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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 17:08

Ce dont je voudrais parler aujourd'hui, c'est d'une réalité invisible qui est cachée au plus intime de nous-mêmes, mais qui transcende infiniment toutes les réalités, et nous confère, de ce fait une incomparable noblesse. Cette réalité est un prodigieux cadeau de Dieu offert à tous les hommes. Celle qui en fut la première bénéficiaire, mais d'une manière tout à fait unique, c'est la Vierge Marie dans le mystère de son Immaculée Conception. Ce merveilleux trésor, d'une valeur inestimable, dont nous n'épuiserons jamais le contenu, car il est inépuisable, c'est la Vie Surnaturelle.

Le mot lui-même fait penser à une réalité qui se situe au-dessus de la vie naturelle, une réalité qui dépasse toutes les possibilités de la nature humaine. Cette distinction entre Vie Naturelle et Vie Surnaturelle est capitale.

Image1La Vie Naturelle, c'est celle de l'être humain tel que nous le connaissons, constitué à la fois par de la matière et par une âme immatérielle qui organise cette matière, une âme qui est en même temps et par-dessus tout principe d'intelligence et de volonté libre. Nous savons de quoi l'être humain est capable avec les ressources naturelles de son intelligence et de sa volonté. Il suffit de penser aux réussites fantastiques de la science et de la technique, aux merveilles de l'art, de la poésie, de la littérature, etc.

Mais de quoi est-il capable sur un plan religieux, dans ses relations avec Dieu ? Certes, l'intelligence humaine peut, par elle-même avoir une connaissance naturelle de Dieu. A partir de choses créées elle peut conclure à l'existence de Dieu, à sa Toute-puissance, à sa Bonté. Par contre, elle est incapable, toute seule, de connaître Dieu directement en Lui-même dans sa réalité divine.

De même la volonté humaine peut par elle-même aimer Dieu d'un amour naturel : celui de la créature pour son Créateur, son bienfaiteur ; mais aucune volonté humaine ne peut « seule » parvenir à aimer Dieu comme il s'aime Lui-même. Aucune volonté humaine n'est capable d'établir avec Dieu des relations comportant une intimité ou familiarité quelconque. Connaître Dieu comme Créateur et l'aimer comme Suprême Bienfaiteur, c'est le propre de la Religion Naturelle. Mais entre cette religion naturelle et la religion surnaturelle qui provient de la libre initiative de Dieu, il y a un abîme infranchissable.

Infranchissable pour l'homme, mais pas pour Dieu qui, dans sa bouleversante miséricorde, s'est penché sur nous, nous a saisis et élevés jusqu'à Lui, un peu comme une maman qui se penche sur son tout petit enfant incapable de bouger, le prend dans ses bras et l'élève à sa hauteur pour le serrer sur son cœur et contre sa joue. C’est tout le sens du mystère de « l'Incarnation ». « Le Fils de Dieu s'est fait homme pour que les hommes deviennent dieux », nous dit Saint Athanase. Si « le Verbe s'est fait chair », s'il a voulu prendre notre nature, c'est uniquement pour cela, pour la diviniser.

Cette divinisation qui hante depuis toujours les rêves de l'home, Dieu lui-même la réalise d'une manière stupéfiante par un don inespéré de son amour. Ce don unique, insurpassable, purement gratuit, c'est la Vie Surnaturelle. Saint Jean en a donné la meilleure définition dans sa 1ère lettre, chapitre 12 : « Voyez, dit-il, de quel Amour le Père nous a aimés, au point que nous sommes appelés et que nous sommes réellement Enfants de Dieu ».

