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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 23:02

Dans sa profonde connaissance du cœur humain Jésus sait à quel point nous sommes avides de bonheur et réfractaires à la souffrance dont nous ne connaissons pas le prix.

Voilà pourquoi le Maître-Mot de son message, c’est le mot « heureux » qui tel un refrain de chant triomphal, éclate à huit reprises dans ce passage de l’Evangile que nous connaissons bien et qu’on appelle : LES BÉATITUDES.

En nous les proposant comme « une règle parfaite de vie chrétienne » selon le mot de saint Augustin, Notre Seigneur manifeste très clairement son opposition irréductible à l’esprit mondain.

Le « monde » en effet, appelle bienheureux ceux qui ont en abondance richesses et honneurs, sont saturés de bien-être et de plaisirs et n’ont aucune occasion de souffrir.

Jésus dans son admirable sagesse qui est folie pour les hommes, nous offre, la spiritualité des Béatitudes pour mettre en lumière la vanité des maximes du monde et pour nous encourager à adopter une toute autre échelle de valeurs par la considération de cette vie comme un lieu de passage et de mérite où la Croix et l’Amour sont les seuls points de repère valables.

N’allons pas croire cependant que les Béatitudes, parce qu’elles situent le bonheur véritable sur de très hauts sommets à arêtes vives ne peuvent être l’apanage que d’une élite : ce serait oublier que Jésus a donné à tous ceux qui se réclament de LUI, la LOI D’AMOUR qui est un appel à vivre l’absolu de Dieu, un appel à la sainteté.

Nous savons tous que c’est une vérité sur laquelle Vatican II a particulièrement insisté : « Tous ceux qui croient au Christ, est-il dit dans la constitution de l’Eglise, quel que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père ».

Ne pensons pas non plus que les Béatitudes, parce qu’elles sont exigeantes, rendent la vie chrétienne peu attrayante et peu enthousiasmante. Nous allons voir au contraire, en essayant d’approfondir le contenu de chacune d’elles, qu’elles constituent au milieu des vicissitudes de la terre un certain établissement dans le bonheur du ciel, car elles nous font goûter dès ici-bas à travers des efforts souvent douloureux, le bonheur intime promis par le Christ : « Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ».[1]

Bonheur qui s’accomplira au ciel dans la possession plénière et définitive.

« HEUREUX LES PAUVRES DE CŒUR CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST À EUX »

Pourquoi, en énonçant cette « Charte de Bonheur » que sont les Béatitudes Jésus a-t-il voulu commencer par béatifier les pauvres de cœur ?

Ne serait ce pas pour bien nous montrer que la Béatitude des pauvres est comme le grand porche de la perfection évangélique ?

Il faut la vivre à fond, en effet, pour pouvoir vivre toutes les autres.

En la méditant, les disciples du Christ, qu’ils soient matériellement riches ou pauvres, doivent comprendre ceci : le Dieu qui nous aime follement, qui veut régner en notre âme par la plénitude de son amour et de sa joie, n’est pas d’emblée accueilli.

Quand il se présente, il trouve la place prise. Oui, Dieu est cet ami, qui se tient à la porte et qui frappe, comme il est dit dans l’Apocalypse, et qui doit insister parce qu’il n’est pas reçu tout de suite… Et la porte une fois entrouverte, c’est peu à peu qu’il doit conquérir toutes les zones de notre être, tous les domaines de notre activité.

Il faut donc que ce qui, en nous, lui fait obstacle, c’est-à-dire le péché, s’estompe et s’efface. Car le péché ce n’est pas seulement ce qui salit ou défigure, c’est plus profondément peut-être ce qui encombre.

Dieu ne peut trouver place que dans des êtres désencombrés, ceux qui se sont volontairement vidés de tout ce qui n’est pas LUI ou ne conduit pas à LUI.

Et ce qui en nous creuse à Dieu sa place, toute sa place, c’est précisément cette pauvreté à tous les niveaux que Jésus exalte à chaque page de l’Evangile et qu’il a pratiqué Lui-même d’une manière si stupéfiante de la crèche jusqu’à la Croix.

Et s’Il exige de nous une telle pauvreté ce n’est pas pour le plaisir de nous priver, c’est parce qu’Il sait fort bien que sans elle l’amitié bouleversante qu’Il nous propose – et sans laquelle la vie humaine est manquée – ne pourra jamais se déployer.

Autrement dit, ce n’est que pour nous remplir de divin que le Seigneur nous demande de nous déposséder radicalement de l’humain.

Ce travail commence au niveau des biens matériels. C’est là, en effet, que doit s’amorcer la dépossession. L’homme est profondément un : il s’établit toujours une étonnante correspondance entre les actes qu’il pose au niveau du corps et ceux qu’il pose au niveau de l’esprit. Il lui sera plus facile d’avoir cette âme de pauvre, sans laquelle le Royaume lui resterait fermé, si dans le style même de sa vie, la pauvreté met sa marque. Mais la pauvreté du cœur ne saurait se limiter au détachement des biens matériels, elle embrasse aussi le détachement des biens moraux et même spirituels. Celui qui prétend affirmer sa personnalité, tient à l’estime et à la considération des autres, conserve de l’attachement à sa propre volonté, à ses idées personnelles ou qui tient trop à son indépendance, n’a pas un cœur de pauvre : il est riche de lui-même, d’amour propre et d’orgueil. De même, celui qui est encore en quête de l’affection des créatures, de la joie et des satisfactions qu’elles peuvent donner ou qui, dans sa vie de piété, dans ses rapports avec Dieu, recherche des consolations et les goûts spirituels, celui-là n’a pas un cœur de pauvre.

