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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 15:49

L’Evangile qui est la Bonne Nouvelle par excellence, l’heureux message que Jésus, l’Envoyé du Père, a apporté aux hommes consiste essentiellement en ceci : Dieu nous aime au point de vouloir nous faire communier comme fils et filles à ce qui est sa vie intime, en faisant de nos âmes par le moyen de la Grâce sanctifiante des petits ciels où il se plaît à résider pendant que nous cheminons – et aidons nos frères à cheminer – vers la communion sans ombre éternellement bienheureuse de son ciel de gloire.

Mais comment allons-nous, dès lors, conduire notre vie pour qu’elle soit tout accueil à ce don incroyable : unique, bien unique richesse capable de combler pleinement notre cœur ? Autrement dit : à quelle condition pouvons-nous recevoir Dieu en nous, entrer et progresser dans l’intimité de sa Vie Trinitaire et réaliser ainsi notre vocation chrétienne ?

A cette condition fondamentale qui commande tout, et qu’on désigne sous le nom de Pauvreté Evangélique. Jésus l’a énoncée très clairement dès les premières paroles de son « discours sur la montagne : heureux les pauvres de cœur (ou les pauvres par l’esprit) car le Royaume des cieux est à eux », paroles qu’il a contresignées par toute sa vie au point qu’il a pu dire « apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur », le mot humble étant ici, comme dans toute la Bible, synonyme de pauvre.

Ceux qui, pour la première fois, entendaient de telles paroles « Bienheureux les pauvres » ne pouvaient qu’en être frappés, car jusque là, dans le monde jamais personne n’avait béatifié la pauvreté. Pas même dans l’Ancien Testament où, au contraire, la richesse était le signe de la bénédiction de Dieu. En prenant le contrepied de ce qui se vivait jusqu’alors même chez les Juifs. Jésus apportait donc une véritable révolution. Ne donnons pas toutefois à ce mot « révolution » une signification politique, ni même sociale. Dans l’Evangile, la doctrine du Christ ne se présente pas directement comme une doctrine sociale. Le Christ se méfiait d’autant plus de prendre des positions sociales ou politiques que le monde où il vivait était en ébullition à cause de l’occupation romaine. Il aurait été en contradiction avec Lui-même, s’il avait prononcé une charte politique, puisque le jour où le peuple voulut le faire roi, il alla se cacher dans la montagne. Ce que le Christ a voulu d’abord et par-dessus tout nous enseigner, c’est une certaine attitude intérieure à avoir vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis de nos frères : attitude qui consiste – premièrement en une prise de conscience – deuxièmement en une acceptation – troisièmement en un effort constant d’ouverture du cœur. Cette attitude intérieure de pauvreté évangélique consiste donc tout d’abord en une prise de conscience.

Parce que nous sommes des créatures, nous devons reconnaître qu’il y a au fond de nous-mêmes une pauvreté première. Nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes. Notre existence, nos capacités physiques ou intellectuelles, nous les avons reçues et nous ne possédons rien qui ne nous vienne d’ailleurs, même si nous l’avons conquis. De plus nous savons qu’un jour tout nous sera enlevé, que nous le voulions ou non. Le temps qui coule sans que nous puissions l’arrêter, ne fût-ce qu’un instant, nous avertit que nous ne pouvons rien retenir comme nôtre. Tout ce que nous sommes et possédons repose sur ce vide central, sur cette pauvreté originelle dont les autres pauvretés ne sont que des reflets ; les autres pauvretés c’est-à-dire : la pauvreté en biens matériels, la pauvreté en santé, la pauvreté en affection, la pauvreté en âge ou en avenir.

