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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 22:04

Lecture du deuxième livre des Rois 4, 8-11. 14-16a

Un foyer sans enfant offre l’hospitalité au prophète Élisée. En lui, c’est Dieu qu’il accueille, et il en reçoit la promesse d’un fils.

Un jour, Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer ».

Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé ». Élisée lui dit : « Appelle-la ». Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras ». – Parole du Seigneur.

Commentaire : L’hospitalité que la femme de Sunam réserve au prophète est sans doute pratique courante dans l’Israël de l’époque. Pourtant, deux caractéristiques de cette hospitalité sont mises en évidence. La femme a compris qu’Élisée, homme de Dieu, cherchait une retraite solitaire ; par délicatesse elle lui fait construire une chambre à part sur la terrasse de sa maison. En outre, bien qu’elle l’ait reconnu comme un prophète tout proche de Dieu, jamais elle ne lui a parlé du drame de sa vie, celui d’un foyer sans enfants ; son hospitalité était gratuite. Aussi Élisée avec autant de délicatesse lui promet-il ce fils qu’elle n’escomptant plus.

Accueillir l’autre, c’est tout autant écouter ses confidences, partager ses joies, que le comprendre à demi-mot. Donne-nous, Seigneur, cette qualité d’accueil.

Psaume 88

R/ : Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante !

  • L'amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l'annonce d'âge en âge. Je le dis : C'est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux. R/
  • Heureux le peuple qui connaît l'ovation ! Seigneur, il marche à la lumière de ta face ; tout le jour, à ton nom il danse de joie, fier de ton juste pouvoir. R/
  • Tu es sa force éclatante ; ta grâce accroît notre vigueur. Oui, notre roi est au Seigneur ; notre bouclier, au Dieu saint d'Israël. R/

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 6, 3-4. 8-11

Par le baptême, nous avons été plongés dans la Pâque de Jésus, pour vivre d’une vie nouvelle.

Frères, ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts.

Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c'est pour Dieu qu'il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ. – Parole du Seigneur.

Commentaire : Le baptême nous a plongés dans le Christ pour nous permettre de ne faire plus qu’un avec lui, avec ses sentiments, avec sa destinée. S’unir ainsi au Christ, c’est se laisser crucifier avec lui en s’arrachant au péché, pour ressusciter avec lui, en partageant sa vie éternelle. Certes, nous n’avons pas fini de nous arracher au péché, et nous ne sommes pas encore les ressuscités de demain : il y faut toute une vie d’efforts et de grâce de Dieu, mais c’est cela, la fidélité à notre baptême.

Nous éprouvons de manières diverses la morsure de la mort : accrocs de santé, grand âge, échecs, épreuves morales et spirituelles, solitude… Si nous traversons ces morts avec le Christ, nous pourrons y percevoir qu’il nous a déjà fait vivre avec lui.

Alléluia. Alléluia. Descendance choisie, sacerdoce royal, nation sainte, annoncez les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Alléluia.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10, 37-42

C’est à l’accueil que nous réservons au plus petit des croyants que se mesure notre accueil du Christ lui-même.

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense ».

Commentaire : Être disciple du Christ, c’est le faire passer avant tout, avant les êtres qu’on affectionne le plus, avant sa propre vie ; c’est être prêt à mourir pour lui : prendre sa croix, c’était alors accepter la mort ignominieuse des esclaves crucifiés ! Dieu seul peut réclamer cela. C’est parce qu’il est Dieu que Jésus peut assurer qu’une vie ainsi donnée à cause de lui est une vie réussie.

La communauté chrétienne de Matthieu connaissait déjà une hiérarchie. Les prophètes et les justes, chrétiens éminents par leur sainteté étaient fort estimés et sans doute bien accueillis. Les petits de la communauté risquaient par contre d’être méprisés et délaissés. Matthieu réagit : un simple disciple, fût-il un de ces petits, a un tel prix pour Jésus que le moindre geste d’attention à son égard ne restera pas sans récompense.

Quelle attention notre communauté chrétienne porte-t-elle aux plus humbles et aux plus effacés de ses membres ?

Homélie

S’il nous arrive parfois, à vous comme à moi, d’hésiter devant un programme de télévision, devant un plateau de fromages, un chariot de desserts ou une invitation, il nous arrive sans doute aussi d’hésiter dans des moments plus importants, et notamment quand la vie appelle à des choix. Aucun de nous n’ignore l’importance et l’impact des choix posés dans une vie. En particulier quand ces choix fondent une existence entière, et qu’ils en sont la colonne vertébrale.

Si vous êtes ce matin devant votre poste de télévision, ou ici à l’église, c’est parce que le Christ vous donne rendez-vous. C’est aussi parce qu’un jour vous avez fait le choix de prendre le Christ comme maître et comme ami. Il tient le monde dans ses mains.

L’Évangile que nous venons d’entendre a quelque chose de déroutant. Nous sommes loin des paraboles auxquelles Jésus nous avait habitué, loin aussi des belles scènes de la vie de Jésus lorsqu’il guérit les malades, nourrit les foules, s’occupe des pauvres, des petits, des enfants. Nous sommes très loin aussi de ces moments où Jésus s’en va seul, à l’écart sur la montagne, pour prier. L’air du temps est davantage aux choix qui s’imposent.