La pauvreté parfaite consiste donc à être entièrement dépouillé de tous les désirs, sauf un seul, posséder Dieu, même si Dieu ne se laisse trouver que dans les ténèbres, l’aridité, le désarroi et la souffrance.

Par cette pauvreté l’âme est rendue libre de tout ce qui n’est pas Dieu.

Et c’est pour cela qu’elle est bienheureuse dès cette terre, car elle possède « le Royaume des Cieux » ce qui veut dire qu’elle est comblée de l’infinie richesse de Dieu, car le Royaume de Dieu, c’est Dieu lui-même ; avoir le Royaume de Dieu, c’est être habité par Dieu, c’est avoir sa Vie en soi, selon la parole même de Jésus : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous. »

Cette première Béatitude, personne parmi les disciples du Christ ne l’a vécue aussi parfaitement que Celle qui n’a jamais désiré posséder quoi que ce soit en propre, qui n’a jamais eu le cœur encombré par quoi que ce soit : MARIE, l’humble servante du Seigneur.

Voilà pourquoi nous ne saurions trouver meilleur « moule » que son Cœur maternel pour nous former à un véritable esprit de pauvreté. Confions-nous donc à son art consommé d’Educatrice Spirituelle. Elle seule, en effet, détient le secret pour réaliser en nous, en peu de temps, avec douceur et facilité, cette opération surnaturelle qui consiste à se vider de soi-même pour se remplir de Dieu.

Relire à ce propos les numéros 82 et 118 du « Traité de la Vraie Dévotion » de saint Louis - Marie Grignion de Montfort. 

« HEUREUX LES DOUX CAR ILS POSSÈDERONT LA TERRE »

La douceur, voilà un mot qui sonne étrangement dans notre monde où la violence apparaît comme l’unique solution à leurs conflits, où on en vient pour de multiples raisons à tout estimer en rapports de force.

Et pourtant, il n’y a sur ce point, comme sur tant d’autres, aucune échappatoire possible ; on ne peut être un véritable disciple du Christ « doux et humble de cœur » que si on pratique, à son exemple, cette vertu qui est la fleur de la charité. En quoi consiste cette douceur ? Elle ne saurait être comme certains le pensent l’apathie, la mièvrerie, l’indifférence, la mollesse ou la faiblesse de caractère. Elle est au contraire une force à nulle autre pareille. Pour peu qu’on scrute la Bible, on découvre que l’attitude contraire à la douceur est définie par ce qu'on appelle la raideur et d'abord la raideur en face de Dieu. « Je vois bien, dit le Seigneur à Moïse, que ce peuple a la nuque raide. » On est doux par conséquent lorsqu’on ne se défend pas contre Dieu, lorsqu’on est docile dans l’obéissance à ses commandements. A côté de la raideur apparaît une autre attitude voisine de celle-là : l’endurcissement. Ce mot terrible revient fréquemment dans les Livres Saints. L’homme, ici, fait beaucoup plus que se cabrer devant tel ou tel vouloir de Dieu : il s’entoure d’une carapace qui le rend inabordable. Il se fait, selon l’expression d’Ézéchiel « un cœur de pierre. » Cela veut dire qu’il est incapable de s’ouvrir à la miséricorde, de céder à l’amour. La douceur, cette fois, c’est de se laisser faire : non seulement on ne se défend pas contre Dieu, mais on se veut positivement tout accueil, on se rend « malléable » entre les mains de Dieu…

Celui qui se montre ainsi docile vis-à-vis de Dieu est capable d’être doux envers les hommes. Les deux images retenues il y a un instant gardent ici leur valeur : ne pas avoir la nuque raide, ne pas avoir un cœur de pierre. Innombrables sont les applications qui peuvent être faites de telles formules : bannir de ses mœurs la dureté, l’amertume, ne pas chercher à avoir toujours raison, rechercher sans jamais se lasser ce qui unit et non ce qui sépare, savoir offrir un accueil simple, total, transparent ; si l’on détient quelque pouvoir, veiller à ce qu’il ne devienne jamais oppressant, s’efforcer toujours « de vaincre le mal par le bien.» Tout cela suppose maîtrise de soi, calme, patience, mesure, équilibre. Sans cette domination intérieure sur toutes les impulsions de l’âme : mouvements d’animosité, de colère, d’indignation etc.… on pourra garder une apparente douceur, mais on ne possédera pas cette mansuétude profonde qui résiste calmement à tous les chocs de la vie. Du reste, cette pleine maîtrise de soi (qui nous permet de posséder d’abord cette « terre » qu’est notre propre cœur) est justement celle qui nous permettra aussi de posséder la terre dans le sens le plus vaste et le plus beau : c’est-à-dire de gagner le cœur des hommes en les influençant, en les orientant vers la Vérité, vers le Bien et donc vers Dieu par la seule force de l’amour.