L’attitude intérieure de pauvreté évangélique consiste en second lieu en une acceptation dans le Foi et l’amour de ce qu’on pourrait appeler la pauvreté imposée : celle que nous ne choisissons pas, qui nous est imposée par la vie, par la divine providence. C’est la pauvreté au sens plénier. Elle meurtrit notre volonté et pénètre jusqu’au fond de nous pour y accomplir son œuvre, aussi longtemps qu’il faudra, car son terme ne dépend pas de nous. Elle comporte toutes ces formes que je viens d’énumérer : à savoir la privation de biens matériels, la maladie, la solitude affective, la diminution des capacités qu’apporte la vieillesse, les échecs définitifs qu’on peut connaître dans les affaires, la carrière, le foyer, les projets légitimes ; mais celle qu’elle adopte d’habitude, eh bien ! C’est justement celle que nous n’aurions pas attendue et qui cependant nous convient exactement. C’est justement ce que je craignais, ce que je ne voulais pas qui m’est advenu, disait le patriarche Jacob.

Cette pauvreté imposée est extrêmement précieuse : elle est une grande éducatrice, car elle nous apprend la liberté du cœur. Les liens si divers qui se forment en nous par les richesses, par nos possessions quelles qu’elles soient, constituent en effet, autant d’attaches qui nous retiennent et nous entravent : nous n’arrivons plus à nous en défaire même si nous le voulons, pour rechercher des biens meilleurs : « les biens d’En Haut ». Ces liens sont comme des fils ténus, mais fermes qui tisse en nous l’araignée de l’amour propre : nous devenons ses prisonniers mêmes sans nous en apercevoir. La pauvreté imposée rompt ces fils douloureusement afin de nous rendre la liberté du cœur et nous découvrir où sont les vraies richesses : celles qui ne nous possèdent pas et ne nous asservissent pas, afin de nous enrichir de la valeur la plus haute qui est la vie divine, la vie surnaturelle de la grâce.

L’attitude intérieure de pauvreté évangélique consiste, troisièmement, en un effet persévérant d’ouverture du cœur, par le détachement volontaire. Nous sommes invités en effet, à collaborer au travail que la pauvreté imposée accomplit en nous, en choisissant nous-mêmes dans tout le domaine soumis à notre liberté, dans l’usage des biens dont nous disposons, une certaine mesure de pauvreté. Il s’agit, en pratiquant la loi évangélique du renoncement (renoncement à tout ce qui n’est pas Dieu ou ne va pas à Dieu) de désencombrer votre cœur pour l’ouvrir de plus en plus aux « merveilles de Dieu », de creuser toujours plus en nous une place pour Dieu, la place qu’il désire pour pouvoir nous posséder pleinement et devenir ainsi « la Vie de notre vie ».

Tel est le sens du vœu de pauvreté des religieuses et religieux qui a pour but principal de former en eux concrètement, progressivement, l’esprit et l’amour de la pauvreté à l’exemple du Christ-Jésus qui est né pauvre, qui a vécu pauvre et qui est mort pauvre.

Tel est aussi l’intention de l’ascèse chrétienne qui pour créer en nous un espace toujours plus grand à ce qui est divin nous conduit à nous déposséder de l’humain. Et cela nous concerne tous, quelque soit notre état de vie. S’il veut remporter le prix, selon la comparaison si suggestive de saint Paul, le chrétien, comme l’athlète, ne doit pas s’encombrer de bagages : il ne conservera que l’indispensable pour mieux courir vers ce qu’il a choisi : le Bonheur par l’Union à Dieu, par la possession de Dieu.

Cet esprit de pauvreté sans lequel il ne peut y avoir de vie chrétienne authentique, comment va-t-il se manifester par rapport aux différents biens que nous possédons ?

