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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 10:08

Dimanche des Rameaux ; 8 avril 1979

A) Le peuple que rencontra Jésus vit dans une ambiance nationale de frustration… unité perdue, sans indépendance, pauvre et avec une religion falsifiée.

Tout d’abord, je regarde vers vous ainsi que moi-même et je me sens comme faisant partie de cette humanité qui est sortie, il y a vingt siècles, à la rencontre de Dieu qui venait pour sauver dans l’histoire. Il y a vingt siècles, la population de Jérusalem avec ses jeunes et ses enfants qui coupèrent des branches des palmiers sortit à la rencontre du Seigneur. C’était un peuple qui avait perdu son unité, son indépendance. Un peuple pauvre et avec une religion qui s’était faussée. Il demeurait un reste qui allait toujours se sauver dans l’histoire d’Israël. C’est ainsi qu’on le nomme dans la Bible : « Le reste d’Israël ». En ce « reste » se trouvait le Salut que Dieu apporte, parce que de là provient le Fils de David que l’on acclame aujourd’hui : bénis celui qui vient ! Hosanna au Fils de David !

B) Le dimanche des Rameaux d’aujourd’hui.

Les peuples de la terre actuelle. La Rédemption est un problème concret pour chacun. Cette procession que nous avons faite depuis l’église du Calvaire rappelle qu’au cours de la longue Histoire de l’humanité, ce sont nous aujourd’hui qui sommes les protagonistes de l’histoire et qui venons à la rencontre de Jésus. Le Pape (Jean-Paul II) dit, dans sa récente encyclique que le problème de la Rédemption de Jésus concerne chaque être humain : « Il ne s’agit pas de l’homme abstrait, mais bien réel, de l’homme concret, historique ; il s’agit de chacun parce que chaque humain a été compris dans le mystère de la Rédemption… l’homme est son unique et irréfutable réalité. » Ceux qui sortirent à la rencontre de Jésus, à Jérusalem, il y a vingt siècles, furent des hommes et des femmes de leur temps qui portaient l’histoire de leur peuple avec ses frustrations et ses espoirs. Aujourd’hui, ici, ce sont les Salvadoriens avec notre propre histoire et non pas seulement comme un peuple quelconque, c’est chacun de nous.

Les visages des hommes latino-américains

Nous sentons que le Christ est mon Rédempteur et qu’Il est le Rédempteur de tout le peuple et je sens que de cette procession se démarque ce que Puebla vient d’écrire : le visage de l’homme latino-américain. « Visages d’indigènes et souvent aussi des Afro-Américains qui vivent marginalisés et dans des situations infra humaines, peuvent être considérés comme les pauvres parmi les pauvres. Visages de paysans, continue Puebla, qui en tant que groupe social vivent relégués sur presque la totalité de notre continent, manquant de terre, en situation de dépendance interne et externe soumis à un système de mise en marché qui les exploite. Visages d’ouvriers souvent mal rétribués et avec des difficultés pour s’organiser et pour défendre leurs droits. Visages de marginaux et de surpopulation urbaine dans les ghettos, avec le double impact du manque de biens matériels, face à l’ostentation de la richesse des autres secteurs sociaux. Visages de sous-employés et de chômeurs, mis à pied par les dures exigences des crises économiques et souvent des modèles de développement qui soumettent les travailleurs et leur famille à de froids calculs économiques. »

Dans cette procession nous pourrions voir ce que Puebla continue d’observer en Amérique latine : « Visage de jeunes, désorientés parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société et frustrés, surtout dans les zones rurales et urbaines marginales, par le manque d’opportunité de formation et d’occupation. Visages d’enfants, frappés par la pauvreté dès la conception, à cause des déficiences mentales et corporelles irréparables qui les accompagneront toute leur vie ; les enfants des rues de nos villes, souvent exploités, fruit de la pauvreté et de la désorganisation morale et familiale. Visages d’anciens, chaque jour plus nombreux, fréquemment marginalisés de la société du progrès qui fait abstraction des personnes improductives. » C’est cela la procession de notre dimanche des Rameaux. Nous pourrions continuer en citant ici nos réalités actuelles.

