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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 22:08

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Saint Matthieu nous raconte au chapitre II de son Evangile la merveilleuse aventure de ces astrologues païens qu’on appelle les Mages. Eclairés par la lumière intérieure de la Foi ces intrépides marcheurs à l’étoile ont su reconnaître la présence de Dieu dans le petit enfant Jésus, né à Noël de la Vierge Marie.

En évoquant dans sa liturgie cette significative et exemplaire adoration des mages, tout comme l’adoration des bergers dans la nuit de la Nativité, l’Eglise veut attirer notre attention sur le mystère de l’Epiphanie qui est celui de la manifestation de Dieu aux hommes en la personne de son Fils Bien - Aimé : Jésus, le Verbe devenu Chair. Le Christ-Jésus, en effet, est Celui qui par son corps physique, par son humanité semblable à la nôtre rend visible le Dieu invisible ; autrement dit, Il est le grand Révélateur, le grand Transparent du Père, sa vivante et parfaite Image. Mais, parce qu’Il a choisi une voie d’humilité, cette Epiphanie permanente de Dieu que constitue son humanité sainte, notre Sauveur la veut habituellement très discrète : hormis quelques circonstances privilégiées comme le Baptême par Jean, le miracle de Cana et la Transfiguration, il la met, si l’on ose dire, en veilleuse jusqu’à l’heure suprême où le salut étant accompli il la fait éclater - et avec quelle splendeur - dans le mystère de sa Résurrection glorieuse. Les nombreux témoins déclarent alors avec certitude (et c’est sur ce témoignage que repose notre Foi) : « Dieu s’est manifesté : Il a habité parme nous et nous avons vu sa gloire ».

C’est seulement à partir de cette grandiose Epiphanie de la Résurrection qui se déploie jusqu’à la phase ultime de l’Ascension qu’une question se pose :

- puisque désormais le Christ-Jésus ne se montre plus aux hommes, comment ceux-ci vont-ils pouvoir déceler sa présence et voir son Visage ?

Eh ! Bien, c’est tout simplement en se tournant vers l’Eglise qui est, selon la belle formule de Bossuet « le Christ répandu et communiqué ». Car dans l’intervalle qui s’écoule entre son Ascension et son retour glorieux à la fin des temps, le Christ crucifié et glorifié ne veut se manifester qu’à travers son corps mystique dont nous sommes les membres. Il ne veut avoir d’autre visage que Celui de son épouse : l’Eglise.

Comme le dit si bien un texte de Vatican II : « La clarté du Christ resplendit sur le visage de l’Eglise ». Cette Eglise qui est « à la joie le signe et le moyen de l’union intime des hommes avec Dieu ».

Cette volonté du Christ de se prolonger par l’Eglise nous étonne et nous déconcerté peut-être mais elle ne peut nous laisser indifférents puisque l ‘Eglise c’est nous. C’est donc à nous qu’incombe la grave responsabilité de faire transparaitre, de faire rayonner le Visage du Seigneur là ou la Providence nous a placés, dans les différents milieux de vie qui sont les nôtres.

Demandons-nous souvent si le Visage du Christ que nous offrons à ceux qui nous regardent vivre (et qui souvent sont en quête de Dieu comme les Mages), n’est pas trop voilé ou trop défiguré... S’il n’est pas devenu par notre faute une caricature décevante ou repoussante... Gardons-nous bien en tous cas de juger et de condamner sévèrement ceux de nos frères qui par leurs graves infidélités se comportent comme des assassins de la Foi ou tout au moins comme des éteignoirs et des repoussoirs.

Nous ne devons jamais oublier, en effet, qu’étant le Corps Mystique du Christ, nous sommes tous membres les uns des autres, nous sommes tous liés, tous solidaires et nous avons tous par conséquent une part de responsabilité dans le mal qui affecte l’Eglise aujourd’hui. Ne sommes-nous pas tous, plus ou moins, porteurs de germes, occasion de péché pour les autres ? Dans ces conditions il ne tient qu’à nous de faire reculer ou disparaitre l’épidémie du mal en répandant la contagion du bien. On sait qu’une seule cellule peut infecter un corps tout entier ; mais l’inverse est également vrai : une seule cellule peut laisser passer l’aiguille injectant le remède qui va le sauver.

A la lumière du mystère de l’ Epiphanie, comprenons donc ce que le Seigneur attend de nous : de même qu’en son séjour ici-bas Jésus s’est montré le Témoin et le Révélateur du Père, non seulement dans ses paroles, mais dans son comportement, de même qu’à travers le corps physique de l’homme Jésus on voyait transparaître Dieu invisible, il faut qu’à travers chacune de nos vies et chacune de nos communautés ou mouvements d’Eglise, on puisse discerner sans trop de peine au moins quelques rayons de cette éblouissante lumière qu’est le Seigneur ressuscité, et qu’on éprouve dès lors l’irrésistible désir de le connaître par la Foi et de s’unir à Lui par l’Amour.

Daigne la Vierge Marie, Reine des Apôtres nous obtenir la grâce de ce témoignage qui fascine et déclenche un processus de conversion, Elle qui fut par sa vie idéalement Sainte, l’0stensoir du Christ par excellence.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Regards sur Jésus
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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 15:22
Accueillir le Christ à Noël

Bientôt, en célébrant Noël, nous commémorerons l’évènement le plus considérable de toute l’histoire humaine : la naissance à Bethléem de Celui qui est le fruit merveilleux de l’Amour du Père et du Oui de Marie, Jésus le Sauveur promis et attendu depuis des siècles. Mystère stupéfiant de l’Incarnation que saint Jean dans le sublime Prologue de son Evangile a résumé en ces termes : « Le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous ». Chacun sait que par ce mot Verbe, saint Jean désigne Celui qui de toute éternité, est le reflet vivant de la Gloire du Père, l’expression parfaite de Son Etre, autrement dit : le Fils Bien-Aimé, deuxième Personne de la Sainte Trinité en qui le Père met Toutes ses complaisances. Or, ce qui nous est révélé dans le mystère de la Nativité (et qui défie toute imagination), c’est que Lui, le Verbe, qui existe avant le temps, Il a voulu naître dans le temps en prenant dans le sein de la Vierge Marie une nature en tout semblable à la nôtre, sauf le péché.

Chaque fois que nous évoquons cet incroyable abaissement que le Fils de Dieu a accepté « pour nous, les hommes et pour notre salut » nous ne pouvons qu’éprouver une sorte de vertige et nous plonger dans la plus profonde des adorations. Et pourtant cette révélation, si bouleversante qu’elle soit, n’exprime qu’un aspect du mystère : ce qu’on appelle communément le mouvement Descendant de l’Incarnation. Car il y a un deuxième aspect - et il est tout aussi fondamental c’est le mouvement Ascendant par lequel Dieu qui s’est abaissé jusqu’à l’homme élève l’homme jusqu’à Lui.

Il nous faut bien comprendre, en effet, que si à Noël le Fils de Dieu est venu habiter parmi nous, ce n’est pas seulement pour mener une existence semblable à la nôtre ; c’est beaucoup plus merveilleux que cela : c’est pour diviniser notre existence en lui communiquant sa propre Vie. C’est là une vérité bouleversante que les docteurs de la Foi des premiers siècles ont exprimé par cette formule : « Il s’est fait homme pour nous faire dieux ».

Telle est, pour l’essentiel, la Bonne Nouvelle que l’ange, dans la nuit du premier Noël, annonce aux bergers - et à nous – l’heureuse nouvelle qui donne tout son sens à notre destinée et devrait nous ancrer dans cette certitude : à savoir que Dieu nous aime tellement qu’Il veut nous introduire dans son intimité en faisant de Sa Vie la nôtre et en donnant par conséquent à la nôtre une dimension d’éternité. Et nous savons que cette offre inouïe, Dieu qui ne change pas ne cesse de nous la faire. De son côté, en effet, tout est donné, tout est surabondamment communiqué, mais c’est de notre côté que les choses, hélas ! Ne sont pas si simples, car tout dépend en fait de notre réceptivité, de la qualité de notre accueil. Dieu est, pour ainsi dire, comme un poste émetteur en éternelle émission de Lumière et d’Amour, mais parce que nous sommes un poste récepteur mal accordé et grouillant de parasites, nous diminuons, nous limitons - quand nous ne la repoussons pas - cette puissante émission de Lumière et d’Amour. Et c’est toute la signification de cette autre parole du magnifique Prologue de saint Jean : « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu ».

Oh ! Comme il faudrait que cette parole nous provoque à une sérieuse réflexion sur notre attitude vis-à-vis de ce Dieu si aimant qui nous offre sa propre Vie pour transfigurer la nôtre, de ce Dieu qui n’ambitionne pour nous qu’une seule chose : être « la Vie de notre vie » pour le temps et pour l’éternité ! « Les siens ne l’ont pas reçu ». Les siens, ce ne sont pas seulement ses contemporains, les Juifs d’alors, c’est aussi nous-mêmes qui avons 1’honneur de porter son Nom et qui Lui appartenons en vertu de notre Baptême.

Eh bien ! Pouvons-nous déclarer en toute vérité que nous l’avons vraiment reçu ? On ne reçoit pas quelqu’un lorsqu’on le laisse sur le pas de la porte. Il n’est reçu que s’il entre entièrement chez nous, que s’il y trouve une place. Or, que faisons-nous à l’égard de Jésus qui ne cesse de frapper à notre porte ? Trop souvent hélas ! Reconnaissons-le humblement - son esprit n’atteint pas les profondeurs de notre âme. Nous le recevons, certes, dans Sa Parole, dans l’Eucharistie, dans le prochain ou dans les évènements, mais nous le recevons sur le seuil de notre cœur, parce que notre cœur, est une hôtellerie encombrée de soucis terrestres, de désirs mondains ou d’ambitions terrestres, et pas plus que dans le caravansérail de Bethléem, il n’y a de place pour Lui.

Il est donc urgent qu’avec l’aide particulièrement efficace de Marie notre éducatrice spirituelle - qui voudrait tant nous voir indissolublement unis à Son enfant divin - nous prenions la résolution très ferme de Lui donner une place et pas n’importe quelle place, la seule qu’Il désire et qui est digne de Lui : la première. Car nous ne l’aurons véritablement reçu que lorsqu’Il sera le seul Maître chez nous ; que lorsque nous accepterons dans la Foi tous ses enseignements, ceux qui nous gênent comme ceux qui nous plaisent ; que lorsque nous ferons non plus notre volonté, mais la Sienne, et cela dans les choses les plus difficiles et les plus crucifiantes comme dans les choses les plus faciles et les plus agréables ; que lorsque, pour tout dire en un mot, notre vie s’efforçant d’imiter celle de Marie, ne sera plus qu’un OUI à tout ce qu’Il attend de nous, un OUI constamment réaffirmé, un OUI d’acceptation et de communion dans l’amour.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Regards sur Jésus
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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 17:30

L'Église a toujours enseigné que l'EUCHARISTIE instituée par Jésus au soir du Jeudi-Saint est, au sens le plus fort du mot, une re-présentation du Sacrifice de la CROIX.

Saint Thomas d'Aquin la définit comme « le Sacrement de la Passion du Christ effectuant l'union de l'homme au Christ immolé ».

A cette offrande parfaite du Bon Pasteur donnant sa vie pour ses brebis, Marie a communié la première d'une manière unique comme le souligne la « Constitution dogmatique sur l'Eglise” » de VATICAN II (N° 58).

« Ainsi la Bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l'union avec son Fils jusqu'à la Croix ou, non sans un dessein divin, elle était debout, souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d'un cœur maternel ã son sacrifice, donnant à l'immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour... »

Ayant collaboré et avec quel héroïsme à l'acquisition des grâces de la Rédemption, Marie se trouve également associée à leur distribution. Etablie par le Seigneur, Médiatrice Universelle, elle possède par conséquent l'entière disposition de l'Eucharistie, dispensant aussi bien les grâces qui y préparent que les grâces qui en découlent.

C'est pour cette raison principalement, mais aussi parce qu'en sa qualité de « première et parfaite chrétienne » elle a vécu après l'Ascension non seulement de l'Eucharistie, mais pour l'Eucharistie avec une sublimité de sentiments, qui étaient a la mesure de sa Foi, de son Espérance et de son Amour, qu'il nous faut considérer notre Mère spirituelle comme le Modèle et l'Educatrice de notre vie eucharistique.

Or, cette éducation, où peut - elle l'exercer avec le maximum d'efficacité sinon a chaque Messe où elle est mystérieusement, mais réellement présente et agissante ?

Il suffit pour cela que nous soyons bien conscients de cette présence à nos côtés de la Vierge sacerdotale et que nous avons recours à Elle, lui demandant instamment de nous inspirer des sentiments pareils à ceux qui habitaient son Cœur lorsqu'elle participait elle-même avec les premiers chrétiens à l'Eucharistie des Apôtres.