Et tout d’abord par rapport aux biens matériels. C’est là, en effet que doit s’amorcer la dépossession. L’Homme, il faut bien voir cela, est profondément un. Il s’établit toujours une étonnante correspondance entre les actes qu’il pose au niveau du corps et ceux qu’il pose au niveau de l’esprit. Il lui sera plus facile d’avoir une âme de pauvre si dans le style même de sa vie la pauvreté mets sa marque. Quelle sera donc notre ligne de conduite en ce domaine ? Jésus nous l’a clairement tracée. Dans son enseignement il n’a jamais condamné les biens terrestres, la richesse, l’argent. Il a eu des amis parmi les gens aisés. Nicodème, Zachée, Lazare, Marthe et Marie n’étaient pas des va-nu-pieds. Jésus sait que l’argent peut engendrer le meilleur et le pire. Certes l’argent peut asservir, écraser, exploiter, humilier et quelques fois tuer et c’est ce mauvais usage qu’on peut ainsi en faire que Jésus condamne très sévèrement. Mais l’argent peut être aussi un bon serviteur de l’homme : il peut le libérer du souci obsédant de survivre, lui garantir la nourriture, le vêtement, un toit, et aussi la santé, l’instruction, les loisirs... Il est un facteur important du bonheur familial. Sans lui il n’est pas possible d’avoir « ce minimum de bien-être qui est nécessaire à la pratique de la vertu », pour reprendre l’expression si pertinente de saint Thomas d’Aquin.

L’argent peut être aussi un moyen efficace dans la lutte contre les grands fléaux qui ravagent l’humanité : la faim, les grandes épidémies, les conséquences des cataclysmes. On nous assure qu’il en faudrait, en fait, assez peu pour guérir tous les lépreux du monde ; malheureusement on n’est pas, encore parvenu à recueillir les fonds nécessaires qui permettraient un tel résultat. Il ne faut pas oublier non plus que l’argent peut être un précieux auxiliaire de l’Evangélisation. Quel bien, beaucoup plus considérable, pourraient accompli par exemple les œuvres missionnaires ou « l’Aide à l’Eglise en détresse » si elles disposaient de moyens financiers suffisants !

Aussi l’Eglise insiste-t-elle, à la suite du Christ, pour que nous partagions généreusement avec les pauvres. Partager avec les plus démunis, voilà une excellente manière de cultiver l’esprit de pauvreté. Et que faut-il donner, me demanderez-vous ? Soit directement, soit indirectement par l’intermédiaire des œuvres ? Eh bien ! Tout ce que nous estimons être superflu... Ce superflu dont saint Augustin disait « qu’il est le bien des pauvres ». Dieu veut qu’en le donnant librement et joyeusement nous soyons des instruments de sa Providence et que nous apprenions peu à peu à nous considérer non plus comme les propriétaires, mais comme les simples gestionnaires des biens qu’il nous a prêtés. Comprenons donc que pour acquérir un véritable esprit de pauvreté vis-à-vis des biens matériels, nous devons pratiquer constamment un détachement qui soit à la fois intérieur et extérieur. Mais nous ne possédons pas que des biens matériels : nous pouvons être riches d’intelligence, de talents, de pouvoir de toutes sortes de biens moraux ou spirituels.

- Si nous sommes riches d’intelligence, de savoir, de culture, l’esprit de pauvreté par rapport à cette richesse intellectuelle consistera à ne pas faire étalage de nos connaissances pour faire ressortir la non-intelligence ou l’ignorance des autres, à ne pas les écraser par notre impertinence.

- Si nous sommes riches de qualités, de talents, nous ne chercherons pas à les mettre orgueilleusement en valeur de manière à faire ressortir les incapacités d’autrui. « Qu’es-tu que tu n’aies reçu ? nous dit saint Paul, et si tu l’as reçu, pourquoi t’en glorifies-tu ? » N’oublions jamais que tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons, nous ne le sommes et nous ne l’avons que pour mieux servir chacun de nos frères. Rien, en nous, n’est pour nous.

- Si nous sommes riches de pouvoir dans quelque domaine et à quelque niveau que ce soit nous manifesterons un authentique esprit de pauvreté par rapport à cette situation si nous ne cherchons pas à en profiter pour nous mettre sur un piédestal, nous faire mousser et aussi nous faire servir. Si, au contraire nous usons toujours de notre autorité et de notre compétence pour le plus grand bien de nos subordonnés nous souvenant de la parole de Jésus « celui qui parmi vous voudra être le plus grand, qu’il se fasse le serviteur de tous ».