Oui, l’évangile de ce jour a de quoi déconcerter et surprendre. D’une certaine manière, Jésus semble mettre les points sur les « i », donnant, pour qui veut le suivre, des repères aussi indispensables qu’incontournables. La parole de Jésus ne laisse d’ailleurs aucune hésitation possible à ses interlocuteurs. Il faut choisir !

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ».

« Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ».

« Celui qui ne prend pas sa croix pour me suivre n’est pas digne de moi ».

« Celui qui veut garder sa vie la perdra ».

« Qui vous accueille m’accueille ! »

Voilà une succession de recommandations, de maximes, dont on a un peu de mal à comprendre le lien qu’elles peuvent avoir les unes avec les autres. Sans doute nous faut-il remettre ces paroles dans leur contexte du chapitre 10 de Matthieu. L’ensemble de ce chapitre constitue, il est vrai, une sorte de code de conduite, une liste de recommandations et d’avertissements que Jésus donne aux apôtres qu’il vient de choisir et de mandater pour être ses disciples.

Hier, comme aujourd’hui, la teneur de la parole de Jésus oblige celles et ceux qui veulent le suivre à prendre conscience de l’importance des ruptures et des choix à poser pour être ouvrier du Royaume. Jésus ne nous dit pas qu’il ne faut pas aimer père, mère, enfants, et même notre propre vie. Il nous invite de manière radicale à poser les choix fondateurs qui donneront à notre vie une réelle capacité à aimer comme lui-même nous a aimés. Des choix à poser, certes, mais aussi des choix à assumer, parce qu’ils conduiront inexorablement le disciple à d’autres choix qui s’imposeront à lui à cause de sa fidélité même à l’appel du Christ et à l’Évangile. « Êtes-vous bien conscient de tout cela » semble dire Jésus aux disciples qu’il s’apprête à envoyer en mission. « Êtes-vous bien conscient de tout cela », leur dit-il, comme pour s’assurer qu’il pourra bien compter sur eux.

Suivre le Christ, choisir le Christ pour maître et pour ami, ne pourra se faire qu’au prix d’un renoncement radical et sans appel à ce qui n’a rien à voir avec l’Évangile et la Bonne Nouvelle. C’est à cela que le Christ appelle, de manière exigeante, ses disciples. C’est à cela que chacun nous sommes appelés, et ce jusqu’à porter notre croix !

Choisir le Christ pour maître et pour ami, jusqu’à porter notre croix, peut être difficile à vivre ou à assumer, surtout lorsqu’un tel choix est pris comme une performance à accomplir. Vivre l’Évangile n’a rien d’une course d’obstacles ! Vivre l’Évangile n’a rien d’un marathon ! Vivre l’Évangile n’est pas diplômant ! Vivre l’Évangile n’a rien à voir avec une performance à accomplir. Vivre l’Évangile n’apporte ni pouvoir, ni argent.

Mais, vivre l’Évangile change tout dans la vie de celui qui choisit le Christ pour maître et pour ami. Vivre l’Évangile, c’est donner à notre vie la source où puiser ce dont nous avons besoin pour être Visage du Christ pour nos frères. Vivre l’Évangile, c’est donner à notre vie d’être le lieu même de l’incarnation de Dieu au cœur de ce monde. Vivre l’Évangile, c’est donner à notre vie d’être elle-même « don », car notre vie tire toute sa valeur et sa grandeur de notre capacité à la donner, et à la perdre, à la manière du Christ lui-même.

Mes amis, lorsque vous mettez vos voix et vos talents de musiciens au service d’une communauté, vous dites déjà votre capacité à donner de vous-mêmes. Ce que vous nous dites au travers de votre engagement et de votre passion est à la fois vous-même, votre histoire, votre désir, votre volonté, et en même temps une parole qui vient de bien plus loin que vous et qui dit combien votre aventure est aventure d’Église, combien votre passion est passion d’Église. Cette parole qui vous dépasse est le cri même de celles et ceux qui ont été témoins du Christ ressuscité dans votre vie. Cette parole est parole de Dieu lui-même. Aujourd’hui, parce que vous revêtez la tenue de service, vous êtes, vous aussi visage du Christ pour vos frères. Vos musiques et vos voix l’annoncent. À votre tour, vous êtes ses disciples.

Être disciples c’est choisir sans hésitation le Christ pour maître et pour ami. C’est répondre à un appel puissant, exigeant et vrai. Cet appel nous libère et nous rend libre de quitter résolument le chemin de nos vérités toutes faites pour la fragilité et l’insécurité requises pour avancer à la suite du Christ. Non pas par résignation, mais par choix conscient et libre, sûr que le Christ donne force à notre faiblesse, sûr aussi que le Christ marche à nos côtés. Le temps est au départ, et il faut partir.

Frères et sœurs, voulez-vous être de cette marche-là, à la suite du Christ ? Voulez-vous être de ces hommes et de ces femmes, de ces adultes et de ces jeunes qui répondent présents quand la Bonne Nouvelle appelle à l’engagement d’une vie ? Voulez-vous être de ces disciples que le Christ envoie au monde pour étancher sa soif ?

« Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, ne perdra pas sa récompense ».

Source : https://www.lejourduseigneur.com/

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