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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 10:06

Le carême, Appel à la véritable réconciliation

4ème dimanche du carême ; 25 mars 1979.

Un carême bien vécu peut être le Salut de notre peuple. C’est pour cela que nous célébrons ce quatrième dimanche du carême avec une nouvelle espérance. Lorsque tout semble perdu, l’Esprit de Dieu flotte autour de nous : sa Parole nous interpelle et nous donne des orientations qui sont véritablement notre Salut. […]

N’oublions pas que le carême est un chemin vers Pâques, la perspective du carême est le Christ ressuscité nous offrant une vie nouvelle. Le Christ qui, après avoir payé avec sa Croix, avec sa passion, les misères de l’humain et du peuple, nous offre une vie meilleure. Ne le déprécions pas ! Sur ce chemin vers Pâques, obéissons-lui !

Non pas au travers d’un moralisme froid, mais en nous incorporant au mystère pascal : individuel et social.

Le Concile Vatican II, l’Église actuelle dit : « C’est la personne humaine qu’il faut sauver, c’est la société humaine qu’il faut rénover. C’est, par conséquent, l’être humain, mais l’humain tout entier, corps et âme, cœur et conscience, intelligence et volonté… » Qui ne se sent pas enveloppé d’une grande espérance en tant que personne, famille et peuple ? Dieu nous offre le Salut pendant ce carême. Non seulement une loi comme celle que nous avons méditée dimanche dernier : un moralisme ; c’est surtout un amour. Qui ne s’engage pas par amour ?

L’amour du Christ qui donna sa vie pour moi est la meilleure motivation pour vivre saintement, pour rendre grâce au Christ. Ah ! Si nous nous laissions tous entraîner par cet amour qui se livra pour nous. Dans les lectures d’aujourd’hui, c’est l’amour de Dieu qui nous appelle depuis quatre dimanches avec de nouvelles modalités, qui nous appelle à la réconciliation.

1) Babylone, symbole de l’Alliance brisée et de la Réconciliation

A) Raccord avec les homélies des dimanches antérieurs : Histoire de l’Alliance : Noé, Abraham, Moïse (la loi : religion mosaïque).

Je voudrais, mes frères, que nous ne séparions pas les dimanches du carême que nous méditons. L’Église nous a proposé les faits marquants, les points de repère de l’Histoire de notre Salut. Ainsi le premier dimanche nous parla de Noé, de l’arc-en-ciel qui est un appel de Dieu afin que nous fassions bon usage de la nature pour la conserver, pour ne pas abuser d’elle, pour que les biens que Dieu nous a donnés par la Création, parviennent de façon équitable entre les mains de tous. C’est une réconciliation cosmique, une alliance de l’homme avec l’univers comme l’arc-en-ciel qui embrasse notre Terre d’un point à l’autre.

Le second dimanche, nous ne faisons déjà plus référence à la nature dans son ensemble, mais à un peuple choisi : Alliance de Dieu avec Abraham. De ce vieil homme, sans fils, Dieu fait sortir miraculeusement un peuple aussi nombreux que les étoiles du ciel et les grains de sable de la mer. La foi d’Abraham est le modèle de tous ceux qui veulent faire alliance avec Dieu, la foi qui se livre et qui croit contre toute espérance. Comme nous avons besoin de ce second chapitre de notre carême de 1979 : une foi comme celle d’Abraham !

Le troisième chapitre de notre histoire en ce carême a été Moïse. Dimanche dernier, Moïse sur le Sinaï, ce n’est plus seulement Abraham avec une promesse d’un grand peuple, c’est déjà la réalité. Quatre siècles ont passé et Abraham est représenté par cette multitude qui marche vers la Terre promise; en tant que peuple, il doit faire une Alliance avec Dieu, il doit répondre à tant de privilèges que Dieu a réalisés pour lui au désert et, à travers toute son histoire, la réponse doit être l’accomplissement du Décalogue, de ces dix paroles, de ces Dix Commandements. Dieu y a résumé toutes les relations des humains avec Lui et des humains entre eux. L’Alliance possède sa loi et, à partir de ce moment, commence une nouvelle phase dans l’Histoire du Salut qui se nomme l’Ère Mosaïque, qui provient de Moïse. Cette Ère apporte ses propres caractéristiques et orientations à un peuple duquel saint Paul dira : « La loi ne suffit pas, la Loi peut être lettre morte, cette Loi vaut seulement parce qu’elle porte en elle une promesse d’un homme rédempteur. C’est le Christ qui donne son véritable sens à la Loi ».

