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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 10:08

Dimanche des Rameaux ; 8 avril 1979

A) Le peuple que rencontra Jésus vit dans une ambiance nationale de frustration… unité perdue, sans indépendance, pauvre et avec une religion falsifiée.

Tout d’abord, je regarde vers vous ainsi que moi-même et je me sens comme faisant partie de cette humanité qui est sortie, il y a vingt siècles, à la rencontre de Dieu qui venait pour sauver dans l’histoire. Il y a vingt siècles, la population de Jérusalem avec ses jeunes et ses enfants qui coupèrent des branches des palmiers sortit à la rencontre du Seigneur. C’était un peuple qui avait perdu son unité, son indépendance. Un peuple pauvre et avec une religion qui s’était faussée. Il demeurait un reste qui allait toujours se sauver dans l’histoire d’Israël. C’est ainsi qu’on le nomme dans la Bible : « Le reste d’Israël ». En ce « reste » se trouvait le Salut que Dieu apporte, parce que de là provient le Fils de David que l’on acclame aujourd’hui : bénis celui qui vient ! Hosanna au Fils de David !

B) Le dimanche des Rameaux d’aujourd’hui.

Les peuples de la terre actuelle. La Rédemption est un problème concret pour chacun. Cette procession que nous avons faite depuis l’église du Calvaire rappelle qu’au cours de la longue Histoire de l’humanité, ce sont nous aujourd’hui qui sommes les protagonistes de l’histoire et qui venons à la rencontre de Jésus. Le Pape (Jean-Paul II) dit, dans sa récente encyclique que le problème de la Rédemption de Jésus concerne chaque être humain : « Il ne s’agit pas de l’homme abstrait, mais bien réel, de l’homme concret, historique ; il s’agit de chacun parce que chaque humain a été compris dans le mystère de la Rédemption… l’homme est son unique et irréfutable réalité. » Ceux qui sortirent à la rencontre de Jésus, à Jérusalem, il y a vingt siècles, furent des hommes et des femmes de leur temps qui portaient l’histoire de leur peuple avec ses frustrations et ses espoirs. Aujourd’hui, ici, ce sont les Salvadoriens avec notre propre histoire et non pas seulement comme un peuple quelconque, c’est chacun de nous.

Les visages des hommes latino-américains

Nous sentons que le Christ est mon Rédempteur et qu’Il est le Rédempteur de tout le peuple et je sens que de cette procession se démarque ce que Puebla vient d’écrire : le visage de l’homme latino-américain. « Visages d’indigènes et souvent aussi des Afro-Américains qui vivent marginalisés et dans des situations infra humaines, peuvent être considérés comme les pauvres parmi les pauvres. Visages de paysans, continue Puebla, qui en tant que groupe social vivent relégués sur presque la totalité de notre continent, manquant de terre, en situation de dépendance interne et externe soumis à un système de mise en marché qui les exploite. Visages d’ouvriers souvent mal rétribués et avec des difficultés pour s’organiser et pour défendre leurs droits. Visages de marginaux et de surpopulation urbaine dans les ghettos, avec le double impact du manque de biens matériels, face à l’ostentation de la richesse des autres secteurs sociaux. Visages de sous-employés et de chômeurs, mis à pied par les dures exigences des crises économiques et souvent des modèles de développement qui soumettent les travailleurs et leur famille à de froids calculs économiques. »

Dans cette procession nous pourrions voir ce que Puebla continue d’observer en Amérique latine : « Visage de jeunes, désorientés parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société et frustrés, surtout dans les zones rurales et urbaines marginales, par le manque d’opportunité de formation et d’occupation. Visages d’enfants, frappés par la pauvreté dès la conception, à cause des déficiences mentales et corporelles irréparables qui les accompagneront toute leur vie ; les enfants des rues de nos villes, souvent exploités, fruit de la pauvreté et de la désorganisation morale et familiale. Visages d’anciens, chaque jour plus nombreux, fréquemment marginalisés de la société du progrès qui fait abstraction des personnes improductives. » C’est cela la procession de notre dimanche des Rameaux. Nous pourrions continuer en citant ici nos réalités actuelles.

La réalité de notre patrie. Ce sont les pauvres desquels on vient d’analyser la réalité de notre patrie à la Commission Éducative Permanente du Conseil Interaméricain Économique et Social de l’OEA où participèrent trois de nos ministres, le Président de la Banque Centrale de Réserve et l’Ambassadeur salvadorien aux États-Unis. D’après cette commission, la population salvadorienne depuis 1974 a été chaque fois davantage moins nourrie, accusant une carence alimentaire de 16 % à ce qui est recommandé pour un être humain normal. Il existe un secteur encore plus nécessiteux qui vit avec une carence de 44 % du seuil de protéines recommandées. Ce qui signifie que le peuple salvadorien, qui marche actuellement à la rencontre du Christ, vit avec un niveau de malnutrition élevé qui constitue une cause importante du taux élevé de mortalité infantile, mort également d’adultes pour cause de malnutrition comme ce fut le cas cette semaine à Santa Ana.

C’est le peuple qui marche aujourd’hui avec le Rédempteur qui a 48 % de ses habitations rurales sans service d’eau potable et 66 % des maisons du pays sans électricité, et en campagne c’est le cas dans 93 % des habitations. Un peuple avec 35 % d’analphabète. Ce sont des informations dans lesquelles on reconnaît ces déficits qui sont la cause de l’état lamentable dans lequel se trouve ce peuple qui espère du Christ la grande libération.

C) La Force qui nous sauve vient de l’extérieur… sortons à sa rencontre…. « Bienvenue à Celui qui vient »… La Transcendance…

Nous sortons à sa rencontre pour dire « Bienvenue à Celui qui vient ! » parce que nous savons que la Rédemption des peuples doit venir de Dieu et c’est également là l’invitation de la semaine sainte. Prions pour que Dieu ne nous refuse pas sa force libératrice que Jésus-Christ apporta. Le Christ c’est Dieu qui vient. Le Christ est le Rédempteur qui apporte la liberté et la dignité que nous avons perdues. Le Christ vient et ce geste de la liturgie de ce matin : sortir à sa rencontre, être ici dans son attente. Accomplir le devoir d’écouter sa Parole, c’est toute une espérance.

Je sens, frères, une impression dans divers secteurs d’une recherche de solution à notre situation nationale. Il y a des voix saines, il existe des cœurs nobles qui sont à la recherche en ce moment de ce qu’il est possible de faire. L’Église est disposée à tendre la main à tout effort qui sera pour la véritable signification et la liberté de ce peuple, pour lequel l’Église vit.

2) Un Médiateur qui s’identifie avec le peuple, comme un serviteur s’identifie à la figure d’un serviteur qui s’humilie jusqu’à la mort pour se confondre avec la misère humaine et donner un sens divin aux justes revendications de la prostration des peuples. Mais, en même temps, pour semer une espérance qu’ils ne doivent pas mettre uniquement dans les forces de la Terre. « Si Dieu ne construit pas la ville, dit la Bible, c’est en vain que travaillent tous ceux qui la construisent. »

A) Le Serviteur de Yahvé…

Déjà, dans la première lecture d’aujourd’hui, un homme mystérieux qui se nomme le Serviteur de Yahvé, apparaît malgré sa bonne volonté, injurié, méprisé, frappé, mais malgré tout cela il demeure obéissant à la volonté de Dieu qui l’envoie pour sauver. Cette figure mystérieuse annoncée plusieurs siècles plus tôt se comprend cette semaine lorsque nous avons lu la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Quel récit plus émouvant ! Quel serviteur de Yahvé : le Fils de Dieu qui se dépossède de sa dignité divine pour se faire homme comme nous et pour apparaître chargé de toutes nos misères.

B) Le "Kenose".

Et lorsque le récit de l’Évangile met sur les lèvres du séminariste qui représente aujourd’hui le Christ : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est comme si cette kénose, cette humiliation du Fils de Dieu qui se fit homme est arrivée à son comble, est parvenu jusqu’à sentir l’abandon de Dieu.

C) L’humanité souffrante…

Comme le Christ s’est identifié avec la souffrance de notre peuple ! C’est ainsi que semblent criées plusieurs choses, plusieurs bidonvilles, plusieurs dans les prisons et dans la souffrance, plusieurs qui sont assoiffés de justice et de paix. « Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Il ne nous a pas abandonnés. C’est l’heure où le Fils de Dieu va passer avec tout le poids des péchés par l’obéissance que Dieu lui demande pour pouvoir pardonner ces péchés de l’humanité d’où dérivent toutes les injustices, tous les égoïsmes.

Rien n’aurait servi une Rédemption politique comme l’attendaient plusieurs contemporains de ceux qui sortirent à la rencontre de Jésus en ce dimanche des Rameaux. Une libération du joug de Rome n’aurait pas été la libération véritable parce qu’ils seraient tombés sous un autre joug. Les peuples ne semblent jamais apprendre la leçon d’avoir été dominé et exploité par les autres. Il n’existe qu’un seul véritable Libérateur : Dieu qui nous a apporté la libération du péché, où se trouve la racine de tous les malaises des hommes. C’est comme ça qu’il faut comprendre le Christ qui s’identifie à l’humanité souffrante. Nous ressentons maintenant beaucoup de sympathie pour Lui et lorsque nous allons l’accompagner avec sa croix sur le dos, suant du sang, pleurant avec des larmes d’une douleur presque sans espoir dans l’être humain, pensons à notre situation qui semble également sans espoir, mais avec une espérance divine comme celle que le Christ veut nous inspirer.

3) Une Alliance Nouvelle dans laquelle Dieu partage avec les humains la glorification du Fils

C’est pourquoi ma seconde pensée se tourne vers ce Médiateur qui vient, Dieu tout puissant, sans doute, mais dont les lectures d’aujourd’hui nous disent qu’Il a voulu. Et pour terminer, chers frères, cette obéissance héroïque jusqu’à la mort, qui identifie le Christ avec le péché du monde pour être châtié sur la croix, c’est l’Alliance Nouvelle. C’est le sang qui est versé : alliance éternelle et nouvelle pour tous les humains qui veulent parvenir au pardon. C’est la glorification qui l’attend après cet acte d’héroïsme, celui d’avoir donné sa vie pour nous. Nous venons de voir dans les deux lectures qu’après être passé par cette kénose humiliante de serviteur et être mort sur la croix (Ph 2,9) : « Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers. »

B) Celui-ci était le Fils de Dieu. Dans l’Évangile de Marc, que nous avons lu aujourd’hui d’une façon si solennelle, nous avons entendu ce témoignage d’un païen : le soldat qui devait rendre témoignage que le Christ était bel et bien mort. Il est le centurion qui va dire à Ponce Pilate, au peuple et au monde entier : « Vraiment, c’était le Fils de Dieu. » Le Christ a vaincu, son humiliation n’a pas été un échec. La croix est le chemin pour la glorification et c’est cela l’espérance que je voudrais que nous ayons tous en cette Semaine sainte.

C) Notre participation : pardon… filiation divine… incorporation au Christ… Église

C’est ce que travaille l’Église dans le cœur de l’humain, y construisant un monument à l’espérance. C’est pourquoi elle ne peut pas être d’accord avec les forces qui mettent seulement leur confiance dans la violence. L’Église ne veut pas qu’on la confonde avec des libérations uniquement politiques et temporelles. Si elle se préoccupe pour ces libérations de la Terre et qu’elle souffre de voir les hommes souffrir, analphabètes, sans lumière, sans toit, sans foyer. Mais elle sait que là ne se situe pas uniquement la disgrâce de l’être humain. Elle est plus à l’intérieur, plus profonde dans le cœur, dans le péché, et c’est pour cela que l’Église appuie toutes les justes revendications du peuple qui cherche à s’élever pour se libérer de cette chaîne qu’est le péché, la mort et l’enfer. Pour dire aux hommes qui travaillent pour être libres vraiment, mais à partir de notre propre cœur : la liberté des fils de Dieu, celle qu’il nous fait fils de Dieu, celle qui nous enlève les chaînes du péché pour qu’en cette Semaine sainte nous célébrions ensemble dans la joie de Pâques.

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 10:07

Cinquième dimanche du carême ; 1er avril 1979

Aujourd’hui, Jérémie interprète le sens de l’Alliance en nous annonçant une nouvelle Alliance. Il a non seulement compris tout l’engagement que suppose la Vieille Alliance, l’Alliance de nos pères, comme disaient les prophètes, mais il nous propose une perspective tournée vers un futur qui s’approche. Il est le premier dans la Bible à parler de la Nouvelle Alliance, celle dont nous allons rencontrer précisément la réalisation dans le Christ, la plénitude de toutes ces promesses de Dieu. […]

Le christianisme n’est pas seulement une doctrine morale. Il faut le vivre comme une histoire, histoire interpersonnelle, comme une relation d’Alliance ou encore, de communication de la vie du peuple avec Dieu.

J’invite tous ceux qui écoutent ces paroles, à essayer de comprendre la religion chrétienne non pas comme un ensemble de vérités en lesquelles il faut croire ou un ensemble de commandements auxquels il faut obéir ; et pire encore, un ensemble d’interdits : cela ne doit pas être ainsi. Lorsque l’on perçoit ainsi la religion comme un ensemble de dogmes, des lois morales, des interdits, je comprends qu’il y ait des gens qui soient écœurés, qui n’aiment pas la religion chrétienne. La religion n’est pas une théorie. La beauté et l’attrait de la religion chrétienne, c’est de la voir comme nous l’avons fait tout au long de ce carême, comme une Alliance.

Qu’est-ce qu’une Alliance ? C’est une communion de vie, c’est une histoire qui se déroule en communion de vie avec Celui qui est la plénitude de la vie. L’être humain sait bien qu’il n’adore pas Dieu simplement à cause d’un commandement théorique, pour accomplir des lois que le Décalogue lui exige ; cesser de faire ces choses parce qu’elles sont immorales, mais plutôt que tout cela : le moral, le saint, le véritable, le faux, les concepts théoriques deviennent une relation vitale, une interrelation personnelle. Je sens que Dieu a fait avec moi, et moi avec Lui, une Alliance.

Maintenant, nous comprenons mieux la comparaison du mariage : ainsi, les époux ne vivent pas les lois matrimoniales comme des préceptes, des règles, mais ils les vivent par amour, comme une relation, un dialogue, un engagement mutuel. Qu’il sera beau le jour où tous les chrétiens regarderont vers Dieu avec l’amour des époux qui se regardent et qui s’aiment. S’il y a eu une déception, une incompréhension, une infidélité même, ils sont capables de se pardonner. C’est ainsi que le carême et la Semaine sainte nous invitent à voir notre religion.

Le carême, une préparation pour célébrer l’Alliance pascale

Ici, nous ne sommes plus des spectateurs d’un peuple qui a vécu il y a plusieurs siècles. Le peuple d’Israël, Abraham, Moïse, qui ont célébré une Alliance avec Dieu, semblent demeurer dans l’horizon lointain de l’Histoire. Maintenant, nous allons nous regarder nous-mêmes. Nous sommes le peuple qui a hérité des promesses d’Abraham, des engagements de Moïse, des rénovations des prophètes. « Tout cela n’aurait pas de sens, dit saint Paul, sinon comme une figure de la grande réalité que sont le Christ et son sacrifice rédempteur ».

Approchons-nous de la Semaine sainte, non pas avec des réminiscences historiques, mais avec un engagement actuel, sentant que moi, avec mon nom et mon prénom, tel que je suis avec mes péchés et mes misères, mes illusions et mes espoirs, mes projets et mes échecs ; moi, ma famille, mon peuple ; cette patrie du Salvador avec sa problématique si difficile, ses injustices et ses outrages à la vie, mais également avec ses gens qui prient et qui espèrent. Cette histoire concrète de 1979 s’approche de la Semaine sainte de cette année, pour célébrer l’Alliance avec Dieu. Non, le Seigneur ne nous a pas abandonnés ! Chaque année, Il nous invite à célébrer l’Alliance Nouvelle.

1) L’intériorité, caractéristique de la Nouvelle Alliance

A) Figure et mission de Jérémie

Son charisme, l’intériorité

Sa mission se doit de correspondre à ce charisme. Un charisme est une expérience qu’un homme a eue avec Dieu. Un charisme, c’est une grâce que Dieu a faite à un homme en se prévalant de son caractère ou de la mission qui lui est confiée, lui donnant une expérience, une sensation unique. Et ce charisme de l’intimité que Dieu a confié à Jérémie, c’est parce qu’Il va lui confier une mission qui est clairement exprimée dans la lecture d’aujourd’hui.

B) Message

Rappel de l’Histoire de l’Ancienne Alliance : fidélité et amour à Dieu.

Les versets que nous avons lus aujourd’hui sont comme la fleur de tout le livre de Jérémie « Voici venir des jours – oracle de Yahvé – où je conclurai avec la maison d’Israël (et la maison de Judas) une alliance nouvelle. Non pas comme celle que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte ». C’est la première expérience et la première pensée du message de Jérémie pour nous, ce matin. C’est ce que nous avons fait pendant notre carême. Rappelez-vous quelle belle histoire d’amour, de Dieu avec l’humanité ! Toujours fidèle ! Quelle belle comparaison : « Je les ai pris par la main ». Comme lorsqu’un père prend par la main son fils ? Comme lorsqu’une mère retrouve son enfant qu’elle avait perdu et l’amène : Avec quel amour ! C’est cela l’amour fidèle, infatigable de Dieu.

Infidélité et indifférence du peuple.

« Mon Alliance qu’eux-mêmes ont rompue bien que je fusse leur Maître ». C’est cela notre réponse. C’est cela la triste histoire, l’Histoire de l’Ancienne Alliance.

Comment doit être la Nouvelle Alliance : l’intériorité

C’est pourquoi Il dit : « Voici l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur ». Observez, avant tout il s’agit d’une Alliance intérieure. Dieu ne va pas poser sur les épaules épuisées du peuple d’Israël, de nouvelles pierres de lois. Les lois apparaissent semblables à des pierres. Surtout lorsque le peuple est fatigué, combien lourdes sont les lois ? « Je ne vais plus écrire de lois en pierre, je vais les écrire dans votre cœur, je vais me placer à l’intérieur de vous, je vais vous transformer de l’intérieur ».

C’est cela, le message de l’intériorité avec lequel la Parole de Dieu d’aujourd’hui nous invite à vivre une religion non pas de décalogues et de dogmes, d’un ensemble de théories, mais une option personnelle, intime, au-dessus des pratiques extérieures, d’endroits et de choses. Ne faisons pas consister la religion dans ces signes d’extériorité, mais dans la sincérité, dans la recherche intime de Dieu, d’où jaillissent comme des fruits : l’amour, la justice, la sincérité, la vérité.

Et cela, nous le constatons tous les jours, mes frères. Lorsque nous sommes l’ami d’une personne, nous ne nous parons pas de nos attributs extérieurs. Nous ne nous fions pas tant aux signes extérieurs. Nous apprécions avant tout la sincérité, l’estime, l’amour. C’est ce que cherche à établir la relation de Dieu avec l’humanité. Une relation en laquelle il est certain qu’il y aura une hiérarchie, des apparats extérieurs, mais qui ne deviennent pas l’essentiel. Rien ne servirait toute la beauté de nos temples, toute la magnificence de nos rites, si nous n’avions pas un cœur qui parle avec amour, avec amitié au Seigneur.

