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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 10:02

Deuxième dimanche du carême ; 11 mars 1979.

Je tiens à dire aux communautés d’Aguilares et à toutes les communautés qui accompagnent en ce moment cette pérégrination de foi, d’espérance et d’amour : N’ayez pas peur ! La persécution est un trait caractéristique de l’authenticité de l’Église. Une Église qui ne souffre pas de persécution, mais qui au contraire savoure les privilèges et l’appui des biens de ce monde, a beaucoup à craindre, parce qu’elle n’est pas la véritable Église de Jésus-Christ. Cela ne veut pas dire que cette vie de martyre et de souffrance, de peur et de persécution, soit normale, sinon qu’elle représente l’esprit du chrétien. Celui-ci ne demeure pas avec l’Église uniquement quand les choses vont bien ; il suit Jésus-Christ avec l’enthousiasme de cet apôtre qui disait : « Si cela est nécessaire, nous mourrons avec Lui. » […]

Le mal ce serait qu’il se produise avec le document de Puebla la même chose qui s’est produite avec Medellín, à savoir que plusieurs, par préjugés ou par ignorance, ne l’ont pas mis en pratique. Si notre archidiocèse est devenu conflictuel, cela ne fait aucun doute, c’est à cause de son désir de fidélité envers cette évangélisation nouvelle qui depuis le Concile Vatican II jusqu’ici, en passant par les réunions des évêques latino-américains, exige d’être une évangélisation très engagée, sans peur. C’est pourquoi nous avons demandé à la Vierge de la Paix que cette cérémonie d’hier à San Miguel, ne soit pas seulement un moment romantique et superficiel, sinon l’engagement sérieux des évêques, des prêtres, des communautés religieuses, des communautés paroissiales, d’incarner dans notre vie pastorale cette évangélisation exigeante qui signale les dangers, qui renonce aux privilèges et qui ne craint pas les conflits lorsque ceux-ci ne sont provoqués par rien de moins que la fidélité au Seigneur. C’est pourquoi, dans ces circonstances d’une Patrie, d’une Église qui sent à l’intérieur d’elle-même et autour d’elle combien il y a de choses qui ont besoin d’être transfigurées, combien merveilleuse apparaît alors la figure du Christ transfigurée !

1) L’Alliance qui donna origine au Peuple de Dieu : Abraham

A) Le lien création-alliance de Noé avec l’alliance d’Abraham

La première lecture (Gn 22,1-2,9a. 15-18) nous parle d’Abraham lors d’une des épreuves les plus terribles de la foi. Comme je voudrais que cette catéchèse de notre carême soit selon ce que nous conseille le Concile : une révision de l’Histoire de notre Salut. Dimanche dernier nous avons lu l’histoire de Noé après le déluge. Face à l’arc-en-ciel que Dieu prit comme signal d’une alliance de caractère naturelle, Dieu promit qu’il n’y aura plus de déluge qui détruira la nature. Cette alliance de l’arc-en-ciel, cette alliance où Dieu confie à l’homme une nature purifiée du péché par le châtiment du déluge, est une alliance qui exige de l’humanité le respect de la nature. Vous savez que l’air et l’eau sont contaminés, tout ce que nous touchons pendant notre vie devient pollué. Et malgré le fait que nous corrompions toujours davantage cette nature dont nous avons besoin, nous ne nous apercevons pas qu’il existe un engagement envers Dieu, que cette nature doit être protégée par l’être humain.

Couper un arbre, gaspiller l’eau alors qu’elle se fait rare, ne pas se préoccuper de la pollution des pots d’échappement des autobus qui enveniment notre environnement avec ces fumées méphitiques, ne pas prendre garde à l’endroit où l’on brûle les déchets, tout cela fait pourtant partie de l’Alliance avec Dieu. Les conséquences sont primordiales surtout lorsque nous habitons un pays où la densité de la population est très élevée. Prenons garde, très chers compatriotes, qu’à cause d’une mauvaise interprétation religieuse, nous continuions d’appauvrir et de détruire notre environnement. Cet engagement de Dieu exige notre collaboration. C’est pour cela que nous demeurons dans le registre de la création d’Adam à Noé jusqu’à Abraham. Ce sont deux étapes d’un monde naturel, d’un Dieu qui a créé une nature pour la livrer à l’humanité.

B) La vocation d’Abraham. Maintenant débute un troisième chapitre, l’Alliance avec Abraham est de caractère très spécial parce que c’est de celle-ci que va naître le Peuple de Dieu.