Elle intervient alors à coup sûr pour nous faire entrer d'abord dans ce grand mouvement ascendant du sacrifice eucharistique que constitue l’offrande à Dieu par l'Eglise du Christ immolé.

Marie, qui est l'OBLATE par excellence, nous apprend à jeter dans ce grand fleuve qu'est l'offrande parfaite de notre Sauveur le petit ruisseau de notre oblation personnelle constitué par les milliers de gouttes d'eau de nos prières, de nos travaux, de nos joies, de nos souffrances, de nos efforts et de nos sacrifices.

Emporté par ce puissant courant il ira se déverser dans l'Océan infini de l'Amour divin.

Et c'est ainsi - il ne faut pas l'oublier - que Marie nous aide à conduire jusqu'à son achèvement la Consécration totale de nous-mêmes que par Elle nous avons faite au Seigneur.

C'est ainsi qu'étant devenus par son entremise des hosties dans l'HOSTIE nous pouvons « rendre tout honneur et toute gloire à Dieu le Père dans l’unité du Saint-Esprit ».

Modèle incomparable de l'accueil fait au Christ, Marie intervient également au cours de la Messe pour nous aider à recevoir avec fruit par la communion sacramentelle le Corps ressuscité de Jésus.

Pensons qu'à cette fin Elle nous invite d'abord chez Elle, c'est-à-dire, dans son Cœur si aimant qui est la « Maison du Pain » par excellence. Ce fut là, en effet, chez Elle, en Elle, que Jésus Pain de Vie fut pétri et apprêté pour être la divine nourriture de nos âmes ; n'est-il pas normal que ce soit là aussi, chez Elle, en Elle, qu'il se plaise à être servi, mangé, savouré !

Nous ayant ainsi dans son Cœur, Marie s'emploie avec toute sa délicatesse de Mère à conformer nos sentiments aux siens.

Nos dispositions intérieures, dès lors, deviennent telles que notre communion à Jésus-Eucharistie peut déployer en nous tous ses effets dont le but ultime est notre divinisation.

Il résulte de ces quelques considérations que plus nous nous laissons influencer par notre Mère selon la Grâce, plus nous nous laissons former intérieurement par Elle et plus nous devenons capables de vivre l'Eucharistie comme Jésus désire qu'elle soit vécue.

C'est donc en toute vérité qu'on peut dire à la manière de saint Louis-Marie Grignion de Montfort que le Cœur Immaculé de Marie - dans lequel nous avons établi le nôtre - est le chemin le plus court, le plus sûr et le plus parfait pour aller au Divin Cœur de Jésus qui bat dans l'Eucharistie pour le Salut du monde.

 

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Regards sur Jésus
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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 06:46

Chaque année l'Eglise nous fait célébrer le mystère de la CROIX GLORIEUSE, au jour anniversaire où fut découvert à Jérusalem « le bois précieux qui avait été digne de porter le Roi du Ciel » Jésus, notre Bien-Aimé Sauveur. C'était le l4 Septembre de l'an 320.

Instrument de supplice, d’une atroce cruauté réservée aux esclaves et aux grands criminels qu'on voulait torturer et couvrir de honte, comment la Croix est-elle devenue glorieuse ? Comment l'Eglise peut-elle nous inviter à « exalter » cet horrible gibet sur lequel Jésus-Christ son divin fondateur a connu la mort ?

Dans son Evangile, l'apôtre Jean donne à ces questions une réponse particulièrement lumineuse. Pour lui, en effet, la mort de Jésus n'est pas une infamie : elle est une élévation. Et il donne à ce terme une double signification : élévation en Croix et élévation en Gloire.

Autrement dit, Jésus qui s'offre librement sur le Calvaire comme victime d'amour est en même temps le CRUCIFIÉ et le GLORIFIÉ.

Comme saint Paul dans l'Hymne à la Croix (Ph. II), saint Jean unit dans le plan de la Sagesse divine l'exaltation et l'humiliation.

Le croyant découvre ainsi que l'heure de la mort pour Jésus est l’Heure de la Victoire ; ce n'est pas un homme qui expire dans l'échec total, mais le Fils de Dieu dont l'acte d‘obéissance filiale ayant une valeur infinie est cause de Salut et de Gloire.

Oui, l'Amour absolu du Dieu fait homme allant jusqu'à l'extrême – jusqu’à cette sublime folie que représente la Croix - a remporté la plus grande victoire que le monde ait jamais enregistrée : Victoire sur le péché et sur la mort éternelle qui est la conséquence du péché. Et cette victoire a rendu aux hommes le trésor inestimable de la vie surnaturelle qui est communion avec les Trois Personnes divines et « semence de gloire ».

Il n'est donc pas surprenant que la Croix du Christ soit devenue l'objet d'une si grande vénération chez tous ceux qui reconnaissent en Elle 1'instrument privilégié de notre Salut, signe éclatant de l'amour le plus fort et le plus bouleversant, celui que nous porte le Fils de Dieu en personne : « Il m'a aimé moi et Il s'est livré pour moi ». (Saint Paul)

Elle se dresse partout en place d'honneur : dans nos églises, dans nos cimetières, au carrefour de nos chemins, sur les murs de nos maisons...

Mais se dresse-t-elle dans nos cœurs ?

Quel accueil lui réservons-nous lorsqu'elle vient se planter dans nos vies par le biais des renoncements qu'exige la vie chrétienne et sous forme de douleur physique, morale ou spirituelle ?

Acceptons-nous alors d'y être cloués avec Jésus et dans les sentiments qui furent les siens ? Certes, en raison de notre « allergie » à toute souffrance, nous sommes constamment tentés de nous dérober aux différentes crucifixions, petites ou grandes que Dieu dans sa Sagesse permet ou veut pour nous en vue de notre sanctification. Mais si d'une part dans notre prière contemplative nous nous laissons pénétrer par le mystère de Jésus crucifié et si, d'autre part, dans toutes nos eucharisties, nous communions au « Corps livré » et au « Sang versé »avec l'intense désir de devenir des hosties dans l'HOSTIE, nous sommes assurés d'attirer en nos cœurs les grâces actuelles dont nous avons besoin pour accepter et offrir avec amour toutes nos croix, si éprouvantes, si écrasantes soient-elles.

Dans cette vive lumière qui émane de la CROIX GLORIEUSE, la souffrance n'apparaît donc plus comme quelque chose d'absurde, mais comme l'irremplaçable moyen par lequel on peut, à l'exemple de Jésus et de Marie, prouver son amour.

Elle est vraiment l'expression la plus haute de la charité envers Dieu et envers le prochain. En étant dans les mains expertes du Seigneur un rude ciseau qui taille impitoyablement les branches nuisibles de l'égoïsme et de l'orgueil, la souffrance nous purifie en profondeur et nous conduit progressivement à aimer Dieu plus que tout et uniquement pour Lui-même d'un amour purement oblatif, de plus en plus parfait.

En nous configurant au Christ Rédempteur et à Marie co-rédemptrice, la souffrance « achève, comme dit Saint Paul, en notre chair ce qui manque à la Passion de Jésus pour son Corps qui est l'Eglise ».

Quel puissant réconfort pour le fidèle qui souffre, de penser qu'il est un prolongement du Sauveur et qu'il l'aide ainsi à convertir et à sanctifier les âmes !

Bref, reconnaissons avec Marthe Robin que « Jésus nous apprend à voir plus haut, plus loin, avec plus d'amour surtout, ce que le langage humain appelle douleur et souffrance ; mais qui n'est en réalité que la condition suprême d'une éternité de Bonheur et d'Amour dans le ciel ».

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Regards sur Jésus
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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 16:26

En célébrant très solennellement au cours de la Semaine Sainte le Mystère Pascal, l’Eglise nous rappelle que Jésus est mort sur la Croix et qu’Il est ressuscité trois jours après pour mériter à nos âmes de passer de la mort du péché à la Vie nouvelle des enfants de Dieu. Ce « passage » cette Pâque, qui s’effectue au moment du Baptême est l’évènement capital de notre vie. Capital ne signifie pas toujours spectaculaire. Une cérémonie consistant, pour l’essentiel, à verser un peu d’eau sur la tête d’un adulte ou d’un enfant en prononçant les paroles choisies par Jésus : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et au Saint – Esprit » est bien peu spectaculaire. Mais, au regard de la Foi, le Baptême est tout autre chose qu’une cérémonie. Il est une purification totale de l’âme symbolisée par l’eau qui coule, effectuée par cette eau à laquelle la Parole de Dieu donne une merveilleuse efficacité. Et du même coup : il est inondation de cette âme par la Vie divine qui lui est conférée dans l’union mystérieuse et réelle au Sauveur mort et ressuscité.

Le Salut, en effet, tant pour l’humanité en général que pour chaque être humain, s’opère par l’union au Christ mort et ressuscité. Cette vérité est affirmée par saint Paul en de nombreux textes que nous ferions bien de méditer. Il nous explique que le Fils de Dieu en prenant une humanité comme la nôtre est devenu solidaire de cette humanité pécheresse, sans toutefois compromettre son éminente sainteté personnelle. Il va même jusqu’à dire que Dieu « l’a fait péché pour nous » (II Cor. 5. 21).

Portant donc le péché du monde, le Christ devait, pour que ce péché fût détruit, être baptisé de ce Baptême qu’Il désirait si ardemment et qui était sa mort elle-même : il devait être baptisé dans son sang. A l’heure de sa Passion, il a été plongé dans la mort et dans cette mort il a lâché le fardeau immonde de tout le péché humain qu’il avait expié. De cette mort, la Résurrection l’a fait émerger à la Vie, non pas de nouveau à la vie d’ici-bas, précaire, vulnérable à la souffrance et mortelle mais à la Vie immortelle et glorieuse.

Dans la Pâque du Christ c’est l’humanité toute entière qui a été baptisée d’un Baptême préalable, collectif, d’une efficacité infinie, Baptême que chaque être humain dans le temps de son existence terrestre n’a plus qu’à accepter volontairement dans un acte personnel d’union au Christ crucifié et glorifié.

Cette incorporation au Christ, c’est le Baptême sacramentel qui l’a réalisée pour chacun et chacune d’entre nous. Voilà pourquoi il fut un évènement décisif dont on ne soulignera jamais assez l’importance. C’est à ce moment-là, en effet, qu’à été déclenché le merveilleux processus de notre divinisation. Dès lors nous comprenons à quel point ce mystère de notre Baptême dans le Christ nous engage. C’est lui qui, en fait, commande tout le déroulement de notre aventure chrétienne. Nous le savons depuis sa Résurrection et son Ascension dans la gloire, Jésus ne vit plus dans son corps historique ; néanmoins il continue à vivre sur terre à travers les membres de son Corps mystique, c’est-à-dire à travers nous les baptisés.

C’est donc à travers nos vies qu’Il entend continuer tous ses mystères, propager son message de Salut et transfuser son Amour.

C’est à travers nos décisions qu’Il veut agir concrètement dans le monde : c’est grâce à nos paroles et à notre témoignage qu’Il veut conduire les hommes à la lumière de la Foi, c’est grâce à notre amitié et notre sympathie qu’Il veut se faire tout proche de ceux qui souffrent, c’est avec nos cœurs qu’Il veut aimer Dieu le Père et toute l’humanité.

Autrement dit, le baptisé, le chrétien c’est quelqu’un qui prête son humanité à Dieu pour qu’Il en dispose de manière à y faire revivre Jésus, son Fils Bien-aimé.

Le baptisé, le chrétien, c’est quelqu’un qui joue le rôle de Jésus, qui le joue vraiment en s’identifiant à Lui, se comportant en toutes choses comme Jésus se comporterait s’Il était à sa place.

C’est tout le sens de la parole de saint Paul : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ ».

Nous ne répondrons pleinement à notre vocation chrétienne que si nous prenons toujours mieux conscience que par le Baptême nous sommes devenus d’autres Christ, et que depuis cette heure-là notre Père des Cieux nous regarde avec la même complaisance que son Fils Unique.

En Lui et par Lui, en effet, nous sommes devenus ses enfants d’adoption admis à communier dès à présent à l’indicible mystère de sa Vie trinitaire.

Est-ce que cela ne devrait pas être notre plus grande fierté ?

Baptisés dans le Christ, nous sommes de race illustre, nous sommes de race divine, nous sommes fils et filles de Dieu...

« O chrétien, s’écrie saint Léon, reconnais ta dignité. Et devenu participant de la nature divine et de la gloire du ciel, ne va pas retourner à ton ancienne bassesse par une conduite indigne... Sois fier, sois digne de ta céleste origine et de ta sublime destinée ».