C’est ainsi que je me sens lorsque je vous vois à la cathédrale. Avant tout, vous venez pour vivre cette relation d’amour avec le Dieu dans lequel nous avons placé notre espérance et, lorsque je prêche, je voudrais qu’avant tout vous compreniez que mon langage ne cherche qu’à encourager cette relation d’espérance, de foi, d’amour, du peuple avec son Dieu. « En Toi Seigneur, j’espère. Tu es le motif de mon espérance ». Cela me fait véritablement plaisir de constater que les communautés, les hommes et les femmes, se convertissent à cette relation d’intimité avec Dieu.

Connaissance vécue, non seulement une foi théorique, de Magistère.

À l’intérieur de cette intimité, de cette intériorité, la Parole de Dieu nous dit autre chose : « Ils n’auront plus besoin d’instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : « Ayez la connaissance de Yahvé ! » Car tous me connaîtront des plus petits aux plus grands. Regardez, même le Magistère demeure insuffisant avec toute la beauté de notre doctrine qui nous oriente depuis la parole du Pape jusqu’au plus humble catéchiste. Où est Dieu ? Comment devons-nous le servir ? Comment devons-nous l’aimer ? Dieu dit dans la Nouvelle Alliance : « Cela sera comme une aide, mais le principal, c’est que chacun ait appris à connaître ». Et ce verbe en hébreu, dans son sens biblique, connaître signifie quelque chose de vécu, qui fait référence à l’expérience. C’est connaître la saveur de quelque chose de savoureux par exemple. C’est ce « connaître » qui comprend la vie et la connaissance. C’est la foi de celui qui dit : « Je crois, j’accepte ce que Dieu dit non pas comme quelque chose de théorique, mais comme le don de soi à son Dieu ». Cette attitude d’un homme, d’une femme, qui, devant Dieu, peut dire : « Je crois en Toi, Seigneur Jésus ».

C’est ce que sera la Nouvelle Alliance : une Alliance dans laquelle nous n’avons plus besoin qu’on nous dise ce que nous devons faire ni ce à quoi nous devons croire. Il sera toujours nécessaire cependant, afin que nous sachions si nous sommes sur la voie de la véritable foi et de la véritable morale, d’avoir le Pape et le Magistère de l’Église. Ils seront toujours comme une pierre d’angle, afin de voir si notre chemin est authentique. Mais je ne le ferai pas par peur du châtiment, par peur d’être excommunié ; je ne le ferai pas pour paraître bien aux yeux de personne. Je le ferai parce que je sens que Dieu me remplit, que cette doctrine de l’Église est véritablement celle qui remplit mes aspirations. Je tente de vivre la morale chrétienne parce qu’en elle je trouve le chemin le plus authentique pour rencontrer mon Dieu dans l’intériorité de la foi.

2) Le Christ, auteur de la Nouvelle Alliance

A) Relation de la Nouvelle Alliance avec Pâques

Pâques est la fête de l’Alliance parce qu’elle se célébrait comme une fête qui s’appelait Pâques. Le mystère pascal, les Pâques que célébraient les Juifs, consistait à tuer un agneau et à le manger en famille. C’est Dieu qui l’avait commandé, la nuit où le Pharaon d’Égypte voulut faire tuer les Israélites. Dieu dit : « Qu’ils tuent un agneau et qu’avec son sang ils marquent les portes des Juifs. Ce signal sera la marque où l’ange exterminateur n’entrera pas pour nous faire périr ». Signal du sang de l’agneau qui va nous libérer de l’esclavage, qui va nous donner le pardon. Chaque fois que Pâques arrivait, lorsque l’aîné de la famille partageait le pain sans levain, il rappelait : « Nous faisons cela pour nous souvenir que nous étions prisonniers en Égypte d’où le Seigneur nous fit sortir. Nous avons un engagement avec Lui ». Ils revivaient leur Alliance, leurs Pâques.

En Pâques, le Christ transforma l’Ancienne Alliance en une Nouvelle.

C’est pourquoi le Christ voulut aussi profiter de Pâques. Cela se passait vers ces mois de mars et d’avril, selon les Juifs, lorsqu’on célébrait Pâques. Le Christ se réunit avec ses apôtres dans les jours qui précèdent Pâques. C’est dans cette ambiance pascale qu’il va verser son sang duquel on dira : « Ceci est le sang de l’Alliance Nouvelle et Éternelle ». Le Christ est celui qui nous donne l’exemple d’unir ces deux concepts qui sont maintenant inséparables : Alliance Nouvelle, mystère pascal. Le Christ verse ce sang et, au même moment, il ressuscite. La mort et la Résurrection sont les deux côtés du mystère pascal qui couronne l’Alliance Nouvelle des chrétiens.

B) Le Christ est l’auteur de l’Alliance nouvelle parce qu’Il l’a cautionnée par sa mort soufferte par obéissance.

Le Christ est l’auteur de l’Alliance. Je voudrais vous rappeler ici une phrase géniale de Jean-Paul II dans sa nouvelle encyclique Redemptore Hominis. Lorsqu’il parle de ce sacrifice du Christ Rédempteur de l’homme, il dit ces mots : « La Rédemption du monde est, dans sa racine la plus profonde, la plénitude de la justice dans un cœur humain ». Cette phrase apparaît trop sublime pour que nous puissions la comprendre dans toute sa grandeur. Elle signifie que le Christ, en s’offrant au Père dans le sacrifice de la Croix, offre dans un cœur d’homme, la plénitude de la justice. Dès lors, Dieu se doit de pardonner en toute justice à tout pécheur qui lui demande pardon par le Christ. Non pas pour les mérites personnels du pécheur repenti, mais par le Christ qui a offert la plénitude de la justice.

Pourquoi ? Observez bien ce concept. Parce que le péché est une désobéissance, la Rédemption au contraire est une obéissance jusqu’à la mort. Voilà pourquoi le Christ est le Rédempteur, parce qu’Il a obéi à son Père d’une obéissance non seulement héroïque, mais divine, en offrant son corps et sa douleur pour l’offrir en rançon des désobéissances de toute l’humanité. C’est pour cela que le prophète Isaïe dit : « Dieu plaça sur ses épaules toutes nos iniquités ». En supportant nos propres misères, Il est monté au Calvaire où Il s’est livré dans un sacrifice.

Les lectures d’aujourd’hui nous décrivent ce visage de la souffrance et de la mort par obéissance.

Ce n’est pas un Christ impassible. Observez bien la seconde lecture. Saint Paul dit dans l’Épître aux Hébreux : « Ayant présenté avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à Celui qui pouvait le sauver ». Il est nécessaire de ne pas nous accoutumer au Protagoniste de la Semaine sainte, regardez-Le comme Le présente la Bible. On nous Le présente aujourd’hui, dans la seconde lecture, avec des suppliques et des prières, avec des larmes et des cris.

Complétons cette vision avec celle de l’Évangile, alors que le Christ, comme dans une crise de vocation, s’exclame : « Maintenant, mon âme est troublée. Et que dire ? Père, sauve-moi de cette heure ! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure ». Voyez quel instinct de conservation ! Le Christ n’est pas un être insensible. Le Christ est un homme de chair et d’os, de nerfs et de muscles comme nous. Un homme qui ressent ce que ressent quelqu’un lorsqu’il est amené par la Garde Nationale et qu’on l’amène vers ces endroits de torture. Que ressent-il ? J’ai entendu des témoignages horribles, mais qu’est-ce que cela en comparaison du Christ qui voit venir toute une tempête de tortures qui va se terminer avec Lui sur la Croix ?

Nous anticipons aujourd’hui l’angoisse de Gethsémani.

Ce dimanche, mes frères, nous anticipons déjà la nuit de Gethsémani. N’oublions pas dans notre réflexion de foi chrétienne d’aujourd’hui, la figure du Christ, criant avec des larmes, son visage baigné de larmes, vers Celui qui pourrait le sauver. Le Christ accablé qui s’exclame devant ce qu’Il sent venir : « Mon âme s’est retournée, Père, délivre-moi de cette heure ». Mais sa réaction finale est celle de l’obéissance : « mais c’est pour cela que je suis venu en cette heure ». C’est cela la beauté du sacrifice du Christ, qui se livre volontairement, par obéissance au Père !

Cette passion du Christ que nous allons contempler durant le chemin de croix et la Semaine sainte, approfondissons-le avec cette pensée : cela n’aurait servi à rien si cela n’avait été animé par une obéissance au Père. L’âme de la passion du Christ est sa reddition obéissante au Père. C’est le sens de la réparation avec laquelle Il offre sa vie : Père, s’il est nécessaire que tombent ces coups de fouet pour que soient pardonnés tous les péchés du monde, qu’il en soit ainsi. S’il est nécessaire qu’ils tissent cette couronne d’épines et qu’ils la posent sur mes tempes, qu’elle soit plantée sur ma tête pour qu’il soit pardonné à tous mes frères. Si l’horreur de mes muscles traversés par des clous et de mon côté transpercé par une lance est nécessaire, fais-le Seigneur, parce que c’est là la Rédemption de mes frères. Le plus remarquable dans tout cela, c’est que le Christ est le substitut du pécheur que je suis : je devrais souffrir, être châtié, être jeté en enfer, éloigné pour toujours du Père. Mais le Christ veut porter toute cette faute qu’est la mienne pour que je puisse rencontrer la réconciliation. L’obéissance du Christ devient mienne pour payer mes nombreuses désobéissances.

C) Le Christ est l’auteur de l’Alliance parce que la Résurrection est la garantie de son efficacité.

Le Christ est l’auteur de notre Alliance par sa mort obéissante. Mais n’oublions pas l’autre côté de la médaille. C’est ce qui m’importe le plus que nous ayons bien cela à l’esprit. Le Christ est l’Auteur de notre Alliance et la garantie de toute notre espérance parce qu’Il est ressuscité. Parce que la Résurrection est la preuve que le pouvoir de Dieu a accepté ce sacrifice et lui a donné une nouvelle vie qui ne mourra plus : la Résurrection.

La consommation, la gloire

Deux paroles bibliques d’aujourd’hui. La première, la « consommation » , dit l’Épître aux Hébreux. Et l’Évangile dit « la glorification ». Comment pouvons-nous comprendre que ce Christ, terrorisé devant sa passion, nous parle qu’Il est déjà glorifié ? Il est nécessaire de comprendre un peu cela, frères, sinon, nous ne comprendrons pas le mystère de la Rédemption. Le Christ s’est fait le Salut des hommes, sa gloire maintenant est immense. Depuis le ciel, Il nous envoie maintenant sa Vie, son Esprit. En Lui, nous plaçons toute notre espérance grâce au fait qu’Il s’est soumis à passer par la mort, mais, de la mort, Il est passé à la vie. C’est cela la consommation ! Le Christ peut dire : la glorification commence à Gethsémani. C’est cela la consommation de cette heure qui commence déjà dans les douleurs de la passion. Un Christ qui serait ressuscité sans être passé par la mort n’aurait pas tout le mérite qu’Il possède maintenant. Une Passion sans Résurrection serait un échec. Les deux choses concluent le Mystère Pascal duquel nous devons vivre. De cela vit l’Église : du mystère pascal, la mort par obéissance du Christ et la Résurrection comme signature de Dieu qui a accepté cette réparation. La Résurrection ne posséderait pas toute la joie qu’elle eut si ce n’était en assumant la mort. La victoire du Christ ne serait pas si retentissante si elle n’avait laissé un calvaire ensanglanté et un tombeau qui demeura ouvert pour le voir sortir glorifier après l’y avoir vu entrer humilié. C’est cela la mystique de la Rédemption chrétienne : mourir pour ressusciter.

3) La Nouvelle Alliance devient nôtre par le baptême

A) L’Alliance Nouvelle pour un nouveau Peuple de Dieu

Le Baptême de chacun de nous, ton baptême, mon baptême est ce qui a fait miennes et tiennes cette mort et cette Résurrection. Lorsqu’on nous baptisa, le prêtre, le ministre de Dieu, marqua ma vie pour toujours de la mort obéissante du Christ. C’est pourquoi également, en cette Pâques et en ce carême, les baptisés se doivent de retourner à leur engagement. Anciennement, les baptêmes se réalisaient le Samedi saint, dans la nuit, les catéchètes s’y étaient préparés durant tout le carême.

Son passage « pascal » de la mort à une Vie nouvelle est aussi le processus de tout chrétien.Le baptême nous incorpore à la Rédemption pascale. C’est ce que nous dit cet Évangile d’aujourd’hui qui fut écrit par des chrétiens. N’oublions pas que s’il en est certain, saint Jean nous rapporte ici un épisode de la vie du Christ à la veille de sa passion. Il fait cette réflexion bien après qu’eurent lieu ces événements, comme lorsqu’un historien raconte une histoire plusieurs années plus tard. Cela fut écrit à une autre époque, entouré d’autres gens. Ce sont les premiers chrétiens qui aidèrent Jean à réfléchir sur les engagements du baptême.

Nous pourrions dire aujourd’hui : nous, chrétiens, de ce dimanche de 1979, nous réfléchissons sur ce mystère de notre baptême qui nous incorpore au Mystère Pascal du Christ. Et à partir de là, nous ferions les conclusions suivantes de sorte que lorsque le Christ parle aujourd’hui, il se pourrait bien que ses paroles reflètent davantage la réflexion de cette communauté actuelle. C’est pourquoi nous sommes à l’écoute de ce qui vient avec l’appropriation de la Rédemption au moyen du baptême. « En vérité, en vérité je vous le dis, si le grain tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits ». Et l’Évangile continue : « Qui aime sa vie la perd et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera ». C’est pour nous ! Cela n’est pas l’histoire d’il y a vingt siècles ! C’est le Mystère Pascal s’incarnant dans le Corps du Christ que nous sommes aujourd’hui, nous autres, les baptisés de 1979 !

À chacun de nous le Christ dit : si tu veux que ta vie et ta mission soient fructueuses comme la mienne, fais comme Moi : convertis-toi en grain qui se laisse enterrer, qui se laisse tuer, n’aie pas peur. Celui qui rejette la souffrance demeurera seul. Il n’y a pas de gens plus seuls que les égoïstes. Mais si par amour des autres tu donnes ta vie comme Je vais la donner pour vous tous, tu récolteras de nombreux fruits. Tu connaîtras les satisfactions les plus profondes. Ne crains pas la mort, les menaces, le Seigneur t’accompagne.

Celui qui désire sauver sa vie, c’est à dire, en langage biblique, celui qui veut être bien, celui qui ne veut pas s’engager, celui qui ne veut pas avoir de problèmes, celui qui désire demeurer en marge d’une situation dans laquelle nous devons tous nous engager, celui-là perdra sa vie.

Quelle chose plus horrible que d’avoir vécu bien confortablement sans connaître aucune souffrance, sans s’être placé dans des problèmes, bien tranquille, bien installé, bien entouré politiquement, économiquement et socialement. Rien ne lui manquait, il avait tout. À quoi cela sert-il s’il y perd son âme ? Mais celui qui, par amour pour Moi, se dérange et accompagne le peuple, qui va dans la souffrance du pauvre, s’y incarne et fait sienne la douleur, l’outrage ; celui-là gagnera sa vie, parce que mon Père l’honorera.

Mes frères, mes sœurs, c’est ce à quoi nous convie la parole de Dieu en ce jour et je voudrais véritablement avoir toute la force de conviction pour vous dire : cela vaut la peine d’être chrétien !

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 10:06

Le carême, Appel à la véritable réconciliation

4ème dimanche du carême ; 25 mars 1979.

Un carême bien vécu peut être le Salut de notre peuple. C’est pour cela que nous célébrons ce quatrième dimanche du carême avec une nouvelle espérance. Lorsque tout semble perdu, l’Esprit de Dieu flotte autour de nous : sa Parole nous interpelle et nous donne des orientations qui sont véritablement notre Salut. […]

N’oublions pas que le carême est un chemin vers Pâques, la perspective du carême est le Christ ressuscité nous offrant une vie nouvelle. Le Christ qui, après avoir payé avec sa Croix, avec sa passion, les misères de l’humain et du peuple, nous offre une vie meilleure. Ne le déprécions pas ! Sur ce chemin vers Pâques, obéissons-lui !

Non pas au travers d’un moralisme froid, mais en nous incorporant au mystère pascal : individuel et social.

Le Concile Vatican II, l’Église actuelle dit : « C’est la personne humaine qu’il faut sauver, c’est la société humaine qu’il faut rénover. C’est, par conséquent, l’être humain, mais l’humain tout entier, corps et âme, cœur et conscience, intelligence et volonté… » Qui ne se sent pas enveloppé d’une grande espérance en tant que personne, famille et peuple ? Dieu nous offre le Salut pendant ce carême. Non seulement une loi comme celle que nous avons méditée dimanche dernier : un moralisme ; c’est surtout un amour. Qui ne s’engage pas par amour ?

L’amour du Christ qui donna sa vie pour moi est la meilleure motivation pour vivre saintement, pour rendre grâce au Christ. Ah ! Si nous nous laissions tous entraîner par cet amour qui se livra pour nous. Dans les lectures d’aujourd’hui, c’est l’amour de Dieu qui nous appelle depuis quatre dimanches avec de nouvelles modalités, qui nous appelle à la réconciliation.

1) Babylone, symbole de l’Alliance brisée et de la Réconciliation

A) Raccord avec les homélies des dimanches antérieurs : Histoire de l’Alliance : Noé, Abraham, Moïse (la loi : religion mosaïque).

Je voudrais, mes frères, que nous ne séparions pas les dimanches du carême que nous méditons. L’Église nous a proposé les faits marquants, les points de repère de l’Histoire de notre Salut. Ainsi le premier dimanche nous parla de Noé, de l’arc-en-ciel qui est un appel de Dieu afin que nous fassions bon usage de la nature pour la conserver, pour ne pas abuser d’elle, pour que les biens que Dieu nous a donnés par la Création, parviennent de façon équitable entre les mains de tous. C’est une réconciliation cosmique, une alliance de l’homme avec l’univers comme l’arc-en-ciel qui embrasse notre Terre d’un point à l’autre.

Le second dimanche, nous ne faisons déjà plus référence à la nature dans son ensemble, mais à un peuple choisi : Alliance de Dieu avec Abraham. De ce vieil homme, sans fils, Dieu fait sortir miraculeusement un peuple aussi nombreux que les étoiles du ciel et les grains de sable de la mer. La foi d’Abraham est le modèle de tous ceux qui veulent faire alliance avec Dieu, la foi qui se livre et qui croit contre toute espérance. Comme nous avons besoin de ce second chapitre de notre carême de 1979 : une foi comme celle d’Abraham !

Le troisième chapitre de notre histoire en ce carême a été Moïse. Dimanche dernier, Moïse sur le Sinaï, ce n’est plus seulement Abraham avec une promesse d’un grand peuple, c’est déjà la réalité. Quatre siècles ont passé et Abraham est représenté par cette multitude qui marche vers la Terre promise; en tant que peuple, il doit faire une Alliance avec Dieu, il doit répondre à tant de privilèges que Dieu a réalisés pour lui au désert et, à travers toute son histoire, la réponse doit être l’accomplissement du Décalogue, de ces dix paroles, de ces Dix Commandements. Dieu y a résumé toutes les relations des humains avec Lui et des humains entre eux. L’Alliance possède sa loi et, à partir de ce moment, commence une nouvelle phase dans l’Histoire du Salut qui se nomme l’Ère Mosaïque, qui provient de Moïse. Cette Ère apporte ses propres caractéristiques et orientations à un peuple duquel saint Paul dira : « La loi ne suffit pas, la Loi peut être lettre morte, cette Loi vaut seulement parce qu’elle porte en elle une promesse d’un homme rédempteur. C’est le Christ qui donne son véritable sens à la Loi ».

