose les enfants de Dieu et les amis de Satan.

Ce combat qui doit atteindre son paroxysme dans les temps mauvais que nous vivons, s'achèvera par une victoire éclatante de Notre-Dame. 

« A la fin mon Cœur Immaculé triomphera ».

« Un jour, prophétisait le Père KOLBE, vous verrez la statue de l'Immaculée au sommet du Kremlin ! »

Il disait aussi ces paroles qui semblent exprimer sur ce point le fond de sa pensée : 

« Les temps actuels sont dominés par Satan et ils le seront bien davantage à l'avenir. L'Immaculée seule a reçue de Dieu la promesse de la victoire sur Satan, mais Notre-Dame, élevée aux cieux, a besoin aujourd'hui de notre collaboration. Elle cherche des âmes qui se consacrent entièrement à Elle et deviennent entre ses mains une force pour vaincre Satan et des instruments pour diffuser le Règne de Dieu ».

C'est dans cette vision du grand combat de Dieu confié à l'Immaculée que Maximilien KOLBE a puisé son infatigable zèle missionnaire. On peut dire qu'il était comme possédé, hanté par ce besoin aussi impérieux qu'une angoisse : convertir, ramener à Dieu toutes les âmes qui se perdent loin de Lui. 

« Notre mission, écrit-il, c'est de convertir et sanctifier toutes les âmes par Marie ».

« Notre but, c'est la conquête du monde entier et chaque âme en particulier à l'Immaculée et à travers Elle au Divin Cœur de Jésus. Quand donc conduirons-nous le cœur de tous les hommes au Divin Cœur de Jésus par l'entremise de l'Immaculée ? Quand donc arrivera la divinisation de l'univers par Elle et en Elle ? »

Laissons-nous gagner, nous aussi, par cette hantise du salut des âmes ! Travaillons sans relâche par notre prière, par notre exemple, par nos paroles et par notre dévouement à "tout restaurer dans le Christ.

Et soyons de plus en plus convaincus, à 1'exemple de Maximilien KOLBE, que pour la conversion des âmes 1'instrument privilégié c'est encore et toujours l'Immaculée.

Elle est 1'instrument, « le passe-partout » qui tôt ou tard ouvre les cœurs à la grâce... Tous les cœurs ! Même les plus endurcis ! En nous liant à Elle par notre consécration, nous nous engageons sous son étendard dans son armée de Lumière et d'Amour nous nous mettons à son entière disposition, toujours prêts à Lui obéir et quoi qu'il en coûte... Puissions-nous, conduits par cette Reine incomparable, propager « jusqu'aux extrémités de la terre » l'incendie de l'Amour, exauçant ainsi le désir ardent du Cœur de Jésus :

« Je suis venu jeter un feu sur la terre et comme je voudrais que déjà il brûle ! » 

IV - SAINT MAXIMILIEN KOLBE et la PRIÈRE :

Il est une vérité que saint Maximilien KOLBE met particulièrement en lumière : c'est l'importance de la prière, comme moyen indispensable de la sanctification et comme moyen privilégié de l'Apostolat.

Ce missionnaire géant, ce pauvre rempli d'audace fut avant tout un grand priant. On peut dire que la prière était vraiment la respiration de son âme envahie par l'Immaculée, parfait modèle des contemplatifs.

Dans sa vie de prière, nous disent les témoins, le Rosaire occupait une place de choix : il le récitait toujours avec une intense ferveur.

Il aimait aussi s'entretenir très souvent et très longuement avec Jésus-Eucharistie présent au Tabernacle, cultivant ainsi son désir d'agir dans un état d'adoration perpétuelle du Saint Sacrement.

Voici, résumés en quelques phrases, les brûlantes exhortations qu’il nous adresse au sujet de la prière.

« La prière, la prière et seulement la prière est nécessaire pour entretenir la vie intérieure et son épanouissement. Car la vie intérieure est une chose primordiale. La vie active est la conséquence de la vie intérieure et n'a de valeur que si elle en dépend ».

« La vie de notre âme a sans cesse besoin de nourriture et cela ne dépend pas de notre volonté, mais de la grâce et il n'y a pas de grâce sans la prière. »

« L'esprit de prière possède celui qui a son âme élevée vers Dieu. En pratique, c'est l'union de notre volonté à la Volonté de Dieu ».

« La prière, dit-il encore, est un élément principal dans le travail pour la conversion des âmes, par la conversion est une grâce qui s’obtient nécessairement par la prière. La prière fait renaître le monde. La prière est une condition indispensable pour le renouveau et la vie des âmes. Par une prière humble, pleine d’espérance et persévérante, vous pouvez tout obtenir pour vous et pour les autres ».

Et pour finir une dernière remarque très importante : « Le démon connait l'efficacité de la prière, c'est pourquoi il s'efforce de nous en détourner ».

En s'exprimant ainsi sur la nécessité et les efforts de la prière, saint Maximilien KOLBE ne fait que commenter les enseignements de Jésus, auxquels Marie ne cesse de faire écho dans toutes ses apparitions :

« Il faut bien prier, mes enfants ».

« Priez pour les pécheurs ».

« Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps ».

« Je veux qu'on dise le chapelet tous les jours ».

Efforçons-nous de vivre, du matin au soir, en état de prière, puisque Jésus nous dit « qu'il faut toujours prier et jamais se lasser ».

Disons-nous que la victoire sur le mal ne pourra se remporter, en nous, autour de nous et dans le monde entier qu'à coups de prière : prière personnelle et front uni de prière. 

V - SAINT MAXIMILIEN KOLBE et le MYSTÈRE de la CROIX : 

Le soir du 14 Août 1941, dans cet enfer qu'était le « bunker de la faim » du camp d'Auschwitz, après s'être livré héroïquement pour mourir de faim et de soif à la place d'un père de famille, Maximilien KOLBE, prêtre catholique, rendait sa belle âme à Dieu. Configuré au divin Crucifié, uni mystiquement à la Corédemptrice, sa Mère, tendrement et follement aimée, il venait de donner la preuve du plus grand amour. Il recevait enfin avec la couronne blanche de la pureté cette couronne rouge du martyr que Notre-Dame lui avait proposait lorsqu'il avait 10 ans.

N'oublions pas toutefois que cet Holocauste était le point culminant d'une ascension douloureuse. Car la vie de cet homme, à 1'énergie indomptable, fut une longue suite de souffrances physiques ou morales très vaillamment supportées avec le secours de l'Immaculée et versées avec amour dans le Calice de la Rédemption qui est le Cœur de Jésus. Tout cela était la conséquence logique de sa Foi, « dans les affaires de Dieu, disait-il, rien ne se fait sans souffrances ».

Dans la lumière de son héroïque témoignage, nous redécouvrons la signification profonde du Mystère de la Croix dans chacune de nos vies : c'est notre Père des Cieux qui taille sa vigne pour qu'elle porte beaucoup de fruits. Oui, les épreuves de toutes sortes sont nécessaires pour la purification de l'âme et la réparation des péchés.

« La Croix est une école d'Amour ».

Mais qui dit Croix, ne dit pas absence de Joie. Le Père KOLBE a laissé échapper un jour, cette confidence qui montre combien est vraie la parole de Paul Claudel :

« La joie c'est le premier et le dernier mot de l'Evangile ».

« Oh ! Si vous saviez, mes enfants, combien je suis heureux ! Mon cœur déborde de bonheur et de paix, un bonheur et une paix tels qu'on ne peut en goûter ici-bas. Malgré les contrariétés de la vie, au plus profond de moi-même domine toujours ce calme ineffable. Mes petits enfants, aimez l'Immaculée, aimez-la, elle vous rendra heureux ! » 

Rappelons-nous souvent ces paroles si réconfortantes. Elles nous stimuleront à marcher courageusement sur la route où ce grand saint des temps modernes a lui-même marché : la route de la sainteté. Nous savons qu'elle conduit à la paix et à la joie des cette terre et a une béatitude infiniment comblante dans l'éternelle Vie !

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 14:48

warum-in-tirol-so-viele-kirchen-und-kapellen-stehen-da.jpgSA PLACE DANS NOTRE VIE

Il suffit d’évoquer certains épisodes ou certaines phrases de l’Evangile pour comprendre à quel point Jésus était tout tendu vers l’Heure de son Sacrifice sur la Croix. C’était son « Heure » affirme Saint Jean, l’Heure de Dieu, car c’était l’Heure de la manifestation suprême de l’Amour divin. Cette heure qui a sonné au Golgotha le Vendredi Saint, notre Bien-Aimé Sauveur n’a pas voulu qu’elle finisse : elle est sans cesse prolongée jusqu’à la fin des temps par le Mystère Eucharistique. C’est là une vérité de notre Foi particulièrement émouvante qu’une oraison liturgique a fort bien résumée en ces termes : « chaque fois qu’est célébré ce sacrement, c’est le Mystère de notre Rédemption qui s’accomplit ». 

Et c’est la raison pour laquelle l’Eucharistie doit occuper dans notre vie chrétienne la même place primordiale qu’elle occupe dans l’œuvre suprême de notre Rédemption. De fait, tout découle de l’Eucharistie puisqu’elle est la source de toutes les grâces et tout s’y rattache comme au point culminant du mystère de notre salut.

Le Concile Vatican II a formulé cette doctrine en disant que l’Eucharistie c’est à la fois « la source et le sommet de toute la vie chrétienne ».

Il faudrait que nous fortifions de plus en plus en nous cette conviction à savoir que l’Eucharistie c’est vraiment le centre, le cœur, le foyer de notre vie spirituelle, qui est avant tout une vie de Foi, d’Espérance, d’Amour de Dieu et du prochain.

Et il faudrait qu’en conséquence, nous sachions ordonner toutes nos pensées, tous nos sentiments, toutes nos activités intérieures ou extérieures vers cette rencontre sublime avec l’Amour divin que constitue notre messe et que rien ne saurait remplacer.

Quel merveilleux profit il y aurait alors pour nos âmes si nous vivions ainsi tout tendus vers la prochaine Messe ! et qu’ensuite – notre énergie spirituelle s’étant accrue – nous vivions encore plus tendus vers la Messe suivante, de telle sorte que nous montions d’ardeur en ardeur vers la rencontre finale.

Mais comment, me direz-vous, réaliser cet idéal qui consiste à vivre, à l’exemple des Saints, non seulement de l’Eucharistie, mais pour l’Eucharistie.

Il me semble qu’une réflexion portant sur les quatre grands moments de la célébration liturgique de la Messe peut être, de ce point de vue, très éclairante et particulièrement suggestive.

Nous le savons les quatre grands moments de la Messe sont :

  • La Liturgie de la Parole,
  • L’Offertoire,
  • La Consécration et
  • La Communion Sacramentelle.

Nous allons donc maintenant si vous le voulez bien les examiner successivement :

Le Premier grand moment de la Célébration Eucharistique c’est donc la Liturgie de la Parole. Vatican II a voulu qu’elle occupe une grande place pour bien montrer qu’elle est en fait une Première Table, celle où le Seigneur nous sert la divine Parole, nourriture spécifique de la Foi ; la Deuxième Table étant celle où le Seigneur nous sert son « Corps livré » et son « Sang versé », nourriture vivifiante de la charité.

Nous devons une particulière attention à cette proclamation solennelle de la Parole de Dieu au début de chaque messe ; à travers elle, en effet nous accueillons l’enseignement divin qui nous à été donné tout entier pour nous disposer à l’union au Saint-Sacrifice de la Croix, renouvelé, réactualisé mystiquement sur l’autel. Il y a là une vérité qu’à mon sens, on ne souligne pas assez : à savoir que la formation spirituelle par la divine parole est essentiellement ordonnée à l’union au Christ crucifié et glorifié présent dans l’Eucharistie.

Ne pas le comprendre serait encourir le reproche que Jésus adressait aux Juifs : « Vous scrutez les Ecritures dans lesquelles vous pensez avoir la vie éternelle. Or, elles me rendent témoignage et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ».[1]

Ainsi donc dans la Liturgie de la Parole il n’y a pas seulement chaque jour l’attention attirée sur quelques-uns des enseignements divins, il y a comme un symbole que toute la Révélation divine est ordonnée à notre Communion Eucharistique.

Comprenons bien dès lors, qu’il ne s’agit pas de tout retenir des textes bibliques qui nous sont lus mais qu’il s’agit plutôt de recueillir et de savourer tel ou tel mot, telle ou telle phrase par lesquels le Saint-Esprit désire nous instruire et qu’il nous faut faire en sorte que toutes nos lectures ou méditations de la Sainte Ecriture (pendant la Messe ou en dehors de la Messe) nous préparent à célébrer l’Eucharistie en regardant toujours ce sacrement qui est « le Mystère de la Foi », il est grand le Mystère de la Foi, non avec les yeux du corps, mais avec « les yeux illuminés du cœur » comme dit Saint Paul, c’est-à-dire avec les yeux intérieurs de la Foi.

Devant un tel mystère, en effet, toutes les lumières créées doivent disparaître pour faire place à la lumière divine de la Foi :

  • Foi lumineuse qui perce le nuage dont s’enveloppe le Sacrifice.
  • Foi pénétrante qui découvre la divinité cachée sous les espèces du Sacrement.
  • Foi ardente qui livre l’âme à l’immolation non sanglante de l’Homme-Dieu et aux fruits de cette immolation.

Tout ce qu’il y a de richesses cachées dans les profondeurs du Verbe Incarné et de sa vie au-dedans de nous se retrouve en effet, dans le mystère Eucharistique qui récapitule ainsi toute notre Foi chrétienne.

La Liturgie a quelquefois appliquée à la Messe ces paroles divines tirées du Psaume 110 : « Dieu a fait là le mémorial de toutes ses merveilles ». Ce n’est pas seulement le mémorial du Calvaire, mais de toutes les merveilles de Dieu, parce que toutes les merveilles de Dieu sont ordonnées au Sacrifice du Christ.

Lorsque nous lisons la Sainte Ecriture, lorsque nous l’écoutons dans la Liturgie de la Parole, n’est-ce pas pour nous rappeler constamment les merveilles de Dieu, les merveilles de son Etre, de sa Bonté ? C’est donc pour nous préparer à goûter, à savourer cette merveille par excellence, cette grâce par excellence qu’est l’Eucharistie.

Parlant de l’Eucharistie, Saint Thomas d’Aquin qui en est le théologien le plus pénétrant nous dit que c’est « le Sacrement de la Passion du Christ effectuant l’union de l’homme au Christ immolé ».

La Messe est donc, au sens fort, la représentation du sacrifice de la Croix. Jésus l’a instituée expressément pour cela : pour que le mystère de son Sacrifice Rédempteur fut rendu présent aux hommes de tous les pays et de tous les temps. Il a voulu ainsi par le moyen du Sacrement les mettre tous en mesure de participer à ce Sacrifice consommé sur le Calvaire : d’y participer à la fois dans l’acte même de son oblation et dans ses effets salutaires, de telle sorte que par le contact avec son humanité sacrifiée, mystérieusement présente sous les signes du Pain et du Vin, ils puissent être sauvés et « unis à Dieu d’une union sainte » comme dit Saint Augustin.

Ce qu’il importe de bien saisir tout d’abord, c’est que la première raison d’être de l’Eucharistie c’est de nous faire participer au Sacrifice de Celui qui est à la fois le Christ-Prêtre et le Christ-Victime et de nous y faire participer dans l’acte même de son offrande.

Cette participation s’effectue déjà au moment de l’Offertoire, mais plus encore dans le temps qui s’écoule entre la Consécration et la Conclusion Solennelle de la Prière Eucharistique. Au moment de l’Offertoire le Prêtre présente à Dieu le pain et le vin qui par la Consécration vont devenir le Corps et le Sang de Notre Seigneur. Nous devons nous unir intérieurement à ce geste d’offrande. A travers ces deux matières les plus communes de notre alimentation, n’est-ce pas toute la création et tout le travail de l’homme que nous devons en quelque sorte saisir dans nos mains pour les présenter à Dieu notre Père en reconnaissant que tout cela c’est d’abord un don de son Amour ?

« Tu es béni Dieu de l’Univers, toi qui nous donnes ce Pain, toi qui nous donnes ce Vin, fruits de la terre et du travail de l’homme ».

Par ce geste très significatif de l’Offertoire nous manifestons notre intention profonde de tout ordonner à l’oblation eucharistique : nos personnes bien sûr ; tout ce monde matériel et tout ce monde des hommes auxquels nous sommes reliés ; nos activités spirituelles (prières, vie d’oraison, rosaire) et toutes les activités de notre devoir d’état, en particulier le travail qui occupe une si grande place dans l’existence.

D’ailleurs c’est Jésus lui-même qui nous a fixés une telle orientation lorsqu’Il déclare dans son discours sur le Pain de Vie « Travaillez non pour la nourriture périssable, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donne le Fils de l’Homme »[2].

On voit nettement à travers ces paroles que pour Jésus, le travail doit être ordonné en premier lieu à l’Eucharistie. Tachons donc de vivre dans cet esprit l’Offertoire de chacune de nos messes : avec le désir de tout retourner à Dieu, de tout faire passer en Dieu : tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons, tout ce que nous avons. Car c’est cela qui constitue la matière de notre sacrifice : le mot sacrifice étant compris ici dans son sens large qui signifie faire sacré, rendre sacré, consacrer. Il va falloir cependant que vienne la Consécration pour que cette pauvre et déficiente offrande humaine soit changée en une offrande incomparablement plus excellente par son union à celle infiniment parfaite de Jésus.

Nous le savons : au moment suprême de la Consécration, Jésus – réellement présent avec son corps, son sang, son âme et sa divinité sous les apparences du pain et du vin – renouvelle son sacrifice d’amour « Sacrifice Pur et Saint, Sacrifice Parfait » qui sauve le monde. Ici, à l’autel, comme là-bas jadis sur la Croix, l’Homme-Dieu, Prêtre Souverain, s’offre au Père dans un acte de charité suprême au nom de tous les hommes de tous les temps et tous les pays, et avec Lui, il offre en victime expiatrice toute cette humanité dans son ensemble, mais plus particulièrement cette portion d’humanité que nous constituons lorsqu’à la Messe nous sommes rassemblés autour de Lui, faisant Corps avec Lui. A la Messe, comme au Calvaire, il s’agit donc du même prêtre, de la même victime, du même sacrifice.

Cependant Jésus a voulu que ce sacrifice sacramentel soit offert à Dieu par son Eglise. Nous devons donc tout d’abord, à chacune de nos messes, à partir de la consécration et jusqu’à la conclusion solennelle de la Prière Eucharistique, offrir à notre Père céleste le Christ immolé : « Rien, déclare le Pape Léon XIII, ne peut honorer Dieu davantage, ni lui être plus agréable que le sacrifice de la divine victime ».

Mais si en ce moment si solennel de la Messe, Jésus s’offre réellement par l’entremise de l’Eglise comme Chef de l’humanité rachetée, ce n’est pas avec l’intention de le faire tout seul. La Tête du Corps mystique ne veut pas s’offrir sans ses membres qui lui sont, comme dit si bien la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité : « des humanités de surcroît… »

L’Evangile nous révèle que déjà, au Calvaire, lors du sacrifice sanglant, Jésus ne voulut pas s’offrir tout seul. Il demanda à Marie sa Très Sainte Mère de s’associer intimement à son immolation. Et nous savons avec quelle générosité héroïque la Mère des douleurs (qui était véritablement la Première Eglise) accepta de coopérer ainsi à la Rédemption. Il faudrait que cette attitude Corédemptrice de Marie inspire la nôtre spécialement à l’heure de la Messe où nous devons à notre tour nous offrir.

Si Jésus exige de nous une telle disposition d’âme qui consiste à mêler notre offrande à la sienne – comme le prêtre mêle la goutte d’eau au vin du calice – c’est parce qu’il la juge essentielle. C’est parce que, ne voulant pas nous sauver sans nous, il veut que nous versions notre quote part dans le Calice de la Rédemption.

Nous devons donc nous convaincre de plus en plus « qu’avec Jésus-Christ nous faisons la totalité de l’hostie offerte et présentée à Dieu » comme l’a si justement dit Mr Olier. Bien avant lui d’ailleurs Saint Grégoire le Grand s’était exprimé dans le même sens : « Nous qui célébrons le mystère de la Passion du Christ, nous devons imiter ce que nous accomplissons. C’est alors que le Christ sera vraiment hostie offerte pour nous à Dieu, quand nous nous serons faits nous-mêmes hostie ». La Messe, qui contient et offre mystiquement l’immolation réelle du Calvaire, contient donc et offre mystiquement l’immolation réelle de nos vies. Elle rappelle la mort sanglante du Christ, elle appelle notre mort à nous-mêmes, sanglante ou non : elle en est le signe ! Elle l’appelle et l’exige. Autrement dit nous ne participons réellement à l’Eucharistie que si nous sommes des sacrificateurs de nous-mêmes en acceptant tous les renoncements et efforts coûteux que requiert notre cheminement vers la sainteté, en offrant avec tout l’amour dont nous sommes capables cette matière du Sacrifice – de notre sacrifice – que nous avons préparée au moment de l’Offertoire en offrant plus particulièrement nos souffrances. Saint Augustin affirme que « la douleur pour le chrétien, n’est pas un accident, mais une tâche professionnelle » sa raison d’être est donc de devenir une oblation. La Messe a pour effet de consacrer cette souffrance, de la valoriser au maximum de faire en sorte qu’avec ce rien devenu quelque chose, les âmes soient sauvées et qu’ainsi nous soyons réellement associés à l’œuvre du Salut.

Comprenons enfin que, par le moyen de cette offrande totale de nous-mêmes unie à la sienne, Jésus veut nous attacher de plus en plus fort à Lui afin de nous entraîner en un mouvement ascendant vers une Communion de plus en plus intime avec les Trois Personnes Divines. Cette intention profonde de son Cœur sacerdotal il l’a clairement exprimée lorsqu’il a dit : « quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à Moi ». Laissons-nous donc aspirer de Messe en Messe, par cette douce attraction du Cœur de Jésus de telle sorte que « par Lui, avec Lui et en Lui », le corps mystique tout entier puisse parvenir à sa fin qui est « de rendre tout honneur et toute gloire à Dieu le Père dans l’unité du Saint-Esprit ».

Tel est donc le premier élément de la raison d’être de l’Eucharistie : nous faire participer au sacrifice du Christ dans l’acte même de son oblation. Nous venons de voir que, c’est à partir de la Consécration et jusqu’à l’Amen solennel qui achève la Grande Prière Eucharistique que nous pouvons répondre le mieux à cette exigence.

Il nous reste à voir maintenant le second élément qui est d’ailleurs inséparable du premier : notre participation aux effets de ce sacrifice. Nous savons qu’elle s’effectue par la Communion sacramentelle lorsque nous mangeons Jésus, Pain de Vie au cours de ce repas sacrificiel qu’est la Messe, véritable Banquet du Ciel sur la Terre.

Les richesses divines contenues dans « ce Pain vivant descendu du Ciel » sont d’une telle abondance que pour les recueillir avec profit dans chacune de nos communions, il importe de les contempler avec une attention pleine d’amour.

Comprenons tout d’abord que Jésus en se donnant à nos âmes en sa qualité de Prêtre et de Victime y dépose avant tout la vertu de son sacrifice. La Communion qui achève la Messe en nous n’a pas seulement pour but de nous unir à Jésus et nous faire goûter dans l’intimité d’une douce rencontre, combien le Seigneur est bon. Trop nombreuses hélas sont les personnes qui ne s’arrêtent qu’à cet aspect. La Communion n’achève la Messe en nous que dans la mesure où elle nous unit à Jésus crucifié, car s’il vient dans nos âmes par le Sacrement de sa Passion et de sa Croix c’est pour nous inclure dans son Sacrifice et nous donner la grâce de prolonger en nous, son état d’hostie.

« Il vient en nous, affirme Saint Léon le Grand, pour faire de nous des victimes offertes au Père ».

On peut donc dire de ce point de vue que si la Communion achève en nous la Messe, elle nous oriente aussi vers la Messe en tant qu’elle est sacrifice parce qu’à travers elle Jésus nous donne la force d’accepter toutes ces croix, toutes ces souffrances, tous ces sacrifices qui constitueront la matière de notre oblation au cours de la messe suivante.

Deuxième effet de la Communion Eucharistique : Jésus en sa qualité de Pain de Vie se donne à nos âmes pour les nourrir divinement.

Communier c’est boire à la source même de la vie.

Il ne faut jamais oublier, en effet, que l’Eucharistie - Sacrifice et l’Eucharistie - Sacrement sont les deux aspects d’une même réalité (comme les deux faces d’une même médaille), cette réalité c’est la Rédemption appliquée aux âmes. La Croix, arbre de vie, épanche sa sève dans un fruit qui est l’Eucharistie.

« Si vous ne mangez la Chair du Fils de l’Homme, nous dit Jésus, et ne buvez son Sang, vous n’aurez pas la vie en vous ».

Il s’agit, c’est évident, de la vie divine ou grâce sanctifiante qui a été infusée en nous par le Baptême. Toute communion augmente cette grâce ainsi que les vertus qui l’accompagnent.

N’est-elle pas nourriture de vie éternelle ? Breuvage d’immortalité ?

Qui dit nourriture dit réparation des forces, sustentation et entretien de la vie, condition de croissance.

Qui dit breuvage dit rafraîchissement, réconfort immédiat, stimulant du courage, réveil de l’ardeur, ivresse spirituelle.

La Communion devient ainsi le sacrement de la vitalité chrétienne : vitalité intérieure par une participation progressive « à la divinité de celui qui pris notre humanité ».

« L’effet propre de l’Eucharistie, dit Saint Thomas d’Aquin, c’est la transformation de l’homme en Dieu ».

Vitalité extérieure par la fécondité apostolique de la charité, le terme dernier de ce sacrement ne pouvant être en effet que le principe qui l’a inspiré c’est-à-dire l’Amour.

Comme une barre de fer plongée dans le feu porte partout le feu, le Corps du Christ uni au Verbe qui est Amour tend à communiquer l’Amour. C’est pourquoi toute communion au Corps du Christ a pour effet de « survolter » notre amour pour Lui et pour notre prochain. Par notre union à Jésus-Eucharistie nous devenons capables d’aimer comme Lui a aimé. On peut donc dire que dans l’Eucharistie réside tout le secret de la Sainteté, puisque nous le savons, la Sainteté ce n’est pas autre chose que la perfection de l’Amour.

Un troisième effet, vraiment merveilleux bien que plus lointain, découle de notre Communion au Corps Ressuscité de Jésus. C’est le Seigneur Lui-même qui nous le révèle, tout comme le précédent, dans son discours sur le Pain de Vie « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi je le ressusciterai au dernier Jour ». Le passage de la Sainte Hostie dans notre corps y dépose en effet un germe d’immortalité. Sans doute est-ce l’âme qui la première est touchée en son fond, à la racine de son être par son union à Jésus – Eucharistie, mais le corps y participe lui aussi par rejaillissement.

Sur terre, la grandeur de notre filiation divine demeure encore cachée mais lorsque « le Christ notre Vie apparaîtra dans l’éclat de sa majesté alors nous aussi nous apparaîtrons avec Lui dans la Gloire ». C’est Saint Paul qui nous le révèle : « le Seigneur Jésus transformera notre corps de misère en le rendant conforme à son corps glorieux ». Plus notre âme aura mis de ferveur dans ses communions eucharistiques, plus le germe d’immortalité déposé en nous par le contact du Verbe fait chair resplendira dans notre propre chair, à l’heure suprême de notre glorieuse transfiguration, corps et âme, à l’image du Christ et de Marie.

Le quatrième effet de notre communion sacramentelle est d’ordre communautaire. Etant l’aliment vivant de cette vie de charité qui circule dans ce Corps mystique du Christ qu’est l’Eglise, l’Eucharistie est le lien qui nous unit personnellement avec chacun des membres de l’humanité rachetée. Notre communion est donc un acte communautaire, un acte ecclésial par lequel se construit, se maintient et s’accroît l’Eglise. Saint Paul l’enseigne expressément : « puisqu’il y a un seul Pain, la multitude que nous sommes forme un seul Corps, car tous nous participons au Pain Unique ». Quant à Saint Thomas d’Aquin, il dit que « l’effet ultime de l’Eucharistie, c’est l’unité du Corps mystique ».

Il faut que nous en prenions bien conscience : la communion qui signifie commune union , n’est pas seulement l’union des fidèles au Christ, mais aussi l’union des fidèles entre eux « par elle nous sommes unis les uns aux autres » dit encore Saint Thomas.

Nous avons vu comment  au cours de la Messe le Christ et ses membres, formant ce que Saint Augustin appelle le Christ Total, s’unissent pour une seule oblation. Or cette union trouve à la fois son sommet et son aliment dans la Sainte Communion. C’est là, en fait, que le mystère de la Communion des Saints trouve son application la plus éclatante et son exercice le plus direct. Cet immense courant de vie divine, qui a sa source dans la Trinité, circule à travers le monde des âmes par le fleuve de l’Eucharistie sacrement. Ce fleuve d’amour saisit l’humanité tout entière et tout ce qui profite à l’un profite à tous. La communion réalise ainsi l’accroissement de l’Eglise ; elle nourrit cette charité fraternelle sans laquelle l’amour de Dieu est inexistant et elle rend enfin possible la solution de tous les problèmes sociaux, car elle donne aux hommes le seul lien capable de les constituer en famille en les faisant vivre de la vie même de Dieu, cette vie en laquelle réside l’unité.