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Regards sur Jésus
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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 09:15

Notre nature humaine blessée par le péché originel porte en elle – même des germes ou racines de péché sous forme de tendances ou habitudes mauvaises. Ces inclinations déréglées nous attachent aux créatures ou aux biens créés que nous préférons à Dieu au lieu de les subordonner à Lui.

Puisqu’elles nous détournent de Dieu, nous faisant préférer notre volonté propre à la sienne, ces inclinations mauvaises constituent un redoutable obstacle au maintien et au développement en notre âme de la vie divine reçue au Baptême.

Autrement dit, elles alourdissent ou freinent notre marche ascendante vers cette sainteté à laquelle nous sonnes tous appelés et qui est plénitude d’amour et de grâce, transformation en Dieu par amour et déification par grâce.

A cet ensemble d’inclinations déréglées - que Saint Jean dans sa Première Lettre classe en trois catégories qu’il nomme :

  • Concupiscence des yeux,
  • Concupiscence de la chair et
  • Orgueil de la vie.

Il ne peut pas y avoir d’autre remède qu’un renoncement total à toute créature quelle qu’elle soit, à tout bien créé quel qu’il soit et en fin de compte à soi-même.

C’est Jésus Lui-même qui, en termes particulièrement énergiques, nous enseigne cette Loi du dépouillement radical :

« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16. 24)

« Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple. » (Luc 14. 33)

« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » (Luc 14. 26)

Ces paroles - et tant d’autres semblables - c’est à tous ses disciples sans exception aucune que Jésus les adresse.

Prétendre que cette doctrine du renoncement total ne serait qu’une forme de spiritualité non obligatoire, qu’elle ne serait pas essentielle et ne conviendrait pas à tous les chrétiens est donc absolument faux.

L’Eglise l’a toujours considérée comme une donnée et une exigence fondamentale de la vie chrétienne et tous les saints l’ont mise en pratique de façon exemplaire. Mais en quoi consiste pour l’essentiel ce renoncement total demandé si instamment par Jésus ? Non en de grandes et rudes pénitences corporelles, mais « en cette immolation entière de soi-même qui s’appelle aimer » comme l’a si bien compris sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, elle qui s’est sanctifiée en multipliant les petits sacrifices accomplis par amour. Cela revient à renoncer à tout instant et jusque dans les plus petites choses de la vie à sa volonté propre pour adhérer à la volonté du Seigneur telle qu’elle se manifeste.

Ce qu’il importe de bien saisir, au fond, c’est que tout cela est une question d’amour. Saint Jean de la Croix, qui est expert en la matière, nous explique que « l’âme n’a qu’une volonté. Si elle l’engage ou l’applique à quelque chose de créé, elle perd sa liberté, sa force, son détachement, sa pureté, toutes choses qui sont requises pour arriver à la transformation en Dieu. » Cette pensée s’accorde parfaitement avec le précepte de Jésus : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit. » (Luc 10. 27)

Si le cœur est occupé par des attachements désordonnés au « moi », il est clair qu’il ne peut aimer de toutes ses forces, celles-ci étant divisées entre Dieu et le « moi », entre Dieu et les créatures. La loi d’Amour proposée par Jésus à tous les chrétiens requiert par conséquent le renoncement radical à tout attachement non conforme à la volonté de Dieu ou qui ne s’harmonise pas avec l’amour de Dieu. Le détachement total n’est que la conséquence logique du grand commandement de l’Amour : il est aussi le moyen indispensable pour s’y conformer toujours.

Dans cette lumière, le renoncement chrétien n’a plus rien de négatif : il apparaît au contraire comme une réalité positive. S’il vide impitoyablement notre cœur de tout amour désordonné de nous-mêmes, c’est pour l’ouvrir tout grand au seul amour qui soit capable de le combler : l’Amour de Dieu. Nous retiendrons enfin que la loi fondamentale du renoncement n’exige pas que tous abandonnent effectivement toutes choses ou ne fassent aucun usage des biens créés (ce qui du reste n’est jamais possible de façon absolue sur cette terre), mais que chacun, tout en demeurant dans son milieu, sache maintenir son cœur libre de tout attachement. Cependant on a fort peu de chances d’arriver à ce détachement affectif, si, au moins dans une certaine mesure on ne s’exerce pas, par des actes coûteux de mortification volontaire, au détachement effectif. D’où l’importance de cette période d’entraînement intensif à la pénitence qu’est le Carême.

Puissions-nous, stimulés et aidés par Marie, le vivre le plus possible dans cet esprit.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Regards sur Jésus
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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 20:48

En ce temps de grâce qu’est le Carême, l’Eglise nous invite à approfondir notre connaissance du péché afin de mieux prendre conscience de sa gravité et de sa nocivité. Or il n’est pas de moyen plus sûr pour raviver en nous ce sens très aigu du péché, que de nous référer aux enseignements de la Bible. Seule la Parole de Dieu, en effet, peut nous dire en quoi consiste le péché nous faire comprendre que ce n’est pas une réalité naturellement connaissable, mais un mystère surnaturel.

Dans cette lumière qui vient d’En-Haut, il apparaît très nettement que le fait fondamental sur lequel repose toute la réalité du péché c’est l’attitude d’Amour infini que Dieu a pour nous. « Dieu est Amour » et « Il nous a aimés le premier » affirme St Jean.

Si Dieu, en effet, a décidé de nous créer, c’est uniquement par Amour dans le but de se donner Lui-même à nous : vérité qui est fort bien exprimée dans une petite phrase de l’Evangile prononcée par le père de l’enfant prodigue, ce père qui est l’image si bouleversante de Dieu. S’adressant à son fils aîné, il lui dit : « Mon enfant tout ce qui est â moi est à toi. »

Or, « tout ce qui est à Dieu », ce n’est pas seulement son empire sur le monde matériel, c’est infiniment plus. Le Bien de Dieu c’est avant tout Lui-même, ce qu’Il est : Lumière, Amour, Bonheur absolus. Et c’est précisément ce Bien parfait, ce Bien suprême infini qui constitue son Etre divin, c’est cette Vie divine que le Père des cieux veut donner à ses enfants pour le temps et l’éternité. Pour se donner ainsi à nous Dieu ne met aucune condition, mais il ne peut se donner à nous malgré nous, il ne peut nous contraindre à l’aimer car il n’y a d’amour que libre (un échange d’amour ne pouvant se faire que dans la liberté).

Dieu ne peut se donner à nous que si nous voulons bien de Lui, que si nous l’aimons. Il nous a dotés d’une liberté et d’une liberté telle que nous pouvons dire « non » aux avances de son Amour ; nous pouvons l’empêcher de nous combler, de libérer la tendresse qu’Il tient comme follement comprimée en son Cœur dans l’impatience de nous la communiquer.

C’est dans la méconnaissance, le mépris, le refus de cet Amour divin que consiste essentiellement le péché.

Autrement dit, si nous voulons nous faire une idée juste de ce qu’est le péché, c’est tout d’abord du point de vue de Dieu que nous devons le considérer ; nous percevons alors qu’il est bien autre chose qu’une contravention à des lois ou à des règlements (une bagatelle en somme) mais qu’il est, de par sa nature même une offense à Dieu. Et cela ne peut pas être une petite chose étant donné que l’offense est d’autant plus grave que l’offensé est plus élevé en dignité !

Si nous ne considérons habituellement le péché que de notre point de vue nous aurons toujours tendance à le minimiser. Certes nous pourrons bien apercevoir qu’il ne nous embellit pas, ne nous élève pas, mais plutôt nous dégrade (affaiblissant en nous la vie surnaturelle, allant jusqu’à la faire mourir s’il s’agit d’une manière grave), mais enfin, pensons-nous, ce sont des choses qui ne regardent que nous. Or, nous sommes portés à nous accommoder assez facilement de ce que nous avons choisi et de ce que nous avons voulu lorsque les inconvénients n’affectent que nous-mêmes. Mais si nous nous habituons à regarder le péché comme ce qu’il est foncièrement : un manque de justice et un manque d’amour à l’égard de Dieu, alors nous saurons qu’il est la réalité la plus horrible et la plus détestable qui soit, le désordre par excellence.

Notre grand penseur Pascal met sur les lèvres de Jésus une parole qui s’adresse à chacun et chacune d’entre nous et qui devrait nous faire réfléchir « si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur... »

Hélas ! Nous ne risquons pas de perdre cœur parce que, n’ayant pas assez le sens de l’infinie sainteté de Dieu et de la prodigieuse tendresse qu’Il nous porte, nous prenons trop souvent le péché - même grave - à la légère.

Un seul homme a compris pleinement le péché des hommes et l’a pris pleinement au sérieux, un seul a été pénitent dans toute la force du terme : c’est Jésus, le Dieu fait homme, Lui qui, n’étant pas pécheur, s’est mis du côté des pécheurs et, comme le dit Saint Paul « a été fait péché pour nous. »

Le drame profond du Christ, en effet, le drame de sa vie et de sa mort, c’est que le désordre essentiel du péché, l’outrage à l’Amour divin ait été ressenti au paroxysme par son Cœur humain. C’est l’explication de sa mystérieuse agonie à Gethsémani et c’est l’essentiel de sa Passion.

Puisse la contemplation assidue du mystère de la Croix de Jésus souffrant et mourant pour l’expiation de tous nos manquements à l’Amour et de Marie, la Mère des douleurs, si généreusement associée à son Sacrifice en qualité de victime, nous faire retrouver un sens plus affiné de la tragique réalité du péché.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 17:44

L’Eglise va bientôt nous inviter à vivre intensément « le temps favorable » du Carême qui constitue pour tout le peuple chrétien une longue retraite de 40 jours.

Il faudrait que dès son ouverture nous prenions la ferme résolution d’en faire un traitement de choc contre cette dangereuse maladie de l’âme qui nous affecte tous de quelque manière, et que les auteurs spirituels appellent la tiédeur.

Nous n’ignorons pas, pour peu que nous ayons lu le chapitre III de l’Apocalypse, que le Seigneur juge avec une particulière sévérité cet état de langueur spirituelle : « Je connais ta conduite, déclare-t-il, à celui qui est tiède ; tu n’es ni froid ni chaud. Que n’es-tu l’un ou l’autre ? Ainsi puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. »

La tiédeur se caractérise essentiellement par une disparition progressive de l’amour, à l’image d’un feu qui, après avoir élevé ses flammes très haut diminue d’intensité jusqu’à s’éteindre complètement. Autrement dit la Charité qui n’est pas - faut-il le rappeler – affaire de sensibilité, mais de volonté, se refroidit.

Si l’âme devient tiède c’est parce qu’elle s’arrête volontairement sur le chemin montant de la sainteté, estimant qu’elle en a fait assez et qu’elle n’a plus besoin de progresser parce que Dieu n’en demande pas tant. Et comme dans le domaine spirituel qui n’avance pas recule, elle s’engage (en tentant de justifier son attitude) dans un processus de relâchement qui aboutira tôt ou tard à un véritable désastre.

A l’origine de cette anémie spirituelle, il y a tout d’abord un manque d’appétit des choses de Dieu. L’âme s’affaiblit parce qu’elle ne s’alimente que très peu ou très mal, négligeant trop souvent ou trop longtemps ces nourritures surnaturelles indispensables que sont la communion fréquente, la lecture de la Parole de Dieu ou des ouvrages de spiritualité, l’oraison, la récitation du Rosaire, et l’examen de conscience quotidien.

La tiédeur provient aussi du fait que cette âme n’a plus la volonté de se mortifier ; elle ne fait pratiquement plus d’efforts sérieux pour réfréner ses tendances mauvaises et combattre ses défauts par des moyens surnaturels.

Son état de faiblesse est tel qu’elle ne cherche plus à ramer à contre-courant ; c’est même le contraire qui se produit : elle se laisse porter par le courant, pensant comme tout le monde, faisant comme tout le monde. Ce qui en elle désormais commande tout, ce n’est plus le divin, c’est l’humain. Le sel s’est affadi.

« La ruine des âmes, écrit le chanoine Lallement, provient de la multiplication des péchés véniels qui causent la diminution des lumières et des inspirations, des grâces et des consolations intérieures, de la ferveur et du courage pour résister aux attaques de l’ennemi. De là s’ensuit l’aveuglement, la faiblesse, les chutes fréquentes, l’habitude, l’insensibilité, parce que l’affection étant gagnée, on pèche sans sentiment de son péché. »

En somme, le grand mal de la tiédeur, c’est de ne pas tendre de toutes ses forces vers Dieu ; c’est de ne l’aimer que si faiblement qu’on accepte volontiers le péché véniel, attitude comparable dans l’ordre surnaturel à celle d’un homme qui accepterait volontiers d’être continuellement blessé ou malade pourvu qu’il n’en meure pas. Est-il besoin d’ajouter que le démon se réjouit fort d’un tel état de choses parce qu’il lui est facile d’entraîner au péché mortel (et donc à la perte de la vie divine) l’âme qui est comme tombé en léthargie.