B) Le péché qui rompt l’Alliance

Mais en ce temps mosaïque, en ce temps de la Loi qui comprend plusieurs siècles, plusieurs choses vont se produire, certaines très bonnes, d’autres très mauvaises. C’est ainsi que les Saintes Écritures nous amènent aujourd’hui en cet autre point marquant de l’Histoire : Babylone. Qu’est-ce que Babylone ? La rupture de l’Alliance, c’est un peuple qui s’est attiré le châtiment de la déportation pour n’être pas demeuré fidèle à Dieu, c’est un peuple accablé, quasi désespéré, un peuple pour qui il semble que Dieu n’existe plus. Et cependant, à ce peuple découragé, brisé, les prophètes annoncent espérance et Salut. C’est pourquoi, Babylone, bien qu’elle soit la figure d’un peuple qui a abandonné son Dieu et qui est châtié, c’est également la figure d’un peuple qui va se relever. Pour nous, ce langage est au plus haut point intéressant. Plusieurs affirment qu’au Salvador, il n’existe pas de solution. Qui va croire en l’amour ? Chemins de violence : séquestrations, haines, crimes, répressions ! Comment nous a créés le Seigneur pour que nous ne puissions-nous entendre qu’à coups de bâton ? Dieu nous a créés à l’image de son amour et même lorsque l’atmosphère devient violente, ce n’est pas ce que Dieu veut.

Ils multiplièrent leurs infidélités.

Sur Babylone brillaient l’amour et l’espérance. C’est pourquoi il apparaît nécessaire de reconnaître comme le faisait la première lecture (2 Cr 36,14-16,19-23) : « Le péché rompt l’Alliance ». Combien terrible apparaît l’auteur du Livre des Chroniques ! Les Chroniques sont un livre qui fut écrit comme pour combler certains vides à l’intérieur des livres historiques. On y fait la narration de certains événements, certains y sont amplifiés ou diminués en d’autres endroits. Avec quelle franchise y décrit-on la situation de cette heure mosaïque où les dirigeants civils et spirituels du peuple firent de la religion un légalisme jusqu’à l’hypocrisie, celle que va fustiger Jésus-Christ lorsqu’Il viendra. Ainsi dit-on dans la première lecture (2 Ch 36,14-16) : « Tous les chefs des prêtres et le peuple multiplièrent les infidélités… ils souillèrent le Temple que Yahvé s’était consacré à Jérusalem. Yahvé, le Dieu de leurs pères, leur envoya, sans se lasser, des messagers, car Il voulait épargner son peuple et sa Demeure. Mais ils tournaient en dérision les envoyés de Dieu, ils méprisaient ses paroles, ils se moquaient de ses prophètes. » C’est ce que fit le peuple élu de Dieu, c’est ainsi qu’ils répondirent à l’Alliance de l’Amour : avec mépris, par le péché.

Dans les autres lectures d’aujourd’hui, apparaît aussi cette triste situation de l’homme avec Dieu. L’Évangile dit (Jn 3,19) par la bouche du Christ : « Les hommes préfèrent les ténèbres à la lumière afin de ne pas être accusés par leurs œuvres. »

Saint Paul, dans la seconde lecture (Ep 2,5), décrit une figure davantage tragique : « Nous étions morts par nos péchés. » Ce sont là des traits noirs de l’Histoire des êtres humains, Dieu nous a donné une loi pour nous sauver. Il nous a donné des prophètes pour nous orienter. Il nous a donné l’amour, nous créant par amour, réalisant les alliances du Salut. Les hommes, tournant le dos, rompirent l’Alliance en désobéissant à Dieu, croyant davantage dans les ténèbres, la répression, les idoles de l’argent, l’idole politique, tout sauf en Dieu. Ici, Dieu n’entre pas ! C’est cela, le péché : ils préférèrent rechercher par leurs propres chemins le bonheur que Dieu leur indiquait par l’unique chemin.

Quand allons-nous comprendre, mes chers frères – moi le premier, pécheur entre vous tous –, que ce ne sont pas nos caprices qui vont nous donner la solution du véritable bonheur ? Quand allons-nous comprendre que seulement Toi Seigneur, possèdes les Paroles de la Vie Éternelle ? Il n’est jamais trop tard pour l’amour de Dieu, mais Dieu, dit la première lecture (2 Cr 36,16) : « jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de remède. »

C) Le Châtiment

Destruction de Jérusalem… déportation, hommes qui sont les fléaux de Dieu.

Alors s’est produite la revanche de Dieu. Quelle chose plus terrible que lorsque Dieu se sert de certains hommes, non pas pour être la bénédiction du peuple, mais pour être son châtiment. Nabuchodonosor est la figure de l’homme ou l’instrument que Dieu a choisi pour humilier, pour faire passer sa botte sanguinaire sur ce peuple. N’allez pas penser que la répression, la torture, l’outrage pour l’argent, l’exploitation de l’homme par l’homme sont seulement l’œuvre de Dieu. Dieu choisit ces hommes comme des fouets de l’humanité. Pauvres de vous, parce que vous croyez triompher, comme au fouet il semble qu’il triomphe alors qu’il châtie, mais vient l’heure où, dit la Bible, le fouet est jeté au feu. Mais, quel triste rôle dans l’Histoire que d’être un homme-fléau !

Que firent ces hommes-fléaux sous le commandement de Nabuchodonosor sur la terre pécheresse de Dieu ? Écoutez bien cette page d’aujourd’hui (2 Chr 36,19-20) : « On brûla le Temple de Dieu, on abattit les murailles de Jérusalem, on incendia tous ses palais et l’on détruisit tous ses objets précieux. Puis Nabuchodonosor déporta à Babylone le reste échappé à l’épée ; ils durent le servir ainsi que ses fils jusqu’à l’établissement du royaume perse. » Prenons conscience que cette heure terrible du châtiment est l’heure qu’est en train de vivre le Salvador. C’est l’heure des contremaîtres et de ceux qui imposent leurs caprices, de ceux qui font des lois, de ceux qui se croient propriétaires de la vie et des grands domaines. Malheureux, vous ignorez que vous êtes les fléaux de Dieu ! C’est l’heure à laquelle Dieu nous accable et surgit alors du cœur de l’homme, de la femme, cette plainte : « Est-ce que Dieu existe ? » Parce qu’en plus, nous pouvons voir que ceux qui sont heureux présentement, ce ne sont pas ceux qui adorent Dieu, mais ceux qui sont à genoux devant leurs idoles. Nous croyons alors que l’argent est plus puissant que le Dieu véritable, que le pouvoir des despotes est plus grand que celui de l’Homme qui sauve, qui est le Dieu véritable qui nous aime. Vient alors la tentation du désespoir, comme dit le Pape (Jean-Paul II) en parlant de la violence : « La tentation de la violence ». Plusieurs sont tombés dans cette tentation : ceux qui croient qu’ils vont trouver la solution aux problèmes du pays par des chemins de sang et de haine. Il n’y aura pas d’issue tant que l’on ensanglantera, tant qu’il y aura des gens qui souffriront à cause de la torture, tant qu’il y aura des familles qui pleurent à cause de l’outrage des pouvoirs. C’est Dieu qui se prévaut de ces événements pour châtier comme avec un fouet, mais ce n’est pas là sa dernière parole.

D) Dans le second Exode nous voyons poindre la réconciliation

C’est alors qu’arrive la dernière parole, c’est Dieu qui recommence à parler. Nous voyons déjà poindre dans les paroles de la première lecture (2 Chr 36,14-23) une Rédemption qui, dans la seconde lecture (Eph 2,4-10) et dans l’Évangile (Jn 3,14-21), apparaît comme le soleil à son zénith. Une chose prodigieuse, un roi de Perse qui se nomme Cyrus II, à qui ont été rapportées les cruautés de Babylone. Il est l’instrument de Dieu ; on l’appelle aussi l’Oint de Dieu. Comme cela dut scandaliser les juifs hypocrites qui n’obéirent pas à Dieu, qu’un homme non juif, un païen, fut appelé par l’Esprit de Dieu : l’Oint de Dieu. C’est un être mystérieux et la seconde lecture nous dit sur ce Cyrus, Roi de Perse (2 Chr 36,22-23) : « Pour accomplir la Parole de Yahvé prononcée par Jérémie, Yahvé éveilla l’esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit proclamer – et même afficher – dans tout son royaume : “Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Yahvé, le Dieu du ciel, m’a remis tous les royaumes de la Terre; c’est Lui qui m’a chargé de lui bâtir un Temple à Jérusalem, en Juda. Quiconque, parmi vous, fait partie de son peuple, que son Dieu soit avec lui et qu’il monte !” » Quelles paroles libératrices plus belles, lorsqu’un païen possède souvent davantage de miséricorde que les coreligionnaires eux-mêmes.

Dans le Psaume que nous avons tous proclamé aujourd’hui, nous avons fait mention du Psaume 136 : le psaume des israélites en captivité à Babylone. Nous pourrions avoir ce psaume comme hymne national, ce psaume de liberté. D’une liberté semblable à celle du quetzal guatémaltèque dont on dit qu’il ne peut vivre emprisonné, car il se laisse mourir. Les Juifs, enchaînés ensemble sur les berges des fleuves de Babylone, entendaient leurs ennemis, leurs contremaîtres leur dirent : « Chantez-nous quelque chose de votre religion en Judée. » Et les Juifs disaient : « Comment pourrions-nous chanter sur cette terre étrangère ! Que l’on nous colle la langue au palais si nous chantons avec joie dans la déportation ! » Ils soupiraient de revoir leur patrie, ils aspiraient de voir l’heure de leur retour, ils pleuraient sur leurs péchés pour lesquels ils avaient été déportés. Et l’heure arriva lorsqu’un roi païen, inspiré de Dieu, proclama cet édit : « La captivité est terminée, si quelqu’un se sent attaché à ce Dieu, qu’il monte à Jérusalem, les frontières sont ouvertes, allez-y. » On les accompagna même pour aller reconstruire le temple que les fléaux de Dieu avaient détruit.

Observez comment Dieu se sert des hommes pour châtier et pour libérer. Le Dieu de l’Histoire joue avec l’Histoire. Ce ne sont pas les êtres humains qui font leurs caprices, c’est Dieu qui se sert des mauvaises intentions humaines pour punir les peuples horriblement avec les châtiments de l’Enfer. C’est Dieu qui se prévaut des hommes, même s’ils sont païens, même s’ils n’ont pas la foi chrétienne. Ces hommes sont les instruments de Dieu pour sauver, pour donner de l’amour, pour donner courage, pour donner espérance !

Que voudrions-nous être, mes frères, en cette heure du peuple salvadorien : fléau ou espérance ? L’Église se réjouit d’être l’espérance du peuple, ainsi qu’elle déplore et reproche ces actes des fléaux des despotes de notre peuple. L’Église est la voix du prophète au milieu du désert. Babylone est la représentation de tous les peuples. Quel peuple n’a pas péché ? Soyons humbles et reconnaissons ce que dit la première lecture (2 Cr 36,14) : « Les chefs des prêtres et le peuple multiplièrent leurs infidélités. » C’est ici qu’est l’explication. C’est pourquoi je vous disais qu’en ce carême, commençant par nous-mêmes, les prêtres et vous tous, le peuple, convertissons-nous en vérité, entendons comme l’on entend dans la déportation l’appel de la patrie, alors nous rencontrerons ce Salut auquel nous aspirons.

2) La Réconciliation avec Dieu dans le Christ (Théologie de l’Histoire)

A) Tout provient de l’amour du Père

C’est comme un drame en trois actes. Tout commence dans l’amour de Dieu. Tout atteint sa réalisation dans le sacrifice du Christ et tout devient mien par ma foi. Dieu, le Christ, chacun d’entre nous, est le chemin de la véritable réconciliation. Tout provient de l’amour de Dieu. Nous avons déjà vu dans la première lecture (2 Chr 36,14-23) que ce fut le Seigneur qui ouvrit l’esprit de Cyrus. Dieu est celui qui inspire les gestes d’amour, même dans les cœurs qui n’ont pas la foi. Combien de fois, mes frères, les non chrétiens ont-ils eu plus de miséricorde que nous tous parce que Dieu les a inspirés en ce sens de Salut et d’amour. Mais cette inspiration que Dieu donna à Cyrus, roi de Perse, sous une forme mystérieuse et prophétique, se présente aujourd’hui sans visage. Elle se présente face à face, dirions-nous, dans la Révélation du Nouveau Testament.

Avec quelle tendresse devons-nous recevoir aujourd’hui ces paroles de saint Paul aux Éphésiens (2,4) : « Dieu, qui est riche en miséricorde à cause du grand amour dont Il nous a aimés… », c’est de là que tout provient. Ce n’est pas nous qui avons attiré la Rédemption sur les êtres humains. C’est ce que dit saint Paul : « nous étions morts par suite de nos fautes, Il nous a fait revivre avec le Christ. »

Le Christ s’approche d’un mort pour le ressusciter, ce n’est pas parce que le mort l’appelle, le mort est sans vie, il ne ressent plus rien, mais la miséricorde du Rédempteur lui rend la vie. C’est ainsi qu’est Dieu, à une humanité morte, insensible, injuste, pécheresse, l’humanité ne pense déjà plus à Lui, mais Il pense à nous comme lorsqu’Il disait dans Isaïe : « Une mère peut-elle oublier son enfant ? » Cela apparaît impossible, cependant Il dit : « Quand bien même une mère oublierait son enfant, Je ne vous oublierai pas. » Qui ne ressent pas que toute sa vie, aussi compliquée soit-elle, est comme enveloppée d’une grande tendresse ? Je ne suis pas seul, il y a quelqu’un qui pense à moi plus intimement que moi-même. Dieu m’aime !

Dans l’Évangile, c’est le Christ lui-même qui a appris, dans le sein de l’éternité, les sentiments de Dieu. Il nous dit aujourd’hui (Jn 3,16) : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. » Tout provient de l’amour de Dieu. Si le Christ est venu pour être le Sauveur de l’humanité, ce fut l’initiative du Père. Il a tant aimé le monde qu’Il lui envoya son propre Fils. Va, mon Fils, fais-toi homme, fais-toi compagnon de leur Histoire, introduis-toi dans leurs misères, porte sur tes épaules les péchés de tous les hommes, monte avec eux au Calvaire, et dans ta crucifixion je verrai la réparation de tous les péchés.

B) Le Christ réalise dans ce projet son mystère pascal

Il y eut une figure magnifique tandis que Moïse conduisait son peuple au désert et cette figure, le Christ en fait mention dans l’Évangile d’aujourd’hui. De même que fut élevé le serpent par Moïse au désert, de même doit être élevé le Fils de l’Homme pour que tous ceux qui croient en Lui aient la vie éternelle.

Qu’est-ce que cette histoire du serpent ? On dit que lorsque les Israélites étaient conduits par Moïse au désert, sur le difficile chemin du désert, ils commencèrent à murmurer contrer lui. Qu’il est difficile de conduire un peuple ! Ils préfèrent souvent l’esclavage de l’Égypte : « Là, nous étions mieux, les pots aux feux, les maîtres, les serpents ; tout ce qu’il y avait en Égypte était plus beau que ce désert où nous mourrons de faim et de soif. » Qu’il en coûte à un peuple pour comprendre le chemin de la libération ! Souvent, ce sont ceux pour qui on travaille le plus, qui comprennent le moins cet effort de l’amour qui inspire ce sacrifice, qui demande un sacrifice de collaboration.

Ce murmure fut châtié au désert. Apparurent des serpents venimeux, et celui qui était mordu en mourait. Devant cette calamité, ils coururent raconter à Moïse ce qui se passait. Moïse, comme de coutume, pria le Seigneur et le Seigneur lui fit cette réponse (Nb 21,8) : « Façonne-toi un Brûlant que tu placeras sur un étendard. Quiconque aura été mordu et le regardera restera en vie. » C’est l’image du Christ crucifié à laquelle Jésus fait allusion, réalisant en sa personne ; ainsi comme Moïse éleva le serpent et tous ceux qui le regardaient se libéraient de ces morsures, ainsi celui qui regarde le Christ crucifié avec foi, sera libre également parce que le Fils de l’homme est venu pour donner sa vie pour le Salut du monde.

Je désirerais recueillir ce matin, ce mystère qui se nomme le Mystère pascal, ou encore le mystère de la mort et de la Résurrection de Jésus-Christ, parce que c’est vers là que le carême nous amène pour célébrer le mystère de la mort-résurrection du Seigneur. Le Samedi saint dans la nuit, c’est la grande nuit du mystère pascal : je voudrais que tous ceux qui ont suivi ce carême, cette pérégrination spirituelle de l’Histoire de Dieu avec son peuple, aillent le terminer dans cette nuit lumineuse. Je fais un appel spécial aux jeunes, pour que cette nuit, nous regardions avec foi le Christ ressuscité, élevé plus haut que le serpent au désert, avec tous les mérites de sa Croix pour donner le Salut et la Vie Éternelle à tous les Salvadoriens et à tout le Salvador en général.

C) En quoi consiste la réconciliation du Christ

C’est cela le mystère de la réconciliation ; le passé n’importe plus. Peu importe comment nous étions enfoncés dans notre situation économique, sociale ou politique. Peu importe qui nous avons haï, peu importe la violence dont nous avons fait usage, ni les taches de sang des séquestrations et des tortures que nous avons commises. Puisse, Dieu, cette voix arrive jusqu’à ces lieux où Dieu utilise son fouet en se prévalant d’hommes sans cœur et sans conscience pour que le Seigneur ait miséricorde d’eux, pour qu’ils aspirent en ces Pâques à ne plus tenir le triste rôle de châtiment de Dieu, mais à devenir des paroles d’espérance.

Oui, chers frères, depuis le Président jusqu’aux policiers – tous ceux qui constituent cet ordre sous lequel notre peuple se sent si craintif et timide –, ne soyez pas le châtiment de Dieu ; soyez un gouvernement d’espérance, soyez un corps de sécurité, soyez des hommes de l’ordre, soyez véritablement des instruments de Dieu pour la libération de notre peuple.

N’utilisons pas, chers capitalistes, l’idolâtrie de l’argent, du pouvoir pour exploiter les plus pauvres. Vous pourriez rendre notre peuple si heureux si vous aviez un peu d’amour dans votre cœur. Quel instrument seriez-vous avec vos voûtes remplies d’argent, avec vos comptes bancaires, vos grandes propriétés, vos terrains, si vous n’utilisiez pas tout cela pour satisfaire votre égoïsme, mais, au contraire, pour rendre heureux ce peuple si affamé, si nécessiteux, si sous-alimenté. Cela n’est pas de la démagogie pour arracher des applaudissements, c’est que le peuple sent et aime, il aime aussi ceux qui le châtient, il aime également ceux qui l’exploitent. Notre peuple salvadorien n’est pas fait pour la haine, il est fait pour la collaboration, pour l’amour, et il veut rencontrer de la fraternité dans tous les secteurs qui constituent ce peuple béni de Dieu, qui a reçu de Dieu des biens si abondants, mais qui deviennent la cause de tant de tristesses par la mauvaise distribution, par le péché des hommes.