C) Trois preuves de sa foi. La preuve de la foi d’Abraham qui nous est présentée aujourd’hui dans la Bible (Gn 22,1-2,9a.15-18) est la troisième épreuve pour voir comment cet homme que Dieu va constituer comme père des croyants, a confiance en Lui. Sa race sera celle des hommes qui ont la foi.

Quand saint Paul parlait de la Rédemption en Jésus-Christ (Rm 8,31b-34), en la comparant avec la loi de Moïse, il dit que dans le Christ resurgit la foi que Dieu exigea d’Abraham et que l’homme ne peut se sauver par la loi seule, sinon par la foi. Cela vaut énormément lorsque nous voulons donner à nos relations humaines une base de légalisme, comme si la loi c’était tout. Nous avons répété mille fois et nous ne nous lasserons pas de la faire : « Non pas l’homme pour la loi, mais la loi pour l’homme. » La loi dit saint Paul, ne fait que nous indiquer le péché, mais elle ne nous donne pas la force pour éviter le péché. Par contre, la foi et la Rédemption sont la grande œuvre du Christ qui nous demande de croire en Lui, c’est ce qui sauve.

« Quitte ta terre… » Dieu allié à cet homme qui va être le modèle de la foi de tous les hommes, fait appel à Abraham alors qu’il est déjà très âgé, celui-ci n’a pas encore d’enfant et lui et sa femme sont stériles. Dans ce contexte de désert et de mort, Dieu se présente pour lui dire : « Quitte ta parenté et dirige-toi vers la terre que Je te montrerai et que Je vais te donner. Cette terre sera peuplée d’un peuple qui sera ta descendance. » Un peu comme si Dieu voulait se moquer de lui. Cependant, Abraham a la foi et il se dit que rien n’est impossible pour Dieu et sans savoir où il va, il prend la route avec sa femme stérile, avec l’espérance de former un peuple.

Regarde au ciel… Ta descendance…

C’est pourquoi, alors qu’Abraham est en train d’accomplir cette épreuve de la foi, il élève cette prière au Seigneur afin que ce dernier lui montre un signe de cette promesse qui semble impossible. Dieu l’invite à regarder les étoiles : « Aussi nombreuse que ces étoiles sera ta descendance et toutes les nations de la Terre seront bénites en ce peuple qui va naître de tes entrailles. » Alors se réalise une alliance de la manière que nous avons exposé dimanche dernier : des animaux coupés en deux, Abraham qui passe au milieu d’eux et aussitôt l’Esprit de Dieu y passe également, c’est ainsi que l’alliance est signée. L’animal, tué et coupé en deux, était comme un avertissement : ceux qui vont faire cette alliance doivent l’accomplir, sinon qu’ils soient maudits et terminent comme cet animal.

Le sacrifice de son fils

Et Dieu, condescendant envers les hommes, fait cette alliance du sang avec Abraham. Et quand l’impossible s’accomplit et que la femme stérile a un fils, Abraham est heureux parce qu’il ne mourra pas sans descendance, Isaac est une réalité. Alors, Dieu dit à Abraham : « Prend ton fils et va à la montagne pour me l’offrir en sacrifice. » Pensez-y, que ressentiriez-vous si Dieu vous demandait cela : « Offre-moi ton fils en holocauste » ? Il s’agissait là de l’expression la plus complète du sacrifice : brûler la victime afin qu’il n’en demeure pas une cendre. Abraham, éprouvé dans sa foi, se soumet à cette terrible épreuve. Isaac, marchant avec le bois sur ses épaules en direction de la montagne, est l’image du Christ avec sa croix sur le dos.

J’ai eu la chance de connaître le Calvaire, l’endroit où est mort Notre Seigneur. Dans l’une des peintures, il y a ce tableau : Isaac marchant avec son fagot de bois pour le sacrifice, tandis que le Christ marche également avec sa croix. L’unique différence, c’est qu’au Christ, Dieu n’épargna pas la vie, par contre, à Isaac, la voix de Dieu se fit entendre : « J’ai éprouvé ta foi, il n’est pas nécessaire que tu tues ton fils. »

Abraham lui offre un agneau, pour qu’il soit offert en holocauste en son nom. Isaac est le Patriarche qui va être mentionné dans les invocations à Dieu : « Le Dieu de nos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… » Parce que c’est ainsi que les patriarches sentaient la présence de Dieu.

