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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 20:32

Pour vous faire saisir d’emblée l’importance capitale du sujet sur lequel nous allons essayer de méditer aujourd’hui : (il s’agit de cette forme la plus élevée de la prière qu’on appelle l’Oraison). Je voudrais vous citer trois textes particulièrement éloquents :

  • Le premier est de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Dans le dernier chapitre de son « Histoire d’une âme » elle écrit ceci : « un savant a dit : donnez-moi un levier, un point d’appui, et je soulèverai le monde. Ce qu’Archimède n’a pu obtenir parce que sa demande ne s’adressait point à Dieu et qu’elle n’était faite qu’au point de vue matériel, les saints l’ont obtenu dans toute sa plénitude. Le Tout-Puissant leur a donné pour point d’appui Lui-même et Lui seul ; pour levier : l’oraison qui embrase d’un feu d’amour, et c’est ainsi qu’ils ont soulevé le monde, c’est ainsi que les saints encore militants le soulèvent et que jusqu’à la fin du monde les saints à venir le soulèveront aussi ».  

  • Le second texte est de Sainte Thérèse d’Avila

Dans le « Chemin de la Perfection », elle affirme ceci : « Il n’y a qu’un chemin (sous entendu : pour atteindre la sainteté) : c’est l’oraison. Si on vous en indique un autre, on vous trompe. Aussi, croyez-moi vous autres et que personne ne vous trompe en vous montrant un autre chemin que celui de l’oraison ».  

  • Le troisième texte est de Saint Vincent de Paul

qui fut certes un géant de l’action, mais d’une action sans cesse vivifiée par la contemplation : « l’oraison, écrit-il, est à l’âme ce que l’âme est au corps. De même qu’un corps sans âme est un cadavre, de même une âme sans oraison est une âme morte. Il n’y a rien à attendre de quelqu’un qui n’aime pas s’entretenir avec Dieu. Donnez-moi un homme d’oraison : il sera capable de tout. Les autres actions de la journée valent ce que vaut l’oraison ».

Ces citations choisies parmi des centaines d’autres qui, toutes, expriment la même conviction, suffisent, je pense, pour nous faire comprendre que l’oraison ne peut en aucun cas être considérée comme une manière de prier facultative, réservée aux religieux, aux religieuses ou à quelques âmes d’élite, mais qu’elle est pour chaque chrétien, quelle que soit sa situation ou son âge, un moyen privilégié absolument nécessaire pour répondre pleinement à sa vocation première qui est de progresser chaque jour vers la sainteté.

On n’insistera jamais assez sur ce point : l’oraison est à la vie chrétienne ce que la racine est à l’arbre. De même que l’arbre puise constamment dans la terre par ses propres racines la sève qui le fortifie, le pare de feuilles et de fleurs et lui fera porter des fruits en abondance, de même l’âme tire de Dieu, par l’oraison, la grâce qui lui permet « d’être transformée de clartés en clartés, de gloire en gloire » comme dit Saint Paul, jusqu’à la ressemblance de Jésus-Christ.

Si telle est l’importance de l’oraison, nous avons tout intérêt à bien connaître ses fondements, sa nature et ses étonnantes possibilités. C’est dans cette passionnante découverte que nous allons essayer maintenant d’avancer.

1.           J’ai parlé de fondements : il s’agit de certaines grandes vérités de la Foi chrétienne qu’il importe d’avoir sans cesse présentes à l’esprit, si on veut se faire une idée aussi exacte que possible de ce qu’est l’oraison. Je les rappelle donc brièvement.

Dans sa Sagesse et dans son Amour, Dieu a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance » pour une destinée merveilleuse en vue de laquelle il a tout ordonné. « Mes bien-aimés, voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. Oui, bien aimés dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons, lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à Lui parce que nous le verrons tel qu’Il est ». Cette Révélation bouleversante, qui nous est faite par Saint Jean, le disciple bien-aimé dans sa première lettre, Saint Paul de son côté le proclame avec le même enthousiasme « Qu’il soit béni le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus, le Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel dans le Christ. Il nous a choisis dans le Christ, avant que le monde fût créé pour être saints et sans péché devant sa Face grâce à son Amour. Il nous a prédestinés à être pour Lui des fils adoptifs par Jésus le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont il nous a gratifiés dans le Fils Bien Aimé ».