3) Le baptême et la confession, chemins de la réconciliation

Dans cette ambiance et avant de terminer cette homélie avec le troisième point qui parle du Baptême et de la Pénitence comme des sacrements du carême, je veux faire un appel aux baptisés et à tous ceux qui ont besoin du sacrement du pardon pour qu’en ce carême nous nous réconciliions avec Dieu. Afin que l’on comprenne bien la nécessité de cela, c’est ici que j’ouvre une parenthèse qui se veut être comme l’incarnation de la Parole de Dieu dans notre semaine.

Cette Église, instituée par Jésus-Christ pour être la présence de Dieu – davantage que Cyrus pour les déportés de Babylone, davantage que Moïse avec les pèlerins du désert –, c’est le Christ lui-même qui me donne le pardon et l’espérance. Cette Église est celle que j’essaie de servir, chers frères, lorsque je donne ici des informations de caractère ecclésial. Ce sont celles qui me préoccupent en premier chef parce que vous êtes mon Église, le peuple de Dieu auquel j’appartiens et que je sers en tant que pasteur. Je ne suis pas un politologue, je ne suis pas un sociologue, je ne suis pas un économiste, je ne suis pas responsable d’apporter les solutions à l’économie et à la politique du pays. Il y a d’autres laïcs qui ont cette terrible responsabilité.

De mon poste de pasteur, je fais seulement un appel afin que vous sachiez utiliser ces talents que Dieu vous a donnés ; mais comme pasteur, ce qui me concerne – et c’est ce que je tente de faire –, c’est de construire la véritable Église de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est pourquoi je sens la joie de toute cette cathédrale remplie de fidèles. Je voudrais également que tous ceux qui m’écoutent au moyen de la radio, non pas pour des motifs politiques, les curieux ou les persécuteurs, mais en tant que catholiques, qui tentent d’écouter le message de leur pasteur pour s’orienter dans la construction de notre Église, le véritable peuple de Dieu, soient comme une torche lumineuse qui éclaire les chemins de la Patrie, force de Salut pour tout notre peuple. Soyons Église !

Événements de la semaine

Mon premier regard dans cette perspective ecclésiale se dirige toujours vers le Pape, centre de l’unité de ce Peuple de Dieu. Comme il me fait plaisir de voir toutes les semaines un geste, une parole d’orientation qui s’adresse à l’Église que j’essaie de suivre. Je suis le plus nécessiteux du Pape, je ne peux me passer du Pape. Et je rends grâce à Dieu d’avoir eu durant toute ma vie sacerdotale le souci d’être en solidarité et en fidélité avec le Saint-Père, le représentant du Christ. Mes yeux sont fixés sur lui, je n’ai jamais pensé le trahir. […]

« Il revient aux évêques, dit Jean Paul II, de transposer le contenu du document de Puebla à leurs communautés locales qui, grâce à Dieu, seront rapidement immergées dans l’esprit de Puebla. » Puisse Dieu qu’il n’arrive pas avec le document de Puebla ce qui s’est produit avec ceux de Medellín qui, encore de nos jours, sont suspectés d’être des documents communistes. Puebla n’est rien d’autre qu’un pas en avant de Medellín. Ceux qui n’ont pas fait le pas de Medellín, ceux qui croient encore que Medellín va être abrogé doivent avancer jusqu’à Medellín et marcher jusqu’à Puebla parce qu’il n’y a pas d’autres chemins pour rencontrer l’identité, la problématique de l’Église ici en Amérique latine avec ses problèmes qui sont les nôtres. Il est naturel que tous ceux qui se sentent les fléaux de Dieu et qui voudraient toujours châtier notre pauvre peuple, ne veulent pas qu’il existe un Dieu qui commence à leur annoncer : « Attention ! », parce que le fouet sera jeté au feu lorsque le peuple cherchera des solutions plus équitables à ses problèmes. »

« Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique pour que le monde soit sauvé et pour que tous ceux qui croient en Lui aient la Vie Éternelle. »

C’est cela la condition : croire, avoir foi, mettre en Lui notre espérance. Puisse Dieu que tout le peuple salvadorien soit aujourd’hui le pèlerinage du carême qui avec sa foi placée en Jésus-Christ espère que le dimanche de la Résurrection nous apporte non seulement le souvenir d’un Ressuscité d’il y a vingt siècles, mais la Résurrection véritable d’un peuple si prostré, appelé si efficacement à la résurrection par la voix même du Seigneur.

Mgr Oscar Roméro

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 10:05

Troisième dimanche de carême 18 mars 1979.

A) Le carême est une préparation pour célébrer Pâques : Mort et Résurrection du Seigneur. C’est cela, le message de Pâques auquel nous devons dédier le principal de notre effort pastoral au cours de ces dimanches. Nous sommes déjà rendus au troisième dimanche du carême et n’oublions pas que l’objectif principal vers lequel il se dirige est un pèlerinage avec le Christ qui porte sa croix et qui jeûne au désert. Le carême est à la recherche de ce consumatum est – « tout est accompli » – et, au-delà de cela, de la gloire de la Résurrection, toutes nos angoisses sont comme des croix que nous portons, comme ces jeûnes du carême qui vont fleurir. C’est pourquoi nous ne devons pas perdre la perspective du carême. La gloire de la Résurrection est aussi notre gloire, notre héritage, dans la mesure où nous nous unissons à son effort libérateur dans la douleur et la souffrance.

B) Le « Mystère Pascal » : Plénitude des temps, clé de la Rédemption. Le Mystère Pascal et la mort et la Résurrection du Christ sont le but ultime du carême. Je veux vous dire cela avec ces mots à la mode qu’emploie le Pape Jean-Paul II, dans sa première encyclique qui est sortie cette semaine. Le titre des encycliques provient des premières paroles latines qui sont écrites, elles nous indiquent, par ailleurs, la foi de cet homme dans ce Christ en qui nous mettons tous notre espérance. L’encyclique s’intitule ainsi : Redemptor Hominis, qui signifie « le Rédempteur de l’homme ». Le Pape débute ainsi : « Le Rédempteur de l’humanité, Jésus-Christ, est le centre du cosmos et de l’Histoire ». Dans la même introduction, il développe la pensée de sa foi en Jésus-Christ. « Dans l’acte rédempteur, l’Histoire humaine a atteint son sommet dans le dessein d’amour de Dieu. Dieu est entré dans l’Histoire de l’humanité, Il s’est converti en sujet – de cette histoire –, un parmi des millions et des millions et unique en même temps ». Quel beau concept que de considérer le Christ comme un pèlerin de l’Histoire, comme nous ! Un parmi des millions dans lesquels nous nous confondons, mais Unique parmi tous ces millions d’hommes et de femmes parce qu’Il est l’être en qui Dieu conduit, à son sommet, son projet de Salut.

C) Implication de ma vie et de l’histoire de mon peuple dans cette « Histoire du Salut ». Le carême n’est rien de moins qu’un pèlerinage à la rencontre de ce fait qui donna son véritable sens à l’Histoire de tous les hommes et de chacun. C’est pourquoi nous ne pouvons vivre le carême et la Semaine sainte sans penser à une implication de ma vie personnelle. En tant qu’homme et comme peuple, le Salvador, dans ce carrefour actuel, n’est pas perdu. Chacun des Salvadoriens, parmi les millions que nous sommes, nous savons que Dieu nous aime comme le Pape le dit : « d’un amour ineffable ». Votre relation avec Dieu est unique. Il respecte votre individualité, de même qu’Il vous aime comme peuple et qu’Il ne vous confond pas avec d’autres peuples. Pour chacun d’eux, comme pour chaque être humain, Dieu possède ses desseins dans cette Histoire du Salut que nous commémorons sous la forme d’une pérégrination vers la Semaine sainte et Pâques.

D) Retour sur les dimanches précédents. C’est pourquoi je me suis efforcé de faire dans ma prédication de ces dimanches de carême, un lien d’idées dans le sens de l’Alliance. L’Alliance de Dieu avec Noé… la Création. Signe : l’arc-en-ciel.

Le premier dimanche nous avons rappelé dans les lectures bibliques, l’Alliance de Dieu avec Noé après le déluge. Le signe de cette alliance est l’arc-en-ciel. C’est comme l’alliance de Dieu avec les hommes dans le champ immense de la nature, de l’être humain, du cosmos. C’est là où le Pape peut dire comme dans la première ligne de son encyclique : « Le Rédempteur de l’homme, Jésus-Christ, est le centre du cosmos et de l’Histoire ». L’arc-en-ciel que Dieu mit après le déluge comme un signe de l’Alliance qu’Il a faite avec les hommes dans le domaine naturel, toute la nature est née de nouveau après le déluge, et Dieu la remet toute neuve à l’humanité. Le Christ est le véritable arc-en-ciel parce que dans ses Pâques de Résurrection, la nature naît nouvelle et se livre à l’humanité afin que cette dernière, une fois purifiée du péché, sache mieux l’administrer. C’est pourquoi nous nous préparons au cours de ce carême à une rénovation de la nature, de l’humanité, de l’Histoire et de nous-mêmes, membres de ce cosmos et de cette Histoire. L’Alliance de Dieu avec Abraham… le peuple de Dieu naît de ce signe : la circoncision.

Le second dimanche du carême, nous avons parlé de l’Alliance de Dieu avec Abraham. Il s’agit dès lors d’une sélection dans l’ensemble cosmique. Dieu choisit un peuple qui naîtra des entrailles stériles du vieil Abraham et de sa femme Sara. Isaac naît et c’est le début d’un peuple en qui s’accompliront les promesses du Salut, parce que c’est de celui-ci que naîtra le Rédempteur, le Redemptor Hominis. Cela avait été annoncé à Abraham, lui qui fut choisi parmi l’humanité entière, mais non pas pour établir une ségrégation exclusive. Le peuple juif qui naît d’Abraham n’est rien d’autre qu’un missionnaire de l’Histoire. Il va nous apporter la bénédiction de Dieu en un de ces descendants d’Abraham qui sera Jésus-Christ, mais le destin de ce peuple et de ce don qui nous apportera comme don de Dieu, le Rédempteur des hommes, n’est pas l’exclusivité du peuple juif. « Il n’y a plus de Juifs ni de Grecs », dira saint Paul. Maintenant que le peuple juif a accompli sa mission de nous conduire au Rédempteur, tous les peuples du monde ont le droit de Le recevoir et c’est pour cela que le Père du Peuple de Dieu nous a fait don de cette caractéristique : la foi. C’est la foi qui distinguera les hommes dorénavant. Non plus entre juifs et non-juifs, mais plutôt entre croyants et incroyants. « Celui qui croira se sauvera, celui qui ne croira pas se condamnera ». L’Alliance avec Abraham est à l’origine d’un peuple privilégié comme source de bénédiction pour tous les autres peuples. L’Alliance de Dieu avec Moïse… promulgation de la loi de Dieu. Signe : le Sabbat. Plusieurs siècles plus tard, une troisième Alliance advint. C’est celle qui occupe notre attention dans les lectures d’aujourd’hui (Ex 20,1-17 ; Cor. 1,22-25 ; Jn 2,13-25). Il s’agit de Moïse. Le livre qui donne aujourd’hui le ton à ce troisième dimanche de carême, c’est l’Exode, le second livre de la Bible. L’Exode est comme la dogmatique, le noyau doctrinal de tout ce peuple qui est né d’Abraham et des Patriarches. C’est la faim qui conduisit leurs ancêtres en Égypte il y a de cela quatre siècles. C’est un peuple qui est devenu esclave. Dieu n’a pas oublié sa promesse, celle qu’Il fit à Abraham. L’Exode capte ce moment précieux où Dieu choisit un chef pour conduire ce peuple de l’esclavage à la Terre promise.

1) Le Peuple de Dieu a une loi : L’Exode – élection, libération, alliance – dogme cardinal de la religion de l’Ancien testament. Moïse…

A) Antécédents : arrivée au Sinaï

Cela fait déjà trois mois qu’ils sont sortis d’Égypte et cette libération marque un trait définitif dans l’histoire du Peuple de Dieu. Libérés par les prodiges de Dieu, ils marchent à travers le désert et ils arrivent, dans la lecture d’aujourd’hui (Ex 20,1-17) au pied du mont Sinaï. Quelque chose de grandiose va s’y produire. Dieu rappelle à Moïse qu’Il a fait une promesse à ce peuple et qu’Il va la renouveler. Il ordonne donc à Moïse de se purifier parce que dans trois jours Il viendra mystérieusement s’entretenir avec le guide du peuple élu. Moïse commande à son peuple de se purifier et personne ne doit toucher à cette montagne parce que Dieu va la toucher le troisième jour. La Bible nous décrit comment se sent la présence de Dieu. Puis Dieu dit à Moïse (Ex 19,4-5) : « Vous avez vu vous-mêmes ce que J’ai fait aux Égyptiens, et comment Je vous ai emportés sur des ailes d’aigles et amenés vers moi. Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples, car toute la Terre est à moi ».

Observez bien ce détail, frères, c’est pourquoi je vous disais que « Peuple de Dieu », ce n’est pas la même chose que « peuple » en général. Peuple de Dieu, c’est : « Parmi tous les peuples qui sont les miens, dit Dieu, J’en ai choisi un avec qui Je veux établir des relations très spéciales ». Ce sera cela le Peuple de Dieu, il est intéressant de prendre ça en compte. Quand nous appelons notre Église, Peuple de Dieu, ici au Salvador, il ne faut pas confondre cela avec un sens démocratique comme si tous les Salvadoriens formaient le Peuple de Dieu. Seuls ceux qui sont baptisés, « seuls ceux qui n’ont pas oublié mes promesses, seuls ceux qui se souviennent comment Je les ai portés sur des ailes d’aigles, seuls ceux qui ont la foi, » c’est ce qui caractérise les véritables descendants du Peuple de Dieu. Ce ne sont pas tous les Salvadoriens qui appartiennent à cette Alliance que Dieu a faite avec son Peuple.

C’est à cette portion choisie de Dieu, non pas par caprice, mais parce qu’Il rencontre chez eux une réponse de foi, d’espérance qui Lui est dirigée. Dieu leur dit, dès la veille de la grande Alliance avec Moïse : « Vous serez ma propriété personnelle parmi tous les peuples, vous serez pour Moi un royaume de prêtres, une nation sainte ». C’est ce que Dieu désire en choisissant un peuple. C’est une sélection humaine dans laquelle peuvent s’insérer tous ceux qui se repentent de leurs péchés et qui s’incorporent par la foi à ce Dieu qui ne fait maintenant plus de distinction entre Juifs et non-Juifs, puisque dorénavant il n’existe plus qu’une seule porte pour Lui appartenir, c’est la foi dans le Redemptor Hominis, dans le Rédempteur de l’humanité. Préparation à l’Alliance. Moïse convoque le peuple et il lui annonce tout ce que Dieu a dit. Le peuple fait alors cette merveilleuse réponse : « Nous ferons ce qu’a dit Yahvé ». Voyez comment Dieu a préparé psychologiquement le moment où Il allait leur parler. Il a rappelé les origines de ce peuple, Il a mentionné les conditions pour Lui appartenir. Il demande la sainteté, il offre les privilèges de la sainteté : peuple sacerdotal, peuple saint, peuple qui m’appartient. « Nous ferons tout ce que le Seigneur demandera ».

La Théophanie. Alors, le livre de l’Exode commence à nous décrire cette merveilleuse « théophanie » (Ex 19,16-17) : « Or le surlendemain, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne, ainsi qu’un très puissant son de trompe et, dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple du camp, à la rencontre de Dieu, et ils se tinrent au bas de la montagne ». Et Moïse, qui a reçu la charge de Dieu, monte seul pour s’entretenir avec le Seigneur. C’est là que Dieu lui dicte ce qui a été lu aujourd’hui dans la première lecture : les dix commandements, le Décalogue.

B) Le Décalogue est avec le Code de l’Alliance, la Charte Maîtresse de l’Alliance du Sinaï. À partir de ce moment, le Décalogue sera comme l’essence du Peuple de Dieu. Le Décalogue avec le code de l’alliance qui est inscrit dans les chapitres suivants de l’Exode, constitue l’âme du Pentateuque. Ce sont les cinq premiers livres de la Bible que le Christ, les prophètes et les Juifs appellent la Loi. Souvenez-vous combien de fois le Christ a dit : « La Loi et les prophètes ». Nous sommes face à la loi, c’est la Loi de Dieu qui constitue la sagesse de ce peuple. La Loi de Dieu qui a été donnée sur le Sinaï a pour préambule ce que nous avons entendu aujourd’hui : « Je suis le Seigneur, ton Dieu. » Il s’agit également d’un prologue historique : « Je suis le Seigneur qui t’a fait sortir d’Égypte, de l’esclavage ». Il ne faut pas oublier ces préambules si nous voulons rencontrer le véritable sens de la Loi de Dieu, dont plusieurs se moquent aujourd’hui. Mais j’aimerais vous rappeler comment Dieu a donné une loi pour tous les temps, qui n’est plus seulement pour Israël. Par cette loi Dieu a assumé l’ensemble des lois naturelles. Les lois de l’Ancien Testament prévalent toujours pour le Nouveau Testament.

Quand le Christ dans son sermon sur la Montagne rappelle cet épisode du Décalogue, Il dira : « Je ne suis pas venu pour abolir la loi, mais pour la parfaire ». Il rappelle au jeune homme qui cherche la voie du Salut : « Observe les commandements ». « Quels sont-ils ? », lui demanda alors celui-ci. Le Christ commence alors à énumérer cette page que nous avons lue aujourd’hui. Préambule théologique : « Je suis le Seigneur, ton Dieu. » Il existe une différence entre les codes, les lois contemporaines, et le Décalogue. Les études de la Bible ont découvert de nombreux textes de ce temps, mais entre ceux-ci et le Décalogue, il existe une énorme différence. Dans les autres codes, les lois de ces peuples se présentent sous une forme casuistique : si quelqu’un fait telle chose… il se mérite telle récompense ou tel châtiment. Mais la loi de Moïse est très distincte. Elle ne dit pas « Si quelqu’un fait cela… », mais plutôt « Tu feras ceci et tu cesseras de faire cela ». Ce n’est pas une casuistique, c’est la loi d’un souverain. C’est pourquoi cette Souveraineté nous est présentée au commencement : « Je suis le Seigneur, ton Dieu ». Aucun homme ne peut dresser la tête en signe de rébellion contre ce Seigneur qui lui a donné la vie et l’existence. Même si cet homme se prétend athée et qu’il dit : « Je ne crois pas en Dieu », le fait demeure que cette personne vit parce que Dieu lui a donné l’être. Au plus athée, au plus incrédule, à celui qui se moque le plus de l’Église, le Seigneur peut lui adresser la parole et lui dire : « Je suis ton Dieu, ton Seigneur, Je t’impose une loi et tu dois l’accomplir ». Préambule historique : « Je suis le Seigneur qui t’a fait sortir du pays d’Égypte et de l’esclavage ». Parce que l’Exode marque pour Israël son origine en tant que peuple. L’Alliance que Moïse réalisa avec son Dieu est une alliance comme peuple. Ainsi, l’alliance que Dieu fit avec Abraham comme père d’un futur peuple était individuelle. Maintenant, ce peuple est devenu une réalité et l’alliance qui est faite avec celui-ci possède un sens communautaire. C’est une communauté qui naquit de la libération (expérience fondatrice). Comme il est merveilleux de penser à cela alors qu’on discute autant de libération, sur ce qu’est le véritable sens de celle-ci. Dieu est le grand Libérateur : « Je t’ai donné la liberté », mais la liberté ne vous est pas donnée pour le libertinage. La liberté nous est donnée pour quelque chose. Saint Paul dit : « Libres pour le Christ ». Chaque fois qu’il y a une libération, celle-ci possède un objectif pour lequel il faut l’acquérir. Si Dieu libère Israël d’Égypte, c’est pour en faire son peuple. Non, naturellement, avec la dureté du Pharaon, sinon avec son doux joug. Sa loi est légère, mais il n’y a pas un homme qui puisse vivre sans loi. Celui qui n’obéit pas à la loi de la liberté des fils de Dieu tombe dans l’esclavage de ses passions. Celui qui n’obéit pas à la loi de Dieu se croit libre. Il n’y a pas plus esclave que celui qui est rebelle à loi de Dieu, parce qu’il est esclave de quelque chose : esclave de la chair, de l’argent, de la passion politique, de la luxure et de l’orgueil. La liberté de Dieu nous offre un chemin que nous devrons toujours suivre : la loi de Dieu. Il est bon de s’en rappeler parce qu’aujourd’hui où nous devons réfléchir sur les pages de la Bible qui traitent des dix commandements de la loi de Dieu, je voudrais que nous pénétrions dans l’intimité de chaque cœur et que nous regardions sincèrement comment est-ce que nous accomplissons notre alliance avec Dieu.