Le Cinquième effet de notre union au Christ dans la Communion sacramentelle c’est celui qui nous est rappelé par la signification même du mot EUCHARISTIE : c’est l’action de grâces. Quand on reprend pas à pas, tout le déroulement de la Messe on s’aperçoit qu’il y a dans l’expression liturgique comme une marche ascendante, une amplification de cette « action de grâces ». Ce qu’on ne perçoit peut-être pas assez c’est que Jésus qui est par toute sa personne et toute sa vie une incomparable « action de grâces », le Glorificateur suprême du Père, vient, par la Communion, dans nos âmes pour y continuer l’œuvre de la glorification divine. Autrement dit, la glorification divine cachée dans l’Hostie passe en nous par la Communion afin de trouver dans nos cœurs un écho terrestre de cette glorification. Ainsi s’achève le cycle de cette gloire magnifique rendue à Dieu qui est la raison d’être de toutes choses.

Notre communion est donc éminemment eucharistique puisqu’elle contient, prolonge et renouvelle en nous ce but ultime du sacrifice qu’est la Glorification de Dieu.

Grâce à elle en effet, le « par Lui, avec Lui et en Lui » (qui est le sommet de la Grande Prière Eucharistique) prend un caractère tellement personnel que chaque communiant peut en toute vérité s’épanouir en glorification, devenir hostie de louange vivante action de grâces.

Par la Communion sacramentelle c’est toute la louange du Christ qui, de fait, passe en nous pour nous revêtir de sa splendeur, si bien qu’en cet instant unique notre cœur devient véritablement une Eucharistie.

Tels sont les principaux joyaux spirituels contenus dans ce Trésor de l’Eglise qu’est l’Eucharistie. En les contemplant nous comprenons mieux la nécessité de prendre part à ce merveilleux sacrement le plus souvent possible et dans les dispositions que nous venons d’évoquer.

Mais, ici, une question se pose : les personnes qui se trouvent dans l’impossibilité de s’offrir et de communier chaque jour la Messe, ne vont-elles pas être privées de toutes ces grâces insignes ?

Eh bien ! non, car le Seigneur leur en offre, en fait, l’équivalent, à une condition cependant : qu’au moins une fois par jour elles se relient pendant un bon moment par la pensée et par le cœur à l’une des innombrables messes qui sont célébrées sans interruption dans le monde afin de s’y offrir et d’y communier spirituellement. Je dirai même plus : qu’est-ce qui empêche pour ces personnes – comme du reste pour celles qui peuvent aller tous les jours à la Messe – de multiplier ainsi au cours de leurs journées, ces communions spirituelles au Saint - Sacrifice ?

La communion spirituelle c’est, comme le dit si bien le Cardinal Journet : « le désir, à toute heure du jour, de rejoindre la Passion du Christ à travers le mystère eucharistique qui la rend présente au milieu de nous ».

Ah ! si nous pouvions à tout instant exprimer un tel désir ! Nous pourrions alors communier constamment au Corps et au Sang du Christ, nourriture et breuvage en lesquels nous trouvons la divine Trinité se communiquant à nous.

Pour conclure je voudrais dire ceci : Saint Thomas d’Aquin dans son office de la Fête – Dieu enseigne que le festin eucharistique n’est pas seulement une représentation, une réactualisation de la Passion du Christ, il est aussi le gage de ce festin céleste des Noces de l’Agneau dont parle Saint Jean dans l’Apocalypse. Autrement dit, l’Eucharistie est un sacrement eschatologique : il prélude de façon réelle à ce qu’il préfigure : ce ciel de gloire où l’Amour de Dieu est le Pain vivifiant de toute la création réunifiée. Ici-bas la Communion Eucharistique commence sacramentellement la parfaite communion de tous dans l’éternelle et bienheureuse Communion de Dieu.

Puissions-nous donc toujours contempler en ce sublime sacrement le mystère central où se récapitule toute notre Foi et où s’accomplit toute notre vie.

Abbé Pierre Cousty

[1] Jean V 33 et suivants.

[2] Jean VI. 27

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 16:35

personne-a-st-exupery-img.jpgNous savons que Jésus, en s’offrant comme Victime d’Amour sur l’Autel de la Croix Jésus a mérité à Lui tout seul, en tant qu’Homme-Dieu, l’immense capital de grâce nécessaire au salut et à la sanctification du genre humain tout entier.

Toutefois, il n’a pas voulu agir seul pour monnayer en quelque sorte ce merveilleux et inestimable trésor, pour appliquer la grâce à chaque âme en particulier et c’est pourquoi dans sa divine Sagesse, il a décidé de nous associer à lui pour que nous soyons réellement ses collaborateurs dans l’œuvre la plus grandiose qui puisse s’accomplir en ce monde : la conversion et la divinisation des âmes.

Cette collaboration effective au Christ Rédempteur s’appelle : l’APOSTOLAT.

C’est la plus haute expression de l’amour fraternel, la charité des charités. L’Apostolat, en effet, a pour unique objectif le plus grand bien de nos frères et ce plus grand bien c’est celui que Dieu notre Père, veut pour eux, comme pour nous : à savoir, une communion parfaite et comblante avec Lui, par le Christ, dans le feu de l’Esprit-Saint ; autrement dit la vie éternelle en sa phase terrestre qui est l’état de grâce et en sa phase céleste qui est l’état de Gloire. Puisque dans la surabondance de son Amour, Jésus a tenu ainsi à nous associer à son Œuvre Rédemptrice en y réservant une place à notre activité, nous pouvons affirmer que désormais notre collaboration, quelle qu’en soit la forme est nécessaire ; cela veut dire que pour annoncer le message évangélique, favoriser les conversions, guider et entraîner les âmes sur le chemin de la Sainteté. Jésus veut, selon une expression de Péguy, avoir besoin de nous et que par conséquent il doit pouvoir compter sur nous. Nous devons en être saintement fiers, mais gardons-nous bien d’oublier qu’il en résulte pour nous une très lourde responsabilité. Le salut de nos frères dépend en partie de la générosité avec laquelle nous répondons à tout ce que le Seigneur attend de nous pour l’aider dans son immense tâche, ce mystère redoutable, certes, écrit Pie XII dans son Encyclique sur «Le Corps Mystique», et qu’on ne méditera jamais assez « le salut d’un grand nombre dépend des prières et des mortifications volontaires supportées à cette fin par les membres du Corps Mystique du Christ et de la collaboration des pasteurs et des fidèles ».

Pensons qu’au jour du jugement, Jésus nous dira : « Qu’as-tu fais de ton frère ? » « Où sont les âmes que tu aurais dû sauver avec Moi et que tu n’as pas sauvées ? »

Oui, il faut que chacun prenne à son compte la parole de saint Paul dans la Première Lettre aux Corinthiens : « Malheur à moi, si je n’évangélise pas ! »

Cette évangélisation est d’autant plus urgente et nécessaire qu’il y a grande pitié au royaume des âmes. Elles sont de plus en plus nombreuses, en effet, celles qui vivent loin de Dieu, dans les ténèbres de l’erreur et sous l’esclavage du péché.

La pensée de ces âmes malades et infirmes, blessées, défigurées, sourdes à la voix du Christ, fermées à sa lumière, insensibles à son Amour, sous-alimentées spirituellement, en grand danger de perdition, devrait nous hanter jour et nuit et nous causer un véritable tourment apostolique, nous provoquant à dire comme saint Paul : « La Charité du Christ nous presse ». Cette charité apostolique qui est selon une expression très juste du Père Eyler peut et doit se concrétiser sous différentes formes.

Habituellement lorsqu’on parle d’Apostolat on pense d’abord (et presqu’exclusivement) à l’activité extérieure ; celle-ci est nécessaire, elle est voulue par Dieu, mais elle ne constitue pas l’unique forme d’Apostolat.

D’ailleurs contemplons Jésus, lui qui durant toute la vie fut l’Apôtre par excellence et envoyé du Père pour notre salut. Ce n’est pas seulement par l’activité déployée durant les trois dernières années de sa vie (consacrées principalement à la prédication de l’Evangile et au contact direct avec les âmes) qu’il a réalisé son œuvre Rédemptrice, c’est encore par l’obéissance, le silence de sa vie cachée, par sa prière continuelle et surtout par sa généreuse immolation, dont le point culminant fut le suprême Sacrifice de la Croix.

Puisque, par définition, notre Apostolat consiste à nous associer à tout ce que Jésus a fait pour sauver le monde, il est bien évident qu’il ne saurait se limiter à la seule activité extérieure, mais qu’il doit à l’exemple du Divin Maître, s’exercer aussi et même essentiellement par la prière et par le sacrifice.

Il faut donc distinguer deux formes fondamentales d’Apostolat :

- l’Apostolat intérieur de la prière et de l’immolation, prolongement de la vie cachée et de la Passion du Sauveur,

- l’Apostolat extérieur de la parole et des œuvres, prolongement de sa vie apostolique.

Toutes les deux sont une réelle participation à l’œuvre rédemptrice ; cependant il existe entre elles une grande différence à savoir que l’Apostolat intérieur est comme la racine nourricière indispensable à la vitalité et à l’efficacité de l’Apostolat extérieur. Il ferait fausse route, en effet, celui qui voudrait sauver les âmes sans que son action ne soit soutenue et vivifiée par la prière et le sacrifice. Par contre l’activité extérieure peut très bien manquer en certains cas, sans que soit diminué l’intensité et la fécondité de l’Apostolat intérieure. Nous avons grand besoin en ces temps où règne l’activisme, l’agitation fébrile, de nous convaincre que tout chrétien est Apôtre non seulement en raison de l’activité qu’il déploie, mais principalement à cause de sa participation à la prière et à l’immolation par lesquels Jésus a racheté le monde. Ceci étant dit, essayons de voir maintenant en quoi consiste de façon plus précise :

- tout d’abord l’Apostolat de la Prière

- ensuite l’Apostolat de l’immolation ou de la souffrance offerte par amour

- puis l’Apostolat de l’exemple qui est, lui aussi, d’ordre intérieur.

Nous verrons enfin de quelle manière doit s’exercer l’Apostolat extérieur de la parole et de l’action.

I - Premièrement, en quoi consiste l’Apostolat de la Prière ?

Nous l’avons vu en commençant, depuis que Jésus est mort pour nous sur la Croix. La Rédemption de l’humanité est un fait accompli, chaque homme qui vient au monde est déjà un racheté en ce sens que le sang précieux de Jésus lui a mérité toutes les grâces nécessaires à son salut et à son progrès spirituel. Il ne reste qu’à appliquer ces grâces à chaque âme en particulier. C’est ici précisément que le Seigneur veut notre collaboration au point qu’il a établi de faire dépendre de notre prière la concession de certaines grâces nécessaires à notre salut ; et à celui du prochain. Autrement dit le Seigneur est toujours prêt à répandre sur les hommes les bienfaits de la Rédemption à condition toutefois que des mains suppliantes se lèvent vers le ciel pour les obtenir. Tant que notre prière, une prière humble, confiante, ardente et persévérante ne parvient pas à émouvoir les Saints Cœurs de Jésus et de Marie, la grâce n’est pas accordée ; c’est ce qui explique la nécessité absolue de la prière apostolique et sa grande efficacité. La prière en effet, puise directement la grâce à sa source qui est Dieu et par conséquent rien ne peut lui être substitué. Notre activité, nos paroles, nos œuvres, peuvent jouer un certain rôle pour disposer le terrain à la grâce, mais celle-ci ne descendra pas pour inonder les âmes si la prière manque. A la lumière de ces vérités nous pouvons mieux apprécier la portée des exhortations pressantes de Jésus « Il faut toujours prier et ne jamais se lasser »« Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira »« Tout ce que vous demandez dans vos prières, croyez que vous l’avez reçu et vous l’aurez ». Exhortation que la très Sainte Vierge, Mère de l’église ne cesse de reprendre comme en écho au cours de ses visitations à la terre. Il faut bien prier mes enfants « Priez pour les pêcheurs »« mais priez mes enfants Dieu vous exaucera en peu de temps »« Je veux qu’on dise le chapelet tous les jours ».

Ordinairement nous ne pouvons avoir la certitude que nos prières seront exaucées parce que nous ne savons pas si ce que nous demandons est conforme à la volonté de Dieu. Mais lorsqu’il s’agit de la prière apostolique qui sollicite pour les âmes des grâces de conversion ou de croissance spirituelle, le cas est différent. En effet, lorsque nous prions dans un but apostolique, nous nous insérons dans ce plan que Dieu même a disposé de toute éternité pour le salut des hommes. Ce plan, Dieu désire le réaliser infiniment mieux que nous et dès lors nous ne pouvons douter du résultat de notre prière. C’est précisément à cause de cette efficacité que la prière pour nos frères séparés ou éloignés de Dieu, constitue un des plus puissants moyens d’Apostolat.

Thérèse de Lisieux, alors qu’elle était encore une enfant, avait parfaitement compris cette vérité. Rappelons-nous son émouvante intercession en faveur du bandit Pranzini. Ayant appris que cet homme sans repentir allait être exécuté, elle se mit à prier avec une insistance et une ferveur peu communes implorant la grâce de sa conversion. Quelle ne fut pas sa joie reconnaissante lorsqu’elle lut dans le journal, qu’au dernier moment Pranzini avait donné enfin un signe non-équivoque de repentir en embrassant le Crucifix qui lui était présenté par l’Aumônier. Le Seigneur avait magnifiquement exaucé la petite Thérèse. Ah ! Si nous savions la puissance et l’extraordinaire fécondité de la prière ; surtout celle du Rosaire qui est si chère à Marie, la Médiatrice de toutes les grâces !

II - Dans la même ligne que la prière, il y a cet autre grand moyen apostolique Qui est la souffrance offerte par Amour. Jésus nous demande en effet, à nous qui sommes les Membres de son Corps mystique, de collaborer à l’effusion de sa grâce dans les âmes en offrant avec les siennes toutes nos souffrances, dans une intention corédemptrice, en communion d’âme avec Marie qui, en cela comme en toutes choses, est notre parfait modèle. Ce mystère d’immolation corédemptrice, il nous fait accepter de le vivre en notre cœur et en notre chair, sous la forme et dans le temps que Dieu veut, sous peine de stérilité. Jésus nous enseigne, en effet, autant par sa vie que par ses paroles que toute souffrance dans la mesure où elle est transfigurée par l’amour devient une source merveilleuse de fécondité apostolique « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt il reste seul, mais s’il meurt il porta beaucoup de fruit ».

« Appelés sur les pas d’un Rédempteur crucifié nous ne valons que par notre puissance de Rédemption et la taille de notre Croix mesure notre grandeur ». Cette phrase de Jacques d’Arnoux a été vécue avant d’être écrite. Il est bien certain en effet, que l’acceptation généreuse de la Croix est aux yeux du Seigneur, le critère du véritable Amour et confère sur son cœur une puissance irrésistible. Tous les grands convertisseurs d’âmes en ont su quelque chose. Ce que la prière n’arrive pas à obtenir, la souffrance l’emporte, ce qui faisait dire au Père Chevrier « on instruit les âmes par la parole, mais on les sauve par la souffrance ». Certes, il faut croire à l’importance du témoignage et du dévouement pour diffuser la lumière de l’Evangile. Mais l’action humaine est toujours limitée, la parole peut dans certains cas, être mal reçue, les conseils peuvent être mal interprétés et exaspérés. Au contraire la participation aux souffrances du Sauveur exerce dans l’ordre de la Communion des Saints une influence d’autant plus efficace qu’elle est discrète et que rien (excepté le cas tout de même assez rare d’une volonté enfoncée délibérément dans le mal) ne vient s’y opposer.

Celui qui, dans le silence et l’obscurité offre sa souffrance au Seigneur, travaille plus puissamment que les personnages brillants qui tiennent le devant de la scène sous les feux de la rampe, car c’est avant tout dans l’humilité que sa grâce peut opérer, c’est par le dedans que son Royaume s’étend effectivement sur la terre.

Ces belles vérités, capables de stimuler notre générosité à l’heure de l’épreuve, une grande chrétienne, Elisabeth Lesoeur les a résumées dans une admirable Profession de Foi, que nous aurions tout intérêt à faire nôtre, la voici :

«Je crois que la souffrance a été accordée par Dieu à l’homme dans une grande pensée d’Amour et de miséricorde. Je crois que Jésus Christ a transformé, sanctifié et presque divinisé la souffrance. Je crois que la souffrance est pour l’âme la grande ouvrière de Rédemption et de sanctification. Je crois que la souffrance est féconde, autant et parfois plus que nos paroles et nos œuvres et que les heures de la Passion du Christ ont été plus puissantes pour nous et plus grandes devant le Père que les années mêmes de sa prédication et de son activité terrestre. Je crois qu’il circule parmi les âmes : celles d’ici-bas, celles qui expient, celles qui ont atteint la vraie vie un vaste et incessant courant fait des souffrances, des mérites et de l’Amour de toutes ces âmes et que nos plus infimes douleurs, nos plus légers efforts peuvent atteindre par l’action divine des âmes chères ou lointaines et leur apporter la lumière, la paix et la sainteté. Je crois que dans l’éternité nous retrouverons les bien-aimés qui ont connu et aimé la Croix et que leurs souffrances et les nôtres se perdront dans l’infini de l’amour divin et dans les joies de la définitive réunion. Je crois que Dieu est Amour et que la souffrance est, dans sa main, le moyen que prend son amour pour nous transformer et nous sauver ».

Conclusion pratique : ne laissons gaspiller aucune de nos souffrances en nous contentant de nous y résigner. Efforçons nous de les valoriser au maximum en les offrant dans une intention corédemptrice, sans quoi nous risquons de priver bien des âmes du sérum d’Amour dont Jésus a besoin pour les sauver.

III - Réfléchissons maintenant à cet Apostolat irremplaçable mais accessible à tous qui est celui du témoignage, le témoignage d’une vie exemplaire et sainte. Comme il se réalise avant tout par la manière d’être, plutôt que par la parole ou l’action, il est lui aussi essentiellement d’ordre intérieur. Il n’est pas demandé à tous les chrétiens d’annoncer l’Evangile par un enseignement oral ou écrit, ni de s’engager dans telle ou telle œuvre d’Apostolat organisé, mais il est demandé à tous sans exception de se conduire de telle manière que leur vie soit un témoignage lumineux et entrainant. « Vous êtes la lumière du monde et le sel de la terre » nous dit Jésus dans ce passage de l’Evangile qui sera proclamé tout à l’heure à la Messe : « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau mais bien sur le lampadaire ou elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison ».

Nous connaissons tous par expérience la puissance attractive de l’exemple « il n’y aurait plus de païen, affirme St. Jean Chrysostome, si les chrétiens étaient ce qu’ils devraient être, s’ils observaient vraiment les préceptes. La vie bonne est une voix plus aigüe et plus forte qu’une trompette. Le bon exemple s’impose par lui-même, il a une autorité et exerce un attrait fort supérieur à ceux de la parole ».

La mentalité moderne, assoiffée d’expérience a un besoin plus particulier de ces témoignages vécus capables d’offrir non seulement des belles théories de vie spirituelle, mais surtout des incarnations concrètes de la vertu, de l’idéal de la sainteté et de l’union à Dieu. Comprendrons-nous jamais assez que notre premier devoir apostolique c’est de prolonger parmi les hommes la présence et la vie de Jésus-Christ. Notre bien-aimé Sauveur veut en effet que nous lui soyons « une humanité de surcroît ». Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. De même qu’en son séjour, ici-bas, Jésus s’est montré le Témoin et le Révélateur du Père, pas seulement par ses paroles, mais par toute sa façon de vivre, de même qu’à travers son Humanité Sainte, on voyait transparaître Dieu invisible et que surtout dans son amour, on apercevait l’amour infini de Dieu. Il faudrait qu’à travers notre vie on puisse discerner sans trop de peine, au moins quelques rayons de l’éblouissante Sainteté du Christ et qu’on se sente comme fasciné par la puissance irrésistible de son Amour.

Ce qui importe, en définitive, ce n’est pas tant de démontrer Dieu que de le montrer. Pour prendre une image familière au monde moderne, disons que chacun de nous devrait se considérer comme une télévision du Christ.

A tous ceux qui nous observent, qui s’interrogent à notre sujet, il s’agit de montrer sur le petit écran de notre vie une image de Jésus qui ne soit pas trop voilée ou déformée, mais aussi fidèle, aussi ressemblante, aussi attrayante que possible.

Il avait fort bien compris, cette exigence du témoignage par une vie reflétant la Sainteté même du Christ, ce jeune chrétien qui adressait à Jésus cette prière : « Fais Seigneur qu’en me voyant, ils te reconnaissent ».

Demandons-nous aussi, instamment, par l’intercession de Marie la grâce d’être les ostensoirs et les révélateurs de celui qui est pour tous la vérité et la vie, l’unique chemin du bonheur.

IV - Les Apostolats de la prière, de la souffrance offerte par amour et de l’exemple sont obligatoires pour tous les chrétiens. Par contre l’engagement dans les formes actives de l’Apostolat extérieur n’est jamais imposé aux laïcs. Il est en quelque sorte une vocation. On le choisit en fonction de ses aptitudes, compte tenu des conditions de vie dans lesquelles on se trouve. Très diverses sont les œuvres d’Apostolat extérieur : catéchèse, enseignement religieux, annonce de l’Evangile par la presse, par la radio, et la télévision (là ou c’est possible), éducation catholique dans les écoles ou les mouvements de Jeunes, organismes caritatifs etc...

Elles sont toutes nécessaires pour promouvoir l’Evangélisation et la sanctification des hommes car elles sont, ne l’oublions pas, le prolongement de l’activité apostolique de Jésus. Dans le champ de l’Apostolat, nous explique saint Paul, il y a diversité de fonctions, nombreux sont les emplois d’importance et de valeur différentes et cependant tous proviennent d’un même esprit, l’Esprit-Saint « qui distribue ses dons à chacun en particulier, comme il lui plait et en même temps les ordonne tous à une fin unique : l’accroissement du corps mystique du Christ » (I Cor.XII).

L’enseignement si lumineux de ce géant de l’Apostolat que fut saint Paul a été repris et explicité en notre temps par le Concile Vatican II, notamment dans trois grands textes : « La Constitution Dogmatique sur l’Église », le décret sur l’Apostolat des laïcs et le décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise. Nous avons tous intérêt à lire et à méditer longuement cette doctrine conciliaire particulièrement riche qui constitue une véritable charte de l’Apostolat pour l’Eglise de ce temps. Il y est rappelé, entre autres, qu’à tous les laïcs incombe le devoir unique de travailler pour que le projet divin de salut atteigne de plus en plus tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Que les laïcs ont d’innombrables occasions d’exercer l’Apostolat d’évangélisation et de salut, et surtout que les laïcs doivent exercer concrètement leur Apostolat en s’efforçant notamment « de pénétrer l’ordre temporel d’esprit évangélique, travaillant à son progrès de telle manière qu’en ce domaine, leur action rende clairement témoignage au Christ et serve au salut de tous les hommes. Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur Apostolat dans le monde à la manière d’un ferment grâce à la vigueur de leur esprit chrétien ».

En tous cas, ce qu’il ne faut jamais perdre de vue lorsque nous nous dépensons dans un Apostolat extérieur, c’est qu’aucune forme d’action que nous employons peu par elle-même sauver ou sanctifier les âmes. On ne peut pas plus changer une âme par un effort humain que voir avec les mains ou raisonner avec les yeux. Seule la grâce jaillissant du cœur transpercé de Jésus et transfusée par Marie, la mère de la divine grâce est capable de convertir et de sanctifier les âmes.

Bien sûr nous devons agir, mais en ayant clairement conscience que notre action servira le règne du Christ et le bien des âmes uniquement dans la mesure où nous agirons comme instrument de la grâce, jouant le rôle de fils conducteurs de la lumière et de l’amour. On peut donc dire que la condition unique et essentielle de la fécondité de notre action apostolique se trouve dans notre docilité à la grâce, dans notre souplesse entre les mains de Jésus et de Marie. Malheur à nous, donc, si nous prétendons réussir un Apostolat quelconque par des moyens humains de séduction et de succès, en ne comptant que sur nos efforts et nos œuvres, nos talents et notre habileté, car nous avons cessé alors d’être les apôtres du Christ pour appartenir au monde et c’est le monde qui en fait a triomphé de nous parce que nous nous sommes détournés de la croix de Jésus-Christ, seule capable de vaincre le monde. Si au contraire nous ne comptons absolument pas sur nos aptitudes et talents naturels ou sur les moyens humains, mais uniquement sur la puissance de la Croix Glorieuse ( ce qui suppose un détachement total des résultats visibles de notre action, alors en dépit des échecs, des oppositions ou des persécutions, nous sommes en Jésus crucifié et glorifié les grands vainqueurs de ce monde d’erreurs et de pêché. Tel est le programme apostolique que saint Paul a exposé une fois pour toutes dans les deux premiers chapitres de la Première Lettre aux Corinthiens. Nous en retiendrons pour l’instant la phrase clé, celle qui résume tout le reste. Nous l’entendrons d’ailleurs au cours de la Messe, puisqu’elle a été choisie comme 2ème lecture pour ce 5ème Dimanche ordinaire). « Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu nous annoncer le Mystère de Dieu avec le prestige du langage humais ou de la sagesse. Parmi vous je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus et Jésus crucifié ».

Pour conclure, l’ensemble de ces réflexions, je vous cite une parole de saint François de Sales qui pourrait être le mot d’ordre de toute vie apostolique. « Il faut se passionner pour acheminer les âmes à Dieu ».

Aujourd’hui le monde entend se passer de Dieu. C’est son malheur, car plus que jamais il a besoin de Lui. Il est urgent de lui donner Dieu et d’abord d’acheminer les âmes â Dieu. Pour l’accomplissement de cette tâche il faut se passionner, car elle est vraiment passionnante. Combien se passionnent pour une idéologie ou pour l’argent ! Combien se passionnent pour la gloire humaine ou tout simplement pour des bagatelles !

Soyons quant à nous, de plus en plus passionnés du règne de Jésus par Marie. A cette grande cause, donnons-nous à fond ! 

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 17:22

louis-marie.jpgJe voudrais vous rappeler en quoi consiste, pour l’essentiel, la pratique de la Consécration Mariale. Ce qui la caractérise, nous allons le voir, ce ne sont pas des formes extérieures de piété ou de dévotion, mais quelque chose de tout à fait intérieur, c’est-à-dire un esprit visant à transformer toute notre mentalité et toute notre manière de vivre.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort qui est notre principale référence en matière de dévotion mariale authentique a défini magistralement cette pratique qu’il qualifie lui-même « d’intérieure » en se servant de quatre petits mots tout simples. Il s’agit, nous dit-il, de faire toutes nos actions par Marie, avec Marie en Marie et pour Marie afin ajoute t-il aussitôt de les faire plus parfaitement par Jésus-Christ ; avec Jésus-Christ, et Jésus et pour Jésus car, la véritable dévotion mariale ne peut-être que christocentrique : elle n’a pas d’autre but que de nous conduire à Jésus pour nous unir à Lui.

Par, Avec, En et Pour : ces quatre prépositions n’ont l’air de rien à première vue, et pourtant si l’on y réfléchit un peu, on s’aperçoit, qu’elles expriment remarquablement, à elles seules, le mystère de la vie, le mystère de l’amour, et même le mystère de Dieu.

Tout d’abord elles résument fort bien la vie, toute la vie. Aucun être, en effet ne vit tout seul coupé de ses racines, de son milieu, de sa nourriture, de ses semblables. La plus humble des fleurs vit par et avec la terre et l’eau. Elle s’épanouit dans l’air et la lumière et elle grandit pour la joie de ceux qui la regardent.

Pensons à l’enfant dans le sein de sa mère : il vit, lui aussi, par elle, avec elle et en elle ; il en dépend totalement. Peut-on dire qu’il vit leur elle ? Oui, bien sûr, sans le savoir ; un enfant n’est-il pas normalement la joie de ses parents ?

En réalité, c’est toute la création qui vit par, avec, en et pour son Créateur dont elle dépend dans tout son être ainsi que l’affirme saint Paul. « C’est en Lui (Dieu le Père) que nous avons la vie, le mouvement, et l’être. Tout a été crée par Lui (Jésus) et pour Lui. C’est en Lui qu’ont été crées toutes choses, tout subsiste en Lui ». Ac.17, 28 et Col. I 15. 2O).

Ces quatre petites prépositions peuvent aussi exprimer l’amour ; quand on aime ou vit toujours d’une certaine manière par, avec, en et pour l’être aimé.

On vit d’abord par lui ; on dépend de lui, c’est lui qui d’une certaine manière nous fait vivre. Son bonheur n’est-il pas notre bonheur, sa souffrance notre souffrance ?

Mais aimer c’est aussi être avec.  Quand on aime on n’est pas seul. Et on souffre loin de l’être aimé, on cherche à le rejoindre, à ne pas le quitter.

Il ne suffit même pas d’être avec. On voudrait pousser l’intimité jusqu’à l’intériorité et l’intériorité mutuelle c’est-à-dire vivre l’un dans l’autre. Quand on aime, enfin, on vit pour Celui qu’on aime. On ne vit pas pour soi. « Tout ce qu’on fait disent les parents, c’est pour les enfants ».