Il ressort de ces deux textes inspirés, que Dieu, par un don absolument gratuit de sa part, en faisant de nous ses enfants d’adoption, nous a élevés à l’état surnaturel ; il nous a rendus «participants de sa nature divine » comme dit Saint Pierre. Cela veut dire que par le mystère si étonnant de la grâce sanctifiante, Dieu nous a introduits dans sa Famille Trinitaire, nous donnant ainsi la capacité de communier de plus en plus intimement à tout ce qu’Il est et à tout ce qu’Il vit. Oui, c’est stupéfiant, mais Dieu nous aime à ce point : il veut que dès cette terre nous puissions, nous, ses enfants bien-aimés, participer mystérieusement à sa Vie Divine qui est un océan infini de Lumière, d’Amour et de Joie, en attendant d’y être plongés totalement, lorsque les ombres s‘étant évanouies, il nous sera enfin donné de goûter la plénitude du Bonheur, dans une éblouissante vision Face à Face et pour une vie éternelle...

On peut donc dire avec le langage imagé de la Bible que Dieu est comme un feu qui ne peut se retenir et qui doit se commu­niquer à tout ce qui est combustible. « Notre Dieu est feu qui consume » (Deut. 4.24). Ce feu, le Verbe devenu chair est venu le porter sur la terre. Il l’affirme lui-même très clairement « Je suis venu jeter le feu sur la terre et quel est mon désir sinon qu’il brûle » (Luc 12.49). S’il a voulu souffrir et mourir par amour sur une Croix, c’est pour nous mériter cette grâce d’adoption qui fait de nous des fils en Lui, le Fils Unique, premier-né, par sa Résurrection, de 1’Humanité Nouvelle, et c’est pour nous rendre susceptibles d’être incendier par l’Amour divin... Seulement attention ! Jésus nous avertit par tout son enseignement que notre âme n’est vraiment préparée à accueillir ce feu de l’Amour qu’à partir du moment où, par le renoncement, elle a écarté tout obstacle à l’action divine, et nous savons bien que le plus grand de ces obstacles, c’est le péché. Autrement dit, il y a une condition absolument indispensable pour que la vie de Dieu puisse être communiquée à nos âmes et s’y épanouisse en sainteté, c’est d’être en état de grâce. « Si quelqu’un m’aime, il gardera mes commandements, nous viendrons en Lui et nous ferons en lui notre demeure ». (Jn 14.23)

Ces vérités sublimes nous sont-elles assez familières ? Est-ce que véritablement nous en vivons ? Nous portons en nous le Dieu vivant, Père, Fils et Saint-Esprit. Il est réellement présent au plus intime de notre âme. Le Ciel, suprême réalité, but ultime de toutes choses est en nous. « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous »... N’est-il pas évident dès lors que si cette habitation divine, cette présence de Dieu en nous-mêmes jouait dans notre vie tout le rôle qu’elle doit y jouer, celle-ci serait complètement transformée, de plus en plus divinisée ?

Or, c’est ici précisément qu’intervient l’oraison. En nous faisant multiplier les actes de Foi, elle nous fait adhérer de plus en plus à la vie divine qui nous est proposée ; en entretenant et en attisant la flamme de l’amour, elle permet à cette vie divine de nous pénétrer totalement, de devenir nôtre en nous fortifiant dans l’Espérance, elle nous donne la certitude de progresser dans cette vie divine et d’en obtenir la possession immuable et définitive au Ciel.

2.           Mais qu’est-ce donc que l’oraison ?

Sainte Thérèse d’Avila, qui est experte en la matière, en donne la définition suivante, jugée par tous comme la plus complète : « C’est un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé, pour mieux vivre en Lui ».

Comprenons donc que l’oraison, c’est une halte au milieu de nos occupations habituelles ; une halte durant laquelle l’enfant de Dieu se plaît à dialoguer avec son Père céleste dans la Foi, l’Espérance et l’Amour et durant laquelle, grâce au Christ et sous l’influence du Saint-Esprit opère un merveilleux échange qui transforme l’âme.