L’éthique demeure en interdépendance avec le dogme, mais cette relation ne provient pas d’un caprice de nous diriger. Il existe une éthique qui est basée sur un dogme, c’est-à-dire sur une vérité, sur une révélation. Dieu s’est révélé comme l’aigle qui emporte le peuple sur ses ailes. Il s’est révélé comme une force libératrice du peuple. Dieu s’est révélé comme un principe d’amour aux êtres humains. Nous ne pouvons pas oublier ces révélations qui constituent notre dogme, nous ne voulons pas que la loi de Dieu se convertisse en quelque chose d’odieux. Pourquoi est-ce que de nombreuses personnes n’accomplissent pas la loi de Dieu ? Parce qu’elles ont été séparées de cette révélation d’amour. Qui est-ce qui accomplit le mieux, avec amour et avec joie, la loi de Dieu ? Ceux qui n’ont pas oublié la révélation d’un Dieu qui s’est révélé comme un Père et qui impose ses lois pour notre bien. C’est ainsi que, en tenant compte de ces principes dogmatiques, le peuple d’Israël et nous, chrétiens, qui possédons cette grande révélation en Jésus-Christ, nous accomplirons notre loi. Mais je crois qu’ici nous touchons au fond de notre situation salvadorienne. Ici, nous touchons le fond d’autant de désordres dans notre vie sociale. Si nous recherchons le pourquoi des grèves, le pourquoi des séquestrations, des divisions, de la violence et de tant de crimes, des disparitions et des tortures, nous n’aurons qu’une seule et même réponse : les hommes ont oublié la Loi de Dieu. Un jour, je vous signalerai la putréfaction de notre système, l’abus du pouvoir qui s’est converti en un voleur. Nous pouvons décrire des situations bien honteuses d’hommes qui devraient nous donner l’exemple d’honnêteté dans le poste qu’ils occupent au gouvernement, dans les affaires et le commerce. Pourquoi profitent-ils de ces fonctions, de ces positions ? Cela n’a rien à voir avec le bien commun, ils agissent par égoïsme ! Ah, si l’on révisait leur comptabilité ! Ah si on demandait des comptes à ces nombreuses œuvres publiques ! La loi de Dieu n’a pas été respectée par ceux qui devraient être nos modèles : les législateurs, ceux qui commandent. Et dans le peuple, naturellement, l’exemple de ceux d’en haut sème le doute, l’incertitude et également la soif d’en profiter. Alors, nous avons une nation corrompue de haut en bas parce qu’ils ont tous oublié la loi de Dieu, nous avons oublié la loi de Dieu.

Il est nécessaire maintenant de nous rappeler un à un ces commandements et nous verrons alors comme tout serait facile si nous revenions à l’observance de la loi divine. Je vous ai rappelé, dès le premier point, que le peuple de Dieu possède une loi qui lui a été donnée dans la solennité du mont Sinaï, qui est parvenue jusqu’à nous et qui maintenant, en ce carême de 1979, nous demande une révision de vie comme communauté, comme pays, comme gouvernés, comme peuple et comme chrétiens. C’est seulement ainsi que le carême pourra opérer cette grande tâche de rénovation si nous gardons devant nous le miroir où apparaîtra enlaidi notre visage parce que nous ne nous sommes pas préoccupés de refléter dans notre vie la loi du Seigneur. Les dix commandements, qui apparaissent aujourd’hui dans la première lecture, se divisent en deux, comme il est dit dans notre catéchisme. Les trois premiers ont trait aux relations des hommes avec Dieu, les sept autres concernent les relations de l’humain envers son prochain. Quel traité complet de morale que celui qui se retrouve dans la première lecture d’aujourd’hui (Ex 20,1-17).

Premier commandement. Le monothéisme ne pratique… aucune image. Les autres peuples avaient de nombreuses images de leurs divinités. Le premier commandement, que notre catéchisme annonce simplement en disant : « Tu aimeras ton Dieu par-dessus tout ». La Bible le décrit un peu plus (Ex 20,2-6) : « Je suis Yahvé, ton Dieu, qui t’a fait sortir d’Égypte, de la maison de servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi. Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre, ici-bas, ou dans les eaux, au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car moi, Yahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux qui punit la faute des pères sur les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants pour ceux qui me haïssent, mais qui fait grâce à des milliers pour ceux qui m’aiment et gardent mes commandements ». Quelques protestants veulent y voir une accusation des catholiques parce que nous avons des images. Ce n’est pas le temps ici pour nous attarder à cela, mais en passant je vous dis que Dieu ne nous a pas interdit l’usage des images des saints, sinon qu’Il nous prohibe l’usage des images de Dieu. Les images des saints sont des portraits de personnes que nous savons qu’ils sont déjà dans l’autre vie. C’est pour que nous les ayons présents à l’esprit comme j’ai la photo de ma mère auprès de mon lit, tout en sachant que ce n’est pas elle qui est là, mais son effigie, son portrait. L’image qui est interdite dans ce commandement, c’est celle de l’idolâtrie, l’image de culte. En révisant cela, les investigations modernes ont démontré les distinctions énormes qui existent entre le peuple d’Israël et les peuples voisins qui n’avaient pas ces interdits. Ils ont découvert plusieurs de ces images dans les excavations qu’ils ont réalisées chez ces peuples, alors que chez les juifs de cette époque ils n’en ont découvert aucune, pas une seule image de leur divinité. Par contre, ils ont rencontré sur les sites archéologiques de ces autres nations, des divinités représentées sous forme de serpents, d’animaux, etc. Pour éviter ce danger de l’idolâtrie, Dieu ordonne qu’ils ne se fabriquent pas d’images du divin, qu’il ne tente pas de représenter Dieu par des images visibles parce que le jour où un juif sera agenouillé devant une idole, il aura trahi le Décalogue : « Je suis un Dieu jaloux, dit le Seigneur, je ne veux pas que tu adores qui que ce soit en dehors de moi ». C’est le sens du premier commandement, lequel, comme vous voyez, a encore son sens pour notre temps. Quelles sont les idoles de notre temps ? Nous l’avons dit souvent et c’est pourquoi il y a de nombreuses personnes qui pèchent contre le premier commandement, parce qu’ils se sont érigé des idoles : l’argent, le pouvoir, l’orgueil, l’égocentrisme. Ce premier commandement est pour nous l’opportunité que nous offre le carême pour détrôner toute idole qui n’est pas le Dieu véritable. Cela doit être un moment de révision de ma vie et de mes critères. Est-ce que je mets Dieu au-dessus de tout ?

Deuxième commandement. Le mauvais usage du Saint Nom… Blasphèmes, Jurons, Malédiction, magie noire. Le deuxième commandement que notre catéchisme nous dit est : « Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain ». La Bible nous le présente plus explicitement (Ex 20,7) : « Tu ne prononceras pas le nom de Yahvé ton Dieu à faux, car Yahvé ne laisse pas impuni celui qui prononce son nom à faux ». Cela fait référence à prendre le nom de Dieu comme fondement pour une malédiction. Le respect de ce second commandement est allé si loin que les Israélites ne prononçaient pas le nom de Yahvé sinon qu’ils disaient : « Adonaï », qui signifie « Le Seigneur ». La révélation du Saint Nom de Yahvé, ce n’est pas Jehova comme l’affirment les Témoins du même nom. Il s’agit d’une falsification, cela n’existe pas. Yahvé est son nom. Yahvé ! Mais ce nom était si saint et ils respectaient tant ce second commandement de ne pas prononcer le nom de Yahvé sans respect, qu’il valait mieux ne pas le prononcer, et ils le changèrent pour un autre : « Adonaï », le Seigneur.

Troisième commandement. Le sabbat doit être consacré à Dieu. Le troisième commandement qui marque les relations de l’homme avec Dieu et aussi celui de l’Alliance de Dieu avec Moïse, c’est le Sabbat. Le repos sabbatique c’est comme l’arc-en-ciel, c’est le signe d’une alliance. Le dimanche sera aussi le signe de l’alliance de Dieu avec son peuple. C’est pourquoi venir à la messe le dimanche c’est comme si le peuple de Dieu était ici en train de renouveler avec Dieu son alliance. Je vous remercie pour votre présence dans la cathédrale, cela donne tant de vie à ce jour du précepte. Vous pourriez vous demander : pourquoi pas le samedi, comme dit la Bible ? Le Sabbat est une parole dont la racine signifie repos. Ce n’est pas proprement un jour de semaine, mais un jour de repos. Pour les Israélites, ce fut le Sabbat, mais comme le Christ ressuscita un dimanche, les premiers chrétiens déjà, avaient pris l’habitude de changer le jour du repos traditionnel pour celui qui commémorait la Résurrection, fondement de notre espérance. C’est pourquoi le Concile dit : « Les catholiques viennent à la messe le dimanche, ils se réunissent pour renouveler leur alliance avec Dieu, pour rendre grâce à Dieu pour l’espérance de la Rédemption qu’ils portent dans leur cœur ». C’est pour cela que nous venons le dimanche, pour renouveler notre alliance ! Sanctifier le jour du Seigneur, venir à cette Assemblée réunie, c’est ce que j’ai mentionné aujourd’hui : L’assemblée convoquée par Moïse lorsque Dieu allait leur parler. Je vous regarde et je sais que mon humble ministère n’est pas plus que celui de Moïse, de vous transmettre la Parole : « Le Seigneur dit ». Quel bonheur cela me fait de constater dans les lettres que je reçois que, dans l’intimité de vos cœurs, vous acceptez, ce que le peuple répondit à Moïse : « Nous ferons tout ce que Yahvé a ordonné ». L’autre jour, un prêtre m’a dit qu’un monsieur cherchait à se confesser – cela faisait quarante ans qu’il ne l’avait pas fait – parce qu’il voulait se convertir à cause de ce qu’il avait entendu à la cathédrale. Quand on dit que ma prédication est politique, je m’en remets à ces témoignages de conversion à Dieu. C’est ce que je cherche : la conversion à Dieu. Et si je fais souvent référence aux événements politiques, souvent corrompus, je le fais pour que ces hommes que Dieu aime se convertissent et abandonnent leurs péchés. C’est ici que viennent les sept préceptes qui concernent les relations des hommes entre eux.

Quatrième commandement. L’obligation envers les parents. « Le premier commandement avec une promesse ». Le quatrième commandement a trait à la relation des hommes et des femmes envers leurs parents. Saint Paul dans l’épître aux Éphésiens l’appelle « le premier commandement avec une promesse ». Il est bien intéressant de savoir que le seul commandement qui contient une promesse de bénédiction est celui où Dieu dit (Ex 20,12) : « Honore ton père et ta mère, afin que se prolongent tes jours sur la Terre que te donne Yahvé ton Dieu ». Je crois qu’il suffit d’en appeler à l’expérience des bons et des mauvais enfants. Quelle joie apporte le bon fils ! Quels problèmes apporte le mauvais fils ! Quelle tendresse que celle de la vieille dame qui peut dire : mon fils ne m’oublie jamais ! Quelle amertume que celle de l’homme qui dit : mes enfants ne se soucient plus de moi. Si cette loi était observée, comme il y aurait du bonheur dans de nombreux foyers et dans de nombreux cœurs !

Le cinquième commandement a trait à l’homicide, au caractère sacré de la vie humaine. Le cinquième commandement est court, mais terrible : « Tu ne tueras pas ! » C’est ici que le caractère sacré de la vie est affirmé. Souvenez-vous que tout est sous l’épigramme : « Je suis le Seigneur, ton Dieu, Je t’ai donné la vie et tu n’enlèveras pas la vie à ton frère ». Combien de sang a enlevé parmi nous le bonheur et la sainteté de ce commandement ! On envoie tuer, on paie pour tuer, on gagne sa vie en tuant. On tue pour éliminer l’ennemie politique qui dérange, on tue par haine. Combien de crimes ont eu lieu sur ces cadavres qui apparaissent ? Souvent, l’origine de leur capture fut officielle, mais je pense au motif de ces assassinats. Quel fut-il ? Qui a payé ? Quel intérêt se cache-t-il derrière cette mort ? Tu ne tueras pas, c’est terrible ! Puissent, Dieu, m’entendre ces hommes qui ont les mains tachées par un homicide. Ils sont nombreux, malheureusement, parce qu’est homicide également celui qui torture. Celui qui commence à torturer ignore où cela va se terminer. Nous avons vu des victimes de tortures, amenées par mille subterfuges mensongers, pour mourir dans un hôpital. Ce sont des assassins également, des homicides, ils ne respectent pas le caractère sacré de la vie. Personne ne peut porter la main sur un autre homme parce que celui-ci est à l’image de Dieu. Tu ne tueras pas ! […] Quand le Christ voulut améliorer ce commandement, il disait : « Déjà, lorsque vous commencez à haïr, vous avez commencé à tuer ». C’est pour cela qu’Il est venu, pour parfaire, par ses conseils évangéliques, ces commandements, pour éloigner autant que possible, la possibilité que l’être humain désobéisse à la loi du Seigneur et pour qu’il demeure toujours heureux. Nous pourrions poursuivre ainsi, parce que ce cinquième commandement est très malmené parmi nous, tragiquement négligé ! Puisse Dieu que devant la lumière de mes mots qui répètent sa Parole, nous regardions avec plus de respect la vie humaine. Surtout, si cet homme est sous le pouvoir de quelqu’un qui le fait souffrir. Respectez-le s’il vous plait. Ne le tuez pas ! Où sont les disparus ? Dans quelle prison sont-ils en train de mourir en se languissant, ou sont-ils déjà morts, les ont-ils déjà tués ? Dites-le, ne serait-ce que pour que les mères sachent où emporter une couronne à leur fils qu’elles pleurent dans l’incertitude…Tu ne tueras pas ! Même si tu conduis un char d’assaut ou si tu manipules des fusils de gros calibre. Pourquoi sont morts les spectateurs de la grève, il y a quelques jours ? N’y a-t-il pas une autre manière d’éloigner une foule que d’ouvrir le feu sur elle ? De nouveaux foyers pleurent ces morts inattendus. Tu ne tueras pas ! Puisse Dieu se graver comme sur une pierre dans la conscience et dans le cœur de celui qui agit envers un autre homme, surtout lorsqu’il s’agit de relation d’autorité envers des subordonnés : Tu ne tueras pas ! La loi de Dieu l’exige.

Sixième commandement. Sainteté du mariage. Il y aurait tant à dire également du sixième commandement. Tu ne commettras pas l’adultère. Lorsque nous regardons à la lumière de Dieu, la situation de notre pays, nous nous surprenons de voir comment est-ce que Dieu est patient et qu’Il ne nous traite pas pire que cela par notre propre faute. C’est la sainteté du mariage, c’est seulement dans le mariage que peuvent avoir lieu les relations sexuelles d’un homme et d’une femme et pour sauver la sainteté de cet acte qui collabore avec le Dieu Créateur dans la fécondité de la vie, Dieu interdit toute relation en dehors du mariage. Ici, nous avons un autre bon négoce au Salvador : les motels, les bordels, les maisons de rencontre. Combien de pourriture, combien de misère, combien d’exploitation de la dignité de la femme, de la santé, de la vie du pays. Et ce sont de bonnes affaires. Vous seriez étonnés d’apprendre à qui appartiennent ces établissements. Chers frères, il peut pleuvoir du feu sur cette Sodome. Ce sont des maisons du péché qui sont occupées jour et nuit. Ce sont des temps où on offense Dieu. Il n’y a plus d’austérité dans la vie. La loi de Dieu est de trop. Tu ne commettras pas l’adultère ! Tu ne forniqueras pas !

Septième commandement. La sainteté de la propriété privée inclut la liberté. Le septième précepte du Décalogue est : « Tu ne voleras pas ! » Quel examen de conscience pourrions-nous faire ici, alors qu’on vole à outrance dans notre environnement. Celui qui ne vole pas se sent stupide, et celui qui fait des affaires ou qui entreprend une œuvre se croit obliger d’abuser – parfois à coup de millions. Tu ne voleras pas ! Notre pays serait différent si on ne volait pas tant…Je veux rendre justice à de nombreuses personnes qui possèdent de l’argent et qui sont très honorables, qui se plaignent qu’on leur ait attribué la faute en tout. Ils nous font voir sous un autre aspect pour nous dire : ce ne sont pas uniquement les quatorze familles qui sont coupables. On voit de plus en plus d’ex-fonctionnaires se retirer très à l’aise. Les grandes propriétés, les maisons luxueuses et les commerces se multiplient. Est-ce que tout cela provient de choses honnêtes ? Béni soit Dieu ! Mais si dans le fond ils enfreignent le septième commandement, ils ne peuvent pas remercier Dieu. Tu ne voleras pas ! C’est la vérité et ce qu’ils ont, ils l’ont volé au peuple qui périt dans la misère. Combien d’autres choses pourrions-nous dire de ce précepte qui semble aujourd’hui sans importance. Mais, frères, voler sera toujours un péché. Ne pas voler, c’est la loi de Dieu.

Huitième commandement. « Tu ne rendras pas de faux témoignages contre ton prochain ». La loi de la sincérité ! Je veux rendre grâce à Dieu parce que l’Église a le langage de la sincérité. Je veux rendre grâce à Dieu parce qu’au milieu d’un monde de mensonges, où personne ne croit plus en rien, on croit encore en l’Église. Grâce à Dieu qui préserve le sens de la crédibilité et la capacité de dialoguer parce qu’ils savent que l’Église ne ment pas. Elle est dure parce qu’elle ne sait pas mentir. Mais dans ce commandement de la sincérité, combien de choses y aurait-il à dire. Combien sont ceux qui croient les nouvelles de nos journaux, surtout quand ils servent à la défense de certains intérêts ? Par chance, le peuple – et je le félicite – apprend à lire les journaux, à écouter la radio et à regarder la télévision. Ce n’est pas tout ce qui sort de là qui est la vérité. Il y a de nombreux mensonges. Il y a de nombreux péchés contre le huitième commandement. Un écrivain moderne a dit : « Si nous nous éveillions un jour avec l’idée d’accomplir la loi de Dieu, en arrivant à la maison, en prenant le journal, nous découvririons de nombreux endroits laissés en plan ». S’il était interdit de mentir, c’est certain qu’il y aurait davantage de confiance dans les rapports humains. Mais où en sommes-nous rendus dans notre société ? À une méfiance si grande, que chaque fois que nous avons une conversation avec quelqu’un, nous regardons à gauche et à droite pour voir si quelqu’un n’est pas en train de nous épier. Parce qu’épier les gens, c’est également un péché contre le huitième commandement… Parce que la plupart du temps, l’information qu’ils rapportent est inspirée par la haine, par la vengeance. J’ai vu ainsi souffrir de nombreux hommes parce qu’on porta de faux témoignages contre eux. C’est ce qui se produit avec les communautés de notre Église, elles sont victimes de ce péché : le faux témoignage. Je me souviens de certains arguments de ceux qui désiraient voir expulser certains prêtres. J’ai pu me rendre compte du mensonge et de l’insolence avec laquelle ils m’apportèrent ces informations sur laquelle étaient fondées des décisions injustes, inspirées par le péché, contre le huitième commandement. Un peu de conscience, chers frères, un peu de conscience pour dire toujours la vérité ! Il vaut mieux se taire, même si parfois c’est de la lâcheté lorsqu’il s’agit de défendre celui qui pèche en rendant un faux témoignage.