D) Il naît un peuple

Un peuple est né. Dieu l’a promis et ce fils unique, éprouvé jusqu’à l’holocauste, sera exactement le ruisseau d’où va commencer à croître cette race immense à laquelle Dieu a fait cette terrible promesse : vous émigrerez vers une terre étrangère, vous y passerez quatre siècles sous le joug des Égyptiens, mais viendra alors – ce que nous verrons dimanche prochain, l’alliance avec Moïse.

Quatre siècles plus tard, ce peuple qui avait été cherché de quoi manger en Égypte est devenu esclave. C’est alors que débute le livre de l’Exode : la précieuse émigration vers la terre promise. Imaginez-vous que c’est quatre siècles plus tard, que va s’accomplir ce que Dieu avait promis à Abraham : « Je te donnerai une terre et celle-ci sera tienne. » Abraham crut, même s’il mourut sans voir s’accomplir la plupart des choses que Dieu lui avait promises. C’est pour cela que lorsque le Christ réfutait ses ennemis, Il disait : « Abraham a désiré voir ce jour, mais il ne le vit pas. » Abraham crut en Jésus-Christ sans l’avoir connu. Abraham crut que de ce peuple allait naître le Rédempteur des hommes. C’est pourquoi ce peuple est merveilleux. Lorsque le Concile nous parle du Peuple de Dieu, il nous fait remonter jusqu’à cette source que nous sommes actuellement en train de méditer. Le chapitre II dit ceci au sujet du peuple de Dieu (L.G. 9) : « Dieu n’a pas voulu sanctifier et sauver les hommes individuellement et sans qu’aucun rapport n’intervienne entre eux, mais plutôt faire d’eux un peuple qui le reconnaisse vraiment et le serve dans la sainteté. »

C’est pour cela que Dieu se fit un peuple, pour qu’il le confesse et le serve. (L.G. 9) : « Il se choisit donc comme peuple, le peuple israélite, conclut avec lui une alliance et l’instruisit graduellement en se manifestant lui-même, en faisant connaître le dessein de sa volonté dans l’histoire de ce peuple et en se le consacrant. »

Je voudrais que nous sachions bien faire la distinction entre peuple et Peuple de Dieu. Cette distinction est essentielle de nos jours. Ce n’est pas tout peuple qui est Peuple de Dieu et le Concile établit une différence entre le Règne de Dieu et le progrès humain. Parce que si nous confondons ces deux concepts, nous pouvons tomber dans le danger que le Pape Jean-Paul II souligna aux évêques réunis à Puebla : ne confondez pas le sens du mot peuple en termes démocratiques, avec le Peuple qui naît de la prédilection de Dieu à partir d’un peuple préexistant, parce que le Pape dit également : « L’Église naît de la réponse des hommes à Dieu par la foi. » Mais ce ne sont pas tous les hommes qui répondent par la foi.

C’est pourquoi, au Salvador, il y a de nombreuses personnes qui ne sont pas membres du Peuple de Dieu, même si elles sont Salvadoriennes. Le Peuple de Dieu, vient de nous dire le Concile, est une possession de Dieu, une marque que Dieu imprime pour qu’on l’adore, qu’on le confesse, qu’on le prie et qu’on lui rende grâce. Ce peuple de Dieu possède une longue histoire : tout l’Ancien Testament. Là, nous distinguons très bien comment le peuple d’Israël, instruit par les patriarches, par les prophètes, par les événements merveilleux de Dieu, était comme le peuple privilégié au milieu de tous les autres peuples, et Dieu lui-même a dit à Abraham : « En ton peuple, seront bénies toutes les nations. » Parce que le Christ naîtra de ce peuple, les autres peuples qui ne sont pas d’Israël seront formés par la foi qui est le principal : le peuple que Dieu constitua dans ses origines lorsqu’Il fit alliance avec Abraham.

E) Moïse et Élie. Synthèse de l’histoire de l’Ancien Testament. C’est pourquoi nous retrouvons dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 9,1-9), sur le mont Tabor, que la tradition situe comme étant le lieu où se produisirent ces choses : où Moïse et Élie apparaissent comme les deux sommets les plus élevés du Peuple de Dieu.