Ces quatre petites prépositions expriment enfin, et c’est peut-être cela le plus étonnant, le mystère même de Dieu. Pour nous en convaincre point n’est besoin de savantes démonstrations. Il nous suffit d’être attentif à l’utilisation que saint Jean en fait tout au long de son Evangile, en particulier chaque fois qu’il veut mettre en lumière l’intimité inouïe qui existe entre Jésus et son Père. Saint Jean nous dit, en effet, - et je ne relèverai ici que quelques paroles très denses - que Jésus vit par son Père « envoyé par le Père qui est vivant, moi, je vis par le Père (Jean 6, 57). Il vit aussi avec Lui ». Celui qui m’a envoyé est avec moi. Il ne m’a pas laissé seul (Jean. 8, 29). Et surtout Jésus et son Père vivent parfaitement l’un dans l’autre : « Comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi En Toi : qu’eux aussi soient un en Nous » (Jean 17, 21). Enfin Jésus vit pour son Père. Il est tourné vers Lui depuis toute éternité (Jean 1, 2). Il vient de Lui et retourne vers Lui (Jean 16, 28-20,17) Et surtout il vit pour Lui en cherchant toujours sa Gloire et non la sienne (Jean 8, 5O - 17, 1).

Ces quelques citations nous font donc comprendre, à elles seules, que Dieu est relation entre deux personnes qui s’aiment tellement qu’elles vivent totalement l’une par avec en et pour l’autre. Et comment pourrait-il en être autrement puisque Dieu s’est révélé comme étant essentiellement Amour. Très bien, me direz-vous, pour ce qui concerne le Père et le Fils. Mais le Saint-Esprit ? Eh bien c’est Lui justement qui est la Relation elle-même. C’est Lui qui est le « par, avec en et pour » en personne.

Et nous pouvons dès lors entrevoir que vivre « ces quatre mots qui disent l’amour » ce n’est rien moins que vivre l’expérience du Saint-Esprit. Jésus en effet, n’a pas voulu garder pour Lui tout seul l’ineffable intimité qu’Il vit avec le Père dans le feu de l’Esprit-Saint. Le désir le plus cher de son cœur est que nous puissions la partager, non seulement dans l’éternité mais tout le temps que dure notre existence terrestre. Et c’est en cela que consiste essentiellement - on ne le soulignera jamais assez – notre vie chrétienne - en une communion de tous les instants à la vie même des Trois Personnes divines, communion qui se réalise par une pratique toujours plus parfaite des vertus théologales de Foi, d’espérance et de charité. C’est dans ce but, ne l’oublions pas, que Jésus a offert son sacrifice rédempteur et qu’il nous a envoyé l’Esprit-Saint le répandant dans nos cœurs par les sacrements de Baptême et de Confirmation. Seulement voilà ! Cette intimité avec Dieu, nous avons bien du mal à la vivre en raison de notre faiblesse et de nos péchés : nous sommes si peu disponibles, si peu généreux. Trop souvent hélas ! Nous résistons au grand sanctificateur de nos âmes : l’Esprit de vérité et d’amour... Qu’est-ce qui va nous aider à vaincre tous ces obstacles ? Eh bien, c’est de nous unir très fort à la Vierge Marie, Co-Sanctificatrice des âmes en vivant par Elle, avec Elle, en Elle et pour elle...

Voyons maintenant plus en détail ce que cela signifie. « Ah ! s’écrie saint Louis-Marie, quand viendra cet heureux temps où ... Les âmes respireront Marie autant que les corps respirent l’air ». Et il nous explique que pour parvenir à respirer Marie, il nous faut tout d’abord vivre par et pour Marie.

Si l’on pouvait comparer notre vie à un fleuve, on pourrait dire que vivre « par » et « pour » Marie c’est la placer à la source du fleuve et à son embouchure, là ou il se jette dans l’océan. On pourrait dire aussi que c’est la placer au début et à la fin de toutes nos actions. Ce n’est pas pour rien que saint Louis-Marie commence son Traité de la Vraie Dévotion en disant : « C’est par la très Sainte Vierge que Jésus-Christ est venu dans le monde », et c’est aussi par Elle qu’il doit régner dans le monde. Que de fois au cours de son œuvre il se réfère à ces deux moments de l’histoire du salut qui sont aussi deux moments de nos actions. De même que Marie était au début pour le premier avènement de Jésus et qu’elle sera à la fin quand il reviendra, de même faut-il qu’elle soit à la source et au terme de toutes nos actions. Souvent nous croyons que l’égoïsme qui s’oppose à l’amour consiste à agir pour soi-même, dans son propre intérêt. Mais il y a un égoïsme encore plus profond, plus radical qui consiste à agir par soi-même, par son propre esprit. Il y a l’égoïsme de la fin, du but, mais il y a aussi celui du départ, de l’origine. Si je ne plaçais pas mon « moi » pécheur à la source de ma vie, je ne le retrouverais pas au terme. Si j’agis de moi-même et par moi-même, il est inévitable que j’agisse aussi pour moi-même. Si l’amour veut être à l’arrivée, il doit être d’abord au départ. Jésus nous dit « qu’on reconnaît l’arbre à ses fruits » si les fruits sont mauvais, c’est que l’arbre est mauvais et c’est lui qu’il faut changer. Or, que sont nos actions, en fait, sinon les fruits de cet arbre qu’est notre cœur. Si elles sont mauvaises c’est de toute évidence, l’arbre de notre cœur qu’il faut changer. Et c’est justement ce changement profond de notre cœur que saint Louis-Marie nous propose en nous apprenant à vivre par Marie. Il s’agit de quitter nous dit-il nos propres intentions et opérations, quoique bonnes et connues, pour se perdre, en quelque sorte, dans celles de la Très Sainte Vierge, quoiqu’elles nous soient inconnues. C’est dans tout mon être, mon « moi » le plus profond qui est comme changé dans ses racines, dans son jaillissement. Je veux placer Marie au départ de mon être, « l’introniser » comme dit un auteur spirituel, à la source profonde de mes pensées et de mes affections. « Tout ce jaillissement de vie qui surgit mystérieusement des profondeurs de l’être je le livre à sa conduite, à son esprit qui est le Saint-Esprit de Dieu, car Marie nous dit saint Louis-Marie ne s’est jamais conduite par son propre esprit mais toujours par l’Esprit de Dieu qui s’en est tellement rendu le maître qu’il est devenu son propre esprit ».

C’est à nous maintenant de ne plus nous conduire par notre propre esprit, mais par l’Esprit de Marie, de ne plus louer le Seigneur qu’avec son âme, de ne plus l’aimer qu’avec son cœur. Puissions-nous donc faire nôtre cette belle prière du grand serviteur de Marie : « Ma très chère et bien-aimée Marie, faites, s’il se peut, que je n’ai point d’autre esprit que le vôtre pour louer et glorifier le Seigneur, que je n’ai point d’autre cœur que le vôtre pour aimer Dieu d’un amour pur et d’un amour ardent comme vous ».

Mais il ne suffit pas d’agir par Marie, il faut aussi agir pour elle.

Comment est-ce possible ? On comprend assez bien qu’on puisse agir par, avec et en Marie, mais comment peut-on agir pour elle ? Comment une pure créature peut-elle être un but ?

A cette objection saint Louis-Marie répond en disant qu’on ne prend pas Marie « pour la dernière fin de ses services qui est Jésus-Christ seul, mais pour sa fin prochaine et son milieu mystérieux pour aller à Lui ». Et puis si on réfléchit bien ce qu’est Marie, on comprend sans difficulté qu’elle puisse être un but : Marie, en effet, est complètement vide d’elle-même, elle n’est que pure relation à Dieu, elle n’est que l’écho de Dieu, elle n’existe que par rapport à Dieu, toute la richesse de son être est faite de cette pauvreté suprême qui consiste à tout recevoir et à tout donner sans rien garder pour elle-même.

C’est parce que Marie est Immaculée totalement transparente au Christ qu’elle peut être un but, sinon il y aurait toujours un décalage entre le « pour Marie » et le « pour Jésus » et Marie nous retarderait sur le chemin qui mène au Christ. Mais loin d’arrêter une âme à elle-même, Marie au contraire la jette en Dieu et l’unit à Lui avec d’autant plus de perfection que l’âme s’unit davantage à elle. Agir pour Marie, c’est donc proclamer très fort que par l’œuvre du Saint-Esprit il n’y a aucune distance entre elle et Jésus. Marie est pure transparence de Dieu. Parce que Marie est la Mère de l’Église et qu’elle est en même temps l’Eglise dans sa perfection (puisque de toutes les créatures elle est la plus conforme à Jésus-Christ) il fallait la placer à la source et au terme de notre vie. Pour aller encore plus loin sur le chemin de cette identification avec le Christ qui est le but de notre vie chrétienne, saint Louis-Marie nous appelle également à vivre avec et en Marie, c’est-à-dire à faire d’Elle le cœur même de notre existence et le milieu vital où nous baignons.

S’adressant à Jésus au N° 63 du Traité de la Vraie Dévotion, saint Louis-Marie lui dit : « Vous êtes Seigneur toujours avec Marie et Marie est toujours avec vous et ne peut pas être sans vous, autrement elle cesserait d’être ce qu’elle est ; elle est tellement transformée en vous par la Grâce qu’elle ne vit plus qu’elle n’est plus ; c’est vous seul mon Jésus qui vivez et régnez en elle ». Etre toujours avec Jésus, ne pas pouvoir être, ni vivre sans Lui, tel est l’idéal vers lequel nous devons tendre de tout notre cœur et de toutes nos forces. Or, pour l’atteindre le moyen le plus sûr et le plus direct c’est d’entrer dans l’expérience de Marie, elle qui est la chrétienne la plus parfaite. Cela requiert de notre part trois attitudes pratiques :

Il faut regarder Marie, se laisser former par elle, et ne jamais se trouver seul.

- Regarder Marie, c’est d’abord la prendre pour modèle de toutes nos actions. Il faut, qu’en chaque action nous regardions comment Marie l’a faite ou la ferait si elle était à notre place. On devine combien cela peut aller loin...

- Regarder Marie, c’est aussi imiter ses vertus : « sa foi vive par laquelle elle a cru sans hésiter la parole de l’ange ; et elle a cru fidèlement et constamment jusqu’à la croix ». Son humilité profonde qui l’a fait se cacher se taire, se soumettre à tout et se mettre la dernière, sa pureté qui n’a jamais eu ni n’aura jamais sa pareille sous le ciel. Au fond regarder Marie, c’est moins la regarder elle-même que regarder avec elle, entrer dans son regard, dans sa manière.de voir les choses, les évènements les personnes.

- Regarder Marie, c’est enfin trouver Jésus et déjà nous conformer à Lui « plus vous regarderez Marie dit saint Louis-Marie en vos oraisons, contemplations, actions et souffrances et plus parfaitement vous trouverez Jésus-Christ qui est toujours avec Marie ». Oui, celle que les litanies appellent « le miroir ce justice » pourrait nous dire en toute vérité paraphrasant les paroles de son Fils : « qui me voit, voit Jésus ».

Mais pour vivre avec Marie, il ne suffit pas de la regarder, il faut aussi se laisser former par elle. Certes le regard lui-même est déjà formateur. A force de regarder on peut devenir semblable à celui qu’on regarde, mais c’est surtout l’image regardée qui a pour mission de nous former, parce que Marie nous dit saint Louis-Marie, est « le moule de Dieu ». Oh ! Qu’il y a de différence, s’écrit-il, entre une âme formée en Jésus-Christ par les voies ordinaires de ceux qui comme les sculpteurs se fient en leur savoir-faire et une âme bien maniable, bien déliée et qui sans aucun appui sur elle-même se jette en Marie et s’y laisse manier à l’opération du Saint-Esprit.

Enfin, vivre avec Marie, c’est ne jamais se trouver seul, non seulement pour prier, mais aussi pour travailler, étudier, écouter, souffrir et aimer. C’est accomplir toutes ses actions en communion d’âme avec Elle.

Il nous reste maintenant à parcourir une dernière étape sur le chemin qui nous mène à la « transformation de nous-mêmes en Jésus-Christ ! Pour répondre pleinement aux exigences de notre Consécration Mariale il nous faut vivre en Marie ».

Les paroles si denses que Jésus a prononcées la veille de sa mort, dans sa Prière Sacerdotale : « comme Toi, Père, tu es en moi et moi en Toi, qu’eux aussi soient on nous », nous révèlent à quel point Jésus et son Père sont parfaitement intérieurs l’un à l’autre dans l’Esprit-Saint. Le rêve de tout amour (nous y avons déjà fait allusion) c’est l’intériorité, parce que lorsqu’on aime vraiment on cherche à ne plus faire qu’un et on n’est jamais autant UN que lorsqu’on est l’un dans l’autre, à jamais inséparables, comme Jésus et son Père.

Eh bien ! Pour que nous puissions vivre en Jésus comme Jésus vit en son Père, pour que nous puissions « demeurer en lui et lui en nous », saint Louis-Marie nous affirme qu’il n’y a pas de meilleur moyen que de vivre en Marie. Et pour cela il invoque deux grandes raisons :

Marie est le « Paradis » de Jésus, le Nouvel Adam.

Marie est la mère de notre vie surnaturelle.

- On trouve dans le Traité de la Vraie Dévotion cette pensée assez originale à savoir que Marie est moins la nouvelle Eve que le nouveau Paradis Terrestre du Nouvel Adam. Elle est la Femme-Paradis du nouveau monde. Dans ce Paradis, Jésus le nouvel Adam est descendu pour y opérer des merveilles de grâce. Il y a pris ses complaisances ; il y a étalé ses richesses avec la magnificence d’un Dieu. On trouve dans ce Paradis l’arbre de vie qui a porté le fruit de vie et il y règne un air sans infection de pureté, un beau jour sans nuit de l’humanité sainte, un beau soleil sans ombre de la divinité. Ce Paradis merveilleux qui est d’abord le sien et ou il se complait, Dieu le met à notre disposition car « il n’y a point de lieu, nous dit saint Louis-Marie, où la créature puisse trouver Dieu plus proche d’elle et plus proportionné à sa faiblesse qu’en Marie ». Mais il s’empresse d’ajouter : « qu’il est difficile à des pêcheurs comme nous sommes d’avoir la permission, la capacité et la lumière pour entrer dans un lieu aussi haut et si saint, car Marie est fermée, Marie est scellée et ce n’est que par une grâce particulière de l’Esprit-Saint qu’on peut y entrer ». Or cette grâce l’Esprit-Saint ne manque pas de l’accorder à ceux qui sont humbles ; pauvres de cœur, qui savent se faire tout petits.

- La deuxième grande raison qui doit nous inciter à « vivre en Marie » est celle-ci : Jésus veut que sa divine Mère devienne notre milieu de vie comme elle fut le sien. A cette vie nouvelle, surnaturelle, que notre bien-aimé Sauveur nous a méritée, il faut une Mère nouvelle. C’est tout le sens du « voici ta mère » que Jésus a prononcé à l’heure de notre rédemption.

Au Baptême nous avons été conçus à cette vie vraiment nouvelle qui est la vie même de Dieu. Nous l’avons reçue du Saint-Esprit et de Marie. Mais nous ne sommes pas encore nés, nous sommes seulement des êtres en gestation. Notre vraie naissance sera l’heure de notre mort, lorsque nous passerons de ce monde au Père. En attendant nous sommes portés, dit saint Louis-Marie dans le sein de notre Mère, pour y être gardés, nourris entretenus et agrandis par cette bonne mère jusqu’à ce qu’elle nous enfante à la gloire.

La considération de ces deux grandes raisons nous fait comprendre à quel point il est indispensable pour nous « de demeurer dans le bel intérieur de Marie pour que notre âme y soit formée en Jésus-Christ et Jésus-Christ en elle ».

A toute âme qui s’efforcera ainsi de vivre en elle, Marie sera (pour reprendre les belles images de saint Louis Marie) « l’oratoire pour y faire toutes ses prières ; la Tour de David pour s’y mettre en sûreté, la lampe allumée pour éclairer tout l’intérieur et pour brûler de l’amour divin, le Reposoir sacré pour unir Dieu avec Elle ».

En vivant par Marie nous la placions à la source de notre être et de notre vie, mais toute vie pour s’épanouir a besoin d’un milieu, d’un environnement. En nous établissant en Marie par notre Consécration nous lui demandons d’être aussi pour nous ce milieu de vie, cet environnement d’amour et de prière. Cela revient à dire que nous la prenons comme « notre unique tout auprès de Dieu ».

Tel est donc selon les enseignements du Traité de la Vraie Dévotion et du secret de Marie le véritable esprit de la Consécration mariale.

On pourrait dire me semble-t-il, et c’est par là que je voudrais conclure, qu’il consiste à imprimer sur toute notre vie et surtout sur notre cœur, sur notre âme le cachet d’un autre cœur, d’une autre âme, d’une autre personne qui est la plus consacrée de toutes et vit parfaitement cette union à Jésus que nous vivons si mal. S’adressant à Elle, saint Louis-Marie la suppliait ainsi : « O Glorieuse Vierge... que je vous mette comme un cachet sur mon cœur... »

Cette prière, redisons-la, nous aussi très souvent, puis laissons l’impression de ce cachet qu’est Marie gagner peu à peu toute notre vie jusqu’à ce que nous soyons des copies vivantes de Jésus-Christ, pouvant dire en toute vérité, comme saint Paul : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ».

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 20:42

Jésus nous a proposé comme fondement de la vie chrétienne non seulement le précepte de l’Amour de Dieu : « le plus grand et le premier commandement » mais aussi le précepte de l’amour du prochain en le déclarant expressément « semblable au premier ». Ces deux préceptes, Il les a si étroitement soudés l’un à l’autre qu’il est impossible de les réaliser séparément : l’un ne peut subsister sans l’autre. De plus, pour bien nous montrer l’importance extrême qu’Il attache au commandement de l’amour fraternel, Jésus nous a livré, la veille de sa mort, ces paroles inoubliables qui constituent pour ainsi dire son testament : « Je vous donne un commandement nouveau (plus loin il précisera : c’est mon commandement) : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres... »

Mais pourquoi le commandement de l’amour fraternel, semblable au commandement de l’amour de Dieu, est-il nouveau ? C’est tout d’abord parce qu’il nous demande d’identifier le prochain – tout prochain quel qu’il soit – à Jésus lui-même. Sur ce point Jésus est catégorique : il suffit pour nous en convaincre de nous reporter à la scène du jugement dernier où il affirme vigoureusement qu’il considère, comme fait à lui-même tout ce que l’on fait au plus petit de ses frères... En somme, c’est comme si Jésus nous disait : « Vous prétendez m’aimer moi votre Sauveur et votre Dieu, eh bien aimez vos frères ». Voilà le contrôle, le test, l’expérience décisive. Vous désirez m’aimer d’un amour généreux et effectif ; spontanément vous regrettez de ne pouvoir rien me donner à moi qui n’ai besoin de rien... Donnez donc à vos frères, faites du bien aux hommes et il sera fait à moi-même.

Ce qu’il importe de bien comprendre, en effet, c’est que notre amour pour Dieu risque, ô combien, d’être rempli d’illusions. Dieu, trop souvent on se l’imagine, ou l’invente, ou se le représente à notre image, quand ce n’est pas à notre commodité. On le rapproche de soi en cas de besoin ou on le relègue très loin à l’infini. Et puis Dieu lui, Il se tait, Il se laisse faire, Il s’efface. Tandis que le prochain lui, ne se laisse pas faire, il ne se tait pas ou bien s’il se tait il fait une tête plus éloquente que n’importe quelle parole. Avec notre prochain nous savons toujours exactement dans quelle relation nous sommes. Voir dans le prochain le Christ-Jésus à la portée de la main, oui, telle est bien la grande nouveauté (et aussi la grande exigence) du commandement de l’amour fraternel. Mais une question se pose : comment comprendre que Dieu ait voulu cette étrange procuration ? Comment expliquer que l’homme soit, de ce fait, un être sacré ? Que notre amour pour lui soit un amour religieux, surnaturel, divin ? Et une manière de nous acquitter du grand commandement : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu » ? Ah ! C’est que, de par la création et l’avenir auquel Dieu l’a destiné, l’homme fait partie déjà de la famille divine. Le plus chétif des êtres humains est aimé de Dieu et c’est pour cette raison qu’il a reçu la vie. Il est fait par Dieu, par une pensée distincte et une tendresse personnelle de Dieu, pour être heureux du bonheur de Dieu en partageant son intimité et cela dès ici-bas. Mais surtout comprenons bien qu’à partir du moment où Dieu est devenu l’un d’entre nous, homme véritable, de notre race, et né d’une femme : la Vierge Marie, tous les hommes sont devenus frères de l’Homme-Dieu, bien plus, sont appelés à devenir ses membres, car dès que Dieu entre dans l’humanité, nécessairement il en devient le chef, Il devient la Tête de ce Corps immense que désormais elle va constituer. Jésus, ce n’est pas Jésus tout seul : c’est Jésus avec toutes les âmes qui lui sont unies. C’est ce qu’on appelle le Christ total. Le Dieu fait homme a tellement lié son sort à notre sort qu’il est impossible de l’aimer sans aimer les hommes et qu’il est d’ailleurs : impossible d’aimer réellement les hommes sans l’aimer Lui-même. Il s’est incorporé si étroitement à nous qu’il est vraiment présent d’une présence mystérieuse en chacun des êtres de la race humaine. Cette identification du Christ au prochain (avec tout ce que cela implique) saint Augustin l’a illustrée par une image très suggestive dans son commentaire sur le Jugement dernier. « C’est quand même drôle, écrit-il, quand je te marche sur le pied, c’est la langue qui crie. Pourtant je n’ai rien fait à ta langue, moi, j’ai marché sur ton pied. Eh bien ! Au dernier jour la Tête nous reprochera ce que nous aurons fait à ses membres ».

Le grand commandement de l’amour du prochain est également nouveau en ce sens qu’il nous demande d’aimer nos frères comme Jésus les aime : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». C’est ce comme qui est important. Il signifie que notre amour pour nos frères doit non seulement imiter celui que Jésus a pour eux, mais qu’il doit être de même nature que le sien. Autrement dit, notre amour pour le prochain doit être un amour surnaturel. Saint Paul nous affirme que « cet amour (celui que Dieu a pour Lui-même et pour tous les hommes) a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné ».

Il ne faut donc pas appeler charité fraternelle ce qui est l’expression d’un amour purement naturel. Et il est déjà quelque chose de grand en lui-même, mais l’exercice spontané des tendances affectives n’est pas, de soi, l’exercice de la charité. Saint Paul envisage même le cas d’un homme qui donnerait tous ses biens aux pauvres, qui serait même capable de se dévouer au point de livrer son corps aux flammes et qui cependant n’aurait pas la charité. Vouloir à tout prix appeler charité ce qui n’est qu’entraide, solidarité ou dévouement pour une cause aussi juste qu’elle soit, c’est une erreur. La nature humaine même sans le secours de Dieu est capable de sympathie, de bienveillance et de générosité. On ne doit appeler Charité Chrétienne que ce qui est l’expression d’un amour surnaturel. Autrement dit on ne peut aimer véritablement comme Jésus a aimé que si l’on est soi-même rempli de l’amour de Jésus, que si on « a en soi les sentiments qui furent dans le Christ-Jésus » comme dit saint Paul. Le chrétien c’est quelqu’un qui a un cœur greffé, le donneur étant Jésus lui-même ou plus exactement c’est quelqu’un qui a le cœur de Jésus battant dans son propre cœur. Dès lors, sa manière d’aimer ne peut que reproduire aussi parfaitement que possible les caractéristiques de l’amour du Christ telles que nous les contemplons dans les récits évangéliques.

- C’est ainsi que l’amour du chrétien pour ses frères, prolongent l’amour de Jésus, est tout d’abord effectif. Il n’a rien d’une tendresse trop sentimentale qui ne s’engage pas. Il sait prendre sur son temps ou sur ses biens et, dans tous les cas, il paye de sa personne.

- C’est un amour qui est absolument gratuit, totalement désintéressé : il donne sans calculer et sans attendre de la reconnaissance ; tout comme un rayon qui part et qui ne revient pas. Et c’est parce qu’il a ce caractère de gratuité qu’il est capable d’aimer même les ennemis et de pardonner inlassablement.

- C’est un amour universel qui n’exclut absolument personne ; qui ne laisse subsister aucune barrière sociale ou raciale.

- C’est un amour pur : c’est-à-dire qui ne comporte aucun égoïsme, aucune recherche de soi-même et élimine toute antipathie.

- C’est un amour qui entoure le prochain d’attentions délicates, toujours accueillant, plein de compréhension et de douceur, patient et serviable, un amour qui selon les expressions employées par saint Paul « excuse tout, supporte tout, espère tout et fait confiance en tout ».

- Enfin, c’est un amour qui ne connait pas de limites dans le don de soi-même ; qui est capable d’aller jusqu’à l’extrême : jusqu’au don de sa propre vie : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Oui, c’est bien cet Idéal que chaque chrétien doit s’efforcer de vivre, s’il veut faire sentir à quiconque s’approche de lui quelque chose de l’infinie tendresse du Cœur de Jésus.

- Ce qui fait, enfin, la nouveauté du grand commandement de l’amour fraternel c’est qu’il demande à être vécu dans la réciprocité.

Jésus veut que nous « nous aimions les uns les autres » ; il veut que notre amour mutuel tende de plus en plus vers une communion des cœurs. S’il est venu sur la terre n’est-ce pas précisément pour inaugurer parmi les hommes une manière de « vivre ensemble » semblable à celle du ciel, autrement dit semblable à celle qu’Il nous a donné de pouvoir contempler, par la Foi, à l’intérieur même de la Très Sainte Trinité. Jésus nous a révélé, en effet, que de toute éternité il y a en Dieu Trois Personnes infiniment aimantes qui se connaissent parfaitement et se donnent totalement l’un à l’autre dans une transparence absolue. Entre elles, il n’y a que le sublime va et vient d’un amour réciproque qui réalise la communion la plus parfaite et la plus heureuse qui soit !

C’est à ce grand mystère de l’amour Trinitaire que Jésus nous invite instamment à participer, non seulement en aimant Dieu personnellement, en intensifiant notre intimité avec Lui, mais en nous efforçant de vivre ensemble à son image dans une communion d’échange et de réciprocité. Il faut donc faire en sorte que chaque communauté d’Eglise (à commencer par cette Eglise domestique qu’est la Famille Chrétienne) devienne un foyer d’amour où chaque membre trouve sa place et sa fonction, un foyer d’amour que chaque membre ne cesse d’alimenter, ne cesse d’enrichir par la ferveur de son amour personnel.

Tout seul l’individu ne peut pas réaliser le commandement « aimez-vous les uns les autres », c’est l’évidence même. Ce n’est qu’en communauté, quelle qu’en soit la forme, que cette réciprocité peut-être vécue et atteindre le but que le Seigneur lui a assignée au soir du Jeudi-Saint dans sa prière sacerdotale : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité ».

Je voudrais conclure ces quelques réflexions (à travers lesquelles j’ai essayé de montrer que la charité fraternelle c’est vraiment la valeur or, une valeur irremplaçable) en vous faisant remarquer ceci : nous, qui en communion d’âme avec Marie, voulons aimer Dieu de tout notre cœur, nous n’avons qu’un désir, n’est-ce pas ? C’est de grandir en son amour. Eh bien ! En voici le moyen infaillible : c’est de pratiquer avec le plus grand soin la charité fraternelle. Nous aspirons ardemment à l’union avec Dieu... En voici la voie royale, c’est d’être unis à nos frères... Nous voulons être des missionnaires, travailler à l’extension du règne de Dieu : soyons bien convaincus – en ayant toujours présente à l’esprit la parole de Jésus « Qu’ils soient UN pour que le monde croie » - que l’essentiel de l’apostolat, la prédication par excellence, c’est le spectacle de notre charité réciproque, car cette charité est l’épiphanie (la manifestation) de la Très Sainte Trinité et elle révèle au monde qui l’ignore le vrai Dieu qui est amour.

Oh oui ! Qu’on puisse dire de nous comme les païens le disaient des premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ».

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 15:49

L’Evangile qui est la Bonne Nouvelle par excellence, l’heureux message que Jésus, l’Envoyé du Père, a apporté aux hommes consiste essentiellement en ceci : Dieu nous aime au point de vouloir nous faire communier comme fils et filles à ce qui est sa vie intime, en faisant de nos âmes par le moyen de la Grâce sanctifiante des petits ciels où il se plaît à résider pendant que nous cheminons – et aidons nos frères à cheminer – vers la communion sans ombre éternellement bienheureuse de son ciel de gloire.

Mais comment allons-nous, dès lors, conduire notre vie pour qu’elle soit tout accueil à ce don incroyable : unique, bien unique richesse capable de combler pleinement notre cœur ? Autrement dit : à quelle condition pouvons-nous recevoir Dieu en nous, entrer et progresser dans l’intimité de sa Vie Trinitaire et réaliser ainsi notre vocation chrétienne ?

A cette condition fondamentale qui commande tout, et qu’on désigne sous le nom de Pauvreté Evangélique. Jésus l’a énoncée très clairement dès les premières paroles de son « discours sur la montagne : heureux les pauvres de cœur (ou les pauvres par l’esprit) car le Royaume des cieux est à eux », paroles qu’il a contresignées par toute sa vie au point qu’il a pu dire « apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur », le mot humble étant ici, comme dans toute la Bible, synonyme de pauvre.