B) Le péché qui rompt l’Alliance

Mais en ce temps mosaïque, en ce temps de la Loi qui comprend plusieurs siècles, plusieurs choses vont se produire, certaines très bonnes, d’autres très mauvaises. C’est ainsi que les Saintes Écritures nous amènent aujourd’hui en cet autre point marquant de l’Histoire : Babylone. Qu’est-ce que Babylone ? La rupture de l’Alliance, c’est un peuple qui s’est attiré le châtiment de la déportation pour n’être pas demeuré fidèle à Dieu, c’est un peuple accablé, quasi désespéré, un peuple pour qui il semble que Dieu n’existe plus. Et cependant, à ce peuple découragé, brisé, les prophètes annoncent espérance et Salut. C’est pourquoi, Babylone, bien qu’elle soit la figure d’un peuple qui a abandonné son Dieu et qui est châtié, c’est également la figure d’un peuple qui va se relever. Pour nous, ce langage est au plus haut point intéressant. Plusieurs affirment qu’au Salvador, il n’existe pas de solution. Qui va croire en l’amour ? Chemins de violence : séquestrations, haines, crimes, répressions ! Comment nous a créés le Seigneur pour que nous ne puissions-nous entendre qu’à coups de bâton ? Dieu nous a créés à l’image de son amour et même lorsque l’atmosphère devient violente, ce n’est pas ce que Dieu veut.

Ils multiplièrent leurs infidélités.

Sur Babylone brillaient l’amour et l’espérance. C’est pourquoi il apparaît nécessaire de reconnaître comme le faisait la première lecture (2 Cr 36,14-16,19-23) : « Le péché rompt l’Alliance ». Combien terrible apparaît l’auteur du Livre des Chroniques ! Les Chroniques sont un livre qui fut écrit comme pour combler certains vides à l’intérieur des livres historiques. On y fait la narration de certains événements, certains y sont amplifiés ou diminués en d’autres endroits. Avec quelle franchise y décrit-on la situation de cette heure mosaïque où les dirigeants civils et spirituels du peuple firent de la religion un légalisme jusqu’à l’hypocrisie, celle que va fustiger Jésus-Christ lorsqu’Il viendra. Ainsi dit-on dans la première lecture (2 Ch 36,14-16) : « Tous les chefs des prêtres et le peuple multiplièrent les infidélités… ils souillèrent le Temple que Yahvé s’était consacré à Jérusalem. Yahvé, le Dieu de leurs pères, leur envoya, sans se lasser, des messagers, car Il voulait épargner son peuple et sa Demeure. Mais ils tournaient en dérision les envoyés de Dieu, ils méprisaient ses paroles, ils se moquaient de ses prophètes. » C’est ce que fit le peuple élu de Dieu, c’est ainsi qu’ils répondirent à l’Alliance de l’Amour : avec mépris, par le péché.

Dans les autres lectures d’aujourd’hui, apparaît aussi cette triste situation de l’homme avec Dieu. L’Évangile dit (Jn 3,19) par la bouche du Christ : « Les hommes préfèrent les ténèbres à la lumière afin de ne pas être accusés par leurs œuvres. »

Saint Paul, dans la seconde lecture (Ep 2,5), décrit une figure davantage tragique : « Nous étions morts par nos péchés. » Ce sont là des traits noirs de l’Histoire des êtres humains, Dieu nous a donné une loi pour nous sauver. Il nous a donné des prophètes pour nous orienter. Il nous a donné l’amour, nous créant par amour, réalisant les alliances du Salut. Les hommes, tournant le dos, rompirent l’Alliance en désobéissant à Dieu, croyant davantage dans les ténèbres, la répression, les idoles de l’argent, l’idole politique, tout sauf en Dieu. Ici, Dieu n’entre pas ! C’est cela, le péché : ils préférèrent rechercher par leurs propres chemins le bonheur que Dieu leur indiquait par l’unique chemin.