Neuvième et dixième commandements. Les désirs illicites peuvent conduire à des actions concrètes contre les sixième et septième commandements. Ce sont les deux derniers préceptes : « Tu ne convoiteras pas les biens de ton prochain », « ni ne désireras la femme de ton prochain », comme préceptes préventifs afin de ne pas tomber dans la violation de la sainteté de la propriété et du mariage. Comme vous voyez, les commandements écrits sur le mont Sinaï, comme nous dit la Bible, sont nos relations les plus importantes avec Dieu et avec nos prochains. Puisse, Dieu, ce carême être pour nous l’occasion de faire une révision de vie afin de voir comment nous accomplissons la loi de Dieu !

C) Médiation de Moïse

Après cela, nous terminons la cérémonie du Sinaï, Moïse ordonne de tuer des animaux pour sceller l’alliance qui avait été conclue avec Dieu et la moitié du sang fut aspergé sur le peuple, comme pour marquer de ce sang de victime, la promesse qui avait été faite. « Nous ferons tout ce que Yahvé a dit ». Les dix commandements de la loi de Dieu sont la réponse des hommes à l’alliance qu’Il veut faire avec nous. Accomplir ces commandements, c’est ratifier chaque jour l’entente signée avec Dieu : « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple ». Ne nous glorifions pas d’être le peuple de Dieu tant que nous offenserons autant la loi du Seigneur.

2) La loi de Dieu est nécessaire, mais elle ne suffit pas. La lettre sans l’esprit : le temple, les fêtes, les institutions sacrificielles. Ici, je vais me limiter à l’Évangile d’aujourd’hui (Jn 2,13-25). Le Christ se fait un fouet avec des cordes pour expulser du temple ceux qui ont fait de la loi de Moïse un commerce, ceux qui ont fait du temple, symbole de l’union avec Dieu, un marché, une cave de voleurs. Pour purifier ce saint lieu qu’était le temple, il fallait sans cesse offrir un culte de sacrifice, mais cela se faisait d’une manière si légaliste qu’ils s’étaient éloignés de l’esprit de la loi. L’Évangile de saint Jean est très pittoresque, il relate de nombreuses coutumes de la tradition juive. Dans l’Évangile d’aujourd’hui apparaissent par exemple le signe des fêtes, le signe du temple, le signe de l’institution sacrificiel. Tout ceci n’était rien d’autre que des signes extérieurs, c’était la lettre de la loi. Mais le légalisme n’est pas l’esprit, ce que Dieu veut avant tout, c’est l’esprit. La lettre ne suffit pas, l’esprit est nécessaire (encyclique Redemptor Hominis).

Puisque je vous ai annoncé la nouvelle encyclique de sa Sainteté Jean-Paul II, je ne voudrais pas vous priver d’en entendre quelques extraits, sur le point qui se réfère à la Rédemption et au Salut des hommes d’aujourd’hui. Il dit que la lettre ne suffit pas, mais que l’esprit est nécessaire. « Déjà, depuis la première moitié de ce siècle, dans la période où diverses formes de totalitarismes d’État se sont développées, lesquelles, comme c’est connu, nous conduisirent à d’horribles catastrophes belliqueuses ; l’Église avait clairement délimité sa position face à ces régimes qui agissaient apparemment pour un bien supérieur, comme le bien de l’État, tandis que l’histoire démontrait, au contraire, qu’il s’agissait plutôt du bien d’un parti qui s’identifiait à l’État ». Il s’agit des régimes d’avant-guerre, surtout de l’Allemagne et de l’Italie, où naquit l’idéologie de « la Sécurité d’État », qui sert maintenant d’inspiration à nos régimes latino-américains. Le Pape dit que c’est précisément pour avoir vécu cette triste histoire des violations des droits humains dans ces pays qui se glorifiaient de servir le bien commun, que c’est à cause de cela qu’est née l’Organisation des Nations Unies et que fut rédigée la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le Pape fait référence à cela lorsqu’il dit : « En partageant la joie de cette conquête avec tous les hommes de bonne volonté, avec tous ceux qui aiment véritablement la justice et la paix, l’Église est consciente que la lettre seule peut tuer, alors que l’Esprit de vie doit se demander sans cesse avec l’aide des hommes de bonne volonté si la Déclaration des Droits Humains et l’acceptation de sa lettre signifient pour tous la réalisation de son esprit. Surgissent, en effet, des craintes fondées selon lesquelles nous sommes bien souvent éloignés de cette réalisation et que peut-être l’esprit de la vie sociale et publique se retrouve dans une opposition douloureuse avec la “lettre” déclarée des droits de l’homme. Cet état de fait, très grave pour ces sociétés, rendrait particulièrement responsables, face à ces dites sociétés et à l’histoire de l’humanité, ceux qui contribuent à en déterminer la lettre ».

Nous nous glorifions de ce que les droits humains coïncident avec la loi de Dieu, mais si le Pape dit : « Nous devons cependant nous demander si cette Déclaration universelle des Droits de l’homme acceptée par de nombreux pays, comme si un nouveau Sinaï avait inspiré un nouveau respect envers Dieu et les êtres humains, si la loi de Dieu comme la Déclaration universelle des droits de l’homme n’avaient pas davantage servi pour se recouvrir de la lettre, en laissant son esprit très loin de ce qui en était espéré ».

3) Le Christ est la plénitude de la loi et la force de Dieu qui sauve. Nous allons nous approcher de l’autel avec ce troisième point. J’y ai déjà fait allusion, la loi est nécessaire, mais la lettre ne suffit pas, l’esprit de la loi est nécessaire, seul le Christ est la plénitude de la Loi. Ne l’oublions pas quand nous marchons pendant notre carême jusqu’au Calvaire et la Résurrection. Le Christ est le vrai temple : la mort et la résurrection sont la porte du Salut.

Saint Paul nous a dit que ni le signe que recherchent les Juifs avec la magnificence de leur temple, avec les miracles, ni la sagesse des Grecs, ne sauveront l’humanité, mais la force « salvatrice » qui se trouve dans le Christ crucifié. C’est le signe, quand le Christ nous rappelle, ce matin, son geste valeureux d’expulser du temple ceux qui le profanaient, Il se présente Lui-même comme le temple, comme l’endroit où Dieu rencontre l’être humain, comme le parfait adorateur de Dieu et le Sauveur des hommes. Ni les signes des juifs, ni la sagesse des Grecs, sinon l’unique signe de Dieu, scandale et folie pour les hommes : le Christ crucifié.

Puisse Dieu, toutes ces réflexions sur l’Alliance et notre réalité nationale, nous amener à comprendre comme saint Paul nous a dit : « N’ayons pas une autre espérance ni dans les lois ni dans les pouvoirs des hommes, ni dans les signes créés que notre confiance et notre espérance ». Oui, travaillons pour les choses de la Terre, pour améliorer les moyens humains, mais le cœur enraciné dans le grand signe des chrétiens : Christ crucifié ! Christ ressuscité ! Amen…

Mgr Oscar Roméro

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 10:02

Deuxième dimanche du carême ; 11 mars 1979.

Je tiens à dire aux communautés d’Aguilares et à toutes les communautés qui accompagnent en ce moment cette pérégrination de foi, d’espérance et d’amour : N’ayez pas peur ! La persécution est un trait caractéristique de l’authenticité de l’Église. Une Église qui ne souffre pas de persécution, mais qui au contraire savoure les privilèges et l’appui des biens de ce monde, a beaucoup à craindre, parce qu’elle n’est pas la véritable Église de Jésus-Christ. Cela ne veut pas dire que cette vie de martyre et de souffrance, de peur et de persécution, soit normale, sinon qu’elle représente l’esprit du chrétien. Celui-ci ne demeure pas avec l’Église uniquement quand les choses vont bien ; il suit Jésus-Christ avec l’enthousiasme de cet apôtre qui disait : « Si cela est nécessaire, nous mourrons avec Lui. » […]

Le mal ce serait qu’il se produise avec le document de Puebla la même chose qui s’est produite avec Medellín, à savoir que plusieurs, par préjugés ou par ignorance, ne l’ont pas mis en pratique. Si notre archidiocèse est devenu conflictuel, cela ne fait aucun doute, c’est à cause de son désir de fidélité envers cette évangélisation nouvelle qui depuis le Concile Vatican II jusqu’ici, en passant par les réunions des évêques latino-américains, exige d’être une évangélisation très engagée, sans peur. C’est pourquoi nous avons demandé à la Vierge de la Paix que cette cérémonie d’hier à San Miguel, ne soit pas seulement un moment romantique et superficiel, sinon l’engagement sérieux des évêques, des prêtres, des communautés religieuses, des communautés paroissiales, d’incarner dans notre vie pastorale cette évangélisation exigeante qui signale les dangers, qui renonce aux privilèges et qui ne craint pas les conflits lorsque ceux-ci ne sont provoqués par rien de moins que la fidélité au Seigneur. C’est pourquoi, dans ces circonstances d’une Patrie, d’une Église qui sent à l’intérieur d’elle-même et autour d’elle combien il y a de choses qui ont besoin d’être transfigurées, combien merveilleuse apparaît alors la figure du Christ transfigurée !

1) L’Alliance qui donna origine au Peuple de Dieu : Abraham

A) Le lien création-alliance de Noé avec l’alliance d’Abraham

La première lecture (Gn 22,1-2,9a. 15-18) nous parle d’Abraham lors d’une des épreuves les plus terribles de la foi. Comme je voudrais que cette catéchèse de notre carême soit selon ce que nous conseille le Concile : une révision de l’Histoire de notre Salut. Dimanche dernier nous avons lu l’histoire de Noé après le déluge. Face à l’arc-en-ciel que Dieu prit comme signal d’une alliance de caractère naturelle, Dieu promit qu’il n’y aura plus de déluge qui détruira la nature. Cette alliance de l’arc-en-ciel, cette alliance où Dieu confie à l’homme une nature purifiée du péché par le châtiment du déluge, est une alliance qui exige de l’humanité le respect de la nature. Vous savez que l’air et l’eau sont contaminés, tout ce que nous touchons pendant notre vie devient pollué. Et malgré le fait que nous corrompions toujours davantage cette nature dont nous avons besoin, nous ne nous apercevons pas qu’il existe un engagement envers Dieu, que cette nature doit être protégée par l’être humain.

Couper un arbre, gaspiller l’eau alors qu’elle se fait rare, ne pas se préoccuper de la pollution des pots d’échappement des autobus qui enveniment notre environnement avec ces fumées méphitiques, ne pas prendre garde à l’endroit où l’on brûle les déchets, tout cela fait pourtant partie de l’Alliance avec Dieu. Les conséquences sont primordiales surtout lorsque nous habitons un pays où la densité de la population est très élevée. Prenons garde, très chers compatriotes, qu’à cause d’une mauvaise interprétation religieuse, nous continuions d’appauvrir et de détruire notre environnement. Cet engagement de Dieu exige notre collaboration. C’est pour cela que nous demeurons dans le registre de la création d’Adam à Noé jusqu’à Abraham. Ce sont deux étapes d’un monde naturel, d’un Dieu qui a créé une nature pour la livrer à l’humanité.

B) La vocation d’Abraham. Maintenant débute un troisième chapitre, l’Alliance avec Abraham est de caractère très spécial parce que c’est de celle-ci que va naître le Peuple de Dieu.

C) Trois preuves de sa foi. La preuve de la foi d’Abraham qui nous est présentée aujourd’hui dans la Bible (Gn 22,1-2,9a.15-18) est la troisième épreuve pour voir comment cet homme que Dieu va constituer comme père des croyants, a confiance en Lui. Sa race sera celle des hommes qui ont la foi.

Quand saint Paul parlait de la Rédemption en Jésus-Christ (Rm 8,31b-34), en la comparant avec la loi de Moïse, il dit que dans le Christ resurgit la foi que Dieu exigea d’Abraham et que l’homme ne peut se sauver par la loi seule, sinon par la foi. Cela vaut énormément lorsque nous voulons donner à nos relations humaines une base de légalisme, comme si la loi c’était tout. Nous avons répété mille fois et nous ne nous lasserons pas de la faire : « Non pas l’homme pour la loi, mais la loi pour l’homme. » La loi dit saint Paul, ne fait que nous indiquer le péché, mais elle ne nous donne pas la force pour éviter le péché. Par contre, la foi et la Rédemption sont la grande œuvre du Christ qui nous demande de croire en Lui, c’est ce qui sauve.

« Quitte ta terre… » Dieu allié à cet homme qui va être le modèle de la foi de tous les hommes, fait appel à Abraham alors qu’il est déjà très âgé, celui-ci n’a pas encore d’enfant et lui et sa femme sont stériles. Dans ce contexte de désert et de mort, Dieu se présente pour lui dire : « Quitte ta parenté et dirige-toi vers la terre que Je te montrerai et que Je vais te donner. Cette terre sera peuplée d’un peuple qui sera ta descendance. » Un peu comme si Dieu voulait se moquer de lui. Cependant, Abraham a la foi et il se dit que rien n’est impossible pour Dieu et sans savoir où il va, il prend la route avec sa femme stérile, avec l’espérance de former un peuple.

Regarde au ciel… Ta descendance…

C’est pourquoi, alors qu’Abraham est en train d’accomplir cette épreuve de la foi, il élève cette prière au Seigneur afin que ce dernier lui montre un signe de cette promesse qui semble impossible. Dieu l’invite à regarder les étoiles : « Aussi nombreuse que ces étoiles sera ta descendance et toutes les nations de la Terre seront bénites en ce peuple qui va naître de tes entrailles. » Alors se réalise une alliance de la manière que nous avons exposé dimanche dernier : des animaux coupés en deux, Abraham qui passe au milieu d’eux et aussitôt l’Esprit de Dieu y passe également, c’est ainsi que l’alliance est signée. L’animal, tué et coupé en deux, était comme un avertissement : ceux qui vont faire cette alliance doivent l’accomplir, sinon qu’ils soient maudits et terminent comme cet animal.

Le sacrifice de son fils

Et Dieu, condescendant envers les hommes, fait cette alliance du sang avec Abraham. Et quand l’impossible s’accomplit et que la femme stérile a un fils, Abraham est heureux parce qu’il ne mourra pas sans descendance, Isaac est une réalité. Alors, Dieu dit à Abraham : « Prend ton fils et va à la montagne pour me l’offrir en sacrifice. » Pensez-y, que ressentiriez-vous si Dieu vous demandait cela : « Offre-moi ton fils en holocauste » ? Il s’agissait là de l’expression la plus complète du sacrifice : brûler la victime afin qu’il n’en demeure pas une cendre. Abraham, éprouvé dans sa foi, se soumet à cette terrible épreuve. Isaac, marchant avec le bois sur ses épaules en direction de la montagne, est l’image du Christ avec sa croix sur le dos.

J’ai eu la chance de connaître le Calvaire, l’endroit où est mort Notre Seigneur. Dans l’une des peintures, il y a ce tableau : Isaac marchant avec son fagot de bois pour le sacrifice, tandis que le Christ marche également avec sa croix. L’unique différence, c’est qu’au Christ, Dieu n’épargna pas la vie, par contre, à Isaac, la voix de Dieu se fit entendre : « J’ai éprouvé ta foi, il n’est pas nécessaire que tu tues ton fils. »

Abraham lui offre un agneau, pour qu’il soit offert en holocauste en son nom. Isaac est le Patriarche qui va être mentionné dans les invocations à Dieu : « Le Dieu de nos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… » Parce que c’est ainsi que les patriarches sentaient la présence de Dieu.

D) Il naît un peuple

Un peuple est né. Dieu l’a promis et ce fils unique, éprouvé jusqu’à l’holocauste, sera exactement le ruisseau d’où va commencer à croître cette race immense à laquelle Dieu a fait cette terrible promesse : vous émigrerez vers une terre étrangère, vous y passerez quatre siècles sous le joug des Égyptiens, mais viendra alors – ce que nous verrons dimanche prochain, l’alliance avec Moïse.

Quatre siècles plus tard, ce peuple qui avait été cherché de quoi manger en Égypte est devenu esclave. C’est alors que débute le livre de l’Exode : la précieuse émigration vers la terre promise. Imaginez-vous que c’est quatre siècles plus tard, que va s’accomplir ce que Dieu avait promis à Abraham : « Je te donnerai une terre et celle-ci sera tienne. » Abraham crut, même s’il mourut sans voir s’accomplir la plupart des choses que Dieu lui avait promises. C’est pour cela que lorsque le Christ réfutait ses ennemis, Il disait : « Abraham a désiré voir ce jour, mais il ne le vit pas. » Abraham crut en Jésus-Christ sans l’avoir connu. Abraham crut que de ce peuple allait naître le Rédempteur des hommes. C’est pourquoi ce peuple est merveilleux. Lorsque le Concile nous parle du Peuple de Dieu, il nous fait remonter jusqu’à cette source que nous sommes actuellement en train de méditer. Le chapitre II dit ceci au sujet du peuple de Dieu (L.G. 9) : « Dieu n’a pas voulu sanctifier et sauver les hommes individuellement et sans qu’aucun rapport n’intervienne entre eux, mais plutôt faire d’eux un peuple qui le reconnaisse vraiment et le serve dans la sainteté. »

C’est pour cela que Dieu se fit un peuple, pour qu’il le confesse et le serve. (L.G. 9) : « Il se choisit donc comme peuple, le peuple israélite, conclut avec lui une alliance et l’instruisit graduellement en se manifestant lui-même, en faisant connaître le dessein de sa volonté dans l’histoire de ce peuple et en se le consacrant. »

Je voudrais que nous sachions bien faire la distinction entre peuple et Peuple de Dieu. Cette distinction est essentielle de nos jours. Ce n’est pas tout peuple qui est Peuple de Dieu et le Concile établit une différence entre le Règne de Dieu et le progrès humain. Parce que si nous confondons ces deux concepts, nous pouvons tomber dans le danger que le Pape Jean-Paul II souligna aux évêques réunis à Puebla : ne confondez pas le sens du mot peuple en termes démocratiques, avec le Peuple qui naît de la prédilection de Dieu à partir d’un peuple préexistant, parce que le Pape dit également : « L’Église naît de la réponse des hommes à Dieu par la foi. » Mais ce ne sont pas tous les hommes qui répondent par la foi.