Ceux qui, pour la première fois, entendaient de telles paroles « Bienheureux les pauvres » ne pouvaient qu’en être frappés, car jusque là, dans le monde jamais personne n’avait béatifié la pauvreté. Pas même dans l’Ancien Testament où, au contraire, la richesse était le signe de la bénédiction de Dieu. En prenant le contrepied de ce qui se vivait jusqu’alors même chez les Juifs. Jésus apportait donc une véritable révolution. Ne donnons pas toutefois à ce mot « révolution » une signification politique, ni même sociale. Dans l’Evangile, la doctrine du Christ ne se présente pas directement comme une doctrine sociale. Le Christ se méfiait d’autant plus de prendre des positions sociales ou politiques que le monde où il vivait était en ébullition à cause de l’occupation romaine. Il aurait été en contradiction avec Lui-même, s’il avait prononcé une charte politique, puisque le jour où le peuple voulut le faire roi, il alla se cacher dans la montagne. Ce que le Christ a voulu d’abord et par-dessus tout nous enseigner, c’est une certaine attitude intérieure à avoir vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis de nos frères : attitude qui consiste – premièrement en une prise de conscience – deuxièmement en une acceptation – troisièmement en un effort constant d’ouverture du cœur. Cette attitude intérieure de pauvreté évangélique consiste donc tout d’abord en une prise de conscience.

Parce que nous sommes des créatures, nous devons reconnaître qu’il y a au fond de nous-mêmes une pauvreté première. Nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes. Notre existence, nos capacités physiques ou intellectuelles, nous les avons reçues et nous ne possédons rien qui ne nous vienne d’ailleurs, même si nous l’avons conquis. De plus nous savons qu’un jour tout nous sera enlevé, que nous le voulions ou non. Le temps qui coule sans que nous puissions l’arrêter, ne fût-ce qu’un instant, nous avertit que nous ne pouvons rien retenir comme nôtre. Tout ce que nous sommes et possédons repose sur ce vide central, sur cette pauvreté originelle dont les autres pauvretés ne sont que des reflets ; les autres pauvretés c’est-à-dire : la pauvreté en biens matériels, la pauvreté en santé, la pauvreté en affection, la pauvreté en âge ou en avenir.

L’attitude intérieure de pauvreté évangélique consiste en second lieu en une acceptation dans le Foi et l’amour de ce qu’on pourrait appeler la pauvreté imposée : celle que nous ne choisissons pas, qui nous est imposée par la vie, par la divine providence. C’est la pauvreté au sens plénier. Elle meurtrit notre volonté et pénètre jusqu’au fond de nous pour y accomplir son œuvre, aussi longtemps qu’il faudra, car son terme ne dépend pas de nous. Elle comporte toutes ces formes que je viens d’énumérer : à savoir la privation de biens matériels, la maladie, la solitude affective, la diminution des capacités qu’apporte la vieillesse, les échecs définitifs qu’on peut connaître dans les affaires, la carrière, le foyer, les projets légitimes ; mais celle qu’elle adopte d’habitude, eh bien ! C’est justement celle que nous n’aurions pas attendue et qui cependant nous convient exactement. C’est justement ce que je craignais, ce que je ne voulais pas qui m’est advenu, disait le patriarche Jacob.

Cette pauvreté imposée est extrêmement précieuse : elle est une grande éducatrice, car elle nous apprend la liberté du cœur. Les liens si divers qui se forment en nous par les richesses, par nos possessions quelles qu’elles soient, constituent en effet, autant d’attaches qui nous retiennent et nous entravent : nous n’arrivons plus à nous en défaire même si nous le voulons, pour rechercher des biens meilleurs : « les biens d’En Haut ». Ces liens sont comme des fils ténus, mais fermes qui tisse en nous l’araignée de l’amour propre : nous devenons ses prisonniers mêmes sans nous en apercevoir. La pauvreté imposée rompt ces fils douloureusement afin de nous rendre la liberté du cœur et nous découvrir où sont les vraies richesses : celles qui ne nous possèdent pas et ne nous asservissent pas, afin de nous enrichir de la valeur la plus haute qui est la vie divine, la vie surnaturelle de la grâce.

L’attitude intérieure de pauvreté évangélique consiste, troisièmement, en un effet persévérant d’ouverture du cœur, par le détachement volontaire. Nous sommes invités en effet, à collaborer au travail que la pauvreté imposée accomplit en nous, en choisissant nous-mêmes dans tout le domaine soumis à notre liberté, dans l’usage des biens dont nous disposons, une certaine mesure de pauvreté. Il s’agit, en pratiquant la loi évangélique du renoncement (renoncement à tout ce qui n’est pas Dieu ou ne va pas à Dieu) de désencombrer votre cœur pour l’ouvrir de plus en plus aux « merveilles de Dieu », de creuser toujours plus en nous une place pour Dieu, la place qu’il désire pour pouvoir nous posséder pleinement et devenir ainsi « la Vie de notre vie ».

Tel est le sens du vœu de pauvreté des religieuses et religieux qui a pour but principal de former en eux concrètement, progressivement, l’esprit et l’amour de la pauvreté à l’exemple du Christ-Jésus qui est né pauvre, qui a vécu pauvre et qui est mort pauvre.

Tel est aussi l’intention de l’ascèse chrétienne qui pour créer en nous un espace toujours plus grand à ce qui est divin nous conduit à nous déposséder de l’humain. Et cela nous concerne tous, quelque soit notre état de vie. S’il veut remporter le prix, selon la comparaison si suggestive de saint Paul, le chrétien, comme l’athlète, ne doit pas s’encombrer de bagages : il ne conservera que l’indispensable pour mieux courir vers ce qu’il a choisi : le Bonheur par l’Union à Dieu, par la possession de Dieu.

Cet esprit de pauvreté sans lequel il ne peut y avoir de vie chrétienne authentique, comment va-t-il se manifester par rapport aux différents biens que nous possédons ?

Et tout d’abord par rapport aux biens matériels. C’est là, en effet que doit s’amorcer la dépossession. L’Homme, il faut bien voir cela, est profondément un. Il s’établit toujours une étonnante correspondance entre les actes qu’il pose au niveau du corps et ceux qu’il pose au niveau de l’esprit. Il lui sera plus facile d’avoir une âme de pauvre si dans le style même de sa vie la pauvreté mets sa marque. Quelle sera donc notre ligne de conduite en ce domaine ? Jésus nous l’a clairement tracée. Dans son enseignement il n’a jamais condamné les biens terrestres, la richesse, l’argent. Il a eu des amis parmi les gens aisés. Nicodème, Zachée, Lazare, Marthe et Marie n’étaient pas des va-nu-pieds. Jésus sait que l’argent peut engendrer le meilleur et le pire. Certes l’argent peut asservir, écraser, exploiter, humilier et quelques fois tuer et c’est ce mauvais usage qu’on peut ainsi en faire que Jésus condamne très sévèrement. Mais l’argent peut être aussi un bon serviteur de l’homme : il peut le libérer du souci obsédant de survivre, lui garantir la nourriture, le vêtement, un toit, et aussi la santé, l’instruction, les loisirs... Il est un facteur important du bonheur familial. Sans lui il n’est pas possible d’avoir « ce minimum de bien-être qui est nécessaire à la pratique de la vertu », pour reprendre l’expression si pertinente de saint Thomas d’Aquin.

L’argent peut être aussi un moyen efficace dans la lutte contre les grands fléaux qui ravagent l’humanité : la faim, les grandes épidémies, les conséquences des cataclysmes. On nous assure qu’il en faudrait, en fait, assez peu pour guérir tous les lépreux du monde ; malheureusement on n’est pas, encore parvenu à recueillir les fonds nécessaires qui permettraient un tel résultat. Il ne faut pas oublier non plus que l’argent peut être un précieux auxiliaire de l’Evangélisation. Quel bien, beaucoup plus considérable, pourraient accompli par exemple les œuvres missionnaires ou « l’Aide à l’Eglise en détresse » si elles disposaient de moyens financiers suffisants !

Aussi l’Eglise insiste-t-elle, à la suite du Christ, pour que nous partagions généreusement avec les pauvres. Partager avec les plus démunis, voilà une excellente manière de cultiver l’esprit de pauvreté. Et que faut-il donner, me demanderez-vous ? Soit directement, soit indirectement par l’intermédiaire des œuvres ? Eh bien ! Tout ce que nous estimons être superflu... Ce superflu dont saint Augustin disait « qu’il est le bien des pauvres ». Dieu veut qu’en le donnant librement et joyeusement nous soyons des instruments de sa Providence et que nous apprenions peu à peu à nous considérer non plus comme les propriétaires, mais comme les simples gestionnaires des biens qu’il nous a prêtés. Comprenons donc que pour acquérir un véritable esprit de pauvreté vis-à-vis des biens matériels, nous devons pratiquer constamment un détachement qui soit à la fois intérieur et extérieur. Mais nous ne possédons pas que des biens matériels : nous pouvons être riches d’intelligence, de talents, de pouvoir de toutes sortes de biens moraux ou spirituels.

- Si nous sommes riches d’intelligence, de savoir, de culture, l’esprit de pauvreté par rapport à cette richesse intellectuelle consistera à ne pas faire étalage de nos connaissances pour faire ressortir la non-intelligence ou l’ignorance des autres, à ne pas les écraser par notre impertinence.

- Si nous sommes riches de qualités, de talents, nous ne chercherons pas à les mettre orgueilleusement en valeur de manière à faire ressortir les incapacités d’autrui. « Qu’es-tu que tu n’aies reçu ? nous dit saint Paul, et si tu l’as reçu, pourquoi t’en glorifies-tu ? » N’oublions jamais que tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons, nous ne le sommes et nous ne l’avons que pour mieux servir chacun de nos frères. Rien, en nous, n’est pour nous.

- Si nous sommes riches de pouvoir dans quelque domaine et à quelque niveau que ce soit nous manifesterons un authentique esprit de pauvreté par rapport à cette situation si nous ne cherchons pas à en profiter pour nous mettre sur un piédestal, nous faire mousser et aussi nous faire servir. Si, au contraire nous usons toujours de notre autorité et de notre compétence pour le plus grand bien de nos subordonnés nous souvenant de la parole de Jésus « celui qui parmi vous voudra être le plus grand, qu’il se fasse le serviteur de tous ».

- Si nous sommes riches par le fait que nous avons été préservés du mal moral, reconnaissons humblement que tout cela est un effet de la grâce de Dieu et ne nous montrons pas sévères ou durs vis-à-vis de ceux qui chutent. Il pourrait bien nous arriver à nous aussi de tomber dans des fautes graves. « Que celui qui tient debout dit saint Paul prenne garde de tomber ». Alors, soyons très humbles et pleins de miséricorde à l’égard de tous.

- Quant aux biens spirituels nous nous montrons pauvres à leur égard dans la mesure où nous ne recherchons pas l’extraordinaire, le merveilleux, les consolations sensibles ou les goûts spirituels ; dans la mesure où nous aimons Dieu uniquement pour lui-même et non pour ses dons, dans la mesure encore où nous ne prenons aucun appui sur nous-mêmes, notre vertu, notre savoir-faire, ne comptant que sur Dieu et sur le secours de sa grâce, dans la mesure enfin où nous nous mettons par rapport à Dieu dans une dépendance absolue, nous laissant guider et façonner par Lui, à l’exemple de Jésus qui déclarait « Je ne fais pas ce que je veux, mais ce que veut mon Père, ce qui lui plaît, je le fais toujours ».

Telles sont, me semble-t-il les principales directions dans lesquelles Jésus nous demande de vivre, la pauvreté de cœur. Elle est, il faut que nous en soyons de plus en plus convaincus, le seul moyen de nous ouvrir, dans la foi confiante et l’humilité patiente au don inouï que Dieu veut nous faire de Lui-même, de sa propre vie divine. Elle est la condition essentielle de l’amour.

Puissions-nous l’avoir compris à travers ces quelques réflexions. Il s’agit pour nous de devenir de plus en plus ces êtres qui ne se regardent pas parce que leur trésor est ailleurs, ces êtres que ne se laissent posséder par rien de ce qui est terrestre et humain, ces êtres qui savent disparaître devant Dieu afin que, Lui, puisse transparaître ; qui savent aussi s’effacer devant autrui pour qu’il puisse grandir librement et s’épanouir en Dieu. En nous comportant de la sorte, et c’est peut-être là une chose à laquelle nous n’avions pas pensé, nous imitons, bien sûr, le Christ en son humanité (il n’y a pas eu et il n’y aura jamais plus pauvre que Lui) mais nous imitons également la Très Sainte Trinité elle-même, car dans la Trinité Divine où Jésus nous introduit il n’y a pas de place pour la moindre possession. En Elle tout est regard vers l’autre et don à l’autre. Dans la Trinité Divine il n’y a plus qu’un immense et éternel espace d’Amour où tout est radicalement, totalement, infiniment donné. Or qu’est-ce qu’est qu’être chrétien sinon d’entrer dans ce dépouillement total, sinon de faire de soi un espace illimité où la présence divine se trouve parfaitement à l’aise et où l’autre aussi, notre frère, peut être accueilli sans réserve aucune. Que notre résolution très ferme soit donc de vivre toujours plus généreusement cette grande exigence de l’Evangile.

Marie, notre Mère bien-aimée, à qui nous avons confié notre éducation d’enfants de Dieu, nous y aidera. Elle, la Femme Pauvre, qui ne s’est jamais regardée elle-même, dont le cœur ne s’est jamais laissé posséder par quoi que ce soit, qui fut toujours ouverte, toujours disponible à Dieu et aux autres, elle saura bien nous former à un véritable esprit de pauvreté. Elle détient, en effet, un merveilleux secret de grâce (c’est saint Louis Marie de Montfort qui nous l’affirme) pour réaliser en nous ; en peu de temps, avec douceur et facilité, cette opération surnaturelle qui consiste à se vider de soi-même pour se remplir de Dieu.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 20:24

Je voudrais vous proposer aujourd’hui quelques réflexions sur La Paix. S’il est un thème qui revient constamment dans les conversations, dans les discussions ; dans les débats ou dans les bulletins d’’information, c’est bien celui-là ! Et quoi de plus normal puisque « la Paix est - je cite ici Jean-Paul II - un des plus grands biens de l’humanité, présupposé indispensable pour le développement complet des individus et des peuples». « Un bien si noble disait Saint-Augustin que même parmi les choses terrestres il n’y a rien de plus agréable à écouter ni de plus doux à désirer». Jamais comme de nos jours ne se sont élevées des proclamations aussi passionnées pour défendre la Paix à tous les niveaux ; mais les hommes et les gouvernements ne sont apparus plus sensibles à cette juste cause. Et pourtant chaque jour nous assistons à l’explosion de cruels attentats contre la Paix :

- il y a tout d’abord ces guerres ouvertes qui subsistent ici ou là ; conflits localisés sans doute, mais combien meurtriers ! Et qui, de surcroît, risquent de mettre le feu un peu partout dans le monde.

- mais il y a aussi cette fameuse guerre dans l’ombre (dont on ne parle pas et que beaucoup du reste, ne veulent pas considérer comme une guerre) véritable guerre pourtant puisqu’elle est l’odieux massacre d’un nombre incalculable de petits innocents : tous ceux à qui l’on refuse le droit de vivre par la pratique criminelle de l’avortement.

- il y a encore la guerre économique qui crée des conditions injustes pour des peuples entiers.

- il y a dans de nombreux pays l’oppression des libertés les plus sacrées.

- il y a toutes ces dérisions que nous déplorons au sein de très nombreuses familles.

Force nous est donc de constater que notre 20ème siècle (si prestigieux pourtant par ses découvertes et son formidable progrès technique), mais qui en 70 ans, s’est payé le luxe de plus de 70 guerres, où quelque cent millions d’hommes ont trouvé la mort !

Notre 20ème siècle s’est achevé dans le désordre et la violence de tous les instincts déchaînés. Alors, bien sûr, nous nous interrogeons : quelle est la cause profonde de ces tensions qui, si souvent, débouchent dans l’agression cachée ou manifeste de certaines nations contre d’autres, de certains groupes contre d’autres et, de certains individus contre d’autres ? Les sociologues, les politiciens, les experts en sciences humaines fournissent certes beaucoup de réponses valables qui méritent d’être prises en considération. Mais la véritable réponse radicale à ce problème c’est l’Église dépositaire de la Révélation qui nous la donne : elle nous enseigne, en effet ; que la cause ultime de tous les déséquilibres, et de toutes les violences c’est le péché, le péché qui « amoindrit» l’homme lui-même en l’empêchant d’atteindre sa plénitude. Tous les péchés, c’est sûr, sont sources de désordre et donc de malheur, mais il en est un qui est plus pernicieux que tous les autres : c’est le péché de Satan c’est l’orgueil. Or, c’est ce péché qui domine dans le monde contemporain. C’est lui qui pousse les hommes à se passer de Dieu et à agir par conséquent, aussi bien dans la vie publique que dans la vie privée, sans tenir compte de Lui et de ses lois. Cette attitude de rejet ou de mépris de bien - qui a instauré le culte de l’homme à la place de celui de Dieu, ne date pas d’aujourd’hui. Elle a commencé à se manifester à l’époque de la Renaissance, s’est amplifiée au moment de la Réforme protestante et n trouvé son apogée dans la Révolution, la Révolution qui constitue - comme vous savez la révolte humaniste totale - révolte pour arracher la société à Dieu - révolte contre toute organisation chrétienne et même contre tout l’ordre social naturel. C’est la révolution qui a décrété en particulier que l’autorité ne vient pas de Dieu, mais du peuple. Oui, c’est là, très certainement, quoiqu’en pensent les rationalistes de tous bords (et même tant de chrétiens qui se laissent contaminer par les idéologies à la mode), c’est là dans cette indifférence générale vis-à-vis de Dieu et plus encore dans ce refus délibéré et systématique d’un Dieu Créateur, Providence des hommes et Maître de l’histoire que s’est noué le drame universel dans lequel nous nous débattons. Il faudrait que les hommes comprennent (mais quand comprendront-ils et que faudrait-il pour qu’ils comprennent) qu’il est impossible d’édifier solidement le Maison de la Paix : c’est-à-dire une société harmonieuse, vraiment juste et fraternelle, si l’on ne veut pas tenir compte des Lois immuables que Dieu Lui-même à inscrites dans la nature, si l’on se permet de déclarer bien ce que Lui appelle mal, si l’on ne veut pas observer ses commandements qui sont en quelque sorte «le mode d’emploi» de la vie humaine.

Il faudrait que les hommes arrivent à comprendre que leurs passions excitées par l’orgueil, l’ambition, l’ardente soif de domination et par-dessus tout l’adoration du dieu argent sont autant de germes nocifs qui engendrent inéluctablement la méchanceté, la discorde, la haine et en fin de compte la violence et la guerre, vérité qui est fort bien exprimée par ce proverbe biblique : « qui sème le vent récolte la tempête». De ce mal des âmes, de ce péché du monde qui empoisonne et fausse les relations humaines à tous les niveaux, qui élève des murs au lieu de jeter des ponts, qui provoqua des tensions de plus en plus dangereuses, nous devons, nous chrétiens avoir une conscience aigue, car de cette situation nous sommes pour une part responsables :

- d’abord à cause da notre complicité qui est indéniable dans la mesure où nous laissons s’implanter et grandir en nous ces germes de péché qui font de nous (à des degrés divers sans doute mais quand même) des fauteurs de guerre.»

- ensuite parce que nous ne sommes pas assez ardents pour mettre en œuvre le merveilleux Plan de Paix que le Christ a établi dans son Evangile et que nous avons mission d’exécuter nous tous les chrétiens. Dans l’Evangile, en effet, Jésus nous dit sur quoi se fonde la véritable Paix et quelles sont ses exigences. Le fondement de la Paix du Christ, c’est l’unique et universelle Paternité de Dieu : tous les hommes sont créés par Dieu, tous sont appelés à entrer dès ici-bas dans la famille des enfants de Dieu et à partager éternellement l’infinie Béatitude des Trois Personnes divines. Dieu aime éperdument et inlassablement tous les hommes «Lui qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et pleuvoir sur les justes et sur les injustes». Et parce que le péché a séparé les hommes en dressant entre les peuples, les races ou les classes le mur de l’hostilité, le Fils Bien-aimé du Père a pris notre condition d’hommes (en tout hormis le pêché) et il s’est sacrifié par amour sur la Croix afin de détruire ce mur et d’établir la véritable fraternité. «C’est ainsi, affirme Saint Paul qu’il est notre Paix, Lui qui de deux mondes en a fait un seul en renversant le mur de la haine qui les séparait».

Le Plan de Paix de Jésus s’appuie donc sur ces deux principes qu’il a Lui-même ainsi formulés : «Vous n’avez qu’un Père et vous êtes tous frères». Essayons maintenant d’en dégager les principales exigences :

- Il importe d’abord et avant tout que chacun et chacune d’entre nous soit en paix avec Dieu et avec ses frères. Mais n’est-ce pas vers ce but que nous tendons en travaillant à notre réforme intérieure.

Pour être pacificateur, en effet, il faut être soi-même pacifié.

- Ensuite, il nous faut œuvrer dans toute la mesure de nos moyens pour que soient sauvegardées et développées certaines valeurs fondamentales sans lesquelles aucune civilisation ; aucune société ne peut subsister. Parmi ces valeurs, il en est une, qu’à l’heure actuelle, il importe absolument de restaurer et de fortifier, c’est le sens du respect de l’homme. Il n’échappe à personne un effet, que dans le contexte actuel du monde, l’homme risque de plus en plus d’être dépersonnalisé, méprisé, dégradé, avili, compté pour rien. Il existe toujours hélas ! Ici, ou là, des camps de concentration, des tortures, des exécutions arbitraires, des ravisseurs d’hommes, des personnes qui sont honteusement exploitées, odieusement traitées ou lâchement abandonnées. Si nous ne voulons pas glisser sur la pente de la haine qui conduit inéluctablement à la violence et à la guerre, il est urgent et nécessaire que nous reprenions conscience de la grandeur et de la dignité de l’homme, cet homme qui a été créé, nous dit la Bible, à l’image et à la ressemblance de Dieu. C’est d’ailleurs l’enseignement constant de l’Eglise, maintes fois rappelé ces dernières années et que Jean XXIII a résumé en ces mots dans sa remarquable encyclique sur la paix.

- « Tout être humain a droit au respect de sa personne ». Qu’il soit chrétien, juif, musulman, bouddhiste ou athée, qu’il soit de race noire, blanche ou jaune, qu’il soit de l’est ou de l’ouest ou du tiers monde, qu’il soit savant ou analphabète, qu’il soit malade ou bien portant, qu’il soit aliéné mental ou pleinement maître de ses facultés, qu’il soit manœuvre ou chef d’entreprise, qu’il soit vieillard ou enfant, (même dans le sein de sa Mère), qu’il soit ami ou ennemi, tout être humain a droit au respect de sa personne.

Oh ! Certes, s’il a causé de graves préjudices à la communauté, on a tout à fait le droit d’exiger réparation, s’il se montre persécuteur ou malfaiteur, il faut tout mettre en œuvre, c’est évident, pour l’empêcher de nuire, mais jamais on a le droit de le mépriser ni d’oublier qu’il est notre frère, qu’il est tout comme nous, une créature de Dieu et qu’il porte, tout comme nous, l’empreinte du Créateur. Un chrétien digne de ce nom doit, plus que tout autre, interdire l’entrée de son cœur à toutes formes de mépris (et même d’indifférence) vis-à-vis de qui que se soit... Parce qu’il comprend, à la lumière de l’Evangile, que mépriser l’un de ses semblables, c’est mépriser le Christ lui-même. « Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, affirme Jésus, c’est à moi que vous l’avez fait ».

POUR S’EDIFIER LA PAIX DU CHRIST A BESOIN DE JUSTICE :

Les hommes, nous le savons bien, ne sont pas naturellement justes ; car chacun pense d’abord à soi, sans se soucier des autres. Et comme les biens matériels, qu’on doit partager, ne sont pas infinis, mais finis (à la manière d’un gâteau) chacun cherche à posséder une part plus grande, sans se préoccuper du voisin. De sorte que les uns ont trop, les autres pas assez. Beaucoup de peuples n’ont pas le minimum vital, alors que d’autres regorgent de richesses. Une telle inégalité, provenant d’une absence de justice, ne peut que créer des conflits et des guerres. Elle est le grand mal de la terre... Dans toute société, il y a des riches et des pauvres. L’Evangile demande à ceux qui ont le plus reçu (dans tous les domaines) de mettre leur superflu, au service des plus démunis... Mais combien le font ? Et pourtant ce respect de la justice est la première condition d’une Paix authentique et durable entre les hommes. « Si tu veux la Paix, agis pour la justice » disait Paul VI.

POUR S’EDIFIER LA PAIX DU CHRIST A BESOIN DE VERITE :

Sans quoi « la tranquillité de l’ordre » qui est la définition de la Paix selon saint Thomas deviendra le désordre établi. On ne peut rien construire de valable sur le mensonge, tant dans les relations interpersonnelles que dans les relations entre groupes et entre nations. De même que la violence marche avec le mensonge, la Paix marche avec la vérité. « La violence déclare Jean-Paul II, baigne dans le mensonge et elle a besoin du mensonge. Le premier mensonge, la fausseté fondamentale est de ne pas croire en l’homme, en l’homme dans tout son potentiel de grandeur, mais aussi dans son besoin de rédemption du mal et du péché qui est en lui. Restaurer la vérité, c’est entreprendre un effort constant pour ne pas utiliser nous-mêmes, fût-ce pour le bien, les armes du mensonge. L’homme de Paix, sais reconnaître la part de vérité qu’il y a dans toute œuvre humaine et plus encore les possibilités de vérité qui demeurent au fond de tout homme ».

ENFIN, POUR S’EDIFIER LA PAIX DU CHRIST A BESOIN PAR-DESSUS-TOUT D’AMOUR :

« Pour avoir une vraie Paix, disait Paul VI, il faut lui donne une âme, car l’âme de la Paix, c’est l’amour ». Oui, c’est l’amour qui donne son souffle à la Paix, cet amour qui pour nous chrétiens, vient de l’amour de Dieu et se répand à travers nous sur les hommes. Nous avons en lui la clé qui ouvre les portes de la Paix. Rappelons-nous que cet amour surnaturel à trois caractéristique principales : c’est un amour qui donne, qui est toujours prêt à partager et là ce n’est pas tellement la quantité qui compte que la qualité.

- C’est un amour qui se donne, car il faut s’engager, payer de sa personne, « donner sa vie pour ses frères » à l’exemple de Jésus.

- C’est un amour qui pardonne, la caractéristique fondamentale de l’amour de Dieu pour les hommes, c’est la miséricorde. Jésus nous demande de reproduire cette miséricorde « soyez miséricordieux comme votre Père du Ciel est miséricordieux ». Refuser le pardon, entretenir la rancune, c’est préparer la guerre. Accorder généreusement le pardon dans la justice et la charité du Christ, c’est promouvoir la Paix. On trouve dans les textes conciliaires cette parole : « La Paix est aussi un fruit de l’amour, qui va bien au-delà de ce que la justice peut apporter ». La Mère Térésa qui a reçu le Prix Nobel de la Paix pour sa charité désintéressée en faveur des plus pauvres parmi les pauvres, donne à cette parole une sorte de commentaire dont beaucoup auraient à faire leur profit. « Vous croyez que le social résout tous les problèmes, ce n’est pas vrai. Le social seul est insuffisant. Sans amour, ce n’est qu’une contrainte de plus. Il n’y a pas de Paix sans justice sociale ; il n’y a pas de justice sociale sans amour ».

J’espère que ces quelques réflexions vous auront aidé à comprendre que notre action chrétienne en faveur de la Paix n’a rien à voir avec ce qu’on appelle le pacifisme. Le pacifisme, c’est cette Paix trompeuse qui voudrait s’édifier sur des capitulations coupables par manque de courage et aussi par ce désir égoïste de la tranquillité qui va jusqu’à l’oubli des responsabilités conférées par les charges ou les missions reçues. Le plan de Paix que propose le Christ est aux antipodes du pacifisme.

J’espère aussi que ces réflexions vous auront affermis dans cette conviction de savoir : que l’édification de la Paix ce n’est pas seulement une affaire de spécialistes mais que c’est vraiment notre affaire à tous. Il dépend de chacun et de chacune d’entre nous, en effet, que les Lois fondamentales qui régissent la Paix du Christ : le respect de la dignité de chaque homme, la justice, la vérité et l’amour fraternel, soient observées ou méprisées.

Oh certes ! Ce sont d’humbles moyens mais qui au bout du compte sont plus efficaces qu’il n’y parait. Ils ne sont peut-être qu’une goutte d’eau mais qui en accompagne tellement d’autres qu’on finit par avoir un fleuve.

Disons-nous bien donc, que tout cela dépend de nous, sans oublier cependant que cela dépend aussi de Dieu, ou plus exactement de notre amour de Dieu, de notre fidélité à Dieu, de notre confiance en Dieu. « Si le Seigneur ne bâtit la maison, nous dit le Psaume, c’est en vain que travaillent les maçons ».

Or le Seigneur ne peut bâtir la maison de la Paix avec nous et à travers nous, que si nous sommes en communion avec Lui, que si nous lui sommes intimement liés, surtout par la prière... Nous oublions trop, c’est certain, que la Paix, c’est par-dessus tout un don de Dieu et qu’il faut par conséquent la demander inlassablement. Et puisqu’aux époques d’incertitude et de trouble, l’Eglise s’est toujours tournée vers sa Mère du Ciel avec une confiance sans bornes, de tout cœur supplions la Vierge Marie, Reine de la Paix, afin qu’elle nous obtienne la grâce d’être des artisans de Paix de plus en plus audacieux, généreux et courageux...

Oui, demandons-lui de nous aider à préparer, à instaurer et à vivre déjà cette « civilisation de l’Amour » que nous appelons tous si ardemment de nos vœux.