Développons un peu ces trois aspects essentiels : une halte, un dialogue, un échange.

Premièrement, l’oraison est une halte.

C’est un laps de temps pendant lequel on se retire de toute autre occupation ou préoccupation pour le passer seul avec Dieu, en ne faisant rien d’autre que prier. La durée de cette halte (l’idéal est qu’elle soit quotidienne) peut varier d’une personne à l’autre selon son emploi du temps, son tempérament, sa vocation ou son avancement spirituel... Chacun doit, en fonction de ces différentes données, décider lui-même après consultation de son directeur spirituel. Pour les débutants, cela peut se limiter à 10 minutes ou un quart d’heure... mais il faut très rapidement dépasser ce stade pour arriver à une demi-heure et même davantage.

Peu importe le moment de la journée où l’on place l’oraison ; peu importe le lieu (à condition bien sûr qu’on soit isolé). A chacun de déterminer ce qui lui convient le mieux. Ce qui est absolument indispensable c’est de se ménager chaque jour cette halte afin « de brûler du temps pour Dieu ». Et il faut, coûte que coûte, persévérer dans ce rendez-vous quotidien avec le Seigneur, ne s’en dispenser en aucun cas et sous aucun prétexte, car à partir du moment où l’on s’en dispense pour quelque prétexte, eh bien ! Les prétextes surgissent de plus en plus fréquemment et on en arrive bien vite à abandonner l’oraison : ce qui réjouit très fort le démon, car sans vie d’oraison, une âme ne peut que tomber et demeurer dans la tiédeur. Par contre, l’expérience prouve qu’à partir du moment où une âme est fidèle avec persévérance à l’oraison quotidienne, elle fait de rapides progrès dans l’union à Dieu et porte beaucoup de fruits.

Deuxièmement, l’oraison est un dialogue.

Dans son livre « le Chemin de la Perfection », Sainte Thérèse d’Avila écrit ceci : « Il n’est pas nécessaire de s’élever jusqu’au ciel pour s’entretenir avec Dieu, ni d’élever la voix pour être entendu de Lui, Il est si proche de nous qu’Il entend le moindre mouvement de nos lèvres, la parole même la plus intime. Nous n’avons pas besoin d’ailes pour aller à sa recherche : fermons pendant quelques instants la porte de l’extérieur, mettons-nous dans la solitude et regardons en nous-mêmes, c’est là qu’il habite ».

Lorsque, suivant les conseils de la Sainte, nous sommes parvenus à réaliser les conditions d’un véritable silence intérieur, le dialogue entre le Père des Cieux et son enfant peut commencer : car Dieu, Lui aussi, va parler à l’âme sans bruit de paroles. Or, ce dialogue pourra être tour à tour un dialogue des regards, un dialogue des cœurs et un dialogue des volontés. Le dialogue des regards est fort bien défini par ces paroles du Père de Foucauld « c’est cet état de l’âme qui regarde Dieu sans paroles, Lui disant qu’elle l’aime par ses regards tout en étant muette des lèvres, même parfois de la pensée. La meilleure oraison est celle où les regards de l’âme sont chargés de plus d’amour ».

On ne peut s’empêcher de citer ici, en exemple, ce brave paysan d’Ars à qui le Saint Curé demanda un jour :

- « Que faites-vous donc ainsi sans bouger dans l’église, à regarder le tabernacle ? »

- « Je prie, Monsieur le Curé... »

- « Et que dites-vous donc au Bon Dieu... »

- « Je ne lui dis rien : je l’avise et il m’avise... »

Cet homme faisait oraison sans le savoir, « une oraison de simple regard » comme disent les auteurs spirituels... Si l’Esprit-Saint nous pousse à prier ainsi, surtout ne lui résistons pas, car il nous fait une très grande grâce.

Quant au dialogue des cœurs, une réflexion de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus peut nous faire saisir en quoi il consiste la sœur infirmière lui pose cette question :

- « Que faites-vous pendant la nuit lorsque vous ne dormez pas ? »

- « Je prie, ma sœur ».

- « Que dites-vous donc au Bon Dieu ? »

- « Je ne lui dis rien, je l’aime ».