C’est pourquoi, au Salvador, il y a de nombreuses personnes qui ne sont pas membres du Peuple de Dieu, même si elles sont Salvadoriennes. Le Peuple de Dieu, vient de nous dire le Concile, est une possession de Dieu, une marque que Dieu imprime pour qu’on l’adore, qu’on le confesse, qu’on le prie et qu’on lui rende grâce. Ce peuple de Dieu possède une longue histoire : tout l’Ancien Testament. Là, nous distinguons très bien comment le peuple d’Israël, instruit par les patriarches, par les prophètes, par les événements merveilleux de Dieu, était comme le peuple privilégié au milieu de tous les autres peuples, et Dieu lui-même a dit à Abraham : « En ton peuple, seront bénies toutes les nations. » Parce que le Christ naîtra de ce peuple, les autres peuples qui ne sont pas d’Israël seront formés par la foi qui est le principal : le peuple que Dieu constitua dans ses origines lorsqu’Il fit alliance avec Abraham.

E) Moïse et Élie. Synthèse de l’histoire de l’Ancien Testament. C’est pourquoi nous retrouvons dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 9,1-9), sur le mont Tabor, que la tradition situe comme étant le lieu où se produisirent ces choses : où Moïse et Élie apparaissent comme les deux sommets les plus élevés du Peuple de Dieu.

Moïse, qui rédigea la loi, sera le libérateur de ce peuple, le prophète que Dieu annonça et auquel il fallait obéir – Dieu dit en parlant de Moïse dans l’Ancien Testament. Quel bel écho entendons-nous aujourd’hui, quand le Père dit du Christ transfiguré : « Écoutez-le » – la même chose qu’Il dit de Moïse dans l’Ancien Testament –, le Nouveau Moïse transfiguré est le Fils en qui Je me complais, écoutez-le. Moïse donc, est un sommet de l’Ancien Testament. C’est pourquoi il se devait d’être là où débouchaient toutes les promesses que Dieu fit à Abraham. Les prophètes et des rois l’annoncèrent, pendant des siècles et des siècles : « Viendra le Sauveur des nations, le Dieu de nos pères l’a promis. » C’est de cette espérance que vécut tout l’Ancien Testament. Élie apparaît aussi comme sommet du prophétisme. Celui-ci dans une situation, peut-être similaire à la nôtre : pleine de crimes, de distorsions de la vérité, de machinations politiques indignes, de subordination de la justice, d’abus de la richesse et de l’argent. Élie s’enfuit au désert. « Cela suffit Seigneur ! » Comme le thème de la procession des prêtres : « Basta ya ! » Mais Élie, sur un ton presque pessimiste, s’assit auprès d’un buisson qui offrait à peine un peu d’ombre dans le désert, pour attendre la mort. Il voulait mourir quand Dieu l’éveilla : « Lève-toi, il te reste encore un grand chemin à parcourir. » Et s’alimentant d’un pain mystérieux, il marcha 40 jours et 40 nuits, jusqu’à ce qu’il parvienne là où il devait aller, au mont Horeb. C’est l’endroit où Élie fut témoin d’une nouvelle théophanie. Dieu se manifesta à lui, le remplit de courage et de réconfort, comme Il l’avait fait pour Moïse après quarante ans au désert. En Moïse et en Élie, nous retrouvons les carêmes classiques avec le grand protagoniste du carême chrétien : le Christ Notre Seigneur. Il y a quelque chose de grandiose dans le carême. C’est pourquoi j’ai dit que le carême est la rénovation du Peuple.

Quand Élie parvient à l’Horeb, pessimiste à cause de ce qui se passe dans sa patrie, pour confronter cette loi que Dieu a donnée sur le Sinaï, avec les trahisons que le peuple réalise à l’encontre de celle-ci, Dieu l’encourage : tu ne dois pas mourir, tu dois continuer à travailler.

Très chers frères, c’est cela le Peuple de Dieu. Peuple qui croit, comme nous dit la Bible en faisant référence à Abraham : « Il crut contre toute espérance. » C’est ce dont nous avons besoin ici actuellement : croire contre toute espérance ! Même lorsque toutes les lumières semblent éteintes, que tous les chemins semblent fermés. Si la foi d’Abraham, traduite dans son peuple, comme un peuple croyant, parvient jusqu’à nous : imitons-les ! Si le courage de Moïse même lorsqu’il subit la persécution de son propre peuple, le fit demeurer fidèle jusqu’à sa mort aux desseins que Dieu avait sur sa vie, si la fidélité d’Élie l’amena, même quand il était pessimiste au point de songer au suicide, à se lever et à continuer à travailler, qu’est-ce qui nous en empêche, frères salvadoriens, Peuple de Dieu de 1979 ? Notre désert, notre carême, notre sang, tout cela peut être converti en libération, en lumière, en consolation et en espérance.

2) Le Christ transfiguré, modèle et cause de la transfiguration

« Le mystère de l’homme ne peut s’expliquer qu’à l’intérieur du mystère du Christ. »

A) En Jésus-Christ débouche le Vieux Peuple de Dieu, en Lui naît le Nouveau Peuple de Dieu.

B) Pierre, Jacques et Jean, auprès de Moïse et d’Élie, personnages de l’Ancien Testament, sont trois hommes qui appartiennent déjà à notre christianisme.

Le premier Pape, les premiers évêques, les premiers chrétiens. Ils jouissent eux aussi de cette épiphanie, jusqu’à cette jubilation de Pierre qui dit (Mc 9,5) : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Mais le Christ, qui comprit que cet enthousiasme n’était pas opportun parce qu’il fallait continuer à travailler, lui ordonna de se taire (Mc 9,9) : « Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, si ce n’est quand le fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts. »

C) Le « Mystère Pascal »

La seconde lecture d’aujourd’hui (Rm 8,31b-34) nous décrit précisément ce Christ que le Père a nommé le Fils en qui Il se complaît et que le Christ lui-même a nommé Fils de l’homme. Saint Paul, lui donne le titre qu’aujourd’hui en langage moderne nous appellerions le Mystère Pascal. Celui-ci est la mort et la résurrection du Christ. Je tiens à souligner cela : le carême renouvelle le peuple parce qu’il le prépare à la célébration du Mystère Pascal.

Très chers frères, il est grand temps de faire mûrir cette Semaine sainte parmi nous. Ce n’est plus le temps de vivre des semaines saintes qui ne consistent qu’en des processions qui laissent le cœur si incrédule, si incroyant, si matérialiste et si égoïste. Il est temps de penser qu’une Semaine sainte doit être une conversion du peuple vers les Pâques, vers la mort du Seigneur pour ressusciter avec une nouvelle maturité, avec un nouvel éclat, à la manière d’Élie, après son carême, comme Moïse, après la traversée du désert. Il nous faut sentir que Dieu marche avec le peuple et, au lieu de rechercher des solutions de haines et de violences, des chemins qui ne font que retarder le progrès de notre peuple, cherchons-les ici, dans ce que Puebla vient de nous dire avec les mots de Jean-Paul II : « Ouvrez les portes au Christ, les portes de la politique, les portes du commerce, les portes de la sociologie, toutes les portes que les hommes utilisent, tous les champs que les hommes et les femmes cultivent; le Christ y a droit, parce qu’il est le Fils de l’Homme. Et comme disaient les pères du Concile Vatican II aux gouvernants : “Ne le tuez point, parce que cela serait un ‘déicide’, Il est le Fils de Dieu. Ne le tuez pas parce que cela serait un ‘homicide’, Il est le Fils de l’Homme.” »

Sacrifice qui présage celui d’Isaac…

Ouvrons les portes à Notre Seigneur Jésus-Christ. La seconde lecture d’aujourd’hui nous dit que le Père (Rm 8,32) « n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous. » Et de là surgit cette question : ce Père, à l’égal d’Abraham qui marche avec son fils Isaac au Calvaire, porte sa Croix et ne l’épargne pas, sinon Il Le livre à la mort douloureuse. « Ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? », demande saint Paul (Rm 8,32).

L’amour du Père… et du Fils

Qu’elle est la chose trop grande que Dieu ne puisse t’accorder ? Lui qui s’est donné dans le plus grand qu’Il puisse être, le Christ, son Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », ne L’a t’Il pas livré pour mourir sur la croix? Comment ne nous donnerait-Il pas tout avec Lui ? Comment ne nous donnerait-Il pas des solutions à nos problèmes salvadoriens ? Comment n’y aurait-il pas d’issue si cela est beaucoup moins, infiniment moins que Jésus-Christ ? Cela n’est pas l’impuissance de Dieu s’il nous a donné des preuves de son amour ! « Qui accusera les élus de Dieu ? », demande saint Paul, si c’est Dieu qui les justifie ?

À ceux qui lui disaient qu’il faut respecter les lois que font les hommes, saint Paul leur répond par cette phrase terrible (Rm 8,34) : « Qui donc nous condamnera? Si le Christ Jésus, Celui qui est mort, que dis-je ? Ressuscité, qui est à la droite de Dieu, intercède pour nous ? » C’est comme si le Christ est toujours en prière pour nous.

Comme serait merveilleuse la foi de notre cœur si elle était semblable à celle d’Abraham, et nous vivrions ces questionnements de saint Paul comme une réaction d’optimisme que tout n’est pas terminé ! Nous avons à peine commencé et Dieu est éternel. Si mon Père peut tout, si je me livre à mon grand Frère qui m’a tant aimé, s’Il m’a justifié, s’Il ne m’a pas condamné, pourquoi est-ce que quelqu’un d’autre me condamnerait? C’est pourquoi Dieu nous recommande autant l’amour que le pardon, parce que c’est ainsi qu’Il traite les hommes, même les plus mauvais.

D) Le Nouveau Peuple de Dieu naît d’une Nouvelle Alliance

C’est pourquoi le Concile poursuit sa réflexion sur le Peuple de Dieu. Il nous fait voir comment naquit cette Nouvelle Alliance (L.G. 9) : « Tout cela cependant n’advint qu’à titre de préparation et en figure, eu égard à l’alliance nouvelle et parfaite qui devait se réaliser dans le Christ et de la révélation plus complète qu’allait apporter le Verbe même de Dieu fait homme. […] Puis le Christ scella ce nouveau pacte, c’est-à-dire la nouvelle alliance, en son sang (cf. I Cor.11, 25) en appelant d’entre les Juifs et les gentils une multitude qui s’unirait non pas selon la chair, mais en esprit, afin de constituer le nouveau Peuple de Dieu. »

Quelles sont les caractéristiques de ce peuple ? C’est une Église, comme l’Ancien Testament appelait Israël, l’Église de Dieu, en pérégrination au désert, ainsi comme le nouvel Israël qui marche dans le temps présent, en quête de cité éternelle à venir, c’est l’Église du Christ.

3) Le Peuple de Dieu qui doit se transfigurer, aujourd’hui et ici

Je voudrais que vous portiez attention à ceci, comme point du carême, de rénovation de notre Église, en cette Semaine sainte qui nous renouvelle véritablement, un carême qui nous remplit de la joie d’avoir laissé le vieil homme mourir, pour ressusciter à nouveau avec le Christ à une vie nouvelle. Que l’époux, qui était le tourment de sa famille, soit dorénavant l’homme nouveau qui fait la joie de son foyer. La femme, qui manquait d’amour pour donner de l’affection à son mari et à ses enfants, commence à sentir que son royaume c’est le foyer où l’amour règne. Le jeune, la jeune qui mettait sa joie dans ces choses si banales de la terre, pense maintenant au Christ, il trouve sa joie dorénavant dans cette rénovation du Christ. La famille qui recommence à construire dans l’amour, toute l’humanité, la patrie, la politique des gouvernants, ceux qui ont l’argent, ceux qui ne l’ont pas, les évêques, les prêtres, les religieuses, tous, l’Église et le monde. Conditions de l’actuel Peuple de Dieu. Je vous ai déjà dit que le monde n’est pas le Peuple de Dieu. Il y a tant d’hommes et de femmes en ce monde qui vont par les chemins du péché, le Peuple de Dieu veut se rendre présent à ce monde. Le Concile dit du Peuple de Dieu ce qui le distingue, c’est ce qui sera ici comme le programme de notre rénovation. (L.G. 9) : « Ce peuple messianique a pour chef le Christ qui a été livré pour nos fautes et est ressuscité pour notre sanctification » (Rm 4,25) et qui, maintenant, après s’être acquis un nom qui est au-dessus de tout nom, règne glorieusement dans les cieux. Voyez, c’est une tête. L’Église est en pèlerinage sur la Terre, elle a sa tête fondée dans le Ciel et à sa suite s’élève, membre par membre, tout le corps, jusqu’à constituer l’Église définitive de la gloire. Le jeune qui est étendu mort, s’il est mort fidèle à cette Alliance du Peuple de Dieu, il est déjà un membre vivant de l’Église triomphante.

C’est pourquoi, très chers frères, dans les luttes de revendications de notre peuple, chers ouvriers, chers paysans, chères organisations politiques populaires, l’Église ne peut s’identifier avec vous, mais elle vous comprend, parce que la justice et le bien que vous réclamez, l’Église les réclame également comme un reflet du Règne de Dieu qui sera recueilli dans toute l’éternité. « Tout le bien que fait un homme, même si c’est dans les domaines politiques et sociaux, il le retrouvera, dit le Concile, purifié dans l’éternité. »

L’Église doit prêcher cette transcendance, parce que sa tête est le Christ qui pénétra déjà les cieux et qui réclame de tout son corps également, en attente de ce Ciel non pour être paresseuse, mais pour travailler sur la Terre. Seulement, ne regarder que vers le Ciel serait une fausse spiritualité, il faut nous remplir de mérites sur la Terre, mais avec l’espérance de les posséder pour toute l’éternité. Nous ne travaillons donc pas uniquement pour améliorer les conditions terrestres, mais pour améliorer ces choses avec la grande espérance d’Abraham et du peuple de Dieu : le Christ est la tête !

Quelle autre condition y a-t-il ? La condition de ce peuple est celle de (L.G. 9) : « La dignité et de la liberté propre aux fils de Dieu, dont le cœur est comme le temple de l’Esprit saint. » C’est pourquoi l’Église ne peut pas être conformiste. L’Église doit éveiller la conscience de la dignité. C’est ce qu’ils nomment la subversion. Cela n’en est pas. La conscience chrétienne que nos communautés chrétiennes s’approprient à la lumière de l’Évangile, face à l’idée qu’un homme, même s’il s’agit d’un simple journalier, est l’image de Dieu. Ce n’est pas du communisme ou de la subversion, c’est la Parole de Dieu qui éclaire l’être humain et celui-ci doit travailler à sa promotion. Nous ne voulons plus d’un peuple qui soit une masse. C’est pour cela que nous disions ce qui distingue le peuple de ce qui ne l’est pas. Même au-dehors du Peuple de Dieu il existe des peuples très évolués qui ne sont pas encore Peuple de Dieu. Mais encore plus à la marge, il existe une multitude qui ne peut même pas être qualifiée de peuple, c’est ce que nous appelons la masse.

Nous ne voulons pas une masse, nous voulons une éducation qui personnifie, nous voulons un Évangile qui nous fait sentir ce que disait Jean-Paul II : « L’être humain est un prodige inimitable de Dieu, il n’existe pas deux hommes semblables. » C’est pourquoi nous ne devons pas poursuivre l’illusion d’imiter les autres, mais de chercher à être soi-même, ce que Dieu veut que je sois. Je suis moi-même, rien de plus : tu es toi. La massification est quelque chose d’épouvantable, c’est lorsque l’on joue avec les peuples, quand on manipule les élections, quand on se joue de la dignité humaine parce que les hommes et les femmes n’ont pas su prendre leur place. Et cela, ce n’est pas provoquer la subversion, c’est simplement dire à tous ceux qui m’écoutent d’être dignes, parce que la condition du Peuple de Dieu est la dignité et la liberté des enfants de Dieu dont le cœur est habité par l’Esprit saint comme en un temple.

Comment cela doit-il être ? Quelle est la loi de ce Peuple de Dieu ? Le Concile dit (L.G. 9) : « Il a pour loi un commandement nouveau, celui d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés. » Plusieurs ont déjà perdu cette loi du Christ, mais le christianisme ne saurait changer ce qui fait sa force par d’autres forces ambiguës ou qui à la longue démontre une grande faiblesse, parce que la violence, la haine, en fin de compte, ce sont des faiblesses. La véritable force c’est l’amour et c’est en cela que le Peuple de Dieu se distingue.

« Enfin (L.G. 9), il a son terme dans le Royaume de Dieu, inauguré sur Terre par Dieu lui-même, destiné à s’étendre dans la suite des âges en attendant de recevoir en Lui son perfectionnement final à la fin des siècles, lorsque le Christ se manifestera. » Ainsi, la rénovation du carême doit être notre Église au Salvador, composée de tous les baptisés. Lamentablement, c’est un baptême qui est reçu inconsciemment. Celui-ci est devenu une coutume sociale, folklorique et qui sait peut être aussi commerciale, pour que l’enfant reçoive des cadeaux et l’appui de ses parrains. Ce sont là des motifs trop fréquents du baptême. Ce dernier est en fait l’incorporation au Règne de Dieu, c’est pourquoi nous exigeons maintenant dans toutes les paroisses, les cours de préparations au baptême afin que le parent qui demande cela pour son enfant sache en quoi cela engage son enfant. S’il ne désire pas s’engager lui-même à être un chrétien comme nous l’avons défini aujourd’hui, membre du Peuple de Dieu, ce serait mieux qu’il n’y ait pas de baptême. Peut-être l’enfant évoluera-t-il mieux sans être baptisé.

Mais si le parent veut réellement être Peuple de Dieu, nous avons ici le carême qui nous offre d’excellentes opportunités pour que nous, déjà baptisés, fassions la promotion de notre baptême et de notre Peuple de Dieu. Celui des baptisés, incorporés au Christ mort et ressuscité pour nous, dit le Concile : « Le Christ lui-même l’a institué afin de s’en prévaloir et l’unir à l’humanité pour la sauver. » Tout ce que le Christ est venu faire, Il le réalise à travers son Peuple. C’est pourquoi mon appel de ce matin : carême, rénovation du Peuple de Dieu, est un appel à chacun de vous et à moi-même, qui sommes les membres du Peuple de Dieu pour vivre non seulement notre christianisme, mais pour l’irradier, pour sauver les autres, pour être unité de ceux qui marchent dispersés, pour être le repentir de ceux qui vont sur les routes du péché, pour être une attraction pour ceux qui se sont égarés.

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 10:00

Le 3 février 2015, le pape a signé le décret reconnaissant le martyre de Mgr Romero, ce qui conduit à sa prochaine béatification. Pour les martyrs, il n’est en effet pas besoin d’obtenir la reconnaissance d’un miracle, comme dans la procédure habituelle.

En ce temps de Carême je vous invite à vous mettre marche sur les traces de Monseigneur Oscar Romero en parcourant ses homélies.

oscar-romero-05.jpgPremier dimanche du carême ; 4 mars 1979 ; Lectures : Genèse 9,8-15 ; I Pierre 3,18-22 ; Marc 1,12-15.

Le carême est une époque de conversion et de foi dans l’Évangile. La fête de Pâques n’est pas une fête du Christ, mais la fête du Christ en tant que tête de nous tous qui formons l’humanité. À la prochaine fête de Pâques de 1979, nous devons être nous-mêmes le Corps du Christ, ma chair, ma vie, ma situation concrète. Le peuple baptisé du Salvador doit être comme l’incarnation de ce Christ qui apparaît vivant et glorieux. Faisons honneur à notre Rédempteur en qui nous croyons et en qui nous espérons. Préparons-nous afin de ne pas être une cellule morte au sein de cet organisme vivant du Christ, mais au contraire, faire honneur à toutes les cellules revêtues d’un nouveau printemps, d’une grande espérance, d’une vie divine. 04/03/79, p.175-176, VI.