Moïse, qui rédigea la loi, sera le libérateur de ce peuple, le prophète que Dieu annonça et auquel il fallait obéir – Dieu dit en parlant de Moïse dans l’Ancien Testament. Quel bel écho entendons-nous aujourd’hui, quand le Père dit du Christ transfiguré : « Écoutez-le » – la même chose qu’Il dit de Moïse dans l’Ancien Testament –, le Nouveau Moïse transfiguré est le Fils en qui Je me complais, écoutez-le. Moïse donc, est un sommet de l’Ancien Testament. C’est pourquoi il se devait d’être là où débouchaient toutes les promesses que Dieu fit à Abraham. Les prophètes et des rois l’annoncèrent, pendant des siècles et des siècles : « Viendra le Sauveur des nations, le Dieu de nos pères l’a promis. » C’est de cette espérance que vécut tout l’Ancien Testament. Élie apparaît aussi comme sommet du prophétisme. Celui-ci dans une situation, peut-être similaire à la nôtre : pleine de crimes, de distorsions de la vérité, de machinations politiques indignes, de subordination de la justice, d’abus de la richesse et de l’argent. Élie s’enfuit au désert. « Cela suffit Seigneur ! » Comme le thème de la procession des prêtres : « Basta ya ! » Mais Élie, sur un ton presque pessimiste, s’assit auprès d’un buisson qui offrait à peine un peu d’ombre dans le désert, pour attendre la mort. Il voulait mourir quand Dieu l’éveilla : « Lève-toi, il te reste encore un grand chemin à parcourir. » Et s’alimentant d’un pain mystérieux, il marcha 40 jours et 40 nuits, jusqu’à ce qu’il parvienne là où il devait aller, au mont Horeb. C’est l’endroit où Élie fut témoin d’une nouvelle théophanie. Dieu se manifesta à lui, le remplit de courage et de réconfort, comme Il l’avait fait pour Moïse après quarante ans au désert. En Moïse et en Élie, nous retrouvons les carêmes classiques avec le grand protagoniste du carême chrétien : le Christ Notre Seigneur. Il y a quelque chose de grandiose dans le carême. C’est pourquoi j’ai dit que le carême est la rénovation du Peuple.

Quand Élie parvient à l’Horeb, pessimiste à cause de ce qui se passe dans sa patrie, pour confronter cette loi que Dieu a donnée sur le Sinaï, avec les trahisons que le peuple réalise à l’encontre de celle-ci, Dieu l’encourage : tu ne dois pas mourir, tu dois continuer à travailler.

Très chers frères, c’est cela le Peuple de Dieu. Peuple qui croit, comme nous dit la Bible en faisant référence à Abraham : « Il crut contre toute espérance. » C’est ce dont nous avons besoin ici actuellement : croire contre toute espérance ! Même lorsque toutes les lumières semblent éteintes, que tous les chemins semblent fermés. Si la foi d’Abraham, traduite dans son peuple, comme un peuple croyant, parvient jusqu’à nous : imitons-les ! Si le courage de Moïse même lorsqu’il subit la persécution de son propre peuple, le fit demeurer fidèle jusqu’à sa mort aux desseins que Dieu avait sur sa vie, si la fidélité d’Élie l’amena, même quand il était pessimiste au point de songer au suicide, à se lever et à continuer à travailler, qu’est-ce qui nous en empêche, frères salvadoriens, Peuple de Dieu de 1979 ? Notre désert, notre carême, notre sang, tout cela peut être converti en libération, en lumière, en consolation et en espérance.

2) Le Christ transfiguré, modèle et cause de la transfiguration

« Le mystère de l’homme ne peut s’expliquer qu’à l’intérieur du mystère du Christ. »

A) En Jésus-Christ débouche le Vieux Peuple de Dieu, en Lui naît le Nouveau Peuple de Dieu.

B) Pierre, Jacques et Jean, auprès de Moïse et d’Élie, personnages de l’Ancien Testament, sont trois hommes qui appartiennent déjà à notre christianisme.

Le premier Pape, les premiers évêques, les premiers chrétiens. Ils jouissent eux aussi de cette épiphanie, jusqu’à cette jubilation de Pierre qui dit (Mc 9,5) : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Mais le Christ, qui comprit que cet enthousiasme n’était pas opportun parce qu’il fallait continuer à travailler, lui ordonna de se taire (Mc 9,9) : « Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, si ce n’est quand le fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts. »

C) Le « Mystère Pascal »

La seconde lecture d’aujourd’hui (Rm 8,31b-34) nous décrit précisément ce Christ que le Père a nommé le Fils en qui Il se complaît et que le Christ lui-même a nommé Fils de l’homme. Saint Paul, lui donne le titre qu’aujourd’hui en langage moderne nous appellerions le Mystère Pascal. Celui-ci est la mort et la résurrection du Christ. Je tiens à souligner cela : le carême renouvelle le peuple parce qu’il le prépare à la célébration du Mystère Pascal.