Quand allons-nous comprendre, mes chers frères – moi le premier, pécheur entre vous tous –, que ce ne sont pas nos caprices qui vont nous donner la solution du véritable bonheur ? Quand allons-nous comprendre que seulement Toi Seigneur, possèdes les Paroles de la Vie Éternelle ? Il n’est jamais trop tard pour l’amour de Dieu, mais Dieu, dit la première lecture (2 Cr 36,16) : « jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de remède. »

C) Le Châtiment

Destruction de Jérusalem… déportation, hommes qui sont les fléaux de Dieu.

Alors s’est produite la revanche de Dieu. Quelle chose plus terrible que lorsque Dieu se sert de certains hommes, non pas pour être la bénédiction du peuple, mais pour être son châtiment. Nabuchodonosor est la figure de l’homme ou l’instrument que Dieu a choisi pour humilier, pour faire passer sa botte sanguinaire sur ce peuple. N’allez pas penser que la répression, la torture, l’outrage pour l’argent, l’exploitation de l’homme par l’homme sont seulement l’œuvre de Dieu. Dieu choisit ces hommes comme des fouets de l’humanité. Pauvres de vous, parce que vous croyez triompher, comme au fouet il semble qu’il triomphe alors qu’il châtie, mais vient l’heure où, dit la Bible, le fouet est jeté au feu. Mais, quel triste rôle dans l’Histoire que d’être un homme-fléau !

Que firent ces hommes-fléaux sous le commandement de Nabuchodonosor sur la terre pécheresse de Dieu ? Écoutez bien cette page d’aujourd’hui (2 Chr 36,19-20) : « On brûla le Temple de Dieu, on abattit les murailles de Jérusalem, on incendia tous ses palais et l’on détruisit tous ses objets précieux. Puis Nabuchodonosor déporta à Babylone le reste échappé à l’épée ; ils durent le servir ainsi que ses fils jusqu’à l’établissement du royaume perse. » Prenons conscience que cette heure terrible du châtiment est l’heure qu’est en train de vivre le Salvador. C’est l’heure des contremaîtres et de ceux qui imposent leurs caprices, de ceux qui font des lois, de ceux qui se croient propriétaires de la vie et des grands domaines. Malheureux, vous ignorez que vous êtes les fléaux de Dieu ! C’est l’heure à laquelle Dieu nous accable et surgit alors du cœur de l’homme, de la femme, cette plainte : « Est-ce que Dieu existe ? » Parce qu’en plus, nous pouvons voir que ceux qui sont heureux présentement, ce ne sont pas ceux qui adorent Dieu, mais ceux qui sont à genoux devant leurs idoles. Nous croyons alors que l’argent est plus puissant que le Dieu véritable, que le pouvoir des despotes est plus grand que celui de l’Homme qui sauve, qui est le Dieu véritable qui nous aime. Vient alors la tentation du désespoir, comme dit le Pape (Jean-Paul II) en parlant de la violence : « La tentation de la violence ». Plusieurs sont tombés dans cette tentation : ceux qui croient qu’ils vont trouver la solution aux problèmes du pays par des chemins de sang et de haine. Il n’y aura pas d’issue tant que l’on ensanglantera, tant qu’il y aura des gens qui souffriront à cause de la torture, tant qu’il y aura des familles qui pleurent à cause de l’outrage des pouvoirs. C’est Dieu qui se prévaut de ces événements pour châtier comme avec un fouet, mais ce n’est pas là sa dernière parole.

