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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 09:06

ou comment Jésus s'est fait poulet !

Pour fêter la Nativité, L'Observateur Paalga, quotidien burkinabé, publie un conte de l'abbé François-Xavier Damiba. Une assemblée des animaux se réunit pour désigner lequel d'entre eux peut incarner Dieu. 

jungle.jpgDessin de Kazanevsky, Ukraine.

Le Lion, le premier s’avança et dit : "Moi, le roi de la forêt, vous me donnerez sûrement raison lorsque j’aurai fini de parler. C’est simple, le grand message de Noël tourne autour de trois mots : 'Joseph ; lui ; aussi'. Lisez ce que dit l’évangéliste : 'Joseph lui aussi quitta .... [la ville de Nazareth, en Galilée, pour monter en Judée]. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte' (Lc 2 : 4-5). Ce que l’Ecriture veut nous enseigner, c’est que Joseph était un homme ordinaire qui menait des activités ordinaires mais dans la grande conscience qu’il était l’époux de Marie. 'Joseph lui aussi...' Qu’est-ce à dire sinon que la sainteté, pour le chrétien, consiste à faire comme tout le monde en se souvenant qu’il est quelqu’un d’autre ? C’est cela le message de Noël ! Jésus peut naître. Je serai son père et on m'appellera : 'Père Tout-Puissant !'

"L’assemblée garda le silence et la Girafe dit : "Je n’ai rien contre un Dieu carnivore, mais j’ai peur que le jour des Rameaux il ne trouve point de monture pour son entrée messianique à Jérusalem. Un lion sur un âne ! Chacun croira à une scène de prédation, tous s’en iront en débandade et il n’y aura ni hosanna, ni alléluia. Non, laissez le petit naître chez moi, laissez-le être Girafon et on l’appellera : 'Fils du Très-Haut !'

"Le Poisson, qui n’était pas de son avis, contesta : "Noël nous rappelle que Dieu est petit. Le peuple attendait un roi puissant, il naît un bébé sans défense. Dieu est petit et il s’apparente aux pauvres, aux faibles, aux étrangers, ses frères. Il n’a pas voulu prendre le visage d’un roi ravageur ou celui d’une arme de destruction massive, car il sait que la véritable victoire ne s’obtient pas par les armes, mais par la douceur."

"L’Escargot dit : "Ecoutez-moi bien, bonnes gens ! Le vrai message de Noël, le voici : Dieu seul sait ce qu’il faut à chacun. Ne le voyez-vous pas ? Le Seigneur seul sait ce qui est bon pour l’homme. Quand je parle des hommes, j’embrasse les animaux, bien sûr ! Il faut donc apprendre à accueillir le don de Dieu comme il vient. Tu espérais beaucoup d’enfants dans ton foyer et tu n’en as même pas un seul, accueille le don de Dieu et dis merci. C’est ce qu’il te faut, selon le dessein mystérieux de Dieu. Tu rêvais d’un mari doux et te voilà embarquée à jamais avec un buveur de 'lait de panthère' [qui désigne le pastis dans le langage codé des buveurs], accueille le don de Dieu et dis merci. C’est ce qu’il te faut, selon les voies insondables de Dieu. Ainsi, moi, l’Escargot, Dieu m’a doté en tout et pour tout d’une coquille et je m’en contente.

"Tu as raison, renchérit la Souris : "Dieu seul sait ce qu’il faut à chacun. A Adam et Eve, il savait qu’il fallait tout, sauf des pommes. Et ces malheureux ont eu tort de tenir coûte que coûte à manger ces fruits. Au lieu de manger les pommes, ils auraient dû manger le serpent qui, lui, n’était pas interdit. Ils l’ont compris, mais un peu tard.

"On se dépêcha de couper la parole à la Souris, car le Serpent, qui manque souvent d’humour, commençait à se sentir morveux. L’assemblée faillit néanmoins se laisser convaincre par le discours de L’Escargot et de son ami rongeur, mais quelques-uns pensèrent : "Si nous laissons Jésus être un escargot, il ne pourra jamais dire à ses disciples : 'Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père', puisqu’il vit dans une cellule monocoque !

"L’inconvénient parut majeur au grand nombre, et l’on passa au candidat suivant, qui n’était autre que le Charognard. Il déclara d’un air solennel : "Mon frère l’Escargot a dit quelque chose d’important. Il a parlé d’un Dieu qui donnait un enfant à son peuple au lieu de lui donner des guerriers. C’est dire qu’il a donné une partie de lui-même, qu’il s’est donné lui-même. Voilà donc le message de Noël : le don de Dieu, c’est Dieu lui-même. Cette compréhension originale de Noël ne mérite-t-elle pas que Jésus soit bien mon rejeton ?