On raconte qu'un jour la fille de Louis XV s'adressa en ces termes à l'une de ses servantes qui l'avait contrariée : « Auriez-vous oublié que je suis la fille de votre roi ? » Mais cette dernière lui rétorqua fièrement : « Et vous, Madame, auriez-vous oublié que je suis la fille de votre Dieu ? » Elle avait parfaitement compris la grande affirmation du disciple bien-aimé : « Nous sommes Enfants de Dieu ». Mais que recouvre exactement cette affirmation ? L'enfant, c'est celui qui reçoit la nature de son père. Un sculpteur dira d'une statue qu'elle est son œuvre, il ne dira jamais qu'elle est son enfant. Il appelle son enfant celui à qui il donne sa propre nature. Saint Jean prend soin de bien préciser que nous ne sommes pas seulement appelés enfants de Dieu (ce qui pourrait n'être qu'un titre honorifique), nous le sommes réellement, dans la réalité de notre être. C'est pourquoi Saint Pierre, en un texte qui est lui aussi capital, nous dit que « Dieu nous a accordé des biens très précieux par lesquels nous devenons participants de la nature divine ». Cette merveilleuse communication de la nature divine, nous l'appelons la Grâce, parce que, comme le mot l'indique, c'est un don absolument gratuit de Dieu qui ne peut être en aucune manière exigé comme un dû. On n'insistera jamais assez sur cette gratuité qui distingue le christianisme, unique religion surnaturelle, de toutes les autres religions et la place bien au-dessus.

Or, c'est au moment du baptême, que la Grâce a été comme greffée sur notre âme, ainsi que le suggère, toujours en Saint Jean, l'allégorie de la vigne. Voilà pourquoi, nous devons considérer notre Baptême comme l'évènement majeur, l'évènement décisif de notre vie. C'est a ce moment-là que nous sommes « nés de Dieu », que nous sommes devenus par grâce ce que le Fils Unique est par nature. Autrement dit : c'est à ce moment-là que le Père a fait de nous ses fils d'adoption. Comprenons bien toutefois le sens de cette adoption qui est tout-à-fait différente de l'adoption humaine. L'adoption par un homme n'est qu'un titre juridique et extérieur, donnant droit à une éducation et à un héritage, mais elle ne peut changer l'être, ni l'hérédité de l'enfant adopté. Tandis que l'adoption par Dieu n'est pas un titre extérieur, elle ne vient pas s'ajouter à ce que nous sommes, elle n'est pas plaquée comme le serait une couche d'or sur du bois ; elle transforme réellement notre nature en nous faisant vrais Fils et vraies Filles de Dieu. Cette nature, elle ne la détruit pas, mais la perfectionne.et la divinise. Selon une comparaison chère aux Pères de l'Eglise, la grâce fait en nous ce que le feu accomplit dans le fer. Nous savons que le fer qui est plongé dans une fournaise devient incandescent et brûlant par le feu qui le pénètre et le change en lui-même. Certes le fer est toujours du fer, mais tout autre est son efficacité : il illumine, il embrase, le feu agit en lui et par lui, il est devenu feu.

La théologie catholique exprime cette vérité en disant que la Grâce est Sanctifiante : cela veut dire qu'elle nous transforme intérieurement en nous rendant saints réellement d'une sainteté qui est la sainteté même de Dieu, à nous communiquée, de sorte qu'il serait équivalent de dire que la grâce est divinisante. Elle fait de l'homme un petit dieu, non pas égal, c'est bien évident, au Dieu Unique infiniment transcendant, mais semblable à lui.

Certes, c'est là une réalité que nous ne pouvons d'aucune manière percevoir, dont nous ne pouvons d'aucune manière avoir conscience, dont nous n'avons connaissance qu'en croyant par la Foi ce que la Révélation nous enseigne. C'est un mystère caché au plus profond de notre être... mais lorsqu'il nous est donné (par la Foi) de le découvrir un peu, notre vie s'en trouve soudain illuminée. C'est vraiment un chemin de lumière qui s'ouvre devant nous et nous commençons alors à comprendre la Parole si profonde de Jésus à la Samaritaine : « Ah ! Si tu savais le don de Dieu ! »