- Si nous sommes riches par le fait que nous avons été préservés du mal moral, reconnaissons humblement que tout cela est un effet de la grâce de Dieu et ne nous montrons pas sévères ou durs vis-à-vis de ceux qui chutent. Il pourrait bien nous arriver à nous aussi de tomber dans des fautes graves. « Que celui qui tient debout dit saint Paul prenne garde de tomber ». Alors, soyons très humbles et pleins de miséricorde à l’égard de tous.

- Quant aux biens spirituels nous nous montrons pauvres à leur égard dans la mesure où nous ne recherchons pas l’extraordinaire, le merveilleux, les consolations sensibles ou les goûts spirituels ; dans la mesure où nous aimons Dieu uniquement pour lui-même et non pour ses dons, dans la mesure encore où nous ne prenons aucun appui sur nous-mêmes, notre vertu, notre savoir-faire, ne comptant que sur Dieu et sur le secours de sa grâce, dans la mesure enfin où nous nous mettons par rapport à Dieu dans une dépendance absolue, nous laissant guider et façonner par Lui, à l’exemple de Jésus qui déclarait « Je ne fais pas ce que je veux, mais ce que veut mon Père, ce qui lui plaît, je le fais toujours ».

Telles sont, me semble-t-il les principales directions dans lesquelles Jésus nous demande de vivre, la pauvreté de cœur. Elle est, il faut que nous en soyons de plus en plus convaincus, le seul moyen de nous ouvrir, dans la foi confiante et l’humilité patiente au don inouï que Dieu veut nous faire de Lui-même, de sa propre vie divine. Elle est la condition essentielle de l’amour.

Puissions-nous l’avoir compris à travers ces quelques réflexions. Il s’agit pour nous de devenir de plus en plus ces êtres qui ne se regardent pas parce que leur trésor est ailleurs, ces êtres que ne se laissent posséder par rien de ce qui est terrestre et humain, ces êtres qui savent disparaître devant Dieu afin que, Lui, puisse transparaître ; qui savent aussi s’effacer devant autrui pour qu’il puisse grandir librement et s’épanouir en Dieu. En nous comportant de la sorte, et c’est peut-être là une chose à laquelle nous n’avions pas pensé, nous imitons, bien sûr, le Christ en son humanité (il n’y a pas eu et il n’y aura jamais plus pauvre que Lui) mais nous imitons également la Très Sainte Trinité elle-même, car dans la Trinité Divine où Jésus nous introduit il n’y a pas de place pour la moindre possession. En Elle tout est regard vers l’autre et don à l’autre. Dans la Trinité Divine il n’y a plus qu’un immense et éternel espace d’Amour où tout est radicalement, totalement, infiniment donné. Or qu’est-ce qu’est qu’être chrétien sinon d’entrer dans ce dépouillement total, sinon de faire de soi un espace illimité où la présence divine se trouve parfaitement à l’aise et où l’autre aussi, notre frère, peut être accueilli sans réserve aucune. Que notre résolution très ferme soit donc de vivre toujours plus généreusement cette grande exigence de l’Evangile.

Marie, notre Mère bien-aimée, à qui nous avons confié notre éducation d’enfants de Dieu, nous y aidera. Elle, la Femme Pauvre, qui ne s’est jamais regardée elle-même, dont le cœur ne s’est jamais laissé posséder par quoi que ce soit, qui fut toujours ouverte, toujours disponible à Dieu et aux autres, elle saura bien nous former à un véritable esprit de pauvreté. Elle détient, en effet, un merveilleux secret de grâce (c’est saint Louis Marie de Montfort qui nous l’affirme) pour réaliser en nous ; en peu de temps, avec douceur et facilité, cette opération surnaturelle qui consiste à se vider de soi-même pour se remplir de Dieu.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
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