"Le Ver de terre prit alors la parole et dit : "Il n’y avait pas de place pour lui dans la salle commune quand Dieu vint sur Terre. Alors, il alla loger dans une mangeoire. Noël nous rappelle que Dieu n’habite pas partout, Dieu habite là où on le laisse entrer. C’est dire qu’il faut prévoir une petite place pour Dieu en toute chose. L’homme du premier Noël avait le temps d’accueillir Dieu, mais il n’avait point de place.

L’homme d’aujourd’hui a de la place pour accueillir Dieu : des moquées, des églises, des temples, mais il n’a point de temps. Cette finale plutôt prétentieuse énerva beaucoup de majestés, qui se contentèrent de lui faire observer que sa proposition ne respectait ni l’esprit ni la lettre de l’Ecriture, puisque le Fils de l’homme doit porter des vêtements pour ne pas effrayer les femmes et les enfants. Bien plus, s’il est nu comme un ver, que vont se partager les soldats après sa mort ?

Le Ver voulait de nouveau argumenter quand sire Hyène leva la main et gronda : "Vous êtes tous des rêveurs ! Jusque-là, personne n’a parlé de nourriture. C’est important, la nourriture, dans la théologie de Noël ! C’est une grave erreur de votre part, mes frères, car Dieu est pain de vie et c’est cela le grand message de Noël. Ignorez-vous que Bethléem signifie 'maison de pain' ? Ah oui, manger ! C’est cela Noël : 'Je mange, je remange, je bismange, je trimange.' Du présent ! Le présent de l’indicatif, c’est mon temps préféré, du reste ! Je ne suis pas comme le Charognard qui aime le passé décomposé !

"A ces mots, la Tortue voulut lâcher un pétard pour approuver son associé, mais on la pria de se retenir pour ne pas indisposer les Anciens. Alors, la Chèvre, le Canard et la Pintade – les ennemis jurés de la Hyène – se dressèrent comme un seul homme et protestèrent : "Il ne convient pas que le fils de cet individu devienne Dieu, car il sera incapable de jeûner quarante jours et quarante nuits.

"Chacun trouva que l’objection était d’un poids christologique incontournable et l’on donna la parole à Sa Majesté le Cochon, qui commençait à trépigner d’impatience. Il lança sans hésiter : "Quelque chose d’important manque à votre théologie de Noël, vous ne soulignez pas que Dieu nous apparaît toujours déguisé ! Ne le voyez-vous pas ? Dieu nous arrive toujours par des voies inattendues, il nous apparaît toujours sous le visage du même et de l’autre : voilà la signification profonde de Noël ! Vous voyez bien que je mérite d’être le père du divin enfant ! L’assemblée ne répondit rien, mais, visiblement, personne ne voulait d’un Dieu Cochon.

L’Ecureuil, qui n’a pas froid aux yeux, osa le dire, après s’être assuré qu’il se trouvait à bonne distance de l’omnivore : "Je n’ai rien contre personne, mais je pense qu’il serait sage que nous évitions d’avoir un Dieu Cochon. Il ne pensera qu’à son ventre et ne multipliera le pain que pour sa famille.

"Beaucoup de candidats passèrent, mais l’on trouva toujours à redire : l’Hirondelle ? Elle ne fait pas le printemps. Or le Christ doit faire le printemps. Le Chien ? Ce sera un Dieu bagarreur. Il ne pourra jamais dire : "Heureux les artisans de paix... !" Sans oublier que sa famille prône l’union libre ! Le Crapaud ? C’est un type sans histoires, mais il n’a pas de langue : il ne pourra pas parler aux foules ! Le Grillon ? Il fait beaucoup de bruit. Dieu ne fait pas de bruit.

La nuit était bien avancée et l’on ne parvenait toujours pas à désigner l’animal dont le fils serait le Messie. On se mit alors d’accord : Jésus serait Agneau, fils du Mouton. Mais voilà, l’agneau était absent. Il était au marigot en train de laver les vêtements du Loup. Vous savez, chez les animaux, quand les types de 200 kilos manifestent leur désir, les types de 40 kilos les écoutent. C’est alors qu’on se rappela ces grandes paroles de l’Ecriture : "Jérusalem, Jérusalem, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes !" Quand le Porc-épic est en voyage, n’est-ce pas le Hérisson qui le remplace, comme le dit le proverbe ? On se saisit alors de la Poule, on l’emmaillota comme il faut, puis on la coucha dans la crèche et la fête commença. Chacun venait s’incliner devant la mangeoire et disait : "Bonjour Petit Jésus, bonjour notre nourriture !" Le Dindon faisait la roue pour amuser le petit, tandis que le Singe était aux barres parallèles. Les Crapauds entonnèrent un gloria à sept voix. La Tortue, elle, était enfin libre de lancer ses pétards. C’était vraiment Noël ! C’est depuis ce temps que les hommes mangent du poulet à Noël. [C'est la tradition au Burkina Faso.] C’est pour se rappeler le Noël des animaux ; c’est pour se souvenir que Dieu s’est fait bonne nourriture pour tous.

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