Allons plus loin, Je vous disais tout à l'heure que la grâce nous fait « participants de la nature divine ». Par elle, Dieu nous communique mystérieusement sa propre vie de telle sorte que nous pouvons l'appeler en toute vérité « Notre Père » comme Jésus nous le demande. Il s'agit donc pour nous de vivre comme des enfants bien-aimés avec leur Père bien-aimé, dans une totale intimité avec Lui, dans une parfaite communion de vie et d'amour avec Lui. Autrement dit, il s'agit de vivre la vie même de Dieu au plus intime de nous-mêmes. « En quoi cela peut-il bien consister ? »

La vie de Dieu c'est une vie purement spirituelle, c'est-à-dire une vie de connaissance et d'amour.

- Dieu est connaissance parfaite de Lui-même. Il est un Eclair éternel d'intelligence se comprenant parfaitement Lui-même ; il est parfaitement transparent, lumineux, dans une pénétration parfaite de Lui-même. C'est ce que saint Jean exprime en définissant que « Dieu est Lumière ».

- Dieu est aussi Amour Parfait de Lui-même, c'est une flamme éternelle d'amour, s'étreignant parfaitement Lui-même, dans la possession parfaite de Lui-même. C'est ce que saint Jean exprime en définissant que « Dieu est Amour ». Se connaître et s'aimer ainsi parfaitement dans toute sa Réalité de Dieu, c'est donc cela la vie même de Dieu et c'est cela qui constitue son Bonheur Infini. La joie de Dieu est vaste comme l'immensité de son être, comme l'amplitude de sa pensée éternelle, comme la profondeur de son Amour Infini.

Mais il ne faut pas oublier que toutes ces merveilles sont propres à Dieu seul et ne sont possibles qu'à Lui seul. La créature peut connaître Dieu à travers ses œuvres et l'aimer pour ses dons, elle ne peut le connaître en Lui-même dans sa Réalité de Dieu, ni l'aimer pour Lui-même dans sa Bonté Infinie.

Or, ce que la Grâce nous donne, c'est précisément la capacité de connaître Dieu et d'aimer Dieu d'une manière non plus humaine mais divine, comme Dieu se connaît et s'aime Lui-même. Elle nous donne Dieu Lui-même comme objet de connaissance et d'amour. Il est vraiment présent en nous comme objet connu et aimé et nous le possédons vraiment. C'est pourquoi saint Paul enseigne que la Grâce fait de nous des Temples Vivants à l'intérieur desquels Dieu Lui-même habite. Jésus Lui-même a promis « Celui qui garde ma Parole, mon Père l'aimera et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure ». Cela veut dire que la Bienheureuse Trinité habite en nous, qu'elle y vit aussi réellement que dans le ciel et que notre vie à nous devient une vie de communion profonde avec les Trois Personnes Divines.

Ici je voudrais donner une précision. Dieu est présent dans toute créature comme cause de son existence (aussi bien dans un démon comme dans un caillou) mais ce n'est que par grâce qu‘il est présent dans une âme et qu'il y est possédé en sa Réalité divine. « Ce qu'il y a d'admirable, dit saint Augustin, c'est que Dieu qui est en chacun des êtres, n'habite pas en tous. Si Dieu est présent partout par la présence de sa divinité, il n'est pas partout par la Grâce d'habitation. Autrement dit, Dieu n'habite qu'au ciel et dans l'âme en état de Grâce qui est pour Lui un autre ciel ».

J'ai parlé de « capacité » de connaître et d'aimer Dieu comme il se connaît et s'aime Lui-même.