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 19:57

Qui d'entre nous n'a pas remarqué, en pénétrant dans la Basilique du Rosaire à Lourdes, inscrite en grosses lettres sur la voûte, au-dessus d'une Mosaïque représentant la Vierge Immaculée, cette formule bien connue (et qui est tout un programme) :

Louis-Marie-Grignion.jpg« A JESUS PAR MARIE ».

Mais pourquoi donc, se demandent certains chrétiens, nous faut-il passer par Marie, pour nous unir à Celui qui est « la Vie de notre vie », Jésus notre Bien-Aimé Sauveur ? Et comment cela peut-il se faire ?

Il y a longtemps qu'un grand Saint de notre Pays : Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a répondu magistralement à ces 2 questions, dans ce livre merveilleux que vous avez tous lu (du moins je l'espère) mais qu'il ne faut pas se lasser de relire et de méditer : « Le Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge ».

Saint Louis-Marie a écrit aussi, vous le savez, un petit livre qui résume cet ouvrage fondamental : c'est « Le secret de Marie ».

Le « Traité de la Vraie Dévotion » écrit en 1742 (mais qu'on découvrit seulement 126 ans plus tard) est à l'origine d'un immense courant de vie mariale dans l'Eglise.

De nombreux Papes, des théologiens éminents et tous les grands serviteurs de Marie comme Saint Maximilien Kolbe, l'ont toujours considéré comme un chef-d'œuvre de théologie mariale et comme le livre de base de la vie spirituelle à l'école de Marie.

Sa doctrine est extrêmement riche, sûre et accessible à tous (en dépit de son style 17ème siècle, quelques fois déroutant).

Pour démontrer que Marie est le chemin nécessaire « chemin aisé, court parfait et assuré pour arriver à l'Union avec Notre Seigneur, où consiste la perfection du chrétien » (VD N°152), Saint Louis-Marie développe trois vérités qui sont communément admises dans l'Eglise et enseignées depuis longtemps :

1) La Sainte Vierge n'est pas seulement la Mère de Jésus, mais elle est aussi très réellement Notre Mère dans l'ordre surnaturel.

2) La Sainte Vierge exerce sa maternité spirituelle en étant la Médiatrice de toutes les Grâces. 3) Pour être en mesure d'exercer pleinement et efficacement ses fonctions de Mère et de Médiatrice, la Très Sainte Vierge a été établie par son Fils, Reine de l'Univers et plus particulièrement Reine des Cœurs.

PREMIÈRE VÉRITÉ : Marie n'est pas seulement la Mère de Jésus, mais elle est aussi très réellement notre Mère dans l'ordre de la Grâce. Cette maternité spirituelle est le premier fondement sur lequel repose la Vraie Dévotion Mariale. Parmi les nombreux paragraphes du Traité qui exposent cette doctrine, en voici un, qui dit l'essentiel en peu de mots :

« Si Jésus-Christ, le chef des hommes, est né en elle, les prédestinés, qui sont les membres de ce chef, doivent aussi naitre en elle par une suite nécessaire. Une même mère ne met pas au monde la tête ou le chef sans les membres, ni les membres sans la tête : autrement ce serait un monstre de nature, de même, dans l'ordre de la grâce, le chef et les membres naissent d'une même mère, et si un membre du corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire un prédestiné, naissait d'une autre mère que Marie qui a produit le chef, ce ne serait pas un prédestiné, ni un membre de Jésus-Christ, mais un monstre dans l'ordre de la grâce ».

Pour écrire ce texte Saint Louis-Marie, cela ne fait aucun doute, s'est référé au grand principe que Saint Paul a mis en lumière et sur lequel il a tant insisté : celui de notre incorporation spirituelle au Christ : avec le Christ, en effet, qui est la tête, nous ne formons qu'un seul Corps mystique.

Or les membres sont conçus et naissent de la même mère que la tête.

Donc tous les hommes, en tant que membres mystiques du Christ, ont été conçus et sont nés de la Vierge.

Ils ont été conçus mystiquement le jour de l'Annonciation en même temps que le Christ, notre Tête et ils sont nés sur le Calvaire à l'instant même de la mort de Jésus, alors que s'accomplissait la Rédemption du genre humain, commencée à Nazareth avec le Fiat de Marie.

C'est pour cela que sur le Calvaire, un peu avant de mourir, Jésus proclama solennellement la Maternité spirituelle de Marie par ces paroles que rapporte Saint Jean : « Voici ton Fils », « Voici ta Mère », paroles qui constituent comme l'a fait remarquer si justement Dom Delatte, abbé de Solesmes, « une véritable institution surnaturelle ».

DEUXIÈME VÉRITÉ : Cette maternité spirituelle de Marie qui est si clairement affirmée, implique nécessairement la fonction de Médiatrice Universelle.

Il faut bien comprendre, en effet, que si une seule grâce nous venait indépendamment de Marie, la Sainte Vierge ne serait pas totalement notre mère.

La Grâce est une vie et la fonction essentielle de la mère est de donner la vie.

Toute notre vie ici-bas est comme un long enfantement à la Gloire.

Saint Louis-Marie nous explique ceci au N° 33 de notre Traité.

On peut appliquer à Marie, plus véritablement que Saint Paul ne se les applique, ces paroles : « Mes petits enfants, vous que j'enfante à nouveau dans la douleur, jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous ».

Saint Augustin se surpassant soi-même et tout ce que je viens de dire dit que tous les prédestinés, pour être conformes à l'image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette bonne mère, jusqu'à ce qu'elle les enfante à la Gloire après leur mort qui est proprement le jour de leur naissance, comme l'Eglise appelle la mort des justes.

TROISIÈME VÉRITÉ : Jésus se devait de donner à Marie tous les moyens nécessaires à l'accomplissement de sa mission de Mère et de Médiatrice de toutes les grâces : c'est la raison pour laquelle il l'a couronnée Reine, après l'avoir élevée au Ciel, Corps et Âme, lui donnant une participation entière et définitive aux pouvoirs qu'il a lui-même reçus de son Père pour gouverner le Ciel et la Terre.

Sur ce point également Saint Louis-Marie est très explicite, écoutons-le :

« On doit conclure évidemment de ce que je viens de dire, que Marie a reçu de Dieu une grande domination dans les âmes des élus : car elle ne peut pas faire en eux sa résidence, comme Dieu le Père lui a ordonné ; les former, les nourrir et les enfanter à la vie éternelle comme leur mère, les avoir pour son héritage et sa portion, les former en Jésus - Christ et Jésus-Christ en eux ; jeter dans leur cœur les racines de ses vertus, et être la compagne indissoluble du Saint-Esprit pour tous ces ouvrages de grâces ; elle ne peut pas, dis-je, faire toutes ces choses, qu'elle n'ait droit et domination dans leurs âmes par une grâce singulière du Très-Haut, qui, lui ayant donné puissance sur son Fils unique et naturel, la lui a donnée sur ses enfants adoptifs, non seulement quant au corps, ce qui serait peu de chose, mais aussi quant à l'âme. Marie est la Reine du ciel et de la terre par grâce, comme Jésus en est le Roi par nature et par conquête : or, comme le royaume de Jésus-Christ consiste principalement dans le cœur ou l'intérieur de l'homme, selon cette parole : Le royaume de Dieu est au dedans de vous, de même le royaume de la très Sainte Vierge est principalement dans l'intérieur de l'homme, c'est-à-dire son âme et c'est principalement dans les âmes qu'elle est plus glorifiée avec son Fils, que dans toutes les créatures visibles et nous pouvons l'appeler avec les saints, la Reine des Cœurs ».

Telles sont, en résumé, les Trois Grandes Vérités que Saint Louis-Marie expose de façon remarquable pour nous dire le rôle exceptionnel de Marie dans la sanctification des âmes. Avec un enseignement, si bien fondé sur l'Ecriture et la Tradition, nous sommes fortifiés dans la conviction qu'il nous faut nécessairement passer par Marie pour aller à Jésus et entrer, par Lui (qui est notre Unique et suprême médiateur) en communion avec la Très Sainte Trinité. Une vision extatique de Saint François d'Assise rapportée dans les Fioretti illustre bien cette nécessité absolue de la dévotion mariale.

Saint Louis Marie, d'ailleurs, y fait allusion. Il fut montré à Saint François une grande échelle qui allait au ciel au sommet de laquelle était la Très Sainte Vierge et par laquelle il fallait monter pour arriver au ciel. L'échelle qui conduisait à Notre-Seigneur était rouge, celle qui conduisait à Marie était blanche. Croyant arriver plus vite au divin Maître, les frères de Saint François se précipitaient par l'échelle rouge. Mais ils retombaient à terre découragés. « Ordonne à tes frères d'aller vers ma Mère et de monter par l'échelle blanche », dit Notre Seigneur à Saint François. Les religieux montèrent facilement par l'échelle virginale et ils furent reçus dans le ciel par Marie, qui les conduisit à Jésus.

Il nous faut maintenant répondre à la deuxième question qui se pose : ce passage par Marie, en quoi consiste-t-il ? Et comment peut-il se réaliser concrètement ?

Nous savons tous qu'il s'accomplit essentiellement par une Consécration totale de nous-mêmes à la Très Sainte Vierge.

« Cette dévotion, lisons-nous dans le Secret de Marie, consiste à se donner tout entier en qualité d'esclave à Marie et à Jésus par Elle ; ensuite à faire toute chose par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie ».

On notera que Saint Louis-Marie prend soin ici, de distinguer deux choses : d'abord un acte de Consécration totale et absolue à Jésus par Marie, ensuite un état de Consécration consistant dans une disposition permanente qui nous fait agir et vivre habituellement sous la dépendance de Marie afin d'être unis très intimement à Jésus.

Le Grand Serviteur de Marie, précise que nous sommes là en présence d'un secret de grâce, que le Très-Haut lui a appris :

« Comme il y a des secrets de nature pour faire en peu de temps à peu de frais et avec facilité, certaines opérations naturelles de même il y a des secrets dans l'ordre de la grâce pour faire en peu de temps, avec douceur et facilité des opérations surnaturelles, si vider de soi-même, se remplir de Dieu et devenir parfait... »

Nous aurons compris aisément que la Consécration mariale, ainsi définie, est tout à fait dans la logique d'un véritable amour.

Car l'amour vrai, porte la personne qui aime à se donner totalement, sans réserve, sans retour et pour toujours à la personne aimée.

Aimant Dieu, l'amour nous engage à nous donner à Lui, comme au but suprême de notre vie. Aimant Marie, le même amour, nous invite à nous donner à Elle, comme au moyen choisi par Dieu pour nous aider à vivre de plus en plus en Communion avec Lui.

Dans notre consécration mariale que livrons-nous à notre Mère Bien-Aimée ?

Nous lui donnons tout d'abord notre corps, ce pauvre corps qui est si souvent, hélas ! Un instrument de péché. Sans son autorité il restera ce qu'il doit être : le serviteur de l'âme.

Nous lui donnons aussi, bien sûr, notre âme avec toutes ses facultés, car c'est surtout dans les âmes que Marie veut établir sa régence d'amour. Elle les cherche et les appelle ces âmes, parce qu'elle a reçu de Dieu la mission de les former à la ressemblance du Christ.

Je voudrais ici, attirer votre attention sur un aspect très important de cette Consécration mariale.

Saint Louis-Marie insiste beaucoup pour que notre livraison à Marie, corps et âme, soit faite en qualité d'esclaves d'amour.

Il se réfère ici à une expression chère à Saint Paul, à propos de Jésus, lequel, nous dit-il « a pris forme d'esclave » pour nous.

Il nous invite ainsi à imiter le Christ et la Vierge Marie qui s'est donné ce même titre, le seul qu'elle se donne : « Je suis l’esclave du Seigneur ».

On sait que ce terme esclave traduit très exactement le mot grec « doulé » employé par Saint Luc. Le mot serviteur ou servante, en effet, ne saurait suffire.

Le serviteur ou la servante en effet, peut agir selon son intelligence, selon son libre arbitre. Ce qui est scandaleux chez l'esclave, c'est qu'il est traité come s'il n'avait que son corps. On ne fait pas appel à son esprit, ou le prend uniquement comme un exécutant matériel. Il y a tant de manières d'êtres esclave par son corps, encore aujourd'hui...

Pourquoi reculerions-nous devant l'esclavage d'amour que nous pouvons vouer à Marie, laquelle nous respecte infiniment plus que n'importe qui, et qui seule peut de fait nous libérer dès cette terre de tout autre esclavage ?

C'est pourquoi nous sommes si heureux de nous remettre à Marie en lui disant :

« Forme-moi, forme mon corps, forme tout mon être, mais sans me demander conseil ! Parce que je sais bien que si je ne me laisse pas prendre complètement par toi, si tu me demandes conseil, les folies de la croix, je ne les accepterai pas ! Je ne me laisserai pas former jusqu'au bout, je risque toujours de rester un enfant gâté. Je te donne sur moi tout pouvoir. Même si parfois tu es un peu rude pour moi, même si parfois tu permets des humiliations que jamais je n'aurais acceptées ! Je te le demande quand même, parce que je sais que tu seras là pour m'aider, pour me soutenir dans les moments difficiles, pour "ramasser les morceaux" quand je serai brisé, et que je risquerai de voler en éclats... Je te fais pleinement confiance, tu peux y aller avec moi ! Traite-moi vraiment comme ton esclave d'amour ! »

Nous faisons donc à Marie oblation de notre corps et de notre esprit, mais nous lui donnons également tous nos biens extérieurs présents et à venir acceptant de n'être que les simples gérants de tout ce qui nous appartient, ainsi que tous nos biens intérieurs et spirituels, c'est-à-dire nos mérites, nos vertus et nos bonnes œuvres, passées, présentes et à venir.

En somme, c'est tout notre capital de vie surnaturelle qui est ainsi confié à la Grande Trésorière de Dieu.

Désormais, c'est à sa fidélité que l'on se fie, c'est sur sa puissance que l'on s'appuie, c'est sur sa miséricorde et sa charité que l'on se fonde, afin qu'elle conserve et augmente nos mérites. La Vierge Immaculée empêche que les vertus ne se dissipent, que les mérites ne périssent, que les grâces ne se perdent, que les démons ne portent préjudice à ses enfants consacrés.

Bien plus, elle fait sans cesse valoir aux yeux de Dieu, nos bonnes actions, parce qu'elle y met toujours du sien.

Elle purifie nos bonnes œuvres de la souillure de l'amour propre qui s'y glisse toujours d'une manière plus ou moins imperceptible. Elle efface ce qu'il y a de fâcheux. Elle compense ce qu'il y a d'incomplet. Ce cadeau que nous lui faisons de nos bonnes actions, elle l'embellit, elle l'orne de ses mérites et le fait accepter ainsi de son divin Fils. Jésus, en effet, ne considère pas tant la chose qu'on lui donne que sa Très Sainte Mère qui la lui présente. Il faut ajouter que ce placement que nous faisons de notre revenu spirituel dans le Cœur de Marie, procure également de grands biens au prochain, car on consent que Marie l'emploie comme bon lui semble, soit pour la délivrance des âmes du Purgatoire, soit pour la conversion des pécheurs. Nous avons là un excellent moyen de communier à sa mission de Co-rédemptrice.

Tel nous apparaît donc, selon le « Traité de la Vraie Dévotion » l'acte véritable de Consécration mariale. Il n'est pas seulement une mise sous la protection de notre Mère céleste mais la remise de tout notre être, de notre avoir, de nos activités, de toute notre vie à sa disposition, en vue du règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la plus grande Gloire de Dieu.

Car cet acte, comme je l'ai fait remarquer tout à l'heure, appelle un état de Consécration que Saint Louis-Marie résume par cette formule : « Il faut faire toutes ses actions par Marie, avec

Marie, en Marie et pour Marie... »

Pour cet aspect essentiel je vous renvoie à la Conférence qui fait suite à celle-ci et que j'ai intitulée « Comment vivre notre Consécration à Marie ? »

En conclusion je voudrais vous dire ceci : Notre consécration mariale est en définitive une oblation à la Trinité Sainte de notre vie de baptisés, mais c'est une oblation que nous faisons sur cet autel privilégié qu'est le Cœur Immaculé de Marie.

Elle est un mouvement ascensionnel qui prend son départ au moment de l'engagement solennel et se poursuit dans la même ligne droite, prisonnier certes d'une direction qu'il a choisie, qu'il maintient, qu'il aime et qui le protège.

Mais dites-moi, le train pourrait-il se plaindre, comme d'une entrave à sa liberté, des rails qui en fixant sa route lui assurent vitesse et sécurité ?

Dans cette spiritualité tout se simplifie et s'unifie.

Un seul but : appartenir totalement à Marie, « Totus Tuus ».

Un seul danger : se soustraire à sa dépendance.

L'Eglise, vous le savez, applique à la Vierge cette parole de la Bible : « Ceux qui vivent et agissent en moi, ne pècheront pas ». C'est là que se trouve la vraie perfection de la liberté : ne plus pouvoir pécher, ne pouvoir accomplir que des actes chargés d'amour.

Telle fut la liberté du Christ et de sa Mère. A cette liberté Idéale doivent participer tous les enfants de Dieu. Comment y atteindre mieux que par Celle que Saint Louis-Marie appelle « Le Moule de Dieu », le moule qui forme les Saints ?

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 17:08

Ce dont je voudrais parler aujourd'hui, c'est d'une réalité invisible qui est cachée au plus intime de nous-mêmes, mais qui transcende infiniment toutes les réalités, et nous confère, de ce fait une incomparable noblesse. Cette réalité est un prodigieux cadeau de Dieu offert à tous les hommes. Celle qui en fut la première bénéficiaire, mais d'une manière tout à fait unique, c'est la Vierge Marie dans le mystère de son Immaculée Conception. Ce merveilleux trésor, d'une valeur inestimable, dont nous n'épuiserons jamais le contenu, car il est inépuisable, c'est la Vie Surnaturelle.

Le mot lui-même fait penser à une réalité qui se situe au-dessus de la vie naturelle, une réalité qui dépasse toutes les possibilités de la nature humaine. Cette distinction entre Vie Naturelle et Vie Surnaturelle est capitale.

Image1La Vie Naturelle, c'est celle de l'être humain tel que nous le connaissons, constitué à la fois par de la matière et par une âme immatérielle qui organise cette matière, une âme qui est en même temps et par-dessus tout principe d'intelligence et de volonté libre. Nous savons de quoi l'être humain est capable avec les ressources naturelles de son intelligence et de sa volonté. Il suffit de penser aux réussites fantastiques de la science et de la technique, aux merveilles de l'art, de la poésie, de la littérature, etc.

Mais de quoi est-il capable sur un plan religieux, dans ses relations avec Dieu ? Certes, l'intelligence humaine peut, par elle-même avoir une connaissance naturelle de Dieu. A partir de choses créées elle peut conclure à l'existence de Dieu, à sa Toute-puissance, à sa Bonté. Par contre, elle est incapable, toute seule, de connaître Dieu directement en Lui-même dans sa réalité divine.

De même la volonté humaine peut par elle-même aimer Dieu d'un amour naturel : celui de la créature pour son Créateur, son bienfaiteur ; mais aucune volonté humaine ne peut « seule » parvenir à aimer Dieu comme il s'aime Lui-même. Aucune volonté humaine n'est capable d'établir avec Dieu des relations comportant une intimité ou familiarité quelconque. Connaître Dieu comme Créateur et l'aimer comme Suprême Bienfaiteur, c'est le propre de la Religion Naturelle. Mais entre cette religion naturelle et la religion surnaturelle qui provient de la libre initiative de Dieu, il y a un abîme infranchissable.

Infranchissable pour l'homme, mais pas pour Dieu qui, dans sa bouleversante miséricorde, s'est penché sur nous, nous a saisis et élevés jusqu'à Lui, un peu comme une maman qui se penche sur son tout petit enfant incapable de bouger, le prend dans ses bras et l'élève à sa hauteur pour le serrer sur son cœur et contre sa joue. C’est tout le sens du mystère de « l'Incarnation ». « Le Fils de Dieu s'est fait homme pour que les hommes deviennent dieux », nous dit Saint Athanase. Si « le Verbe s'est fait chair », s'il a voulu prendre notre nature, c'est uniquement pour cela, pour la diviniser.

Cette divinisation qui hante depuis toujours les rêves de l'home, Dieu lui-même la réalise d'une manière stupéfiante par un don inespéré de son amour. Ce don unique, insurpassable, purement gratuit, c'est la Vie Surnaturelle. Saint Jean en a donné la meilleure définition dans sa 1ère lettre, chapitre 12 : « Voyez, dit-il, de quel Amour le Père nous a aimés, au point que nous sommes appelés et que nous sommes réellement Enfants de Dieu ».

On raconte qu'un jour la fille de Louis XV s'adressa en ces termes à l'une de ses servantes qui l'avait contrariée : « Auriez-vous oublié que je suis la fille de votre roi ? » Mais cette dernière lui rétorqua fièrement : « Et vous, Madame, auriez-vous oublié que je suis la fille de votre Dieu ? » Elle avait parfaitement compris la grande affirmation du disciple bien-aimé : « Nous sommes Enfants de Dieu ». Mais que recouvre exactement cette affirmation ? L'enfant, c'est celui qui reçoit la nature de son père. Un sculpteur dira d'une statue qu'elle est son œuvre, il ne dira jamais qu'elle est son enfant. Il appelle son enfant celui à qui il donne sa propre nature. Saint Jean prend soin de bien préciser que nous ne sommes pas seulement appelés enfants de Dieu (ce qui pourrait n'être qu'un titre honorifique), nous le sommes réellement, dans la réalité de notre être. C'est pourquoi Saint Pierre, en un texte qui est lui aussi capital, nous dit que « Dieu nous a accordé des biens très précieux par lesquels nous devenons participants de la nature divine ». Cette merveilleuse communication de la nature divine, nous l'appelons la Grâce, parce que, comme le mot l'indique, c'est un don absolument gratuit de Dieu qui ne peut être en aucune manière exigé comme un dû. On n'insistera jamais assez sur cette gratuité qui distingue le christianisme, unique religion surnaturelle, de toutes les autres religions et la place bien au-dessus.

Or, c'est au moment du baptême, que la Grâce a été comme greffée sur notre âme, ainsi que le suggère, toujours en Saint Jean, l'allégorie de la vigne. Voilà pourquoi, nous devons considérer notre Baptême comme l'évènement majeur, l'évènement décisif de notre vie. C'est a ce moment-là que nous sommes « nés de Dieu », que nous sommes devenus par grâce ce que le Fils Unique est par nature. Autrement dit : c'est à ce moment-là que le Père a fait de nous ses fils d'adoption. Comprenons bien toutefois le sens de cette adoption qui est tout-à-fait différente de l'adoption humaine. L'adoption par un homme n'est qu'un titre juridique et extérieur, donnant droit à une éducation et à un héritage, mais elle ne peut changer l'être, ni l'hérédité de l'enfant adopté. Tandis que l'adoption par Dieu n'est pas un titre extérieur, elle ne vient pas s'ajouter à ce que nous sommes, elle n'est pas plaquée comme le serait une couche d'or sur du bois ; elle transforme réellement notre nature en nous faisant vrais Fils et vraies Filles de Dieu. Cette nature, elle ne la détruit pas, mais la perfectionne.et la divinise. Selon une comparaison chère aux Pères de l'Eglise, la grâce fait en nous ce que le feu accomplit dans le fer. Nous savons que le fer qui est plongé dans une fournaise devient incandescent et brûlant par le feu qui le pénètre et le change en lui-même. Certes le fer est toujours du fer, mais tout autre est son efficacité : il illumine, il embrase, le feu agit en lui et par lui, il est devenu feu.

La théologie catholique exprime cette vérité en disant que la Grâce est Sanctifiante : cela veut dire qu'elle nous transforme intérieurement en nous rendant saints réellement d'une sainteté qui est la sainteté même de Dieu, à nous communiquée, de sorte qu'il serait équivalent de dire que la grâce est divinisante. Elle fait de l'homme un petit dieu, non pas égal, c'est bien évident, au Dieu Unique infiniment transcendant, mais semblable à lui.

Certes, c'est là une réalité que nous ne pouvons d'aucune manière percevoir, dont nous ne pouvons d'aucune manière avoir conscience, dont nous n'avons connaissance qu'en croyant par la Foi ce que la Révélation nous enseigne. C'est un mystère caché au plus profond de notre être... mais lorsqu'il nous est donné (par la Foi) de le découvrir un peu, notre vie s'en trouve soudain illuminée. C'est vraiment un chemin de lumière qui s'ouvre devant nous et nous commençons alors à comprendre la Parole si profonde de Jésus à la Samaritaine : « Ah ! Si tu savais le don de Dieu ! »

Allons plus loin, Je vous disais tout à l'heure que la grâce nous fait « participants de la nature divine ». Par elle, Dieu nous communique mystérieusement sa propre vie de telle sorte que nous pouvons l'appeler en toute vérité « Notre Père » comme Jésus nous le demande. Il s'agit donc pour nous de vivre comme des enfants bien-aimés avec leur Père bien-aimé, dans une totale intimité avec Lui, dans une parfaite communion de vie et d'amour avec Lui. Autrement dit, il s'agit de vivre la vie même de Dieu au plus intime de nous-mêmes. « En quoi cela peut-il bien consister ? »

La vie de Dieu c'est une vie purement spirituelle, c'est-à-dire une vie de connaissance et d'amour.

- Dieu est connaissance parfaite de Lui-même. Il est un Eclair éternel d'intelligence se comprenant parfaitement Lui-même ; il est parfaitement transparent, lumineux, dans une pénétration parfaite de Lui-même. C'est ce que saint Jean exprime en définissant que « Dieu est Lumière ».

- Dieu est aussi Amour Parfait de Lui-même, c'est une flamme éternelle d'amour, s'étreignant parfaitement Lui-même, dans la possession parfaite de Lui-même. C'est ce que saint Jean exprime en définissant que « Dieu est Amour ». Se connaître et s'aimer ainsi parfaitement dans toute sa Réalité de Dieu, c'est donc cela la vie même de Dieu et c'est cela qui constitue son Bonheur Infini. La joie de Dieu est vaste comme l'immensité de son être, comme l'amplitude de sa pensée éternelle, comme la profondeur de son Amour Infini.

Mais il ne faut pas oublier que toutes ces merveilles sont propres à Dieu seul et ne sont possibles qu'à Lui seul. La créature peut connaître Dieu à travers ses œuvres et l'aimer pour ses dons, elle ne peut le connaître en Lui-même dans sa Réalité de Dieu, ni l'aimer pour Lui-même dans sa Bonté Infinie.

Or, ce que la Grâce nous donne, c'est précisément la capacité de connaître Dieu et d'aimer Dieu d'une manière non plus humaine mais divine, comme Dieu se connaît et s'aime Lui-même. Elle nous donne Dieu Lui-même comme objet de connaissance et d'amour. Il est vraiment présent en nous comme objet connu et aimé et nous le possédons vraiment. C'est pourquoi saint Paul enseigne que la Grâce fait de nous des Temples Vivants à l'intérieur desquels Dieu Lui-même habite. Jésus Lui-même a promis « Celui qui garde ma Parole, mon Père l'aimera et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure ». Cela veut dire que la Bienheureuse Trinité habite en nous, qu'elle y vit aussi réellement que dans le ciel et que notre vie à nous devient une vie de communion profonde avec les Trois Personnes Divines.

Ici je voudrais donner une précision. Dieu est présent dans toute créature comme cause de son existence (aussi bien dans un démon comme dans un caillou) mais ce n'est que par grâce qu‘il est présent dans une âme et qu'il y est possédé en sa Réalité divine. « Ce qu'il y a d'admirable, dit saint Augustin, c'est que Dieu qui est en chacun des êtres, n'habite pas en tous. Si Dieu est présent partout par la présence de sa divinité, il n'est pas partout par la Grâce d'habitation. Autrement dit, Dieu n'habite qu'au ciel et dans l'âme en état de Grâce qui est pour Lui un autre ciel ».

J'ai parlé de « capacité » de connaître et d'aimer Dieu comme il se connaît et s'aime Lui-même.

Comment d'abord pouvons-nous connaître Dieu de cette manière ? En ce monde, c'est uniquement par la Foi qui est l'adhésion de notre intelligence à la Révélation. Ceci doit être fortement souligné : le christianisme est d'abord une vie de Foi, vie intérieure de nos intelligences qui regardent tout à la lumière de la Foi, qui jugent tout dans l'optique et les perspectives de la Foi en croyant tout ce que Dieu nous dit de Lui-même et de toutes choses. Tant que notre âme fait vivre notre corps ; nous ne pouvons connaître Dieu dans sa Réalité divine comme il se connaît Lui-même que de cette manière : par la Foi. Mais cette Foi qui « croit sans voir » et aime Dieu dans l'obscurité et le mystère, ne peut être le plein épanouissement de la vie surnaturelle ; elle n'en est que le germe et le commencement, comme la graine est le germe et le commencement de la vie de la plante. Et, de même que la graine enfouie dans le sol doit éclater pour que la plante puisse sortir et s'épanouir au soleil, de même il faudra pour nous l'éclatement de la mort pour que notre vie surnaturelle, en germe dans la Foi, puisse s'épanouir dans cette vision éternelle qui nous est annoncée par saint Jean : « Nous le verrons tel qu'il est » et par saint Paul : « Nous le verrons face à face ». La lumière qui est Dieu Lui-même, totalement lumineuse pour Lui-même, s'emparera alors de nos intelligences pour se faire voir de nous. Dans cette lumière, nous posséderons Dieu en plénitude, et donc nous posséderons sa joie qui est absolue, infinie et parfaite. D'où le nom de Vision béatifique donnée par les théologiens à cette vision éternelle, plus couramment nommée Vie éternelle.