Cette vertu surnaturelle de douceur qui, selon M. OLIER « est la consommation du chrétien, car elle présuppose en lui l’anéantissement de tout le propre et la mort à tout intérêt » est malaisée à acquérir ; mais avec la grâce de Dieu – qui nous est toujours accordée si nous la demandons avec humilité, confiance et persévérance – nous pouvons nous rapprocher, c’est sûr, de l’idéal proposé par le Christ, idéal qui Lui-même et sa Très Sainte Mère, la Vierge « douce entre tous » ont vécu à la perfection. Nous savons que de nombreux saints étaient par tempérament des violents, mais leur fidèle correspondance à la grâce en a fait des modèles de douceur. Que leur exemple nous soit un encouragement !

« HEUREUX CEUX QUI PLEURENT CAR ILS SERONT CONSOLÉS »

La troisième béatitude – la plus « choquante » de toutes, tant elle va à l’encontre du sens commun qui ne peut associer bonheur et souffrance – a reçu plusieurs traductions :

Heureux les affligés (Bible de Jérusalem)

Heureux ceux qui pleurent (Bible Œcuménique)

Littéralement il faudrait traduire :

Heureux ceux qui sont dans le deuil.

Et quoi d’étonnant à cela ? Le deuil ne désigne-t-il pas la souffrance la plus aiguë, elle que l’on éprouve devant la mort d’un être cher, là où il n’y a plus qu’à pleurer. En énonçant cette béatitude des larmes, on ne peut s’empêcher d’évoquer le LIVRE de la CONSOLATION d’ISRAEL qui commence par ces paroles : « Consolez, consolez mon peuple dit votre Dieu… » Ou encore ce texte prophétique d’ISAÏE concernant le Christ : « Il m’a envoyé porter aux malheureux la bonne nouvelle, réconforter les cœurs meurtris… »[2]

Ceux qui pleurent et cependant sont appelés « bienheureux » sont tous ceux qui souffrent de quelque manière, soit dans leurs corps, soit dans leur cœur, mais qui à cette souffrance savent donner tout son sens et toute sa valeur en y reconnaissant une grâce et une visite de Dieu et surtout en l’unissant à la Passion du Christ et à la Compassion de Marie. Non qu’ils ne ressentent cruellement la douleur et qu’en eux parfois la nature ne demande grâce. Jésus n’a-t-il pas supplié son Père d’éloigner de Lui le calice ? Il n’exige pas non plus que nous demeurions insensibles et sans plaintes, pourvu que notre dernier mot soit pour dire : « Que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite, Seigneur, mais la tienne. »

Si nous acceptons ainsi la souffrance, si nous savons mêler les larmes qui en sont la conséquence à celles de Notre Seigneur et de son héroïque Mère, heureux sommes-nous ! D’abord parce que nous avons cette ferme espérance qu’un jour viendra où nous serons pleinement consolés. St Paul nous dit en effet que « la plus légère affliction nous prépare au-delà de toute mesure un poids éternel de gloire. »

Au bout du chemin il y a notre Maison d’éternité ou : « Dieu essuiera toute larme de nos yeux. De mort il n’y en aura plus, de pleurs, de cris et de peines, il n’y en aura plus. »[3]

Mais nous avons en outre cette certitude que Jésus par sa divine présence vient adoucir notre peine et alléger notre fardeau. Au creux même de la souffrance, il ne manque jamais, Lui qui est par excellence « la consolation d’Israël »[4] , de nous soutenir, de nous fortifier et même de nous combler à certains moments d’une joie très profonde, réalisant ainsi sa promesse du discours après la Cène : « En vérité je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira… Vous, maintenant, vous voilà tristes, mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. »[5]

Et n’a-t-il pas promis également dans ce même discours : « Je vous enverrai du Père un autre Consolateur pour qu’Il soit avec vous à jamais. »

Cette consolation efficacement apportée par la grâce et les dons du Saint-Esprit à tous ceux qui souffrent faisaient dire à saint Augustin : « Celui qui n'aime jamais ne peine,  ou alors s’il peine, il aime sa peine. »

Et à Sainte Marie-Madeleine de Pazzi : « Vous faites, Seigneur, que les larmes elles-mêmes soient notre consolation et la guerre notre paix. Celui qui vous aime, Seigneur, trouve dans le feu le plus ardent des tribulations la brise fraîche et la rosée des célestes consolations ! »

Ce qu’il importe également de bien comprendre, c’est que parmi les larmes que nous versons, il en est qui sont plus précieuses, parce que plus parfaitement selon Dieu. Ce sont, d’une part celles qui sont provoquées par la contrition de nos péchés personnels, et d’autre part celles que nous versons sur les péchés de nos frères, sur leur refus de Dieu, leur misère spirituelle ou leur indifférence… Oui, heureux sommes-nous si nous pleurons parce que nous n’aimons pas assez Dieu ou parce que Dieu n’est pas aimé ; ces pleurs seront changés en joie dans l’au-delà et souvent dès cette terre comme ce fut le cas pour sainte Monique.

Puisse la Vierge Immaculée, qui est la « cause de notre joie », par sa maternité divine, nous aider à découvrir le secret des joies véritables et des larmes qui préparent ces joies. Elle a tellement souffert et pleuré ; au milieu de ses jours glorieux, elle n’oublie pas les tristesses de la terre et intercède pour que ses enfants en comprennent la fécondité et le prix.