La réalité de notre patrie. Ce sont les pauvres desquels on vient d’analyser la réalité de notre patrie à la Commission Éducative Permanente du Conseil Interaméricain Économique et Social de l’OEA où participèrent trois de nos ministres, le Président de la Banque Centrale de Réserve et l’Ambassadeur salvadorien aux États-Unis. D’après cette commission, la population salvadorienne depuis 1974 a été chaque fois davantage moins nourrie, accusant une carence alimentaire de 16 % à ce qui est recommandé pour un être humain normal. Il existe un secteur encore plus nécessiteux qui vit avec une carence de 44 % du seuil de protéines recommandées. Ce qui signifie que le peuple salvadorien, qui marche actuellement à la rencontre du Christ, vit avec un niveau de malnutrition élevé qui constitue une cause importante du taux élevé de mortalité infantile, mort également d’adultes pour cause de malnutrition comme ce fut le cas cette semaine à Santa Ana.

C’est le peuple qui marche aujourd’hui avec le Rédempteur qui a 48 % de ses habitations rurales sans service d’eau potable et 66 % des maisons du pays sans électricité, et en campagne c’est le cas dans 93 % des habitations. Un peuple avec 35 % d’analphabète. Ce sont des informations dans lesquelles on reconnaît ces déficits qui sont la cause de l’état lamentable dans lequel se trouve ce peuple qui espère du Christ la grande libération.

C) La Force qui nous sauve vient de l’extérieur… sortons à sa rencontre…. « Bienvenue à Celui qui vient »… La Transcendance…

Nous sortons à sa rencontre pour dire « Bienvenue à Celui qui vient ! » parce que nous savons que la Rédemption des peuples doit venir de Dieu et c’est également là l’invitation de la semaine sainte. Prions pour que Dieu ne nous refuse pas sa force libératrice que Jésus-Christ apporta. Le Christ c’est Dieu qui vient. Le Christ est le Rédempteur qui apporte la liberté et la dignité que nous avons perdues. Le Christ vient et ce geste de la liturgie de ce matin : sortir à sa rencontre, être ici dans son attente. Accomplir le devoir d’écouter sa Parole, c’est toute une espérance.

Je sens, frères, une impression dans divers secteurs d’une recherche de solution à notre situation nationale. Il y a des voix saines, il existe des cœurs nobles qui sont à la recherche en ce moment de ce qu’il est possible de faire. L’Église est disposée à tendre la main à tout effort qui sera pour la véritable signification et la liberté de ce peuple, pour lequel l’Église vit.

2) Un Médiateur qui s’identifie avec le peuple, comme un serviteur s’identifie à la figure d’un serviteur qui s’humilie jusqu’à la mort pour se confondre avec la misère humaine et donner un sens divin aux justes revendications de la prostration des peuples. Mais, en même temps, pour semer une espérance qu’ils ne doivent pas mettre uniquement dans les forces de la Terre. « Si Dieu ne construit pas la ville, dit la Bible, c’est en vain que travaillent tous ceux qui la construisent. »

A) Le Serviteur de Yahvé…

Déjà, dans la première lecture d’aujourd’hui, un homme mystérieux qui se nomme le Serviteur de Yahvé, apparaît malgré sa bonne volonté, injurié, méprisé, frappé, mais malgré tout cela il demeure obéissant à la volonté de Dieu qui l’envoie pour sauver. Cette figure mystérieuse annoncée plusieurs siècles plus tôt se comprend cette semaine lorsque nous avons lu la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Quel récit plus émouvant ! Quel serviteur de Yahvé : le Fils de Dieu qui se dépossède de sa dignité divine pour se faire homme comme nous et pour apparaître chargé de toutes nos misères.

B) Le "Kenose".

Et lorsque le récit de l’Évangile met sur les lèvres du séminariste qui représente aujourd’hui le Christ : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est comme si cette kénose, cette humiliation du Fils de Dieu qui se fit homme est arrivée à son comble, est parvenu jusqu’à sentir l’abandon de Dieu.