Alerte donc à la tiédeur !

Pour prévenir ou pour guérir ce mal redoutable, deux grands remèdes - les seuls vraiment efficaces - que Jésus a prescrits une fois pour toutes sont à notre disposition : la Prière et la Pénitence.

Nous savons avec quels accents pathétiques, accompagnés de larmes, la Vierge Marie, grande infirmière des âmes, nous supplie de les appliquer chaque fois qu’Elle vient en notre temps manifester sa présence au chevet de notre monde malade.

Puissions-nous mieux prendre conscience au cours de ce Carême, de la gravité et de l’urgence de ses appels !

Poursuivons avec une ardeur renouvelée le labeur si coûteux de notre réforme intérieure. Cela requiert de notre part beaucoup d’énergie, de persévérance et de fidélité. Mais avec la grâce de Dieu - qui ne nous fait jamais défaut et sur laquelle nous devons toujours compter - tout est possible.

Et puis, disons-nous bien, car c’est là le meilleur stimulant, que si Jésus exige de nous avec autant de rigueur le sacrifice de notre vie misérable, c’est pour lui substituer Sa Vie divine. S’il veut que nous fassions le vide dans notre cœur, c’est pour l’emplir de Dieu et nous combler ainsi de sa Paix et de sa Joie.

« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole et mon Père l’aimera : nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure. »

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 09:03

Jésus qui est le « Verbe fait chair » c'est-à-dire la Parole même du Père s'exprimant par une intelligence et des lèvres humaines n’a pas voulu nous instruire par ses seuls discours. Lorsqu'au début de sa vie publique il se mit à proclamer la Bonne Nouvelle il avait déjà donné pas ses attitudes et par sa vie un enseignement majeur d'une éloquence irrésistible.

Le premier en date de ces sermons muets du Seigneur fut le sermon retentissant de Bethléem sur la pauvreté. Parmi ceux qui le suivent, un des plus essentiels pour nous est le Sermon de Nazareth qui exalte la simple vie de tous les jours en nous montrant ce qui peut la valoriser et la rendre féconde.

En assumant par son Incarnation toute la condition de l'homme (sauf le péché), le Fils de Dieu n’a pas voulu de cette destinée hors série que nous aurions volontiers imaginée pour Lui.

Il ne s’est pas présenté sur la scène du monde avec des airs de vedette ou des poses de surhomme : bien au contraire, c'est une voie d'humilité qu'il a volontairement choisie en menant trente années durant une vie toute à fait ordinaire, se gardant bien de dire ou de faire quoi que ce soit qui puisse le distinguer de ses compatriotes galiléens, ne révélant rien de sa véritable identité et ne laissant rien soupçonner de sa future mission. Nous sommes là en présence d’un mystère stupéfiant qui déroute les esprits modernes avides de sensationnel, épris de grandeur humaine et de vaine gloire, mais dont l'éclatante lumière, si elle est bien accueillie, a le pouvoir de transformer en splendeur la grisaille de notre vie réelle.

En optant pour cette « vie cachée », en s’engageant à fond et en s’enfouissant pour ainsi dire dans cette existence besogneuse de travailleur manuel, Jésus nous montre comment on peut faire de la vie la plus obscure ou la plus ratée aux yeux des hommes, une vie magnifiquement réussie aux yeux de Dieu.

Son exemple éminent, si parfaitement imité par Marie, sa très Sainte Mère (et par St Joseph, mais à un degré moindre) révèle que ce qui fait la valeur d'une vie, ce n'est pas le paraître mais l'être ; ce n’est pas la situation soi-disant brillante ou obscure, soi-disant efficace ou sans résultat, mais la valeur de l'âme c'est-à-dire la qualité et la densité de l'amour surnaturel qui habite cette âme : amour qui inspire et imprègne toutes les actions accomplies, même les plus indifférentes.

Pour ce qui concerne Jésus, nous devons nous rappeler cette vérité capitale : à savoir qu'il y a en Lui un seul centre d'activité, un seul foyer, un seul support de toutes ses pensées, paroles ou actions, un seul Moi qui est sa Personne Divine : si bien que toutes ses pensées, paroles ou actions sont réellement divines et ont de ce fait un poids d'amour infini.

Et c'est pourquoi on peut affirmer qu'à Nazareth, Jésus en faisant ce que nous appelons « des riens » glorifiait pleinement son Père et remplissait déjà sa mission de Sauveur.

Evidemment, nous ne sommes pas l'Homme-Dieu, comme l'était Jésus : nos actes ne peuvent avoir, come les siens une valeur illimitée : ils peuvent cependant - et c'est cela qui est merveilleux - être divinisés en vertu du mystère de la Grâce Sanctifiante qui fait de notre âme la demeure de Dieu.

Si donc le Christ-Jésus habite en nos cœurs par la Foi, l'Espérance et la Charité, s'il est vraiment la Vie de notre âme (et il l'est vraiment tant que nous ne perdons pas l'état de grâce par un péché mortel), nous pouvons être sûrs que toutes nos actions sont valorisées au maximum, parce qu'Il les pénètre et les « survolte » pour ainsi dire de son Amour divin.

Nous comprenons dès lors que ce qui importe par-dessus tout, ce qui doit être pour nous la priorité des priorités, c'est de vivre le plus possible en communion avec le Christ, c'est d'agir consciemment avec Lui qui agit en nous, de « faire les petites choses comme grandes à cause de la majesté de Jésus-Christ qui les fuit en nous et qui vit notre vie » (Pascal).

Tel est le chemin de Sainteté que Jésus nous propose. Il est absolument sûr et accessible à tous.

Celui qui s'y engage et y persévère en se confiant totalement à cette incomparable éducatrice qu'est MARIE, la Mère de la Divine Grâce, fait de tous les détails de sa vie un magnifique chant de louange et d'amour à la plus grande Gloire de la Très Sainte Trinité.

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 09:17

Pourquoi l’Eglise nous invite-t-elle à contempler, dans le temps après, Noël, le mystère de la Sainte Enfance de Jésus ?

N’est-ce pas pour nous inciter à vivre dans toutes ses exigences la TOUTE PETITESSE évangélique sans laquelle aucun disciple du Christ ne peut avoir accès à cette intimité profonde avec Dieu qui est l’essentiel de la vie chrétienne ?

Pour être aimé de Dieu, en effet, et pour aimer Dieu il faut devenir petit.

«Si vous ne devenez semblables ä des petits enfants vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.»

Cette petitesse spirituelle, chemin obligé de la sanctification, il importe tout d’abord de ne pas la confondre avec sa caricature qui est l’infantilisme religieux.

La véritable enfance évangélique c’est cet «état de maturité chrétienne» qu’évoque St Paul lorsqu’il dit : «Quand j’étais enfant j’agissais comme un enfant. Devenu homme, je me suis défait de ce qui était de l’enfant.»

On ne peut pas être enfant selon le Christ si on n’abandonne pas les défauts de l’enfant à l’exemple de celle qui, dans les temps modernes, a donné à l’Eglise un enseignement lumineux sur la «petite voie» de l’enfance spirituelle : sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

Dans son «Histoire d’une âme» elle explique comment, vers l’âge de 14 ans, dans la nuit de Noël, elle cesse d’être une enfant : «Je reçus la grâce de sortir de l’enfance... Jésus voulait me défaire des défauts de l’enfance. Il me rendit forte, courageuse. Il me revêtit de ses armes.» Par contre, ce qu’il nous faut absolument garder de l’enfance, ce sont ses qualités : c’est surtout cet état de dépendance qui en constitue la caractéristique essentielle. «Tandis que dans l’ordre naturel, écrit Pie XII, l’enfant qui grandit doit apprendre à se suffire, dans l’ordre de la grâce, l’enfant de Dieu, en grandissant, comprend de mieux en mieux qu’il ne pourra jamais se suffire à lui-même, qu’il doit vivre dans une docilité supérieure.»

Un enfant ne se sent-il pas tout naturellement dépendant ? Plus il est petit, plus il est dépendant. La perfection de l’enfance spirituelle est atteinte lorsque l’âme, bien convaincue de sa pauvreté radicale, s’établit dans une attitude de dépendance absolue vis-à-vis de Dieu, lorsqu’elle s’abandonne avec une totale confiance entre ses mains paternelles, se laissant faire comme l’argile qui se laisse modeler par le potier.

«Etre petit, nous dit sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, c’est reconnaître son néant, attendre tout du Bon Dieu comme un petit enfant attend tout de «son père, c’est ne s’inquiéter de rien, ne point gagner de fortune... Etre petit, c’est ne point s’attribuer a soi- même les vertus qu’on pratique se croyant capable de quelque chose, mais reconnaitre que le Bon Dieu pose ce trésor de la vertu dans la main de son petit enfant pour qu’il s’en serve quand il en a besoin, mais c’est toujours le trésor du Bon Dieu.» (Novissime verba)

La voie de l’enfance spirituelle, explique-t-elle à un autre endroit, c’est le chemin de la confiance et du total abandon. Heureuse l’âme qui s’efforce par une conversion permanente d’acquérir cet esprit d’enfance !

Elle devient de plus en plus réceptive au message de la Foi, car Dieu ne se révèle pas aux sages et aux prudents, mais aux tout petits ; ce n’est pas aux orgueilleux qu’il donne sa Lumière, mais aux humbles. Elle devient également de plus en plus capable de transmettre ce message : les petits, les doux et les humbles sont en effet les instruments de choix dont Dieu se sert pour diffuser sa Vérité et communiquer son Amour.

Elle se trouve enfin revêtue d’une très grande force d’âme... En elle se vérifie l’étonnante affirmation de St Paul : «Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force, ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise voila ce que Dieu a choisi ; il a choisi ce qui n’est pas pour réduire à rien ce qui est.» (I Cor. I 27 - 28)

Quand on ne compte pas sur soi, mais sur Dieu seul et qu’on a en la bonté et en la puissance de ce Père des Cieux une confiance illimitée, de qui ou de quoi aurait-on peur ?

Qu’est-ce qu’on n’oserait pas entreprendre de ce qui apparaît comme voulu par Dieu ?

Quand on vit dans une absolue dépendance de Dieu et de sa grâce, on parvient à une totale indépendance vis-à-vis de ce qui n’est pas Dieu. On est alors en possession de «la vraie liberté des enfants de Dieu.»

Puisse Jésus nous faire comprendre à travers le mystère de son Enfance, que le moyen le plus sûr et le plus efficace pour atteindre l’Idéal qu’Il nous propose : redevenir des tout petits, c’est de nous mettre comme Lui, à l’école maternelle de Marie.

C’est en laissant Marie «Mère du Bel Amour de la crainte, de la connaissance et de la Sainte Espérance» nous prendre dans son cœur c’est en la laissant nous enfanter dans son sein, comme dit saint Louis Marie de Montfort que nous reproduirons toujours plus parfaitement en nos âmes la sainteté de Jésus-Christ, Lui qui nous «a donné l’exemple pour que nous fassions comme Il a fait.»

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 20:02

Pour nous qui examinons et apprécions toutes choses à la lumière de la Révélation Divine, que représente le temps ?

Il se peut que durant les premiers jours de l'année, nous soyons gagnés par la mélancolie à la pensée du temps qui passe et qui ne revient pas. Nous pouvons aussi ressentir une tristesse aiguë devant le vide du temps et la pauvre qualité de l'existence que nous menons, sans grand intérêt, sans grande portée, sans grand résultat. Nous pouvons encore éprouver une lassitude à la pensée d'avoir à recommencer indéfiniment les mêmes tâches dans la monotonie quotidienne. Et d'ailleurs, malgré ce lourd ennui, il se peut que nous redoutions plus encore le changement et l'imprévu dans la crainte que cet imprévu ne soit, le malheur : la pensée de l'avenir nous travaille d'une sourde inquiétude.

Mais prenons garde ! Car si nous avons de telles idées ou de tels sentiments à propos du temps c'est que nous nous conformons en fait à la manière de voir entièrement négative et radicalement stérile du paganisme d'hier et d'aujourd'hui.

Il ne faudrait pas oublier que nous avons, nous chrétiens, une toute autre conception du temps et elle est éminemment positive et féconde parce que fondée sur des paroles qui ne passent pas : celles du Christ Jésus qui « est-le même hier, aujourd'hui et toujours. »

Parce qu'en vertu de notre Foi, nous avons la certitude que Dieu est présent à toute notre vie et qu'Il nous fait le don de chaque instant pour que nous l'ordonnions à l'accomplissement de notre destinée, nous savons toute la valeur du temps.