« HEUREUX CEUX QUI ONT FAIM ET SOIF DE JUSTICE, ILS SERONT RASSASIÉS »

Dans la Bible, le mot de justice est synonyme de perfection, de sainteté. Un homme juste c’est un homme dont la conscience obéit à la Loi de Dieu, un homme dont les vouloirs s’ajustent véritablement sur ceux de Dieu. C’est en ce sens que saint Matthieu nous dit que Joseph, l’époux de Marie, était un homme juste. Ce sens n’exclue pas mais comporte – cela va de soi – le respect de la justice sociale et des droits de chacun.

Dans l’Evangile, Jésus nous est présenté comme la Sainteté personnifiée venue parmi les hommes. Il est « le Saint de Dieu » expression employée aussi bien par les démons (voir Luc Chap. 4. 34) que par les Apôtres (voir Jean chap.6. 69). Son désir d’être parfaitement ajusté au Père est si profond que l’accomplissement de sa Volonté lui est plus nécessaire que ne le sont pour nous le manger et le boire : « Ma nourriture, déclare-t-il, est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé. » Son unique intention est de faire ce qui plaît au Père[6]dans des sentiments d’amour absolu, ainsi qu’il l’affirme avant de se livrer à la mort : « Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que j’agis comme le Père m’a ordonné. »[7]

Sa faim et sa soif de justice ne seront satisfaites que sur la Croix quand il pourra s’écrier que « tout est consommé » et remettra son âme entre les mains du Père. Communiant pleinement aux sentiments de son divin Fils, la Vierge Marie que l’on invoque dans les Litanies sous le titre très significatif de « Miroir de Justice », a été dévorée tout au long de sa vie d’un désir immense, toujours croissant de parfaite sainteté. Sa faim et sa soif de plaire à Dieu par le don total d’Elle-même, de Lui être de plus en plus unie par les vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité et toutes les autres vertus étaient semblables au feu qui ne dit jamais « assez ». Elle fut par excellence une âme de désir, le plus profond abîme qui se soit offert aux regards du Dieu infiniment aimant. Et c’est pourquoi Il s’est déversé en Elle comme un torrent, l’inondant de sa plénitude : « Salut, pleine de grâce ! » Dans le sillage de Jésus, « l’homme des Béatitudes » et de sa Très Sainte Mère, les saints ont tous été des affamés et des assoiffés de justice, n’aspirant profondément qu’à une chose : que Dieu prenne totalement possession de leur cœur et se serve d’eux, à son gré, pour l’extension de son règne d’amour. Rappelons-nous ici, par exemple, la manière admirable dont sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, messagère en notre temps de la voie d’enfance spirituelle – de la petite voie par les petits – nous parle de ses « désirs infinis que Dieu n’inspirerait pas s’Il ne voulait les combler. » Heureux sommes-nous si nous ne cessons de creuser en nous une telle faim et soif de Dieu ! L’affamé est content lorsqu’il peut se rassasier d’une nourriture substantielle : ainsi l’âme qui se laisse conduire docilement par le Saint-Esprit est-elle heureuse lorsqu’elle a l’occasion de satisfaire sa faim de Lumière et d’Amour, sa faim de Vie divine. Elle est satisfaite quand elle peut s’ajuster aussi parfaitement que possible à la volonté de Dieu. Elle exulte quand elle peut par son immolation se sacrifier pour la plus grande gloire de Dieu et le désir de Dieu en le recevant dans l’Eucharistie ou en se plongeant en Lui dans l’intimité de la prière.

C’est une joie pure, puisqu’elle n’est pas recherchée ; elle est le fruit de l’accomplissement du devoir et du dont total de soi-même. Mais pour la goûter, il faut être décidé à n’en vouloir, n’en rechercher, n’en accepter aucune autre. Est-ce bien notre cas ? Ne sommes-nous pas encore trop avides des choses du monde, des joies d’ici-bas ? Notre faim de sainteté s’en trouve affaiblie et nos passions se mettent en quête de satisfactions humaines. Nous savons pourtant que les créatures ne pourront jamais nous combler et nous laisseront toujours mécontents. « Travaillez, nous dit Jésus, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure jusque dans la vie éternelle. »

Prions très fort l’Esprit-Saint, par Marie afin qu’Il éteigne en nous la faim et la soif des « nourritures terrestres » et augmente celle des nourritures surnaturelles jusqu’au moment de notre entrée au ciel où notre rassasiement sera parfait.