Très chers frères, il est grand temps de faire mûrir cette Semaine sainte parmi nous. Ce n’est plus le temps de vivre des semaines saintes qui ne consistent qu’en des processions qui laissent le cœur si incrédule, si incroyant, si matérialiste et si égoïste. Il est temps de penser qu’une Semaine sainte doit être une conversion du peuple vers les Pâques, vers la mort du Seigneur pour ressusciter avec une nouvelle maturité, avec un nouvel éclat, à la manière d’Élie, après son carême, comme Moïse, après la traversée du désert. Il nous faut sentir que Dieu marche avec le peuple et, au lieu de rechercher des solutions de haines et de violences, des chemins qui ne font que retarder le progrès de notre peuple, cherchons-les ici, dans ce que Puebla vient de nous dire avec les mots de Jean-Paul II : « Ouvrez les portes au Christ, les portes de la politique, les portes du commerce, les portes de la sociologie, toutes les portes que les hommes utilisent, tous les champs que les hommes et les femmes cultivent; le Christ y a droit, parce qu’il est le Fils de l’Homme. Et comme disaient les pères du Concile Vatican II aux gouvernants : “Ne le tuez point, parce que cela serait un ‘déicide’, Il est le Fils de Dieu. Ne le tuez pas parce que cela serait un ‘homicide’, Il est le Fils de l’Homme.” »

Sacrifice qui présage celui d’Isaac…

Ouvrons les portes à Notre Seigneur Jésus-Christ. La seconde lecture d’aujourd’hui nous dit que le Père (Rm 8,32) « n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous. » Et de là surgit cette question : ce Père, à l’égal d’Abraham qui marche avec son fils Isaac au Calvaire, porte sa Croix et ne l’épargne pas, sinon Il Le livre à la mort douloureuse. « Ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? », demande saint Paul (Rm 8,32).

L’amour du Père… et du Fils

Qu’elle est la chose trop grande que Dieu ne puisse t’accorder ? Lui qui s’est donné dans le plus grand qu’Il puisse être, le Christ, son Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », ne L’a t’Il pas livré pour mourir sur la croix? Comment ne nous donnerait-Il pas tout avec Lui ? Comment ne nous donnerait-Il pas des solutions à nos problèmes salvadoriens ? Comment n’y aurait-il pas d’issue si cela est beaucoup moins, infiniment moins que Jésus-Christ ? Cela n’est pas l’impuissance de Dieu s’il nous a donné des preuves de son amour ! « Qui accusera les élus de Dieu ? », demande saint Paul, si c’est Dieu qui les justifie ?

À ceux qui lui disaient qu’il faut respecter les lois que font les hommes, saint Paul leur répond par cette phrase terrible (Rm 8,34) : « Qui donc nous condamnera? Si le Christ Jésus, Celui qui est mort, que dis-je ? Ressuscité, qui est à la droite de Dieu, intercède pour nous ? » C’est comme si le Christ est toujours en prière pour nous.

Comme serait merveilleuse la foi de notre cœur si elle était semblable à celle d’Abraham, et nous vivrions ces questionnements de saint Paul comme une réaction d’optimisme que tout n’est pas terminé ! Nous avons à peine commencé et Dieu est éternel. Si mon Père peut tout, si je me livre à mon grand Frère qui m’a tant aimé, s’Il m’a justifié, s’Il ne m’a pas condamné, pourquoi est-ce que quelqu’un d’autre me condamnerait? C’est pourquoi Dieu nous recommande autant l’amour que le pardon, parce que c’est ainsi qu’Il traite les hommes, même les plus mauvais.