D) Dans le second Exode nous voyons poindre la réconciliation

C’est alors qu’arrive la dernière parole, c’est Dieu qui recommence à parler. Nous voyons déjà poindre dans les paroles de la première lecture (2 Chr 36,14-23) une Rédemption qui, dans la seconde lecture (Eph 2,4-10) et dans l’Évangile (Jn 3,14-21), apparaît comme le soleil à son zénith. Une chose prodigieuse, un roi de Perse qui se nomme Cyrus II, à qui ont été rapportées les cruautés de Babylone. Il est l’instrument de Dieu ; on l’appelle aussi l’Oint de Dieu. Comme cela dut scandaliser les juifs hypocrites qui n’obéirent pas à Dieu, qu’un homme non juif, un païen, fut appelé par l’Esprit de Dieu : l’Oint de Dieu. C’est un être mystérieux et la seconde lecture nous dit sur ce Cyrus, Roi de Perse (2 Chr 36,22-23) : « Pour accomplir la Parole de Yahvé prononcée par Jérémie, Yahvé éveilla l’esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit proclamer – et même afficher – dans tout son royaume : “Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Yahvé, le Dieu du ciel, m’a remis tous les royaumes de la Terre; c’est Lui qui m’a chargé de lui bâtir un Temple à Jérusalem, en Juda. Quiconque, parmi vous, fait partie de son peuple, que son Dieu soit avec lui et qu’il monte !” » Quelles paroles libératrices plus belles, lorsqu’un païen possède souvent davantage de miséricorde que les coreligionnaires eux-mêmes.

Dans le Psaume que nous avons tous proclamé aujourd’hui, nous avons fait mention du Psaume 136 : le psaume des israélites en captivité à Babylone. Nous pourrions avoir ce psaume comme hymne national, ce psaume de liberté. D’une liberté semblable à celle du quetzal guatémaltèque dont on dit qu’il ne peut vivre emprisonné, car il se laisse mourir. Les Juifs, enchaînés ensemble sur les berges des fleuves de Babylone, entendaient leurs ennemis, leurs contremaîtres leur dirent : « Chantez-nous quelque chose de votre religion en Judée. » Et les Juifs disaient : « Comment pourrions-nous chanter sur cette terre étrangère ! Que l’on nous colle la langue au palais si nous chantons avec joie dans la déportation ! » Ils soupiraient de revoir leur patrie, ils aspiraient de voir l’heure de leur retour, ils pleuraient sur leurs péchés pour lesquels ils avaient été déportés. Et l’heure arriva lorsqu’un roi païen, inspiré de Dieu, proclama cet édit : « La captivité est terminée, si quelqu’un se sent attaché à ce Dieu, qu’il monte à Jérusalem, les frontières sont ouvertes, allez-y. » On les accompagna même pour aller reconstruire le temple que les fléaux de Dieu avaient détruit.

Observez comment Dieu se sert des hommes pour châtier et pour libérer. Le Dieu de l’Histoire joue avec l’Histoire. Ce ne sont pas les êtres humains qui font leurs caprices, c’est Dieu qui se sert des mauvaises intentions humaines pour punir les peuples horriblement avec les châtiments de l’Enfer. C’est Dieu qui se prévaut des hommes, même s’ils sont païens, même s’ils n’ont pas la foi chrétienne. Ces hommes sont les instruments de Dieu pour sauver, pour donner de l’amour, pour donner courage, pour donner espérance !

Que voudrions-nous être, mes frères, en cette heure du peuple salvadorien : fléau ou espérance ? L’Église se réjouit d’être l’espérance du peuple, ainsi qu’elle déplore et reproche ces actes des fléaux des despotes de notre peuple. L’Église est la voix du prophète au milieu du désert. Babylone est la représentation de tous les peuples. Quel peuple n’a pas péché ? Soyons humbles et reconnaissons ce que dit la première lecture (2 Cr 36,14) : « Les chefs des prêtres et le peuple multiplièrent leurs infidélités. » C’est ici qu’est l’explication. C’est pourquoi je vous disais qu’en ce carême, commençant par nous-mêmes, les prêtres et vous tous, le peuple, convertissons-nous en vérité, entendons comme l’on entend dans la déportation l’appel de la patrie, alors nous rencontrerons ce Salut auquel nous aspirons.

