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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 00:05

2-advent-1.jpgChers frères et sœurs, les textes liturgiques du Temps de l'Avent évoquent à plusieurs reprises la figure vraiment fascinante de Jean-Baptiste qui fut, comme chacun sait, le dernier des prophètes et le Précurseur du Messie.

Dans l'Evangile, c'est Jésus Lui-même qui fait son éloge, et quel éloge ! « 0ui, je vous le dis, parmi les hommes il n'en a pas existé de plus grand que Jean-Baptiste ».

Pourquoi Jésus le juge-t-il si grand ?

Ne serait-ce pas parce qu'Il voit en lui un homme particulièrement exemplaire ?

Oui, un homme dans le sens plénier du terme, un homme authentique, tel que Dieu le veut, c'est-à-dire une conscience, une droiture, une fidélité, inflexible au devoir.

Il nous sera particulièrement profitable - à nous surtout, qui voulons vivre selon l'esprit évangélique - de contempler durant quelques instants les traits marquants de cette physionomie spirituelle hors du commun, tels qu'ils nous apparaissent à travers l'Evangile.

Jean-Baptiste, c'est tout d'abord un homme qui a littéralement la passion de la Vérité et qui jamais ne consentira par opportunisme à l'accommoder, à la diminuer ou à la déformer. Pour lui, il n'y a pas deux vérités, il n'y a pas deux morales.

Lorsqu'il doit s'adresser à la grande foule, je veux dire à ces gens qui ne sont ni des héros, ni des criminels, mais des médiocres et des faibles, il ne dissimule pas les commandements essentiels, il ne force pas non plus leurs exigences : aux collecteurs d'impôts, il dit tout simplement : « Ne chargez pas indûment les contribuables... » Aux soldats : « Ne soyez ni violents, ni pillards ».

Mais quand il a devant lui ces orgueilleux hypocrites qui se flattent d'être sauvés par leurs privilèges religieux et leurs situations, il les démasque avec la dernière vigueur : « Races de vipères, leur lance-t-il, arbres pourris menacés par la hache... »

Et pas un instant il ne s'inquiète des conséquences de ces invectives contre les puissants de ce monde. Ce qui lui importe par-dessus tout, c'est d'être le porte-parole, le haut-parleur de Dieu. Jean-Baptiste, c'est aussi 1'homme qui ne se laisse impressionner ni par la réussite, ni par l'épreuve : ce n'est ni au succès, ni à l'échec qu'il demande des conseils : « Le succès et l'échec, ces deux imposteurs », nous dit un penseur moderne.

Ici encore, nous devons nous rappeler sa carrière extraordinairement contrastée. Il a été l'homme des grands triomphes, celui qui remue les foules, qui jette tout un peuple sur les routes et le voit accourir à lui, celui qui déchaîne les enthousiasmes et dont on dit : « C'est un grand prophète, c'est peut-être le Messie le Libérateur tant espéré... »

Or, pas un seul instant cette popularité ne lui fait tourner la tête.

Rien n'est capable de le faire dévier : coûte que coûte il reste fidèle à sa mission. C'est une âme pleinement maîtresse d'elle-même qui ne se laisse pas manœuvrer.

Mais voici que le moment arrive où le précurseur voit fléchir cette énorme popularité : il devient l'homme dont on se détache et dont la gloire s'éclipse au profit d'un autre : celle de Jésus de Nazareth, Celui qu'il a lui même désigné comme l'Agneau de Dieu venu pour sauver les hommes. Il n'y a pas d'amertume cependant dans le cœur de Jean-Baptiste ; pas la moindre trace de jalousie : il considère que ce renversement est dans 1'ordre. Sa profonde humilité l'incite à s'effacer pour laisser passer Jésus devant : « Il faut qu'Il croisse, dit-il, et que moi je diminue... »

Il y a plus douloureux encore, car sa destinée brusquement tourne au tragique : le voilà en prison, une prison sans espoir.

Désormais sa carrière est brisée... Et cependant Hérode qui le retient captif, n'échappe pas totalement à son influence : peut-être pourrait-il, en étant plus diplomate, plus conciliant, obtenir sa libération ?