Comprenons bien que Foi et Vision ne sont pas deux vies, mais, tout comme la graine et la plante, deux étapes d'une même vie surnaturelle (en germe dans la Foi et pleinement développée dans la vie éternelle) parce que Foi et Vision ont le même objet de connaissance qui est Dieu Lui-même dans toute sa réalité divine.

La Foi possède déjà, en le croyant, ce que nous verrons dans la Vie éternelle. C'est pourquoi saint Paul dit que « la Foi est la substance de ce que nous espérons » en même temps que la manifestation de ce que nous ne pouvons pas voir.

Ainsi, le mouvement normal de la Foi, s'il ne rencontre pas, d'opposition en nous, conduit-il à l'Espérance de la Vie Eternelle. C'est pourquoi la Grâce qui fructifie en nous en Foi, fructifie aussi en Espérance. Ce n'est pas l'espérance naturelle des biens de ce monde et de notre développement humain, c'est une espérance qui n'espère rien d'autre que Dieu Lui-même, possédé en germe dans ce monde par la vie de la Grâce et qui sera possédé en plénitude dans la Vie éternelle. Cette espérance n'est fondée en rien sur nos capacités ou aptitudes naturelles, et a pour seul motif la Miséricorde de Dieu qui promet et qui donne. L'Espérance est, elle aussi, surnaturelle parce qu'elle s'appuie sur la Promesse de l'Amour Donateur de Dieu.

Après avoir vu comment la connaissance de Dieu dans sa Réalité divine nous est communiquée, voyons comment l'Amour de Dieu en Lui-même et pour Lui-même nous est pareillement donné. Cet Amour qui s'appelle aussi La Charité, tout comme la Foi et l'Espérance, est infusé dans notre âme en même temps que la Grâce Sanctifiante. Il ne faut surtout pas le confondre avec l'amour naturel que nous pouvons et devons avoir pour Dieu Créateur à cause de ses dons. La Charité aime Dieu « parce qu'Il est infiniment bon et infiniment aimable ». Elle a pour motif et pour objet la Bonté, l'Amabilité infinie de Dieu, comme la Foi a pour motif et pour objet la Vérité de Dieu. Ayant ainsi pour objet Dieu Lui-même, aimé pour Lui-même, en sa Bonté infinie, la Charité dépasse infiniment les capacités de notre nature, elle est surnaturelle, elle est un don et un effet de la Grâce. La Charité aimant Dieu comme il s'aime Lui-même, nous fait vivre de la vie du Dieu-Amour, elle n'est donc pas humaine, elle est divine. Elle est un amour filial qui aime Dieu comme un Père, qui l'aime pour sa propre Vie Divine dont nous sommes gratifiés.

Mais quel est le lien d'amour qui va unir Dieu le Père et ses enfants d'adoption ? C'est exactement le même qui unit Dieu le Père à son Fils Unique : c'est le Saint-Esprit. On peut donc dire que la Charité c'est le mouvement même du Saint-Esprit qui vous prend dans l'Amour de Dieu pour Dieu. Saint Paul l'enseigne expressément lorsqu'il écrit que « la Charité nous est communiquée par le Saint-Esprit qui vit en nous ». La Charité ce n'est donc pas autre chose que la vie du Saint-Esprit en nous.

Nous avons vu tout à l'heure que la connaissance surnaturelle de Dieu comporte deux étapes : celle de la Foi (en cette vie terrestre) et celle de la Vision (dans la Vie éternelle). Mais s'il y a deux manières de prendre connaissance de Dieu : en le croyant ou en le voyant... il n'y a pas deux manières de tendre vers Lui par l'Amour surnaturel, par la Charité. Que Dieu soit cru par la Foi, ou vu par la Vision, c'est la même Charité qui l'aime. Alors que la Foi et l'Espérance, comme tout germe, sont imparfaites et provisoires et cesseront pour faire place à l'épanouissement et à la perfection de vie la Vie surnaturelle dans la Vision et la possession de Dieu, la Charité, elle, qui va d'emblée de tout notre être à la totalité de Dieu aimé pour Lui-même, la Charité peut être parfaite des cette vie, malgré l'obscurité de la Foi. Autrement dit, la Charité n'aura pas à cesser pour faire place à autre chose qu'elle-même. Elle durera éternellement. C'est par elle donc que s'établit la continuité entre la vie terrestre et la Vie éternelle. Cette vérité, c'est encore saint Paul qui la met en lumière dans ce sublime chapitre 13 de la 1ère lettre aux Corinthiens qu'on appelle l'Hymne à la Charité : « Maintenant demeurent la Foi, l'Espérance et la Charité, mais la plus grande des trois, c'est la Charité ». « La Charité ne passera jamais ».

Est-il besoin de préciser que la Charité ne peut aimer Dieu comme Père sans aimer comme frères tous les hommes qui sont fils comme nous ou destinés à l'être ? Cela nous est maintes fois rappelé dans les Evangiles, dans les Lettres de saint Jean et celles de saint Paul. Ce n'est pas chacun de nous, seul, en effet qui est adopté, c'est toute une famille de frères vivant de la même vie divine procédant du Père, et la Charité en constitue l'unité.

Nous ne pouvons aimer la Vie divine en Dieu, sans l'aimer en tous ceux à qui elle est donnée, sans vouloir comme le Père Lui-même sa communication à tous et son épanouissement en tous. Qui aime la vie de Dieu veut que tous en vivent et cette volonté aimante s'appelle Charité fraternelle. Il n'y a donc pas deux charités : une pour aimer les hommes et une pour aimer Dieu. Il n'y a qu'une Charité qui aime la vie de Dieu en Lui-même et en tous ceux à qui elle est donnée. La Charité fraternelle est donc surnaturelle, inséparable de la grâce qui la réalise en nous. Elle voit tous les hommes à travers le regard même de Dieu et elle les aime comme Dieu les aime. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous aimé ».

Il y a un point sur lequel je me dois d'insister, car il est très important, à savoir que la charité est l'unique condition pour avoir la vie surnaturelle. Vie de Grâce et Charité sont, en effet, indissolublement liées : il n'est pas possible d'avoir l'une sans l'autre.

La Foi seule sans la charité est certes un don surnaturel, une grâce, elle ne suffit pourtant pas pour que nous vivions de la grâce : la foi qui n'entraîne pas à l'amour ne fait pas de nous des enfants de Dieu. On peut bien connaître Dieu et ne pas l'aimer comme des fils.

Ainsi donc, la seule chose au monde qui puisse nous faire perdre la vie de la Grâce, c'est un acte incompatible avec la charité, contraire à l'Amour de Dieu : c'est ce qu'on appelle le Péché mortel (mortel parce qu'effectivement il détruit la vie de la Grâce, il tue l'Amour.) Puisqu'il arrache l'homme à ce qui est son vrai bien, sa vraie destinée, puisqu'il est le refus de la vie surnaturelle, de la vie d'enfant de Dieu, le péché mortel doit être considéré comme le plus grand mal, c'est la pire des catastrophes. Mais combien comprennent cela, même parmi les chrétiens pratiquants ?

Vie de Grâce et Charité sont donc indissolublement liées, mais ce qu'il faut affirmer aussi, c'est que la mesure de l'une est exactement la mesure de l'autre. Dieu ne nous mesure pas le don qu'il nous fait de sa vie, il ne veut qu'une chose : nous la donner en plénitude, toujours davantage. Nous l'avons en nous exactement autant que nous le voulons. Il ne peut y avoir pour la limiter que notre défaut d'amour, que notre insuffisance â la vouloir. Il ne faut pas oublier en effet que Dieu nous a créés libres, et il nous a créés libres parce qu'il nous destinait à la Vie surnaturelle qui est essentiellement échange d'amour avec Lui. Or, un échange d'amour ne peut se faire que dans la liberté. C'est pourquoi l'attitude de Dieu vis-à-vis de nous n'est jamais celle d'une Toute-puissance qui contraint, mais celle d'un appel d'amour qui s'adresse à notre liberté, pour que nous adhérions librement à son Amour.

On comprend maintenant pourquoi, comme l'enseigne l'Evangile, le Christianisme consiste tout entier dans la charité, c'est-à-dire dans l'orientation foncière de notre volonté libre vers Dieu aimé pour Lui-même et par-dessus tout. C'est à cette profondeur de notre être que la religion surnaturelle doit s'enraciner pour être authentique, c'est ce mouvement foncier et radical d'amour de Dieu pour Lui-même que tout en elle doit jaillir. C'est pourquoi tout en Elle doit être animé par la Charité qui est le centre vital reliant en lui tout ce que le christianisme comporte. Tout ce qu'il y a dans notre vie chrétienne vaut ce que vaut la Charité qui l'inspire. Saint Paul a dit cela admirablement au chapitre 13 de la 1ère lettre aux Corinthiens. « Quand bien même j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la Charité, cela ne me sert à rien ».

La Vie surnaturelle reçue au baptême se développe donc et fructifie en nous par la Foi, par l'Espérance et surtout par la Charité. La Foi, l'Espérance et la Charité sont des capacités engendrées par la Grâce qui nous permettent de mener au-dedans de nos âmes une vie divine qui est une vie intérieure de connaissance et d'amour de Dieu. Ces trois capacités surnaturelles fondamentales sont appelées vertus théologales parce qu'elles ont uniquement Dieu pour motif et pour objet. C'est pourquoi elles n'ont pas d'autre mesure que l’infinité même de Dieu et ne peuvent pas comporter d'excès. On ne peut pas trop aimer Dieu, on ne l'aimera jamais assez. « La mesure d'aimer Dieu, dit saint Augustin, c'est de l'aimer sans mesure ».

De ce progrès incessant dans la Foi, l'Espérance et l'Amour, nous avons un exemple éminent. C'est la Vierge Marie, Elle qui, dès le premier instant de sa Conception a reçu en plénitude le don de la Vie surnaturelle.

Ces vertus théologales de Foi, d'Espérance et de Charité constituent les principaux éléments de tout un organisme surnaturel que Dieu a enraciné dans notre âme au moment du Baptême, avec la Grâce sanctifiante. Il faut savoir qu'en connexion avec ces trois organes fondamentaux, il y a d'autres organes qui jouent un rôle important dans cette vie intérieure de connaissance et d'amour de Dieu : ce sont les vertus morales et les dons du Saint Esprit.

Je ne veux pas vous en parler aujourd'hui, cela nous mènerait trop loin. Je rappelle simplement que les vertus morales surnaturelles (qu'on appelle vertus cardinales) sont au nombre de quatre : la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. Leur rôle est de maintenir l'âme en contact avec les réalités de la terre et de contribuer ainsi au parfait équilibre entre la vie mystique et la vie pratique, entre la contemplation et l'action ; équilibre qui se définit assez bien par cette formule : « Avoir la tête dans le ciel et les pieds sur terre ». Quant aux dons du Saint-Esprit, ils sont au nombre de sept : la Sagesse, l'Intelligence, la Science, le Conseil, la Force, la Piété, et la Crainte de Dieu. Ce sont des dispositions surnaturelles qui viennent perfectionner l'exercice des vertus de Foi, d'Espérance et de Charité et rendent plus facile notre marche vers la sainteté.

Telles sont les principales richesses de ce monde surnaturel de Lumière, de Vie et d'Amour que nous portons en chacune de nos âmes depuis le baptême. Cette révélation bouleversante nous fait mieux comprendre quelle est la raison d'être et le but ultime de notre vie.

A la question : pourquoi avons-nous été créés ? Beaucoup de nos contemporains répondraient : « C'est pour agir en ce monde, c'est pour transformer la terre ».

Avec le catéchisme, nous répondons : « C'est pour connaître et aimer Dieu ».

« Le Royaume de Dieu, disait Jésus à certains de ses compatriotes qui étaient surtout préoccupés d'efficacité temporelle, le Royaume de Dieu est au-dedans de vous ».

Par les actes surnaturels de Connaissance et d'Amour dont la Grâce nous rend capables, nous sommes établis dans une merveilleuse communion avec Dieu. Mais cette communion, cet état de Grâce n'est pas quelque chose de statique : c'est une vie qui est appelée à grandir. Avec le secours de toutes les grâces actuelles que Dieu ne manque pas de nous accorder, si nous les demandons, nous devons tout au long de notre existence travailler à son développement, à sa croissance jusqu'au jour où notre apprentissage de la Vie éternelle étant achevé, nous entrerons dans notre maison d'éternité pour y jouir de la Lumière de Gloire, dans un Bonheur sans limite et sans fin qui comblera surabondamment notre cœur.

C'est uniquement pour cette destinée prodigieuse que nous devons vivre. Tout par conséquent doit être orienté dans ce but, tout doit lui être subordonné. Avoir compris par la Foi que Dieu nous offre une telle destinée montre la folie de tant d'hommes occupés uniquement à des choses extérieures et à une réussite temporelle, alors que par le mystère de la grâce nous possédons déjà en nous ce qui durera éternellement et dont rien, absolument rien, ne pourra jamais nous séparer.

On traiterait de fou l'homme qui pour quelques sous négligerait un trésor rempli d'or et de pierres précieuses... mais combien plus fou celui qui pour les biens périssables de ce monde, méprise ou néglige la possession de Dieu par la Grâce, trésor plus précieux que toutes les richesses de l'univers.

On comprend ici l'apostrophe indignée d'un saint Jean de la Croix, au spectacle de multitudes d'âmes qui au baptême ont reçu de tels talents et ne les font pas fructifier : « O âmes créées pour de telles gloires et qui devez en jouir par prédestination !...A quoi songez-vous ! »

Ne soyons donc pas fous à la manière du monde ! Soyons-le à la manière des saints. Souvenons-nous toujours qu'être fous d'Amour pour Dieu et pour Marie, c'est la Suprême Sagesse.

 Abbé Pierre Cousty

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 14:02

LORSQUE VOUS PRIEZ, DITES : « PÈRE ».

Un jour où Jésus était en prière, les disciples lui dirent : « Seigneur, apprends-nous à prier ».

Le Sauveur leur répondit en leur enseignant cette admirable formule du NOTRE PERE dont Tertullien a dit « qu’elle est un véritable abrégé de tout l’Evangile » et que nous devons considérer comme la prière-type du chrétien, une prière parfaite en vérité, car si nous la récitons en entrant dans les intentions profondes qui s’y manifestent (et qui sont celles du Cœur de Jésus) nous sommes sûrs de prier le Père comme il veut être prié et lui demander ce qui est le plus utile à nos âmes.

De cette merveilleuse prière, il nous faut tout d’abord approfondir le sens et la portée de l’invocation initiale qui est – si l’on prend le texte évangélique de Luc[1] – le mot Père. Jésus, c’est évident, désire que d’emblée nous fixions le regard de notre Foi et de notre Amour sur le mystère qui est la source de tous les autres : celui de la PATERNITE de DIEU.

Sans la révélation qu’il nous a apportée, nous n’aurions jamais pu nous permettre de parler de Dieu comme d’un Père. Certes, de nombreuses religions ont désigné le Créateur, l’Eternel, l’Infini, l’Absolu, le Tout Autre, en l’appelant Père, mais sans nous acheminer aussi loin vers le mystère d’un Dieu d’Amour.

DIEU est tellement Père, en effet, qu’il n’est « que Père ». 

En lui donnant cette appellation à la suite de Jésus nous professons qu’Il est avant tout PERE au-dedans de Lui-même dans sa Vie toute de pensée et d’Amour et que c’est de toute éternité qu’Il est parfaitement Père.

Au-dedans de sa pensée, Il communique tout ce qu’Il est à un Fils (que saint Jean appelle LE VERBE), si bien que ce Fils vit pleinement de la Vie du Père.

Le Père et le Fils ne font qu’Un : « Moi et le Père, nous sommes Un »[2] et ils respirent ensemble un Unique Esprit d’Amour.

Ces trois Personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne font absolument qu’Un et sont infiniment bienheureuses dans leur Unité.

Mais Dieu ne nous a révélé le secret de sa prodigieuse Vie Trinitaire que parce qu’Il voulait, par son libre Amour, être aussi Notre Père, que parce qu’Il voulait, ô merveille ! Nous offrir cette grâce inouïe de nous élever à être, nous aussi, ses enfants en nous communiquant une vie nouvelle : sa propre vie divine et en nous donnant la capacité, dès ici-bas, d’entrer dans son intimité par des relations à jamais personnelles.

C’est dans ce but, on ne le soulignera jamais assez, qu’Il nous a créés, puis recréés en son Fils Unique, le Verbe Incarné, envoyé sur terre pour « nous racheter et nous conférer l’adoption filiale ».[3]

Chaque fois que nous pensons à « cette manifestation d’amour que le Père nous a donnée »[4] ; chaque fois que « l’Esprit-Saint  se joignant à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu »[5] nous fait crier ce mot d’infinie tendresse enfantine : « Abba » (terme araméen dont l’équivalent français est « Papa ») quel peut bien être le premier sentiment qui monte spontanément de notre cœur émerveillé, sinon celui d’une joie exultante et infiniment reconnaissante ?

Or - nous ne l’avions sans doute pas remarqué – c’est le même bondissement de joie dans le mouvement profond de l’âme que Marie, la Fille si aimée et si comblée du Père a exprimé dans son Magnificat, cette étonnante prière de louange et d’action de grâces où l’on trouve déjà toutes les attitudes, aspirations et préoccupations que Jésus a incluses dans le Notre Père.

Aussi, on devine aisément ce que dût être pour Marie la prière du Seigneur dès qu’elle l’eût apprise. Elle en fit très certainement sa prière préférée, une source intarissable pour sa contemplation, un moyen de s’unir très intimement au Père en communion d’âme avec Jésus, son Divin Fils.

Prions-la donc très fort pour qu’elle nous apprenne à tourner de plus en plus notre regard vers le Père et à nous adresser à Lui dans cet esprit de simplicité confiante et joyeuse, de profonde humilité et d’abandon total qui caractérise l’enfance évangélique sans laquelle, Jésus l’a clairement affirmé, personne ne peut entrer dans le Royaume des Cieux.

Avec Marie, par Jésus et en Lui et sous le souffle du Saint-Esprit, efforçons-nous de rendre chaque jour plus intense notre relation filiale avec le Père.

NOTRE PÈRE 

La prière enseignée par Jésus qui est la prière-type, la prière-source de toutes les autres nous est parvenue sous deux formes.

L’une se trouve au chapitre 6 de saint Matthieu et l’autre au chapitre 11 de saint Luc.

Nous avions déjà noté précédemment que pour introduire cette prière, saint Luc ne dit pas « Notre Père », mais « Père », c’est-à-dire « Mon Père » (Abba en araméen) comme le faisait Jésus dans sa prière personnelle.

Certes, Lui seul, en sa qualité de Fils Eternel ne faisant qu’un avec le Père, avait-il le droit de s’adresser à Lui avec une telle familiarité, une telle intimité !

Mais parce qu’en Lui, le Fils Unique, nous sommes devenus des fils par adoption, à nous aussi ce privilège a été accordé.

Ce que le Pater selon saint Luc met tout particulièrement en lumière c’est que la prière chrétienne a pour caractéristique principale d’être une relation personnelle avec Dieu.

Dieu n’est pas seulement notre Père à tous en général, mais le Père de chacun de nous. C’est à Lui, mon Père très aimant qui est là présent et « qui voit dans le secret » que je dois m’adresser dans la solitude de ma chambre après avoir fermé la porte.

N’est-il pas l’Ami par excellence à qui je peux tout dire, qui sera heureux d’écouter mes confidences et qui me le rendra ?

Ce caractère privé de la prière est indispensable pour la croissance de la vie spirituelle.

C’est la prière du cœur, d’une grande intimité d’amour avec le Dieu qui vit en nous ; celle que tout chrétien doit pratiquer dans l’Oraison définie par Sainte Thérèse d’Avila comme :

« une amitié intime, un entretien fréquent, seul à seul, avec Celui dont nous nous savons aimés ».

Il ne faudrait pas, toutefois, que ce rappel de la dimension personnelle de la prière chrétienne nous fasse oublier sa dimension communautaire, si clairement exprimée par le pluriel de la formule du Pater selon saint Matthieu.

Notre prière de disciples du Christ a ceci de très particulier, en effet, qu’elle ne peut dire à Dieu « Père » qu’en Lui disant « Notre Père ».

Cela veut dire tout d’abord qu’en chaque chrétien qui prie, c’est l’Eglise toute entière qui prie. Car notre prière, quelle qu’elle soit, et si solitaire qu’elle soit, fait partie de la prière commune de tous les fils de Dieu, lesquels ne peuvent êtres fils qu’en vivant de cette même vie que le Christ, tête du Corps mystique, communique à tous ses membres. Elle n’est qu’un élément de la vie de prière de l’Eglise, cette grande Priante qui ne cesse de fixer son regard de Foi et d’Amour sur le Père, par le Fils dans l’Esprit.

Ayons donc bien conscience que lorsque nous disons « Notre Père » nous prions au nom de tous et pour tous ; nous entrons dans une communion universelle qui ne cesse de se dilater.

Cela veut dire ensuite que notre attitude ne peut être filiale vis-à-vis de Dieu que si elle est vraiment fraternelle vis-à-vis de toutes les personnes créées à l’image et à la ressemblance de Dieu et sauvées par le sang de l’Agneau.

Si je reconnais Dieu comme mon Père, je dois reconnaître aussi qu’il a d’autres enfants et que par conséquent ces enfants sont mes frères :

« Vous êtes tous frères, affirme Jésus, car votre Père Céleste est Unique ».[6]

Cette qualité d’enfants du même Père abolit tous les murs de séparation. Les différences de race et de patrie, de sexe et de condition sociale s’évanouissent dans l’unité supérieure de l’adoption divine commune à tous.

Je ne peux donc pas dire : Notre Père en esprit et en vérité si j’oublie que la fraternité humaine n’exclut personne ; si je ne m’efforce pas d’aimer le prochain le plus proche comme le plus éloigné de ce même amour dont le Père lui-même l’aime.

Ce qui revient à dire que je dois faire disparaître de mon cœur tout vestige de haine, d’orgueil, de violence, tout égoïsme, tout préjugé et toute rancune.

« Notre Père » : quelle richesse dans ces deux mots !

Puissions-nous y voir un rappel constant des deux grands Commandements qui constituent la loi fondamentale du Christianisme (en même temps qu’un appel à les vivre).

Parce que Dieu est Père nous devons l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces et de tout notre esprit ; Lui qui le premier nous a aimés si merveilleusement.

Parce que Dieu est Notre Père, nous devons aimer tous ses autres enfants comme nous-mêmes. Nous devons nous aimer les uns les autres comme le Christ nous a aimés.

« En disant « Notre Père » je jette mon cœur dans le Cœur de Dieu,

mais après avoir enfermé dans mon cœur tous les hommes ».[7]  

 QUI ES AUX CIEUX,

Dans l’admirable prière qu’il nous a enseignée, à l’invocation « Notre Père », Jésus nous a fait ajouter : « Qui es aux cieux ».

Que signifie cette image qui est traditionnelle dans l’Ancien Testament et que Notre Seigneur Lui-même emploie fréquemment ?

Dire que Dieu, Notre Père, est (si l’on traduit correctement le grec de saint Matthieu) « Le dans les cieux » ou « Celui dans les cieux », c’est tout d’abord proclamer sa Transcendance absolue, cette propriété qui le place infiniment au-dessus de l’homme et de tout l’Univers créé, parce qu’Il est seul « Celui qui est », subsistant par Lui-même et possédant une perfection sans limites.

« Dieu est grand, et sa grandeur n’a pas de mesure ».[8]

Ayant de toute éternité une plénitude de vie, de connaissance, d’amour et de bonheur qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir ; étant de soi le Très-Haut, le saint, le Séparé, Il est hors d’atteinte de toute créature si parfaite soit elle.

La parole de saint Paul : « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme » s’applique ici parfaitement.

Mais bien que Dieu soit « l’Au-delà de tout », le Tout Autre, rien ne l’empêche d’entrouvrir Lui-même quelque chose du voile qui le cache et c’est précisément ce qu’Il a fait par la révélation ébauchée dans l’Ancien Testament et conduite à sa perfection par le Christ.

« Dieu, nul ne l’a jamais vu ; le Fils Unique qui est dans le sein du Père, Lui l’a fait connaître ».[9]

Ce rappel discret de la Transcendance de Dieu, de sa grandeur, de sa Souveraine Majesté au début de chaque Pater devrait éveiller et fortifier en nous un sens très profond de l’Adoration, cet acte volontaire par lequel la créature reconnaît librement, et effectivement tous les droits de Dieu Créateur sur elle, par lequel elle reconnaît que Dieu est à l’origine de tout ce qu’elle est et que par conséquent toute sa vie de créature dépend radicalement de Lui et doit Lui être soumise dans une attitude de totale humilité et de service désintéressé : « Messire Dieu, premier servi ».

Il y a, en second lieu, dans l’expression « qui es aux cieux » une signification particulièrement émouvante mais qui ne nous est malheureusement pas assez familière. Elle se fonde sur le fait que le Dieu Tout Autre s’est révélé comme étant un Dieu tout proche, qui ne nous est pas seulement présent parce qu’Il est la cause permanente de notre être, mais qui dans la folie de son Amour a voulu aller beaucoup plus loin : jusqu’à se rendre présent au plus intime de nous-mêmes d’une présence toute d’amitié ainsi que Jésus nous l’a affirmé dans son discours après la Cène :

« Si quelqu’un m’aime… mon Père l’aimera et nous viendrons chez lui et nous ferons chez lui notre demeure ».[10]

Mystère stupéfiant de la Grâce sanctifiante qui, à partir du Baptême, fait de chacune de nos âmes un ciel véritable où la Très Sainte Trinité habite avec tout le secret de sa vie intime. Commentant la prière du Seigneur, saint Augustin nous explique, en effet, que les « Cieux » désignent les saints en état de grâce. Et cette même signification, nous la retrouvons clairement exposée chez saint Thomas d’Aquin.

Donc, chaque fois que je dis : « Notre Père qui es aux cieux », je dois aussitôt penser – et avec quelle joyeuse reconnaissance ! – « Notre Père qui es dans mon cœur ».

Enfin, en nous faisant invoquer Dieu comme le Père « qui est aux cieux », Jésus veut nous faire souvenir que notre patrie véritable est au ciel :

« Nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, nous cherchons la cité future ».[11]

Nous sommes ainsi invités à nous détacher de tout ce qui est purement humain et matériel afin de tendre toutes nos énergies vers les réalités éternelles qui sont notre but ultime, notre incomparable destinée nous dit saint Paul :

 « Recherchez les choses d’En-Haut, tendez vers les choses d’En-Haut, et non pas vers celles de la terre ».[12]

Oui, le Père nous attend au ciel, ce ciel de gloire, dont le sacrifice d’amour de son Fils nous a ouvert les portes et dont le Saint-Esprit, en faisant de nous ses enfants adoptifs, nous constitue héritiers avec le Christ.

Puisse la perspective de cette vie éternelle du Ciel – où notre communion à Dieu commencée ici-bas dans l’état de grâce s’épanouira dans le bonheur infiniment comblant de l’état de gloire – nourrir notre Espérance ! 

QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ,

Jésus désire que notre sentiment filial à l’égard de Notre Père des Cieux s’épanouisse dans l’adoration la plus haute, celle qui consiste à désirer et à souhaiter ce que Dieu Lui-même désire et souhaite.

C’est la raison pour laquelle Il a placé en tête de la prière-type qu’Il nous a enseignée trois demandes-souhaits qui nous tournent résolument vers Dieu, nous font penser d’abord à Lui d’une manière tout à fait désintéressée.

Après seulement viennent quatre demandes-requêtes par lesquelles nous demandons à Dieu de penser à nous, de pourvoir à toutes nos nécessités spirituelles et matérielles.

Nous comprenons ainsi que ce qui doit nous tenir le plus à cœur ce ne sont pas nos besoins personnels mais le Nom de Dieu, son Règne, sa Volonté.

Ceci étant précisé, réfléchissons au sens et à la portée de la première demande du Notre Père. La prière chrétienne, nous le savons, est essentiellement « une louange à la gloire de Dieu ».[13]

Cette louange nous la proclamons (en souhaitant que tous les hommes s’y associent) chaque fois que nous disons :  « Que ton Nom soit sanctifié ! »

TON NOM … pour nous, aujourd’hui, le nom est une simple étiquette destinée à nous identifier. Dans la Bible il exprime toujours la personne en sa profondeur. Il dit à la fois la présence active de quelqu’un et sa distance.

Aussi, connaître le Nom de quelqu’un est-ce avoir accès au mystère de son être ?

Par le mot NOM, Jésus désigne donc, c’est évident, DIEU Lui-même, Son Essence Divine, Sa Providence Paternelle, Sa Perfection Absolue. Parce qu’il évoque, ce NOM ineffable, Sa Présence à la fois séparée et rayonnante, autrement dit Sa Sainteté, Il mérite un infini respect. On sait que les Israélites n’osaient même pas prononcer le Nom de Yahvé. Le chrétien, fils adoptif de Dieu n’a pas cette timidité, mais il entoure le Nom Divin d’une extrême vénération et demande qu’Il « soit sanctifié » c’est-à-dire glorifié.

Il ne s’agit pas, on le comprend aisément, d’ajouter à la Sainteté Absolue de Dieu – Sainteté que le Père possède en Lui-même et par Lui-même éternellement – laquelle consiste en une supériorité essentielle dans l’être et dans l’agir plutôt qu’en une simple perfection morale.