Comment d'abord pouvons-nous connaître Dieu de cette manière ? En ce monde, c'est uniquement par la Foi qui est l'adhésion de notre intelligence à la Révélation. Ceci doit être fortement souligné : le christianisme est d'abord une vie de Foi, vie intérieure de nos intelligences qui regardent tout à la lumière de la Foi, qui jugent tout dans l'optique et les perspectives de la Foi en croyant tout ce que Dieu nous dit de Lui-même et de toutes choses. Tant que notre âme fait vivre notre corps ; nous ne pouvons connaître Dieu dans sa Réalité divine comme il se connaît Lui-même que de cette manière : par la Foi. Mais cette Foi qui « croit sans voir » et aime Dieu dans l'obscurité et le mystère, ne peut être le plein épanouissement de la vie surnaturelle ; elle n'en est que le germe et le commencement, comme la graine est le germe et le commencement de la vie de la plante. Et, de même que la graine enfouie dans le sol doit éclater pour que la plante puisse sortir et s'épanouir au soleil, de même il faudra pour nous l'éclatement de la mort pour que notre vie surnaturelle, en germe dans la Foi, puisse s'épanouir dans cette vision éternelle qui nous est annoncée par saint Jean : « Nous le verrons tel qu'il est » et par saint Paul : « Nous le verrons face à face ». La lumière qui est Dieu Lui-même, totalement lumineuse pour Lui-même, s'emparera alors de nos intelligences pour se faire voir de nous. Dans cette lumière, nous posséderons Dieu en plénitude, et donc nous posséderons sa joie qui est absolue, infinie et parfaite. D'où le nom de Vision béatifique donnée par les théologiens à cette vision éternelle, plus couramment nommée Vie éternelle.

Comprenons bien que Foi et Vision ne sont pas deux vies, mais, tout comme la graine et la plante, deux étapes d'une même vie surnaturelle (en germe dans la Foi et pleinement développée dans la vie éternelle) parce que Foi et Vision ont le même objet de connaissance qui est Dieu Lui-même dans toute sa réalité divine.

La Foi possède déjà, en le croyant, ce que nous verrons dans la Vie éternelle. C'est pourquoi saint Paul dit que « la Foi est la substance de ce que nous espérons » en même temps que la manifestation de ce que nous ne pouvons pas voir.

Ainsi, le mouvement normal de la Foi, s'il ne rencontre pas, d'opposition en nous, conduit-il à l'Espérance de la Vie Eternelle. C'est pourquoi la Grâce qui fructifie en nous en Foi, fructifie aussi en Espérance. Ce n'est pas l'espérance naturelle des biens de ce monde et de notre développement humain, c'est une espérance qui n'espère rien d'autre que Dieu Lui-même, possédé en germe dans ce monde par la vie de la Grâce et qui sera possédé en plénitude dans la Vie éternelle. Cette espérance n'est fondée en rien sur nos capacités ou aptitudes naturelles, et a pour seul motif la Miséricorde de Dieu qui promet et qui donne. L'Espérance est, elle aussi, surnaturelle parce qu'elle s'appuie sur la Promesse de l'Amour Donateur de Dieu.

Après avoir vu comment la connaissance de Dieu dans sa Réalité divine nous est communiquée, voyons comment l'Amour de Dieu en Lui-même et pour Lui-même nous est pareillement donné. Cet Amour qui s'appelle aussi La Charité, tout comme la Foi et l'Espérance, est infusé dans notre âme en même temps que la Grâce Sanctifiante. Il ne faut surtout pas le confondre avec l'amour naturel que nous pouvons et devons avoir pour Dieu Créateur à cause de ses dons. La Charité aime Dieu « parce qu'Il est infiniment bon et infiniment aimable ». Elle a pour motif et pour objet la Bonté, l'Amabilité infinie de Dieu, comme la Foi a pour motif et pour objet la Vérité de Dieu. Ayant ainsi pour objet Dieu Lui-même, aimé pour Lui-même, en sa Bonté infinie, la Charité dépasse infiniment les capacités de notre nature, elle est surnaturelle, elle est un don et un effet de la Grâce. La Charité aimant Dieu comme il s'aime Lui-même, nous fait vivre de la vie du Dieu-Amour, elle n'est donc pas humaine, elle est divine. Elle est un amour filial qui aime Dieu comme un Père, qui l'aime pour sa propre Vie Divine dont nous sommes gratifiés.