Seulement Hérode se comporte comme un pécheur vraiment scandaleux et pour Jean il n'est pas question de transiger avec la loi morale qui exprime la Volonté de Dieu. C'est un homme qui sait dire non quand c'est non...et du fond de son cachot, il ne cesse de reprocher à Hérode sa mauvaise conduite : « Il ne t'est pas permis de garder la femme de ton frère ».

Certes, il a parfaitement conscience que ce non intransigeant, c'est l'équivalent, pour lui, d'un arrêt de mort...

Mais d'avance, il en a accepté toutes les conséquences. Il ne tardera pas d'ailleurs à être décapité ; l'Evangile nous dit en quelles circonstances : mort obscure, stupide en apparence, mais au regard de Dieu, mort glorieuse, suprême témoignage d'un serviteur fidèle dont la conscience n'a jamais capitulé.

Telle est la personnalité vigoureuse que l'Eglise propose à notre admiration et plus encore à notre imitation. La grandeur de Jean-Baptiste, c'est d'avoir été, c'est d'être toujours resté l'homme de sa vocation, celui qui a accompli uniquement et entièrement ce que Dieu attendait de lui. Cette grandeur-là porte un nom : c'est la sainteté.

Laissons-nous donc instruire par cette vie exemplaire, si droite, si héroïque, si lumineuse. Mettons-nous à sa rude, mais excellente école. Nous en avons particulièrement besoin en ces temps que nous vivons, où trop souvent, hélas ! Prédominent une incroyable confusion des idées, un déplorable esprit de compromission et de facilité, et surtout ce déclin de courage que Soljenitsyne n'a pas craint de stigmatiser en de nombreux écrits ou discours. Et si à certaines heures, le devoir nous paraît trop exigeant, trop périlleux, trop lourd, s'il soulève nos répugnances ou nos peurs, souvenons-nous que ce héros, ce grand saint que fut Jean-Baptiste, fut d'abord un homme comme nous ; non pas un bloc de marbre, mais un cœur, une sensibilité délicate, une nature capable de souffrir, et qu'il a éprouvé lui aussi nos répulsions et nos agonies.

Seulement il a trouvé la force de surmonter tous ces obstacles dans cet amour de Dieu si ardent, si généreux qu'il ne cessait de puiser aux sources vives de la prière et de la pénitence. Ces mêmes moyens : la prière et la pénitence qui permettent de se dépasser, qui permettent de progresser chaque jour dans la Foi, l'Espérance et la Charité, Jésus nous les a recommandés instamment. Ils sont absolument indispensables. Celui qui prétend pouvoir s’en passer ne mérite plus le nom de chrétien.

Et nous savons que nous pouvons compter en outre sur la Grâce surabondante des sacrements (Confession sacramentelle et Eucharistie) et sur l’aide si efficace de Marie, la Médiatrice de toutes les grâces, qui, en étroite Coopération avec le Saint-Esprit, forme en nous le Christ... Evoquant un jour le ministère de son Précurseur, Jésus disait : « Jean fût un flambeau qui brûle et qui luit ».

Toutes proportions gardées, n'est-ce pas, frères et sœurs, la mission qui est assignée à chacun d'entre nous ? Alors, que nous soyons grand flambeau ou petite flamme, peu importe ! A la place et dans les conditions de vie qui sont les nôtres, tous nous sommes appelés à éclairer le monde par notre foi et à le réchauffer par notre amour. Surtout « n'ayons pas peur », car la main du Seigneur est aussi avec nous et Marie nous enveloppe de sa tendresse maternelle.

Par notre fidélité à l'Eglise et aux engagements particuliers que nous avons pris, par la vigueur de notre témoignage, soyons les messagers infatigables de Jésus, soyons les précurseurs de l'Unique Sauveur... Ouvrons la route au Seigneur qui vient pour établir son Règne de Justice, d'Amour et de Paix.

 Amen.

2-advent-2nb.jpg

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année B
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