Et c'est Jésus Lui-même qui, par ses déclarations, a pris soin de nous préciser en quoi elle consiste. : L’existence humaine ne prend sa valeur que dans la mesure où elle met en pratique le double commandement fondamental de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain. Le temps bien employé est celui qui est rempli par ce double amour : c’est un temps où la personne atteint la plénitude de son épanouissement spirituel par le don total d'elle-même. Quand au temps qui est dévolu à des activités égoïstes, il doit être considéré comme du temps perdu, gaspillé : « Seul est perdu le temps qu'on ne passe pas à aimer. » (St Jean de la Croix)

Il est donc faux de comparer le rapide écoulement de nos jours au sillage d'une barque qui ne laisse aucune trace. L'instant fugitif qui est un don de l'Eternel peut être, si nous le voulons, rempli d'éternité : il suffit pour cela de le vivre dans l'amour, sans oublier cependant de l'offrir et de l'offrir par les mains de Marie pour qu'il puisse être encore embelli et enrichi. (Relire à ce propos les numéros 146 à 150 du « Traité de la Vraie Dévotion » de St Louis Marie de Montfort).

Ainsi nous ne somme pas des malheureux auxquels on arrache des lambeaux de leur fortune en attendant la grande faillite de la mort : nous sommes des riches amassant pour toujours des trésors qui sont à l'abri des voleurs et de la rouille dans l'éternité. Et voilà qui permet aussi d'exorciser le lourd ennui que pourrait faire peser sur nous la monotonie de nos occupations, le recommencement des mêmes tâches obscures, du même travail sans horizon, Il faut dépasser courageusement les regrets et les nostalgies romantiques. Malgré les apparences, aujourd'hui n'est pas la réédition d' hier car Dieu qui y est présent est la nouveauté même. L'âme chrétienne vit chaque minute avec un intérêt passionné et un élan toujours nouveau : elle sait, en effet, que son itinéraire n'est pas un chemin harassant et absurde qui ramènerait indéfiniment au point de départ, mais une progression orientée vers Dieu, une montée dans l'amour vers la plénitude du bonheur avec Dieu et en Dieu.

Enfin, c'est parce que Dieu est et sera toujours présent à chaque instant de notre vie avec sa fidélité et sa providence que nous ne devons pas nous laisser troubler par les aléas des lendemains. Il est sûr que l'année nouvelle nous apportera sa charge de souffrances physiques ou morales. Mais ici encore toute angoisse serait déplacée : ce serait oublier que dans chaque instant qui viendra, si éprouvant soit-il, il y aura Dieu avec sa protection et sa tendresse paternelle.

Le poète a raison de proclamer : « Non, l'avenir n'est à personne... L'avenir n'est qu'a Dieu... . Tu ne prendras pas demain à l'Eternel. »

Mais il ne s'agit pas de le lui prendre, il s'agit au contraire de le lui laisser, de le lui donner volontairement, en nous abandonnant nous – même avec une confiance absolue. Puisqu'à la lumière de ces vérités, il nous est donné de reconnaître l'inestimable valeur que le temps confère à notre vie, efforçons-nous d'en exploiter à fond toutes les possibilités.

Faisons fructifier le temps.

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 21:45

En ce temps de Noël, nous commémorons avec ferveur l’incomparable Naissance de Celui qui est le fruit merveilleux de l’Amour du Père et du Oui de Marie : Jésus, le Verbe Incarné. Ne passons pas cette fête (ni les jours qui suivent) sans nous réserver, coûte que coûte un temps assez long de recueillement pour contempler dans un intense regard de Foi et d’Amour le divin enfant que la Vierge Marie, sa Très Sainte Mère, offre à notre adoration. Pour nous guider dans cette contemplation, nous ne saurions trouver meilleur Maître que l’évangéliste au regard d'aigle : Saint Jean, le disciple bien-aimé.

Si l’Eglise a retenu comme Evangile de la Messe du Jour de Noël, son sublime prologue, véritable soleil dans le ciel de la Révélation, ce n'est pas sans raison : c’est pour nous inviter à chercher dans ce texte l’ultime lumière que Dieu nous donne sur l’ineffable mystère de l’Incarnation. Il y a, au cœur de ce prologue, une phrase qui nous est familière mais que nous ne scruterons jamais assez, car en quelques mots très denses elle dit l’essentiel : « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous ».

Saint Jean nous révèle ainsi l’identité véritable de Jésus. Il nous fait comprendre que le petit enfant né de la Vierge Marie dans la grotte de Bethléem n’est pas seulement un nouveau-né parmi des milliards d’autres : c’est le Verbe Eternel, la deuxième personne de l’Adorable Trinité ; autrement dit : c’est le Fils Unique du Père, ce « Fils Bien-aimé » en qui Il met éternellement toutes ses complaisances. Lui, « qui est né du Père avant tous les siècles, vrai Dieu né du vrai Dieu » il a voulu naître dans le temps en assumant une nature humaine en tout semblable à la nôtre (hormis le péché) mais qui au lieu d’appartenir à un moi humain appartient au moi divin c'est-à-dire à la personne subsistante du Verbe. Cette éblouissante Vérité, Saint Paul l’exprime lui aussi en des termes différents du chapitre II de sa lettre aux Philippiens : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit Lui-même, prenant- condition d’esclave et devenant semblable aux hommes ». Ici, une question se pose : « Quel est le motif d'un tel dérangement de la part de Dieu ? Que vient-il nous apporter par son incarnation ? » Deux bienfaits essentiels nous assure Saint Jean : la Vérité et la Vie. Etant « La lumière véritable qui éclaire tout homme venant de ce monde », Jésus, « Le Verbe fait chair » nous apporte la Vérité. Il suffit de méditer attentivement l’Evangile pour découvrir qu’à travers sa personne c’est, à la fois, toute la vérité sur Dieu et toute la vérité sur l’homme qui nous est révélée : toute la vérité sur Dieu, car il est l’Image visible du Dieu invisible. En lui, miroir parfait, se reflète le plus fascinant et le plus bouleversant de tous les visages, celui de Notre Père des Cieux qui est tout Amour et toute tendresse, inépuisable et inlassable miséricorde.

Toute la vérité sur l’homme, car il est le plus humain de tous les hommes, le modèle accompli de l’homme, le frère universel et le plus fidèle de tous les amis : celui qui comprend tout et se fait tout proche, celui qui redonne confiance au plus pêcheur, au plus malheureux, au plus désespéré. Sur toutes les pages de sa vie, nous pouvons lire l’explication de notre propre vie et le sens profond de notre destinée.

Avec la Vérité, le Verbe fait chair nous apporte aussi la richesse inestimable de la Vie et de la seule vie digne de ce nom : celle qui ne vieillit pas et ne meurt pas, parce qu'elle est la Vie même de Dieu. Jésus nous l’a méritée en s’offrant comme victime d’Amour sur l’autel de la Croix et il nous la communique par le Baptême qui est le sacrement de notre nouvelle naissance. « De sa plénitude, affirme Saint Jean, nous avons tous reçu, grâce sur grâce ».

A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir « enfants de Dieu ». Le prodigieux dessein du Dieu créateur et sauveur apparaît ici en pleine lumière : l’enfantement du Verbe éternel à la vie des hommes annonce et prépare l'enfantement des hommes à la vie éternelle. Puisse la fête de Noël nous aider à mieux prendre conscience de notre éminente dignité d'enfants de Dieu.

Sous l'influence à la fois très douce et très exigeante de notre maman Marie « la Mère de la Divine Grâce », vivons de plus en plus le mystère de notre filiation adoptive qui nous lie si intimement au Père, au Fils et au Saint-Esprit, qui fait de nous des êtres en cours de divinisation destinés à connaître un jour, au-delà de cette vie mortelle, la plénitude du Bonheur dans cet inimaginable Paradis de Dieu qui sera notre Maison d'éternité.

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 20:38

Nous savons qu'en s'offrant comme Victime d’Amour sur l‘Autel de la Croix Jésus a mérité à Lui tout seul, en tant qu'Homme-Dieu, l'immense capital de Grâce nécessaire au salut et à la sanctification du genre humain tout entier. Toutefois, Il n'a pas voulu agir seul pour monnayer ce merveilleux et inestimable trésor, autrement dit pour appliquer la grâce à chaque âme en particulier et c'est la raison pour laquelle Il a décidé, en sa divine Sagesse, de nous associer à Lui pour que nous soyons réellement ses collaborateurs dans l'œuvre la plus grandiose qui puisse s'accomplir en ce monde : la conversion et la divinisation des âmes.

Cette collaboration effective au Christ Rédempteur s'appelle : l'APOSTOLAT.

C'est la plus haute expression de l'amour fraternel, la charité des charités. L'apostolat, en effet, a pour unique objectif le plus grand bien de nos frères et ce plus grand bien c'est celui que Dieu notre Père veut pour eux come pour nous, à savoir : une communion parfaite et comblante avec Lui par le Christ dans le feu de l’Esprit-Saint, autrement dit la Vie éternelle en sa phase terrestre qui est l'état de grâce et en sa phase céleste qui est l'état de Gloire. Puisque dans la surabondance de son Amour, Jésus a tenu ainsi à nous associer à son Œuvre Rédemptrice en y réservant une place à notre activité nous pouvons affirmer que désormais notre collaboration, quelle qu'en soit la forme est nécessaire ; cela veut dire que pour annoncer le Message Evangélique, favoriser les conversions, guider et entraîner les âmes sur le chemin de la Sainteté, « Jésus veut, selon une expression de Péguy, avoir besoin de nous » et que par conséquent Il doit pouvoir compter sur nous. Nous devons en être saintement fiers, mais gardons-nous bien d'oublier qu'il en résulte pour nous une très lourde responsabilité.

Le salut de nos frères dépend en partie de la générosité avec laquelle nous répondons à tout ce que le Seigneur attend de nous pour L'aider dans son immense tâche : « Mystère redoutable certes, écrit Pie XII dans son Encyclique sur "Le Corps Mystique", et qu’on ne méditera jamais assez : le salut d'un grand nombre dépend des prières et des mortifications volontaires supportées à cette fin par les membres du Corps Mystique du Christ et de la collaboration des pasteurs et des fidèles ».

Pensons qu'au jour du jugement, Jésus nous dira :

« Qu'as-tu fais de ton frère ? »

« Où sont les âmes que tu aurais dû sauver avec Moi et que tu n'as pas sauvées ? »

Oui, il faut que chacun prenne à son compte la parole de St Paul dans la Première Lettre aux Corinthiens : « Malheur à moi, si je n’évangélise pas ! »

Cette évangélisation est d'autant plus urgente et nécessaire qu'il y a grande pitié au royaume des âmes. Elles sont tellement nombreuses, en effet, celles qui vivent loin de Dieu, dans les ténèbres de l'erreur et sous l'esclavage du péché.

La pensée de ces âmes malades et infirmes, blessées, défigurées, sourdes à la voix du Christ, fermées à sa lumière, insensibles à son Amour, sous-alimentées spirituellement, en grand danger de perdition, devrait nous hanter jour et nuit et nous causer un véritable tourment apostolique, nous provoquant à dire comme St Paul : « La Charité du Christ nous presse ». Cette charité apostolique qui est notre « devoir d'état de chrétien » (Père Eyler) peut et doit se concrétiser sous différentes formes.

Or, il se trouve que lorsqu'on parle d'apostolat on pense d'abord (et presqu'exclusivement) à l'activité extérieure ; mais si celle-ci est nécessaire, si elle est voulue par Dieu, elle ne saurait constituer à elle seule l'essentiel de l'œuvre apostolique.

Il suffit d'ailleurs pour s'en convaincre de contempler Jésus, Lui qui durant toute la vie fut l'Apôtre par excellence.

Ce n'est pas seulement par l'activité déployée durant les trois dernières années de sa vie (consacrées principalement à la prédication de l'Evangile et au contact direct avec les âmes) qu'Il a réalisé notre Rédemption, c'est encore par ce qu'on pourrait appeler son apostolat intérieur c'est-à-dire par l'obéissance, le silence et l'humble travail de sa vie cachée à Nazareth, par sa prière continuelle et surtout par son héroïque immolation dont le point culminant fut son Sacrifice d'Amour sur la croix.

Nous apprenons ainsi que la première et irremplaçable forme d'apostolat à laquelle nous sommes tous appelés en vertu de notre Baptême et de notre Confirmation (que nous soyons ou non engagés dans des œuvres apostoliques) c'est celle du témoignage qui consiste à prolonger parmi les hommes la présence et la vie du Christ. Jésus veut, en effet que nous Lui soyons « des humanités de surcroit » (Bienheureuse Elisabeth de la Trinité), c'est-à-dire des incarnations concrètes de sa prière, de son esprit de sacrifice, de ses vertus, bref de sa sainteté.