Mais quel est le lien d'amour qui va unir Dieu le Père et ses enfants d'adoption ? C'est exactement le même qui unit Dieu le Père à son Fils Unique : c'est le Saint-Esprit. On peut donc dire que la Charité c'est le mouvement même du Saint-Esprit qui vous prend dans l'Amour de Dieu pour Dieu. Saint Paul l'enseigne expressément lorsqu'il écrit que « la Charité nous est communiquée par le Saint-Esprit qui vit en nous ». La Charité ce n'est donc pas autre chose que la vie du Saint-Esprit en nous.

Nous avons vu tout à l'heure que la connaissance surnaturelle de Dieu comporte deux étapes : celle de la Foi (en cette vie terrestre) et celle de la Vision (dans la Vie éternelle). Mais s'il y a deux manières de prendre connaissance de Dieu : en le croyant ou en le voyant... il n'y a pas deux manières de tendre vers Lui par l'Amour surnaturel, par la Charité. Que Dieu soit cru par la Foi, ou vu par la Vision, c'est la même Charité qui l'aime. Alors que la Foi et l'Espérance, comme tout germe, sont imparfaites et provisoires et cesseront pour faire place à l'épanouissement et à la perfection de vie la Vie surnaturelle dans la Vision et la possession de Dieu, la Charité, elle, qui va d'emblée de tout notre être à la totalité de Dieu aimé pour Lui-même, la Charité peut être parfaite des cette vie, malgré l'obscurité de la Foi. Autrement dit, la Charité n'aura pas à cesser pour faire place à autre chose qu'elle-même. Elle durera éternellement. C'est par elle donc que s'établit la continuité entre la vie terrestre et la Vie éternelle. Cette vérité, c'est encore saint Paul qui la met en lumière dans ce sublime chapitre 13 de la 1ère lettre aux Corinthiens qu'on appelle l'Hymne à la Charité : « Maintenant demeurent la Foi, l'Espérance et la Charité, mais la plus grande des trois, c'est la Charité ». « La Charité ne passera jamais ».

Est-il besoin de préciser que la Charité ne peut aimer Dieu comme Père sans aimer comme frères tous les hommes qui sont fils comme nous ou destinés à l'être ? Cela nous est maintes fois rappelé dans les Evangiles, dans les Lettres de saint Jean et celles de saint Paul. Ce n'est pas chacun de nous, seul, en effet qui est adopté, c'est toute une famille de frères vivant de la même vie divine procédant du Père, et la Charité en constitue l'unité.

Nous ne pouvons aimer la Vie divine en Dieu, sans l'aimer en tous ceux à qui elle est donnée, sans vouloir comme le Père Lui-même sa communication à tous et son épanouissement en tous. Qui aime la vie de Dieu veut que tous en vivent et cette volonté aimante s'appelle Charité fraternelle. Il n'y a donc pas deux charités : une pour aimer les hommes et une pour aimer Dieu. Il n'y a qu'une Charité qui aime la vie de Dieu en Lui-même et en tous ceux à qui elle est donnée. La Charité fraternelle est donc surnaturelle, inséparable de la grâce qui la réalise en nous. Elle voit tous les hommes à travers le regard même de Dieu et elle les aime comme Dieu les aime. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous aimé ».

Il y a un point sur lequel je me dois d'insister, car il est très important, à savoir que la charité est l'unique condition pour avoir la vie surnaturelle. Vie de Grâce et Charité sont, en effet, indissolublement liées : il n'est pas possible d'avoir l'une sans l'autre.

La Foi seule sans la charité est certes un don surnaturel, une grâce, elle ne suffit pourtant pas pour que nous vivions de la grâce : la foi qui n'entraîne pas à l'amour ne fait pas de nous des enfants de Dieu. On peut bien connaître Dieu et ne pas l'aimer comme des fils.