2) La Réconciliation avec Dieu dans le Christ (Théologie de l’Histoire)

A) Tout provient de l’amour du Père

C’est comme un drame en trois actes. Tout commence dans l’amour de Dieu. Tout atteint sa réalisation dans le sacrifice du Christ et tout devient mien par ma foi. Dieu, le Christ, chacun d’entre nous, est le chemin de la véritable réconciliation. Tout provient de l’amour de Dieu. Nous avons déjà vu dans la première lecture (2 Chr 36,14-23) que ce fut le Seigneur qui ouvrit l’esprit de Cyrus. Dieu est celui qui inspire les gestes d’amour, même dans les cœurs qui n’ont pas la foi. Combien de fois, mes frères, les non chrétiens ont-ils eu plus de miséricorde que nous tous parce que Dieu les a inspirés en ce sens de Salut et d’amour. Mais cette inspiration que Dieu donna à Cyrus, roi de Perse, sous une forme mystérieuse et prophétique, se présente aujourd’hui sans visage. Elle se présente face à face, dirions-nous, dans la Révélation du Nouveau Testament.

Avec quelle tendresse devons-nous recevoir aujourd’hui ces paroles de saint Paul aux Éphésiens (2,4) : « Dieu, qui est riche en miséricorde à cause du grand amour dont Il nous a aimés… », c’est de là que tout provient. Ce n’est pas nous qui avons attiré la Rédemption sur les êtres humains. C’est ce que dit saint Paul : « nous étions morts par suite de nos fautes, Il nous a fait revivre avec le Christ. »

Le Christ s’approche d’un mort pour le ressusciter, ce n’est pas parce que le mort l’appelle, le mort est sans vie, il ne ressent plus rien, mais la miséricorde du Rédempteur lui rend la vie. C’est ainsi qu’est Dieu, à une humanité morte, insensible, injuste, pécheresse, l’humanité ne pense déjà plus à Lui, mais Il pense à nous comme lorsqu’Il disait dans Isaïe : « Une mère peut-elle oublier son enfant ? » Cela apparaît impossible, cependant Il dit : « Quand bien même une mère oublierait son enfant, Je ne vous oublierai pas. » Qui ne ressent pas que toute sa vie, aussi compliquée soit-elle, est comme enveloppée d’une grande tendresse ? Je ne suis pas seul, il y a quelqu’un qui pense à moi plus intimement que moi-même. Dieu m’aime !

Dans l’Évangile, c’est le Christ lui-même qui a appris, dans le sein de l’éternité, les sentiments de Dieu. Il nous dit aujourd’hui (Jn 3,16) : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. » Tout provient de l’amour de Dieu. Si le Christ est venu pour être le Sauveur de l’humanité, ce fut l’initiative du Père. Il a tant aimé le monde qu’Il lui envoya son propre Fils. Va, mon Fils, fais-toi homme, fais-toi compagnon de leur Histoire, introduis-toi dans leurs misères, porte sur tes épaules les péchés de tous les hommes, monte avec eux au Calvaire, et dans ta crucifixion je verrai la réparation de tous les péchés.

B) Le Christ réalise dans ce projet son mystère pascal

Il y eut une figure magnifique tandis que Moïse conduisait son peuple au désert et cette figure, le Christ en fait mention dans l’Évangile d’aujourd’hui. De même que fut élevé le serpent par Moïse au désert, de même doit être élevé le Fils de l’Homme pour que tous ceux qui croient en Lui aient la vie éternelle.

Qu’est-ce que cette histoire du serpent ? On dit que lorsque les Israélites étaient conduits par Moïse au désert, sur le difficile chemin du désert, ils commencèrent à murmurer contrer lui. Qu’il est difficile de conduire un peuple ! Ils préfèrent souvent l’esclavage de l’Égypte : « Là, nous étions mieux, les pots aux feux, les maîtres, les serpents ; tout ce qu’il y avait en Égypte était plus beau que ce désert où nous mourrons de faim et de soif. » Qu’il en coûte à un peuple pour comprendre le chemin de la libération ! Souvent, ce sont ceux pour qui on travaille le plus, qui comprennent le moins cet effort de l’amour qui inspire ce sacrifice, qui demande un sacrifice de collaboration.