« Comme le Père m'a envoyé, Moi aussi, je vous envoie ».

De même qu'en son séjour ici-bas, Jésus s'est montré le Témoin et le Révélateur du Père, pas seulement par ses paroles, mais par toute sa façon de vivre, de même qu'à travers son Humanité sainte, on voyait transparaître Dieu invisible et que surtout dans son Amour on apercevait l'amour infini de Dieu, de même il faudrait qu'à travers notre vie chrétienne on puisse discerner sans trop de peine, au moins quelques rayons de la sublime Sainteté du Christ et qu'on se sente fasciné par la puissance irrésistible de son Amour.

Ce qui importe, en définitive, ce n'est pas tant de démontrer Dieu que de le montrer.

Demandons instamment, par 1'intercession de Marie, Reine des Apôtres, la grâce d'être les ostensoirs et les révélateurs de Celui qui est pour nous la Vérité et la Vie, l'unique Chemin du Bonheur.

« Fais, Seigneur, qu'en me voyant ils Te reconnaissent ».

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 18:38

2 Novembre

En célébrant le 2 Novembre la Commémoration de tous les Fidèles Défunts, la liturgie attire notre attention sur la réalité mystérieuse du Purgatoire.

Avec toute l'Eglise nous croyons fermement en ce dogme de notre Foi catholique que le 2ème Concile de Lyon (1274) a défini en ces termes : « Ceux qui sont morts dans la charité (c’est-à-dire en état de grâce) mais sans avoir accompli de dignes fruits de pénitence pour ce qu'ils ont commis ou omis, ont, après la mort, l'âme purifiée par des peines purgatoires ou purifiantes ».

Ce dogme s'appuie, comme il se doit, sur plusieurs textes de la Sainte Ecriture, mais aussi sur une tradition qui est aussi ancienne que l'Eg1ise, la prière pour les morts. On voit mal, en effet, quelle signification pourrait bien revêtir cette intercession en faveur des défunts s'il n'y avait que deux états possibles après la mort : l'admission immédiate au Paradis ou la damnation.

En nous invitant à prier instamment à offrir des sacrifices et à faire célébrer des Messes pour ceux qui sont partis avant nous, l'Eglise nous remet donc en présence de cette vérité : à savoir qu'entre la mort et la béatitude éternelle, il y a un état intermédiaire où la plupart des âmes doivent achever « comme à travers le feu » la purification qu'elles auraient dû accomplir sur la terre si elles avaient été constamment fidèles à la grâce, si elles n'avaient pas résisté plus ou moins au Saint-Esprit qui voulait les travailler et les former à la sainteté selon son bon plaisir. Il faut être saint, en effet, pour pouvoir contempler face à face le Dieu Trois fois Saint et communier intimement à sa merveilleuse vie d'amour.

Au sujet de cette grande expiation du Purgatoire, la doctrine catholique enseigne principalement ceci : dès l'instant même où, dans la lumière du Jugement particulier elle a perçu l'horreur de ses fautes, l'âme se sent rejetée par elles loin du Dieu d'Amour dont elle découvre maintenant à quel point Il est son Bien suprême. Elle éprouve alors la souffrance intolérable de ne pouvoir, par sa faute, jouir immédiatement de cette béatitude parfaite au sein de la Trinité qui est sa sublime destinée et à laquelle elle aspire plus que jamais de tout son être. C'est cette sorte d'écartèlement qui constitue sa peine essentielle et c'est là un châtiment très dur.

Saint Thomas d'Aquin ne craint pas d'affirmer que la plus petite souffrance du Purgatoire est supérieure à toutes les douleurs d'ici-bas, à toutes les souffrances des martyrs et même du Christ en sa Passion...

On compare volontiers à un feu ce tourment intérieur de l'âme qui expie ses péchés au Purgatoire, mais il faut bien préciser que si feu il y a, ce ne peut être que celui de l'Amour de Dieu dont la vive flamme cautérise en elle toutes les plaies du mal et la pénètre de plus en plus, achevant ainsi sa divinisation. Ce qui est sûr également, c'est que cette âme connaît, malgré sa douleur brûlante, un indicible bonheur. Une espérance invincible la garde en effet dans la certitude que Dieu l'a sauvée et s'apprête à la glorifier. Elle savoure déjà par anticipation la joie ineffable qui sera la sienne lorsque, sa purification étant pleinement réalisée, elle ira se perdre à jamais dans les abîmes de la Trinité, éternel Foyer de l'Amour. Puissions-nous, en contemplant ce mystère du purgatoire, nous affermir toujours plus dans cette conviction que la plus grande misère pour un être humain, ce n'est pas de mourir, mais de naître à la Vie définitive de l’au-delà en étant pauvre d'amour, en n'étant pas encore mûr pour aimer parfaitement comme on aime au Ciel.

Cette manière de voir - qui est celle de la Foi - devrait bien sûr attiser notre zèle pour venir au secours des âmes de nos parents et amis défunts, sans oublier celles si nombreuses qui sont délaissées.

Elle devrait également augmenter notre désir d‘être purifiés sur cette terre. C’est tout à fait possible à condition d’y mettre le prix ; car même ici-bas la purification totale requiert de grandes souffrances : physiques, morales ou spirituelles.

Si aujourd'hui nous ne sommes pas assez généreux pour accepter avec amour la souffrance pure et nue, semblable à celle de Jésus sur la Croix et à celle de Marie la Mère des Douleurs, notre purification devra nécessairement s'achever au Purgatoire.

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 17:35

Toussaint

Le mois de Novembre qui commence par la célébration solennelle de tous les saints du Paradis et qui est tout entier consacré à la prière pour les âmes du Purgatoire remet chaque année devant nos yeux - à la manière d'une enseigne lumineuse en très grosses lettres - cette vérité fondamentale que nous proclamons à la fin du Credo : « JE CROIS A LA VIE ETERNELLE ».

Nous sommes ainsi invités à réfléchir en profondeur sur notre attitude par rapport à ce que l'on appelle en langage philosophique la finalité, c'est-à-dire le but suprême de notre existence. La vie éternelle nous apparait-elle vraiment come ce terme ultime pour lequel Dieu dans sa Sagesse nous a prédestinés et vers lequel nous devons tendre toutes nos énergies, orienter toutes nos pensées et toutes nos activités parce que nous avons la certitude qu'il sera la réalisation parfaite de toutes nos aspirations à la Vie, à la Vérité, à l'Amour et à la Joie dans un épanouissement plénier de tout notre être ?

En ces « temps mauvais » que nous vivons, qui sont de plus en plus dominés par un matérialisme destructeur de toutes les valeurs spirituelles ; où il n'est plus question que d'argent, de bien-être et de plaisir ; où la plupart des hommes se comportent comme s'ils devaient vivre perpétuellement en ce monde pour y jouir paisiblement des richesses matérielles qu'ils ont accumulées, nous avons un besoin particulièrement urgent de nous rappeler notre condition de voyageurs.

Ici-bas, en effet, nous ne sommes que des pèlerins perpétuellement en marche vers la « Jérusalem d’En-Haut », cette glorieuse cité du Ciel où nous avons, comme nous l'assure Saint Paul : « notre Maison éternelle qui n’est pas faite de main d'homme ». (2 Cor. 5. l)

Un jour, tôt ou tard, notre pèlerinage prendra fin.

Le dernier acte en sera la mort que le chrétien n'envisage jamais come une fin, mais comme une merveilleuse métamorphose de la vie terrestre en vie céleste.

« Pour ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n'est pas détruite, elle est transformée ». (Préface des défunts)

Dans cette perspective de la Foi chrétienne il y a un point sur lequel il me paraît capital d'insister, à savoir que la Vie éternelle, ce n’est pas seulement pour plus tard, après la mort, mais pour maintenant car elle nous est offerte et donnée dès cette terre. Révélation bouleversante qui devrait faire jaillir de nos cœurs le Magnificat de notre reconnaissance éperdue.

Jésus nous dit, en effet : « Celui qui croit en moi possède la vie éternelle ». (Il ne dit pas : aura la vie éternelle.)

Et St Jean dans sa première épître, lui fait écho en ces termes : « Je vous écris ces choses pour que vous sachiez que vous avez la Vie éternelle, vous qui croyez au Nom du Fils de Dieu ».

Par ailleurs, nous avons pu remarquer que les prières de la Liturgie expriment souvent cette Vérité, comme par exemple ce passage de la 6ème Préface des Dimanches ordinaires : « Dans cette existence de chaque jour que nous recevons de ta grâce, la Vie éternelle est déjà commencée ».

Il apparaît donc très clairement dans cette lumière que la Vie éternelle comprend comme deux étapes : une étape terrestre et une étape céleste.

Tout commence ici-bas dans l'état de grâce et tout s'achève au ciel dans l'état de Gloire. La mort n'est que le passage obligé de l'une à l'autre étape mais il y a une parfaite continuité entre les deux : « Le dernier battement de notre cœur divinisé sur la terre ne fait qu'un avec le premier grand battement de ce même cœur dans la splendeur des saints ». (Père Gardeil)

Ce qu'il importe de ne jamais oublier c'est que l'étape terrestre a pour but, dans le dessein de Dieu, de nous préparer, de nous pré-adapter pour ainsi dire à la Vie éternelle telle que nous la connaîtrons en sa plénitude céleste.

Comme nous le savons, la Vie éternelle a été déposée dans notre âme à l’heure du Baptême, mais à l'état de germe. Ce germe, c'est la Grâce sanctifiante qui est « semence de Gloire ». Or qui dit semence, dit exigence de croissance. La petite graine est appelée à devenir un grand arbre capable de produire des fruits en abondance. Toute la vie ascétique et mystique, c'est-à-dire tout le travail si ardu de notre « réforme intérieure » consiste à promouvoir cette croissance de la grâce en notre âme en faisant tous les jours de nouveaux progrès dans la Foi, l'Espérance et l'Amour, avec tous les moyens surnaturels dont nous disposons, sous la conduite de l'Esprit-Saint « qui achève toute sanctification » et avec l'assistance maternelle de Marie qui est le « beau moule » où l'on doit « se jeter et se perdre » pour devenir copie vivante de Jésus-Christ. (cf. Traité de la Vraie Dévotion N° 220)

Pour réaliser cet immortel chef d'œuvre de notre divinisation nous n’avons qu'une vie. Cela veut dire que toutes les minutes du temps que nous avons à passer sur terre sont extrêmement précieuses. Vivons-les en adhérant aussi parfaitement que possible à la volonté de Dieu, afin de parvenir à l'heure de la mort au degré d'amour que Dieu attend de nous pour l'aimer et le glorifier éternellement.

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 15:07

Toussaint

En nous faisant célébrer début Novembre la fête de TOUS LES SAINTS et la commémoration de tous les fidèles défunts, l'Eglise nous remet en présence d'une vérité fondamentale de notre Foi qu'en raison de notre mentalité individualiste nous avons trop tendance à oublier : le mystère si émouvant et si bienfaisant de la Communion des saints.

Les saints dont il est question ici ne sont pas seulement ceux – connus ou inconnus - qui peuplent le Paradis, ce sont aussi tous ceux qui sur terre ont été sanctifiés par la vie divine au moment du Baptême et qui gardent intacte cette grâce divinisante, principe de l'union à Dieu. Ainsi devons-nous comprendre l'expression : « les Saints » que Saint Paul employait fréquemment pour désigner les fidèles chrétiens de son époque. Si cette appellation n’est plus en usage, la réalité qu'elle exprime demeure : sont « saints » (à des degrés divers, bien entendu), tous ceux qui vivent en état de grâce et s'efforcent de progresser à tout instant dans l'Amour.

Un des traits qui caractérisent ces membres vivants de l'Eglise militante, c'est la « Communion », l'unité entre eux. Selon la doctrine lumineuse exposée par Saint Paul au chapitre l2 de sa Première Lettre aux Corinthiens, de même qu'il y a entre tous les organes du corps humain une sorte de communion vitale, il existe entre tous les membres de l'Eglise, Corps mystique du Christ, une communion spirituelle parce qu'une même vie circule en tous et crée entre tous une mutuelle dépendance.

Mais la Communion des saints ne se limite pas aux enfants de Dieu qui vivent actuellement sur la terre. Elle s'étend à ceux qui nous ont précédés et qui forment maintenant autour du Christ-Roi et de Marie Reine, l’Eglise du Ciel. Au ciel on ne vit pas d'une autre vie divine que sur la terre : c'est la vie divine reçue au Baptême qui s'épanouit et se manifeste avec un éclat extraordinaire. Mais c'est fondamentalement la même vie. Et c'est pourquoi il n'y a qu'une Eglise sur la terre et dans le ciel. Il convient même d'ajouter : en purgatoire.