Elle avait parfaitement compris ce que dit Saint Jean de la Croix « l’Oraison ne consiste pas à beaucoup penser, mais à beaucoup aimer ».

Ainsi, notre entretien seul à seul avec Dieu peut très bien prendre l’allure d’un très éloquent silence d’amour, car l’Esprit-Saint qui diffuse en nous la Charité divine, permet au Seigneur Jésus, selon la parole de Saint Augustin : « de s’aimer Lui-même par notre cœur » et donc à aimer son Père ainsi que sa Très Sainte Mère et tous ceux qu’Il nous donne à aimer...

Ce dialogue des cœurs doit aboutir tout naturellement au dialogue des volontés… Plus l’âme s’exerce à l’oraison, plus elle est sensibilisée aux exigences du Seigneur sur elle, et plus elle s’efforce de Lui être agréable, de Lui faire plaisir, même dans les plus petites choses. Mais le Seigneur ne se laisse pas vaincre en générosité, aussi va-t-il Lui aussi, répondre avec une émouvante délicatesse aux moindres désirs qui lui seront humblement exprimés par cette âme si aimante... Voilà pourquoi on a pu dire que Dieu se plaît à faire la volonté des personnes qui font toujours la Sienne. Ah ! Si on savait la puissance des âmes d’oraison sur le cœur de Dieu ! 

Troisièmement, l’oraison est un échange,

Cette rencontre de Dieu dans la Foi, l’Espérance et l’Amour, chaque jour renouvelée et intensifiée, facilite singulièrement, on le devine, les échanges intérieurs. C’est là le fécond travail de l’oraison. Le dialogue des yeux, des cœurs, des désirs constitue déjà un commencement d’échange, mais le commerce intime dont parle Sainte Thérèse peut aller encore plus loin.

A l’âme qui le cherche avec toutes ses puissances, Dieu se donne avec tout son Amour. Il la pénètre comme la lumière pénètre le cristal, comme l’eau pénètre l’éponge, comme le feu pénètre le morceau de fer plongé dans la fournaise..., et beaucoup mieux encore. L’Esprit-Saint lui apporte les lumières qui éclairent son intelligence et les motions qui dirigent sa volonté. Le jour viendra où, après bien des combats intérieurs, après toutes sortes de purifications actives ou passives, cette âme entièrement transformée, devenue copie vivante de Jésus-Christ, pourra dire en toute vérité, comme Saint Paul « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». 

3.           Cet essai d’approfondissement que nous venons de faire, quant à la nature de l’oraison, nous a déjà donné l’occasion de mettre en relief quelques-uns de ses immenses bienfaits, mais si nous voulons mesurer encore mieux ses étonnantes possibilités, il importe de préciser certains points : parce qu’elle est de l’intimité divine à haute dose, une sorte de concentré d’intimité avec Dieu, l’oraison - c’est tout à fait logique - déborde et se dilue pour ainsi dire dans les différentes activités de la journée, les pénétrant d’esprit surnaturel. Elle favorise en particulier cet état de prière permanente auquel nous devons tendre, puisque Jésus nous le recommande si instamment : « il faut toujours prier et ne jamais se lasser ».

Grâce à l’oraison, la vie toute entière se trouve éclairée par la Lumière divine qui donne à toutes choses leur véritable coefficient de valeur et permet de juger tous les événements sous l’angle de l’Eternité...

L’âme qui s’adonne à l’oraison accroît sa capacité de résistance aux tentations et pèche de moins en moins.

Ecoutons ce que dit à ce sujet Saint Alphonse de Liguori qui, lui aussi, est un docteur de la prière et de l’oraison : « L’expérience prouve que ceux qui font oraison ne commettent pas de fautes mortelles ; et si, par hasard, quelqu’un chute il sera vite relevé. Oraison et péché mortel s’excluent mortellement. Ou bien on quittera l’oraison pour le péché, ou bien on quittera le péché pour l’oraison. On voit beaucoup qui ont d’autres pratiques de piété et cependant vivent dans le péché. Mais par l’oraison, non seulement ils quittent le péché, ils se détachent encore de la créature pour aimer Dieu. L’oraison est la fournaise où l’âme s’enflamme d’amour pour Dieu ».