Ainsi donc, la seule chose au monde qui puisse nous faire perdre la vie de la Grâce, c'est un acte incompatible avec la charité, contraire à l'Amour de Dieu : c'est ce qu'on appelle le Péché mortel (mortel parce qu'effectivement il détruit la vie de la Grâce, il tue l'Amour.) Puisqu'il arrache l'homme à ce qui est son vrai bien, sa vraie destinée, puisqu'il est le refus de la vie surnaturelle, de la vie d'enfant de Dieu, le péché mortel doit être considéré comme le plus grand mal, c'est la pire des catastrophes. Mais combien comprennent cela, même parmi les chrétiens pratiquants ?

Vie de Grâce et Charité sont donc indissolublement liées, mais ce qu'il faut affirmer aussi, c'est que la mesure de l'une est exactement la mesure de l'autre. Dieu ne nous mesure pas le don qu'il nous fait de sa vie, il ne veut qu'une chose : nous la donner en plénitude, toujours davantage. Nous l'avons en nous exactement autant que nous le voulons. Il ne peut y avoir pour la limiter que notre défaut d'amour, que notre insuffisance â la vouloir. Il ne faut pas oublier en effet que Dieu nous a créés libres, et il nous a créés libres parce qu'il nous destinait à la Vie surnaturelle qui est essentiellement échange d'amour avec Lui. Or, un échange d'amour ne peut se faire que dans la liberté. C'est pourquoi l'attitude de Dieu vis-à-vis de nous n'est jamais celle d'une Toute-puissance qui contraint, mais celle d'un appel d'amour qui s'adresse à notre liberté, pour que nous adhérions librement à son Amour.

On comprend maintenant pourquoi, comme l'enseigne l'Evangile, le Christianisme consiste tout entier dans la charité, c'est-à-dire dans l'orientation foncière de notre volonté libre vers Dieu aimé pour Lui-même et par-dessus tout. C'est à cette profondeur de notre être que la religion surnaturelle doit s'enraciner pour être authentique, c'est ce mouvement foncier et radical d'amour de Dieu pour Lui-même que tout en elle doit jaillir. C'est pourquoi tout en Elle doit être animé par la Charité qui est le centre vital reliant en lui tout ce que le christianisme comporte. Tout ce qu'il y a dans notre vie chrétienne vaut ce que vaut la Charité qui l'inspire. Saint Paul a dit cela admirablement au chapitre 13 de la 1ère lettre aux Corinthiens. « Quand bien même j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la Charité, cela ne me sert à rien ».

La Vie surnaturelle reçue au baptême se développe donc et fructifie en nous par la Foi, par l'Espérance et surtout par la Charité. La Foi, l'Espérance et la Charité sont des capacités engendrées par la Grâce qui nous permettent de mener au-dedans de nos âmes une vie divine qui est une vie intérieure de connaissance et d'amour de Dieu. Ces trois capacités surnaturelles fondamentales sont appelées vertus théologales parce qu'elles ont uniquement Dieu pour motif et pour objet. C'est pourquoi elles n'ont pas d'autre mesure que l’infinité même de Dieu et ne peuvent pas comporter d'excès. On ne peut pas trop aimer Dieu, on ne l'aimera jamais assez. « La mesure d'aimer Dieu, dit saint Augustin, c'est de l'aimer sans mesure ».

De ce progrès incessant dans la Foi, l'Espérance et l'Amour, nous avons un exemple éminent. C'est la Vierge Marie, Elle qui, dès le premier instant de sa Conception a reçu en plénitude le don de la Vie surnaturelle.

Ces vertus théologales de Foi, d'Espérance et de Charité constituent les principaux éléments de tout un organisme surnaturel que Dieu a enraciné dans notre âme au moment du Baptême, avec la Grâce sanctifiante. Il faut savoir qu'en connexion avec ces trois organes fondamentaux, il y a d'autres organes qui jouent un rôle important dans cette vie intérieure de connaissance et d'amour de Dieu : ce sont les vertus morales et les dons du Saint Esprit.