Ce murmure fut châtié au désert. Apparurent des serpents venimeux, et celui qui était mordu en mourait. Devant cette calamité, ils coururent raconter à Moïse ce qui se passait. Moïse, comme de coutume, pria le Seigneur et le Seigneur lui fit cette réponse (Nb 21,8) : « Façonne-toi un Brûlant que tu placeras sur un étendard. Quiconque aura été mordu et le regardera restera en vie. » C’est l’image du Christ crucifié à laquelle Jésus fait allusion, réalisant en sa personne ; ainsi comme Moïse éleva le serpent et tous ceux qui le regardaient se libéraient de ces morsures, ainsi celui qui regarde le Christ crucifié avec foi, sera libre également parce que le Fils de l’homme est venu pour donner sa vie pour le Salut du monde.

Je désirerais recueillir ce matin, ce mystère qui se nomme le Mystère pascal, ou encore le mystère de la mort et de la Résurrection de Jésus-Christ, parce que c’est vers là que le carême nous amène pour célébrer le mystère de la mort-résurrection du Seigneur. Le Samedi saint dans la nuit, c’est la grande nuit du mystère pascal : je voudrais que tous ceux qui ont suivi ce carême, cette pérégrination spirituelle de l’Histoire de Dieu avec son peuple, aillent le terminer dans cette nuit lumineuse. Je fais un appel spécial aux jeunes, pour que cette nuit, nous regardions avec foi le Christ ressuscité, élevé plus haut que le serpent au désert, avec tous les mérites de sa Croix pour donner le Salut et la Vie Éternelle à tous les Salvadoriens et à tout le Salvador en général.

C) En quoi consiste la réconciliation du Christ

C’est cela le mystère de la réconciliation ; le passé n’importe plus. Peu importe comment nous étions enfoncés dans notre situation économique, sociale ou politique. Peu importe qui nous avons haï, peu importe la violence dont nous avons fait usage, ni les taches de sang des séquestrations et des tortures que nous avons commises. Puisse, Dieu, cette voix arrive jusqu’à ces lieux où Dieu utilise son fouet en se prévalant d’hommes sans cœur et sans conscience pour que le Seigneur ait miséricorde d’eux, pour qu’ils aspirent en ces Pâques à ne plus tenir le triste rôle de châtiment de Dieu, mais à devenir des paroles d’espérance.

Oui, chers frères, depuis le Président jusqu’aux policiers – tous ceux qui constituent cet ordre sous lequel notre peuple se sent si craintif et timide –, ne soyez pas le châtiment de Dieu ; soyez un gouvernement d’espérance, soyez un corps de sécurité, soyez des hommes de l’ordre, soyez véritablement des instruments de Dieu pour la libération de notre peuple.

N’utilisons pas, chers capitalistes, l’idolâtrie de l’argent, du pouvoir pour exploiter les plus pauvres. Vous pourriez rendre notre peuple si heureux si vous aviez un peu d’amour dans votre cœur. Quel instrument seriez-vous avec vos voûtes remplies d’argent, avec vos comptes bancaires, vos grandes propriétés, vos terrains, si vous n’utilisiez pas tout cela pour satisfaire votre égoïsme, mais, au contraire, pour rendre heureux ce peuple si affamé, si nécessiteux, si sous-alimenté. Cela n’est pas de la démagogie pour arracher des applaudissements, c’est que le peuple sent et aime, il aime aussi ceux qui le châtient, il aime également ceux qui l’exploitent. Notre peuple salvadorien n’est pas fait pour la haine, il est fait pour la collaboration, pour l’amour, et il veut rencontrer de la fraternité dans tous les secteurs qui constituent ce peuple béni de Dieu, qui a reçu de Dieu des biens si abondants, mais qui deviennent la cause de tant de tristesses par la mauvaise distribution, par le péché des hommes.

3) Le baptême et la confession, chemins de la réconciliation

Dans cette ambiance et avant de terminer cette homélie avec le troisième point qui parle du Baptême et de la Pénitence comme des sacrements du carême, je veux faire un appel aux baptisés et à tous ceux qui ont besoin du sacrement du pardon pour qu’en ce carême nous nous réconciliions avec Dieu. Afin que l’on comprenne bien la nécessité de cela, c’est ici que j’ouvre une parenthèse qui se veut être comme l’incarnation de la Parole de Dieu dans notre semaine.