HEUREUX LES MISÉRICORDIEUX CAR ILS OBTIENDRONT MISÉRICORDE »

En nous donnant son commandement à Lui, la veille de sa mort, Jésus n’a pas dit seulement : « Aimez-vous les uns les autres. » Il a dit : « Aimez-vous comme je vous ai aimés. »

C’est donc un amour semblable au sien que nous devons reproduire dans nos relations mutuelles. Or, par toute sa vie, et surtout par son sacrifice de la Croix, Jésus nous montre que la caractéristique de son amour, manifestant de façon bouleversante l’amour de Dieu pour les hommes, c’est la MISERICORDE. Toutes les créatures sont pure misère devant Dieu et incapables de subsister sans son intervention continuelle : et nous les hommes, que sommes-nous ? Non seulement une misère incapable de subsister mais capable de pécher ; livrés à nous-mêmes nous dit saint Jean Eudes : « Nous ne sommes rien, ne pouvons rien, ne valons rien, n’avons rien hormis le péché. » Nous sommes donc misère dans le sens le plus profond du mot. Par conséquent, lorsque Dieu nous aime, son Amour est essentiellement et nécessairement un acte de miséricorde, c’est-à-dire d’amour se penche sur nous pour nous relever, nous soutenir et nous enrichir de sa richesse infinie de grâce. Désireux de sculpter en nos âmes les traits mêmes de Jésus, le Saint-Esprit qui agit toujours par Marie, nous apprend à reproduire à notre tour cette miséricorde si émouvante de notre Père des Cieux. « Soyez miséricordieux comme votre Père des Cieux est miséricordieux. » Il nous pousse doucement et continuellement à aimer tous nos frères humains avec le cœur miséricordieux du Sauveur. Et cet amour profond pour tous ceux en qui nous discernons quelque misère, Il nous porte à l’exercer concrètement dans ce que l’Eglise appelle les Œuvres de Miséricorde : sept œuvres de miséricorde spirituelle, qui embrassent, en fait les besoins humains les plus essentiels ou les plus aigus, auxquels il est aisé de rattacher tous les autres. Saint Thomas d’Aquin en donne la liste suivant qui devrait figurer dans tout examen de conscience sérieux : Il s’agit pour ce qui est des œuvres de miséricorde corporelle :

  • De nourrir celui qui a faim,
  • D’abreuver celui qui a soif,
  • De vêtir celui qui est nu,
  • D’accueillir l’étranger,
  • De visiter l’infirme,
  • De racheter le captif,
  • D’ensevelir le corps du défunt.

Quant aux œuvres de miséricorde spirituelle, elles consistent à :

  • Instruire l’ignorant,
  • Conseiller l’hésitant,
  • Consoler l’affligé,
  • Corriger celui qui dévie,
  • Pardonner à qui nous offense,
  • Supporter ceux qui nous sont à charge et nous attristent,
  • Et à prier pour tous.

Ceci étant dit, nous comprendrons peut-être mieux que la miséricorde chrétienne, parce qu’elle résulte de la divine charité, est bien plus qu’une émotion passagère devant une grande douleur. Elle est une vertu attentive et forte qui vit intérieurement la misère humaine et qui est capable d’en comprendre le fond. Or le fond de la misère humaine ce n’est pas l’indigence, la faiblesse ou même la souffrance, c’est le péché qui prive l’âme de la vie surnaturelle. Même si cette misère qui est la plus grande de toutes n’est pas clairement discernée par le pécheur, elle est en lui un terrible poids… Par sa bonté, par sa prière et sa pénitence, le chrétien peut beaucoup pour aider son frère pécheur à se libérer des lourdes chaînes de son esclavage. Cette forme sublime de miséricorde est d’une pressante actualité, car la séparation d’avec Dieu ou tout au moins l’oubli de Dieu dans l’humanité d’aujourd’hui a atteint un degré où n’était même pas descendu le paganisme antique. Nous en avons tous conscience : l’humanité, qui avait reçu la révélation chrétienne, a préféré au bonheur divin la recherche d’un bonheur humain, soit en se passant de Dieu, soit en voulant faire de Dieu le serviteur d’un tel bonheur. Elle roule ainsi vers des abîmes de malheur jamais atteints. Placés en cette situation terrestre infernale qui gagne en ce moment toute la terre par tyrannie ou par contagion, nous devons comprendre que par cela même l’Eglise, Corps mystique, est appelée à vivre avec une intensité maximale la miséricordieuse Passion du Christ et la Compassion miséricordieuse de Marie, la Co-rédemptrice. C’est la raison pour laquelle les saints Cœurs de Jésus et de Marie nous demandent instamment de donner à notre vie chrétienne cette dimension réparatrice qui consiste à compenser par une sorte de trop plein d’amour débordant de notre cœur le manque d’amour qui affecte si misérablement nos frères indifférents ou apostats. Autrement dit, nous devons prier et nous sacrifier pour ceux qui ne prient pas et ne se sacrifient pas ; nous devons croire, adorer, espérer et aimer pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui n’aiment pas, de telle sorte qu’avec ce sang de notre amour mêlé à son amour rédempteur et à l’amour co-rédempteur de Marie, Jésus soit en mesure de revivifier tant et tant d’âmes qui sont mortes à la Vie divine à cause de leurs péchés. Il n’y a pas de charité plus parfaite que cette forme de miséricorde.