Il s’agit tout d’abord de demander à Dieu d’assurer Lui-même efficacement sa Propre Gloire en manifestant la splendeur de Son Etre par l’Amour qu’Il communique aux hommes, par toutes les merveilles qu’Il accomplit en leur faveur. C’est tout le sens de la prière que Jésus a prononcée le soir du Jeudi-Saint : « Père, glorifie ton Nom. » Il s’agit ensuite de demander à Notre Père des Cieux la grâce de contribuer nous-mêmes le plus possible au rayonnement de sa gloire.

Or, ce supplément de gloire nous le Lui procurons, bien sûr, lorsque nous lui adressons nos louanges ; mais nous le Lui procurons bien davantage lorsque nous nous efforçons de l’aimer comme Il veut être aimé, c’est-à-dire en communiant à l’amour qu’Il a pour Lui-même par l’accord de notre volonté avec la complaisance qu’Il prend en Sa Perfection Infinie, en communiant à l’amour qu’Il a pour nous-mêmes par une obéissance filiale à Sa Sainte Volonté, en communiant à l’amour qu’Il a pour tout être humain, cet être humain qu’Il a créé à Son Image et recréé dans le sang du Christ, en qui Il vit ou rêve de vivre par Sa Grâce Divinisante.

Oui, que s’affermisse en nous cette conviction : c’est en progressant continuellement dans cet amour surnaturel de Dieu et de nos frères – réalisant par là l’Idéal de Sainteté que Jésus nous a proposé : « Soyez parfaits comme votre Père Céleste est parfait » - que nous sanctifierons hautement le Nom du Père.

Plus nous l’imiterons dans Sa Perfection et plus Il sera respecté, révéré, adoré et aimé.

Quelles louanges ne lui attire pas un seul saint vivant sur la terre !

Plus nous vivrons saintement et plus nos frères seront inclinés à reconnaître que Dieu est l’Etre Absolu, Le Possesseur de Toute Sainteté, Le Centre de Toute Gloire.

« Votre lumière, nous dit Jésus, doit briller aux yeux des hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les Cieux ».[14]

Que Marie, la Reine de tous les Saints, nous aide à sanctifier le Nom du Père par notre sanctification même. 

QUE TON RÈGNE VIENNE,

C’est pour l’avènement du Règne du Père que Jésus nous fait prier instamment dans cette deuxième demande du Pater.

Ce Règne qu’Il désigne le plus souvent par l’expression « Royaume de Dieu (ou des Cieux) » et qui occupe une place centrale dans sa prédication est à la fois visible et invisible, intérieur et manifesté au dehors. Il l’a inauguré, Lui le Roi Messianique, en fondant l’Eglise qui en est le commencement sur la terre.

Quand nous disons : « Que ton Règne vienne » c’est vers l’avenir, vers le monde de l’éternité qu’il nous faut d’abord et avant tout porter nos regards, car ce qui est visé par cette demande c’est le Royaume du Père tel qu’il sera lorsqu’il aura atteint Sa Plénitude, Sa Perfection Absolue, Son Etat Définitif.

En vérité, notre prière ne sera pleinement exaucée qu’au dernier jour, quand le sang de Jésus aura purifié toutes les âmes et que le nombre des élus sera complet. Alors, le Christ-Roi reviendra dans sa Gloire pour juger les vivants et les morts et la parole de saint Paul s’accomplira :

« Ayant soumis toutes choses, il se soumettra à Celui qui lui a tout soumis ».[15]

Puis Il offrira au Père son Royaume en présent magnifique et éternel : Dieu sera tout en tous et son Règne ne connaîtra pas d’obstacles.

« Quel est donc le Royaume dont tu souhaites l’avènement ?

Celui dont parle l’Evangile : Venez les bénis de mon Père,

Prenez possession du Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde ».[16]

Mais la deuxième demande du Notre Père porte aussi sur un royaume déjà présent qui doit s’étendre et gagner de plus en plus les profondeurs de l’être et de la vie humaine.

En nous rappelant la parole de Jésus : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » nous devons demander que le Royaume du Père (c’est-à-dire la grâce sanctifiante) puisse s’établir en premier lieu au plus intime de notre cœur. Le but que nous devons poursuivre en effet, et sans jamais arrêter ou ralentir notre marche, c’est que le Christ devienne « La Vie de notre vie » ; que tout en nous soit à Lui et par Lui au Père dans l’unité du Saint-Esprit, de sorte qu’il ne reste plus rien en nous qui ne soit totalement à Lui. Telle est la perle de grand prix qui vaut que, pour elle, nous renoncions à tout le reste.

Comprenons bien toutefois que Celui qui a accepté Dieu comme Roi ne peut pas limiter ce royaume à sa propre personne. Il priera donc en second lieu et il ne manquera pas d’agir pour que l’Eglise dont il est un membre vivant s’étende de plus en plus parmi les peuples du monde et pour que s’accroisse le nombre des sauvés.

Celui qui a choisi Jésus pour son Seigneur et son Roi ne peut nourrir désormais d’autre ambition que de le faire régner. Il aime chacun de ses frères comme un autre lui-même ; il souhaite pour lui les mêmes biens surnaturels dont il est l’heureux bénéficiaire et il fait tout ce qu’il peut pour l’aider à acquérir ces biens.

Que les progrès de l’Evangélisation et la conversion des pécheurs soient donc au premier rang de nos préoccupations ! Ne nous lassons pas de prier pour que vienne le Règne de Dieu Notre Père qui est un Règne de Grâce, de Vérité et d’Amour. Qu’il règne sur les intelligences, sur les cœurs et sur les volontés ! Que les intelligences obscurcies par le péché s’éclaircissent, que les volontés rouillées et amollies par l’indolence se réveillent et que l’on aille à la recherche du seul bien capable de combler le cœur humain, c’est-à-dire Dieu !

« Que ton règne vienne !»

Ah ! Si nous savions la portée de notre prière !

Le Père PANNET essaye de nous la faire entrevoir dans le beau passage suivant qui est particulièrement encourageant.

Méditons-le longuement :

« Autant nos actes et nos pensées nous font découvrir les limites étroites de nos vies quotidiennes, autant nous savons que notre prière n’a pas de frontière.

Dieu a besoin de nous pour aller jusqu’au bout de sa grâce.

Nous pouvons prier pour le monde entier.

Vous avez bien entendu : pour le monde entier.

Cette invitation s’adresse avec plus d’insistance à ceux qui se croient

 faibles, inutiles, solitaires ou grands pécheurs incorrigibles ».

« Dieu a jugé bon d’accorder aux prières des humbles

le salut de ceux qui sont au-dessus d’eux ».[17]

« Vous serez forts si vous ne comptez pas sur vos seules forces.

Nous nous trompons en sous-estimant les forces du malin qui nous désagrègent, mais

nous nous trompons encore davantage en sous-estimant les forces de l’Esprit-Saint qui peuvent multiplier à l’infini notre prière.

Notre prière c’est un petit caillou dans la mer mais son choc provoque des ondes concentriques qui vont se perdre au-delà de nos regards et même de nos espoirs ». 

QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL.

Quand nous disons à notre Père des Cieux : « que ta volonté soit faite », cela peut vouloir dire, qu’elle soit faite par nous ou qu’elle soit faite par Toi.

Qu’elle soit faite par nous : il s’agit de nous conformer à la Volonté de Dieu en tant qu’elle est la règle morale de nos actes, nous signifiant clairement ce que nous devons faire par des commandements ou des conseils.

Les théologiens lui donnent le nom de volonté signifiée.

Qu’elle soit faite par Toi : il s’agit de nous conformer à la Volonté de Dieu qui gouverne toutes choses avec Sagesse, en dirigeant les évènements pour les faire converger à sa Gloire et au Salut des hommes et qui nous est manifestée par conséquent à travers ces évènements.

On l’appelle Volonté de bon plaisir.

Notre conformité à la Volonté signifiée de Dieu consiste en premier lieu à vouloir tout ce que Dieu nous commande explicitement soit par des préceptes, soit par des interdictions.

« La doctrine chrétienne nous propose clairement les vérités

que Dieu veut que nous croyions, les biens qu’Il veut que nous espérions,

les peines qu’Il veut que nous craignions, ce qu’Il veut que nous aimions,

les commandements qu’Il veut que nous pratiquions et

les conseils qu’Il désire que nous suivions ».[18]

Notons bien ici qu’il y a – faisant partie intégrante des commandements du Seigneur – ce qu’on appelle les devoirs d’état : ce sont comme des préceptes particuliers qui nous incombent en raison de la vocation spéciale et des fonctions que Dieu nous assigne.

Jésus nous fait demander dans le Notre Père la grâce de dire OUI à tous ces Vouloirs Divins.

Sans une telle adhésion, si coûteuse parfois, nous ne pouvons pas nous sanctifier.

Notre conformité à la Volonté signifiée de Dieu consiste en second lieu à suivre les conseils que Dieu nous donne. Il arrive assez souvent, en effet, que le Seigneur persuade que telle ou telle chose serait meilleure pour nous.

Un conseil – il importe de le préciser – ne nous oblige pas sous peine de perdre l’Amour de Dieu :

« Je t’aimerai, nous dit-il, si tu continues à faire ce que tu fais,

mais si tu faisais cette chose-là qui est possible pour toi,

je t’aimerai davantage ».

Le récit évangélique du jeune homme riche illustre parfaitement cela.

Ce jeune vient vers Jésus et lui demande :

« Maître, que faut-il faire pour avoir la vie éternelle ? »

Jésus lui dit :

« Observe les commandements ».

Le jeune homme riche répond :

« J’ai fait ces choses depuis ma jeunesse ».

Jésus le regarde et, le regardant Il l’aime parce qu’Il voit que c’est vrai.

Jésus lui dit alors :

« Eh bien, si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as,

distribue-le aux pauvres, puis viens et suis-moi ».

Et le jeune homme s’en alla tout triste.[19]

Cela ne veut pas dire que Jésus l’abandonne pour la vie éternelle – il sera sauvé, ce jeune homme – mais qu’il l’abandonne pour une sainteté plus haute.

Nous prions donc dans la troisième demande-souhait du Pater pour que la Volonté de Dieu signifiée soit obéie. Nous demandons aussi que Sa Volonté de bon plaisir soit accueillie. Pour nous conformer à cette Volonté de bon plaisir, nous devons la soumettre à tous les évènements providentiels voulus ou permis de Dieu pour notre plus grand bien et surtout pour notre sanctification. Il peut s’agir d’évènements heureux ou malheureux, de calamités publiques ou de malheurs privés, de revers ou de succès, de maladie ou de bonne santé, d’épreuves intérieures ou de consolations, de peines ou de joie, peu importe.

« Une chose est sûre, c’est que tout concourt au bien de ceux que Dieu aime.

Que Dieu ait voulu ou permis seulement ce qui survient,

l’essentiel est de l’accueillir de manière entièrement positive.

Un tel évènement, supprime ses fruits de mort,

le fait servir à l’histoire sainte d’une existence et à celle du monde ».[20]

Ce qu’il nous importe de bien comprendre, c’est que nous ne sommes plus ici dans le domaine de l’obéissance, mais dans celui de l’abandon, cette disposition intérieure si nécessaire, qu’il faut instamment demander à l’Esprit-Saint de créer et de soutenir à chaque instant dans nos cœurs.

Oui, Père « que Ta Volonté soit faite », car nous ne pourrions pas t’aimer de façon authentique si nous voulions autre chose que ce que Tu veux, nous ne serions pas vraiment tes fils si notre volonté n’était pas librement, totalement calquée sur la Tienne.

L’Amour envers Toi ne peut s’exprimer en plénitude qu’en disant : « Que Ta Volonté soit ma volonté ». 

DONNE-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN DE CE JOUR

Dans les trois demandes-souhaits qui constituent la première partie du Pater, nous avons demandé la Glorification de Dieu Notre Père dans l’accomplissement de Sa Volonté.

Nos regards se sont portés vers Lui dans le ciel, puis vers la terre et les conditions de son Règne ici-bas, car il est dans l’ordre que la prière d’adoration et de louange précède la prière de demande.

Jésus nous apprend ainsi à nous établir dans une attitude toute filiale vis-à-vis de ce Père des Cieux que nous devons aimer avant tout pour Lui-même.

Mais maintenant que nous avons donné la priorité à ses intérêts, que nous avons pensé d’abord à Lui, nous Lui demandons de penser à nous, de pourvoir à toutes nos nécessités de corps et d’âme, nous comportant à son égard comme des mendiants qui reconnaissent leur misère et son inépuisable bonté. Et là, dans ces quatre demandes-requêtes qui constituent la deuxième partie de la prière du Seigneur c’est bien la même attitude filiale – laquelle attend tout comme un don d’amour du Père – qui continue à se manifester : les besoins qu’elles exposent ne sont rien d’autre, en effet, que ce qu’il nous faut pour réaliser les demandes de la première partie ; ce sont des besoins d’enfants de Dieu pour mener une vie d’enfants de Dieu.

Que monte donc à nos lèvres cette première demande-requête du Notre Père :

« Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

Qu’elle y monte comme un cri de tout l’être, car le pain de la terre désigne à la fois une réalité et un symbole.

La réalité, c’est l’aliment que le corps réclame.

Le symbole, c’est tout ce qui est nécessaire à l’homme, corps et âme, dans sa condition de créature.

Dieu veut tout d’abord que nous lui demandions avec cette confiance illimitée que des enfants ont en leur père, le pain dont notre corps a besoin pour vivre. Il veut que nous reconnaissions ainsi que tout don vient de Lui.

Dans les pays tempérés et méditerranéens (dans ces pays où Jésus a voulu venir) le pain représente une nourriture complète ainsi que tout ce qui nous est nécessaire pour vivre humainement : non seulement le vêtement, le logement, la santé pour notre corps, mais encore la vérité pour nos intelligences, la force et la vertu pour nos volontés, la liberté, la paix et la joie.

Ce pain, Dieu veut que nous le Lui demandions non seulement pour nous et notre famille, mais aussi pour tous nos frères. Le Pater qui a dit « Notre Père » ne dit pas « donne-moi », mais « donne-nous ». Et on voit alors comment une telle demande nous engage à procurer à nos frères – par l’aumône, le partage ainsi que par le travail – tout ce qu’il dépend de nous de leur procurer pour la satisfaction de leurs besoins, qu’ils soient d’ordre matériel ou spirituel.

Dieu veut également que nous lui demandions pour « aujourd’hui » le pain « de ce jour », c’est-à-dire tout ce qu’il nous faut (et qui est suffisant) pour la réalité de l’instant présent. L’attitude filiale qui est toute d’abandon, minute après minute, à Dieu Notre Père, exclut, en effet, l’inquiétude de l’avenir.

« N’ayez pas le souci du lendemain, nous dit Jésus, le lendemain aura soin de lui-même ». A chaque jour suffit sa peine. N’allons surtout pas croire que ces paroles sont un encouragement à l’oisiveté ou encore la condamnation d’une prévoyance raisonnable. Jésus proscrit seulement les préoccupations excessives. « N’avoir pas le souci du lendemain » cela veut dire, en fait, n’avoir pas la torture du lendemain. Il faut tout simplement que nous soyons fermement convaincus que si Dieu nous donne aujourd’hui ce qu’il nous faut en ce jour, il nous le donnera demain, quand demain sera aujourd’hui.

« Le Père envoie tout. Le Père de demain est le même que celui d’aujourd’hui » se plaisait à répéter le Bienheureux Joseph Cottolengo, fondateur à Turin d’une maison extraordinaire ouverte aux malades sans ressources, aux incurables et aux anormaux et qui depuis plus de 150 ans ne vit que de dons quotidiens.

Quel exemple de confiance absolue en la Divine Providence !

Comprenons enfin, ainsi que nous l’enseignent les Pères de l’Eglise et les Docteurs de la Foi, que le pain pour aujourd’hui demandé par le Pater c’est, plus encore que le pain matériel, le pain spirituel, le pain de l’âme.

Ce pain essentiel c’est, bien sûr, la Parole de Dieu, puisque « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu »[21], mais par-dessus tout, l’Eucharistie, c’est-à-dire Jésus « Pain Vivant descendu du Ciel » qui au moment de la Consécration de chaque messe, change le pain en son Corps afin de nourrir les âmes divinement.

Disons-nous bien que pour nous qui portons en nos âmes comme en un vase fragile la vie même de Dieu, le besoin fondamental – qui passe avant tout autre et par-dessus tout autre – c’est celui de nous nourrir, (chaque jour si possible) du pain eucharistique, afin que par cette communion au Corps Ressuscité de Jésus, la vie divine reçue au Baptême se fortifie et grandisse en nous jusqu’au jour où elle atteindra sa plénitude dans la béatitude éternelle du ciel.

Que Notre Père bien-aimé ne nous laisse donc jamais manquer du pain spirituel, qu’il s’agisse de Sa Parole, des Secours de Sa Grâce ou de l’Eucharistie !

 Demandons-le Lui instamment par l’intercession de Celle qu’Il a chargée de nourrir et d’élever ses enfants dans l’ordre surnaturel, la Vierge Marie, Mère de la Divine Grâce et de toutes les grâces. 

PARDONNE-NOUS NOS OFFENSES COMME

NOUS PARDONNONS AUSSI À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS 

C’est en disant « remets-nous nos dettes » que saint Matthieu exprime le plus justement la pensée de Jésus dans cette cinquième demande du Notre Père ; mais en traduisant par « remets-nous nos péchés » saint Luc ne l’interprète pas différemment car dans l’araméen (langue maternelle du Seigneur), le mot « dette » signifie « péché ».

Il importe que nous ayons présente à l’esprit cette notion de remise de dettes lorsque nous disons « pardonne-nous nos offenses », parce que par là nous évoquons beaucoup mieux tout ce qui est déficient dans nos relations avec Notre Père des Cieux : non seulement tous nos actes et tous nos états de péché, mais encore tout ce qui, en nous, ne concourt pas comme il le devrait à la Gloire de Son Nom, à la venue de Son Règne, à la réalisation de Sa Volonté ; autrement dit, tous ces péchés par omission dont nous avons tant de mal à prendre conscience.

« Nous sommes les débiteurs de Dieu, nous lui devons non pas quelque chose, ni peu,

ni beaucoup, mais tout simplement notre personne dans sa totalité ;

nous-mêmes, créatures soutenues et nourries par sa bonté.

Nous, ses enfants, appelés par Sa Parole, admis au service de Sa Glorification,

Nous, frères de l’Homme Jésus-Christ, nous manquons à ce que nous devons à Dieu.

Ce que nous sommes et faisons ne correspond nullement à ce qui nous est donné ».[22]

La cinquième demande du Pater nous rappelle donc cette vérité : à savoir que vis-à-vis de Dieu, nous sommes des débiteurs insolvables, chargés d’une énorme dette d’amour que nous sommes incapables d’acquitter jamais si ce Dieu – dont « le caractère propre est d’avoir toujours pitié de pardonner » - ne daigne nous la remettre en nous appliquant les mérites de Son Fils Jésus, le Rédempteur des hommes.

De ce pain du pardon divin nous avons un perpétuel besoin, beaucoup plus que du pain naturel. Mais ce besoin, qui est le plus essentiel, nous ne pouvons l’éprouver que dans la mesure où nous nous reconnaissons pécheurs, où nous prenons conscience de la malice de notre péché, malice qui est infinie parce que c’est l’Amour Divin Infini que nous méprisons et rejetons chaque fois que nous nous dérobons à une exigence de cet Amour.

Cet humble aveu de notre misère qui engendre un profond regret de nos péchés avec le ferme propos de n’y plus retomber (dispositions qui doivent nous acheminer vers la confession sacramentelle) nous incite à implorer la miséricorde du Père dans une attitude d’âme semblable à celle du publicain de la parabole. Le Dieu de tendresse ne peut alors que céder à la joie qu’il a de pardonner, cette joie que tant de pages de l’Evangile illustrent avec éclat.

« Pécheurs, nous étions en dette d’amour, pardonnés, notre dette est soldée

parce que cet amour qui manquait, passe du cœur de Dieu dans notre cœur.

Dieu nous pardonne en nous donnant de quoi réparer nos fautes

et croître dans son amitié ».[23]

Oui, mais à l’octroi de ce pardon divin, il y a une condition fondamentale que Jésus a formulée en termes très clairs et sans compromis : c’est que nous pardonnions d’abord « du fond du cœur » à ceux qui nous ont offensés. Sur cette relation nécessaire entre le pardon reçu et le pardon à accorder, Notre Seigneur insiste tout particulièrement aussitôt après le texte du Pater en saint Matthieu :

« Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses,

Votre Père Céleste vous pardonnera aussi.

Mais si vous ne pardonnez point aux hommes,

Votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses ».[24]

Peut-être n’avons nous pas d’ennemis ; peut-être, si nous avons le goût du langage sobre, pensons-nous qu’employer ce terme serait dramatiser les choses. Mais cependant quel être humain a tant soit peu vécu sans avoir à pardonner et même beaucoup à pardonner ?

Il y a ceux qui, méchamment ou non, nous ont causé un tort réel, nous ont fait du mal.

Il y a ceux qui, volontairement ou non, nous ont fait souffrir.

En nous faisant dire « comme nous pardonnons », Jésus nous fait prendre, c’est sûr, un engagement particulièrement coûteux, car le pardon est toujours un sacrifice où on se désarme afin de ne plus pouvoir se venger. Et cela peut nous sembler chose impossible, vraiment contre nature. Comprenons bien toutefois que ce que Jésus nous demande ce n’est pas de déclarer inexistant un tort bien réel : ce qui a été commis a été commis. Il ne nous demande pas non plus de déclarer vertueuse la méchanceté et d’estimer plein de bienveillance à notre égard celui qui nous a fait du mal. Ce qu’il nous demande, c’est de ne jamais laisser subsister le moindre atome de haine dans notre cœur ; c’est d’aimer assez le bien et d’aimer assez l’homme qu’est ce méchant pour vouloir que cet homme méchant devienne bon, que cet ennemi redevienne notre ami en redevenant l’ami de Dieu.

C’est en cela que consiste « le pardon du fond du cœur »[25] et chacun sait par expérience à quel point cette démarche est, dans la plupart des cas, difficile, car elle doit dépasser ces obstacles tenaces que sont notre orgueil ou notre égoïsme.

En vérité, il n’y a que Dieu qui puisse pardonner ; il n’y a que Dieu qui pardonne.

C’est ce qui rend le pardon possible, c’est ce qui lui donne son prix. Quand l’homme pardonne du fond du cœur, c’est que Dieu occupe son cœur, se sert de ce cœur humain pour pardonner.

Le pardon accordé généreusement est une assurance que Dieu est en nous.

Quelle perspective et pour nous quelle espérance !

« Bienheureux ceux qui font miséricorde, car ils obtiendront eux-mêmes miséricorde ».

ET NE NOUS SOUMETS PAS À LA TENTATION

Cette sixième demande du Notre Père pose des problèmes de traduction et d’interprétation.

Il ne faudrait surtout pas comprendre, en la formulant, que Dieu serait l’auteur ou le responsable de la tentation. Dieu n’est l’auteur ou le responsable d’aucun mal, et la tentation est déjà un mal dans la mesure où elle incite au mal.

« Ne nous soumets pas à la tentation » est une manière de parler propre à l’araméen (la langue de Jésus) qui signifie : « fais que nous n’entrions pas dans la tentation » (en y consentant).

Puisque sa très Sainte Volonté est que nous observions ses commandements, Dieu – c’est tout à fait clair – ne tente personne : « que nul s’il est tenté ne dise : c’est Dieu qui me tente ».[26]

Longtemps avant lui, l’auteur de l’Ecclésiastique avait formulé la même prohibition :

« Ne dis pas : c’est le Seigneur qui m’a fait pécher, car il ne fait pas ce qu’il a en horreur.

Ne dis pas : c’est Lui qui m’a égaré, car il n’a que faire d’un pécheur ».[27]

Le tentateur par excellence, qui sollicite positivement au mal, c’est le démon.

L’Evangile nous le présente comme l’Adversaire (Satan), le Grand Menteur ou encore le Mauvais toujours aux aguets pour « enlever la Parole semée au bord du chemin ».[28]

Saint Jean le désigne sous le titre fastueux de « Prince de ce monde ».

Jésus a abattu sa Seigneurie détestable, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre les croyants qui observent les commandements et gardent le témoignage de Jésus.[29] Chaque fois qu’il le peut, Satan essaie avec une habileté consommée d’entraîner l’homme vers l’autonomie du pouvoir, laquelle devient autonomie de l’intelligence et refus de la Parole de Dieu, le tout finissant par les révoltes de la volonté et souvent le durcissement et la dégradation du cœur.

Gardons-nous bien par conséquent de minimiser le rôle de Satan qui « rôde comme un lion rugissant cherchant une proie à dévorer ».[30]

Mais le démon n’est pas la seule source de nos tentations :

« Tout homme est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne et le séduit ».[31]

A cause de la blessure que le péché originel a infligée à notre nature, nous avons tous un « penchant mauvais », c’est-à-dire une faculté de désir qui en certaines circonstances cherche à se satisfaire dans le désordre, l’excès, l’égoïsme.

Elle se tient là, en nous, comme une possibilité constante de complicité et de connivence avec ces convoitises du dehors qui nous sollicitent fréquemment et dont saint Jean nous dit dans sa première lettre que le monde est rempli :

« Tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et

l’orgueil de la vie, vient non du Père mais du monde ».[32]

Il s’agit surtout de l’appât des richesses, des spectacles licencieux, de la vaine gloire et des plaisirs désordonnés. D’une manière générale, les tentations qui nous assaillent correspondent aux sept péchés capitaux dont on a tort de ne plus oser parler : orgueil, avarice, luxure, envie, gourmandise, colère et paresse.

Elles peuvent s’attaquer également à la Foi, à l’Espérance et à la Charité.

« Dès lors, la vie chrétienne est un drame où le bien et le mal s’entremêlent et s’opposent continuellement, en faisant du monde le théâtre d’un combat permanent. L’Ecriture Sainte appelle précisément, lutte, la condition de l’homme sur la terre. C’est là un concept fondamental de notre existence présente, passagère, mais décisive pour notre sort dans la vie future. Le Seigneur a voulu insérer ce concept dans la formule pour ainsi dire officielle de notre prière à Dieu le Père, en nous faisant invoquer son aide contre la menace insidieuse qui pèse continuellement sur notre marche à travers le temps : La Tentation ».[33]

Oui, ce que nous demandons instamment à Notre Père Céleste, ce n’est pas de nous éviter le combat, ayant bien compris que s’il le permet c’est pour que les énergies que nous y déployons nous soient une source de mérites et un moyen privilégié de lui témoigner notre amour.

Ce que nous lui demandons c’est d’avoir à notre égard une providence particulière pour que nous n’ayons pas des difficultés trop grandes à affronter et surtout pour qu’Il ne nous laisse jamais être la proie de la tentation. Nous sommes tellement faibles, en effet, que nous risquons très facilement de succomber ; seuls les secours de la grâce divine humblement demandée, peuvent empêcher notre frêle volonté de céder devant les attraits du mal et de consentir à ses séductions.

Telle est la signification profonde de l’appel véhément que du fond de notre pauvreté, étant bien conscients de notre extrême fragilité, nous devons lancer à Dieu Notre Père en cette sixième demande.

Souhaitons qu’on puisse l’exprimer un jour officiellement par cette formule que le Père Carmignac (expert en Ecritures Saintes) considère au terme de savantes études comme étant la traduction la plus exacte :

« Garde-nous de consentir à la tentation ».

 

MAIS DÉLIVRE-NOUS DU MAL.

Dans cette septième et dernière demande du Notre Père, Jésus nous fait dire « mais délivre-nous du mal ».

Selon le Père Carmignac (qui est expert en la matière), et la plupart des exégètes, la traduction la plus exacte du texte grec est celle-ci :

« Délivre-nous du Mauvais ou plutôt du Pervers ».

A plusieurs reprises dans les Evangiles – en particulier les paraboles du Semeur[34] et de l’Ivraie[35], et la Prière Sacerdotale[36] - Jésus désigne par ce terme l’être personnel invisible, chef des anges déchus qui est l’Adversaire de Dieu et des hommes, comme l’indique si clairement ce nom de Satan qui lui est souvent donné dans la Bible.

« Pécheur dès l’origine » cet esprit pervers poursuit sur la terre la rébellion qu’il inaugura dans le ciel. C’est ainsi que les premiers chapitres de la Genèse nous racontent comment dans sa jalousie du bonheur originel de nos premiers parents il réussit à les séduire, les faisant tomber dans ce très grave péché d’orgueil par lequel ils perdirent l’amitié de Dieu et dont les conséquences furent pour eux et pour tous leurs descendants particulièrement désastreuses.

Dès ce premier drame de son histoire, l’humanité entrevoit cependant qu’un jour elle triomphera de son Adversaire :

« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne.

Elle t’écrasera la tête ».[37]

La victoire de l’homme sur Satan, tel est, en effet, le but même de la mission du Christ, venu pour « réduire à l’impuissance celui qui avait l’empire de la mort, le diable »[38] et « pour détruire ses œuvres ».[39]

Aussi les Evangiles présentent-ils Sa Vie Publique comme un combat contre Satan, lequel atteint son paroxysme au moment de la Passion.