Tous les grands spirituels d’ailleurs s’accordent pour dire que la pratique assidue de l’oraison est un grand décapant, un grand détergent de l’âme. En l’aidant à se purifier peu à peu de tout égocentrisme, de toute attache à elle-même ou aux créatures, elle lui confère une merveilleuse transparence, à l’image d’une vitre bien propre qui laisse passer la lumière.

L’oraison, c’est aussi « l’âme de tout apostolat » pour reprendre une belle expression de Dom Chautard. Point n’est besoin de longues et savantes argumentations pour s’en convaincre. Il suffit pour cela de lire la vie des saints. C’est à leur vie intérieure, à leur vie d’union à Dieu, alimentée principalement par l’oraison, que tous sans exception, doivent leur extraordinaire fécondité apostolique.

Chrétiens, en vertu de notre Baptême et de notre Confirmation, nous avons tous l’impérieux devoir d’être apôtres, d’être les porte-parole du Christ, ses porte-flambeaux... Et à nous qui avons pris l’engagement d’être des Fils et Filles de Marie, il est demandé plus explicitement encore d’être « une Armée de Lumière, d’Amour et d’Efficacité... »

Ayons donc le souci, la hantise de faire connaître et aimer le Christ par Marie, et faisons tout notre possible, dans la mesure de nos moyens, pour que son règne s’établisse dans tous les cœurs ; mais n’oublions jamais qu’elle serait d’avance vouée à l’échec toute activité apostolique qui ne découlerait pas de notre vie d’oraison comme de sa source.

En faisant de nous des Possédés du Christ et des Transparents du Christ, la vie d’oraison nous permet d’exercer un puissant attrait sur les âmes, mais le plus souvent c’est à notre insu. En nous portant à agir comme Jésus agirait s’il était à notre place, en nous donnant la force d’aimer comme Lui, avec son propre cœur greffé sur le nôtre, elle nous permet de révéler à bien des personnes qui nous voient vivre sa divine présence rayonnante d’amour.

Tous ces bienfaits qu’apporte l’oraison sont d’ordinaire assez facilement décelables. Il en est d’autres cependant - et non des moindres - qui demeurent cachés, car « le commerce d’amitié » à l’intime de l’âme se développe entre des réalités surnaturelles qui échappent à notre connaissance. La Foi seule nous révèle ces réalités profondes, mais avec une certaine obscurité qui ne nous permet pas de sentir, de toucher du doigt. Dieu nous aime comme Père, c’est certain ; la prise de contact avec ce Père aimant par la Foi est aussi une vérité certaine…, mais la pénétration surnaturelle en Dieu, le processus de notre divinisation, se réalise sans aucune manifestation au niveau psychologique. C’est ce que Saint Paul appelle le mystère de notre « vie cachée en Dieu » avec le Christ ; la vie contemplative nous apparaît ainsi comme le commencement de la vie éternelle... N’est-ce pas merveilleux !

Il me reste, avant de conclure, à vous donner quelques conseils sur la manière de faire oraison.

Tant que nous vivons ici-bas, nous restons des apprentis dans l’oraison... car si notre âme se montre fidèle et généreuse, le Saint-Esprit : l’attire sur des sommets toujours plus élevés ; oh ! Sans doute les saints peuvent nous livrer certains secrets de progrès et de réussite, mais le Seigneur entraîne chaque âme dans une expérience personnelle et unique. Ce qui importe, ce n’est pas de copier telle ou telle manière de faire, c’est avant tout de demeurer ouvert, souple et entièrement disponible pour que l’Esprit-Saint puisse agir en nous à sa guise et modeler notre âme à sa façon. La meilleure méthode d’oraison est celle qui atteint le but le plus rapidement, à savoir la communion d’amour de notre cœur avec le cœur de Jésus. Autrement dit, il ne peut y avoir de méthode au sens strict pour faire oraison. Par contre, il peut y avoir, et il doit y avoir, surtout pour les débutants, des préliminaires qui préparent l’âme à entrer dans le mystère de l’oraison.

