Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 19:02

L’Angélus, la prière des travaux et des jours

La vie du champ et des labours se concentre dans leur silence. Il est midi sous le soleil de la campagne où ils peinent, et soudain, au milieu des sillons, les voilà immobiles. Ils prient. Dressés tous deux au premier plan du paysage, tandis que se détache au loin, jailli du centre du village comme un appel, le clocher auquel ils répondent. Elle a courbé la tête et joint les mains et il y a dans la ligne grave et pure de son attitude, comme un souvenir de Madone. Il lui fait face et lui aussi, simplement, il se recueille. « L’ange du Seigneur annonça à Marie… » La cloche vient de tinter trois fois. La salutation a commencé, et le rappel de cette annonce à la Vierge qui changea un jour le cours de l’histoire des hommes donne soudain un prix mystérieux à leur labeur…

Si l’Angélus de Millet est si célèbre, c’est sans doute parce que le grand peintre de la vie rustique a su traduire dans son tableau la profondeur de la foi et du sentiment populaires qui s’attachent à ce rite. À la date du tableau (1858), il y a déjà deux siècles que matin, midi et soir, dans tout l’Occident chrétien les cloches des bourgs et des cités « sonnent » l’appel à la prière commune des fidèles, sur les lieux même de leur ouvrage, en union avec ce mystère de l’Annonciation qui contient déjà en germe tous les mystères à venir. Le tintement de l’Angélus ne ressemble à nul autre, et de Saintes à Cologne, de Cantorbéry à Madrid, on le reconnaîtrait entre mille. Certes, la sonnerie à la volée qui conclut l’oraison finale peut évoquer l’ancien couvre-feu médiéval. Mais les tintements groupés – trois fois trois – qui laissent aux fidèles, dans les intervalles, le temps de réciter les trois Ave, ceux-là n’appartiennent qu’à l’ange du Seigneur.

La coutume de l’Angélus s’enracine en fait très loin dans le temps de l’Église. On sait que le « Je vous salue Marie », issu du récit de l’Annonciation et de la Visitation dans saint Luc, fut dès les premiers siècles du christianisme une invocation coutumière. À la fin du VIIe siècle le pape Serge 1er inséra la seconde partie de l’invocation : « Sainte Marie, priez pour nous… » dans les Litanies des saints. Et c’est vers les XIIIe et XIVe siècles que cette invocation fut définitivement liée à la salutation angélique.

Mais entre-temps l’Ave Maria s’était largement répandu dans l’Occident chrétien comme prière privée. Aux XIIe et XIIIe siècles, la récitation quotidienne de trois Ave Maria est entrée dans les habitudes. Saint Antoine de Padoue recommande vivement cette pratique. En 1269, saint Bonaventure fait tinter la cloche des monastères après complies pour appeler religieux et fidèles d’alentour à réciter les trois Ave. L’Angélus du soir est né. En 1318, le pape Jean XXII, originaire de Cahors, en approuve la pratique observée dans le diocèse de Saintes, l’introduit en Avignon et donne des indulgences aux fidèles qui, entendant la cloche, réciteront les trois invocations à genoux. En 1344, c’est le concile de Sens qui en recommande la pratique dans son treizième canon.

Progressivement, le « pieux exercice » prend son rythme. Dès le XIVe siècle, en Angleterre, l’Angélus du soir se double d’un Angélus du matin. À Pavie en 1330, en France en 1368 au concile de Lavaur, dans le Tarn, la prière du matin se met en place, mais son contenu est un peu différent : cinq Pater en l’honneur des cinq plaies du Christ ; sept Ave au nom des sept douleurs de Marie. Le XIVe siècle met l’accent sur le lien entre la Vierge et la passion du Christ, ce lien qui est au cœur du message de salut de l’Angélus…

Puis vient s’ajouter l’Angélus du milieu du jour, attesté en Bohême, à Mayence et à Cologne au début du XVe siècle. Il est d’abord limité au vendredi, et ne concerne que la dévotion à la passion du Christ. Mais il s’étend vite. En 1456, face au danger turc, le pape Calixte III lance une croisade de prières et demande que les cloches sonnent trois fois par jour pour la récitation des invocations. La victoire de Belgrade, cette même année, sauve momentanément la chrétienté, mais les Turcs restent redoutables, et la prière ne faiblit pas. En 1472, le roi de France Louis XI prescrit à tout son royaume la pratique de l’Angélus de midi, avec la paix comme intention de prière. Sixte IV, pape d’une grande piété mariale, en étendra l’usage.

Le triple Angélus, matin, midi et soir, avec la triple sonnerie, se répand désormais un peu partout en Occident. Et le pape Alexandre VI Borgia – qui fut bien loin d’être un saint ! – confirme sans hésiter, en 1500, les dispositions de Calixte III.

Toutefois, c’est au cours du XVIe siècle que se fixe et se généralise la forme telle que nous la connaissons aujourd’hui, et telle que le pape Jean-Paul II, chaque dimanche et chaque jour de fête, tenait à le réciter, à Rome ou ailleurs : le rappel des trois étapes de l’Annonciation, conclues à chaque fois par l’Ave Maria ; la prière pour demander à Marie d’être digne des promesses de Jésus-Christ ; et l’oraison finale : « Répands, Seigneur, ta grâce en nos cœurs, afin qu’ayant connu par la voix de l’Ange l’incarnation de Jésus-Christ ton Fils, nous arrivions par sa passion et sa croix à la gloire de la résurrection ».

Dans le langage populaire, « sonner l’Angélus » désigne d’abord l’appel sonore, et cette désignation tend à prendre le pas sur la prière elle-même. Pour une part l’intuition est juste : même électrifiées comme elles le sont aujourd’hui, les cloches demeurent consacrées et donc leur tintement, qui est présence et appel, est déjà aussi par lui-même prière. Mais toute la tradition de l’Église invite à ne point en rester à cet appel sonore, pour en venir à la réponse : murmurer à son tour les paroles de l’ange, en cessant toute activité pendant quelques minutes pour communier par l’esprit et le cœur, avec et par la Vierge Marie, au mystère d’Amour qui donne son sens au monde. Car en rythmant la vie, partout où on l’entend encore, sur le temps du ciel, l’Angélus sacralise le temps des hommes et rend infiniment précieuse la plus humble des activités, parce qu’en la replaçant sous le regard de Dieu, il lui donne son sens d’éternité.

Source : « Le Livre des Merveilles »

Prière de l'Angélus

V/ L’ange du Seigneur porta l’annonce à Marie.

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs maintenant et à l’heure de notre mort.

V/ Voici la servante du Seigneur.

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie, ...

V/ Et le Verbe s’est fait chair.

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie, ...

Priez pour nous, sainte Mère de Dieu. Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.

Prions le Seigneur : Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs ; par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé ; conduis-nous, par sa passion et par sa croix, jusqu’à la gloire de la Résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.

R/ Amen.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le Blog de Jackie
  • : Nombreux coloriages catholiques et autres, vies de saints et homélies. Suivez-moi sur FB, Twitter, Pinterest et Instagram (voir icônes en bas de page).
  • Contact

Qui Suis-Je ?

  • Jackie
  • Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog. 
Il y a une multitude d'infos de toutes sortes : coloriages, contes... Bonne balade à tous. Merci.
  • Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog. Il y a une multitude d'infos de toutes sortes : coloriages, contes... Bonne balade à tous. Merci.

Ma Bible illustrée

ANCIEN TESTAMENT

NOUVEAU TESTAMENT

LES PARABOLES

Mes coloriages catho

MES COMPOSITIONS:

Divers

Compteur mondial

 

 


 

 

Flag Counter