Je ne veux pas vous en parler aujourd'hui, cela nous mènerait trop loin. Je rappelle simplement que les vertus morales surnaturelles (qu'on appelle vertus cardinales) sont au nombre de quatre : la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. Leur rôle est de maintenir l'âme en contact avec les réalités de la terre et de contribuer ainsi au parfait équilibre entre la vie mystique et la vie pratique, entre la contemplation et l'action ; équilibre qui se définit assez bien par cette formule : « Avoir la tête dans le ciel et les pieds sur terre ». Quant aux dons du Saint-Esprit, ils sont au nombre de sept : la Sagesse, l'Intelligence, la Science, le Conseil, la Force, la Piété, et la Crainte de Dieu. Ce sont des dispositions surnaturelles qui viennent perfectionner l'exercice des vertus de Foi, d'Espérance et de Charité et rendent plus facile notre marche vers la sainteté.

Telles sont les principales richesses de ce monde surnaturel de Lumière, de Vie et d'Amour que nous portons en chacune de nos âmes depuis le baptême. Cette révélation bouleversante nous fait mieux comprendre quelle est la raison d'être et le but ultime de notre vie.

A la question : pourquoi avons-nous été créés ? Beaucoup de nos contemporains répondraient : « C'est pour agir en ce monde, c'est pour transformer la terre ».

Avec le catéchisme, nous répondons : « C'est pour connaître et aimer Dieu ».

« Le Royaume de Dieu, disait Jésus à certains de ses compatriotes qui étaient surtout préoccupés d'efficacité temporelle, le Royaume de Dieu est au-dedans de vous ».

Par les actes surnaturels de Connaissance et d'Amour dont la Grâce nous rend capables, nous sommes établis dans une merveilleuse communion avec Dieu. Mais cette communion, cet état de Grâce n'est pas quelque chose de statique : c'est une vie qui est appelée à grandir. Avec le secours de toutes les grâces actuelles que Dieu ne manque pas de nous accorder, si nous les demandons, nous devons tout au long de notre existence travailler à son développement, à sa croissance jusqu'au jour où notre apprentissage de la Vie éternelle étant achevé, nous entrerons dans notre maison d'éternité pour y jouir de la Lumière de Gloire, dans un Bonheur sans limite et sans fin qui comblera surabondamment notre cœur.

C'est uniquement pour cette destinée prodigieuse que nous devons vivre. Tout par conséquent doit être orienté dans ce but, tout doit lui être subordonné. Avoir compris par la Foi que Dieu nous offre une telle destinée montre la folie de tant d'hommes occupés uniquement à des choses extérieures et à une réussite temporelle, alors que par le mystère de la grâce nous possédons déjà en nous ce qui durera éternellement et dont rien, absolument rien, ne pourra jamais nous séparer.

On traiterait de fou l'homme qui pour quelques sous négligerait un trésor rempli d'or et de pierres précieuses... mais combien plus fou celui qui pour les biens périssables de ce monde, méprise ou néglige la possession de Dieu par la Grâce, trésor plus précieux que toutes les richesses de l'univers.

On comprend ici l'apostrophe indignée d'un saint Jean de la Croix, au spectacle de multitudes d'âmes qui au baptême ont reçu de tels talents et ne les font pas fructifier : « O âmes créées pour de telles gloires et qui devez en jouir par prédestination !...A quoi songez-vous ! »

Ne soyons donc pas fous à la manière du monde ! Soyons-le à la manière des saints. Souvenons-nous toujours qu'être fous d'Amour pour Dieu et pour Marie, c'est la Suprême Sagesse.

 Abbé Pierre Cousty

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
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commentaires

Clovis Simard 07/06/2012 23:14

Blog(fermaton.over-blog.com),No-5: TOUT OU RIEN ! Dieu et l'Intelligence humaine.

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