La figure centrale : le Christ au désert

Et au centre de tout, naturellement, est le Christ ressuscité qui est maintenant le Christ dont saint Marc (1,12) nous a dit : « Poussé par l’Esprit au désert. » Entrons avec Lui, dans la poussée de ce même Esprit rénovateur, au désert. Sous une forme figurée, le désert est un temps d’oraison, un temps d’austérité, un temps de rénovation. Si un pays a besoin d’un désert, d’oraison et de rénovation, c’est bien le nôtre. Comme il serait agréable de voir tous les Salvadoriens profiter de ce temps de carême pour faire une introspection. Nous sommes tous responsables du mal dont souffre notre pays. Nous voulons uniquement rejeter la faute sur les autres et ne pas regarder nos torts. Le carême est une invitation à entrer avec le Christ au-dedans de soi.

Plan de l’homélie :

1) L’Alliance, signe de notre Salut

2) Le Christ, clé de l’Alliance

3) Le baptême, insertion de notre vie dans l’Alliance chrétienne

1) L’Alliance, signe de notre Salut

La première lecture (Gn 9,8-15) d’aujourd’hui nous parle de la première Alliance qui apparaît dans la Bible. Une des choses les plus opportunes durant le carême, c’est de repasser l’Histoire du Salut, le projet de Dieu pour sauver l’humanité ; un projet d’amour, de bienveillance. La première fois où la Bible nous parle de cette parole : Alliance – qui est la même chose qu’un pacte, qu’un testament, paroles bibliques par lesquelles Dieu fait un traité avec les humains – peut se résumer dans ce qu’Il adresse par Moïse à son peuple : « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. » […]

La Bible, qui nous révèle l’unique Dieu véritable, nous parle aussi de ce Dieu qui a créé l’humain et qui choisit un peuple, pour faire alliance avec Lui. Alors, l’Alliance n’est pas uniquement un ensemble de devoirs et de droits réciproques. Dans le langage des prophètes, l’Alliance de Dieu avec les humains apparaît comme une grâce, un don, une promesse de Salut et c’est ce qui est original de cette Alliance qui déjà présage le Christ qui va venir. C’est un Dieu bienveillant qui marque les étapes de l’histoire avec des alliances de bénédictions et de promesses. C’est pourquoi ce changement de l’Alliance au Testament fut facile, c’est le don des pères à leurs fils ; l’Ancien Testament, l’Alliance de l’Ancien Testament se complète dans le Nouveau Testament : la Nouvelle Alliance. 04/03/79, p.177, VI.

Lorsque j’ai dit aujourd’hui « carême », rénovation de notre Alliance avec Dieu, c’est parce que je veux faire un appel à tous afin que nous nous souvenions que nous avons un engagement comme peuple de Dieu, comme peuple de baptisés.

Explication théologique : Quelle est l’explication théologique de l’alliance, surtout de l’Alliance qui apparaît dans la Bible, celle que nous renouvelons aujourd’hui pendant le carême ?

Aspect négatif du Salut : la rupture avec Dieu.

L’explication est très simple. Selon la révélation de Dieu, tout péché est rupture. Celui qui pèche, désobéit à une loi. Cette rupture avec le Législateur Suprême – notre Dieu –, la désobéissance à ses dix commandements, amène avec elle des conséquences de rupture, des conséquences bien tragiques.

Rupture à l’intérieur de soi-même. Celui qui commet un péché, dit la théologie, rompt avec le principe de son existence et de sa vie, et alors, il rompt également à l’intérieur de lui-même dans son intimité de sorte qu’un péché amène en soi le désordre. La triste expérience nous apprend combien amer est le péché ; quel désordre ressentons-nous à l’intérieur de nous-mêmes ! Cette expérience insipide nous donne le dégoût de nous-mêmes ; et celui qui ne ressent rien est pire encore, parce que sa conscience s’est déjà éteinte. Puisse Dieu qu’en ce carême nous sentions tous que quelque chose s’est brisée en nous, parce que nous avons rompu avec Dieu.

Rupture avec les humains ; le monde. De cette rupture intime, de ce manque de paix dans le cœur du pécheur, surgit une autre rupture : la rupture avec les humains. Dans la Bible apparaît Caïn tuant son frère. Apparaissent alors les diversités qui vont se multiplier jusqu’à notre temps où il y a encore des divisions. S’il y a tant de choses qui nous divisent, s’il y a de la haine et de la violence, c’est parce que le péché existe. Cette rupture est la conséquence de la rupture avec Dieu. Lorsque j’aime Dieu et que je suis bien avec Lui, j’aime également mon prochain, même si c’est mon ennemi.

Il existe également une autre rupture fatale : la rupture avec la nature. L’être humain qui a désobéi à son Créateur reçoit immédiatement la réponse de Celui-ci. Souvenez-vous lorsqu’Adam, avant le péché, nous dit la Bible, dominait toute la création, mais lorsqu’il commit le péché, le désordre au-dedans de lui-même lui fit sentir la peur. Il avait peur des fauves qui ne lui obéissaient plus. Toute cette tragique relation avec la mort est la conséquence du péché.

Aspect positif, restauration de la rupture : refaire l’harmonie, l’intégrité, etc.

Maintenant, l’Alliance a rénové toutes ces choses brisées. L’homme qui renouvelle son alliance avec Dieu doit rénover également son alliance avec la nature, avec les autres humains, avec lui-même.

L’Alliance signale les grandes étapes de l’Histoire : ainsi, nous avons – nous allons le voir durant ces trois prochains dimanches de carême – les trois alliances auxquelles la Bible fait référence. Noé, l’alliance cosmique : l’Arc-en-ciel. Celle d’aujourd’hui, après le Déluge (I P 3,18-22) nous parle de ce Dieu qui va préserver la nature, qui va conserver les choses : « C’est le signal du pacte que Je fais avec vous et avec tout ce qui vit avec vous. » C’est une alliance cosmique.

L’arc-en-ciel est un phénomène du cosmos. Cela ne signifie pas que Dieu créa alors l’arc-en-ciel. L’arc-en-ciel peut être expliqué scientifiquement. Dieu ne l’inventa pas à ce moment, mais lui donna un sens religieux. C’est un peu comme si l’un d’entre nous disait : que cet arc-en-ciel soit témoin de ce que je vais promettre et chaque fois que vous le verrez, souvenez-vous de cette promesse. C’est cela l’Alliance, le signe de l’Alliance. L’arc-en-ciel est un signe d’un Dieu qui dit : « Il n’y aura jamais plus de déluge sur la surface de la Terre. Je conserverai la nature, mais il est nécessaire de travailler pour qu’il y ait davantage de justice afin que les biens que J’ai créés soient organisés selon ma volonté. »

C’est ce que saint Paul nous rappelle lorsqu’en se référant à la plénitude des temps, il nous dit que la nature créée par Dieu gémit sous le poids du péché. L’Alliance que nous rappelle l’arc-en-ciel, est un rappel que cette nature que Dieu préserve pour le bonheur de tous les humains, ne doit pas être accaparée par quelques-uns, ni ne doit être un objet d’envie et de discorde, mais qu’au contraire, elle doit demeurer selon la volonté de Dieu qui la conserve pour le bonheur de tous, dans l’amour, pour que nous l’utilisions pour le bien de tous.

Ce dimanche, ce souvenir de l’arc-en-ciel, comme signal de l’Alliance cosmique de Dieu avec l’humanité, nous amène à réviser comment nous utilisons les biens de la Terre. Comment nous les idolâtrons, ou bien comment nous les mettons au service de la félicité de cette alliance qui doit rompre les mêmes ruptures les luttes de classes, les violences. Les haines n’existeraient pas s’il y avait un respect envers cette Alliance cosmique, envers ce sentiment que Dieu, Créateur de tout, veut avoir une alliance avec ses fils. C’est pourquoi Il veut que tous ses fils soient des frères entre eux, fraternité que nous prêchons à partir de la révélation divine. C’est pourquoi je ne pourrai jamais prêcher la violence, ni la haine, ni la guérilla. Ceux qui disent le contraire calomnient, car ce que je dis présentement, c’est la réclamation qu’au nom de Dieu je dois faire : l’Alliance cosmique. 04/03/79, p.178-179, VI.

Abraham ; sa descendance ; circoncision. Dimanche prochain, nous parlerons de l’alliance que Dieu fit avec Abraham. Il s’agit d’une autre sorte de rupture que Dieu veut annuler. C’est un peuple choisi par Dieu qui va descendre d’Abraham, et ce ne sera plus l’arc-en-ciel qui sera le signe de cette alliance. Ce sera la circoncision. Le signe d’appartenance au peuple juif, la circoncision, exige de tous les descendants d’Abraham, de tout un peuple choisi par Dieu, une unité autour des promesses que Dieu a faites et qu’Il va donner à ce peuple. 04/03/79, p.179-180, VI.

Moïse ; avec le peuple ; le sabbat. Dans trois dimanches, nous parlerons de Moïse. Le pacte que Dieu a conclu avec Moïse est également une alliance afin que les êtres humains se sentent unis dans ce sens : avec Dieu, dans le respect de Dieu et c’est pourquoi le signe de cette Alliance sera le sabbat ; le respect du sabbat que les catholiques appellent maintenant le dimanche, le jour du Seigneur. Venir à la messe le dimanche, c’est venir réaliser l’Alliance avec Dieu. Chaque messe du dimanche, c’est vivre l’Alliance avec Dieu qui me fait respecter Dieu et sentir Dieu comme l’unique Dieu véritable face auquel je dois renverser toutes les idoles qui cherchent à prendre la place de Dieu dans mon cœur ou chez mon peuple : idole du pouvoir, idole de l’argent, idole de la luxure, idole de toutes ces choses qui éloignent l’homme et la femme de Dieu. Le dimanche doit être pour nous l’alliance qui se renouvelle avec le Seigneur.

Le carême, c’est tout l’esprit d’un peuple engagé dans une alliance avec Dieu. Mais le carême, cette longue période, est comme un long dimanche pendant lequel nous devons tous penser : Dieu a voulu faire alliance avec nous pour que l’humanité soit plus unie, pour que la nature cosmique soit utilisée selon sa volonté, pour que nous nous sentions tous frères. C’est cela que signifie l’Alliance. Et le carême est la période où nous nous rappelons ces vieilles alliances de Dieu pour que nous les vivions dans l’actualité des problèmes actuels, mais avec l’esprit d’un Dieu qui nous surveille et qui espère l’accomplissement de nos engagements. 04/03/79, p.180, VI.

2) Le Christ, clé de l’Alliance

La seconde lecture (I P 3,18-20) définit un peu plus ce concept du Christ poussé par l’Esprit, parce que saint Pierre nous dit : « Le Christ lui-même est mort une fois pour nos péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’Esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche dans laquelle un petit nombre, en tout, huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. » Le Christ apparaît à son point culminant dans les deux lectures du Nouveau Testament (I P 3,18-22 et Mc 1,12-15) d’aujourd’hui. Toutes ces alliances que Dieu réalisait avec le peuple d’Israël n’étaient rien d’autre que des figures, des promesses, qui allaient connaître leur accomplissement, leur réalisation dans la Rédemption que le Christ allait effectuer. Le véritable arc-en-ciel, c’est les bras ouverts du Christ sur la croix. La véritable circoncision, dit saint Paul, c’est la foi des chrétiens dans le Christ. Le véritable jour du Seigneur sera le culte que l’homme rend à son Dieu. Les signes de l’Alliance, l’arc-en-ciel, la circoncision, le sabbat n’ont pas de sens, si ce n’est dans le Christ qui les accomplit, et le Christ est la réalisation de toutes les promesses de Dieu pour sauver le monde.

C’est pourquoi le Christ, entrant au désert du carême pour habiter parmi les chacals et les fauves du désert, mais, en même temps, comptant sur les anges qui le servent, c’est l’image d’une Rédemption cosmique, d’un Christ qui maîtrise les fauves et qui se fait servir par les anges, Il est le maître de toutes choses et Il va remettre toutes choses à la véritable domination de Dieu. Entrer avec le Christ dans le carême cela veut dire aussi s’approprier toute la richesse de cette alliance du Christ pour sauver le monde, pour collaborer avec le Christ dans le Salut de l’Histoire. Son sang est l’Alliance nouvelle annoncée : sa mort et sa résurrection. Lorsque le Christ, durant la dernière nuit de sa vie, va prendre le pain et le calice pour nous laisser le souvenir de sa vie et de sa passion, Il va nous dire : « Ceci est le calice de mon sang, sang de l’Alliance. » Tout l’amour de Dieu est contenu dans ce calice ; toute sa réconciliation avec les hommes ! Ce sang sera versé pour le pardon de tous les pécheurs qui voudront se repentir.

Le carême est une actualisation des alliances éternelles de Dieu, mais dans le Christ Jésus. Le carême est un appel à la réconciliation. Entrer dans le carême seulement pour jeûner et observer matériellement les lois ecclésiastiques du carême, cela n’a pas de sens. L’Église même peut être un empêchement lorsque nous observons les lois à la manière des pharisiens : pour l’apparence. Souvenez-vous de dimanche dernier où les disciples de Jean et les pharisiens qui tombaient dans ce légalisme, critiquaient les disciples du Christ : « Nous jeûnons, pourquoi ne le faites-vous pas ? »

Et le Christ leur répond : C’est l’esprit qui vivifie, non la lettre. Pendant que le fiancé est dans la maison avec la fiancée, les amis du fiancé ne jeûnent pas. C’est l’heure de la félicité, c’est la présence du salut, c’est l’allégresse. Aussi austères et disciplinés que soient les hommes, expiant et jeûnant, marchant à genoux jusqu’aux sanctuaires, mais portant la haine dans leur cœur, gardant rancune, tout cela ne sert à rien. La rénovation du Christ part de l’amour, de la fidélité au Seigneur. C’est cela la véritable religion, c’est cela le Christ de l’Alliance, le Christ de l’amour, le Christ de la réconciliation, le Christ de la bonté. 04/03/79, p.180-181, VI.

3) Le baptême, insertion de notre vie dans l’Alliance chrétienne

Comment se réalise notre alliance avec Dieu que nous a donné le Christ ? Si le Christ mourut sur la Croix et ressuscita il y a vingt siècles, comment puis-je participer, moi, pauvre humain du vingtième siècle, à cette Rédemption d’il y a vingt siècles ? L’arc-en-ciel et le déluge, symbole du baptême qui actuellement nous sauve. Saint Pierre (I P 3,18-22) nous donne la réponse ce matin dans la seconde lecture lorsqu’il évoque l’arc-en-ciel et le déluge. Il dit que cela n’était rien d’autre qu’un signe. La réalité c’est cela, nous dit saint Pierre (I P 3,21-22) : « Ce qui y correspond, c’est le baptême qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus Christ, Lui qui, passé au ciel, est à la droite de Dieu. »

Le baptême est un élément irremplaçable dans le carême. Pourquoi le carême du Christ est-il mon carême ? Parce que par mon baptême, je me suis incorporé au Christ, et tout ce que le Christ fit devient mon mérite, cela se transpose au travers du baptême. Pourquoi ai-je l’espérance que mes péchés, aussi grands qu’ils puissent être, me seront pardonnés ? Parce que le Christ mourut sur une croix pour payer mes péchés, et ce mérite de la Croix est devenu mien ou tien, par la grâce du baptême qui m’a incorporé à la mort du Christ.

Pourquoi est-ce que moi, mortel, je sens que ma vie vieillit, que mes forces faiblissent et que je marche vers mon sépulcre, ressentant tout le poids de la mortalité, de la limitation, de la maladie, du péché ? Comment puis-je espérer une vie éternelle, un ressuscité qui ne meurt pas ? Pour cela, parce que le baptême fit tien ce rajeunissement éternel du Christ ressuscité, parce que la vie glorieuse du Christ est tienne par le baptême. Tout le Christ est mien parce que je suis baptisé. Quelle gloire est la nôtre, chers amis ! Et c’est pour cela que le carême veut réveiller dans le cœur de chaque chrétien sa conscience de baptisé.

Le mystère pascal

Pour qu’à Pâques nous sentions que le mérite de la Croix et la joie de la résurrection deviennent le mérite et l’allégresse de cette pauvre vie d’un marginal, d’un homme sans travail, d’un travailleur volé et trompé ou, aussi, d’un patron qui est juste, et qui tente de vivre son christianisme comme un véritable baptisé qui fait honneur à tous les membres de l’Église, à ses travailleurs qui sont les membres de sa propre vie. Parce que le Christ est la tête et pour tous les autres, il n’existe pas de catégorie sociale. « Il n’y a plus de Grecs, ni de Juifs, ni d’esclaves, ni d’hommes libres, il n’y a plus que des frères dans le Christ. » C’est fantastique l’égalité que sème le baptême.

Par le baptême, nous sommes tous égaux parce que nous sommes insérés dans le Christ. Par le baptême, nous sommes tous égaux en catégorie, membres vivants des mérites du Christ et, si nous valons quelque chose, ce n’est pour l’argent que nous possédons, pour les talents ou les qualités humaines que nous avons. Si je vaux quelque chose dans la mesure que je le vaille, c’est parce que je suis inséré dans la vie du Christ, dans sa Croix, dans sa Résurrection. C’est cela la véritable mesure de l’être humain. C’est pourquoi Paul VI disait, parlant de la promotion humaine : « L’être humain ne vaut pas pour ce qu’il possède, mais pour ce qu’il est. Et l’homme est, dans la mesure où il s’approprie la vie divine que le Christ apporta au monde. Même les valeurs naturelles ne comptent que lorsqu’elles sont incluses dans cette Rédemption apportée par le Christ. Les valeurs humaines ne possèdent uniquement une valeur divine que lorsqu’on les baptise dans le Christ et qu’on les incorpore à ses mérites divins. »

Nouveau Peuple de Dieu. C’est cela le carême que nous devons vivre, chers frères, c’est pourquoi cela vaut la peine de voir comment est-ce Christ pendant ce carême. Parce que le Christ en carême dans le désert n’est pas un personnage étranger à ma réalité. Le Christ du carême de 1979, pour moi, Peuple de Dieu ici au Salvador, c’est mon Église, la situation de mon peuple. C’est tout cela, le carême de 1979. 04/03/79, p.181-182, VI.

Se priver de quelque chose, ce n’est pas seulement donner de son superflu, non seulement donner ce que j’ai en trop, mais donner également de mon nécessaire, comme la veuve de l’Évangile qui savait que son aumône était accueillie de Dieu. Se priver de quelque chose, c’est se libérer des servitudes d’une civilisation qui nous incite chaque fois davantage à plus de commodités et à la consommation sans préoccupation aucune de la préservation de notre environnement, patrimoine commun de l’humanité. Nous sommes victimes d’une société de consommation, de luxe. Et nous consommons ainsi parce que la publicité est terrible et nous achetons des choses au-dessus de nos moyens. Nous voulons vivre dans le luxe, nous voulons consommer comme les autres et nous devenons esclaves et victimes de cette consommation. Voyez comment le carême rompt ces chaînes par son austérité. […] Le carême peut ouvrir nos yeux à la misère des autres. 04/03/79, p.183, VI.

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