Car nos frères qui se sont « endormis dans le Seigneur », mais dont la purification n'est pas totalement achevée au sortir de cette vie sont « saints » eux aussi ; car ils vivent eux aussi de la vie divine, mais ils attendent en quelque sorte « Sur le seuil » de la Maison du Père de pouvoir entrer « dans la joie de leur Seigneur ».

Dans une telle perspective, la terre, le Purgatoire et le Ciel ne sont pas des mondes séparés, ni même des pays limitrophes aux frontières bien protégées...

Le Ciel est ouvert et tout proche.

Ces saints, comme des frères aînés, se penchent amicalement sur nous tandis que nous sympathisons avec eux ; ils nous aident en intercédant pour nous selon le mot si émouvant de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre ».

Le Purgatoire, lui aussi, est à notre portée.

Ceux qui nous aimaient ici-bas nous aiment toujours, mais avec une charité épurée et brûlante et en échange de la protection qu'ils nous accordent, nous avons le pouvoir de hâter leur libération et leur bonheur par nos prières et l'offrande du Saint Sacrifice de la Messe.

N'oublions pas cependant - et ce devrait être là un sujet d’émerveillement perpétuel et d'immense réconfort - que cette solidarité si efficace au plan surnaturel s'exerce aussi très fort « à l'horizontale » c'est-à-dire entre les divers membres qui composent l'Eglise de la terre. Nous pouvons par nos prières, nos sacrifices et tous nos actes d'amour, communiquer fraternellement entre nous et nous entraider spirituellement les uns les autres. Il existe en effet une mystérieuse influence des membres du Corps du Christ les uns sur les autres. C‘est la raison pour laquelle on peut affirmer que la vie spirituelle de l'ensemble du Corps Mystique dépend en quelque sorte de l’état spirituel des divers membres.

Nul n'est saint, nul n'est pécheur pour soi seul.

Le corps tout entier éprouve le contrecoup de nos progrès dans la vertu ou de nos chutes.

Dès lors le chrétien doit toujours sentir peser sur lui sa responsabilité vis-à-vis de l'ensemble. Prenant davantage conscience de tout ce qu’il a reçu au point de pouvoir dire que « les plus belles pages de sa vie sont écrites par les mérites des autres », il ne veut pas se comporter en profiteur, mais contribuer par un don de plus en plus généreux de lui-même à augmenter le trésor commun.

Puissions-nous, par l'intermédiaire du Cœur très aimant de Marie qui ne cesse de battre pour son divin Fils et tous les membres de son Corps, pénétrer le plus souvent possible dans cet océan d'amour qu'est le mystère de la Communion des saints !

Pour tous nos frères et sœurs qui vivent actuellement l'épreuve terrestre, offrons nos prières et nos sacrifices : et que ces mérites s’en aillent aux quatre coins du monde aider les détresses lointaines et inconnues.

Et puis, dans notre milieu immédiat, celui qui nous est spécialement confié par Dieu, faisons rayonner la charité du Christ.

Soyons d'infatigables tisseurs de liens et des facteurs d'unité.

Efforçons-nous, pour notre part, de rendre plus réelle la Communion des saints.

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 13:53

Toussaint

Le 1er Novembre prochain, unis à tous nos frères et sœurs de l’Eglise militante, nous célébrerons la foule innombrable qui forme l'Eglise triomphante.

Il nous faudra les contempler longuement ces frères aînés qui, parvenus à l'état de Gloire, chantent leur joie indicible de participer à l’éternel « Festin des Noces de l’Agneau ».

Pour peu que nous soyons recueillis et attentifs, nous ne tarderons pas à percevoir leur présence, très discrète certes, mais si aimante, si encourageante et si entraînante. Nous comprendrons que tout en demeurant immergés en Dieu ils se penchent sur nous et nous font signe d'avancer - à pas d’amour - sur le rude chemin de la sainteté qu'ils ont parcouru eux-mêmes avant nous.

Comme ils seraient heureux s'ils pouvaient graver profondément en nos cœurs la certitude que notre couvert est mis à la table de Dieu et notre place réservée, à notre nom, puisque, nous aussi nous sommes invités à la Noce, en vertu du dessein de Dieu qui « dès avant la fondation du monde nous a choisis en Jésus-Christ pour être saints et immaculés en sa présence dans l’Amour » (Ephésiens I. 4).

Comme ils seraient heureux si leur intercession pouvait nous fortifier dans cette conviction qu'étant « nés de Dieu », « déjà enfants de Dieu » par la grâce du Baptême qui nous fait participer mystérieusement mais très réellement à la nature même de Dieu, nous avons à devenir pleinement ce que nous sommes, nous avons l'obligation de devenir « parfaits comme notre Père Céleste est parfait », de devenir saints comme Dieu est Saint.

« Ce que Dieu veut, affirme Saint Paul, c'est notre sanctification. »

La Bible nous révèle qu'en fait il n'y a qu'une seule sainteté : celle du Dieu Vivant Père, Fils et Saint-Esprit. Mais cette sainteté, Dieu ne veut pas la garder jalousement dans le sein de l'adorable Trinité. Il désire la répandre sans cesse. C'est pourquoi il l'a communiquée en plénitude à l'humanité de Jésus, son Fils Bien-Aimé et, d'une façon privilégiée, à l'incomparable Mère de ce Fils, la Vierge Marie.

Voilà pourquoi, par la Médiation de ce même Fils et par la Médiation de Marie (qui lui est subordonnée), Il la communique à toute l'Eglise et à chacun des membres de son Corps mystique : « De sa plénitude nous avons tous reçu, grâce sur grâce » (Jean I. l4 et 16).

Lorsqu'au moment du Baptême, Dieu a déposé dans notre âme la Grâce sanctifiante, qui est participation réelle à sa propre vie de connaissance et d'amour, Il nous a communiqué sa Sainteté, mais seulement à l'état embryonnaire, comme un germe ayant la capacité de grandir et de s'épanouir en fruits merveilleux de vie surnaturelle.

A nous de travailler, avec l'aide des grâces actuelles, au développement de ce germe divin ; à nous de faire fructifier les talents reçus par un exercice constant des Vertus théologales de Foi, d'Espérance et de Charité et par la pratique de toutes les vertus, ce qui requiert de notre part une ascèse exigeante, des efforts coûteux, parfois héroïques, inlassablement repris dans une obéissance toujours plus parfaite à la Volonté de Dieu.

Le jour où la Vie surnaturelle se sera développée en nous au point d'envahir tout le champ de nos activités, au point d'imprégner d'amour divin toute notre vie humaine - tant pour les détails que pour l'ensemble, et que nous pourrons dire en toute vérité comme Saint Paul « ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi », alors nous serons arrivés à la plénitude de la vie chrétienne, c'est-à-dire à la sainteté que Dieu attend de nous et pour laquelle il nous a créés.

Telle est donc notre sublime vocation rappelée solennellement en ces termes par le Concile Vatican II : « Tous les fidèles de quelque condition et de quelque état qu'ils soient sont appelés par le Seigneur, chacun dans sa voie, à la perfection de la Sainteté ». (Lumen Gentium)

Jamais les hommes n'auraient pu imaginer d'eux-mêmes pareille promotion, car il s'agit rien moins pour eux que d'être divinisés ! Que Dieu, notre Père, soit à jamais remercié pour tant d'Amour !

Supplions-le humblement pour qu'Il nous accorde à tous, par 1'entremise de notre Maman MARIE, « le moule » qui forme les saints, la grâce de le glorifier pleinement en devenant des âmes de cristal toujours plus rayonnantes de sa divine sainteté.

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 17:44

Votre cœur, ô Marie, don très précieux de notre Dieu, c’est celui de la Femme prédestinée conçu sans péché, modèle éclatant de toutes les vertus, miroir sans tâche de la Sainteté de Dieu.

C’est le Cœur contemplatif, tout vibrant d’amour de la Vierge totalement consacré à son Dieu dès le plus jeune âge, Temple de la Très Sainte Trinité inviolé par Satan.

C’est le Cœur extrêmement généreux de la petite servante, toujours disponible, toujours prête à dire « oui, me voici, qu’il me soit fait selon votre Parole ».

Cœur si affectueux et si doux de la Maman dont l’unique joie est de se fondre dans le cœur de son enfant qui est aussi son Dieu.

Cœur si douloureux de la Co-rédemptrice, mystiquement blessé de cette blessure même qui a ouvert sur la Croix le Cœur de l’Agneau immolé.

Ô Mère très Sainte, comme elle est vive la flamme de votre amour pour Dieu et pour nous !

Vos visites à la terre nous rappellent inlassablement que nous sommes pécheurs et qu’en votre Cœur maternel vous craignez pour nos âmes.

Vous qui avez la souffrance et jusqu’au paroxysme, et qui avez tout offert à Dieu, Mère courageuse, quel exemple admirable vous nous donnez dans votre coopération au Sacrifice Rédempteur !

Cœur transpercé par le glaive, meurtri par toutes les épines de nos péchés, comme vous savez envelopper de votre miséricordieuse tendresse vos pauvres enfants de la terre en marche vers le ciel, et comme vous êtes proche surtout de ceux qui continuent à vivre dans leur corps ou dans leur âme le mystère de Jésus agonisant et crucifié : donnez-leur de savoir transfigurer toutes leurs angoisses et toutes leurs douleurs en amour : un amour co-rédempteur, réparateur, glorificateur.

Et puisque votre Cœur, auquel nous confions le nôtre, dans lequel nous établissons le nôtre est à jamais lié par le Saint-Esprit au Divin Cœur de Jésus votre Fils, faites que sa puissance d’amour nous attire irrésistiblement à Lui et nous attache à Lui indéfectiblement pour le temps et l’éternité.

Ce Cœur de Jésus que vous avez formé, ô Mère entre toutes bénie, n’est-il pas la plus grande merveille de l’univers ?

Si nous sommes fascinés (et à juste titre) par l’idéale beauté de votre Cœur, combien le sommes-nous encore davantage par la splendeur incomparable du Cœur si aimant et si miséricordieux de notre Sauveur !

Ce Cœur absolument unique, non seulement nous l’honorons et nous le prions, mais nous l’adorons car il est « uni substantiellement au Verbe de Dieu ».

En Lui, « Tabernacle du Très-Haut » réside toute la plénitude de la divinité.

N’est-il pas comme les Evangiles nous le révèlent, le Cœur adorable du Fils Bien-Aimé, uniquement passionné pour la Gloire de son Père des Cieux, témoin lumineux de sa vérité et de son Amour, qui s’est montré parfaitement fidèle dans l’accomplissement de sa mission. Mais le Cœur de Jésus, c’est aussi le Cœur doux et humble du plus humain de tous les hommes, le frère universel : épanchant sur ses proches une exquise tendresse, affectueux pour les enfants, compatissant et secourable pour les malades et tous les affligés, bienveillant envers tous, miséricordieux, ô combien ! à l’égard des pécheurs.

Enfin, le Cœur de Jésus, c’est le Cœur du Rédempteur, du Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, de celui qui n’a rien épargné pour témoigner aux hommes l’absolu de son Amour, s’épuisant, se consumant, répandant son Sang jusqu’à la dernière goutte pour qu’en toutes les âmes le péché soit effacé et réparé et la vie divine abondamment communiquée...

Cœur de Jésus, broyé par la haine, l’injustice et l’égoïsme des hommes, vous saignez encore pour nous, chaque fois que votre message de sainteté et de bonheur n’est pas écouté, chaque fois que votre amour est rejeté...

Cœur Transpercé par la lance, Cœur ouvert, vous êtes la Porte Sainte qui nous invite à entrer pour que nous « demeurions en votre amour » et soyons ainsi peu à peu transfigurés, divinisés.

Sur cette terre, l’Esprit-Saint vous a unis indissolublement au Cœur admirable de votre très Sainte Mère.

Il ne cesse de vous unir plus magnifiquement encore dans les splendeurs de la Gloire Céleste.

Il est tout à fait logique par conséquent que les chrétiens vous associent dans une même dévotion comme cela nous est suggéré d’ailleurs sur la Médaille Miraculeuse.

Divin Cœur de Jésus en 1675 à Paray-le-Monial vous avez demandé que tous les fidèles se consacrent à vous spécialement.

Cœur Immaculé de Marie à Fatima, en 1917 vous avez demandé que tous les fidèles se consacrent à vous.

Très Saints Cœurs de Jésus et de Marie, avec joie, avec confiance, avec ferveur nous répondons à votre appel.

Nous venons vers vous et vous offrons tout ce que nous sommes, et ce que nous avons...

Car c’est en vous que reposent toutes nos espérances pour l’Avenir du Temps et pour l’Avenir du Ciel.

Amen !