Puissent ces quelques réflexions nous inciter à pratiquer la miséricorde dans toutes ses dimensions avec toute la générosité dont nous sommes capables. Nous savons qu’elle nous envahira à son tour avec la joie intime qu’elle procure et cela dans la mesure où nous l’aurons nous-mêmes donnée. C’est à son sujet, en effet, que Jésus a dit :  « Donnez et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on versera dans votre sein, car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. »[8]

« HEUREUX LES CŒURS PURS CAR ILS VERRONT DIEU »

En proclamant cette béatitude ne devrions-nous penser, tout d’abord à ce cristal infiniment pur qu’est l’âme de Jésus, image parfaite de Dieu, « rayonnement de sa Gloire et empreinte de sa Substance ? »[9]

La pauvreté de Notre-Seigneur est si parfaite qu’il a pu dire aux Juifs sans craindre de démenti : « Qui de vous me convaincra de pécher ? » Il est, nous dit la Lettre aux Hébreux : « Le Grand Prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, sans tache, sans rien de commun avec les pécheurs. » Rien n’a jamais pu troubler la droiture de son cœur, nulle intention imparfaite n’est venue diminuer le prix de sa vie sainte. Le Fils Bien-Aimé n’a parlé et agi que pour la gloire de son Père et dans une obéissance absolue à sa volonté. Si nous voulons comprendre ce que recouvre l’expression évangélique « avoir le cœur pur » il n’est pas de plus sûr moyen que de contempler assidûment cette sublime pureté du Christ qui se reflète magnifiquement dans l’âme de sa Très Sainte Mère, Marie, la Vierge Immaculée. Avoir le cœur pur, c’est bien sûr, pratiquer selon son état la vertu de Chasteté qui maîtrise la sexualité en exigeant qu’aucun égoïsme, qu’aucun amour désordonné de soi-même ou des autres ne vienne se mêler à nos pensées, à nos sentiments, à nos paroles et à nos actes. Pour devenir pur sous cet aspect, il faut nécessairement passer par une première étape de détachement, de mortification des sens et des instincts. Mais cet effort a pour but de procurer à l’amour une pleine maîtrise sur nos sentiments et de donner ainsi libre champ à sa puissance. La pureté, d’ailleurs, ne se comprend bien qu’en liaison avec l’amour : « Comme on parle d’un métal précieux passé au creuset pour être purifié, ainsi l’amour en nous a-t-il besoin d’être soumis à diverses purifications à l’égard de nos instincts de possessivité, de domination ou de jouissance vile pour acquérir sa pleine valeur.

L’amour tend naturellement à la pureté comme à sa vérité et à sa plénitude. »[10]

Mais la pureté de cœur que Jésus béatifie se situe bien au-delà de la chasteté du corps et du cœur vécue dans le mariage, le célibat ou la vie consacrée. Le cœur c’est le fond de l’être, ce qui fait notre personnalité : c’est là que résident les mobiles profonds qui orientent et animent nos décisions, nos choix et nos comportements. Un cœur pur, c’est un cœur habité par Dieu, éclairé de ses lumières, ouvert au surnaturel ainsi qu’à tout ce qui est beau, bien, vrai, grand, noble… Un cœur pur, c’est un cœur décanté de tout égoïsme, de tout orgueil, de tout appât des biens de ce monde, sans arrière-pensée, calcul ou recherche du moi et qui est libre, dès lors, pour aimer Dieu par-dessus tout et pour aimer les autres comme Jésus les aime.

Jésus le compare à un œil simple et clair qui rend tout le corps lumineux : « Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier est aussi dans la lumière ; mais s’il est malade ton corps aussi est dans les ténèbres.

Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit pas ténèbres. Si donc ton corps tout entier est dans la lumière, sans mélange de ténèbres, il sera tout entier lumineux. »[11] « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » C’est à eux, en effet, que s’applique la parole du Psaume 17 : « Moi dans la justice je contemplerai ta face, au réveil je me rassasierai de ton image. » Mais ne peut-on pas dire qu’ils Le voient déjà ! L’expérience prouve, en effet, que la pureté de cœur donne des yeux perçants pour les choses divines. Les âmes qui vivent dans une grande fidélité à Dieu et Lui sont très unies reçoivent à Lui une admirable perspicacité spirituelle. L’Esprit-Saint les comble de ses lumières qui confondent la sagesse du monde, de sorte que les ignorants à l’âme limpide perçoivent parfois ce qui demeure caché aux doctes moins unis à Dieu. Ils ont une connaissance étonnante des mystères divins, du dessein rédempteur et de la conduite de Dieu sur les âmes.Leurs conseils portent la marque de l’Esprit divin et apportent une clarté surprenante à ceux qui les sollicitent. Vraiment, il y a en ces âmes comme une anticipation de la vision de Dieu face à face dans la Vie Eternelle. On peut donc conclure avec Bossuet : « Qu’elle est belle, qu’elle est ravissante cette fontaine incorruptible d’un cœur pur ! Dieu se plaît à s’y voir Lui-même dans toute sa beauté. Ce beau miroir devient un soleil par les rayons qui le pénètrent : il est tout resplendissant. La pureté de Dieu se joint à la nôtre qu’il a Lui-même opérée en nous, et nos regards épurés le verront briller en nous-mêmes et y luire d’une éternelle lumière. Bienheureux donc ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. »

« HEUREUX LES ARTISANS DE PAIX, ILS SERONT APPELES FILS DE DIEU »

La paix chrétienne diffère de la paix mondaine : « Je vous laisse la paix, a dit Jésus, Je vous donne ma paix, Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. »