D) Le Nouveau Peuple de Dieu naît d’une Nouvelle Alliance

C’est pourquoi le Concile poursuit sa réflexion sur le Peuple de Dieu. Il nous fait voir comment naquit cette Nouvelle Alliance (L.G. 9) : « Tout cela cependant n’advint qu’à titre de préparation et en figure, eu égard à l’alliance nouvelle et parfaite qui devait se réaliser dans le Christ et de la révélation plus complète qu’allait apporter le Verbe même de Dieu fait homme. […] Puis le Christ scella ce nouveau pacte, c’est-à-dire la nouvelle alliance, en son sang (cf. I Cor.11, 25) en appelant d’entre les Juifs et les gentils une multitude qui s’unirait non pas selon la chair, mais en esprit, afin de constituer le nouveau Peuple de Dieu. »

Quelles sont les caractéristiques de ce peuple ? C’est une Église, comme l’Ancien Testament appelait Israël, l’Église de Dieu, en pérégrination au désert, ainsi comme le nouvel Israël qui marche dans le temps présent, en quête de cité éternelle à venir, c’est l’Église du Christ.

3) Le Peuple de Dieu qui doit se transfigurer, aujourd’hui et ici

Je voudrais que vous portiez attention à ceci, comme point du carême, de rénovation de notre Église, en cette Semaine sainte qui nous renouvelle véritablement, un carême qui nous remplit de la joie d’avoir laissé le vieil homme mourir, pour ressusciter à nouveau avec le Christ à une vie nouvelle. Que l’époux, qui était le tourment de sa famille, soit dorénavant l’homme nouveau qui fait la joie de son foyer. La femme, qui manquait d’amour pour donner de l’affection à son mari et à ses enfants, commence à sentir que son royaume c’est le foyer où l’amour règne. Le jeune, la jeune qui mettait sa joie dans ces choses si banales de la terre, pense maintenant au Christ, il trouve sa joie dorénavant dans cette rénovation du Christ. La famille qui recommence à construire dans l’amour, toute l’humanité, la patrie, la politique des gouvernants, ceux qui ont l’argent, ceux qui ne l’ont pas, les évêques, les prêtres, les religieuses, tous, l’Église et le monde. Conditions de l’actuel Peuple de Dieu. Je vous ai déjà dit que le monde n’est pas le Peuple de Dieu. Il y a tant d’hommes et de femmes en ce monde qui vont par les chemins du péché, le Peuple de Dieu veut se rendre présent à ce monde. Le Concile dit du Peuple de Dieu ce qui le distingue, c’est ce qui sera ici comme le programme de notre rénovation. (L.G. 9) : « Ce peuple messianique a pour chef le Christ qui a été livré pour nos fautes et est ressuscité pour notre sanctification » (Rm 4,25) et qui, maintenant, après s’être acquis un nom qui est au-dessus de tout nom, règne glorieusement dans les cieux. Voyez, c’est une tête. L’Église est en pèlerinage sur la Terre, elle a sa tête fondée dans le Ciel et à sa suite s’élève, membre par membre, tout le corps, jusqu’à constituer l’Église définitive de la gloire. Le jeune qui est étendu mort, s’il est mort fidèle à cette Alliance du Peuple de Dieu, il est déjà un membre vivant de l’Église triomphante.

C’est pourquoi, très chers frères, dans les luttes de revendications de notre peuple, chers ouvriers, chers paysans, chères organisations politiques populaires, l’Église ne peut s’identifier avec vous, mais elle vous comprend, parce que la justice et le bien que vous réclamez, l’Église les réclame également comme un reflet du Règne de Dieu qui sera recueilli dans toute l’éternité. « Tout le bien que fait un homme, même si c’est dans les domaines politiques et sociaux, il le retrouvera, dit le Concile, purifié dans l’éternité. »

L’Église doit prêcher cette transcendance, parce que sa tête est le Christ qui pénétra déjà les cieux et qui réclame de tout son corps également, en attente de ce Ciel non pour être paresseuse, mais pour travailler sur la Terre. Seulement, ne regarder que vers le Ciel serait une fausse spiritualité, il faut nous remplir de mérites sur la Terre, mais avec l’espérance de les posséder pour toute l’éternité. Nous ne travaillons donc pas uniquement pour améliorer les conditions terrestres, mais pour améliorer ces choses avec la grande espérance d’Abraham et du peuple de Dieu : le Christ est la tête !

