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16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 08:16

Quand Lérins s’allume au soleil de la charité

Les ronces la recouvrent, les serpents venimeux s’en donnent à cœur joie, les gens du pays en parlent avec épouvante, et il n’y a même pas d’eau potable ! Pourtant, quand Honorat, campé devant sa grotte en haut des monts de l’Estérel, accroche du regard, une fois de plus, la plus petite des îles qui émerge des flots, l’évidence le frappe en un trait de lumière : la solitude en Dieu qu’il désire tant est là, au milieu des vagues, sur ces rivages vibrants de soleil.

Nous sommes en l’an 400 et Honorat a pour seul compagnon un saint vieillard, Capraise. Moins de trente ans plus tard, l’île de Lérins, peuplés de moines, gorgée d’eau douce, débarrassée de ses aspics et fleurant bon les herbes de Provence est une halte tellement prisée des navigateurs que si d’aventure un vent impétueux leur fait manquer l’escale, ils s’en affligent comme de la pire des tempêtes, parce qu’ils sont surs qu’au monastère, Honorat les attend, même s’il ne les a encore jamais vus. Que s’est-il donc passé ?

Pour le savoir, il faut écouter la voix d’Hilaire, le plus proche ami d’Honorat, qui vient de lui succéder comme évêque d’Arles. Avec une émotion contenue, en ce premier anniversaire de la mort d’Honorat, Hilaire retrace la vie de son prédécesseur, et dans son discours la délicatesse et la pudeur le disputent à l’enthousiasme : il l’a tant aimé, tant admiré ! Il n’est pas le seul. La disparition d’Honorat, en 430, a bouleversé la vieille cité où réside le préfet du prétoire des Gaules. Non qu’Honorat en ait été longtemps l’évêque : deux ans à peine ! Mais en Arles, on sait bien pourquoi on est allé chercher le célèbre moine sur son île : il avait tant d’amour à donner, il fallait bien que la ville en profite aussi un peu !

Hilaire parle. Et de son récit surgit un jeune homme, issu d’une riche famille des Gaules, converti à vingt ans, qui vend tous ses biens, les donne aux pauvres, part sur les côtes de Méditerranée avec le vieillard Capraise et son frère Venance, hélas vite disparu, se fait ermite dans les montagnes de Provence et trouve enfin son bonheur en établissant à Lérins un monastère où l’ascétisme, nourri aux sources de la Grèce, se met à fondre peu à peu au soleil de la charité.

La voix d’Hilaire d’Arles s’enroue. Avec une infinie délicatesse, il évoque l’intimité d’Honorat avec Dieu, son désir d’un martyre qui ne lui faut jamais demander, mais qui hanta ses songes et donna à sa vie spirituelle une profondeur pareille. Et surtout Hilaire explique pourquoi et comment Lérins fut vraiment, avec le Christ et pour lui, le « camp de Dieu » qu’Honorat est un pêcheur d’hommes. Quand il établit la règle du monastère de Lérins, il suit simplement les coutumes ascétiques de ses devanciers. Mais quand il s’adresse à ses moines, il est pour eux l’image même de la tendresse paternelle, débordant de compréhension, de compassion, « employant tous ses soins à cultiver les âmes de tous comme s’il s’agissait de son propre cœur ». L’époque est rude, et parmi ceux qui affluent à Lérins les Barbares sont légion. Mais, s’émerveille Hilaire, grâce au ministère d’Honorat, « des fauves sont changés en hommes ! » Car pour les moines comme pour les étrangers de passage, Honorat vit « les bras tendus et les mains ouvertes, conviant tous les hommes à se jeter dans ses bras, autant dire dans l’amour du Christ ». D’une intuition venue de Dieu, il connaît chacun au plus intime de lui-même et fait siennes, de tout cœur, les peines et les joies de tous ceux qui l’approchent.

Dans l’histoire des lieux de solitude et de prière, Lérins brille d’une lumière très douce. Sans doute « le sourire innombrable des vagues marines », la transparence du ciel méditerranéen et la poésie propre aux îles y sont-ils pour quelque chose. Mais rien de tout cela n’aurait de sens si Lérins n’avait pas été, d’abord, l’île de miséricorde. L’abbaye ne fut pas seulement une des premières fondations monastique en Gaule, abritant une célèbre école de théologie et de philosophie. Au Ve et VIe siècles sa réputation de sainteté et de science est si remarquable qu’on vient de partout lui demander des évêques. Lérins devient très vite « une pépinière de saints et de savants, issus de toutes les nations » : saint Loup de Troyes, saint Eucher de Lyon, saint Véran de Vence, saint Césaire d’Arles et bien d’autres encore témoigneront de la grande fécondité de l’abbaye.

L’histoire de Lérins est toute baignée d’amitié chrétienne. Non seulement parce que la fondation du monastère et le profil de son premier abbé nous sont connus par le récit, noble et beau, d’un ami d’exception, mais aussi parce qu’en ce début du Ve siècle, quand l’Empire romain s’épuise à lutter contre les invasions barbares, quand l’Église affronte les erreurs de l’arianisme ou le donatisme… l’île de Lérins apparaît comme un havre de paix où l’on peut dire des chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ».

Saint Honorat est fêté le 16 janvier

Source : Le Livre des Merveille

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