Cette paix du Christ, saint Augustin l’a définie comme étant « la tranquillité de l’ordre. » Elle est comparable, en effet, au bien-être qui résulte d’un organisme en parfaite santé ou encore à la tranquillité qui règne dans une famille où les enfants sont pleinement soumis à leurs parents, lesquels se montrent, quant à eux, exemplaires en tout point. Le chrétien qui vit de foi, d’espérance et de charité et qui se laisse guider par le Saint-Esprit juge de tout par rapport à la cause suprême qui est Dieu et dès lors tout dans sa vie : ses affections, ses pensées, ses désirs et ses actes, tout se trouve ordonné selon Dieu. De cet ordre, le seul Vrai, résulte en son âme une grande paix intérieure, « l’inaltérable paix de Dieu, dont parle saint Paul, qui surpasse tout sentiment. »

Cette « paix des profondeurs » est faire d’un élément négatif : l’absence de trouble et d’un élément positif : le repos de la volonté dans la possession stable du bien désiré. L’expérience prouve, en effet, que l’âme qui est toute livrée à l’action de l’Esprit-Saint, qui s’efforce de vivre chaque instant présent dans l’amour, c’est-à-dire dans un accord parfait avec la volonté de Dieu ne peut être troublée par quoi que ce soit : ni par la souffrance, ni par les persécutions ou les humiliations, ni par tout ce qui peut l’assaillir dans sa vie intérieure (sécheresse, distractions, tentations de toutes sortes), ni par la mort. Et cela, parce qu’elle a conscience de posséder le seul Bien désirable capable de la combler : Dieu, dont elle se sait aimée d’une manière absolue, Dieu qui habite en elle qui est la vie de sa vie. Sa conviction profonde est celle que Saint Thérèse d’Avila a exprimée en ces termes : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraye, tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit. »

Le Chrétien qui est ainsi pacifié intérieurement rayonne la paix par sa seule présence et il est en mesure de travailler efficacement à la construction d’une paix véritable partout ou s’exerce son activité (qu’elle soit d’ordre familial, professionnel, culture, social ou politique). Son action au service de la Paix n’a rien à voir – on ne le dira jamais assez – avec le pacifisme, cette paix trompeuse qui voudrait s’édifier sur des capitulations coupables par manque de courage et désir égoïste de la tranquillité, allant jusqu’à l’oubli des responsabilités conférées par les charges et les missions reçues. Elle consiste à mettre en œuvre (ce qui exige des efforts coûteux et persévérants) pour que soient appliquées partout et à tous les niveaux les quatre lois fondamentales qui régissent la paix du Christ, à savoir : La Justice, car il n’y a de paix que là où aucun droit légitime n’est volontairement lésé. « Si tu veux la paix, agis pour la Justice. »[12]

La Vérité, sans laquelle la tranquillité de l’ordre deviendrait désordre, rien n’étant plus destructeur que le mensonge. La Liberté, car l’homme ne peut progresser et s’épanouir que s’il est libre intérieurement et extérieurement. L’Amour désintéressé que l’on puise dans le Cœur même du Christ par la prière et les sacrements et qui sans cesse donne, se donne et pardonne, réalisant ainsi les conditions de l’unité et faisant fleurir partout du bonheur. Aux artisans de cette paix selon Dieu, Jésus garantit la filiation divine : « ils seront appelés fils de Dieu » est un hébraïsme qui équivaut à l’être vraiment. « Voyez, quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés Enfants de Dieu. Et nous le sommes. »[13]

Notre Dieu est un Dieu de paix et il est bien juste que Celui qui possède et répand la paix se sente d’une manière toute particulière son enfant bien-aimé. Ayons donc la certitude que plus notre âme sera établie dans la paix et s’efforcera de faire régner la paix, et plus l’Esprit-Saint versera en elle ce sentiment délicieux de filiation divine qui deviendra pour elle une merveilleuse béatitude, vrai prélude à la béatitude éternelle.

« HEUREUX CEUX QUI SOUFFRENT PERSECUTION POUR LA JUSTICE,

CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST A EUX »

S’il est une béatitude qui désigne clairement le Christ, c’est bien celle-là. Qui plus que Lui, en effet, a souffert persécution ? A peine né, il doit fuir en Egypte pour échapper à la cruauté d’Hérode. Durant sa vie publique, il est continuellement en butte au mépris et à la haine, son pain quotidien étant le tourment que lui inflige l’opposition sournoise et implacable des pharisiens avec, dominant tout cela, la perspective de la persécution suprême : « Je dois recevoir un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé. » Traduit enfin devant le Grand Conseil des Juifs et le Tribunal de Pilate, il se voit condamné au supplice de la Croix parce que librement, à l’heure fixée par le Père, il a revendiqué sa dignité messianique et son égalité avec Dieu. (Mt 26, 64-66) Le Roi des martyrs est mort Lui-même martyr ! Témoin de sa propre divinité. Mais au matin de Pâques tout change. Le Christ ressuscite immortel ; Il est couronné de Gloire et d’Honneur pour son incomparable obéissance d’Amour… « Tout genou fléchira désormais devant Lui et toute langue devra proclamer qu’Il est le Seigneur.»[14]

Bienheureux donc le Sauveur, surtout maintenant que rayonne dans son humanité la majesté de sa nature divine. Les disciples ne sont pas plus grands que le Maître : les membres suivront leur Chef et le Christ laisse après Lui une longue traînée de sang qui est le martyr de son Eglise. Ce martyr a commencé avec Marie, la mère douloureuse, si étroitement associée à la Passion de son Fils dans le Mystère de sa Co-Rédemption.