Quelle autre condition y a-t-il ? La condition de ce peuple est celle de (L.G. 9) : « La dignité et de la liberté propre aux fils de Dieu, dont le cœur est comme le temple de l’Esprit saint. » C’est pourquoi l’Église ne peut pas être conformiste. L’Église doit éveiller la conscience de la dignité. C’est ce qu’ils nomment la subversion. Cela n’en est pas. La conscience chrétienne que nos communautés chrétiennes s’approprient à la lumière de l’Évangile, face à l’idée qu’un homme, même s’il s’agit d’un simple journalier, est l’image de Dieu. Ce n’est pas du communisme ou de la subversion, c’est la Parole de Dieu qui éclaire l’être humain et celui-ci doit travailler à sa promotion. Nous ne voulons plus d’un peuple qui soit une masse. C’est pour cela que nous disions ce qui distingue le peuple de ce qui ne l’est pas. Même au-dehors du Peuple de Dieu il existe des peuples très évolués qui ne sont pas encore Peuple de Dieu. Mais encore plus à la marge, il existe une multitude qui ne peut même pas être qualifiée de peuple, c’est ce que nous appelons la masse.

Nous ne voulons pas une masse, nous voulons une éducation qui personnifie, nous voulons un Évangile qui nous fait sentir ce que disait Jean-Paul II : « L’être humain est un prodige inimitable de Dieu, il n’existe pas deux hommes semblables. » C’est pourquoi nous ne devons pas poursuivre l’illusion d’imiter les autres, mais de chercher à être soi-même, ce que Dieu veut que je sois. Je suis moi-même, rien de plus : tu es toi. La massification est quelque chose d’épouvantable, c’est lorsque l’on joue avec les peuples, quand on manipule les élections, quand on se joue de la dignité humaine parce que les hommes et les femmes n’ont pas su prendre leur place. Et cela, ce n’est pas provoquer la subversion, c’est simplement dire à tous ceux qui m’écoutent d’être dignes, parce que la condition du Peuple de Dieu est la dignité et la liberté des enfants de Dieu dont le cœur est habité par l’Esprit saint comme en un temple.

Comment cela doit-il être ? Quelle est la loi de ce Peuple de Dieu ? Le Concile dit (L.G. 9) : « Il a pour loi un commandement nouveau, celui d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés. » Plusieurs ont déjà perdu cette loi du Christ, mais le christianisme ne saurait changer ce qui fait sa force par d’autres forces ambiguës ou qui à la longue démontre une grande faiblesse, parce que la violence, la haine, en fin de compte, ce sont des faiblesses. La véritable force c’est l’amour et c’est en cela que le Peuple de Dieu se distingue.

« Enfin (L.G. 9), il a son terme dans le Royaume de Dieu, inauguré sur Terre par Dieu lui-même, destiné à s’étendre dans la suite des âges en attendant de recevoir en Lui son perfectionnement final à la fin des siècles, lorsque le Christ se manifestera. » Ainsi, la rénovation du carême doit être notre Église au Salvador, composée de tous les baptisés. Lamentablement, c’est un baptême qui est reçu inconsciemment. Celui-ci est devenu une coutume sociale, folklorique et qui sait peut être aussi commerciale, pour que l’enfant reçoive des cadeaux et l’appui de ses parrains. Ce sont là des motifs trop fréquents du baptême. Ce dernier est en fait l’incorporation au Règne de Dieu, c’est pourquoi nous exigeons maintenant dans toutes les paroisses, les cours de préparations au baptême afin que le parent qui demande cela pour son enfant sache en quoi cela engage son enfant. S’il ne désire pas s’engager lui-même à être un chrétien comme nous l’avons défini aujourd’hui, membre du Peuple de Dieu, ce serait mieux qu’il n’y ait pas de baptême. Peut-être l’enfant évoluera-t-il mieux sans être baptisé.

Mais si le parent veut réellement être Peuple de Dieu, nous avons ici le carême qui nous offre d’excellentes opportunités pour que nous, déjà baptisés, fassions la promotion de notre baptême et de notre Peuple de Dieu. Celui des baptisés, incorporés au Christ mort et ressuscité pour nous, dit le Concile : « Le Christ lui-même l’a institué afin de s’en prévaloir et l’unir à l’humanité pour la sauver. » Tout ce que le Christ est venu faire, Il le réalise à travers son Peuple. C’est pourquoi mon appel de ce matin : carême, rénovation du Peuple de Dieu, est un appel à chacun de vous et à moi-même, qui sommes les membres du Peuple de Dieu pour vivre non seulement notre christianisme, mais pour l’irradier, pour sauver les autres, pour être unité de ceux qui marchent dispersés, pour être le repentir de ceux qui vont sur les routes du péché, pour être une attraction pour ceux qui se sont égarés.

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