En cette « Heure » du Christ qui, selon le plan providentiel, est en même temps la Sienne : « l’heure et le pouvoir des ténèbres », Satan semble triompher pour jeter hors de ce monde le Fils de Dieu en le faisant mourir. De fait, Jésus meurt sur la Croix, mais comme cette Croix représente l’acte d’obéissance qui annule la désobéissance du péché, Satan se trouve en fin de compte frustré de sa victoire. Il ne peut rien contre la manifestation suprême de l’Amour qui éclate dans le Sacrifice rédempteur librement consenti par le Fils Bien-Aimé : « l’Heure » de la Croix Glorieuse c’est aussi l’heure où « le Prince de ce monde est jeté bas ». Ainsi, Jésus dans le mystère de Sa Mort et de Sa Résurrection s’est-il révélé comme ce « plus fort » qui a triomphé sur « l’homme fort », Satan, et l’a détrôné.[40]

Comprenons bien toutefois que si la Résurrection du Christ consacre la défaite de Satan, elle ne met pas fin au combat que chaque chrétien doit mener contre lui tout au long de sa vie avec ces armes particulièrement efficaces que sont la prière, l’esprit de sacrifice et les sacrements. Tel est en effet le tragique de notre destinée : nous avons à choisir entre Dieu et Satan, entre le Pervers et le Véritable.[41]

Au dernier jour nous serons à jamais avec l’un ou avec l’autre.

Voilà pourquoi Jésus, après nous avoir

donné ce grave avertissement : « craignez Celui qui peut perdre dans la Géhenne à la fois l’âme et le corps » nous fait prier le Père pour qu’il daigne, par sa Toute Puissance, nous soustraire aux attaques de Satan et nous éloigner le plus possible de son influence perverse. Car nous avons en lui un ennemi redoutable qui agit sur notre imagination et nos facultés supérieures, s’efforçant par ses ruses et ses pièges (il va, nous dit saint Paul, jusqu’à se déguiser en ange de lumière) de nous entraîner dans le péché.

Or, le péché (qui est commis dès que l’on consent à la tentation) est le plus grand mal qui puisse nous arriver.

Saint Thomas d’Aquin nous dit que c’est le mal au sens suprême, car il blesse l’Amour créateur, crucifie le Christ, fait perdre à l’âme la Vie surnaturelle et l’engage, si elle ne se repent pas, sur le chemin de la perdition éternelle.

Oh ! comme il faut supplier Notre Père Céleste si miséricordieux de nous délivrer, par sa grâce, de cette triste situation de péché qui constitue pour l’âme le pire des esclavages.

Mais notre prière, pour être délivrés du mal, ne saurait se limiter à une seule catégorie du mal, fût-ce celle du mal par excellence.

C’est de toutes les formes de mal possibles qu’il nous faut demander d’être délivrés, dans la mesure où elles nous seraient nuisibles : les souffrances infligées par les hommes ou par de cruelles maladies, les cataclysmes, l’enfer terrestre que constitue la misère, les conditions de vie anormales qui engendrent toutes sortes de maux, les peines du cœur, l’angoisse ou encore les ténèbres spirituelles.

Comprenons, enfin, que cette septième demande du Notre Père, comme les trois premières, est orientée également vers la fin du monde et le Retour du Christ :

« Comme elles, elle ne sera pleinement accomplie qu’au-delà de ce monde et de son histoire. C’est contre le mal dans toute son ampleur et sous toutes ses formes qu’elle élève sa plainte, et contre la racine du mal, et contre cette menace du mal qui se cache partout,

et contre cet empire du mal sous lequel se débat le monde,

contre le mal à tous les sens du mot,

dont la déroute finale sera le triomphe de la Sainteté de Dieu,

du Royaume de Dieu et de la volonté de Dieu ».[42]



[1] Cf. Luc 11. 2

[2] Jn 10. 30

[3] Gal. 4. 4

[4] I Jn 3. 1

[5] Rom 8. 14 - 17

[6] Mt 23. 8-9

[7] Un moine de l’Eglise d’Orient

[8] Ps. 145

[9] Jn 1. 18

[10] Jn 14. 23

[11] Heb. 13. 14-15

[12] Col. III. 1-4

[13] Eph. 16. 6-12

[14] Mt 5. 16

[15] I Cor 15. 28

[16] St Augustin

[17] Cf. St Augustin

[18] St François de Sales

[19] Luc 18. 18-23

[20] Père Carré

[21] Deut. 83

[22] Karl Barth

[23] Père Carré

[24] Mt. 6. 14-15

[25] Mt. 18. 3-5

[26] Jac. 1. 13

[27] Siracide 15. 11-12

[28] Mt. 13. 4 et 19

[29] Cf. Ap. 12. 17

[30] I Pier. 5. 8

[31] Jac. 1. 14

[32] I Jn. 2. 16

[33] Paul VI

[34] Mt. 13. 19

[35] Mt. 13. 38-39

[36] Jn. 17. 15

[37] Gen. 3. 15

[38] Heb. 2. 14

[39] I Jn. 3. 8

[40] Cf. Luc 11. 11-22

[41] Cf. I Jn. 5. 18-21

[42] Raïssa Maritain

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article
28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 20:32

Pour vous faire saisir d’emblée l’importance capitale du sujet sur lequel nous allons essayer de méditer aujourd’hui : (il s’agit de cette forme la plus élevée de la prière qu’on appelle l’Oraison). Je voudrais vous citer trois textes particulièrement éloquents :

  • Le premier est de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Dans le dernier chapitre de son « Histoire d’une âme » elle écrit ceci : « un savant a dit : donnez-moi un levier, un point d’appui, et je soulèverai le monde. Ce qu’Archimède n’a pu obtenir parce que sa demande ne s’adressait point à Dieu et qu’elle n’était faite qu’au point de vue matériel, les saints l’ont obtenu dans toute sa plénitude. Le Tout-Puissant leur a donné pour point d’appui Lui-même et Lui seul ; pour levier : l’oraison qui embrase d’un feu d’amour, et c’est ainsi qu’ils ont soulevé le monde, c’est ainsi que les saints encore militants le soulèvent et que jusqu’à la fin du monde les saints à venir le soulèveront aussi ».  

  • Le second texte est de Sainte Thérèse d’Avila

Dans le « Chemin de la Perfection », elle affirme ceci : « Il n’y a qu’un chemin (sous entendu : pour atteindre la sainteté) : c’est l’oraison. Si on vous en indique un autre, on vous trompe. Aussi, croyez-moi vous autres et que personne ne vous trompe en vous montrant un autre chemin que celui de l’oraison ».  

  • Le troisième texte est de Saint Vincent de Paul

qui fut certes un géant de l’action, mais d’une action sans cesse vivifiée par la contemplation : « l’oraison, écrit-il, est à l’âme ce que l’âme est au corps. De même qu’un corps sans âme est un cadavre, de même une âme sans oraison est une âme morte. Il n’y a rien à attendre de quelqu’un qui n’aime pas s’entretenir avec Dieu. Donnez-moi un homme d’oraison : il sera capable de tout. Les autres actions de la journée valent ce que vaut l’oraison ».

Ces citations choisies parmi des centaines d’autres qui, toutes, expriment la même conviction, suffisent, je pense, pour nous faire comprendre que l’oraison ne peut en aucun cas être considérée comme une manière de prier facultative, réservée aux religieux, aux religieuses ou à quelques âmes d’élite, mais qu’elle est pour chaque chrétien, quelle que soit sa situation ou son âge, un moyen privilégié absolument nécessaire pour répondre pleinement à sa vocation première qui est de progresser chaque jour vers la sainteté.

On n’insistera jamais assez sur ce point : l’oraison est à la vie chrétienne ce que la racine est à l’arbre. De même que l’arbre puise constamment dans la terre par ses propres racines la sève qui le fortifie, le pare de feuilles et de fleurs et lui fera porter des fruits en abondance, de même l’âme tire de Dieu, par l’oraison, la grâce qui lui permet « d’être transformée de clartés en clartés, de gloire en gloire » comme dit Saint Paul, jusqu’à la ressemblance de Jésus-Christ.

Si telle est l’importance de l’oraison, nous avons tout intérêt à bien connaître ses fondements, sa nature et ses étonnantes possibilités. C’est dans cette passionnante découverte que nous allons essayer maintenant d’avancer.

1.           J’ai parlé de fondements : il s’agit de certaines grandes vérités de la Foi chrétienne qu’il importe d’avoir sans cesse présentes à l’esprit, si on veut se faire une idée aussi exacte que possible de ce qu’est l’oraison. Je les rappelle donc brièvement.

Dans sa Sagesse et dans son Amour, Dieu a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance » pour une destinée merveilleuse en vue de laquelle il a tout ordonné. « Mes bien-aimés, voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. Oui, bien aimés dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons, lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à Lui parce que nous le verrons tel qu’Il est ». Cette Révélation bouleversante, qui nous est faite par Saint Jean, le disciple bien-aimé dans sa première lettre, Saint Paul de son côté le proclame avec le même enthousiasme « Qu’il soit béni le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus, le Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel dans le Christ. Il nous a choisis dans le Christ, avant que le monde fût créé pour être saints et sans péché devant sa Face grâce à son Amour. Il nous a prédestinés à être pour Lui des fils adoptifs par Jésus le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont il nous a gratifiés dans le Fils Bien Aimé ».

Il ressort de ces deux textes inspirés, que Dieu, par un don absolument gratuit de sa part, en faisant de nous ses enfants d’adoption, nous a élevés à l’état surnaturel ; il nous a rendus «participants de sa nature divine » comme dit Saint Pierre. Cela veut dire que par le mystère si étonnant de la grâce sanctifiante, Dieu nous a introduits dans sa Famille Trinitaire, nous donnant ainsi la capacité de communier de plus en plus intimement à tout ce qu’Il est et à tout ce qu’Il vit. Oui, c’est stupéfiant, mais Dieu nous aime à ce point : il veut que dès cette terre nous puissions, nous, ses enfants bien-aimés, participer mystérieusement à sa Vie Divine qui est un océan infini de Lumière, d’Amour et de Joie, en attendant d’y être plongés totalement, lorsque les ombres s‘étant évanouies, il nous sera enfin donné de goûter la plénitude du Bonheur, dans une éblouissante vision Face à Face et pour une vie éternelle...

On peut donc dire avec le langage imagé de la Bible que Dieu est comme un feu qui ne peut se retenir et qui doit se commu­niquer à tout ce qui est combustible. « Notre Dieu est feu qui consume » (Deut. 4.24). Ce feu, le Verbe devenu chair est venu le porter sur la terre. Il l’affirme lui-même très clairement « Je suis venu jeter le feu sur la terre et quel est mon désir sinon qu’il brûle » (Luc 12.49). S’il a voulu souffrir et mourir par amour sur une Croix, c’est pour nous mériter cette grâce d’adoption qui fait de nous des fils en Lui, le Fils Unique, premier-né, par sa Résurrection, de 1’Humanité Nouvelle, et c’est pour nous rendre susceptibles d’être incendier par l’Amour divin... Seulement attention ! Jésus nous avertit par tout son enseignement que notre âme n’est vraiment préparée à accueillir ce feu de l’Amour qu’à partir du moment où, par le renoncement, elle a écarté tout obstacle à l’action divine, et nous savons bien que le plus grand de ces obstacles, c’est le péché. Autrement dit, il y a une condition absolument indispensable pour que la vie de Dieu puisse être communiquée à nos âmes et s’y épanouisse en sainteté, c’est d’être en état de grâce. « Si quelqu’un m’aime, il gardera mes commandements, nous viendrons en Lui et nous ferons en lui notre demeure ». (Jn 14.23)

Ces vérités sublimes nous sont-elles assez familières ? Est-ce que véritablement nous en vivons ? Nous portons en nous le Dieu vivant, Père, Fils et Saint-Esprit. Il est réellement présent au plus intime de notre âme. Le Ciel, suprême réalité, but ultime de toutes choses est en nous. « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous »... N’est-il pas évident dès lors que si cette habitation divine, cette présence de Dieu en nous-mêmes jouait dans notre vie tout le rôle qu’elle doit y jouer, celle-ci serait complètement transformée, de plus en plus divinisée ?

Or, c’est ici précisément qu’intervient l’oraison. En nous faisant multiplier les actes de Foi, elle nous fait adhérer de plus en plus à la vie divine qui nous est proposée ; en entretenant et en attisant la flamme de l’amour, elle permet à cette vie divine de nous pénétrer totalement, de devenir nôtre en nous fortifiant dans l’Espérance, elle nous donne la certitude de progresser dans cette vie divine et d’en obtenir la possession immuable et définitive au Ciel.

2.           Mais qu’est-ce donc que l’oraison ?

Sainte Thérèse d’Avila, qui est experte en la matière, en donne la définition suivante, jugée par tous comme la plus complète : « C’est un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé, pour mieux vivre en Lui ».

Comprenons donc que l’oraison, c’est une halte au milieu de nos occupations habituelles ; une halte durant laquelle l’enfant de Dieu se plaît à dialoguer avec son Père céleste dans la Foi, l’Espérance et l’Amour et durant laquelle, grâce au Christ et sous l’influence du Saint-Esprit opère un merveilleux échange qui transforme l’âme.

Développons un peu ces trois aspects essentiels : une halte, un dialogue, un échange.

Premièrement, l’oraison est une halte.

C’est un laps de temps pendant lequel on se retire de toute autre occupation ou préoccupation pour le passer seul avec Dieu, en ne faisant rien d’autre que prier. La durée de cette halte (l’idéal est qu’elle soit quotidienne) peut varier d’une personne à l’autre selon son emploi du temps, son tempérament, sa vocation ou son avancement spirituel... Chacun doit, en fonction de ces différentes données, décider lui-même après consultation de son directeur spirituel. Pour les débutants, cela peut se limiter à 10 minutes ou un quart d’heure... mais il faut très rapidement dépasser ce stade pour arriver à une demi-heure et même davantage.

Peu importe le moment de la journée où l’on place l’oraison ; peu importe le lieu (à condition bien sûr qu’on soit isolé). A chacun de déterminer ce qui lui convient le mieux. Ce qui est absolument indispensable c’est de se ménager chaque jour cette halte afin « de brûler du temps pour Dieu ». Et il faut, coûte que coûte, persévérer dans ce rendez-vous quotidien avec le Seigneur, ne s’en dispenser en aucun cas et sous aucun prétexte, car à partir du moment où l’on s’en dispense pour quelque prétexte, eh bien ! Les prétextes surgissent de plus en plus fréquemment et on en arrive bien vite à abandonner l’oraison : ce qui réjouit très fort le démon, car sans vie d’oraison, une âme ne peut que tomber et demeurer dans la tiédeur. Par contre, l’expérience prouve qu’à partir du moment où une âme est fidèle avec persévérance à l’oraison quotidienne, elle fait de rapides progrès dans l’union à Dieu et porte beaucoup de fruits.

Deuxièmement, l’oraison est un dialogue.

Dans son livre « le Chemin de la Perfection », Sainte Thérèse d’Avila écrit ceci : « Il n’est pas nécessaire de s’élever jusqu’au ciel pour s’entretenir avec Dieu, ni d’élever la voix pour être entendu de Lui, Il est si proche de nous qu’Il entend le moindre mouvement de nos lèvres, la parole même la plus intime. Nous n’avons pas besoin d’ailes pour aller à sa recherche : fermons pendant quelques instants la porte de l’extérieur, mettons-nous dans la solitude et regardons en nous-mêmes, c’est là qu’il habite ».

Lorsque, suivant les conseils de la Sainte, nous sommes parvenus à réaliser les conditions d’un véritable silence intérieur, le dialogue entre le Père des Cieux et son enfant peut commencer : car Dieu, Lui aussi, va parler à l’âme sans bruit de paroles. Or, ce dialogue pourra être tour à tour un dialogue des regards, un dialogue des cœurs et un dialogue des volontés. Le dialogue des regards est fort bien défini par ces paroles du Père de Foucauld « c’est cet état de l’âme qui regarde Dieu sans paroles, Lui disant qu’elle l’aime par ses regards tout en étant muette des lèvres, même parfois de la pensée. La meilleure oraison est celle où les regards de l’âme sont chargés de plus d’amour ».

On ne peut s’empêcher de citer ici, en exemple, ce brave paysan d’Ars à qui le Saint Curé demanda un jour :

- « Que faites-vous donc ainsi sans bouger dans l’église, à regarder le tabernacle ? »

- « Je prie, Monsieur le Curé... »

- « Et que dites-vous donc au Bon Dieu... »

- « Je ne lui dis rien : je l’avise et il m’avise... »

Cet homme faisait oraison sans le savoir, « une oraison de simple regard » comme disent les auteurs spirituels... Si l’Esprit-Saint nous pousse à prier ainsi, surtout ne lui résistons pas, car il nous fait une très grande grâce.

Quant au dialogue des cœurs, une réflexion de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus peut nous faire saisir en quoi il consiste la sœur infirmière lui pose cette question :

- « Que faites-vous pendant la nuit lorsque vous ne dormez pas ? »

- « Je prie, ma sœur ».

- « Que dites-vous donc au Bon Dieu ? »

- « Je ne lui dis rien, je l’aime ».

Elle avait parfaitement compris ce que dit Saint Jean de la Croix « l’Oraison ne consiste pas à beaucoup penser, mais à beaucoup aimer ».

Ainsi, notre entretien seul à seul avec Dieu peut très bien prendre l’allure d’un très éloquent silence d’amour, car l’Esprit-Saint qui diffuse en nous la Charité divine, permet au Seigneur Jésus, selon la parole de Saint Augustin : « de s’aimer Lui-même par notre cœur » et donc à aimer son Père ainsi que sa Très Sainte Mère et tous ceux qu’Il nous donne à aimer...

Ce dialogue des cœurs doit aboutir tout naturellement au dialogue des volontés… Plus l’âme s’exerce à l’oraison, plus elle est sensibilisée aux exigences du Seigneur sur elle, et plus elle s’efforce de Lui être agréable, de Lui faire plaisir, même dans les plus petites choses. Mais le Seigneur ne se laisse pas vaincre en générosité, aussi va-t-il Lui aussi, répondre avec une émouvante délicatesse aux moindres désirs qui lui seront humblement exprimés par cette âme si aimante... Voilà pourquoi on a pu dire que Dieu se plaît à faire la volonté des personnes qui font toujours la Sienne. Ah ! Si on savait la puissance des âmes d’oraison sur le cœur de Dieu ! 

Troisièmement, l’oraison est un échange,

Cette rencontre de Dieu dans la Foi, l’Espérance et l’Amour, chaque jour renouvelée et intensifiée, facilite singulièrement, on le devine, les échanges intérieurs. C’est là le fécond travail de l’oraison. Le dialogue des yeux, des cœurs, des désirs constitue déjà un commencement d’échange, mais le commerce intime dont parle Sainte Thérèse peut aller encore plus loin.

A l’âme qui le cherche avec toutes ses puissances, Dieu se donne avec tout son Amour. Il la pénètre comme la lumière pénètre le cristal, comme l’eau pénètre l’éponge, comme le feu pénètre le morceau de fer plongé dans la fournaise..., et beaucoup mieux encore. L’Esprit-Saint lui apporte les lumières qui éclairent son intelligence et les motions qui dirigent sa volonté. Le jour viendra où, après bien des combats intérieurs, après toutes sortes de purifications actives ou passives, cette âme entièrement transformée, devenue copie vivante de Jésus-Christ, pourra dire en toute vérité, comme Saint Paul « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». 

3.           Cet essai d’approfondissement que nous venons de faire, quant à la nature de l’oraison, nous a déjà donné l’occasion de mettre en relief quelques-uns de ses immenses bienfaits, mais si nous voulons mesurer encore mieux ses étonnantes possibilités, il importe de préciser certains points : parce qu’elle est de l’intimité divine à haute dose, une sorte de concentré d’intimité avec Dieu, l’oraison - c’est tout à fait logique - déborde et se dilue pour ainsi dire dans les différentes activités de la journée, les pénétrant d’esprit surnaturel. Elle favorise en particulier cet état de prière permanente auquel nous devons tendre, puisque Jésus nous le recommande si instamment : « il faut toujours prier et ne jamais se lasser ».

Grâce à l’oraison, la vie toute entière se trouve éclairée par la Lumière divine qui donne à toutes choses leur véritable coefficient de valeur et permet de juger tous les événements sous l’angle de l’Eternité...

L’âme qui s’adonne à l’oraison accroît sa capacité de résistance aux tentations et pèche de moins en moins.

Ecoutons ce que dit à ce sujet Saint Alphonse de Liguori qui, lui aussi, est un docteur de la prière et de l’oraison : « L’expérience prouve que ceux qui font oraison ne commettent pas de fautes mortelles ; et si, par hasard, quelqu’un chute il sera vite relevé. Oraison et péché mortel s’excluent mortellement. Ou bien on quittera l’oraison pour le péché, ou bien on quittera le péché pour l’oraison. On voit beaucoup qui ont d’autres pratiques de piété et cependant vivent dans le péché. Mais par l’oraison, non seulement ils quittent le péché, ils se détachent encore de la créature pour aimer Dieu. L’oraison est la fournaise où l’âme s’enflamme d’amour pour Dieu ».

Tous les grands spirituels d’ailleurs s’accordent pour dire que la pratique assidue de l’oraison est un grand décapant, un grand détergent de l’âme. En l’aidant à se purifier peu à peu de tout égocentrisme, de toute attache à elle-même ou aux créatures, elle lui confère une merveilleuse transparence, à l’image d’une vitre bien propre qui laisse passer la lumière.

L’oraison, c’est aussi « l’âme de tout apostolat » pour reprendre une belle expression de Dom Chautard. Point n’est besoin de longues et savantes argumentations pour s’en convaincre. Il suffit pour cela de lire la vie des saints. C’est à leur vie intérieure, à leur vie d’union à Dieu, alimentée principalement par l’oraison, que tous sans exception, doivent leur extraordinaire fécondité apostolique.

Chrétiens, en vertu de notre Baptême et de notre Confirmation, nous avons tous l’impérieux devoir d’être apôtres, d’être les porte-parole du Christ, ses porte-flambeaux... Et à nous qui avons pris l’engagement d’être des Fils et Filles de Marie, il est demandé plus explicitement encore d’être « une Armée de Lumière, d’Amour et d’Efficacité... »

Ayons donc le souci, la hantise de faire connaître et aimer le Christ par Marie, et faisons tout notre possible, dans la mesure de nos moyens, pour que son règne s’établisse dans tous les cœurs ; mais n’oublions jamais qu’elle serait d’avance vouée à l’échec toute activité apostolique qui ne découlerait pas de notre vie d’oraison comme de sa source.

En faisant de nous des Possédés du Christ et des Transparents du Christ, la vie d’oraison nous permet d’exercer un puissant attrait sur les âmes, mais le plus souvent c’est à notre insu. En nous portant à agir comme Jésus agirait s’il était à notre place, en nous donnant la force d’aimer comme Lui, avec son propre cœur greffé sur le nôtre, elle nous permet de révéler à bien des personnes qui nous voient vivre sa divine présence rayonnante d’amour.

Tous ces bienfaits qu’apporte l’oraison sont d’ordinaire assez facilement décelables. Il en est d’autres cependant - et non des moindres - qui demeurent cachés, car « le commerce d’amitié » à l’intime de l’âme se développe entre des réalités surnaturelles qui échappent à notre connaissance. La Foi seule nous révèle ces réalités profondes, mais avec une certaine obscurité qui ne nous permet pas de sentir, de toucher du doigt. Dieu nous aime comme Père, c’est certain ; la prise de contact avec ce Père aimant par la Foi est aussi une vérité certaine…, mais la pénétration surnaturelle en Dieu, le processus de notre divinisation, se réalise sans aucune manifestation au niveau psychologique. C’est ce que Saint Paul appelle le mystère de notre « vie cachée en Dieu » avec le Christ ; la vie contemplative nous apparaît ainsi comme le commencement de la vie éternelle... N’est-ce pas merveilleux !

Il me reste, avant de conclure, à vous donner quelques conseils sur la manière de faire oraison.

Tant que nous vivons ici-bas, nous restons des apprentis dans l’oraison... car si notre âme se montre fidèle et généreuse, le Saint-Esprit : l’attire sur des sommets toujours plus élevés ; oh ! Sans doute les saints peuvent nous livrer certains secrets de progrès et de réussite, mais le Seigneur entraîne chaque âme dans une expérience personnelle et unique. Ce qui importe, ce n’est pas de copier telle ou telle manière de faire, c’est avant tout de demeurer ouvert, souple et entièrement disponible pour que l’Esprit-Saint puisse agir en nous à sa guise et modeler notre âme à sa façon. La meilleure méthode d’oraison est celle qui atteint le but le plus rapidement, à savoir la communion d’amour de notre cœur avec le cœur de Jésus. Autrement dit, il ne peut y avoir de méthode au sens strict pour faire oraison. Par contre, il peut y avoir, et il doit y avoir, surtout pour les débutants, des préliminaires qui préparent l’âme à entrer dans le mystère de l’oraison.

Nous avons déjà vu que la solitude et le silence (à la fois extérieur et intérieur) sont des dispositions fondamentales. Il est capital aussi de se mettre en présence du Seigneur qui habite notre âme ; il est recommandé ensuite de commencer l’entretien avec l’ami divin, en lui exprimant des sentiments de profonde adoration, d’humilité, de contrition pour ses péchés, et surtout en le suppliant d’aviver la soif que nous avons de Lui, notre désir ardent de l’aimer et de nous laisser aimer par Lui...

La méditation de la Parole de Dieu constitue, elle aussi, une excellente préparation à l’oraison ; mais la méditation qui est d’ordre intellectuel doit être distinguée de l’oraison qui, elle, est d’ordre affectif, qui est avant tout une œuvre d’amour. La méditation qui fait surtout appel à l’intelligence ou à l’imagination est un exercice très important, mais qui doit toujours être ordonné à quelque chose de plus divin qui est l’oraison.

Retenons enfin qu’on ne parvient à l’oraison qu’en multipliant les exercices d’oraison. Les débuts sont pénibles, arides ; l’esprit est rempli de distractions, « les puissances de l’âme, remarque Sainte Thérèse, manquent de souplesse ». Aussi l’effort de l’âme doit-il être énergique car c’est une rude ascèse que celle du recueillement… Le grand secret, c’est de tenir bon, c’est de durer, c’est de persévérer en s’appuyant sur la grâce de Dieu qui ne fait jamais défaut.

Chers frères et sœurs, vous serez sans doute étonnés d’apprendre que Jésus a commencé sa vie apostolique en nous enseignant le mystère de l’oraison - ce qui est une manière de montrer toute l’importance qu’elle revêt à ses yeux - C’est Saint Thomas d’Aquin qui a compris cela le premier, en méditant, devinez quoi ? L’Evangile des Noces de Cana.

Il nous dit en effet que ce premier signe de Jésus, d’une extraordinaire richesse de signification exprime de façon mystique le mystère de l’oraison. Les Noces de Cana ne sont-elles pas, en effet, comme l’image et l’annonce du Mystère de la Nouvelle Alliance dans le Christ, des Noces de Dieu avec l’humanité ? Jésus s’y manifeste comme Celui qui vient réaliser un incomparable mystère d’union avec chaque personne. Grâce à Lui, par Lui et en Lui, un contact intime d’amour va pouvoir s’établir entre nous et Dieu notre Père.

De plus, le miracle de la transformation de l’eau en vin est un signe particulièrement expressif de ce que la Charité peut accom­plir dans son exercice le plus parfait. Le rôle de la Charité, en effet, est de transformer notre pauvre amour humain, nos pauvres capacités d’aimer en des capacités nouvelles des capacités divines d’amour. Elle le fait, tout particulièrement, dans l’oraison. Voilà pourquoi on peut affirmer qu’elle est un mystère de Noces : c’est parce que grâce à elle une indicible unité d’amour se réalise entre notre cœur et le cœur du Christ. Saint Thomas ajoute, ce qui est très émouvant et aussi très encourageant, que Marie est toujours invitée à ce mystère de Noces qu’est l’oraison et qu’elle y joue un rôle important, comme à Cana. Si Marie est là, en fait, c’est pour hâter l’heure du Christ, c’est pour présenter notre âme à Notre-Seigneur et permettre que plus rapidement nous soyons saisis intimement par son Amour et transformés par Lui. Marie est présente dans le mystère de l’oraison, comme « Conseillère des Noces », ce qui veut dire que son rôle maternel est à la fois second (la personne qui donne conseil n’est pas celle qui a autorité) et actif, car elle nous saisit, elle nous prend, elle présente à Jésus les désirs de notre cœur et notre misère « Ils n’ont plus de vin ». Elle Lui montre à quel point nous sommes, par nous-mêmes, incapables de l’aimer et c’est Elle qui supplie Notre-Seigneur de réaliser notre union avec Lui en transformant notre cœur dans le Sien.

Alors, chaque fois que nous voulons faire oraison, n’oublions pas d’inviter Marie, laissons-lui exercer en toute liberté son rôle de « Maîtresse d’oraison », ayons une confiance illimitée en son savoir-faire ; suivons ses conseils avec la douce certitude que guidés par Elle, nous monterons toujours plus haut vers les sommets de l’Amour.

Abbé Pierre Cousty

Repost 0
Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
commenter cet article

Présentation

  • : Le Blog de Jackie
  • Le Blog de Jackie
  • : Nombreux coloriages catholiques et autres, vies de saints et homélies.
  • Contact

Qui Suis-Je ?

  • Jackie
  • Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog. Il y a une multitude d'infos de toutes sortes : coloriages, contes... Bonne balade à tous. Merci.

Ma Bible illustrée

ANCIEN TESTAMENT

NOUVEAU TESTAMENT

Divers

 

 

 

 

 

Meteo Corrèze

 

 

 

Compteur mondial

 

Mon Coup de Coeur