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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 11:48

Le passage de l’Evangile de saint Marc nous fait entrer dans l’intimité des 12 apôtres qui, sous la direction incomparable de leur Maître et Seigneur, le Christ-Jésus sont en train de faire leur noviciat : le noviciat de cette vie religieuse authentique qui consiste à l’imiter lui le Parfait religieux de Dieu, en communiant le plus possible à sa pensée, à sa volonté et à sa manière d’agir.

Jésus qui, en pédagogue particulièrement avisé, ne laisse passer aucune occasion d’instruire et de former ses apôtres, s’efforce durant cette halte qu’ils font à Capharnaüm, de les faire progresser en partant d’une discussion fort animée qu’ils ont eue tout à l’heure, chemin faisant. Hélas, on se trouve en pleine inintelligence. Les apôtres, en effet, ne comprennent pas ce que Jésus leur explique... Sans doute parce que c’est difficile, mais aussi parce qu’ils sont préoccupés par autre chose : des questions de prestige et de supériorité. Il s’agit de savoir qui, parmi eux est le plus grand ? L’espoir d’être, un jour, les ministres du futur Roi-Messie leur est monté à la tête.

Ne dédaignons pas, frères et sœurs, de méditer quelques instants sur ces histoires d’ambition et de préséance, si lamentables, quand on songe qu’il s’agit de gens choisis avec amour par Jésus, un Jésus qui s’efforce de leur montrer par quel chemin coûteux on sauve sa vie et on sauve les hommes... Cela prouve que personne n’est à l’abri de l’ambition, même en fréquentant Jésus. Combien de gens, très simple au début, ont été grisés par le plus petit galon de « responsable » ! Pourtant, l’Evangile devrait être un contrepoison efficace. En nous révélant les goûts de Jésus, il nous révèle les goûts de Dieu. Impossible de ne pas voir que Jésus déteste trois choses : l’hypocrisie, l’argent et l’ambition. Venu pour servir, il le répète assez, il sent très vivement que l’ambition est le cancer du service. On ne peut pas être plein de soi et se soucier des autres, c’est mathématique. Mais l’orgueil surtout pervertit inexorablement ce que l’on voudrait appeler encore dévouement. Le mélange des deux désirs : servir et dominer est si perfide que Jésus réagit avec la plus grande vigueur. Il s’assied, convoque les douze et d’une façon solennelle il énonce le principe évangélique qui met une distance absolue entre la volonté de puissance et le dévouement.

« Si quelqu’un veut être le premier qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».

Vouloir être le premier n’est pas condamné, loin de là ! Car il faut des chefs et ces chefs sont une chance pour toutes les communautés, dans l’Eglise, comme ailleurs. Certains ont manifestement des dons pour cela. Quand leur entourage les désigne ou une autorité supérieure, se dérober serait de l’égoïsme et aussi de la lâcheté devant le don de soi que cette promotion va exiger. Et justement, Jésus demande à celui qui est premier un travail de service qui doit s’effectuer d’abord dans son cœur. Pas question de céder à l’instinct et à la griserie : il faut qu’il se considère comme le dernier, qu’il cultive sans cesse l’humilité, cette vertu qui selon la définition de saint Thomas d’Aquin : « freine le désir désordonné de notre propre grandeur et pousse l’homme à l’amour de ce qu’il est en vérité ». Ce renversement qu’il devra réaliser est si invraisemblable que seul Jésus pouvait ériger en principe cette folie : « se faire le dernier ». Et pour être sûr qu’on ne cherchera pas une échappatoire, il précise bien : le dernier de tous, le serviteur de tous.

Ensuite pour bien montrer que son enseignement n’est pas seulement une théorie, une belle leçon de morale, Jésus l’illustre par une leçon de choses. En Orient, les enfants ne manquent pas dans les rues ou sur les places. Ils ne sont pas timides, ils se faufilent partout... Prenant un de ces enfants, Jésus le place au milieu du groupe, le serre dans ses bras et l’embrasse. Pour nous ce geste n’a rien d’étonnant, mais il l’était pour les apôtres, car à cette époque-là l’enfant ne tenait pas dans la société la place qu’il tient aujourd’hui : il ne jouissait d’aucune considération, on ne s’intéressait pas à lui et on le repoussait même sans le moindre ménagement.

Pourquoi Jésus l’a-t-il choisi ? Ce n’est pas pour sa grâce, son sourire, son innocence, mais pour sa fragilité, sa faiblesse, sa dépendance totale aux autres. Il ne pouvait en fait rien trouver de plus significatif pour souligner qu’à ses yeux, la plus grande valeur ne dépend pas du rang, des honneurs ou de la considération mais de la pauvreté, du dénuement et de l’insignifiance. Et comme il ne donne aucun enseignement qui ne soit accompagné, de son propre exemple, Jésus aurait pu ajouter à son geste et aux paroles que nous rapporte saint Marc que cet enfant-là, il l’a été lui-même, n’ayant pas jugé déshonorant, lui le Verbe de Dieu de paraître, au milieu de nous, comme un petit enfant et donc d’occuper la dernière place, et que cette dernière place qui a été la sienne à Bethléem et à Nazareth, il l’occupera encore lorsqu’il souffrira sa Passion.

Là encore, frères et sœurs, ne sera-t-il pas le dernier de tous : rejeté, humilié, méprisé, traité non plus même comme un enfant qu’on écarte, mais comme un objet sur lequel on crache avant de le clouer sur une croix : ce sort qu’on réserve aux esclaves et aux grands criminels. Mais, s’il l’a choisie cette place la plus abjecte n’est-ce pas pour nous convaincre que la seule priorité, c’est celle de l’amour ? Un amour qui ne se paye pas de mots, mais qui se met au service de tous, sans exception, (avec une préférence cependant pour les plus petits, les plus pauvres) ; un amour qui inlassablement donne, se donne et pardonne.

Puissions-nous, chers frères et sœurs, devant la crèche de Bethléem, devant la croix du Calvaire où meurt d’amour Jésus « le Serviteur souffrant », devant l’exemple si admirable de Marie la petite servante du Seigneur, et devant l’exemple de tous les saints reprendre nos vraies mesures. L’humilité à laquelle nous somme invités n’est ni un reniement des dons que nous avons reçus, ni une fuite des responsabilités qui sont les nôtres, mais l’acceptation objective de ce que nous sommes avec nos limites, nos faiblesses et surtout la conscience de notre dépendance essentielle à l’égard de celui auquel nous devons tout.

Disons-nous bien, frères et sœurs, que si nous aspirons aux premières places, nous nous coupons de cette dépendance. Par contre, si nous recherchons, publiquement ou secrètement, la dernière place, alors, nous laissons à Dieu le soin de nous placer lui-même. Et c’est beaucoup plus sûr !

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année B
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