Nous avons déjà vu que la solitude et le silence (à la fois extérieur et intérieur) sont des dispositions fondamentales. Il est capital aussi de se mettre en présence du Seigneur qui habite notre âme ; il est recommandé ensuite de commencer l’entretien avec l’ami divin, en lui exprimant des sentiments de profonde adoration, d’humilité, de contrition pour ses péchés, et surtout en le suppliant d’aviver la soif que nous avons de Lui, notre désir ardent de l’aimer et de nous laisser aimer par Lui...

La méditation de la Parole de Dieu constitue, elle aussi, une excellente préparation à l’oraison ; mais la méditation qui est d’ordre intellectuel doit être distinguée de l’oraison qui, elle, est d’ordre affectif, qui est avant tout une œuvre d’amour. La méditation qui fait surtout appel à l’intelligence ou à l’imagination est un exercice très important, mais qui doit toujours être ordonné à quelque chose de plus divin qui est l’oraison.

Retenons enfin qu’on ne parvient à l’oraison qu’en multipliant les exercices d’oraison. Les débuts sont pénibles, arides ; l’esprit est rempli de distractions, « les puissances de l’âme, remarque Sainte Thérèse, manquent de souplesse ». Aussi l’effort de l’âme doit-il être énergique car c’est une rude ascèse que celle du recueillement… Le grand secret, c’est de tenir bon, c’est de durer, c’est de persévérer en s’appuyant sur la grâce de Dieu qui ne fait jamais défaut.

Chers frères et sœurs, vous serez sans doute étonnés d’apprendre que Jésus a commencé sa vie apostolique en nous enseignant le mystère de l’oraison - ce qui est une manière de montrer toute l’importance qu’elle revêt à ses yeux - C’est Saint Thomas d’Aquin qui a compris cela le premier, en méditant, devinez quoi ? L’Evangile des Noces de Cana.

Il nous dit en effet que ce premier signe de Jésus, d’une extraordinaire richesse de signification exprime de façon mystique le mystère de l’oraison. Les Noces de Cana ne sont-elles pas, en effet, comme l’image et l’annonce du Mystère de la Nouvelle Alliance dans le Christ, des Noces de Dieu avec l’humanité ? Jésus s’y manifeste comme Celui qui vient réaliser un incomparable mystère d’union avec chaque personne. Grâce à Lui, par Lui et en Lui, un contact intime d’amour va pouvoir s’établir entre nous et Dieu notre Père.

De plus, le miracle de la transformation de l’eau en vin est un signe particulièrement expressif de ce que la Charité peut accom­plir dans son exercice le plus parfait. Le rôle de la Charité, en effet, est de transformer notre pauvre amour humain, nos pauvres capacités d’aimer en des capacités nouvelles des capacités divines d’amour. Elle le fait, tout particulièrement, dans l’oraison. Voilà pourquoi on peut affirmer qu’elle est un mystère de Noces : c’est parce que grâce à elle une indicible unité d’amour se réalise entre notre cœur et le cœur du Christ. Saint Thomas ajoute, ce qui est très émouvant et aussi très encourageant, que Marie est toujours invitée à ce mystère de Noces qu’est l’oraison et qu’elle y joue un rôle important, comme à Cana. Si Marie est là, en fait, c’est pour hâter l’heure du Christ, c’est pour présenter notre âme à Notre-Seigneur et permettre que plus rapidement nous soyons saisis intimement par son Amour et transformés par Lui. Marie est présente dans le mystère de l’oraison, comme « Conseillère des Noces », ce qui veut dire que son rôle maternel est à la fois second (la personne qui donne conseil n’est pas celle qui a autorité) et actif, car elle nous saisit, elle nous prend, elle présente à Jésus les désirs de notre cœur et notre misère « Ils n’ont plus de vin ». Elle Lui montre à quel point nous sommes, par nous-mêmes, incapables de l’aimer et c’est Elle qui supplie Notre-Seigneur de réaliser notre union avec Lui en transformant notre cœur dans le Sien.

Alors, chaque fois que nous voulons faire oraison, n’oublions pas d’inviter Marie, laissons-lui exercer en toute liberté son rôle de « Maîtresse d’oraison », ayons une confiance illimitée en son savoir-faire ; suivons ses conseils avec la douce certitude que guidés par Elle, nous monterons toujours plus haut vers les sommets de l’Amour.

Abbé Pierre Cousty

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Conférences
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