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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 07:44

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage 27, 30 – 28, 1-7

Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur s'obstine.

L'homme qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu'il t'a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S'il n'a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses propres fautes ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l'Alliance du Très-Haut et oublie l'erreur de ton prochain.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 14, 7-9

Frères, aucun d'entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c'est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 18, 21-35

Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. En effet, le Royaume des cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents (c'est-à-dire soixante millions de pièces d'argent). Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : 'Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.' Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, le serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d'argent. Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant : 'Rembourse ta dette !' Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : 'Prends patience envers moi, et je te rembourserai.' Mais l'autre refusa et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il ait remboursé. Ses compagnons, en voyant cela, furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : 'Serviteur mauvais ! je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ?' Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il ait tout remboursé. C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur ».

Homélie

L’Evangile que nous venons d’entendre est un incontournable appel au Pardon. Sur ce point bien précis le message de Jésus est d’une clarté absolue et d’une exigence sans concession.

Mais où trouver la force de pardonner ? Comment réussir à pardonner ? Telles sont les questions qui se posent à nous tous constamment et parfois d’une façon dramatique.

Ce qu’il importe de bien comprendre tout d’abord, c’est que Jésus dessine le visage de Dieu sans les traits de ce roi de la parabole qui remet une dette énorme à l’un de ses serviteurs venu l’en supplier. La somme due défie l’imagination : 10000 talents soit l’équivalent de 60 millions de pièces d’argent : le chiffre est si élevé qu’on se demande comment cet homme a pu accumuler un tel passif… Le roi n’accorde pas de nouveaux délais : comme le serviteur le lui demande. Il ne lui consent pas une restitution échelonnée de sa dette. Ce qu’il lui offre c’est la remise totale, l’annulation pure et simple de tout son dû. La raison en est donnée : le roi est « pris de pitié », (littéralement saisi aux entrailles).

La démesure de la dette annulée et la « folle » générosité du maître de la parabole ne sont pourtant qu’une image de ce que Dieu notre Père nous « remet » dans sa tendresse. Il ressort, en effet, de cette histoire qui dépasse le raisonnable que nous sommes tous débiteurs insolvables envers le Seigneur qui cependant nous fait grâce. Nous avons tout reçu de Lui : la vie, ce que nous sommes, ceux que nous aimons, le monde et les personnes qui nous entourent et par-dessus tout la lumière de la foi et la vie surnaturelle de la Grâce.

En plus de cela nous sommes chargés du lourd passif de nos péchés. Que pourrions-nous faire pour être quittes ? Or, nous savons bien (et c’est merveilleux) que lorsque nous l’en supplions et avons recours au sacrement de Réconciliation (sacrement du pardon) le Seigneur nous libère de ce poids au nom de l’indicible amour qu’il nous porte. Débordant de miséricorde, il nous pardonne dans un don sans limite, au-delà de nos offenses.

Mais si Dieu n’exige rien pour lui-même, il reste que notre dette à son égard ne peut être remise que si nous avons de l’indulgence enfers nos frères… Nous sommes choqués à juste titre par le comportement impitoyable de l’homme de la parabole. Libéré par l’extrême largesse de son maître il prend à la gorge un de ses collègues qui lui doit une somme dérisoire en comparaison, et il le fait jeter en prison. Le contraste est révoltant outre la générosité dont il a été l’objet et l’intransigeance inflexible dont il fait preuve.

La conscience de nos propres faiblesses et du pardon de Dieu ne devrait-elle pas, frères et sœurs nous inciter à faire preuve de pitié envers autrui au lieu de nous ériger en procureurs insensibles ?

Ben Sirac le Sage l’écrivait 2 siècles avant la prédication de l’Evangile « pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait : alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il alors demander à Dieu la guérison ? »

Est-ce que nous prions le Notre Père avec assez de vérité ?

Percevons-nous toute l’exigence de pardon qu’implique la demande : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ?

Seul celui qui a accueilli en soi le pardon de Dieu avec humilité peut devenir fils de miséricorde et pardonner à son tour du « fond du cœur ».

Nous l’avons certainement remarqué, frères et sœurs, la fin de la parabole semble contredire le pardon sans limites du Seigneur. Le serviteur impitoyable subit la rigueur de l’indignation de son Maître.

Mais est-ce le Seigneur qui refuse de pardonner dans ce cas ?

N’est-ce pas plutôt l’homme dont le cœur est dur envers son semblable qui devient imperméable au pardon de Dieu, de même qu’une terre aride et sèche ne peut accueillir la pluie bienfaisante ?

La rancune, la vengeance, la haine, la colère sont « des choses abominables où le pécheur s’obstine » nous dit Ben Sirac le Sage. Elles ferment le cœur à double tour, elles détruisent de l’intérieur celui qui s’y laisse aller. Nous avons autant besoin de pardonner que d’être pardonner. Le pardon donné est une libération. Il ouvre à la paix, à la vie, à l’avenir et à l’Amour. Le pardon donné fraye en nous un passage à la tendresse de Dieu.

Combien de fois devons-nous pardonner frères et sœurs ? L’apôtre Pierre pensait être très généreux en proposant de pardonner jusqu’à 7 fois mais Jésus bouscule cette arithmétique : « Je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois… » Ce nombre qui multiplie le 7 (chiffre parfait de la Bible) n’indique pas une limite, il indique une attitude sans limite, une attitude permanente. Le vrai pardon ne se compte pas. On n’a jamais fini de pardonner et d’être pardonné.

Mais ne l’oublions jamais : ce qui paraît impossible aux forces humaines ne peut être que le fruit d’un long effort alimenté aux sources de la Prière.

« Merci Seigneur de m’avoir pardonné. Aide-moi à pardonner là où est l’offense que je mette le pardon ».

La prière pour l’autre, pour l’offensé est la 1ère étape sur la route du pardon. Souvenons-nous des paroles du Pape Jean-Paul II au moment où il rendait visite à Ali Agça qui l’avait grièvement blessé lors de l’attentat Place St Pierre le 13 mai 1981 : « Je prie pour le frère qui m’a blessé et auquel j’ai sincèrement pardonné ».

Soyons bien convaincus que si nous comptons vraiment sur la grâce de Dieu (qui jamais ne nous manque lorsque nous la demandons humblement et avec insistance) nous parviendrons à nous comporter vis-à-vis du pardon de telle sorte que l’impossible devienne possible.

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année A
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commentaires

Carlito 17/09/2017 18:25

Très belle page de l'Évangile que ce passage sur le Pardon !
"C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur ». nous prévient Jésus. Mais alors la miséricorde du Seigneur serait-elle limitée? Non, mais il y a des conditions pour la recevoir : cela résume toutes les conditions, c'est de faire miséricorde à celui ou celle qui m'a offensé. Commencer à faire pénitence en demandant pardon puis satisfaire à la justice, réparer le plus possible le mal causé etc.....
L'Amour de Dieu est infinie mais aussi implacable envers celui qui Lui résiste ! L'Amour de Dieu est très exigent !
Merci très cher Abbé COUSTY de votre lumière sur ce beau passage de l'Évangile !

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