Cette Église, instituée par Jésus-Christ pour être la présence de Dieu – davantage que Cyrus pour les déportés de Babylone, davantage que Moïse avec les pèlerins du désert –, c’est le Christ lui-même qui me donne le pardon et l’espérance. Cette Église est celle que j’essaie de servir, chers frères, lorsque je donne ici des informations de caractère ecclésial. Ce sont celles qui me préoccupent en premier chef parce que vous êtes mon Église, le peuple de Dieu auquel j’appartiens et que je sers en tant que pasteur. Je ne suis pas un politologue, je ne suis pas un sociologue, je ne suis pas un économiste, je ne suis pas responsable d’apporter les solutions à l’économie et à la politique du pays. Il y a d’autres laïcs qui ont cette terrible responsabilité.

De mon poste de pasteur, je fais seulement un appel afin que vous sachiez utiliser ces talents que Dieu vous a donnés ; mais comme pasteur, ce qui me concerne – et c’est ce que je tente de faire –, c’est de construire la véritable Église de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est pourquoi je sens la joie de toute cette cathédrale remplie de fidèles. Je voudrais également que tous ceux qui m’écoutent au moyen de la radio, non pas pour des motifs politiques, les curieux ou les persécuteurs, mais en tant que catholiques, qui tentent d’écouter le message de leur pasteur pour s’orienter dans la construction de notre Église, le véritable peuple de Dieu, soient comme une torche lumineuse qui éclaire les chemins de la Patrie, force de Salut pour tout notre peuple. Soyons Église !

Événements de la semaine

Mon premier regard dans cette perspective ecclésiale se dirige toujours vers le Pape, centre de l’unité de ce Peuple de Dieu. Comme il me fait plaisir de voir toutes les semaines un geste, une parole d’orientation qui s’adresse à l’Église que j’essaie de suivre. Je suis le plus nécessiteux du Pape, je ne peux me passer du Pape. Et je rends grâce à Dieu d’avoir eu durant toute ma vie sacerdotale le souci d’être en solidarité et en fidélité avec le Saint-Père, le représentant du Christ. Mes yeux sont fixés sur lui, je n’ai jamais pensé le trahir. […]

« Il revient aux évêques, dit Jean Paul II, de transposer le contenu du document de Puebla à leurs communautés locales qui, grâce à Dieu, seront rapidement immergées dans l’esprit de Puebla. » Puisse Dieu qu’il n’arrive pas avec le document de Puebla ce qui s’est produit avec ceux de Medellín qui, encore de nos jours, sont suspectés d’être des documents communistes. Puebla n’est rien d’autre qu’un pas en avant de Medellín. Ceux qui n’ont pas fait le pas de Medellín, ceux qui croient encore que Medellín va être abrogé doivent avancer jusqu’à Medellín et marcher jusqu’à Puebla parce qu’il n’y a pas d’autres chemins pour rencontrer l’identité, la problématique de l’Église ici en Amérique latine avec ses problèmes qui sont les nôtres. Il est naturel que tous ceux qui se sentent les fléaux de Dieu et qui voudraient toujours châtier notre pauvre peuple, ne veulent pas qu’il existe un Dieu qui commence à leur annoncer : « Attention ! », parce que le fouet sera jeté au feu lorsque le peuple cherchera des solutions plus équitables à ses problèmes. »

« Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique pour que le monde soit sauvé et pour que tous ceux qui croient en Lui aient la Vie Éternelle. »

C’est cela la condition : croire, avoir foi, mettre en Lui notre espérance. Puisse Dieu que tout le peuple salvadorien soit aujourd’hui le pèlerinage du carême qui avec sa foi placée en Jésus-Christ espère que le dimanche de la Résurrection nous apporte non seulement le souvenir d’un Ressuscité d’il y a vingt siècles, mais la Résurrection véritable d’un peuple si prostré, appelé si efficacement à la résurrection par la voix même du Seigneur.

Mgr Oscar Roméro

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