C) L’humanité souffrante…

Comme le Christ s’est identifié avec la souffrance de notre peuple ! C’est ainsi que semblent criées plusieurs choses, plusieurs bidonvilles, plusieurs dans les prisons et dans la souffrance, plusieurs qui sont assoiffés de justice et de paix. « Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Il ne nous a pas abandonnés. C’est l’heure où le Fils de Dieu va passer avec tout le poids des péchés par l’obéissance que Dieu lui demande pour pouvoir pardonner ces péchés de l’humanité d’où dérivent toutes les injustices, tous les égoïsmes.

Rien n’aurait servi une Rédemption politique comme l’attendaient plusieurs contemporains de ceux qui sortirent à la rencontre de Jésus en ce dimanche des Rameaux. Une libération du joug de Rome n’aurait pas été la libération véritable parce qu’ils seraient tombés sous un autre joug. Les peuples ne semblent jamais apprendre la leçon d’avoir été dominé et exploité par les autres. Il n’existe qu’un seul véritable Libérateur : Dieu qui nous a apporté la libération du péché, où se trouve la racine de tous les malaises des hommes. C’est comme ça qu’il faut comprendre le Christ qui s’identifie à l’humanité souffrante. Nous ressentons maintenant beaucoup de sympathie pour Lui et lorsque nous allons l’accompagner avec sa croix sur le dos, suant du sang, pleurant avec des larmes d’une douleur presque sans espoir dans l’être humain, pensons à notre situation qui semble également sans espoir, mais avec une espérance divine comme celle que le Christ veut nous inspirer.

3) Une Alliance Nouvelle dans laquelle Dieu partage avec les humains la glorification du Fils

C’est pourquoi ma seconde pensée se tourne vers ce Médiateur qui vient, Dieu tout puissant, sans doute, mais dont les lectures d’aujourd’hui nous disent qu’Il a voulu. Et pour terminer, chers frères, cette obéissance héroïque jusqu’à la mort, qui identifie le Christ avec le péché du monde pour être châtié sur la croix, c’est l’Alliance Nouvelle. C’est le sang qui est versé : alliance éternelle et nouvelle pour tous les humains qui veulent parvenir au pardon. C’est la glorification qui l’attend après cet acte d’héroïsme, celui d’avoir donné sa vie pour nous. Nous venons de voir dans les deux lectures qu’après être passé par cette kénose humiliante de serviteur et être mort sur la croix (Ph 2,9) : « Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers. »

B) Celui-ci était le Fils de Dieu. Dans l’Évangile de Marc, que nous avons lu aujourd’hui d’une façon si solennelle, nous avons entendu ce témoignage d’un païen : le soldat qui devait rendre témoignage que le Christ était bel et bien mort. Il est le centurion qui va dire à Ponce Pilate, au peuple et au monde entier : « Vraiment, c’était le Fils de Dieu. » Le Christ a vaincu, son humiliation n’a pas été un échec. La croix est le chemin pour la glorification et c’est cela l’espérance que je voudrais que nous ayons tous en cette Semaine sainte.

C) Notre participation : pardon… filiation divine… incorporation au Christ… Église

C’est ce que travaille l’Église dans le cœur de l’humain, y construisant un monument à l’espérance. C’est pourquoi elle ne peut pas être d’accord avec les forces qui mettent seulement leur confiance dans la violence. L’Église ne veut pas qu’on la confonde avec des libérations uniquement politiques et temporelles. Si elle se préoccupe pour ces libérations de la Terre et qu’elle souffre de voir les hommes souffrir, analphabètes, sans lumière, sans toit, sans foyer. Mais elle sait que là ne se situe pas uniquement la disgrâce de l’être humain. Elle est plus à l’intérieur, plus profonde dans le cœur, dans le péché, et c’est pour cela que l’Église appuie toutes les justes revendications du peuple qui cherche à s’élever pour se libérer de cette chaîne qu’est le péché, la mort et l’enfer. Pour dire aux hommes qui travaillent pour être libres vraiment, mais à partir de notre propre cœur : la liberté des fils de Dieu, celle qu’il nous fait fils de Dieu, celle qui nous enlève les chaînes du péché pour qu’en cette Semaine sainte nous célébrions ensemble dans la joie de Pâques.

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