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 13:10

Il est un texte bien connu du Nouveau Testament que nous ne méditerons jamais assez : l'admirable chapitre XIII de la Première Lettre aux Corinthiens ou St Paul nous dit : « J'aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je ne suis qu'un airain qui sonne ou une cymbale retentissante. J'aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères, avoir la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. J'aurais beau distribuer tous mes biens aux pauvres et livrer mon corps aux flammes, si ne n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien ».

Cette charité que St Paul nous présente comme un don supérieur à tous les autres (le charisme par excellence), qu'il exalte comme étant la valeur suprême de l'existence humaine, valeur irremplaçable, en dehors de laquelle on ne peut que gâcher sa vie et finalement rater sa destinée, qu'est-ce donc ?

Qu'est-ce que l'Eglise nous enseigne à son sujet ?

Il est capital pour nous de le savoir. Le mot charité tel qu'il est employé dans la langue française n'est pas toujours bien compris. Très nombreux sont ceux pour qui il évoque une action charitable, le geste qui vient au secours d'une détresse, alors que sa signification est autrement riche.

CHARITE traduit en effet le mot latin CARITAS qui est lui-même la traduction du mot grec AGAPE dont St Paul, St Jean et les premiers chrétiens se servaient pour désigner l'Amour divin, l'amour tel qu'il est en Dieu.

Ce qu'on désigne donc par CHARITE, c'est le plus grand amour possible c'est-à-dire l'Amour qui est Dieu (cet Amour infini qu'est Dieu) ainsi que l'amour qui, en nous, est de Dieu et va à Dieu. Cet amour qui, en nous, est d'origine divine ne doit pas être confondu avec l'amour naturel que nous pouvons et devons avoir pour Dieu créateur à cause de ses dons.

C'est un amour surnaturel qui a été infusé en nos cœurs au moment du Baptême et qui nous rend capables d'aimer Dieu du même amour dont Il s'aime Lui-même et d'aimer nos frères de ce même amour dont Il les aime.

Il n'y a donc pas en nous deux amours : l'un qui serait pour Dieu et l'autre qui serait pour le prochain, mais un seul amour qui dans un même élan nous porte à aimer Dieu et notre prochain.

Autrement dit, la CHARITE est comme la Croix du Christ, elle a deux dimensions : une dimension verticale qui tourne notre cœur vers Dieu et une dimension horizontale qui ouvre notre cœur à nos frères, mais c'est le même amour qui vient de Dieu, qui va à Dieu et qui nous relie à nos frères. Il n'y a pas de vraie charité, si l'une de ces dimensions vient à manquer. La CHARITE, c'est donc tout d'abord, en sa dimension verticale, une vertu par laquelle nous aimons Dieu en communiant à l'Amour qu'Il a pour Lui-même et cela pour Sa joie à Lui, pour Sa gloire à Lui...

Il importe, en effet, que nous soyons bien attentifs à cela : à savoir qu'aimer Dieu, cela ne consiste pas principalement à L'apprécier comme un moyen, un pourvoyeur de dons, ou un secours pour notre vie personnelle (ce qui serait de notre part un amour intéressé) mais que cela consiste à L'aimer comme Lui-même aime Son être, Sa vie, Sa joie, Sa beauté, Son infinie perfection.

Tant qu'il n'y a pas cette union de notre volonté à la complaisance que Dieu trouve en Lui-même, il n'y a pas exercice de la charité proprement dite.

Mais l'amour envers Dieu consiste aussi, bien sûr, à conformer notre volonté à la Sienne : « Vous m'aimez, dit Jésus, si vous observez mes commandements ».

Par la charité, nous disons OUI à tout ce que Dieu veut en ce monde et à tout ce qu'Il veut pour nous : nous y adhérons simplement parce que c'est Son bon plaisir, parce qu'en cela Il met Son amour et Sa joie.

Cette manière d'aimer, on le comprend, n'a rien à voir avec le sentiment. Il ne s'agit pas de sentir qu'on aime Dieu, mais de vouloir L'aimer.

Faisons donc en sorte que notre amour pour Dieu ne soit pas une recherche subtile de nous-mêmes, mais cet amour filial, totalement désintéressé qui faisait dire au Père de Foucauld : « Dieu est heureux et cela suffit ».

Voyons maintenant en quoi consiste la charité dans sa dimension horizontale, c'est-à-dire dans son extension à tous les hommes.

« Nous avons reçu de Dieu ce commandement, nous dit St Jean, que celui qui aime Dieu aime aussi son frère ».

Oui, le véritable amour de Dieu produit l'amour fraternel ; il le produit infailliblement, à tel point que là où il n'y a pas d'amour fraternel, on peut dire avec assurance qu'il n'y a pas d'amour de Dieu. Et c'est encore St Jean qui l'affirme : « Celui qui dit j'aime Dieu et qui a de la haine pour son frère est un menteur ».

La CHARITE, c'est en réalité le Cœur de Dieu en nous : elle nous rend capables, en effet, d'aimer tous nos frères quels qu'ils soient (en commençant bien sûr par les plus proches) de cet amour dont Dieu Lui-même les aime. Elle nous fait communier - et la encore ce n'est pas affaire de sentiment, mais de volonté - à l'amour que Dieu porte à tout être humain, cet être qu'Il a créé à son image et qu'Il a sauvé, recréé dans le sang du Christ, cet être en qui Il vit ou en qui Il rêve de vivre par sa grâce afin de le diviniser et de le béatifier.
C'est surtout cela, comprenons-le bien qui spécifie la Charité fraternelle : elle nous fait vouloir pour notre prochain et servir en lui son véritable bien qui est la vie de Dieu en lui et son développement jusqu'à la Vie éternelle.
Evidemment, cela exige de notre part un ensemble de qualités dont Jésus, qui est la Charité en actes, nous a donné dans l'Evangile un parfait exemple.
Ces principales qualités de l'amour fraternel authentique, de l'amour fraternel qui sans cesse donne, se donne et pardonne, St Paul les a énumérées, à la suite du texte cité en commençant : « La Charité, nous dit-il, est patiente, elle est serviable, elle n'est pas envieuse, elle ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil, elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s'irrite pas, elle n' entretient pas de rancune, elle ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais trouve sa joie dans ce qui est vrai. Elle excuse tout, supporte tout, espère tout et fait confiance en tout ».
C'est à la mise en pratique de ce programme de vie que nous devons nous appliquer généreusement, ne l'oublions jamais, si nous voulons vraiment « aimer comme Jésus a aimé ». Puisse Marie, la « Mère du Bel Amour », intercéder pour nous afin que brûle toujours plus ardemment en nos cœurs le feu divin de la CHARITE.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Regards sur Jésus
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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 10:21

Pour accomplir sa mission rédemptrice, Jésus, le Verbe fait chair, a choisi une voie d'extrême humilité. C'est dire toute l'importance qu'il attache à cette vertu sans laquelle il est impossible de parvenir à l'élévation sublime de l'union à Dieu. Seul, en effet, « celui qui s'abaisse sera élevé ».

Voulant nous faire comprendre à quel point l'humilité est la base de la vie spirituelle et la condition indispensable à son développement, St Augustin nous a livré cette réflexion qui est particulièrement frappante.

« Si vous me demandez ce qu'il faut d' abord pour être chrétien, je vous répondrai : l'humilité ; et ce qu'il faut ensuite : je vous redirai : l'humilité ; et ce qu'il faut encore : je vous répèterai l'humilité et aussi souvent que vous me poserez la question je vous ferai la même réponse ».

De son côté Ste Thérèse d'Avila affirme : « Qu'on n'avancera jamais beaucoup si on ne se décide à être humble ; manquer de cette vertu c'est tout perdre ».

Et elle explique que « tout ce qu'on fait sans humilité ne servira de rien parce qu'on ne peut pas avoir la charité sans être humble ». Autrement dit l'humilité est pour la charité ce que sont les fondements pour un édifice. Elle est la roche solide et sûre, sur laquelle toute âme chrétienne doit élever le « Château » de sa vie intérieure.

Fille de la Vérité et de la Justice, l'humilité rappelle à l'homme son origine et sa nature, puis réfrénant les ambitions démesurées pour sa condition elle le maintient à son rang et dans son rôle. Bref, elle rétablit l'ordre dans l'estime de soi et d'autrui.

Tout homme est en effet un mélange de bien et de mal. Mais tout le bien vient de Dieu, tandis que tout le mal est l'œuvre de l'homme seul. D'où le sentiment qu'il doit avoir de son indignité et le devoir qui lui incombe de rendre à Dieu tout honneur et toute gloire en lui attribuant tout le bien qui est en lui.

Et si l'homme considère ses semblables, il doit en premier lieu découvrir tout le bien qui est en eux pour en rendre également hommage à Dieu sans s'arrêter à ce qu'il y a de défectueux puisqu'il n'a pas à en juger. D'ou la préférence que tout homme doit accorder à son prochain sur soi-même.

« Que par l'humilité, dit St Paul, chacun estime les autres supérieurs à soi ».

L'humilité ainsi comprise est une des vertus les plus excellentes car en vidant notre âme de l'amour propre et de la vaine gloire elle y creuse pour ainsi dire une vaste capacité que Dieu ne demande qu'à remplir de sa grâce. Si vous avez l'intention de recueillir un peu de l’eau qui tombe du ciel, ce n'est pas le côté convexe de votre récipient que vous présenterez à cette eau, mais le côté concave. C'est ainsi qu'il convient d'agir avec le Seigneur.

Mais que faire concrètement pour pratiquer l’humilité d’une manière fructueuse ?

- Il faut aimer la dernière place.

Nous l'avons remarqué : chaque fois que Jésus nous parle de nos rapports avec le prochain, il insiste toujours pour que chacun prenne la place de celui qui sert et se considère comme le serviteur des autres : « Le plus grand parmi vous se fera votre serviteur ».

Si donc nous avons quelque autorité sur le prochain, n'oublions pas qu'elle nous a été donnée non pour notre honneur mais pour le service des autres.

Si au contraire rien ne nous élève au-dessus du niveau commun, ne nous mettons pas en avant pour être en vue.

Enfin, si notre place est celle de l'inférieur, occupons-la volontiers sans jamais chercher à en sortir : « La seule chose qui ne soit pas soumise à l’envie,disait Ste Thérèse de Lisieux, c'est la dernière place ; il n'y a donc que cette dernière place qui ne soit point vanité et affliction d'esprit ».

- Il faut accepter les humiliations.

Nous avons tous très certainement le désir d'être humbles, mais souhaitons nous avec la même ardeur les humiliations qui viennent de nous ou des autres ? Elles sont pourtant nécessaires pour parvenir à une humilité véritable. Tâchons donc de les accepter paisiblement et de les supporter avec patience, car c'est par elles que le Seigneur brise le plus efficacement notre orgueil : « Il faut beaucoup d'humiliations,disait Ste Bernadette, pour obtenir un peu d'humilité ».

- Il faut aimer la vie cachée.

Si nous voulons imiter à fond l'humilité de Jésus, de sa très Sainte Mère et de Saint Joseph, nous devons nous efforcer de reproduire dans toute notre vie le mystère si étonnant de leur vie cachée et cela en voilant comme eux tout ce qui, en nous, pourrait attirer l' attention ou les louanges d' autrui, en dérobant à la vue des autres tout ce qui pourrait nous singulariser et en fuyant autant que faire se peut toute marque de distinction : « Aime à vivre inconnu et tenu pour rien ». Nous dit l'Imitation de Jésus-Christ.

Parlant de l'humilité, une sainte religieuse, la bienheureuse Marie de Jésus-Crucifié (Mariam, la petite arabe) - dont l'âme resta simple et Candide au milieu des grâces vraiment extraordinaires dont elle fut l'objet - déclarait ceci : « Sans l'humilité nous sommes dans les ténèbres tandis qu'avec l'humilité, l'âme marche la nuit comme le jour. L'orgueilleux est comme le grain de froment jeté dans l'eau : il enfle, il grossit ; exposez ce grain au soleil, au feu : il sèche, il est brûlé. L'humble est comme le grain de froment jeté en terre : il descend, il se cache, il disparaît, il meurt, mais c'est pour reverdir au ciel ».

« Imitez les abeilles, disait-elle encore, cueillez partout le suc de l'humilité. Ce miel est doux ; l'humilité a le goût de Dieu ; elle fait goûter Dieu ».

Retenons surtout et méditons ces dernières paroles : « L'humilité a le goût de Dieu, elle fait goûter Dieu ».

Elle a le goût de Dieu parce qu'elle est la marque du divin, de la présence de Dieu ici-bas soit dans les personnes, soit dans les œuvres, et elle fait goûter Dieu, car Dieu se donne magnifiquement et comble dès cette terre de sa douceur et de sa Paix l'âme qui, s'étant vidée totalement d'elle - même, ne désire que Lui et ne vit que pour Lui, avec Lui et en Lui.

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