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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 07:06

Nous vivons dans un monde où tout s’évalue en termes de productivité et de rentabilité. C’est ainsi qu’un travailleur est jugé essentiellement d’après son rendement ; ou cherche constamment à accélérer les cadences ; on exige des fruits immédiats. De plus en plus nombreux sont ceux (et pas seulement parmi les jeunes) qui ne savent plus attendre : ils veulent tout, tout de suite.

Autant d’attitudes qui révèlent un mal profond : la volonté de tout maîtriser. L’homme d’aujourd’hui, en effet, voudrait maîtriser la vie. Il se considère comme source et centre alors qu’il n’est qu’une créature et donc un être dépendant. Or, voici que dans l’Evangile de ce jour, Jésus nous indique que le Royaume de Dieu n’est pas le produit d’une technique, ni le fruit d’une performance humaine.

« Il en est du Règne de Dieu comme d’un homme qui jette le grain dans son champ : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit : il ne sait comment ».

Ce qui dépend de l’homme c’est de préparer le terrain, de le rendre accueillant à la semence ; puis de jeter le grain en terre. Mais l’essentiel lui échappe. « D’elle-même la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi enfin du blé plein l’épi ». C’est Dieu qui agit. C’est Lui et Lui seul qui est le Maître de la vie. L’homme une fois qu’il a pleinement accompli ce qui lui est demandé, ne peut rien faire d’autre que de se mettre dans une attitude de réceptivité, de disponibilité et laisser Dieu agir. Or c’est cela, précisément qui nous coûte le plus : accepter de recevoir, accepter de se laisser guider, de se laisser faire... autrement dit reconnaître que nous ne sommes pas Dieu. En fin de compte ce qui caractérise notre vie chrétienne c’est qu’elle est un perpétuel combat spirituel pour arriver à confesser que Dieu est Dieu, pour pratiquer le 1er commandement « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu... » Et cela nous ne parvenons à l’accomplir véritablement qu’au moment de notre mort, car alors nous ne pouvons plus disposer de nous-mêmes, nous ne pouvons que nous abandonner à Dieu pour le laisser faire.

« Telle est la signification de la vie, nous dit le grand théologien suisse Urs von Balthasar, reconnaître, prouver que nous ne sommes pas Dieu. La mort est la révérence de notre vie, la cérémonie de l’adoration devant le trône du Créateur ».

Comprenons donc, chers frères et sœurs, que ce qui est attendu de nous, c’est ce que saint Paul appelle « l’obéissance de la foi » c’est-à-dire, vis-à-vis de Dieu, une attitude faite de confiance, d’assurance tranquille, d’abandon paisible, de soumission intelligente et volontaire (et non pas aveugle ou fataliste). C’est par excellence l’attitude filiale qui caractérise le Christ et qui culmine au moment de sa mort sur la croix : « Père, entre tes mains je remets mon Esprit » ; qui caractérise également la Vierge Marie sa Mère : « Qu’il me soit fait selon ta Parole ». Cette obéissance de la Foi, il faut qu’à l’exemple de Jésus et de Marie, elle s’inscrive très concrètement dans tous les actes de notre vie quotidienne : « Mets ta confiance en Dieu comme si tout dépendait de Lui et non de toi, et livre toi à l’action, comme si tout dépendait de toi et non de Lui »nous dit une maxime attribuée à saint Ignace de Loyola.

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus compare encore de Règne de Dieu à une graine de sénevé : « Quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toute les semences, mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères... »

Ici, nous le voyons, l’accent est mis sur le contraste étonnant, la fabuleuse disproportion qu’il y a entre un point de départ minuscule et un point d’arrivée gigantesque. Cette parabole était pour Jésus une manière de répondre au scandale que son attitude constituait aux yeux des juifs, ses contemporains. Ceux-ci, en effet attendaient un Messie dont l’intervention serait spectaculaire et triomphale. Or, ce Messie de leurs rêves ils ne le reconnaissaient absolument pas dans ce Jésus de Nazareth, qui ne bousculait rien, et paraissait plutôt bien faible et très ordinaire.

Jésus voulait leur signifier – mais cela, ils ne pouvaient pas le comprendre – que de cette petite graine qu’il était Lui, le Fils de Dieu devenu homme, ainsi que ses douze apôtres, allait germer, surgir et se développer le grand arbre de l’Eglise, (prémisses et signe du Royaume à venir) qui étire droit ses rameaux sur tous les peuples, jusqu’aux extrémités de la terre.

Désormais, chers frères et sœurs, quiconque a semé un germe dans une âme... quiconque essaie de semer la Bonne Nouvelle (les parents et les catéchistes par exemple) quiconque s’est engagé au service d’une œuvre pour aider ses frères, quiconque offre sa prière persévérante et sa souffrance pour la conversion des pécheurs (et qui trop souvent ne peut que constater la petitesse des résultats apparents) celui-là peut s’appuyer fermement sur cette parabole pour surmonter ses découragements. On peut dire qu’elle nous donne, en fait, une définition de cette espérance dont Jésus n’a jamais prononcé le mot, mais qui est inscrite au cœur même de l’Evangile

Plus que jamais, frères et sœurs, il nous faut entretenir en nous cette vertu d’Espérance. Il nous faut redire très souvent la demande du Notre Père : « Que ton règne vienne » avec la certitude absolue que nous serons exaucés. Certes, à vues humaines et surtout en ces temps troublés qui sont les nôtres nous pourrions en douter de cette venue du Règne de Dieu. Il se heurte à tant d’obstacles. Il est refusé ici, contrecarré ailleurs, inconnu en tant de lieux. Nous-mêmes nous lui faisons parfois obstacle par notre mauvaise volonté comme par notre péché. Il nous est bon par conséquent de savoir que peu à peu, suivant une logique qui n’est pas la nôtre en prenant un temps trop lent à notre goût, le Royaume grandit.

Il faut accepter en effet que le Règne de Dieu ait ses lois propres que l’homme ne peut influencer, ni changer. Si ce règne s’instaure toujours de façon discrète, d’humble apparence, de manière paradoxale, c’est pour qu’il n’y ait aucune confusion possible, c’est pour que la puissance de Dieu se manifeste clairement dans le triomphe de la faiblesse. Nous pensons ici à la merveilleuse déclaration de saint Paul aux Corinthiens :« Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». D’ailleurs toute l’histoire de l’Eglise nous manifeste cette puissance sublime de Dieu qui agit selon sa loi propre, lorsque l’homme se soumet à Lui.

S’il en est besoin, frères et sœurs, relisons attentivement, par exemple, la vie des grands saints fondateurs ; en général, leur œuvre est partie de trois fois rien et à rencontré de nombreux obstacles ; souvent, de leur vivant, ils ont été ignorés, voire méprisés et écartés de leur œuvre ; le résultat, c’est qu’ensuite on a reconnu clairement comme venant de Dieu ce qui s’était accompli avec leur humble collaboration. N’oublions donc jamais qu’il n’y a pas d’autre chemin pour édifier le Royaume que celui du grain de blé tombé en terre, et, tirons-en les conséquences.

 

Amen.

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Publié par Abbé Pierre Cousty - dans Homélies Année B
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