Tout au long des siècles (tantôt sur un point du globe, tantôt sur un autre), les chrétiens remplis de surnaturelle charité, doux et humbles, rayonnants de paix et rendant  témoignage à la Vérité ont suscité des réactions de mépris et de haine qui le plus souvent ont pris la forme de persécutions sanglantes ou légales, ouvertes ou dissimulées, selon les prédications mêmes de Jésus : « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. »[15] « Vous serez emmenés à cause de moi devant des gouverneurs et des rois, pour rendre témoignage devant eux et devant les païens… Et vous serez haïs de tous à cause de mon Nom, mais celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. »[16]

Nous ne serons donc pas étonnés, ni scandalisés, si nous nous trouvons un jour dans des conjonctures aussi éprouvantes. Il faudra même, en nous appuyant sur la grâce de Dieu, dépasser notre trouble pour nous établir dans une joie toute surnaturelle : « Réjouissez-vous, ce jour là, et tressaillez d’allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel. »[17]

Attendons-nous cependant –en dehors de ces circonstances extrêmes de persécution violente– à souffrir persécution pour le Christ sous d’autres formes. L’expérience prouve, en effet, que bien des chrétiens sont, à cause de leur foi, malmenés injustement, réduits à un rang social ou à des conditions de vie inférieure…

D’autre qui, très généreusement, s’efforcent d’être fidèles et fervents dans un climat de tiédeur ou de laxisme se voient incompris, moqués et mis de côté, calomniés parfois par leurs propres frères…

« Les âmes fidèles, nous explique le Père PETITOT, dès qu’elles commencent à vivre d’union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, sont inspirées dans toutes leurs pensées et tous leurs actes par Son Esprit. Dès lors, elles vont juger de toutes choses et agir en toutes choses d’une toute autre manière non seulement que les gens du monde mais encore que les chrétiens imparfaits et qui se satisfont d’une honnêteté médiocre…

C’est assez dire que les âmes vivant d’union à Dieu rencontreront des contradictions partout. » N’oublions jamais qu’à côté du martyr sanglant, il y a le martyr quotidien, le martyr à petit feu, plus difficile peut-être ! S’il nous est donné de le vivre, réjouissons-nous, car par lui nous rendons au Christ un très authentique et très beau témoignage qui nous vaudra « une grande récompense dans les cieux. » (Mt 5. 12) Puissions-nous toujours mieux comprendre à la lumière de la Foi que la persécution pour la justice est une des notes caractéristiques de l’Eglise du Christ et un élément de toute vie chrétienne. Elle est cette Croix ignominieuse que le disciple accepte de porter avec amour à la suite de son Maître et Seigneur et qui se transformera comme la sienne en Croix Glorieuse. « Cette béatitude la plus haute, la plus secrète, se montre la plus étroite communion entre le Chef et son membre, entre le Christ et les siens, celle qui ne trompe pas. »[18]

CONCLUSION

Telle est donc avec ses huit jalons en forme de bonheur la route du Paradis que Jésus nous a tracée.

Cet idéal de Sainteté réalisé d’une manière sublime par le Christ Lui-même qui le premier a vécu parfaitement les Béatitudes. Réalisé aussi splendidement, et sans la moindre faille, par Marie la Vierge Immaculée qui est la vivante image de son Fils. Réalisé admirablement, tout au long de l’histoire de l’Eglise par la multitude des saints, pétris comme nous de chair et de sang. Cet idéal est mis par la grâce divine à la portée de chacun et de chacune d’entre nous… Oh ! certes, il peut nous sembler utopique, irréalisable si nous ne regardons que notre faiblesse, mais si nous faisons nôtre la conviction de Saint Paul, « je peux tout en Celui qui me fortifie », si comme de petits enfants nous tenons d’une part la main de Jésus qui est notre guide suprême et d’autre part la main de Marie qui est l’Educatrice par excellence de notre vie chrétienne, alors, cela ne peut faire aucun doute, nous parviendrons un jour, en dépit de notre misère et de tous les obstacles à cette perfection de l’Amour qui fera de nous des êtres divinisés pouvant dire comme Saint Paul : « Ma vie, c’est le Christ ; non ce c’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. »

Puissions-nous toujours mieux comprendre que vivre LES BEATITUDES c’est tout simplement reproduire le Mystère du Christ qui va de la Croix à la Gloire et du Calvaire au Ciel.

C’est ne rechercher le Bonheur que là où Jésus l’a placé en acceptant de mourir avec Lui dans la pauvreté, la douceur, la pureté, l’absolue fidélité de l’amour pour ressusciter avec Lui dans la BEATITUDE infiniment comblante de la Vie Eternelle.


[1] Jean 15. 11

[2] Isaïe 61. 1

[3] Apocalypse 21. 4

[4] Luc 11. 25

[5] Jean 16. 20 et 22

[6] Jean 8. 29

[7] Jean 14. 31

[8] Luc 6. 38

[9] Hébreux 1. 3

[10] Père Pinckaers O.P.

[11] Luc 11. 34-36

[12]  Paul VI.

[13]  I Jean 3,1.

[14] Ph. 2, 10-11.

[15] Jean 15, 18.

[16] Mt 10. 18-22.

[17] Luc 6. 23.

[18] Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
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